Teroumot, chapitre 2, michna 6. Nous avons appris que le verset "beharimkhem et helbo" enseigne que celui qui prélève sa Terouma doit précisément la prendre de la meilleure qualité. C'est une mitsva de la Torah, et il s'agit donc d'une exigence halakhique absolue. Nous avons également dit qu'il est possible de prélever d'une espèce sur une autre espèce. Il ressort qu'il existe une exigence de prélever sur la meilleure partie, mais l'intention porte sur le meilleur du point de vue de la qualité, et non sur une catégorie d'aliment plus prisée. Notre michna réunit ces deux principes et clarifie plusieurs points.
Les olives à huile et les olives à conserver :
La michna commence : "vetormin zeitei chemen al zeitei kevech" - on prélève la Terouma des olives à huile sur les olives à conserver. Devant nous se trouvent deux récipients : dans l'un, des olives grasses, propres au pressurage et à l'extraction de l'huile d'olive, et dans l'autre, des olives qui conviennent idéalement à la conservation, que l'on n'a pas coutume de presser du tout car elles ne sont pas aussi grasses. Ce sont les 'zeitei kevech', du terme kevicha (conservation). Bien que les deux catégories soient des olives, la plus prisée d'entre elles du point de vue de la qualité de l'aliment est l'olive à huile, celle que l'on pressait pour en faire de l'huile d'olive.
Il ne faut pas se tromper ici : il ne s'agit pas d'un cas où l'on s'apprête à presser ces olives pour en faire de l'huile, car dans un tel cas se poserait un problème distinct de prélèvement sur quelque chose qui n'a pas achevé son traitement et n'est pas arrivé au terme de son élaboration. Il s'agit d'olives dont l'espèce permet de les presser pour en faire de l'huile, mais qui, dans les faits, ne seront pas pressées. Dans un tel cas, la chose juste est de prendre sur les olives à huile et non sur les olives destinées à la conservation, parce que les olives grasses sont de meilleure qualité, et non l'inverse.
"velo zeitei kevech al zeitei chemen" - on ne prélève pas la Terouma des olives à conserver sur les olives à huile, parce que leur qualité est moindre et qu'elles ne font pas partie du "helbo", le meilleur.
Le vin cuit et le vin non cuit :
"veyayin cheeino mevouchal al hamevouchal" - le vin non cuit sur le cuit. Il en va de même pour deux récipients : dans le récipient A, du vin cuit, un vin qui a déjà été cuit, et dans le récipient B, du vin qui n'a pas encore été cuit. Il est permis de prendre du récipient B sur le récipient A, car la marchandise de meilleure qualité est le vin non cuit, et c'est lui qui est considéré comme de qualité supérieure. C'est de lui qu'il faut prélever la Terouma.
Il faut préciser : il ne s'agit pas de vin cuit au sens des considérations halakhiques du vin cuit, dont le statut est différent en ce qui concerne le contact des non-Juifs et choses semblables. À l'époque de nos Sages, on avait coutume de cuire abondamment le vin afin de le réduire, de l'adoucir et ainsi de suite, et malgré cela il n'est pas considéré comme de qualité supérieure. C'est pourquoi, lorsque quelqu'un a devant lui deux sortes de vin, il doit prendre sur le vin non cuit. Et selon le langage de la michna : "velo min hamevouchal al cheeino mevouchal" - on ne prélève pas du vin cuit sur le vin non cuit.
"ze hakelal" (voici la règle) :
La michna poursuit et énonce une règle. Cependant, comme cela a déjà été souligné à maintes reprises et sera encore souligné, lorsque la michna emploie l'expression "ze hakelal", cela ne signifie pas qu'il n'y a pas d'exceptions, mais qu'il s'agit de la règle directrice, et cela sera expliqué ci-après.
"kol chehou kilayim bahavero - lo yitrom mize al ze" - tout ce qui constitue kilayim avec un autre, on ne prélève pas de l'un sur l'autre. Deux espèces considérées comme kilayim et qu'il est interdit de semer ensemble : le fait même qu'elles soient kilayim enseigne clairement qu'il s'agit d'espèces différentes et de catégories différentes. C'est pourquoi une personne n'a pas le droit de prélever de l'une sur l'autre, "afilou min hayafe al haraa" - même lorsque ce qui est prélevé est de meilleure qualité.
Par exemple, le blé et l'orge sont kilayim l'un avec l'autre, et de là que, bien qu'ils soient tous deux des céréales et que l'on puisse les utiliser de manière semblable, ce sont des espèces différentes, et l'on ne prélève pas de Terouma du blé sur l'orge ou l'inverse. Ici, la michna vient écarter une erreur possible : une personne pourrait penser que, si elle a devant elle un récipient contenant de l'orge et un second récipient contenant du blé, mieux vaut prendre deux portions de Terouma sur le blé, car le kohen y gagnerait : il ne recevrait pas d'orge mais du blé supplémentaire, qui est vraisemblablement ce qu'il souhaite, puisque le blé est préférable à l'orge. La michna dit : il n'en est pas ainsi. Le blé et l'orge sont des espèces différentes, et il est donc obligatoire de prendre une portion de Terouma sur chacun des deux récipients séparément, l'une sur le blé et l'une sur l'orge.
"vekhol she'eino kilayim bechavero" :
Voici l'autre face de la médaille : deux espèces qui ne constituent pas des kilayim (mélange interdit) l'une avec l'autre, c'est à dire qu'elles se ressemblent au point qu'il est permis de les semer ensemble, sont considérées comme une seule espèce. Ainsi, il est enseigné dans le traité Kilayim que l'avoine et l'orge sont considérées comme une seule espèce, puisqu'elles ne forment pas des kilayim l'une avec l'autre. Par conséquent, celui qui a de l'avoine dans un récipient et de l'orge dans un second récipient peut prélever de l'un pour les deux. Ici aussi, il est préférable de prendre du produit de meilleure qualité lorsqu'il existe une qualité supérieure et manifeste - et pour l'orge et l'avoine la chose n'est pas tranchée - mais l'autorisation demeure, car l'absence d'interdit de kilayim enseigne qu'il s'agit d'une seule espèce.
Il faut toutefois bien comprendre : ce n'est pas une règle rigide mais un principe directeur, destiné à indiquer la voie dans les cas où les espèces se ressemblent l'une à l'autre. Il existe de nombreuses sortes de produits qui ne comportent aucun interdit de kilayim à la plantation, et pourtant il faut prélever la Terumah de chacun d'eux séparément. Ainsi, par exemple, pour tous les arbres il n'y a pas de problème de kilayim, à l'exception des ceps de vigne dans le vignoble, pour lesquels les lois de kilayim s'appliquent assurément ; mais planter un olivier dans un vignoble ne pose aucun problème de kilayim. L'interdit de kilei hakerem (mélange dans le vignoble) n'a été énoncé qu'à l'égard des céréales et des légumes, et non des arbres.
Le seul interdit de la Torah concernant les kilayim des arbres, en dehors du monde des ceps de vigne, est la greffe d'un arbre sur un autre : on ne doit pas prendre le tronc de l'un et la racine de l'autre pour les unir physiquement. En dehors de cela, il est permis de planter des arbres côte à côte, et ils ne constituent pas des kilayim. Et pourtant, bien qu'il soit permis de planter un pommier et un poirier côte à côte sans qu'il y ait entre eux de kilayim, il est assurément interdit de prélever la dîme des pommes sur les poires ou inversement. Il s'avère donc que la règle qui se présente à nous n'est pas totalement exempte d'exceptions et de réserves.
Selon les termes de la Mishnah : "vekhol she'eino kilayim bechavero - torem min hayafeh al hara'ah". Deux espèces considérées comme une seule espèce, comme deux variétés différentes de riz ou de blé, on prélève de la qualité supérieure pour la qualité inférieure. "velo min hara'ah al hayafeh" - on ne doit pas prélever de la variété inférieure de la récolte pour la variété supérieure ; celui qui a devant lui deux sortes de blé ne doit pas prélever la Terumah de la sorte inférieure. "ve'im taram min hara'ah al hayafeh - terumato terumah" - a posteriori, s'il a prélevé de la sorte inférieure pour la sorte supérieure, son prélèvement est valable.
"chuts min hazonin" :
Il existe une seule exception : le zonin. Le zonin est le darnel (ivraie), et il convient de noter que le Artscroll ne traduit pas du tout ici le mot zonin, bien que dans le traité Kilayim il l'ait traduit par darnel. Le cas de cette plante est fascinant : on l'appelle 'faux blé', elle est presque impossible à distinguer du blé et pousse avec lui. Dans l'Antiquité, un pourcentage énorme des récoltes de blé en était contaminé, et contrairement au blé, il ne fait pas de bien à ceux qui le consomment : il provoque maladies et nausées, peut entraîner des évanouissements et même la mort par empoisonnement. En quantités relativement petites, il est psychoactif et provoque une sorte d'ivresse, à la manière des drogues. C'est pourquoi il semble que beaucoup, dans l'Antiquité, consommaient un peu de zonin dans leur nourriture, volontairement ou par inadvertance, dans le pain comme dans la bière, et s'en enivraient.
Dans une note en bas de page du Artscroll, il est proposé que le mot 'zonin' vienne de la racine zana, zona - s'écarter sur le côté et s'éloigner, car c'est une sorte de blé dégénéré. Quant au mot darnel, il signifie être comme ivre ou éméché, et il se peut que ce soit la même idée, puisque la plante fait tourner la tête de celui qui la consomme. Quoi qu'il en soit, le zonin ne se trouve plus dans le monde occidental, bien qu'il nuise encore aux personnes et aux cultures de blé en Afrique et ailleurs.
Et bien que le zonin ressemble beaucoup au blé et ne constitue pas des kilayim avec lui à la plantation, puisqu'il n'est pas comestible pour l'homme - on ne prélève pas du zonin inférieur pour le blé afin de le donner au kohen, car ce n'est pas du tout de la nourriture. Telle est l'exception que la Mishnah enseigne : deux espèces qui ne sont pas des kilayim, et pourtant, celui qui prélève de l'inférieure d'entre elles, le zonin, pour le blé - son prélèvement n'est pas valable sur le plan halakhique, car le zonin n'est pas du tout de la nourriture.
Le kishout et le melafefon :
Et pour conclure : "hakishout vehamelafefon - min echad". Le kishout est un concombre (cucumber) ; en hébreu moderne, 'kishou' désigne la courgette, mais cela est assurément inexact, car la courgette est arrivée d'Italie à une époque tardive et n'existait pas à l'époque de nos Sages. Quant au melafefon, le Rambam explique ici qu'il s'agit du concombre égyptien, et le Artscroll l'a traduit par 'petits concombres' (gherkins), qui sont en fait des cornichons ; comme ils se ressemblent beaucoup, ils sont considérés comme une seule espèce. D'autres ont estimé que le melafefon est une sorte de melon, et il semble effectivement qu'il existe des similitudes entre la culture des concombres et celle des pastèques. Quoi qu'il en soit, le kishout - traduit par concombres - et le melafefon, qu'il s'agisse de concombres égyptiens ou de melons, sont considérés comme une seule espèce, et il est donc possible de prélever la Terumah de l'un pour l'autre.
"Rabbi Yehoudah omer : shnei minim" - Rabbi Yehoudah est en désaccord et estime que le kishout et le melafefon sont deux espèces différentes, et qu'on ne doit pas prélever la Terumah de l'un pour l'autre. Toutefois, la halakhah n'est pas selon son avis : la halakhah est que le kishout et le melafefon constituent une seule espèce, et qu'on peut prélever la Terumah de l'un pour l'autre.