Nous étudions la Michna 11 du chapitre 7 du traité Sanhédrin, la dernière Michna du chapitre. La Michna continue de détailler les transgressions énumérées précédemment dans la Michna 4, et ici, on aborde la transgression du sorcier - celui qui fait de la magie et des sortilèges.
Le texte de la Michna :
Mechashef haoseh maaseh chayav, velo haochez et ha'eynayim - Un sorcier qui accomplit un acte est coupable, mais pas l'illusionniste. La Michna fait la distinction entre deux types de personnes qui font ces actes :
Haoseh maaseh - Celui qui accomplit un acte. Il s'agit de celui qui réalise un véritable acte de sorcellerie, qui mobilise les forces de l'impureté (Toumah) et les utilise concrètement. C'est l'interdit pour lequel on est passible de la peine de lapidation (Sekilah).
Haochez et ha'eynayim - L'illusionniste. Il ne fait pas d'acte réel mais trompe les gens avec des tours de passe-passe et de l'agilité manuelle. Le sens littéral est qu'il saisit et captive les yeux de ceux qui regardent, c'est-à-dire qu'il trompe leurs sens.
Les magiciens de nos jours :
Les magiciens de notre époque agissent tous par l'illusion, avec des tours et des jeux de mains, et par conséquent, ils ne sont pas passibles de lapidation pour sorcellerie. Néanmoins, a priori, la chose est interdite. Le Rav Moché Feinstein zatsal en discute dans un Responsum (Techouvah), et de nombreux magiciens qui travaillent dans des événements, des fêtes et des hôtels à 'Hol Hamoèd s'appuient sur sa permission. Les conditions de cette permission sont que le magicien avoue explicitement qu'il n'est pas un sorcier mais qu'il utilise seulement de l'agilité manuelle, et même qu'il explique et montre comment le tour est réalisé, pour qu'il soit clair pour le public qu'il n'y a ici aucun acte de sorcellerie.
Les paroles de Rabbi Akiva :
La Michna continue et enseigne que deux personnes peuvent accomplir un acte qui semble totalement identique, et pourtant, l'un est coupable et l'autre est exempté : Rabbi Akiva omer michoum Rabbi Yéhoshoua : chnayim loketin kichou'in, echad loket patour ve'echad loket chayav - Rabbi Akiva dit au nom de Rabbi Yéhoshoua : deux personnes cueillent des concombres, l'un cueille et est exempté, et l'autre cueille et est coupable. Tous deux ont cueilli les concombres et ont causé leur disparition, et pourtant leur jugement diffère :
Celui qui accomplit un acte - coupable : Celui qui a utilisé de la vraie sorcellerie pour provoquer la disparition est un sorcier et il est coupable.
L'illusionniste - exempté : Celui qui s'est contenté d'agilité manuelle, par exemple en cachant le concombre dans sa manche, est exempté, car il n'a fait aucun acte de sorcellerie.
L'opinion du Rambam :
Le Rambam écrit, dans une formulation célèbre et controversée, que la réalité de la sorcellerie n'existe pas du tout, et que tout n'est qu'illusion, tromperie et tour de passe-passe. Selon ses paroles, il est difficile de comprendre notre Michna, qui fait la distinction entre celui qui accomplit un acte et l'illusionniste.
Et en effet, de nombreux commentateurs ont soulevé la difficulté sur le Rambam, car de nombreuses Guémarot et enseignements de nos Sages (Hazal) indiquent qu'il y a une réalité aux affaires de sorcellerie. Par conséquent, les propos du Rambam nécessitent un approfondissement (Tzarikh iyoune) : comment expliquer son intention, comment étudier la Michna selon son opinion, et comment comprendre ses paroles de manière générale.