Menachot chapitre dix, Michna 9 - la dernière Michna du chapitre et la dernière concernant le sacrifice du Omer. La Michna ajoute et énumère les moments et les situations dans lesquels il est permis de moissonner des céréales avant la moisson de l'orge pour la Min'hat HaOmer, puis elle aborde la manière de moissonner et d'apporter le Omer lui-même.
Les permissions de moissonner avant la moisson du Omer :
"Kotsrim mipenei haneti'ot" - On a le droit de moissonner les céréales qui poussent entre les jeunes pousses d'arbres. Ces céréales sont pour ainsi dire en compétition avec les jeunes arbres, et leur moisson s'apparente à un désherbage : on les retire afin que les nutriments parviennent directement aux arbres et ne soient pas détournés vers elles. Puisqu'elles poussent entre les arbres, elles ne bénéficient pas d'une pleine nutrition et ne sont pas aptes a priori (lekhat'hila) à fournir l'orge du Omer, il n'y a donc pas d'interdiction d'ordre rabbinique (miderabbanan) de les moissonner. Il ne reste que la restriction rabbinique de ne pas les regrouper, comme cela sera détaillé plus loin dans la Michna.
"Mipenei beit ha'avel" - A l'époque de la Michna, on avait l'habitude, après le retour des endeuillés de l'enterrement, de préparer la Seoudat Havra'ah (le repas de condoléances), une sorte de grand repas communautaire avec les amis et les membres de la famille. Un tel repas nécessite un grand espace, plus vaste que ce que peut contenir une maison privée, et c'est pourquoi il se déroulait généralement en extérieur. Si le seul endroit disponible est dans les champs, et qu'il faut le dégager, il est permis de moissonner et d'enlever les céréales qui poussent dans le champ afin qu'il y ait de la place pour s'asseoir et consoler les endeuillés. Le fondement de cette permission, bien qu'il s'agisse de céréales aptes pour le Omer, se trouve dans les termes du verset "rechit ketsirkhem" (les prémices de votre moisson) - une moisson qui est pour vos besoins. Celui qui moissonne non pas pour son propre besoin et son usage personnel mais en vue d'une mitsva, pour préparer le lieu pour les endeuillés, son acte est permis.
"Mipenei bitoul beit hamidrach" - Afin de faciliter l'étude pour ceux qui ne peuvent pas étudier au Beit Hamidrach. Lorsque le Beit Hamidrach est plein et qu'il n'y a pas de place pour asseoir les étudiants, qui avaient coutume de s'asseoir et d'étudier à même le sol, on leur prépare une place à l'extérieur. Et si le seul endroit à l'extérieur nécessite d'être déblayé des céréales qui y poussent, il est permis de les moissonner afin de permettre l'étude de la Torah.
Il convient de noter que la version du Bartenoura est "mipenei beit hamidrach" - afin qu'il y ait de la place pour étudier. L'idée est la même, seule la version diffère.
La manière de moissonner de façon permise :
Pour ces moissons permises, la Michna dit : "Lo ya'asseh otan kerikhot, aval manichan tsevatim" - on ne doit pas lier les gerbes au moment de la moisson, mais on laisse les tiges moissonnées sur le sol, et on ne les rassemble qu'après que le Omer a été offert. L'idée est de ne pas ajouter de travail, et de bien préciser que la moisson se fait avec permission et de manière exceptionnelle, mais qu'elle reste restreinte, et qu'il est bien sûr interdit de consommer de ces céréales. Certains expliquent que "kerikhot" sont de grandes gerbes liées et "tsevatim" de petits tas ; quoi qu'il en soit, la moisson et le rassemblement se font de façon inhabituelle.
Lekhat'hila et bedi'avad pour l'apport du Omer :
"Mitsva lavo min hakama" - A priori, on doit apporter l'orge pour la Min'hat HaOmer à partir de la kama, c'est-à-dire de céréales encore attachées au sol. Le fondement de ceci se trouve dans le verset du livre du Deutéronome, dans la parachat Rééh, dans le contexte du compte du Omer : "Meha'hel 'hermech bakama" - depuis le moment où la faucille touche la kama, la céréale sur pied. Et si, pour une raison quelconque, "lo matsa" - il n'a pas trouvé d'orge sur pied apte à être utilisée - "yavi min ha'omarim" - il apportera des gerbes, à partir de céréales qui ont été moissonnées du sol auparavant, avant le 16 Nissan.
"Mitsva lavo min hala'h" - A priori, on doit l'apporter à partir de grains humides (frais), selon le terme du verset "karmel". Dans la Guemara, deux exégèses sont apportées pour le sens de ce mot, et Rachi et Onkelos adoptent chacun l'une d'elles : "Kar malé", comme un coussin rempli, ou "rakh oumal", tendre et facile à écraser. Autrement dit, a priori, la céréale doit être pleine et fraîche. Et s'il n'a pas trouvé de grain frais, il apportera du sec, et même une orge sèche est valable a posteriori (bedi'avad).
"Mitsva liktsor balayla" - A priori, on doit moissonner l'orge pendant la nuit qui suit le premier jour de Pessa'h, la nuit du 16 Nissan, car il est dit "cheva chabbatot temimot", des semaines complètes, et c'est pourquoi on doit moissonner le plus près possible du début des sept semaines. Et si l'orge a été moissonnée de jour, elle est valable bedi'avad.
Quelle est la source du fait que même le bedi'avad est valable ? Dans le passage du Omer, il est dit : "Ve'im takriv min'hat bikourim laChem, aviv kaloui ba'ech guerech karmel takriv et min'hat bikourekha" - Les céréales doivent être fraîches, torréfiées au feu, grossièrement broyées ("guerech"), et pleines de grains ("karmel"). Le mot "takriv" (tu offriras) est répété dans le même verset, et cette répétition semble superflue. Les Sages (Hazal) en ont déduit qu'il y a deux sortes d'offrande : une offrande de lekhat'hila et une offrande de bedi'avad. C'est pourquoi, même lorsqu'une personne n'a pas la possibilité d'apporter l'offrande de manière parfaite, elle l'apportera de manière bedi'avad.
Il convient de noter que la question du moment de la moisson fait l'objet d'une discussion entre Tannaïm, rapportée dans le traité Meguila, chapitre deux. Notre Michna adopte l'opinion de Rabbi, qui est Rabbi Yehouda HaNassi, lequel pense que l'on peut moissonner même de jour ; en revanche, Rabbi Elazar ben Chimon pense que la moisson doit se faire exclusivement de nuit.
"Vedo'heh et haChabbat" :
Qu'est-ce qui repousse ici le Chabbat ? Cela ne signifie pas que la moisson elle-même se fait pendant Chabbat, bien que telle soit la Halakha en pratique. L'opinion du Tanna dans notre texte est que la moisson peut se faire à tout moment, de jour ou de nuit, et par conséquent elle n'a pas besoin de repousser le Chabbat. La lecture correcte de la Michna est donc que c'est l'offrande de la Min'hat HaOmer qui repousse le Chabbat, et non la moisson, qui n'est pas fixée à un moment précis et peut être effectuée avant Chabbat.
Cependant, la Halacha a été tranchée selon l'opinion du Tanna que nous avons vu tout au long du chapitre, à savoir que la moisson ainsi que l'offrande de la Min'hat HaOmer repoussent le Chabbat, et telle est la loi en pratique. C'est ainsi que s'achève le dixième chapitre, et avec lui le sujet du Korban HaOmer.