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Avot Chapitre 4, Michna 7: l'interdiction de tirer profit de la Torah

Chapitre 4, michna 7 (dans certaines versions, cette michna est numérotée différemment). L'auteur de cet enseignement est Rabbi Tsadok, connu par la Guemara : lorsque Rabban Yohanan ben Zakaï adressa trois requêtes à Vespasien, l'une d'elles fut qu'un traitement médical soit prodigué à Rabbi Tsadok. Rabbi Tsadok est ce juste qui siégea une quarantaine d'années aux portes de Jérusalem et jeûna chaque jour, afin d'apporter du mérite à Israël et d'empêcher la destruction, laquelle finit malgré tout par survenir. Il était kohen et un juste immense, et bien qu'il fût parmi les disciples de Beit Chamaï, il tranchait toujours comme Beit Hillel. Dans notre michna aussi, il cite Hillel explicitement, et même là où il ne le cite pas, il exprime l'approche de Hillel.

Il convient de noter qu'il existe des versions qui rattachent à cette michna des passages tirés des michnayot précédentes du chapitre. La version qui est devant nous ne les inclut pas, et même s'il eût été juste de les rattacher, nous avons déjà étudié ces passages à leur place.

Texte de la michna :

Rabbi Tsadok dit : "Al taassem atara lehitgadel bahem, velo kardom lahpor bahem" - ne les transforme pas en couronne pour t'en glorifier, ni en hache pour creuser avec elles. Le mot "bahem" dans la michna renvoie aux paroles de Torah : il ne faut pas faire des paroles de Torah une couronne, un diadème par lequel l'homme se grandirait lui-même, ni non plus une hache pour creuser avec.

Le mot "kardom" est parfois traduit par bêche, mais son sens exact est hache. Il semble qu'un point se cache précisément là : pour creuser, une hache est un mauvais choix d'outil. La michna emploie justement l'outil qui ne convient pas au travail, pour nous enseigner que la Torah n'est pas une couronne pour se glorifier, et qu'elle n'est pas non plus un outil grâce auquel l'homme gagnerait sa vie.

"Vechah haya Hillel omer" - et ainsi disait Hillel :

Rabbi Tsadok poursuit et cite Hillel, qui vécut environ cent ans avant la destruction : "Vedichtamech betaga halaf". C'est une citation de la michna du chapitre 1, michna 13. L'expression est en araméen : "taga" est une couronne (et comme nous l'avons mentionné là-bas, les Mikraot Guedolot des Yéménites sont appelés "taj"), et "halaf" signifie il disparaîtra. Autrement dit, celui qui se sert de la couronne de la Torah disparaîtra. Certains expliquent qu'il mourra avant son temps, d'autres disent qu'il perd le monde à venir.

De là Rabbi Tsadok déduit explicitement : "Mikan ata lamed, kol hanéhéné midivré Torah - notel hayav min haolam" - de là tu apprends que quiconque tire profit des paroles de Torah retire sa vie de ce monde. Quiconque tire un profit personnel des paroles de Torah, que ce soit comme couronne, comme diadème pour son honneur personnel, ou comme hache, comme outil pour gagner sa vie, retire sa vie de ce monde. Beaucoup expliquent que cela signifie qu'il meurt avant son temps, et beaucoup d'autres, dont Rachi et le Rambam, expliquent que cela vise le monde à venir.

Il ressort de la michna que la Torah a été donnée afin qu'on l'étudie et qu'on l'accomplisse. En faire une couronne, un moyen de se magnifier soi-même et de se faire appeler rabbi et autres titres semblables, est une chose extrêmement grave, une sorte de détournement du sacré. Rabbi Tsadok dit plus encore : ne fais pas non plus des paroles de Torah un outil pour ta subsistance, une hache pour creuser avec, c'est-à-dire que ta subsistance provienne de ta fonction de rav, de roch yechiva ou de dayan.

Deux remarques préalables :

La première : la Guemara dans Pessahim est bien connue, selon laquelle l'homme doit commencer à s'occuper des mitsvot même de manière non désintéressée (chelo lichma), car de ce qui est fait sans intention pure on parvient à ce qui est fait avec intention pure (lichma). Ces propos concernent un homme jeune qui ne comprend pas encore, et c'est là la nature humaine : l'enfant a besoin d'une motivation, et l'action pour les bonnes raisons (le Chema et l'amour de Hachem, comme nous l'avons expliqué à sa place dans le traité) est trop abstraite pour lui. C'est pourquoi on commence par lui donner une motivation. Mais tout cela à condition que son intention soit de parvenir en fin de compte à l'action pour les bonnes raisons. Un homme mû par les mauvaises raisons sans intention de parvenir au lichma n'y parviendra jamais. Nous voyons beaucoup de gens qui étudient la Torah et accomplissent les mitsvot pour les mauvaises raisons, et ne parviennent jamais au lichma. Il est impératif d'avoir l'intention de parvenir au lichma, et ce n'est pas là le sujet de notre michna.

La position du Rambam :

La deuxième remarque : le Bartenoura explique ici selon l'approche du Rambam, célèbre pour affirmer que l'homme n'a absolument aucune place pour faire un usage personnel de la Torah. Le Rambam parle même sévèrement de celui qui a l'intention de devenir un érudit de la Torah subvenu par les fonds de la tsédaka, ce que l'on appelle de nos jours l'étude en kollel.

Et voici ses termes dans les Hilkhot Talmud Torah, chapitre 3, halakha 10 : "Quiconque se met en tête d'étudier la Torah sans travailler et de se faire entretenir par la tsédaka, celui-là profane le Nom, méprise la Torah, éteint la lumière de la religion, se cause du mal à lui-même et retranche sa vie du monde à venir". Autrement dit, celui dont c'est le projet, être un étudiant de la Torah à plein temps, sans travailler, et se faire entretenir par la communauté, transgresse le hilloul Hachem, la plus grave des transgressions, comme nous l'avons souligné dans les michnayot précédentes, car il fait en sorte que le public ne prenne pas au sérieux la parole de D.ieu. De plus, il méprise la Torah, éteint la lumière de la religion, se cause un dommage irréversible, et retranche sa vie non seulement de ce monde mais aussi du monde à venir, et le Rambam reprend les termes de notre michna en y ajoutant les mots "monde à venir".

Le Rambam poursuit et donne la raison : "Car il est interdit de tirer profit des paroles de la Torah en ce monde" - une interdiction absolue de retirer quelque bénéfice que ce soit des paroles de la Torah en ce monde. Et il cite notre michna : "Les Sages ont dit : quiconque tire profit des paroles de la Torah retranche sa vie du monde", ainsi que "N'en fais pas une couronne pour t'en glorifier ni une bêche pour creuser avec". Et il ajoute : "Et ils ont encore ordonné et dit : aime le travail et hais la fonction dirigeante" - que l'homme aime le travail et haïsse la fonction rabbinique. Et pour conclure : "Et toute Torah qui n'est pas accompagnée d'un travail finira par s'annuler et entraîne le péché, et cet homme finira par piller les gens" - celui qui ne subvient pas à ses besoins par un travail, la Torah elle-même finira par s'annuler et se perdre en lui, et elle l'entraînera vers le péché, jusqu'à ce qu'il finisse par voler les gens.

C'est bien entendu une accusation extrêmement grave, mais telle est l'approche, fondée essentiellement sur notre michna et sur les michnayot que nous avons mentionnées plus haut, et c'est ainsi qu'explique également le Baal HaTourim. Selon le Rambam, il n'y a aucune permission de recevoir un salaire pour être enseignant, rav, roch yéchiva et ainsi de suite.

Comment, dès lors, les enseignants et les juges reçoivent-ils un salaire ?

La Guemara elle-même reconnaît une réalité dans laquelle des gens s'assoient, enseignent et reçoivent pour cela un salaire, et elle résout cela par deux approches fondamentales :

  • Un salaire pour un service annexe : l'enseignant ne reçoit pas un salaire pour la transmission de la Torah elle-même, mais pour la protection des enfants contre le danger, pour leur éducation aux bonnes qualités et pour le fait qu'il veille à ce qu'ils apprennent à lire, des choses qui ne font pas partie de la transmission de la Torah en tant que telle. Le fondement de cela est appris du verset, où Moché Rabbénou a enseigné la Torah sans percevoir de paiement : "Vois, je vous ai enseigné des lois et des jugements comme me l'a ordonné Hachem mon D.ieu", et les Sages ont expliqué : "De même que moi c'est gratuitement, de même vous c'est gratuitement". De même que Moché Rabbénou a enseigné sans salaire, de même chaque homme doit transmettre la tradition sans percevoir de paiement. Selon cette approche, les enseignants dans les Talmud Torah et les rabbanim reçoivent un salaire pour autre chose que l'étude de la Torah.

  • Un salaire de dédommagement (sekhar batala) : l'homme qui siège comme juge est en droit de recevoir un salaire de dédommagement, une compensation pour le fait qu'il ne se consacre pas à un autre travail.

Ainsi explique le Rambam, et il convient de noter que le Rambam lui-même fut toute sa vie un rav de communauté dévoué, et que sa vie fut difficile ; mais il n'a jamais pris une prouta pour aucun service qu'il a rendu à la communauté en tant que juge, en tant que rav et ainsi de suite.

L'approche du Kessef Michné :

En revanche, le Kessef Michné, c'est-à-dire Rabbi Yossef Karo, l'auteur du Choulhan Aroukh, dont la première grande œuvre fut le Kessef Michné, dans lequel il a parcouru le Rambam du début à la fin, a corrigé, indiqué les sources et en a débattu, s'oppose vigoureusement au Rambam. Selon lui, il en fut toujours ainsi : il y avait des rabbanim et des dirigeants de Torah dans les communautés qui étaient entretenus par la tsédaka, et c'est ainsi que la chose se faisait. Et même si le Rambam a raison et qu'en théorie cela n'est pas convenable, en pratique cela relève de "il est temps d'agir pour Hachem". Nous n'avons pas le choix en la matière, car si nous ne payions pas les rabbanim, les enseignants, les roch yéchiva et les juges, ils ne pourraient pas s'y consacrer, et nous n'aurions ni enseignants ni roch yéchiva, et nous ne pourrions pas transmettre la Torah et la tradition.

En résumé : telle est la célèbre controverse entre le Rambam et le Kessef Michné, et il n'est pas en notre pouvoir de trancher entre eux. Cependant, l'approche simple de cette michna, et c'est certainement celle du Bartenoura, est qu'il est interdit à l'homme de chercher à utiliser la Torah sous quelque forme que ce soit, ni pour sa gloire personnelle ni comme un moyen d'en tirer une subsistance de quelque manière que ce soit.