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La rédaction du rouleau et sa destruction par le feu

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Introduction : comment est née la Méguilat Eikha

Nous ouvrons l'étude du livre d'Eikha, rédigé par le prophète Jérémie (Yirmeyahou). Avant d'aborder les chapitres eux-mêmes, il convient de savoir que nous disposons d'un récit détaillé de la manière dont ce livre a vu le jour : sous quelle forme il a été consigné, comment il fut accueilli par le peuple et par le roi, et comment lui furent ajoutés d'autres chapitres qui n'y figuraient pas à l'origine, mais qui vinrent s'y greffer à la suite de la lecture du rouleau transmis par Jérémie. Tout ceci est consigné explicitement dans le livre de Jérémie, au chapitre 36, et c'est par là que nous commencerons. La Méguilat Eikha telle que nous la possédons aujourd'hui est l'aboutissement final ; le texte initial ne se présentait pas ainsi, et ce chapitre va nous dévoiler les péripéties à travers lesquelles ce rouleau est passé avant d'atteindre sa forme définitive.

L'ordre divin : « Prends un rouleau de livre »

וַיְהִי בַּשָּׁנָה הָרְבִיעִת לִיהוֹיָקִים בֶּן יֹאשִׁיָּהוּ מֶלֶךְ יְהוּדָה, הָיָה הַדָּבָר הַזֶּה אֶל יִרְמְיָהוּ מֵאֵת ה' לֵאמֹר. - « Et il arriva, la quatrième année de Yehoyakim, fils de Yoshiyahou, roi de Juda, que cette parole fut adressée à Jérémie de la part de l'Éternel, en ces termes : »

C'est un chapitre particulièrement d'actualité en cette période où nous nous trouvons, à la veille de Ticha Béav. Ces paroles furent prononcées la quatrième année du règne de Yehoyakim, fils de Yoshiyahou, un roi d'une grande impiété, ce même Yehoyakim dont le crâne roula et erra jusqu'à être brûlé à l'époque talmudique, comme nous le verrons plus loin.

קַח לְךָ מְגִלַּת סֵפֶר, וְכָתַבְתָּ אֵלֶיהָ אֵת כָּל הַדְּבָרִים אֲשֶׁר דִּבַּרְתִּי אֵלֶיךָ עַל יִשְׂרָאֵל וְעַל יְהוּדָה וְעַל כָּל הַגּוֹיִם, מִיּוֹם דִּבַּרְתִּי אֵלֶיךָ מִימֵי יֹאשִׁיָּהוּ וְעַד הַיּוֹם הַזֶּה. - « Prends un rouleau de livre, et écris-y toutes les paroles que Je t'ai adressées au sujet d'Israël, de Juda et de toutes les nations, depuis le jour où Je t'ai parlé, à l'époque de Yoshiyahou, jusqu'à ce jour. »

Un « rouleau de livre » désigne le parchemin, le feuillet. C'est là que Jérémie doit consigner tous les malheurs décrétés par Hachem contre Israël et Juda, ce qui s'est déjà produit comme ce qui est encore à venir. Tout ne s'était pas encore accompli à cette époque ; certaines prédictions ne devaient se réaliser que bien plus tard.

אוּלַי יִשְׁמְעוּ בֵּית יְהוּדָה אֵת כָּל הָרָעָה אֲשֶׁר אָנֹכִי חֹשֵׁב לַעֲשׂוֹת לָהֶם, לְמַעַן יָשׁוּבוּ אִישׁ מִדַּרְכּוֹ הָרָעָה, וְסָלַחְתִּי לַעֲוֺנָם וּלְחַטָּאתָם. - « Peut-être la maison de Juda entendra-t-elle tout le mal que Je projette de leur faire, afin que chacun revienne de sa mauvaise voie, et que Je pardonne leur faute et leur péché. »

Tel est l'unique dessein : lorsque Jérémie fera entendre ce rouleau et leur rappellera les prophéties déjà accomplies, peut-être comprendront-ils que les événements annoncés pour l'avenir se réaliseront également, ce qui suscitera leur repentir. Le Saint, béni soit-Il, déclare : Je ne désire pas la mort de celui qui meurt, mais qu'il se détourne de ses voies et qu'il vive. Le malheur n'est jamais une fin en soi, mais un moyen destiné à conduire au bien, pour qu'ils fassent téchouva et s'épargnent ainsi l'exil.

L'expression « la mort de celui qui meurt » relève à la fois du Derach et du Pchat. Selon le Derach, l'impie, même de son vivant, est qualifié de mort ; le Saint, béni soit-Il, affirme donc qu'Il ne désire pas la mort absolue de ce « mort ». Selon le Pchat, c'est semblable au verset « si quelqu'un vient à tomber » (littéralement « le tombant »), où l'Écriture le désigne par anticipation selon son issue finale : bien qu'il ne soit pas encore tombé, elle l'appelle déjà « tombant ». De même ici : celui que tu vois mourir, Hachem dit : Je ne souhaitais pas sa mort, mais plutôt qu'il n'en arrive jamais à cette issue, qu'il revienne de ses voies et vive.

Baroukh ben Néria : prophétie ou Roua'h Hakodech

וַיִּקְרָא יִרְמְיָהוּ אֶת בָּרוּךְ בֶּן נֵרִיָּה, וַיִּכְתֹּב בָּרוּךְ מִפִּי יִרְמְיָהוּ אֵת כָּל דִּבְרֵי ה' אֲשֶׁר דִּבַּר אֵלָיו עַל מְגִלַּת סֵפֶר. - « Jérémie appela Baroukh, fils de Néria, et Baroukh écrivit, sous la dictée de Jérémie, toutes les paroles de l'Éternel qu'Il lui avait adressées, sur un rouleau de livre. »

Yirmiyahou prononçait les paroles de sa bouche et Baroukh les écrivait. Baroukh ben Néria était un sage de la génération de Yirmiyahou, en quelque sorte son adjoint et son bras droit, et nous le voyons accompagner Yirmiyahou sur une longue partie du chemin.

Le Malbim rapporte au nom de l'Abarbanel un principe fondamental : toutes les prophéties de Yirmiyahou ont été rédigées par Yirmiyahou lui-même, de sa propre plume et dans son propre style, une langue pure et limpide. Il n'en va pas de même pour Méguilat Eikha, qui ne fut pas écrite par prophétie mais par Roua'h HaKodech (l'inspiration divine), un degré inférieur à la prophétie. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, lui facilita la tâche et ordonna que Yirmiyahou dicte et que Baroukh écrive. Et c'est là toute la précision du verset qui suit : « Et Baroukh lut les paroles de Yirmiyahou », et non « les paroles d'Hachem ». S'il s'était agi d'une prophétie directe, il aurait fallu dire « les paroles d'Hachem ». Néanmoins, que l'on ne s'y trompe pas : prophétie comme Roua'h HaKodech, tout émane d'Hachem ; mais s'agissant d'un niveau inférieur, il était plus approprié de les désigner comme les « paroles de Yirmiyahou ».

« Je suis retenu » : Yirmiyahou en prison

וַיְצַוֶּה יִרְמְיָהוּ אֶת בָּרוּךְ לֵאמֹר: אֲנִי עָצוּר, לֹא אוּכַל לָבוֹא בֵּית ה'. - Et Yirmiyahou donna cet ordre à Baroukh, en disant : Je suis retenu, je ne peux me rendre dans la Maison d'Hachem.

« Je suis retenu » signifie qu'il était en prison. Yehoyakim avait fait enfermer Yirmiyahou. Certes, nous savons que Tsidkiyahou l'enferma plus tard dans la cour de la prison, mais nous apprenons ici que Yehoyakim l'avait lui aussi incarcéré. C'était apparemment presque une habitude chez les rois, car Yirmiyahou n'était guère à leurs yeux un prophète agréable : il tenait constamment des propos sévères. Ils auraient voulu qu'il réconforte le peuple et assure que tout irait bien, alors qu'il répétait sans relâche que Nevoukhadnetsar approchait et que le malheur allait s'abattre. C'est pourquoi ils l'emprisonnèrent.

וּבָאתָ אַתָּה וְקָרָאתָ בַמְּגִלָּה אֲשֶׁר כָּתַבְתָּ מִפִּי אֶת דִּבְרֵי ה' בְּאָזְנֵי הָעָם בֵּית ה' בְּיוֹם צוֹם, וְגַם בְּאָזְנֵי כָל יְהוּדָה הַבָּאִים מֵעָרֵיהֶם תִּקְרָאֵם. - Va donc toi-même, et lis dans le rouleau que tu as écrit sous ma dictée les paroles d'Hachem, aux oreilles du peuple dans la Maison d'Hachem, un jour de jeûne ; et tu les liras également aux oreilles de tous les gens de Juda venus de leurs villes.

Yirmiyahou lui explique : étant retenu prisonnier, je n'ai pas la possibilité de sortir diffuser ce message parmi le peuple, et à quoi bon écrire si personne ne l'entend ? De nos jours, on imprime un journal à des centaines de milliers d'exemplaires, ou bien l'on envoie un message instantané à des centaines de personnes et l'information est transmise en un instant. À l'époque, c'était un travail de Sisyphe : il fallait prendre le rouleau, le déployer, le lire aux oreilles des gens dans une rue, puis passer à la rue suivante et recommencer la lecture. C'est pourquoi Yirmiyahou charge Baroukh de sortir et de proclamer le rouleau devant tous.

« Un jour de jeûne » : un jour de rassemblement

Que signifie « un jour de jeûne » (yom tsom) ? Le sens littéral, comme l'explique le Radak, est un jour de jeûne public. Mais le Radak rapporte au nom de son père une autre explication : le terme « tsom » dérive de la même racine que « tsomet » (jonction, convergence). Une jonction de tendons (tsomet guidim) désigne la réunion de nombreux tendons, et un carrefour (tsomet derakhim) est le point de rencontre de routes venant de plusieurs directions. De même, « son corps s'est contracté » (nitsmat bassaro) indique un resserrement, une concentration. Selon ce principe, « tsom » évoque un rassemblement d'individus, car tel était l'usage : « Proclamez un jeûne, convoquez une assemblée solennelle » ; lorsqu'on décrétait un jeûne, tout le peuple se réunissait pour prier. Ainsi, « un jour de jeûne » signifie le jour où tout le peuple converge dans les synagogues ou au Temple. C'est ce jour-là que Yirmiyahou lui ordonne de faire la lecture, car la foule sera rassemblée et il n'aura pas à peiner pour diffuser le message ; s'il fait la lecture devant mille ou deux mille personnes, le bouche-à-oreille opérera (« 'havra 'havra it lé »), et en deux ou trois jours, la nouvelle parviendra à tous les habitants des villes de Juda.

אוּלַי תִּפֹּל תְּחִנָּתָם לִפְנֵי ה', וְיָשֻׁבוּ אִישׁ מִדַּרְכּוֹ הָרָעָה, כִּי גָדוֹל הָאַף וְהַחֵמָה אֲשֶׁר דִּבֶּר ה' אֶל הָעָם הַזֶּה. - Peut-être leur supplication parviendra-t-elle devant Hachem et reviendront-ils chacun de leur mauvaise voie, car grande est la colère et l'indignation qu'Hachem a prononcées contre ce peuple.

Peut-être qu'en entendant ces paroles, leur cœur incirconcis se brisera enfin, qu'ils reviendront vers le Saint, béni soit-Il, et imploreront Son pardon sur cette situation même.

Pourquoi Baroukh a-t-il attendu un an et demi

וַיַּעַשׂ בָּרוּךְ בֶּן נֵרִיָּה כְּכֹל אֲשֶׁר צִוָּהוּ יִרְמְיָהוּ הַנָּבִיא, לִקְרֹא בַסֵּפֶר דִּבְרֵי ה' בֵּית ה'. - Baruch, fils de Néria, fit tout ce que lui avait ordonné le prophète Jérémie, en lisant dans le livre les paroles de l'Éternel dans la Maison de l'Éternel.

Le Malbim remarque qu'en réalité, il ne le fit pas immédiatement : l'ordre avait été donné au cours de la quatrième année de Yehoyakim, et la lecture n'eut lieu que durant la cinquième année, au neuvième mois, qui est le mois de Kislev (puisque Tichri est le septième). Pourquoi avoir tant tardé ? Parce qu'il devait agir « selon tout ce que Jérémie lui avait ordonné », en respectant scrupuleusement toutes les conditions requises : proclamer les paroles de l'Éternel dans la Maison de l'Éternel et un jour de jeûne. Or, aucun rassemblement populaire d'une telle ampleur n'avait eu lieu dans le Temple jusqu'alors, moment où les habitants des villes de Juda affluèrent également, permettant ainsi une proclamation publique retentissante. C'est là toute la précision des termes « selon tout ce que lui avait ordonné » : il différa la chose afin d'accomplir l'ordre dans sa plénitude.

Et que l'on ne se demande pas : pourquoi n'a-t-il pas lu le texte petit à petit, devant un public restreint, puis devant un autre, et quelle était la nécessité d'attendre un an et demi ? La réponse est simple : s'il avait lu devant une quinzaine de personnes, on l'aurait immédiatement arrêté, saisi le rouleau et confisqué l'écrit sans que personne n'en sache rien. Mais en profitant de l'élan suscité par la présence de milliers d'individus pour lire devant eux, on pouvait certes l'arrêter ensuite, mais la nouvelle s'était déjà propagée et tout le monde était désormais au courant.

La proclamation aux oreilles du peuple

וַיְהִי בַשָּׁנָה הַחֲמִשִׁית לִיהוֹיָקִים בֶּן יֹאשִׁיָּהוּ מֶלֶךְ יְהוּדָה בַּחֹדֶשׁ הַתְּשִׁעִי, קָרְאוּ צוֹם לִפְנֵי ה' כָּל הָעָם בִּירוּשָׁלִָם וְכָל הָעָם הַבָּאִים מֵעָרֵי יְהוּדָה בִּירוּשָׁלִָם. - Et ce fut durant la cinquième année de Yehoyakim, fils de Yoshiyahou, roi de Juda, au neuvième mois : tout le peuple à Jérusalem et tout le peuple venu des villes de Juda à Jérusalem proclamèrent un jeûne devant l'Éternel.

Toutes les conditions se trouvaient ainsi réunies : un jeûne avait été proclamé, célébré devant l'Éternel, en présence de tout le peuple réuni à Jérusalem et des foules venues des villes de Juda. C'était la voie la plus favorable pour que le plus grand nombre entende et sache. De plus, un jour de jeûne rend le cœur de l'homme plus réceptif à la réprimande et au Moussar. C'est un jour de Techouva, un jour de proximité avec l'Éternel, un jour où s'éveille le désir de réparation, où chacun est plus disposé à changer.

וַיִּקְרָא בָרוּךְ בַּסֵּפֶר אֶת דִּבְרֵי יִרְמְיָהוּ בֵּית ה', בְּלִשְׁכַּת גְּמַרְיָהוּ בֶן שָׁפָן הַסֹּפֵר, בֶּחָצֵר הָעֶלְיוֹן, פֶּתַח שַׁעַר בֵּית ה' הֶחָדָשׁ, בְּאָזְנֵי כָּל הָעָם. - Et Baruch lut dans le livre les paroles de Jérémie dans la Maison de l'Éternel, dans la chambre de Guemaryahou, fils de Chafan le scribe, dans le parvis supérieur, à l'entrée de la porte neuve de la Maison de l'Éternel, aux oreilles de tout le peuple.

Une fois encore, le texte emploie « les paroles de Jérémie » et non « la parole de l'Éternel », car elles furent énoncées avec le Roua'h Hakodech, comme nous l'avons expliqué. C'est alors que Mikhaïahou, fils de Guemaryahou, fils de Chafan, entendit toutes les paroles de l'Éternel tirées du livre. Il descendit au palais du roi, dans la chambre du scribe, où siégeaient tous les ministres : Élichama le scribe, Delayahou fils de Chemayahou, Elnathan fils d'Akhbor, Guemaryahou fils de Chafan, Tsidkiyahou fils de 'Hananyahou, ainsi que tous les autres ministres. Mikhaïahou leur rapporta alors toutes les paroles qu'il avait entendues lorsque Baruch lisait le livre aux oreilles du peuple.

וַיִּשְׁלְחוּ כָל הַשָּׂרִים אֶל בָּרוּךְ אֶת יְהוּדִי בֶּן נְתַנְיָהוּ בֶּן שֶׁלֶמְיָהוּ בֶן כּוּשִׁי לֵאמֹר: הַמְּגִלָּה אֲשֶׁר קָרָאתָ בָּהּ בְּאָזְנֵי הָעָם, קָחֶנָּה בְיָדְךָ וָלֵךְ. - Tous les princes envoyèrent alors vers Baruch Yehoudi, fils de Netanyahou, fils de Chélémyahou, fils de Kouchi, pour lui dire : « Le rouleau dans lequel tu as lu aux oreilles du peuple, prends-le en main et viens ! »

« Et va » signifie ici : viens. Baruch, fils de Néria, prit le rouleau en main et se rendit auprès d'eux. Ils souhaitaient entendre le texte de première main, ayant saisi la gravité du message.

« Ils tremblèrent en se regardant les uns les autres »

וַיְהִי כְּשָׁמְעָם אֶת כָּל הַדְּבָרִים, פָּחֲדוּ אִישׁ אֶל רֵעֵהוּ, וַיֹּאמְרוּ אֶל בָּרוּךְ: הַגֵּיד נַגִּיד לַמֶּלֶךְ אֵת כָּל הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה. - Dès qu'ils eurent entendu toutes ces paroles, ils tremblèrent en se regardant les uns les autres et dirent à Baruch : « Nous devons absolument rapporter toutes ces paroles au roi. »

Au sens simple, chacun d'eux redoutait la gravité même des paroles et ils déclarèrent qu'il était obligatoire de les rapporter au roi. Mais le Malbim explique la chose autrement : en réalité, ils auraient préféré que le roi n'en entende rien, mais chacun craignait son prochain, de peur que son compagnon n'aille le raconter au roi, et qu'ensuite le roi ne vienne lui reprocher : « Pourquoi n'es-tu pas venu m'avertir qu'une telle prophétie avait été prononcée et que c'est là ce qu'a dit Baroukh ben Néria ? » C'est là le sens de « ils tremblèrent les uns vers les autres » : chacun craignait que l'autre ne le dénonce, ce qui leur porterait préjudice. Si tous avaient pu s'engager à garder le silence et à dire « nous ne savions pas, nous n'avons rien entendu », ils l'auraient préféré ; mais comme ils ne pouvaient pas se faire confiance, ils déclarèrent qu'ils étaient obligés d'en informer le roi.

« Comment as-tu écrit toutes ces paroles de sa bouche ? »

וְאֶת בָּרוּךְ שָׁאֲלוּ לֵאמֹר: הַגֶּד נָא לָנוּ, אֵיךְ כָּתַבְתָּ אֶת כָּל הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה מִפִּיו? - Et ils interrogèrent Baroukh en disant : « Dis-nous donc, comment as-tu écrit toutes ces paroles de sa bouche ? »

Les ministres voulaient savoir : as-tu écrit au fur et à mesure que Jérémie prononçait ces paroles mot à mot, auquel cas il fallait redouter au plus haut point chaque détail consigné ici, ou bien Jérémie a-t-il parlé de manière générale et toi, dans ton style imagé, as-tu ajouté des précisions, donné des exemples et développé, auquel cas il ne fallait pas tant craindre les détails, puisqu'on pourrait toujours prétendre que tu t'étais laissé emporter ou que tu avais proposé une interprétation excessive ?

Le Malbim explique que les ministres, à l'époque de Yehoyakim, avaient déjà tranché que Jérémie n'était pas passible de mort pour la prophétie elle-même, car il s'était exprimé au nom d'Hachem. Mais au sujet des actes de Baroukh ben Néria, ils hésitaient : peut-être était-il passible de mort ? S'il avait recopié ces paroles d'après ce que Jérémie avait écrit sans qu'Hachem ne l'ait expressément chargé de les transcrire et de les publier, il se trouvait alors prophétiser au nom d'Hachem ce qu'Hachem ne lui avait pas ordonné de dire ; or le prophète qui a l'audace de parler au nom d'Hachem sans en avoir reçu l'ordre est passible de mort. De plus, ils voulaient savoir s'il avait ajouté des propos de son propre chef.

« Sur le livre, avec de l'encre »

וַיֹּאמֶר לָהֶם בָּרוּךְ: מִפִּיו יִקְרָא אֵלַי אֵת כָּל הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה, וַאֲנִי כֹּתֵב עַל הַסֵּפֶר בַּדְּיוֹ. - Baroukh leur répondit : « De sa bouche, il me dictait toutes ces paroles, et moi je les écrivais sur le livre, avec de l'encre. »

Baroukh leur répond pour dissiper toute erreur : c'est bien Jérémie qui lui a tout dicté de sa propre bouche, et lui a transcrit mot à mot. Mais pourquoi insister sur les mots « sur le livre, avec de l'encre » ? En quoi cela importe-t-il de savoir sur quel support et avec quoi il a écrit ? C'est que nous avons une règle sur la manière dont s'écrivent les rouleaux de la Torah et les Meguilot : « sur le livre », c'est-à-dire sur du parchemin (klaf), et « avec de l'encre », qui doit être une encre à base de noix de galle. Si cela n'est pas écrit ainsi, le texte n'a pas le statut d'Écrits saints, son niveau de sainteté est bien moindre, et l'on n'est pas quitte de son obligation avec un tel rouleau. Même s'il était entièrement écrit à l'encre mais sur du papier, du diftéra ou du papyrus, ou d'autres matériaux d'écriture de l'époque, cela ne vaudrait rien. C'est pourquoi Baroukh leur dit : sachez que ce que je lis devant vous a été rédigé exactement de la même manière que le Sefer Torah lui-même. Comment le Sefer Torah a-t-il été écrit ? Le Saint, béni soit-Il, dictait et Moché écrivait, sur un livre et avec de l'encre. Il en va de même ici : Jérémie dictait et j'écrivais sous sa dictée sur le livre, avec de l'encre. Il s'agit d'une écriture scrupuleuse et d'une transmission fidèle, sans le moindre manque ni le moindre ajout, exactement comme cela a été transmis, et ce texte a le statut d'Écrits saints.

La Meguila parvient au roi

וַיָּבֹאוּ אֶל הַמֶּלֶךְ חָצֵרָה, וְאֶת הַמְּגִלָּה הִפְקִדוּ בְּלִשְׁכַּת אֱלִישָׁמָע הַסֹּפֵר, וַיַּגִּידוּ בְּאָזְנֵי הַמֶּלֶךְ אֵת כָּל הַדְּבָרִים. - Ils se rendirent auprès du roi dans la cour, après avoir déposé le rouleau dans la chambre d'Élishama le scribe, et ils rapportèrent toutes ces paroles aux oreilles du roi.

Ils arrivèrent dans la cour du roi, ayant entre-temps déposé le rouleau dans la chambre d'Élishama le scribe, et transmirent au roi la teneur des propos rapportés par Baroukh au nom de Jérémie. Le roi envoya alors Yehoudi chercher le rouleau ; Yehoudi le prit dans la chambre d'Élishama le scribe et le lut aux oreilles du roi et aux oreilles de tous les ministres qui se tenaient auprès du roi. Le roi, lui aussi, voulait entendre la Meguila dans son intégralité, jusque dans ses moindres détails.

וְהַמֶּלֶךְ יוֹשֵׁב בֵּית הַחֹרֶף בַּחֹדֶשׁ הַתְּשִׁיעִי, וְאֶת הָאָח לְפָנָיו מְבֹעָרֶת. - Le roi était assis dans ses appartements d'hiver, au neuvième mois, et le brasero brûlait devant lui.

Les rois possédaient une résidence d'été et une résidence d'hiver. Le palais d'été avait de hauts plafonds et de nombreuses fenêtres, tandis que la demeure d'hiver avait des plafonds bas et peu d'ouvertures, afin de conserver la chaleur, et l'on y trouvait un foyer allumé (un braséro, « a'h » en hébreu). Pourquoi ce foyer s'appelle-t-il « a'h » ? Nos Sages expliquent qu'il est ainsi nommé parce que les bûches s'y embrasent en fraternité (« a'hava »), chaque morceau de bois s'enflammant au contact de son voisin, du mot « a'him » (frères). Le Malbim, quant à lui, explique que ce terme dérive de « vatir'éna va'a'hou » (Genèse 41, 2), où « a'hou » désigne les herbes et les broussailles ; on les fait sécher pour allumer les bûches, car c'est ainsi que l'on procédait : on posait ces herbes sèches sur le bois pour propager le feu. C'est pourquoi le foyer est appelé « a'h », de « a'hou », les herbes sèches.

La Méguila jetée au feu

וַיְהִי כִּקְרוֹא יְהוּדִי שָׁלֹשׁ דְּלָתוֹת וְאַרְבָּעָה, יִקְרָעֶהָ בְּתַעַר הַסֹּפֵר, וְהַשְׁלֵךְ אֶל הָאֵשׁ אֲשֶׁר אֶל הָאָח, עַד תֹּם כָּל הַמְּגִלָּה עַל הָאֵשׁ אֲשֶׁר עַל הָאָח. - Et dès que Yehoudi avait lu trois ou quatre colonnes, le roi coupait le rouleau avec le canif du scribe et le jetait au feu du braséro, jusqu'à ce que tout le rouleau fût entièrement consumé par le feu du braséro.

« Trois ou quatre colonnes » (delatot) signifie trois ou quatre versets. Lorsqu'on lisait devant lui, non seulement il ne fut nullement ému par ces paroles, mais il prit le rouleau, le déchira avec un canif - le couteau du scribe - et le jeta dans le feu ardent. Voyez quelle folie : comme si brûler le rouleau où la prophétie est inscrite allait empêcher la prophétie de s'accomplir ! Quelle perversité et quel aveuglement.

Nos Sages rapportent : on commença à lire devant lui : « Comment est-elle assise solitaire », puis « Elle pleure amèrement dans la nuit », puis la lettre Guimel, « Yéhouda est exilée dans l'affliction », et ensuite « Les chemins de Sion sont en deuil ». Et à tout cela, il ne s'émut point. On lui énonçait des paroles terribles et il restait impassible, car il se disait : « Je suis roi, je règne encore sur les survivants d'ici, et rien n'a encore été écrit contre moi. » Mais lorsqu'ils arrivèrent à la lettre Hé, « Ses oppresseurs sont devenus ses maîtres », qui est le cinquième verset - et c'est là le sens de « trois ou quatre colonnes » -, alors il s'enflamma : « Comment cela, ne suis-je point roi ? Eux deviendraient les maîtres ? » Cela, il ne put le tolérer, et aussitôt, « il le déchira avec le canif du scribe ». Il déchira et découpa le rouleau, pour signifier qu'il annulait ainsi ces paroles et refusait de les accepter.

« Ils ne furent point effrayés et ne déchirèrent point leurs vêtements »

וְלֹא פָחֲדוּ וְלֹא קָרְעוּ אֶת בִּגְדֵיהֶם, הַמֶּלֶךְ וְכָל עֲבָדָיו הַשֹּׁמְעִים אֵת כָּל הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה. - Mais ni le roi ni aucun de ses serviteurs qui entendaient toutes ces paroles ne furent effrayés, et ils ne déchirèrent point leurs vêtements.

Ils auraient dû s'inquiéter, trembler et déchirer leurs vêtements, car ils entendaient l'annonce d'une détresse et d'un désastre effroyables ; quiconque lit la Méguilat Eikha entend des paroles terrifiantes. Les ministres avaient d'ailleurs pris peur, comme il a été dit plus haut : « ils furent saisis d'effroi les uns envers les autres », et ils tentèrent même de l'empêcher de brûler le rouleau ; mais le roi et les courtisans qui l'entouraient ne craignirent rien du tout. C'est de là que nos Sages ont déduit que celui qui voit un Sefer Torah déchiré doit déchirer ses vêtements, car le prophète leur reproche : « et ils ne déchirèrent point leurs vêtements », ce qui prouve qu'il leur incombait de déchirer leurs habits en pareille circonstance.

וְגַם אֶלְנָתָן וּדְלָיָהוּ וּגְמַרְיָהוּ הִפְגִּעוּ בַמֶּלֶךְ לְבִלְתִּי שְׂרֹף אֶת הַמְּגִלָּה, וְלֹא שָׁמַע אֲלֵיהֶם. - Elnatan, Delayahu et Guemaryahu avaient pourtant supplié le roi de ne pas brûler le rouleau, mais il ne les écouta point.

Ils tentèrent de le raisonner : ne brûle pas le rouleau, il s'agit d'une prophétie qu'il faut prendre au sérieux ! Mais il refusa de les écouter. Et le roi donna l'ordre à Yera'hméel, fils du roi, à Serayahou, fils d'Azriel, et à Shèlèmyahou, fils d'Avdéel, de se saisir du scribe Baroukh et du prophète Yirmeyahou, mais Hachem les cacha. Le roi ordonna leur arrestation parce que leurs paroles et leur diffusion lui déplaisaient au plus haut point ; il craignait qu'ils n'aillent propager encore et encore ces prophéties, portant atteinte à sa royauté et semant l'effroi dans le cœur du peuple. C'est cette raison même qui poussait les rois à haïr les prophètes : les prophètes effrayaient en quelque sorte le peuple en lui annonçant que l'ennemi était proche, qu'il fallait se soumettre à lui sans se rebeller, car Hachem lui avait donné la royauté, etc. C'est pourquoi les rois tentaient de combattre les prophètes et de faire taire leurs avertissements.

Et que signifie « Hachem les cacha » ? Le Metsoudat David explique que cela s'est fait de façon miraculeuse. Et le Radak précise qu'il est fort probable que Dieu ait répandu des ténèbres autour d'eux, créant une obscurité totale, de sorte que ceux qui les cherchaient furent frappés d'aveuglement et cherchèrent sans pouvoir les trouver, ou que leur vue fut tout simplement neutralisée. C'est par un miracle qu'Hachem empêcha qu'on pût mettre la main sur eux.

La prophétie concernant Yehoyakim

וַיְהִי דְבַר ה' אֶל יִרְמְיָהוּ אַחֲרֵי שְׂרֹף הַמֶּלֶךְ אֶת הַמְּגִלָּה וְאֶת הַדְּבָרִים אֲשֶׁר כָּתַב בָּרוּךְ מִפִּי יִרְמְיָהוּ לֵאמֹר. - La parole de l'Éternel fut adressée à Jérémie, après que le roi eut brûlé le rouleau et les paroles que Baruch avait écrites sous la dictée de Jérémie, en disant :

Le Radak fait remarquer qu'il ne faut pas penser que le roi n'a brûlé que les marges du rouleau, c'est-à-dire le pourtour vierge entourant le texte, mais bien le rouleau lui-même ainsi que les paroles écrites. C'est de là que nos Sages ont déduit que quiconque voit un Sefer Torah brûler doit faire deux déchirures (keri'ot) : l'une pour le parchemin, le support saint en lui-même, et l'autre pour l'écriture sainte, comme il est dit : « le rouleau et les paroles » - cette formulation double venant souligner que le roi a consumé les deux.

שׁוּב קַח לְךָ מְגִלָּה אַחֶרֶת, וּכְתֹב עָלֶיהָ אֵת כָּל הַדְּבָרִים הָרִאשֹׁנִים אֲשֶׁר הָיוּ עַל הַמְּגִלָּה הָרִאשֹׁנָה אֲשֶׁר שָׂרַף יְהוֹיָקִים מֶלֶךְ יְהוּדָה. - Prends de nouveau un autre rouleau, et écris-y toutes les premières paroles qui se trouvaient sur le premier rouleau, que Yehoyakim, roi de Juda, a brûlé.

Le premier rouleau avait été rédigé sans qu'aucune copie ne soit conservée, et voilà qu'il reçoit l'ordre de tout réécrire depuis le début.

וְעַל יְהוֹיָקִים מֶלֶךְ יְהוּדָה תֹאמַר: כֹּה אָמַר ה', אַתָּה שָׂרַפְתָּ אֶת הַמְּגִלָּה הַזֹּאת לֵאמֹר, מַדּוּעַ כָּתַבְתָּ עָלֶיהָ לֵאמֹר בֹּא יָבוֹא מֶלֶךְ בָּבֶל וְהִשְׁחִית אֶת הָאָרֶץ הַזֹּאת וְהִשְׁבִּית מִמֶּנָּה אָדָם וּבְהֵמָה. - Et sur Yehoyakim, roi de Juda, tu diras : Ainsi parle l'Éternel : Tu as brûlé ce rouleau en disant : Pourquoi y as-tu écrit que le roi de Babylone viendra certainement, détruira ce pays et en fera disparaître hommes et bêtes ?

Toi, Yehoyakim, tu as brûlé ce rouleau parce qu'il t'était intolérable et déplaisant d'y voir consigné que le roi de Babylone viendrait dévaster la contrée et en faire disparaître tout être humain et toute bête.

לָכֵן כֹּה אָמַר ה' עַל יְהוֹיָקִים מֶלֶךְ יְהוּדָה: לֹא יִהְיֶה לּוֹ יוֹשֵׁב עַל כִּסֵּא דָוִד, וְנִבְלָתוֹ תִּהְיֶה מֻשְׁלֶכֶת לַחֹרֶב בַּיּוֹם וְלַקֶּרַח בַּלָּיְלָה. - C'est pourquoi, ainsi parle l'Éternel au sujet de Yehoyakim, roi de Juda : Il n'aura personne qui siège sur le trône de David, et son cadavre sera exposé à la chaleur le jour et à la gelée la nuit.

« Il n'aura personne qui siège sur le trône de David » : son fils Yehoyakhine n'a régné que trois mois, ce qui ne s'appelle pas siéger sur le trône de David. « Et son cadavre sera exposé » : comme nous l'avons vu, il fut privé de sépulture après sa mort, et son crâne resta abandonné comme du fumier à la surface des champs jusqu'à l'époque des Sages de la Guémara. On raconte d'ailleurs que l'un des Sages trouva un jour ce crâne, sur lequel était gravé : « Ceci et encore une autre chose ». Il l'emporta chez lui et l'enveloppa de soie précieuse, estimant qu'il ne convenait pas de laisser ainsi profané le crâne d'un roi. Il faut réaliser qu'il s'agissait de mille ans, voire davantage, après l'époque de Yehoyakim, et son crâne gisait toujours comme un déchet à ciel ouvert ! La Guémara raconte alors que l'épouse de ce Sage découvrit ce crâne dans une armoire de la maison et fut prise d'inquiétude. Elle alla demander conseil à ses voisines, et l'une d'elles lui dit : « S'il l'a enveloppé dans une étoffe si précieuse et l'a caché avec tant de soin, c'est sûrement le crâne de sa première femme dont il n'arrive pas à faire le deuil ! » Elle se dit aussitôt : « Je vais l'aider à s'en détacher. » Elle prit le crâne, le jeta dans le foyer du four et le brûla. Voilà tout le sens de l'inscription « Ceci et encore une autre chose » : s'est accompli sur lui le verset « D'une sépulture d'âne il sera enseveli, traîné et jeté », condamné à rester gisant comme du fumier à même le sol, et s'est ajoutée une autre chose encore : il a fini par être brûlé par le feu. On peut y voir une éclatante mesure pour mesure (mida kenégued mida) : tu as brûlé le rouleau portant la parole d'Hachem, c'est pourquoi ton propre crâne sera livré aux flammes.

וּפָקַדְתִּי עָלָיו וְעַל זַרְעוֹ וְעַל עֲבָדָיו אֶת עֲוֺנָם, וְהֵבֵאתִי עֲלֵיהֶם וְעַל יֹשְׁבֵי יְרוּשָׁלִַם וְאֶל אִישׁ יְהוּדָה אֵת כָּל הָרָעָה אֲשֶׁר דִּבַּרְתִּי אֲלֵיהֶם וְלֹא שָׁמֵעוּ. - Je sévirai contre lui, contre sa descendance et contre ses serviteurs pour leur iniquité, et Je ferai venir sur eux, sur les habitants de Jérusalem et sur les hommes de Juda tout le malheur dont Je les ai menacés sans qu'ils aient écouté.

Je leur demanderai compte de tout le malheur qu'ils ont refusé d'entendre : qu'ils ne s'imaginent pas que brûler le rouleau suffira à annuler le décret divin, car tout s'abattra inévitablement sur eux.

Le second rouleau : « et s'y ajoutèrent encore de nombreuses paroles semblables »

וְיִרְמְיָהוּ לָקַח מְגִלָּה אַחֶרֶת, וַיִּתְּנָהּ אֶל בָּרוּךְ בֶּן נֵרִיָּהוּ הַסֹּפֵר, וַיִּכְתֹּב עָלֶיהָ מִפִּי יִרְמְיָהוּ אֵת כָּל דִּבְרֵי הַסֵּפֶר אֲשֶׁר שָׂרַף יְהוֹיָקִים מֶלֶךְ יְהוּדָה בָּאֵשׁ, וְעוֹד נוֹסַף עֲלֵיהֶם דְּבָרִים רַבִּים כָּהֵמָּה. - Jérémie prit un autre rouleau et le remit à Baruch, fils de Nériyahou, le scribe ; et celui-ci y écrivit sous la dictée de Jérémie toutes les paroles du livre que Yehoyakim, roi de Juda, avait brûlé au feu, et s'y ajoutèrent encore de nombreuses paroles semblables.

Que signifie « et s'y ajoutèrent encore » ? La Guémara rapporte une divergence d'opinions entre Rabbi 'Hama bar Rabbi 'Hanina et Rav. L'un affirme : « et s'y ajoutèrent encore », c'est le chapitre « Eikha ya'iv be'apo » (chapitre 2) ; « des paroles », c'est « Eikha you'am zahav » (chapitre 4) ; « nombreuses », c'est « Zekhor Hachem ma haya lanou » (chapitre 5) ; « semblables », c'est « Ani haguever ra'a oni » (chapitre 3). Un autre avis soutient en revanche que « et s'y ajoutèrent encore » ne désigne que le chapitre « Ani haguever » à lui seul : le premier rouleau contenait déjà « Eikha yachva », « Eikha ya'iv » et « Eikha you'am zahav », et l'unique ajout fut « Ani haguever » ; « des paroles semblables » renverrait alors à « Ani haguever », qui présente une structure de trois versets pour chaque lettre de l'alphabet, tandis que « nombreuses » ferait référence aux multiples mentions du Nom divin.

Quoi qu'il en soit, il apparaît clairement que la Méguila était à l'origine bien plus concise. La Méguilat Eikha que nous possédons aujourd'hui, riche de cinq chapitres, comprend des passages qui n'ont été intégrés qu'à la suite de la destruction du rouleau par le feu par Yehoyakim. S'il n'avait pas été brûlé, nous n'aurions eu qu'un seul chapitre - ou quatre selon le second avis - mais non pas cinq chapitres. La Méguila devait être plus courte, et c'est uniquement par l'acte sacrilège de Yehoyakim que vinrent s'y ajouter « encore de nombreuses paroles semblables ».

En conclusion : le chapitre 36 du livre de Yirmeyahou constitue l'arrière-plan indispensable de Méguilat Eikha. Hachem ordonne à Yirmeyahou d'écrire un rouleau consignant tous les malheurs qu'Il envisage d'envoyer, afin qu'Israël entende et fasse téchouva ; Yirmeyahou, enfermé en prison, dicte le texte à Baroukh ben Néria qui l'écrit sous sa dictée dans le livre avec de l'encre, sous l'inspiration du Roua'h Hakodech et non par prophétie directe ; Baroukh attend un an et demi jusqu'à un jour de « jeûne », jour de rassemblement de tout le peuple, afin que le message ait un retentissement maximal et ne sombre pas dans l'oubli ; les ministres prennent peur et en informent le roi, mais l'impie Yehoyakim lacère le rouleau avec un canif et le jette au feu, sans la moindre crainte et sans déchirer ses vêtements, ne pouvant supporter d'entendre le verset « Ses oppresseurs sont devenus les maîtres ». Pour cet acte, il fut condamné à ne laisser aucun descendant sur le trône de David et à voir son cadavre jeté sans sépulture ; son crâne lui-même finit par être brûlé, mesure pour mesure. Pourtant, de cet incendie jaillit un renouveau : la Méguila fut réécrite, « et il y fut ajouté encore de nombreuses paroles semblables », formant les chapitres dont nous disposons aujourd'hui. C'est à partir de là que nous entamerons, avec l'aide d'Hachem, l'étude de la Méguila elle-même.