Le chapitre 11 de Kohelet s'ouvre sur un vibrant appel à l'action : « Jette ton pain à la surface des eaux », « Donne une part à sept et même à huit » - le roi Salomon exhorte l'homme à agir, à donner, à semer, sans attendre des conditions parfaites qui ne viendront jamais. Dans ce cours, nous nous pencherons sur deux versets qui semblent à première vue de simples évidences - les nuages qui déversent leur pluie sur la terre, et l'arbre qui tombe et reste là où il est tombé - et nous verrons quelles profondeurs s'y cachent, à travers les paroles de Rachi, du Midrach, de Rabbénou Bahya, du Alshikh et d'Ibn Ezra. De là, nous poursuivrons vers « Celui qui observe le vent ne sèmera point », un verset porteur d'une profonde leçon de vie : celui qui craint et hésite sans cesse n'accomplira jamais rien.
אִם־יִמָּלְאוּ הֶעָבִים גֶּשֶׁם עַל־הָאָרֶץ יָרִיקוּ וְאִם־יִפּוֹל עֵץ בַּדָּרוֹם וְאִם בַּצָּפוֹן מְקוֹם שֶׁיִּפּוֹל הָעֵץ שָׁם יְהוּא׃ - Si les nuages sont pleins de pluie, ils la déversent sur la terre ; et si un arbre tombe vers le sud ou vers le nord, à l'endroit où l'arbre est tombé, là il reste.
À première vue, ce verset est fort étonnant. Que vient-il nous apprendre ? Des nuages gorgés de pluie se déverseront assurément sur la terre ! Un arbre tombé au sud ne se retrouvera évidemment pas au nord ! Que Salomon a-t-il voulu nous enseigner ici dans sa sagesse ? De nombreuses explications sont apportées à ce sujet.
Rachi explique : si tu vois des nuages chargés de pluie, sache qu'ils finiront par déverser leurs eaux sur la terre - là où le bienfait fructifie et devient manifeste, c'est là qu'il est destiné à se poser. Le Saint, béni soit-Il, n'a pas fait tomber la pluie dans les cieux ; quelle utilité cela aurait-il là-haut, sur quoi cela agirait-il ? Il a ordonné que la pluie descende sur la terre. Il n'existe pas d'autres astres où la pluie tombe - on cherche constamment sur quelle planète il pourrait y avoir de l'eau -, seule la planète Terre connaît la pluie. C'est dire que lorsque le Saint, béni soit-Il, dispense Sa bonté, Il l'amène là où elle est utile, là où elle s'épanouit et porte ses fruits.
Il en va de même pour la suite du verset. Rachi, suivant nos Sages, interprète « l'arbre » comme une allégorie du Tsadik qui protège sa génération : si un homme sage et juste réside dans une ville ou une contrée, à l'endroit où il a vécu, ses œuvres demeureront visibles après sa mort - sa sagesse et ses vertus éminentes - et un bienfait sera accordé aux habitants de ce lieu en récompense des bonnes voies dans lesquelles il les a guidés. Lorsqu'un Tsadik vit en un endroit, il rayonne sur lui ; c'est pourquoi, lorsqu'un Tsadik s'en va, la splendeur, l'éclat et la gloire de la ville s'évanouissent avec lui. Le départ d'un juste laisse une empreinte profonde, car sa présence même transforme inévitablement ceux qui l'entourent. C'est le sens de « à l'endroit où l'arbre est tombé, là il reste » : c'est là que les hommes continueront d'être imprégnés de ses actes.
Et que signifie ici « tombe » (Yipol) ? Il ne s'agit pourtant pas d'une chute, mais d'une demeure en un lieu ! Rachi explique que « yipol » signifie résider ou s'établir, comme dans l'expression « et en face de tous ses frères il s'établit » (nafal). Et pourquoi le Talmid Hakham est-il comparé à un arbre ? Certes, « le juste fleurira comme le palmier », mais la similitude fondamentale réside dans l'ombrage protecteur : l'arbre offre son abri, et le Talmid Hakham protège et couvre sa génération de son ombre, tel « un arbre planté près des cours d'eau ».
Nos Sages enseignent dans le Midrach : « Si les nuages sont pleins de pluie, ils la déversent sur la terre » - si les Talmidé Hakhamim s'emplissent de Torah, ils la répandront sur Israël, car le peuple d'Israël est appelé « terre », ainsi qu'il est dit : « Car vous serez, vous, une terre de délices ». La pluie symbolise l'eau, et l'eau désigne la Torah ; lorsque les Talmidé Hakhamim sont comblés de Torah, sur qui la déversent-ils ? Sur Israël, appelé « terre ».
« Et si un arbre tombe vers le sud ou vers le nord, là il reste » - lorsque vient pour un Talmid Hakham le moment d'enseigner, que ce soit au sud ou au nord, c'est là qu'Israël se rassemble pour apprendre de lui. Où qu'il aille, on le suit. On le constate concrètement : partout où se trouvaient de grands maîtres, les disciples se rassemblaient autour d'eux. Certes, pour Rabbi Elazar ben Arakh, cela n'a pas abouti, car les élèves ne voulaient pas s'éloigner de Yavné, le centre de la Torah ; mais en règle générale, où que se trouve le Sage, au nord ou au sud, on afflue vers lui pour étudier la Torah à ses côtés.
Nos Sages enseignent encore : lorsque le moment est venu pour un talmid 'hakham de quitter ce monde, que ce soit à Tsippori ou à Tibériade, c'est là que tout Israël viendra lui témoigner sa piété et lui rendre les derniers devoirs (guemilout 'hessed). Selon cette explication, le terme « tombera » prend tout son sens littéral, comme dans l'expression « tomber au combat » : le juste quitte ce monde, mais ne t'inquiète pas, où qu'il se trouve, tout Israël viendra lui rendre hommage. Lorsque Baba Salé s'éteignit à Netivot - souvenir marquant resté gravé dans les mémoires - tout Israël convergea vers Netivot pour lui rendre ce dernier hommage. Et lorsqu'on amena ici la dépouille de Rabbi Moshé Feinstein, tout Israël se rendit à Jérusalem ; et lors du décès du Rav Ovadia Yossef, des foules affluèrent de tout le pays.
Le livre 'Olelot Éphraïm rapporte au nom de Rabbénou Ba'hyé que le verset « si l'arbre tombe » fait référence à l'homme, conformément à ce qui est écrit : « Car l'homme est un arbre des champs ». « Au midi » désigne la moitié de son existence. Quel est le rapport entre le midi et le milieu des jours ? Le sud se nomme en hébreu Darom, car le soleil y brille au zénith - dar rom, il réside dans les hauteurs. Le nord, en revanche, n'est pas un lieu éclairé de la sorte, le soleil n'y frappe pas avec éclat. Dès lors, « s'il tombe au midi » signifie s'il quitte ce monde au milieu de ses jours, alors que son soleil réside au plus haut, au sommet de sa réussite, tel un météore au firmament. « Et s'il tombe au nord » évoque les jours de la vieillesse, lorsque l'heure du couchant est venue pour son soleil.
C'est à ce propos qu'il est dit : « c'est là qu'il restera » (cham yehou). Qu'il s'éteigne au milieu de ses jours ou à la fin de sa vie, « c'est là qu'il sera » : son heure était venue, et il a parachevé son œuvre ; il a accompli ce qu'il devait faire. Combien de géants sont morts au milieu de leur vie ! Le saint Arizal - qui sait, s'il avait vécu trente ou quarante ans de plus, quelle abondance de Torah nous aurions eue ; et peut-être même que la délivrance finale serait advenue, puisqu'il portait l'étincelle de Machia'h ben Yossef. De même pour le Ram'hal, le Or Ha'haïm, le Rama et tant d'autres grands maîtres disparus prématurément ; qui sait tout ce que nous aurions mérité s'ils avaient prolongé leurs jours ! L'Écriture nous enseigne : sache que quel que soit le moment où il tombe - que son soleil soit au zénith ou au crépuscule de sa vieillesse - « là il sera », tel était le temps imparti à ce juste. Comme pour 'Hanoch, dont il est dit : « car D.ieu l'avait pris » : bien qu'il ait disparu jeune, il se tient là-haut et sert le Créateur en tant qu'ange Métatron. Il n'y a là nulle perte, pour ainsi dire, mais bien la volonté du Créateur : telle était la période durant laquelle il devait œuvrer dans ce monde, et pendant ce laps de temps, il a accompli l'essentiel de ce qu'il devait faire.
Un autre enseignement est rapporté : « Si les nuages sont pleins de pluie, ils la déversent sur la terre » - si les prophètes sont remplis de prophétie, ils la déverseront sur Israël, tout comme nous l'avons vu à propos de la Torah. « Et si un arbre tombe au midi ou au nord, là où tombe l'arbre, là il sera » - lorsque le moment est venu pour les prophètes de prophétiser, que ce soit au sud ou au nord, c'est là qu'Israël se rassemblera pour entendre leur parole.
Rabbi Yits'hak dit également : si tu vois des malheurs se profiler et approcher - « ils se déversent sur la terre », c'est pour Israël, qui est appelé « terre », comme il est dit : « Car vous serez une terre de délices ». Et la suite, « et si un arbre tombe au midi ou au nord », s'interprète comme nous l'avons vu : lorsque l'heure arrive pour un talmid 'hakham de quitter ce monde, c'est là qu'on lui rend les derniers devoirs. La première partie de la derasha vient enseigner que tout ce qui survient dans le monde arrive pour Israël : pourquoi dit-on « ils la déversent sur la terre » ? Parce que cela se produit pour le peuple d'Israël, pour cette « terre ».
D'après cela, une question se pose : la pluie est généralement un signe de bénédiction, alors qu'ici, elle est associée aux épreuves ! Il faut donc comprendre l'expression « si les nuages se remplissent » sous un autre angle. La tradition mentionne de façon imagée que le Cohen n'examine pas les plaies de la lèpre par un jour couvert : il faut une lumière claire, et un ciel nuageux ne convient pas à l'examen des plaies. Les maîtres de la 'Hassidout expliquent : lorsqu'une période est marquée par des détresses, des persécutions et des drames - que D.ieu nous en préserve - ce n'est pas le moment de scruter les défauts d'Israël et de déclarer « le peuple juif a tel ou tel problème ». Bien au contraire, l'heure est venue de chercher comment sauver Israël, comment prier pour lui et comment le protéger, et non de fouiller dans ses manquements et ses plaies. Les nuages symbolisent ainsi un temps d'obscurité et de ténèbres. Dans le langage courant aussi, pour décrire une période sombre, on dit que « de sombres nuages s'accumulent au-dessus de l'Europe ». Nos Sages emploient également l'obscurité pour désigner les empires oppresseurs : « et l'obscurité sur la surface de l'abîme, c'est l'empire », c'est-à-dire l'empire du mal. Dès lors, « si les nuages se remplissent » n'évoque pas des nuées de bénédiction, mais des nuages assombrissants, dont les pluies torrentielles détruisent et ravagent. Si tu vois des épreuves approcher, elles se déversent sur la terre, et tout cela advient pour Israël, comme cela a déjà été développé en détail.
שֹׁמֵר רוּחַ לֹא יִזְרָע וְרֹאֶה בֶעָבִים לֹא יִקְצוֹר׃ - Qui observe le vent ne sèmera point, et qui regarde les nuages ne moissonnera point.
Nous avons expliqué à plusieurs reprises que le verbe « shomer » dans la Bible a souvent le sens d'attendre ou de guetter : « et son père garda (chamar) la chose » signifie qu'il attendait de voir comment cela s'accomplirait ; « gardien, que dit la nuit ? », « plus que les veilleurs n'attendent le matin » désigne ceux qui attendent et espèrent l'aurore, et non des sentinelles qui montent la garde. « Qui observe le vent ne sèmera point » : celui qui attend le vent favorable ne sèmera pas. Et pourquoi ? Rachi explique : parfois il attend, mais le vent ne vient pas. « Et qui regarde les nuages ne moissonnera point » : celui qui fixe les nuages, les voyant sombres, se dit : « Il est impossible de moissonner maintenant, la pluie va bientôt tomber, je vais me retrouver embourbé - comment sortir moissonner aujourd'hui ? » Un tel homme ne moissonnera jamais, car il est constamment habité par la peur.
En des termes simples, d'après la majorité des commentateurs, le verset vient enseigner ceci : celui qui est craintif, toujours à s'inquiéter en disant « n'agissons pas maintenant, de peur que... » et « n'agissons pas tout de suite, au cas où... », n'agira jamais, car il y a toujours des incertitudes et des craintes. Celui qui observe le vent attend que le vent se lève : n'attends pas, sème dès maintenant ! Et celui qui regarde les nuages attend qu'il cesse de menacer de pleuvoir : n'attends pas, moissonne tout de suite !
On demanda un jour à Rothschild comment il était devenu Rothschild. Il répondit : « J'achetais de la marchandise à bas prix. Les gens me disaient : "Attends que les cours montent, que cela vaille beaucoup, et vends alors." Je n'attendais pas ; dès que cela montait un peu, je vendais aussitôt. Puis je trouvais une autre marchandise et m'apprêtais à l'acheter, et l'on me disait : "Non, attends que cela baisse encore un peu, et achète alors." Je n'attendais pas, j'achetais. Et eux continuent d'attendre : l'un attend que cela baisse, l'autre attend que cela monte. Comprenez-vous combien de transactions j'ai conclues pendant ce temps ? C'est le piège de ceux qui attendent le coup du siècle. Rothschild n'attendait pas le grand coup : j'ai fait un petit profit ici ? Parfait, passons à la suite ; j'ai fait un autre gain ? Continuons. »
C'est aussi le genre de personnes dont nous parlions : quelqu'un cherche un emploi et ne veut rien en dessous de directeur adjoint - pour avoir une marge de progression et devenir directeur général. Commencer par le bas ? Pas question ! Mettre des produits en rayon dans un supermarché ? Alors il attend encore. Visiblement, le monde des affaires n'a pas encore reconnu son génie, et les conseils d'administration n'ont pas encore compris qu'ils avaient affaire à un talent exceptionnel capable de valoriser n'importe quelle entreprise - alors il attend. Mais Salomon dit : n'attends pas. « Celui qui observe le vent ne sèmera pas, et celui qui regarde les nuages ne moissonnera pas. » Ce qui se présente maintenant, saisis-le, prends-le, et tu en tireras bénédiction et subsistance.
L'Ibn Ezra explique qu'il s'agit d'une parabole sur la générosité, dans le prolongement de ce que nous avons vu plus haut : « Jette ton pain à la surface des eaux », « Donne une part à sept et même à huit ». Ici, il donne l'exemple du paresseux et de l'avare, le grippe-sou : il vous dit : « Regarde, il y a du vent en ce moment, c'est le signe qu'il ne pleuvra pas, alors pourquoi irais-je mettre de la semence en terre ? C'est du gaspillage. » Un tel homme ne sèmera jamais, car l'avare et le paresseux trouvent toujours des prétextes et des signes pour prouver que ce n'est pas le bon moment.
D'autres commentateurs estiment qu'il s'agit du sens littéral, de celui qui sème véritablement. Nous avons vu plus haut que Salomon loue le travail de la terre comme le plus noble des métiers, selon l'usage de son époque, et il vient ici enseigner : ne te repose pas uniquement sur ton expérience passée, car les temps changent. L'homme dit : « La dernière fois, il y avait du vent et la récolte a été mauvaise. » La réponse est : ce qui est passé est passé, sème maintenant. Il dit : « Mais la dernière fois, il y avait des nuages et cela a posé problème. » On lui répond : ne t'arrête pas au passé, les époques ne se ressemblent pas. Ce qui n'était pas propice la fois précédente le sera peut-être aujourd'hui ; la dernière fois, la pluie est venue au début de l'hiver, cette fois-ci elle viendra plus tard. Ne dis pas : « Quel intérêt de semer maintenant, le début de l'hiver est déjà passé ? » - on trouve toujours des excuses pour s'abstenir. Et puis, ce qui a réussi la dernière fois réussira-t-il forcément aujourd'hui ?
Le saint Alshikh propose ici une interprétation remarquable, fondée sur son commentaire des Proverbes au verset « Celui qui amasse en été est un homme avisé » : en ce monde, l'homme sème - il sème des mitsvot, de la Torah, du rachat de l'âme, etc. ; puis, au soir de sa vie, il moissonne. Et qu'est-ce que cette moisson ? Pour l'homme qui avance en âge et approche de la fin de ses jours, la moisson consiste à trier et à séparer le bon grain de l'ivraie, les mauvaises actions des bonnes, les comportements défaillants de la droiture, le matériel du spirituel. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a créé une réalité où, à mesure que l'homme mûrit, les attraits matériels perdent de leur emprise - les passions et la course effrénée prennent leur retraite - afin qu'à ce moment-là, il moissonne. Tout ce que tu as semé jusqu'à présent, récolte-le : commence à faire le tri, à éliminer les scories, à tamiser et purifier, pour que tes actes deviennent purs. Il doit dépouiller ses actions de tout motif matériel, à l'image du moissonneur qui arrache son grain du sol et le sépare de la terre et des mauvaises herbes.
Dès lors, dit l'Alshikh, comprenez le sens profond du verset. Il y a l'homme qui se dit : « Pourquoi me fatiguer dans mon adolescence et ma jeunesse ? Mes mitsvot actuelles sont imparfaites, mêlées de pulsions, de matérialisme, d'arrière-pensées terrestres et d'ambitions personnelles - ce ne sont pas des mitsvot pures. Mieux vaut que je m'investisse vers la fin de ma vie, lorsque l'homme devient plus spirituel, moins grossier, et qu'il n'est plus pris dans la poursuite effrénée du monde matériel. » Et face à lui, il y a un autre homme, qui sème des mitsvot toute sa vie, mais fait des affaires de ce monde et de leur matérialité son objectif principal - il accomplit des mitsvot, mais l'essentiel de sa vie reste ancré dans le corporel, le temporel et la réussite matérielle. Salomon condamne ces deux attitudes : ni celui qui attend d'être âgé pour pratiquer les mitsvot, ni celui qui les accomplit tôt mais reste enlisé dans le matérialisme ne sont dans la bonne voie.
Et pourquoi ? Car « celui qui observe le vent [rua'h] ne sèmera pas » : celui qui attend et guette l'esprit [le souffle spirituel, le rua'h] pour semer des mitsvot - c'est-à-dire qui se trouve actuellement au simple niveau du néfech, le degré inférieur, et attend le supplément d'esprit qui viendrait avec l'âge - un tel homme ne sèmera jamais. D'où vient en effet le souffle spirituel ? C'est par ton engagement dans la Torah et les mitsvot que tu attires la spiritualité. Or, cet homme n'a rien semé dans sa jeunesse, il n'a rien fait pour susciter cette élévation spirituelle - pourquoi s'imagine-t-il alors qu'il accomplira quoi que ce soit dans sa vieillesse ? Si tu n'as pas attiré la spiritualité, elle ne viendra pas d'elle-même. C'est pourquoi l'homme doit s'investir dans la Torah et les mitsvot dès son jeune âge, fussent-elles imparfaites, afin de pouvoir, dans sa maturité, faire naître ce souffle spirituel.
Nous avons souvent exprimé cette idée sous une autre forme : l'expérience prouve que ceux qui n'ont jamais mis les pieds à un cours de Torah dans leur jeunesse n'y viennent pas davantage à l'âge mûr. On le croise dans la rue : « Comment vas-tu ? », et il répond : « Quand je serai à la retraite, quand j'aurai le temps... » Mais on ne le voit jamais, ni de près ni de loin, il ne passe même pas à côté du Beth Hamidrach. Pourquoi ? Comme l'explique l'Alshikh : comment le souffle spirituel viendrait-il dans sa maturité s'il ne l'a pas fait naître dans sa jeunesse ? Si l'on n'a pas commencé jeune à acquérir Torah et mitsvot et à s'y attacher, comment cela surgirait-il miraculeusement à soixante ans ? Bien au contraire, à cet âge, on ne se transforme plus facilement ; on peut perfectionner ce qui a été acquis auparavant, mais les bouleversements profonds y sont rares. Combien de personnes faisant téchouva à soixante ans connaissez-vous ? À soixante-dix ans ? Le retour à la pratique s'opère généralement à un âge plus propice aux remises en question, dans la jeunesse.
Et « celui qui regarde les nuages ['avim] ne moissonnera pas » : c'est le second profil. L'homme qui commence à pratiquer dès son enfance, mais reste englouti dans la lourdeur et l'épaisseur matérielle ['aviyout] de ce monde. Cet homme ne moissonnera pas, car la matérialité opaque de ce monde ne lui permettra pas de récolter - de trier, de séparer, d'extraire le blé de la poussière et de l'impureté. Tant il est absorbé qu'on le voit encore à soixante, soixante-dix ou quatre-vingts ans courir après chaque affaire, chercher une transaction supplémentaire, gagner un peu ici, investir là. On aimerait lui dire : « Mais où cours-tu, mon cher ami ? Tu as ta retraite, tout va bien pour toi, va au Beth Hamidrach - qu'as-tu de mieux à faire à présent ? » Mais il court toujours : « Je dois passer à la banque, je dois régler ceci et cela. » L'Alshikh conclut : rien n'y fait, il ne moissonnera pas. Pourquoi ? Parce qu'il « regarde les nuages » - son centre de gravité est resté dans la matérialité épaisse ['aviyout], où il s'est enlisé en permanence. Il n'accédera donc jamais au temps du souffle spirituel et ne récoltera ni ne purifiera ses bonnes actions, demeurant prisonnier des contingences terrestres.
Nos Sages enseignent dans le Midrach : « Celui qui observe le vent ne sèmera point » - celui qui observe le vent des empires et des pouvoirs en place ne sèmera ni mitsvot ni bonnes actions. « Et celui qui regarde les nuages ne moissonnera point » - celui qui scrute les nuages des pouvoirs ne récoltera ni mitsvot ni bonnes actions. Que signifient ces paroles ? Qu'un homme doit savoir ne pas se préoccuper du pouvoir politique, mais rester un serviteur d'Hachem en toute circonstance. C'est ce que nous avons vu avec 'Hanania, Michaël et 'Azaria, qui déclarèrent à Nabuchodonosor : pour les impôts et les taxes, nous sommes tes serviteurs ; mais pour l'accomplissement de la Torah et des mitsvot, toi et le chien vous êtes égaux, et pardon au chien pour l'offense ! C'est-à-dire : en quoi as-tu autorité sur nous dans le domaine spirituel ? Est-ce toi qui vas me dire de me prosterner ou non devant une statue ? Ce en quoi tu veux croire, garde-le pour toi, quant à moi, je servirai mon D.ieu. Jette-moi dans la fournaise ardente - et c'est bien ce qu'il fit.
Sachons donc qu'en matière spirituelle, un homme ne doit pas « observer le vent », attendre de voir dans quelle direction souffle le vent du pouvoir. Or certains ont une spiritualité semblable à une girouette : ils attendent de voir où tourne le vent, devenant « le rabbin du régime » - le rabbin de Golda, le rabbin de Ben Gourion. Parce qu'il veut gravir les échelons et obtenir un poste officiel, il guette ce qu'ils désirent, ce qu'ils demandent, d'où vient le vent dominant. Et quiconque épie le vent du pouvoir, sache qu'il ne sèmera point de mitsvot ni de bonnes actions, car il cherche sans cesse à complaire au pouvoir et à faire sa volonté, plutôt que la volonté du Maître du monde.
Et que signifie « scruter les nuages des pouvoirs » ? On peut l'expliquer comme nous l'avons dit plus haut, où les nuages évoquent une menace - le ciel s'est assombri de nuages épais. Celui qui craint perpétuellement la malveillance du pouvoir ne récoltera ni mitsvot ni bonnes actions. Ne crains pas le pouvoir en place, accomplis ce qui t'est ordonné ! Avraham Avinou n'a pas craint Nimrod, 'Hanania, Michaël et 'Azaria n'ont pas craint Nabuchodonosor. Celui qui redoute constamment les nuages ne moissonnera jamais. On peut également l'interpréter dans le sens inverse : les nuages représenteraient ici une pluie bénéfique. Le pouvoir dispense l'abondance, telle une pluie bienfaisante, et cet individu épie sans cesse la direction que prend la pluie du pouvoir, vers qui et où elle se déverse, n'agissant que pour leur plaire afin que cette pluie retombe sur lui. C'est pourquoi « il ne moissonnera point de mitsvot ni de bonnes actions », car il cherche constamment à les flatter et à les satisfaire.
L'Ibn Ezra propose ici une explication remarquable. Il explique que toutes les paroles de Chlomo sur « celui qui observe le vent » et « celui qui regarde les nuages » visent les devins, ceux qui scrutent les nuages en y projetant des formes et des silhouettes, cherchant à y lire des présages pour savoir, avant d'entreprendre quoi que ce soit, s'ils réussiront ou non. Il est rapporté dans le Sefer Yossiphon et ailleurs qu'avant certaines périodes de crise, les gens regardaient les nuages et y discernaient la silhouette d'un guerrier armé d'une épée - non pas une vision réelle, mais le fruit de l'imagination, comme on imagine des formes dans les nuages -, et ils en tiraient des conclusions divinatoires sur l'avenir et sur les malheurs imminents. Cela relève précisément de « celui qui regarde les nuages ».
De même, « celui qui observe le vent » : il vérifie la provenance et la direction du vent, interrogeant pour ainsi dire la brise : dans quelle direction dois-je semer ? Vais-je réussir dans le commerce ou non ? Si le vent souffle par ici, je réussirai, et s'il souffle par là, j'échouerai. C'est ce que nos Sages nomment la divination (ni'houch). Pour lui, le vent qui pousse les nuages lui donnerait des ordres : voici que j'apporte l'abondance, il y a des nuages, sème donc ! Mais si les nuages restent immobiles et qu'il n'y a pas de vent, c'est pour lui le signe d'interrompre ses affaires et de ne pas sortir travailler ce jour-là. Il en était ainsi à cette époque : « il consulte son bout de bois et son bâton lui révèle » - l'homme jetait un bâton et déduisait de sa chute s'il réussirait ou non. Ou bien il décochait une flèche vers le ciel, comme le rapporte la Guémara à propos de l'empereur Néron qui, arrivant en Judée, tira des flèches vers les quatre points cardinaux et toutes retombèrent en direction de Jérusalem. De même, si la flèche retombait à ses pieds - décochée dans une direction, elle tombait soudainement comme une pierre -, il croyait y voir l'annonce d'un échec. Ils s'inventaient toutes sortes de signes pour savoir s'ils réussiraient ou non, ce qui est formellement interdit au titre de la divination, et ne relève que de la pure vanité.
D'ailleurs, l'Ibn Ezra écrit : « Il en était ainsi à cette époque » - mais ces faiseurs de chimères n'existent-ils pas encore aujourd'hui ? Ne lit-on pas de nos jours dans le marc de café et dans les cartes ? N'y a-t-il pas des gens qui utilisent un pendule - faisant tourner une chaînette, posant des questions, interprétant une inclinaison à droite d'une manière et à gauche d'une autre ? Or les Poskim (décisionnaires) s'en inquiètent vivement en raison de l'interdiction de divination, et un livre entier a même été publié sur la question du pendule ; hélas, certains pratiquants se laissent encore séduire par ces futilités. On s'en remet encore à toutes sortes de superstitions matérielles, très répandues à notre époque : un homme sort de chez lui, croise un chat noir, et fait demi-tour en se disant que sa journée est fichue ; telles sont leurs croyances, leurs consignes précises ! Tu croises un voisin assommant ? Sache que ta journée sera désastreuse ; alors tu regardes par le judas avant de sortir pour l'éviter, de peur de passer une mauvaise journée... Autant de vanités et d'absurdités que ces personnes s'imaginent.
C'est à cela que s'adresse Kohélet en disant : ne prête aucune attention aux illusions de ces magiciens, elles n'ont aucune réalité et ne révèlent rien de l'avenir. Car « si les nuages sont pleins de pluie, ils la répandront sur la terre » - que prouve la plénitude des nuages ? Elle indique simplement qu'il s'apprête à pleuvoir sur la terre, et c'est la seule information rationnelle que l'on puisse en tirer ! Il en va de même pour le bâton : qu'as-tu à regarder s'il tombe vers le sud ou vers le nord ? Il va de soi qu'« à l'endroit où l'arbre tombe, là il demeure » - là où il doit tomber selon les lois de la nature, là où la force de gravité l'entraîne, c'est là qu'il chutera, sans rien indiquer de particulier, ni en bien ni en mal.
C'est ainsi que ces charlatans trébuchent si souvent dans leurs sortilèges. Pourquoi ? C'est la suite du verset : « Celui qui observe le vent ne sèmera point » - celui qui cherche des présages dans le vent ne sèmera pas tant que le souffle ne viendra pas de tel angle précis, et parfois il attend en vain, si bien qu'il ne sème rien du tout. Où est la bénédiction dans une telle démarche ? Tu n'y as gagné que la ruine, tu n'as pas semé cette année ! « Et celui qui regarde les nuages ne moissonnera point » - il observe le ciel et attend qu'apparaisse dans les nuages la silhouette d'une faucille pour savoir quand moissonner ; et il attend encore aujourd'hui ! Combien de temps peut-il ainsi patienter ? Et si ses présages ne lui conviennent pas, qu'arrive-t-il ? « Affamé et exaspéré, il maudira son D.ieu » - il éprouvera de la rancœur envers le Maître du monde. Mais contre qui peux-tu t'emporter ? N'en prends qu'à toi-même ! Est-ce qu'Hachem t'a jamais dit de prendre tout cela comme signe ou présage de ta réussite ?
L'Ibn Ezra ajoute : la sainte Torah et nos véritables prophètes ont vigoureusement dénoncé la vanité des pratiques divinatoires et astrologiques - les Me'onénim, ces devins qui prétendent que tel moment est propice et tel autre néfaste, qu'il ne faut sortir qu'à telle heure précise, qu'il y a actuellement une lune noire très dangereuse, et d'autres chimères absurdes auxquelles les gens prêtent foi. Pourtant, une grande partie du peuple s'est égarée à leur suite. Nos Maîtres ont eux aussi longuement mis en garde contre cela ; sache donc qu'il faut se tenir résolument à l'écart de toutes ces pratiques.
Les deux versets que nous avons étudiés enseignent un même fondement sous deux angles complémentaires. « Si les nuages sont pleins de pluie, ils la répandront sur la terre » - le bien descend là où il est manifeste et profitable : les Talmidé 'Hakhamim déversent leur Torah sur Israël, appelé « terre », les prophètes déversent sur eux leur prophétie, et le Tsaddik rayonne sur son lieu de vie tant de son vivant qu'après sa mort. « À l'endroit où l'arbre tombe, là il demeure » - que le Tsaddik quitte ce monde au milieu de ses jours ou dans un âge avancé, telle était son heure et il a achevé sa mission, et quel que soit le lieu de son repos, tout Israël lui rend hommage par des actes de bienfaisance. À l'opposé, « celui qui observe le vent ne sèmera point, et celui qui regarde les nuages ne moissonnera point » : l'anxieux et l'avare, qui attendent des conditions parfaites ou qui subordonnent leurs actes au vent des pouvoirs en place ou aux superstitions de la divination, ne sèmeront ni ne moissonneront jamais. Dans le service divin également : ne remets pas les semailles des mitsvot au moment où tu seras « plus spirituel », car si tu n'as pas semé dans ta jeunesse, l'élan spirituel ne viendra pas dans ta vieillesse ; et ne t'engloutis pas dans la matérialité pesante ('aviyout) de ce monde, qui t'empêchera de récolter et de faire le bilan de tes actes au soir de ta vie. Accomplis ton devoir dès maintenant - « Dès le matin, sème ta semence, et le soir ne laisse point reposer ta main ».