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Chapitre 28 - Achaz l'impie

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Introduction : Le règne d'Achaz

Le chapitre 28 du second livre des Chroniques (Divré Hayamim II) est entièrement consacré au règne d'Achaz, fils de Yotam, l'un des rois les plus impies de la dynastie de David. Le chapitre s'ouvre sur la description de ses péchés, se poursuit par la série de défaites et de fléaux qui s'abattirent sur lui de toutes parts, et se conclut par sa mort ainsi que par l'accession au trône de son vertueux fils, Hizkiyahou. Suivons le fil des versets, à la lumière des explications du Malbim, du saint Alshikh et des autres commentateurs.

בֶּן־עֶשְׂרִים שָׁנָה אָחָז בְּמׇלְכוֹ וְשֵׁשׁ־עֶשְׂרֵה שָׁנָה מָלַךְ בִּירוּשָׁלָ͏ִם וְלֹא־עָשָׂה הַיָּשָׁר בְּעֵינֵי ה' כְּדָוִיד אָבִיו׃ - Achaz avait vingt ans lorsqu'il commença à régner, et il régna seize ans à Jérusalem. Il ne fit point ce qui est droit aux yeux de l'Éternel, à l'exemple de David, son père.

Achaz monta sur le trône à l'âge de vingt ans et régna seize ans à Jérusalem. Ce roi, comme nous allons le constater aussitôt, sombra dans une impiété extrême - et pourtant, l'Écriture se contente d'une formulation fort indulgente : « et il ne fit point ce qui est droit aux yeux de l'Éternel, à l'exemple de David, son père ». C'est là une chose des plus surprenantes : le texte semble le ménager singulièrement. Nous reviendrons sur cette difficulté plus loin, à la lumière des propos du saint Alshikh.

וַיֵּלֶךְ בְּדַרְכֵי מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל וְגַם מַסֵּכוֹת עָשָׂה לַבְּעָלִים׃ - Il marcha dans les voies des rois d'Israël, et fabriqua même des idoles de fonte pour les Baals.

« Il marcha dans les voies des rois d'Israël » - nous avons déjà expliqué que tous les rois d'Israël étaient impies, tandis que parmi les rois de Juda, certains étaient justes et d'autres pervers. Par conséquent, lorsque l'Écriture désire souligner qu'un roi s'est fourvoyé dans le mal, elle précise qu'il a suivi la voie des rois d'Israël. Le terme « massékhot » désigne le métal fondu, comme dans le Targoum sur le verset : « Tu ne te feras point de dieux de métal fondu (élohé massékha) ». Autrement dit, il fit fondre des idoles en métal pour le culte du Baal.

וְהוּא הִקְטִיר בְּגֵיא בֶן־הִנֹּם וַיַּבְעֵר אֶת־בָּנָיו בָּאֵשׁ כְּתֹעֲבוֹת הַגּוֹיִם אֲשֶׁר הֹרִישׁ ה' מִפְּנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Il fit brûler de l'encens dans la vallée de Ben-Hinnom et brûla ses fils par le feu, selon les abominations des nations que l'Éternel avait chassées devant les enfants d'Israël.

Cet impie ajouta encore à ses forfaits : il fit brûler des offrandes dans la vallée de Ben-Hinnom et consuma ses propres fils par le feu. Il s'agit du culte de Molokh, pour lequel on allumait deux bûchers entre lesquels on faisait passer l'enfant, qui finissait parfois brûlé vif. L'enfant hurlait immanquablement de douleur, et l'on battait alors du tambour pour étouffer ses cris - d'où le nom de « Tofet » donné à ce lieu, en référence aux tambours (toufim). À leurs yeux, vouer son propre fils au Molokh constituait le sacrifice le plus insigne.

Nos Sages relèvent une nuance de style : dans le livre des Rois, il est écrit : « Il fit passer son fils par le feu », alors qu'ici figure l'expression « il brûla ses fils par le feu ». Était-ce un seul fils ou deux ? Nos Maîtres expliquent qu'il fit passer deux de ses fils, mais que la mère de Hizkiyahou avait enduit ce dernier de sang de salamandre. La salamandre est une créature issue d'un fourneau chauffé sans interruption durant sept ans, capable de résister à des chaleurs extrêmes, et quiconque s'en frotte le corps devient ignifugé. C'est pourquoi, au sujet de Hizkiyahou, l'Écriture emploie le terme « il brûla » : le feu fut allumé sur lui mais ne put le consumer - la flamme prit à peine avant de s'éteindre, sans qu'il en éprouvât le moindre tort. En revanche, pour le second fils, le livre des Rois dit : « Il fit passer son fils par le feu » - une destruction totale par le feu.

וַיְזַבֵּחַ וַיְקַטֵּר בַּבָּמוֹת וְעַל־הַגְּבָעוֹת וְתַחַת כׇּל־עֵץ רַעֲנָן׃ - Il offrait des sacrifices et brûlait de l'encens sur les hauts lieux, sur les collines et sous tout arbre verdoyant.
וַיִּתְּנֵהוּ ה' אֱלֹהָיו בְּיַד מֶלֶךְ אֲרָם וַיַּכּוּ־בוֹ וַיִּשְׁבּוּ מִמֶּנּוּ שִׁבְיָה גְדוֹלָה וַיָּבִיאוּ דַּרְמָשֶׂק וְגַם בְּיַד־מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל נִתָּן וַיַּךְ־בּוֹ מַכָּה גְדוֹלָה׃ - L'Éternel, son Dieu, le livra entre les mains du roi d'Aram ; ils le battirent, lui firent un grand nombre de captifs et les emmenèrent à Damas. Il fut également livré entre les mains du roi d'Israël, qui lui infligea une cuisante défaite.

Parmi ses pratiques abominables, il sacrifiait et brûlait des offrandes sur les hauts lieux (bamot), sur les collines et sous tout arbre verdoyant. En conséquence de quoi : « L'Éternel, son Dieu, le livra entre les mains du roi d'Aram ». Les Araméens le battirent, firent parmi son peuple une multitude de captifs qu'ils emmenèrent à Damas ; il fut aussi livré aux mains du roi d'Israël, alors en guerre contre le royaume de Samarie, qui lui porta un coup terrible.

Résolution de la contradiction avec les Livres des Rois et d'Isaïe

Le Malbim fait remarquer : dans le Livre des Rois, il est écrit : « Alors Retsine et Pékakh montèrent contre Jérusalem pour lui faire la guerre... mais ils ne purent l'emporter », et dans Isaïe : « mais il ne put l'attaquer » - ce qui sous-entend qu'ils n'ont pas réussi à la conquérir. Or ici, il est écrit qu'ils le frappèrent et le vainquirent. Le Malbim résout cette difficulté : là-bas, il s'agissait du moment où chacun attaquait de son côté - Retsine seul et les rois d'Israël seuls - et c'est pourquoi le verset emploie le singulier « il ne put », car séparément, aucun des deux n'en était capable. Mais par la suite, quand Aram et Éphraïm s'unirent contre Juda, ils réussirent à l'emporter. C'est également ce contexte qui poussa Akhaz à envoyer des émissaires au roi d'Assyrie pour solliciter son aide. Quoi qu'il en soit, même s'ils ne se sont pas emparés de Jérusalem, ils ont semé le carnage et la dévastation dans les montagnes de Juda - et c'est précisément ce qui est relaté ici.

וַיַּהֲרֹג פֶּקַח בֶּן־רְמַלְיָהוּ בִּיהוּדָה מֵאָה וְעֶשְׂרִים אֶלֶף בְּיוֹם אֶחָד הַכֹּל בְּנֵי־חָיִל בְּעׇזְבָם אֶת־ה' אֱלֹהֵי אֲבוֹתָם׃ - Et Pékakh, fils de Remaliahou, tua en Juda cent vingt mille hommes en un seul jour, tous de vaillants guerriers, parce qu'ils avaient abandonné l'Éternel, le D.ieu de leurs pères.

Ce verset est particulièrement difficile à concevoir : cent vingt mille hommes périrent en un seul jour. À titre de comparaison, l'ensemble des soldats tombés dans toutes les guerres d'Israël depuis la proclamation de l'État jusqu'à nos jours s'élève à environ vingt-cinq mille, en comptant les victimes des actes terroristes, que D.ieu nous en préserve. Et ici - cent vingt mille en une seule journée ! Le texte en donne aussitôt la raison : « parce qu'ils avaient abandonné l'Éternel, le D.ieu de leurs pères ». Ce châtiment est venu sanctionner l'abandon d'Hachem, et l'exigence envers Juda était d'autant plus grande que Juda était resté attaché à Hachem pendant des générations entières ; la rigueur à leur égard était donc proportionnellement plus sévère.

Le Malbim explique que l'Écriture dénombre ici leur débâcle sous trois aspects. Le premier : cent vingt mille de leurs braves furent massacrés pour avoir abandonné Hachem. Le deuxième : un guerrier d'Éphraïm abattit le fils du roi ainsi que les plus hauts dignitaires de l'État. Le troisième : deux cent mille personnes furent emmenées captives pour servir d'esclaves et de servantes.

וַיַּהֲרֹג זִכְרִי גִּבּוֹר אֶפְרַיִם אֶת־מַעֲשֵׂיָהוּ בֶּן־הַמֶּלֶךְ וְאֶת־עַזְרִיקָם נְגִיד הַבָּיִת וְאֶת־אֶלְקָנָה מִשְׁנֵה הַמֶּלֶךְ׃ - Et Zikhri, un vaillant guerrier d'Éphraïm, tua Maasséyahou, fils du roi, Azrikam, intendant du palais, et Elkana, le second du roi.

Ici, le texte montre que le désastre a frappé les piliers mêmes du régime : Maasséyahou le fils du roi, Azrikam l'intendant du palais et Elkana le second du roi - les personnages clés du royaume d'Akhaz furent tous éliminés.

וַיִּשְׁבּוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל מֵאֲחֵיהֶם מָאתַיִם אֶלֶף נָשִׁים בָּנִים וּבָנוֹת וְגַם־שָׁלָל רָב בָּזְזוּ מֵהֶם וַיָּבִיאוּ אֶת־הַשָּׁלָל לְשֹׁמְרוֹן׃ - Et les enfants d'Israël firent parmi leurs frères deux cent mille captifs : femmes, fils et filles ; ils leur pillèrent aussi un butin considérable et amenèrent ce butin à Samarie.

Voici le troisième aspect du désastre : deux cent mille femmes, garçons et filles - c'est-à-dire de jeunes enfants. En outre, ils leur pillèrent un immense butin qu'ils transportèrent à Samarie. Les enfants d'Israël de Samarie réduisant en esclavage leurs propres frères, les enfants d'Israël de Juda.

La prophétie d'Oded : pas par votre mérite
וְשָׁם הָיָה נָבִיא לַה' עֹדֵד שְׁמוֹ וַיֵּצֵא לִפְנֵי הַצָּבָא הַבָּא לְשֹׁמְרוֹן וַיֹּאמֶר לָהֶם הִנֵּה בַּחֲמַת ה' אֱלֹהֵי־אֲבוֹתֵיכֶם עַל־יְהוּדָה נְתָנָם בְּיֶדְכֶם וַתַּהַרְגוּ־בָם בְּזַעַף עַד לַשָּׁמַיִם הִגִּיעַ׃ - Il y avait là un prophète de l'Éternel, nommé Oded ; il sortit au-devant de l'armée qui revenait à Samarie et leur dit : « Voici, c'est dans Sa fureur contre Juda que l'Éternel, le D.ieu de vos pères, les a livrés entre vos mains, et vous les avez massacrés avec une rage qui a atteint les cieux ! »

« Il sortit au-devant de l'armée » - il alla à la rencontre des troupes qui rentraient à Samarie, et leur déclara : ne vous imaginez pas que cette victoire vous revienne en vertu de vos mérites ! Vous, les habitants de Samarie, qui êtes de grands impies, comment pourriez-vous mériter de voir tomber entre vos mains les hommes de Juda, qui sont bien meilleurs que vous en comparaison ? Ce n'est rien d'autre que « la fureur de l'Éternel, le D.ieu de vos pères, contre Juda » - un châtiment providentiel, ordonné par la main d'Hachem, et non le fruit de votre vaillance.

Le Metsoudat David explique : en ajoutant « et vous les avez tués avec une fureur qui a atteint les cieux », le prophète sous-entend qu'ils ont déjà reçu leur punition. Vous avez exercé la rigueur contre eux, vous en avez tué cent vingt mille - ils ont déjà payé le prix.

Et le Malbim apporte une distinction subtile sur la nature des châtiments : lorsque la fureur divine est grande au point de vouloir anéantir, le Saint, béni soit-Il, livre Israël aux mains d'ennemis impies et cruels afin de les détruire, que le Ciel nous en préserve. Mais lorsque la colère est mêlée de miséricorde, Il les livre aux mains de leurs frères - car par nature, un frère a pitié de son frère. C'est le sens des paroles : « l'Éternel, le D.ieu de vos pères, les a livrés entre vos mains » : nous avons, eux et nous, le même père, et Il les a remis entre vos mains afin que vous ayez compassion d'eux. Or, vous n'avez pas agi en frères - « et vous les avez tués avec fureur ». Vous n'avez pas frappé en envoyés de la Providence, pour vaincre tout en faisant grâce, mais avec une haine personnelle à leur encontre et non pour accomplir l'ordre d'Hachem ; non pas selon la mesure du châtiment voulue par Hachem, mais avec une telle rage que leur cri est monté jusqu'au ciel, et malgré cela, vous n'avez éprouvé aucune pitié pour eux.

וְעַתָּה בְּנֵי־יְהוּדָה וִירוּשָׁלַ͏ִם אַתֶּם אֹמְרִים לִכְבֹּשׁ לַעֲבָדִים וְלִשְׁפָחוֹת לָכֶם הֲלֹא רַק־אַתֶּם עִמָּכֶם אֲשָׁמוֹת לַה' אֱלֹהֵיכֶם׃ - Et maintenant, vous projetez d'assujettir les enfants de Juda et de Jérusalem pour en faire vos esclaves et vos servantes ! N'avez-vous donc pas, vous aussi, des culpabilités envers l'Éternel, votre D.ieu ?

C'est-à-dire : ce sont les enfants de Juda et de Jérusalem que vous, gens de Samarie, voulez asservir comme esclaves et servantes ? Le Metsoudat David explique : puisqu'ils ont déjà reçu leur punition au-delà de toute mesure, il ne convient pas d'ajouter un châtiment à leur châtiment, et encore moins de les réduire en servitude.

Et le Malbim ajoute : Hachem ne vous a point envoyés et n'a nullement conçu l'idée que vous les gardiez comme esclaves, ce qui est contraire à la Torah. En effet, lorsqu'on acquiert un serviteur hébreu, il doit servir six ans, et celui qui asservit quelqu'un de force encourt assurément une lourde peine. Il existe des règles précises définissant comment une personne peut être vendue comme serviteur, et capturer son frère juif à la guerre pour en faire son esclave n'en fait nullement partie. De plus : « N'avez-vous donc pas, vous aussi, des culpabilités envers l'Éternel, votre D.ieu ? » - la faute de Juda a déjà été expiée, ils ont reçu leur châtiment par la mort de cent vingt mille hommes et par la captivité. Tandis que vous, vos fautes pèsent toujours sur vous et n'ont point été expiées. Comment toi, le coupable, peux-tu venir asservir celui qui a déjà payé le prix et dont les fautes ont été pardonnées ? C'est un risque immense, et le sort finira nécessairement par se retourner contre vous, vous en paierez un prix très lourd.

וְעַתָּה שְׁמָעוּנִי וְהָשִׁיבוּ הַשִּׁבְיָה אֲשֶׁר שְׁבִיתֶם מֵאֲחֵיכֶם כִּי חֲרוֹן אַף־ה' עֲלֵיכֶם׃ - Et maintenant, écoutez-moi et renvoyez les captifs que vous avez faits parmi vos frères, car l'ardente colère de l'Éternel pèse sur vous !

Si vous ne renvoyez pas les captifs, l'ardente colère d'Hachem s'abattra sur vous, car c'est vous qui êtes coupables, alors qu'eux, ayant déjà expié leurs fautes, sont désormais justifiés face à vous.

Les chefs des enfants d'Éphraïm interpellent le peuple
וַיָּקֻמוּ אֲנָשִׁים מֵרָאשֵׁי בְנֵי־אֶפְרַיִם עֲזַרְיָהוּ בֶן־יְהוֹחָנָן בֶּרֶכְיָהוּ בֶן־מְשִׁלֵּמוֹת וִיחִזְקִיָּהוּ בֶּן־שַׁלֻּם וַעֲמָשָׂא בֶּן־חַדְלָי עַל־הַבָּאִים מִן־הַצָּבָא׃ - Alors des hommes parmi les chefs des enfants d'Éphraïm : Azaryahou fils de Yehohanan, Bérèkhyahou fils de Mechillémoth, Yehizkiyahou fils de Challoum et Amassa fils de Hadlaï, se dressèrent contre ceux qui revenaient de l'armée.

« Contre ceux qui revenaient de l'armée » - ils se dressèrent contre eux pour les réveiller et les interpeller, conformément aux paroles du prophète.

וַיֹּאמְרוּ לָהֶם לֹא־תָבִיאוּ אֶת־הַשִּׁבְיָה הֵנָּה כִּי לְאַשְׁמַת ה' עָלֵינוּ אַתֶּם אֹמְרִים לְהֹסִיף עַל־חַטֹּאתֵנוּ וְעַל־אַשְׁמָתֵנוּ כִּי־רַבָּה אַשְׁמָה לָנוּ וַחֲרוֹן אָף עַל־יִשְׂרָאֵל׃ - Et ils leur dirent : « Vous ne ferez pas entrer ici ces captifs ! Car c'est pour attirer sur nous la culpabilité envers l'Éternel que vous projetez d'ajouter à nos péchés et à nos fautes, alors que notre culpabilité est déjà grande et qu'une ardente colère pèse sur Israël ! »

Le Malbim explique : vous avez déjà entendu du prophète qu'une culpabilité envers Hachem pèse sur nous. Nous, gens de Samarie, avons toujours été dans l'erreur, et nos fautes réclament déjà châtiment contre nous - et vous venez encore accumuler de nouvelles fautes ? « Ajouter à nos péchés » - cela accroît le nombre de nos transgressions ; « et à notre culpabilité » - cela alourdit la mesure du châtiment qui nous est dû. Et bien qu'ils aient compris que frapper leurs frères relevait d'une mission divine - car les gens de Juda méritaient ce châtiment et le Saint, béni soit-Il, a suscité les hommes de Samarie pour l'exécuter -, il faut néanmoins savoir que le Saint, béni soit-Il, livre parfois des coupables entre vos mains pour que vous les frappiez, avant de vous demander des comptes à votre tour.

L'exemple en est l'empereur Néron : « Le Saint, béni soit-Il, veut détruire Sa Maison et essuyer Ses mains sur cet homme » - le Saint, béni soit-Il, veut détruire Son Sanctuaire, puis se venger de celui qui l'a détruit en essuyant Ses mains sur lui. Il en va de même ici : s'Il a fait de vous Ses envoyés pour frapper vos frères, c'est afin de vous châtier par la suite, car vous aussi êtes chargés de fautes. C'est le sens de « car notre culpabilité est grande, et une ardente colère pèse sur Israël » : puisque notre culpabilité est immense et qu'une colère divine nous menace, Hachem s'est servi de nous pour punir les hommes de Yéhouda, après quoi cette colère s'abattra sur nous.

וַיַּעֲזֹב הֶחָלוּץ אֶת־הַשִּׁבְיָה וְאֶת־הַבִּזָּה לִפְנֵי הַשָּׂרִים וְכׇל־הַקָּהָל׃ - Les troupes armées abandonnèrent les captifs et le butin devant les chefs et toute l'assemblée.

On constate ici que la conscience juive était encore bien vivante. Même après tout ce qu'ils avaient fait, après avoir massacré cent vingt mille hommes et emmené les prisonniers, ils comprirent et se ressaisirent. Or, il faut mesurer ce que cela représente : des captifs constituent une immense richesse, un capital humain considérable, où chacun s'approprie des serviteurs et des servantes. C'est un renoncement colossal. Et malgré cela, « les troupes armées abandonnèrent » - le *'halouts* désigne les hommes en armes partis au combat - ils abandonnent tout devant les chefs en leur disant : faites-en ce qui vous semblera bon. « Les captifs », ce sont les êtres humains ; « le butin », ce sont les biens matériels.

וַיָּקֻמוּ הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־נִקְּבוּ בְשֵׁמוֹת וַיַּחֲזִיקוּ בַשִּׁבְיָה וְכׇל־מַעֲרֻמֵּיהֶם הִלְבִּישׁוּ מִן־הַשָּׁלָל וַיַּלְבִּשֻׁם וַיַּנְעִלוּם וַיַּאֲכִלוּם וַיַּשְׁקוּם וַיְסֻכוּם וַיְנַהֲלוּם בַּחֲמֹרִים לְכׇל־כּוֹשֵׁל וַיְבִיאוּם יְרֵחוֹ עִיר־הַתְּמָרִים אֵצֶל אֲחֵיהֶם וַיָּשׁוּבוּ שֹׁמְרוֹן׃ - Et les hommes désignés par leurs noms se levèrent, prirent en charge les captifs et revêtirent tous ceux qui étaient nus avec les dépouilles du butin ; ils les habillèrent, les chaussèrent, leur donnèrent à manger et à boire, les oignirent d'huile, transportèrent sur des ânes tous ceux qui faiblissaient, et les ramenèrent à Jéricho, la ville des palmiers, auprès de leurs frères, puis ils retournèrent à Samarie.

Le texte nous montre ici avec quelle piété exemplaire et quel dévouement ils se sont conduits envers eux à la suite des remontrances du prophète Oded. Ces hommes nommément désignés - Azariahou fils de Yeho'hanan et ses compagnons, les chefs d'Éphraïm - prennent en charge les prisonniers et les réconfortent : ils les habillent, les chaussent, les nourrissent, les désaltèrent et les oignent d'huile. Bien plus encore : « ils transportèrent sur des ânes tous ceux qui faiblissaient » - ils ne leur ont pas dit de rentrer à pied ; pour quiconque peinait à marcher, on le faisait monter sur un âne. Puis ils les amenèrent à Jéricho, la ville des palmiers, auprès de leurs frères, avant de s'en retourner à Samarie.

Les difficultés soulevées par le saint Alshikh

Le saint Alshikh s'arrête sur la difficulté majeure que nous avions soulignée au début : comment est-il concevable d'écrire « et il ne fit pas ce qui est droit aux yeux de l'Éternel son D.ieu, comme David son père » ? Voici ses termes : à quel point le cœur de l'homme s'aigrit-il, et plus encore, tressaille d'effroi : comment une telle formulation est-elle possible après tout ce qui est rapporté dans les versets suivants : « il marcha dans les voies des rois d'Israël », « il fit même passer ses fils par le feu selon les abominations des nations », « il sacrifia et brûla des encens sur les hauts lieux, sur les collines et sous tout arbre verdoyant » ? Comment donc peut-on dire « il ne fit pas ce qui est droit aux yeux de l'Éternel son D.ieu, comme David son père », ce qui semble sous-entendre qu'il a agi convenablement, simplement pas autant que David son père ?! Pourtant, il s'est enfoncé dans l'impiété et a provoqué la colère d'Hachem à l'égal des abominations des nations qu'Hachem avait rejetées. Quelle est cette formule si indulgente et atténuée, signifiant presque qu'« il n'a juste pas été aussi pieux que son père » ?

De surcroît, le texte Lui associe Sa divinité bénie : dans le livre des Rois, il est dit « et il ne fit pas ce qui est droit aux yeux de l'Éternel son D.ieu ». Comment peut-on encore L'appeler « son D.ieu » après de telles abominations, alors qu'il s'est tourné vers d'autres divinités pour l'idolâtrie, et qu'il a même livré son propre fils 'Hizkiahou aux prêtres païens pour le brûler en sacrifice idolâtre, comme l'ont enseigné nos Sages, n'eût été la protection d'Hachem et le fait que sa mère l'avait oint du sang d'une salamandre, ce qui l'empêcha de brûler ?

L'Alshikh répond : l'Écriture nous décrit ici les prémices de la déchéance d'A'haz. Au départ, il ne s'agissait que d'un léger écart - « il ne fit pas ce qui est droit aux yeux de l'Éternel son D.ieu, comme David son père » - car au début, il se conduisait convenablement, puis il alla de chute en chute, accumulant les fautes jusqu'à atteindre les pires abominations décrites par la suite. Le prophète résume toute une vie en trois ou quatre versets, mais sachez que cette dérive ne s'est pas faite en un jour. Certains commentateurs ont voulu expliquer l'inverse, mais c'est en tout cas ainsi que l'Alshikh résout la difficulté.

L'Alshikh ajoute : « Mais tout cela ne répond qu'à une seule question » - c'est-à-dire que cette explication ne résout que la première difficulté, et qu'il en subsiste une autre, qui correspond à la contradiction relevée par le Malbim : dans les Rois, il est dit « Alors Retsin, roi d'Aram, et Pèka'h montèrent... ils assiégèrent A'haz, mais ne purent combattre », tandis que chez nous il est écrit « ils le battirent et lui firent un grand nombre de prisonniers... il fut aussi livré entre les mains du roi d'Israël, qui lui infligea une grande défaite... et Pèka'h fils de Remaliahou tua ». Là-bas, ils ont échoué, tandis qu'ici, ils ont triomphé et conquis.

Le Malbim avait expliqué, comme nous l'avons vu, que chacun isolément n'avait pas réussi, mais qu'en unissant leurs forces, Aram et Israël y étaient parvenus. L'Alshikh, lui, propose une autre explication : « mais ne purent combattre » signifie qu'ils ne parvinrent pas à conquérir la ville, ce qui constituait leur véritable objectif ; en revanche, infliger des pertes militaires, ils y sont parvenus. Dès lors, il n'y a plus aucune contradiction : ici, « ils purent » - porter des coups sévères ; et là-bas, « ils ne purent » - conquérir la ville.

L'Alshikh apporte un « témoin prompt » à l'appui - une preuve irréfutable - tirée d'Isaïe : « Il arriva aux jours d'A'haz... Retsin, roi d'Aram, et Pèka'h fils de Remaliahou montèrent contre Jérusalem pour lui faire la guerre, mais il ne put combattre contre elle ». Remarquez la précision : « contre elle » (*'aléha*), et non pas « contre eux ». Contre eux, ils le purent ; mais « contre elle », pour s'emparer de Jérusalem, ils échouèrent. Telle était bien leur intention, comme ils le disaient : « Montons contre Yéhouda, semons-y l'effroi, ouvrons-y une brèche et établissons-y un roi » - ce projet n'a pas abouti, et c'est le sens de « il ne put combattre ». Mais frapper les hommes de Yéhouda, ils l'ont fait, en massacrant un grand nombre parmi eux.

L'Alshikh soulève une autre question : pourquoi le livre des Rois dissimule-t-il les mauvaises actions d'A'haz et ne s'y étend-il pas comme ici dans les Chroniques ? Il répond qu'il est fort possible que dans les Rois, on ait ménagé l'honneur qui l'entourait d'avant en arrière : son père Yotam est mentionné avant lui et son fils 'Hizkiyahou après lui ; l'Écriture n'a pas voulu mentionner ses mauvaises actions pour ne pas entacher, pour ainsi dire, la lignée de son père et de son fils, et elle a donc occulté ses méfaits. Mais dans ce cas, pourquoi dans les Chroniques, où Yotam et 'Hizkiyahou sont également mentionnés, révèle-t-on ce qui y avait été caché ? L'Alshikh explique : dans les Chroniques, rien n'est omis, car c'est précisément le sens de "Divré HaYamim" - les annales de l'histoire, sans fard ni détours, ici il faut rapporter ce qui s'est réellement passé. En revanche, là-bas, le texte n'est pas tenu de tout raconter ; ce qui n'est pas indispensable est passé sous silence, en se fiant au fait que l'on comprendra les événements à partir des passages où ils sont détaillés - préservant ainsi l'honneur de Yotam et de 'Hizkiyahou.

L'appel au roi d'Assyrie et les malheurs venus des quatre points cardinaux
בָּעֵת הַהִיא שָׁלַח הַמֶּלֶךְ אָחָז עַל־מַלְכֵי אַשּׁוּר לַעְזֹר לוֹ׃ - En ce temps-là, le roi A'haz envoya demander aux rois d'Assyrie de lui venir en aide.

Au moment même où le roi d'Israël lui livre bataille, A'haz envoie des messagers aux rois d'Assyrie afin qu'ils viennent lui prêter main-forte contre ses assaillants. Le Malbim explique : j'ai déjà précisé que cela se passait à l'époque où Aram et Éphraïm s'étaient ligués ensemble, causant alors sa défaite - car tant que chacun d'eux attaquait seul, il parvenait à leur tenir tête. Et nous avons déjà vu dans Isaïe au chapitre 7 que le prophète lui avait prophétisé : "Ne crains point devant eux" ; mais A'haz était un roi impie, il n'écouta pas le prophète et envoya chercher du secours auprès du roi d'Assyrie.

וְעוֹד אֲדוֹמִים בָּאוּ וַיַּכּוּ בִיהוּדָה וַיִּשְׁבּוּ־שֶׁבִי׃ - De plus, les Édomites vinrent frapper Juda et firent des prisonniers.

Pour comble de malheur, les enfants d'Édom vinrent également. Comme on le sait, les Édomites avaient été pendant de longues périodes soumis à notre autorité et nous payaient tribut ; or ici, dès lors que l'on commence à frapper Juda, les Édomites se joignent eux aussi à la curée.

וּפְלִשְׁתִּים פָּשְׁטוּ בְּעָרֵי הַשְּׁפֵלָה וְהַנֶּגֶב לִיהוּדָה וַיִּלְכְּדוּ אֶת־בֵּית־שֶׁמֶשׁ וְאֶת־אַיָּלוֹן וְאֶת־הַגְּדֵרוֹת וְאֶת־שׂוֹכוֹ וּבְנוֹתֶיהָ וְאֶת־תִּמְנָה וּבְנוֹתֶיהָ וְאֶת־גִּמְזוֹ וְאֶת־בְּנֹתֶיהָ וַיֵּשְׁבוּ שָׁם׃ - Et les Philistins firent des incursions dans les villes de la plaine et du Néguev de Juda, et ils s'emparèrent de Beth-Chémech, d'Ayalon, de Guedérot, de Sokho et de ses dépendances, de Timna et de ses dépendances, et de Guimzo et de ses dépendances, et ils s'y établirent.

Et dès qu'il y a une brèche, les Philistins sont toujours au rendez-vous. Ils ne rataient jamais une occasion de frapper Israël, pareils à une mouche qu'on chasse et qui revient sans cesse, un feuilleton sans fin. Voyant que Juda s'était affaibli, ils envahirent les villes de la Chéphéla (la plaine) et du Néguev, et conquirent Beth-Chémech, Ayalon, Guedérot, Sokho, Timna - celle-là même des vignes de Timnata - et Guimzo. Le terme "et ses filles" (ses dépendances) signifie toujours, comme le traduit le Targoum, "ses villages" : les localités et bourgades environnantes, les cités satellites rattachées à une ville principale. De même, l'expression "Que jubilent les filles de Juda" ne désigne pas littéralement des jeunes filles, mais les villes adjacentes de Juda.

Le Malbim fait remarquer : Aram se trouvait à l'est, en avant ; les Philistins à l'ouest, du côté de la mer, là où ils se trouvent aujourd'hui encore, par-derrière ; Édom au sud de Juda ; et Éphraïm au nord. Ainsi, en regardant la carte, on s'aperçoit qu'ils l'assiégeaient des quatre points cardinaux. Et lorsqu'il fit appel au roi d'Assyrie, et que l'Assyrie exila Aram ainsi qu'une partie des dix tribus, écartant ainsi les ennemis du nord et de l'est, d'autres ennemis surgirent du sud et de l'ouest : les Édomites attaquèrent, les Philistins firent invasion. Ne va pas croire que le roi d'Assyrie a réglé tes problèmes ; le prophète t'avait pourtant prévenu de ne pas recourir à son aide. Et si l'on demande : pourquoi le roi d'Assyrie ne l'a-t-il pas sauvé de ceux-là aussi, ne l'avait-il pas payé ? L'Assyrien répond : tu n'as payé que pour les premiers, pas pour ceux-ci, cela demande un supplément. C'est comme un entrepreneur qui vous dit : le carrelage, d'accord, mais hors plinthes et hors joints. Et l'on se demande pourquoi le devis semblait si abordable : parce qu'il n'incluait presque rien. De même ici, ce que le roi d'Assyrie a accompli n'était que l'entrée ; pour les suppléments, il faut payer à part.

L'Alshikh ajoute : les Philistins avaient été soumis à l'époque d'Ouzziyahou, et les Édomites sous Amatziahou, or voilà qu'ils relèvent la tête. Et pourquoi ? Parce qu'Hachem a humilié Juda, dont la conduite s'était corrompue ; c'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a suscité contre eux ces ennemis. Notons au passage, à propos de la mention de "Guimzo et de ses dépendances", qu'il est rapporté que Nahoum Ich Gamzou était originaire de cette ville de Guimzo, et tel était son nom : "l'homme de Guimzo" ; mais comme il avait pour coutume de répéter sans cesse "Gam zou letova" (cela aussi est pour le bien), on l'appela par jeu de mots "Nahoum Ich Gam Zou", en hommage à sa formule favorite.

כִּי־הִכְנִיעַ ה' אֶת־יְהוּדָה בַּעֲבוּר אָחָז מֶלֶךְ־יִשְׂרָאֵל כִּי הִפְרִיעַ בִּיהוּדָה וּמָעוֹל מַעַל בַּה'׃ - Car l'Éternel humilia Juda à cause d'A'haz, roi d'Israël, car il avait provoqué le dérèglement en Juda et commis une infidélité envers l'Éternel.

"Hifria" (il avait provoqué le dérèglement) dérive de la même racine que dans "car il est sans frein (paroua), car Aaron l'avait laissé sans frein pour leur opprobre parmi leurs adversaires", une idée de mise à nu et de dévoilement, tout comme "il découvrira (ou-fara) la tête de la femme", où l'on découvre sa chevelure. Jusqu'alors, Juda bénéficiait en quelque sorte d'un bouclier protecteur qui le couvrait et le préservait ; mais dès lors qu'A'haz s'est enfoncé dans l'iniquité - et le texte le qualifie de "roi d'Israël" parce qu'il suivait la voie des rois impies d'Israël -, il a laissé Juda vulnérable, exposé et sans défense, de sorte que les ennemis sont venus le frapper. "Et commis une infidélité envers l'Éternel" : lui-même avait personnellement trahi Hachem.

Tilgath-Pilnéesser : le secours qui ne vint pas
וַיָּבֹא עָלָיו תִּלְּגַת פִּלְנְאֶסֶר מֶלֶךְ אַשּׁוּר וַיָּצַר לוֹ וְלֹא חֲזָקוֹ׃ - Tilgath-Pilnéesser, roi d'Assyrie, vint contre lui ; il l'oppressa au lieu de le fortifier.
כִּי־חָלַק אָחָז אֶת־בֵּית ה' וְאֶת־בֵּית הַמֶּלֶךְ וְהַשָּׂרִים וַיִּתֵּן לְמֶלֶךְ אַשּׁוּר וְלֹא לְעֶזְרָה לוֹ׃ - Car Achaz avait dépouillé la maison de Hachem, la maison du roi et des princes pour donner au roi d'Assyrie, mais cela ne lui fut d'aucun secours.

Il lui avait envoyé des émissaires pour solliciter son aide, ainsi qu'il est écrit : « Il envoya des messagers à Tiglath-Piléser ». Notons au passage que ce souverain est parfois appelé « Tiglath » et parfois « Tilgath ». On retrouve de telles variations pour d'autres noms dans les Écritures : Damas (Dammésseq) et Darmésseq, Nabuchodonosor (Nevoukhadnétsar) et Nevoukhadrétsar - orthographiés tantôt avec un Noun, tantôt avec un Rech.

Le Radak explique : « Il l'oppressa au lieu de le fortifier » - non seulement le roi d'Assyrie ne lui apporta aucun soutien, mais il vint en outre l'opprimer. Il constata manifestement la faiblesse d'Achaz et calcula : si dans une situation si critique il m'envoie de l'or et de l'argent pour obtenir mon aide, j'aurai bien plus à gagner en venant le soumettre moi-même. Ainsi, au lieu de lui porter secours, il se retourna contre lui et l'assiégea. C'est le sens de « cela ne lui fut d'aucun secours » : d'une part, il ne le renforça point, et d'autre part, le tribut versé ne servit à rien, puisque l'Assyrien vint en personne lui causer du tort.

Le Malbim précise le sens de « il l'oppressa » : c'est ce que décrit la suite du texte, « car Achaz avait dépouillé la maison de Hachem, la maison du roi et des princes ». Dans un premier temps, Achaz avait expédié de l'argent tiré du Sanctuaire et des trésors royaux ; par la suite, lorsque le roi d'Assyrie arriva dans le pays, Achaz dut s'en prendre à la structure même du Temple en arrachant le plaquage d'or du Sanctuaire et du palais royal pour le livrer au monarque assyrien. On aurait pu penser qu'un tel sacrifice lui vaudrait sa protection, mais l'Écriture souligne : « il ne le fortifia point et cela ne lui fut d'aucun secours ». Il ne l'aida nullement face aux ennemis qui envahissaient ses frontières et ne lui prêta main-forte en rien.

Le Metsoudat David explique l'expression « Car Achaz avait partagé ['halak] la maison de Hachem » au sens propre de division : il fractionna les trésors du Temple pour en attribuer une part au roi d'Assyrie ; et malgré tout cela, « cela ne lui fut d'aucun secours », cette démarche ne lui apporta aucun soulagement.

Le commentaire attribué à Rachi soulève une objection : il est pourtant écrit dans le livre des Rois : « Le roi d'Assyrie monta contre Damas, s'en empara, déporta sa population à Kir et fit mourir Retsin ». Il semble donc qu'il y ait bien eu une aide effective, puisque Retsin était l'ennemi d'Achaz ! Il répond : cette intervention ne constitua pas un secours suffisant pour rétablir sa puissance et lui faire recouvrer les cités qui lui avaient été enlevées. Certes, l'Assyrien abattit Retsin, mais réparer les pertes d'Achaz et lui restituer ses villes conquises, cela, il ne le fit point.

וּבְעֵת הָצֵר לוֹ וַיּוֹסֶף לִמְעוֹל בַּה' הוּא הַמֶּלֶךְ אָחָז׃ - Et au temps de sa détresse, il redoubla d'infidélité envers Hachem, lui, le roi Achaz.
וַיִּזְבַּח לֵאלֹהֵי דַרְמֶשֶׂק הַמַּכִּים בּוֹ וַיֹּאמֶר כִּי אֱלֹהֵי מַלְכֵי־אֲרָם הֵם מַעְזְרִים אֹתָם לָהֶם אֲזַבֵּחַ וְיַעְזְרוּנִי וְהֵם הָיוּ־לוֹ לְהַכְשִׁילוֹ וּלְכׇל־יִשְׂרָאֵל׃ - Il sacrifia aux dieux de Damas qui le frappaient, et il dit : « Puisque les dieux des rois d'Aram leur viennent en aide, je leur offrirai des sacrifices afin qu'ils me secourent » ; mais ils devinrent pour lui et pour tout Israël une cause de chute.

L'expression « qui le frappaient » ne qualifie pas les faux dieux eux-mêmes, mais bien les habitants de Damas : Achaz sacrifiait aux divinités de Damas dont les armées lui infligeaient des revers. Tel était son raisonnement insensé : s'ils m'ont battu, c'est la preuve que leurs dieux les ont soutenus ; s'ils les ont soutenus, c'est qu'il réside en eux une force réelle ; et s'ils sont puissants, je vais leur rendre un culte afin qu'ils se rangent à mes côtés.

Le livre des Rois rappelle que lorsqu'il se rendit à Damas à la rencontre de Tiglath-Piléser, il y aperçut un autel païen et ordonna d'en reproduire la forme dans le Sanctuaire de Hachem ; il écarta l'autel d'airain et dépeça les ustensiles sacrés. Il avait en réalité commencé à sacrifier aux dieux d'Aram dès le début ; puis, lorsque l'Assyrie déporta la population d'Aram à Kir, il en tira une conclusion faussée : voilà que j'ai servi les dieux d'Aram, et dans la foulée, l'Assyrie est intervenue pour les exiler et son roi est venu à mon secours ; c'est donc bien la preuve qu'il convient d'adorer les dieux d'Aram ! Bien que cette logique paraisse déconcertante - puisqu'il venait d'assister à la déroute d'Aram, pourquoi adopter leurs divinités ? - tel fut son calcul dévoyé. C'est ainsi qu'il délaissa l'autel de Hachem au profit de cet autel araméen érigé dans le Temple. « Mais ils devinrent pour lui et pour tout Israël une cause de chute » : il commença par reléguer l'autel d'airain et finit par s'en prendre à tous les ustensiles sacrés, qu'il mit en pièces pour en dépouiller l'or et l'argent, ce qui précipita sa ruine.

וַיֶּאֱסֹף אָחָז אֶת־כְּלֵי בֵית־הָאֱלֹהִים וַיְקַצֵּץ אֶת־כְּלֵי בֵית־הָאֱלֹהִים וַיִּסְגֹּר אֶת־דַּלְתוֹת בֵּית־ה' וַיַּעַשׂ לוֹ מִזְבְּחוֹת בְּכׇל־פִּנָּה בִּירוּשָׁלָ͏ִם׃ - « Achaz rassembla les ustensiles de la Maison de Dieu, mit en pièces les ustensiles de la Maison de Dieu, ferma les portes de la Maison de l'Éternel, et se fit des autels à chaque coin de rue dans Jérusalem. »

« Il mit en pièces » (vayekatsets) - il racla et dépouilla l'or qui les recouvrait ; il arracha l'or de tous les ustensiles qui étaient plaqués d'or. « Il ferma les portes de la Maison de l'Éternel » - il ferma les portes afin que les Cohanim ne puissent plus venir servir dans le Sanctuaire, mais seulement sur les autels qu'il avait dressés à chaque coin de Jérusalem. Plus tard, nous verrons Hizkiyahou rouvrir les portes de la Maison de l'Éternel, que son père avait fermées. Et nos Sages ont enseigné qu'il fut appelé Achaz (« il a verrouillé ») parce qu'il s'empara des portes des maisons d'étude pour les fermer, et qu'il ferma et verrouilla les portes de la Maison de l'Éternel.

וּבְכׇל־עִיר וָעִיר לִיהוּדָה עָשָׂה בָמוֹת לְקַטֵּר לֵאלֹהִים אֲחֵרִים וַיַּכְעֵס אֶת־ה' אֱלֹהֵי אֲבֹתָיו׃ - « Et dans chaque ville de Juda, il dressa des hauts lieux pour faire brûler de l'encens à d'autres dieux, irritant l'Éternel, le Dieu de ses pères. »
וְיֶתֶר דְּבָרָיו וְכׇל־דְּרָכָיו הָרִאשֹׁנִים וְהָאַחֲרוֹנִים הִנָּם כְּתוּבִים עַל־סֵפֶר מַלְכֵי־יְהוּדָה וְיִשְׂרָאֵל׃ - « Le reste de ses actes et toutes ses voies, les premiers comme les derniers, sont consignés dans le livre des rois de Juda et d'Israël. »

On peut ici relever une nuance selon la méthode du saint Alshikh : « les premiers comme les derniers ». Nous avons déjà mentionné par le passé que l'expression « les premiers et les derniers » indique un changement de direction à un certain stade - il y eut chez lui des premiers actes et des actes ultérieurs. Cela concorde parfaitement avec les propos de l'Alshikh : au début de sa voie, il ne commit point tant de méfaits, mais marcha dans les voies de l'Éternel son Dieu, sans toutefois égaler David son père - ce furent là ses premiers actes ; vinrent ensuite les derniers, où il sombra profondément dans l'iniquité, comme nous l'avons constaté dans la suite du récit. L'enseignement de l'Alshikh trouve donc un appui direct dans ce verset.

וַיִּשְׁכַּב אָחָז עִם־אֲבֹתָיו וַיִּקְבְּרֻהוּ בָעִיר בִּירוּשָׁלַ͏ִם כִּי לֹא הֱבִיאֻהוּ לְקִבְרֵי מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל וַיִּמְלֹךְ יְחִזְקִיָּהוּ בְנוֹ תַּחְתָּיו׃ - « Achaz se coucha avec ses pères, et on l'enterra dans la ville, à Jérusalem, car on ne le déposa point dans les sépulcres des rois d'Israël ; et Hizkiyahou, son fils, régna à sa place. »

Le texte souligne « dans la ville, à Jérusalem » - et non dans les tombeaux des rois d'Israël, car des rois justes y reposaient et l'on refusait qu'un roi si impie vînt reposer à leurs côtés. On l'enterra à Jérusalem, à proximité des tombes royales, mais sans l'introduire en leur sein. Selon le sens simple, cela fut accompli par Hizkiyahou, son fils vertueux - c'est de lui dont la tradition rapporte qu'il fit traîner les ossements de son père sur une civière de cordes, ce qui montre qu'il eut la force de diriger le royaume et d'agir avec droiture, même à l'égard de son père, en décidant qu'il ne reposerait point dans les sépultures royales.

En conclusion :

Le chapitre 28 dépeint le règne d'Achaz, qui commença par une déviation subtile - « il ne fit point ce qui est droit aux yeux de l'Éternel, comme David son père » - et dégénéra jusqu'au culte du Molokh, à la fermeture des portes du Temple et à l'édification d'autels à chaque coin de rue. En conséquence, les désastres s'abattirent sur lui des quatre points cardinaux : Aram, Éphraïm, Édom et les Philistins, entraînant jusqu'à cent vingt mille morts en un seul jour et deux cent mille captifs. La prophétie d'Oded fit comprendre aux gens de Samarie que cette victoire n'était point le fruit de leurs mérites mais l'effet du courroux divin, et que l'instrument suscité pour frapper autrui finit lui-même par rendre des comptes - touchés par cette parole, ils agirent avec une grande piété envers les captifs et les reconduisirent à leurs frères. Quant à Achaz, qui implora l'aide du roi d'Assyrie plutôt que celle du Saint, béni soit-Il, il vit ce secours se muer en oppression, et les trésors livrés ne lui servirent de rien : « sans lui être d'aucun secours ». C'est ainsi que son règne se clôt par une sépulture bannie des tombeaux des rois, et c'est du sein de ces ténèbres que s'élève la figure de son fils Hizkiyahou, auquel sera consacré le chapitre suivant.