Chapitre 27 : Le règne de Yotam, fils d'Ouziya
Le chapitre 27 est un chapitre court, comptant seulement neuf versets, qui décrit le règne de Yotam, fils d'Ouziya. Bien qu'il soit bref, la figure qui s'en dégage est l'une des plus remarquables parmi tous les rois de la maison de David. Parcourons les versets dans l'ordre, à la lumière des explications du Malbim, du Radak et du commentaire attribué à Rachi.
בֶּן־עֶשְׂרִים וְחָמֵשׁ שָׁנָה יוֹתָם בְּמׇלְכוֹ וְשֵׁשׁ־עֶשְׂרֵה שָׁנָה מָלַךְ בִּירוּשָׁלָ͏ִם וְשֵׁם אִמּוֹ יְרוּשָׁה בַּת־צָדוֹק׃ - Yotam était âgé de vingt-cinq ans lorsqu'il devint roi, et il régna seize ans à Jérusalem ; le nom de sa mère était Yeroucha, fille de Tsadok.
Yotam avait vingt-cinq ans lorsqu'il monta sur le trône, et après son accession, il régna seize ans à Jérusalem. Le nom de sa mère était Yeroucha, fille de Tsadok.
וַיַּעַשׂ הַיָּשָׁר בְּעֵינֵי יְהֹוָה כְּכֹל אֲשֶׁר־עָשָׂה עֻזִּיָּהוּ אָבִיו רַק לֹא־בָא אֶל־הֵיכַל יְהֹוָה וְעוֹד הָעָם מַשְׁחִיתִים׃ - Il fit ce qui est droit aux yeux de l'Éternel, entièrement selon ce qu'avait fait Ouziya son père ; seulement, il n'entra point dans le Sanctuaire de l'Éternel, et le peuple continuait à se corrompre.
Le texte atteste qu'il fit ce qui est droit aux yeux de Hachem, « selon tout ce qu'avait fait Ouziya son père ». Le commentaire attribué à Rachi explique : cela s'entend de toutes les bonnes actions qu'avait accomplies son père Ouziya, et non des égarements de sa conduite.
Yotam - un roi irréprochable
Le commentaire attribué à Rachi rapporte une explication au nom de Rabbi Elazar bar Moché, fondée sur les paroles de Rabbi Chimon bar Yo'haï dans le traité Soukkah. Rachbi déclare : si Avraham Avinou est avec moi, nous pouvons assumer toutes les fautes de la génération jusqu'à lui, c'est-à-dire dispenser le monde du jugement ; et si Yotam fils d'Ouziya est avec moi, je puis dispenser le monde entier du jugement, depuis l'époque d'Avraham jusqu'à la fin de toutes les générations.
Et qu'avait donc Yotam de si exceptionnel ? En observant l'histoire, on constate que chez tous les rois, avant comme après lui, on trouve une faute, hormis Yotam chez qui l'on ne trouve aucun péché - il était tout entier intégrité. Le texte détaille : David - « seulement dans l'affaire d'Ouriya le Hittite » et l'épisode de Bat Chéva ; Salomon - ses femmes détournèrent son cœur ; Rehav'am - il abandonna la Torah de Hachem ; Aviya - « il marcha dans tous les péchés de son père » ; Assa - il tira de l'argent et de l'or des trésors de la Maison de Hachem, et jeta le prophète en prison ; Yéhochafat - il s'associa à un impie, et Hachem ruina ses œuvres ; Yéhoram - il tua ses frères ; A'hazyahou - sa mère fut sa conseillère pour faire le mal ; Yoach - il tua Zekharya et devint dépravé ; Amatsya - il se prosterna devant les idoles de Séir, qu'il avait lui-même rapportées ; Ouziya - il entra dans le Sanctuaire pour brûler de l'encens contre la volonté divine, comme nous l'avons vu au chapitre précédent ; A'haz - ferma les portes de la Maison de Hachem, suivit les voies des rois d'Israël et érigea des statues pour les Baals ; 'Hizkiyahou - son cœur s'enorgueillit et attira sur lui l'indignation, et sur trois choses qu'il accomplit, les Sages ne l'approuvèrent pas ; Ménaché - commit le mal aux yeux de Hachem durant de longues années ; Yochiyahou - n'écouta point la prophétie venant de Dieu en refusant le passage à Pharaon Nékho, sans réaliser que sa génération ne le méritait pas ; Tsidkiyahou - fit ce qui est mal aux yeux de Hachem et ne se soumit pas à Jérémie, qui lui ordonnait de se plier à la domination de Babylone voulue par le Saint, béni soit-Il.
Mais chez Yotam, on ne releva pas le moindre défaut. C'est pourquoi, dit Rachbi, si Yotam se joint à nous, je puis dispenser le monde entier du jugement, depuis les jours d'Avraham jusqu'à la fin du monde. Il est en outre souligné à sa louange qu'il honora son père même après sa mort.
« Seulement, il n'entra point dans le Sanctuaire de l'Éternel » - deux interprétations
Le Radak rapporte deux explications. La première interprétation : il n'entra point dans le Sanctuaire pour faire brûler de l'encens à la manière de son père, c'est-à-dire qu'il n'imita pas la mauvaise conduite de son père qui avait tenté de pénétrer dans le Sanctuaire.
La seconde explication : puisque son père était entré dans le Heikhal d'Hachem et qu'il lui était arrivé ce qui lui était arrivé, Yotam ne voulut plus y pénétrer pour prier et offrir des sacrifices, et il sacrifiait sur les hauts lieux (bamot). Selon cette interprétation, la fin du verset s'explique également ainsi : « et le peuple se corrompait encore », tout comme cela est explicité dans les Rois : « le peuple sacrifiait et brûlait encore de l'encens sur les hauts lieux » - et non seulement le peuple, mais lui aussi. Cependant, cette explication ne s'accorde pas tout à fait avec les propos attribués à Rachi selon lesquels Yotam était un juste parfait et irréprochable, car selon elle, il aurait sacrifié sur les hauts lieux.
Le Malbim retient la première explication du Radak et se montre précis sur les termes du verset : il n'est pas dit qu'il n'est pas venu dans la Maison d'Hachem, mais qu'il n'est pas entré dans le Heikhal d'Hachem. Au Beth Hamikdach, il venait bel et bien et offrait des sacrifices comme tout homme d'Israël - un roi serait-il dispensé du sacrifice de Pessa'h, des vœux et des dons volontaires, des offrandes de 'Haguiga et de Réiya ? Il est tenu de tout cela comme quiconque. Mais à l'intérieur du Heikhal, là où se dresse l'autel des parfums et où son père était entré pour brûler l'encens, là, il n'est point entré. Il n'est pas entré dans le Heikhal d'Hachem à la manière de son père, mais il montait assurément au Beth Hamikdach pour offrir des sacrifices comme tout un chacun.
Construction et fortifications
הוּא בָּנָה אֶת־שַׁעַר בֵּית־יְהֹוָה הָעֶלְיוֹן וּבְחוֹמַת הָעֹפֶל בָּנָה לָרֹב׃ - C'est lui qui bâtit la porte supérieure de la Maison d'Hachem, et il construisit abondamment sur la muraille de l'Ofel.
Yotam construisit la porte supérieure de la Maison d'Hachem - cette porte par laquelle on se rendait à la maison du roi - et la fortifia. De même, il bâtit sur la muraille de l'Ofel. « Ofel » désigne un lieu élevé, comme dans l'expression « ofel ouva'han », c'est-à-dire une haute muraille, et c'est là qu'il construisit et renforça abondamment.
וְעָרִים בָּנָה בְּהַר־יְהוּדָה וּבֶחֳרָשִׁים בָּנָה בִּירָנִיּוֹת וּמִגְדָּלִים׃ - Il bâtit des villes dans la montagne de Juda, et dans les forêts il construisit des forteresses et des tours.
Il bâtit en outre des villes dans la montagne de Juda, et construisit également dans les forêts des forteresses et des tours. « 'Horachim » provient de la racine évoquant les bois, les forêts. « Biraniyot » est une expression qui revient souvent dans le Targoum (« leurs tours » - « birniyatehon »), et signifie des citadelles ou palais. En d'autres termes, il bâtit des villes dans la montagne de Juda, et dans les régions forestières, il érigea de grands palais fortifiés et des tours. Le Malbim fait remarquer : en cela, il agit comme son père, car son père aussi avait bâti des villes fortifiées - il hérita de cette passion de la construction de son père. Cependant, son père avait bâti à Ashdod et en Philistie, tandis que lui bâtit en Juda.
La guerre contre les fils d'Amon et la dette acquittée
וְהוּא נִלְחַם עִם־מֶלֶךְ בְּנֵי־עַמּוֹן וַיֶּחֱזַק עֲלֵיהֶם וַיִּתְּנוּ־לוֹ בְנֵי־עַמּוֹן בַּשָּׁנָה הַהִיא מֵאָה כִּכַּר־כֶּסֶף וַעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כֹּרִים חִטִּים וּשְׂעוֹרִים עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים זֹאת הֵשִׁיבוּ לוֹ בְּנֵי עַמּוֹן וּבַשָּׁנָה הַשֵּׁנִית וְהַשְּׁלִשִׁית׃ - Il fit la guerre au roi des fils d'Amon et l'emporta sur eux. Les fils d'Amon lui donnèrent cette année-là cent talents d'argent, dix mille kors de froment et dix mille d'orge ; c'est ce que lui payèrent les fils d'Amon, ainsi que la deuxième et la troisième année.
Les fils d'Amon avaient versé un tribut à Ouziyéhou son père, comme nous l'avons vu plus haut, puis ils s'étaient révoltés. Yotam dut leur faire la guerre afin de rétablir son autorité sur eux, et en effet « il l'emporta sur eux ». Cette année-là, ils lui donnèrent cent talents d'argent, dix mille kors de blé et dix mille kors d'orge.
Que signifie « c'est ce que lui rendirent les fils d'Amon, ainsi que la deuxième et la troisième année » ? Le Malbim explique : la première fois, ils lui remboursèrent la dette accumulée durant toutes les années où ils s'étaient révoltés et n'avaient pas payé. C'est à l'image du fisc : ne croyez pas que si vous n'avez pas payé pendant un an ou deux, l'affaire est close - ils reviendront vers vous plus tard avec intérêts et pénalités. Il en alla de même ici : ils s'étaient rebellés et n'avaient pas acquitté le tribut ; il leur imposa donc également une amende, exigeant qu'ils paient encore durant deux années en punition de leur rébellion. Il en résulte qu'ils durent payer toutes les années impayées, et en plus de cela deux années d'amende.
וַיִּתְחַזֵּק יוֹתָם כִּי הֵכִין דְּרָכָיו לִפְנֵי יְהֹוָה אֱלֹהָיו׃ - Yotam devint puissant, car il affermit ses voies devant Hachem son D.ieu.
C'est un verset unique qui est dit à propos de Yotam, montrant qu'en vérité, tous les jours de sa vie, il a marché dans la voie d'Hachem.
La fin de ses jours et la répétition du décompte des années
וְיֶתֶר דִּבְרֵי יוֹתָם וְכׇל־מִלְחֲמֹתָיו וּדְרָכָיו הִנָּם כְּתוּבִים עַל־סֵפֶר מַלְכֵי־יִשְׂרָאֵל וִיהוּדָה׃ - Le reste des actes de Yotam, toutes ses guerres et ses voies, sont écrits dans le livre des rois d'Israël et de Juda.
Le reste des actes de Yotam et toutes les guerres qu'il a menées sont consignés dans leurs chroniques historiques, à savoir le « Livre des rois d'Israël et de Juda » - ces registres où ils consignaient leurs mémoires et tous les événements qu'ils traversaient.
בֶּן־עֶשְׂרִים וְחָמֵשׁ שָׁנָה הָיָה בְמׇלְכוֹ וְשֵׁשׁ־עֶשְׂרֵה שָׁנָה מָלַךְ בִּירוּשָׁלָ͏ִם׃ - Il était âgé de vingt-cinq ans lorsqu'il devint roi, et il régna seize ans à Jérusalem.
Pourquoi le texte répète-t-il le décompte des années une seconde fois ? Le Malbim explique : parce que les rois d'Israël comptaient également dans son règne les années où il jugeait le peuple du vivant de son père - car Ouzziyahou était lépreux et demeurait dans une maison isolée (Beth Ha'Hofchith), et Yotam rendait la justice du vivant de son père. C'est pourquoi le verset vient ici préciser : nous ne comptons que les années où il a régné par lui-même après la mort de son père. Seize ans il régna à Jérusalem - un règne à part entière, sans inclure les années précédentes où il gouvernait déjà du vivant de son père.
וַיִּשְׁכַּב יוֹתָם עִם־אֲבֹתָיו וַיִּקְבְּרוּ אֹתוֹ בְּעִיר דָּוִיד וַיִּמְלֹךְ אָחָז בְּנוֹ תַּחְתָּיו׃ - Yotam se coucha avec ses pères, et on l'enterra dans la cité de David ; et A'haz, son fils, régna à sa place.
Yotam s'éteignit, et A'haz son fils monta sur le trône à sa place.
En conclusion : Yotam, fils d'Ouzziyahou, régna seize ans et fit ce qui est droit aux yeux d'Hachem, à l'image de toutes les bonnes actions de son père - tout en prenant garde de ne pas pénétrer à l'intérieur du Heikhal comme son père l'avait fait, montant néanmoins au Beth HaMikdach pour y offrir des sacrifices comme tout homme d'Israël. Il fortifia la porte supérieure de la Maison d'Hachem ainsi que la muraille de l'Ofel, bâtit des villes dans la montagne de Juda, des forteresses et des tours dans les forêts, soumit les enfants d'Amon et recouvra leur tribut assorti d'une amende. « Yotam devint puissant, car il affermit ses voies devant Hachem, son D.ieu » - et selon les paroles de Rabbi Chimon bar Yo'haï (Rachbi), si Yotam avait été à ses côtés, il aurait pu dispenser le monde entier de tout jugement depuis l'époque d'Avraham jusqu'à la fin de toutes les générations, car chez tous les rois on trouva une faute, tandis que chez Yotam, on ne trouva aucun défaut.