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Chapitre 20 - La guerre contre Moab, Ammon et Séir - 2e partie

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Introduction

Le chapitre 20 du deuxième livre des Chroniques (Divré Hayamim II) relate l'une des guerres les plus prodigieuses de l'histoire des rois de Juda : une guerre où le peuple d'Israël ne tira pas une seule flèche, ne brandit pas une seule épée, et dont il sortit pourtant victorieux et comblé de butin. Dans cette partie, nous aborderons la prophétie de Yéhaziel fils de Zekharyahou, la consigne « ce n'est pas à vous de combattre ici », la marche vers la bataille menée par des chantres plutôt que par des avant-gardes armées, la chute des ennemis s'entretuant les uns les autres, et la fin du règne de Yéhochafat - jusqu'à son alliance avec Ahazyahou, roi d'Israël, et le bris des navires.

L'esprit de Dieu au milieu de l'assemblée
וְיַחֲזִיאֵל בֶּן־זְכַרְיָהוּ בֶּן־בְּנָיָה בֶּן־יְעִיאֵל בֶּן־מַתַּנְיָה הַלֵּוִי מִן־בְּנֵי אָסָף הָיְתָה עָלָיו רוּחַ יְהֹוָה בְּתוֹךְ הַקָּהָל׃ - Et Yéhaziel, fils de Zekharyahou, fils de Benayah, fils de Yeïel, fils de Matanyah, le Lévite d'entre les fils d'Assaph, fut saisi par l'esprit de l'Éternel au milieu de l'assemblée.

« Au milieu de l'assemblée » - au sens littéral : c'est au moment où il se tenait au sein du rassemblement que l'esprit de Dieu reposa sur lui. On peut également y déceler une allusion à cette notion bien connue : il arrive qu'un homme soit personnellement digne que la Chekhinah repose sur lui, mais que sa génération ne le mérite pas. Ici, on constate que la Chekhinah a reposé sur lui et qu'il a reçu la prophétie et le Roua'h Hakodech précisément alors qu'il se tenait au milieu du public : lorsque la génération et l'assemblée en sont dignes, le peuple dans son ensemble mérite alors la présence divine.

Ne craignez point et ne vous effrayez point
וַיֹּאמֶר הַקְשִׁיבוּ כׇל־יְהוּדָה וְיֹשְׁבֵי יְרוּשָׁלַ͏ִם וְהַמֶּלֶךְ יְהוֹשָׁפָט כֹּה־אָמַר יְהֹוָה לָכֶם אַתֶּם אַל־תִּירְאוּ וְאַל־תֵּחַתּוּ מִפְּנֵי הֶהָמוֹן הָרָב הַזֶּה כִּי לֹא לָכֶם הַמִּלְחָמָה כִּי לֵאלֹהִים׃ - Et il dit : « Prêtez l'oreille, tout Juda, habitants de Jérusalem, et toi, roi Yéhochafat ! Ainsi vous parle l'Éternel : Vous, ne craignez point et ne vous effrayez point devant cette multitude immense, car ce combat n'est pas le vôtre, mais celui de Dieu ! »

Le prophète s'adresse à tout Juda, aux habitants de Jérusalem, ainsi qu'au roi Yéhochafat - car le message le concerne lui aussi directement. Le Malbim précise la nuance entre « tîréou » (craindre) et « té'hatou » (être terrifié / abattu) : la « 'hitah » désigne l'abattement spirituel et moral, lorsqu'un homme se voit dérisoire face à son adversaire et perd tout courage. De même, le Metsoudat Tsion explique qu'il s'agit d'un terme exprimant la peur et l'effondrement intérieur. Quand le cœur de l'homme est-il brisé ? Lorsqu'il se dit : je ne suis rien, je ne vaux rien, ils sont infiniment plus puissants que moi - et il s'effondre alors. Même s'il ne craint pas directement le mal qu'ils pourraient lui infliger, la simple prise de conscience de sa propre faiblesse le plonge dans cet abattement, selon le sens de « devant Mon Nom il s'est humilié (ni'hat) », une notion d'abaissement. Il en ressort donc : « Ne craignez point » - du mal qu'ils pourraient vous faire ; « et ne vous effrayez point » - à la pensée que vous êtes trop faibles pour leur faire face.

Et la raison en est : « car ce combat n'est pas le vôtre, mais celui de Dieu ». D'une part, l'Éternel combattra pour vous. D'autre part, le prophète veut leur signifier que ces nations ne viennent pas véritablement vous attaquer, mais que leur guerre est dirigée contre le Saint, béni soit-Il. Quiconque vient combattre Israël s'attaque au Maître du monde ; dès lors, c'est avec Lui qu'ils ont un compte à régler, et vous n'avez aucune raison de trembler. C'est sur ce principe, souligne le Malbim, qu'est fondé le Psaume 83 dans les Téhilim : « Car ils se concertent d'un même cœur, contre Toi ils scellent une alliance : les tentes d'Édom et les Ismaélites, Moab et les Hagaréniens... » - tous ces versets font référence à la guerre que nous étudions ici (comme nous le développerons par la suite). Ils se sont ligués « contre Toi », contre le Saint, béni soit-Il ; ainsi donc, l'Éternel combattra pour vous, et vous, gardez le silence. Pour approfondir, on pourra se référer à l'explication de ce psaume développée dans les cours sur les Téhilim selon le Malbim.

מָחָר רְדוּ עֲלֵיהֶם הִנָּם עֹלִים בְּמַעֲלֵה הַצִּיץ וּמְצָאתֶם אֹתָם בְּסוֹף הַנַּחַל פְּנֵי מִדְבַּר יְרוּאֵל׃ - Demain, descendez à leur rencontre ; voici, ils montent par la montée de Hatsits, et vous les trouverez à l'extrémité du vallon, en face du désert de Yerouel.

Autrement dit : en ce moment même, ils gravissent la montée de Hatsits, et vous, demain, vous descendrez et les rejoindrez à l'extrémité du vallon, face au désert de Yerouel - qui est le nom d'un lieu.

« Placez-vous, tenez-vous là » - Ne pas combattre du tout
לֹא לָכֶם לְהִלָּחֵם בָּזֹאת הִתְיַצְּבוּ עִמְדוּ וּרְאוּ אֶת־יְשׁוּעַת יְהֹוָה עִמָּכֶם יְהוּדָה וִירוּשָׁלַ͏ִם אַל־תִּירְאוּ וְאַל־תֵּחַתּוּ מָחָר צְאוּ לִפְנֵיהֶם וַיהֹוָה עִמָּכֶם׃ - Ce n'est pas à vous de combattre en cette occasion ; prenez position, tenez-vous là et voyez la délivrance de l'Éternel qui est avec vous, Juda et Jérusalem ! Ne craignez point et ne vous effrayez pas ; demain, sortez à leur rencontre, et l'Éternel sera avec vous !

Ne vous méprenez pas : j'ai dit « demain, descendez contre eux », et vous pourriez penser qu'il s'agit d'attaquer - il n'en est rien. Ce « descendez contre eux » n'a pas pour but de combattre, mais de vous poster là-bas. Le Malbim explique en plusieurs endroits que le terme hityatsevout (prendre position) désigne une attitude de fermeté, planter ses pieds au sol et se fortifier sur sa position, contrairement à la simple « station debout » ('amida), qui signifie seulement ne pas être assis. Or il est dit ici « prenez position, tenez-vous là » : au départ, prenez fermement position, puis il suffit de rester debout - vous n'avez pas besoin de continuer à déployer vos forces, mais seulement de vous tenir là et de contempler la délivrance de Hachem. Et ce que j'ai dit, « demain, descendez contre eux », signifie que vous sortirez au-devant d'eux sans rien faire du tout ; Hachem est avec vous et c'est Lui qui agira.

Le roi s'incline devant le prophète
וַיִּקֹּד יְהוֹשָׁפָט אַפַּיִם אָרְצָה וְכׇל־יְהוּדָה וְיֹשְׁבֵי יְרוּשָׁלַ͏ִם נָפְלוּ לִפְנֵי יְהֹוָה לְהִשְׁתַּחֲוֺת לַיהֹוָה׃ - Yéhochafat s'inclina la face contre terre, et tout Juda ainsi que les habitants de Jérusalem tombèrent devant l'Éternel pour se prosterner devant l'Éternel.

Yéhochafat entend ces paroles d'encouragement et de réconfort, et s'incline devant le prophète de Hachem. « Vayikod » : il incline la tête (le sommet du crâne, kodkod) et se prosterne. Il y a là une marque d'estime et de vénération immense envers le prophète de Hachem : un roi qui s'agenouille et se prosterne ! Ce n'est pas une scène habituelle de voir un roi s'agenouiller devant quiconque. On constate ici le statut hiérarchique du prophète de Hachem, auquel le roi est subordonné. Le prophète vient réprimander le souverain, lui indique ce qu'il ne fait pas convenablement, et le roi se soumet à lui.

Cela ne plaisait pas toujours aux rois. Certains d'entre eux jetaient les prophètes en prison, d'autres menaçaient leur vie, et certains allaient jusqu'à tous les massacrer, à l'instar d'Izevel (Jézabel) et de son époux A'hav (Achab). A'hav tint même des propos d'une extrême gravité à l'encontre d'Élie le prophète (Élyahou HaNavi). Pourtant, du point de vue de la hiérarchie selon la Torah, le prophète occupe un rang supérieur à celui du roi, et c'est lui qui lui confère la royauté : qui a intronisé Chaoul ? Chmouel. Qui a intronisé David ? Chmouel. L'autorité du prophète était telle qu'il intronisait les rois, bien que par la suite, la transmission du pouvoir se soit faite par d'autres voies.

וַיָּקֻמוּ הַלְוִיִּם מִן־בְּנֵי הַקְּהָתִים וּמִן־בְּנֵי הַקׇּרְחִים לְהַלֵּל לַיהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל בְּקוֹל גָּדוֹל לְמָעְלָה׃ - Les Lévites, parmi les descendants des Kehathites et des Coréites, se levèrent pour louer l'Éternel, Dieu d'Israël, d'une voix puissante et retentissante.

Les Lévites se lèvent pour louer Hachem à l'annonce de la délivrance. « D'une voix puissante et retentissante (békol gadol lema'la) » : que la voix s'élève et monte vers les hauteurs, une voix immense et majestueuse.

« Ayez foi en Hachem et vous subsisterez »
וַיַּשְׁכִּימוּ בַבֹּקֶר וַיֵּצְאוּ לְמִדְבַּר תְּקוֹעַ וּבְצֵאתָם עָמַד יְהוֹשָׁפָט וַיֹּאמֶר שְׁמָעוּנִי יְהוּדָה וְיֹשְׁבֵי יְרוּשָׁלַ͏ִם הַאֲמִינוּ בַּיהֹוָה אֱלֹהֵיכֶם וְתֵאָמֵנוּ הַאֲמִינוּ בִנְבִיאָיו וְהַצְלִיחוּ׃ - Ils se levèrent de bon matin et sortirent vers le désert de Tékoa. À leur départ, Yéhochafat se tint debout et dit : « Écoutez-moi, Juda et habitants de Jérusalem ! Ayez foi en l'Éternel votre Dieu et vous serez affermis, ayez foi en Ses prophètes et vous réussirez ! »

Pour partir en guerre, il faut de la stratégie et de la vaillance, la vaillance ayant pour but d'affermir le cœur du peuple. Yéhochafat leur dit : vous n'avez besoin ni de stratégie ni de vaillance, mais seulement d'avoir foi en Hachem. « Et vous serez affermis (vetéamenou) » : par le mérite de votre foi (émouna), le Saint, béni soit-Il, maintiendra Sa confiance et ne changera rien à ce qu'Il vous a promis ; vous mériterez la fidélité de Hachem. Cela fait écho au verset : « L'Éternel est ton ombre à ta main droite » : si tu as foi en Lui, tu bénéficies en retour de Sa loyauté.

« Ayez foi en Ses prophètes et vous réussirez » : le prophète a dit de ne rien faire, par conséquent, ne faites rien. Même s'il semble conforme aux lois de la nature ou au devoir d'effort (hichtadloute) d'agir, une telle action montrerait que l'on n'a pas foi dans le prophète. Si l'on croit en lui, on sait qu'il n'y a rien à faire, et que la seule foi suffit pour être sauvé.

Une armée de chantres
וַיִּוָּעַץ אֶל־הָעָם וַיַּעֲמֵד מְשֹׁרְרִים לַיהֹוָה וּמְהַלְלִים לְהַדְרַת־קֹדֶשׁ בְּצֵאת לִפְנֵי הֶחָלוּץ וְאֹמְרִים הוֹדוּ לַיהֹוָה כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ׃ - Il prit conseil avec le peuple et plaça des chantres pour l'Éternel et des chantres de louanges en sainte parure, marchant devant l'avant-garde et disant : « Rendez grâce à l'Éternel, car Sa bonté est éternelle ! »

Certains pays ne possèdent pas d'armée combattante, mais une armée de parade - une armée qui défile en musique, sans même savoir tirer une seule balle ; un simple décor, rien de plus. (Soit dit en passant, bon nombre de nos mélodies chez les Ashkénazes proviennent de marches de l'armée russe ou d'autres armées.) Ici, Yéhochafat dit au peuple : nous n'avons besoin ni d'une armée de combattants, ni d'une armée active, nous pouvons commencer à chanter. Mais ici, il ne s'agit pas d'une simple marche militaire : c'est un chant adressé au Maître du monde.

« Des chantres pour l'Éternel » - pour Lui-même, en tant que Créateur du monde. « Et louant la sainte parure » - à travers Ses actions, par le fait qu'Hachem veille sur le peuple d'Israël d'une providence particulière ; et la sainte parure signifie qu'Hachem se révèle à eux dans toute Sa splendeur et les sauve. « Marchant devant l'avant-garde » - car Hachem marche devant le camp pour combattre les ennemis. Quant à « Rendez grâce à l'Éternel, car Sa bonté est éternelle », le Malbim explique que le sens de cette louange est le suivant : si le Saint, béni soit-Il, sort à présent pour les combattre, ce n'est pas dans le but de nuire aux nations du monde, mais pour nous faire du bien - car Sa bonté à notre égard dure à jamais, comme Il nous a promis que cette terre nous appartiendrait et comme Il a conclu une alliance avec nous pour nous préserver.

L'un contre l'autre : comment les ennemis ont péri
וּבְעֵת הֵחֵלּוּ בְרִנָּה וּתְהִלָּה נָתַן יְהֹוָה מְאָרְבִים עַל־בְּנֵי עַמּוֹן מוֹאָב וְהַר־שֵׂעִיר הַבָּאִים לִיהוּדָה וַיִּנָּגֵפוּ׃ - Et au moment où ils commencèrent les chants d'allégresse et de louange, l'Éternel suscita des embuscades contre les enfants d'Amon, de Moab et de la montagne de Séïr venus attaquer Juda, et ils furent battus.

L'allégresse correspond à « des chantres pour l'Éternel », et la louange à « louant la sainte parure ». Le Malbim explique l'enchaînement des événements : il y avait là trois nations distinctes - Moab, Amon et Séïr - et elles se haïssaient mutuellement. Or, comme c'est souvent le cas, face à un ennemi commun, tous les rivaux s'unissent contre lui. Si l'on a du mal à se le représenter, il suffit de regarder la formation d'un gouvernement : tant de camps opposés qui se détestent, réunis soudain dans le même panier - non par grand amour, mais par détestation d'un tiers. Le ciment qui les unit n'est pas une véritable alliance, mais l'existence d'une cible commune contre laquelle tous s'accordent.

Il en fut de même ici : Moab, Amon et Séïr s'unirent contre Israël, mais leur haine ancestrale ne s'était pas éteinte. Hachem mit dans le cœur de Moab l'idée de régler ses comptes avec Amon et avec Séïr : Moab forma une coalition avec la montagne de Séïr pour exterminer Amon. C'est le sens de « l'Éternel suscita des embuscades contre les enfants d'Amon » - Moab et la montagne de Séïr leur tendirent un piège avec ruse, et les enfants d'Amon furent battus. Lorsque Moab vit qu'Amon était affaibli - le maure a fait son devoir, le maure peut partir - il voulut alors affaiblir Séïr ; toutefois, face à Séïr, il demeurait encore un peu faible. Il fit donc la paix avec les rescapés d'Amon, ceux-là mêmes qui venaient de subir ses coups et qui se rallieraient volontiers au plus fort à condition de l'aider contre Séïr. Eux aussi y trouvèrent leur compte, car autrement il risquait de les anéantir.

וַיַּעַמְדוּ בְּנֵי עַמּוֹן וּמוֹאָב עַל־יֹשְׁבֵי הַר־שֵׂעִיר לְהַחֲרִים וּלְהַשְׁמִיד וּכְכַלּוֹתָם בְּיוֹשְׁבֵי שֵׂעִיר עָזְרוּ אִישׁ־בְּרֵעֵהוּ לְמַשְׁחִית׃ - Les enfants d'Amon et de Moab se dressèrent contre les habitants de la montagne de Séïr pour les vouer à l'interdit et les exterminer ; et quand ils en eurent fini avec les habitants de Séïr, ils s'entretuèrent jusqu'à la destruction.

Chez les enfants d'Amon, seule une partie fut tuée, car Moab avait encore besoin d'eux contre Séïr ; en revanche, pour les enfants de Séïr, dont il n'avait plus l'utilité, le verset dit « pour les vouer à l'interdit et les exterminer » - une destruction totale. « Et quand ils en eurent fini avec les habitants de Séïr » - lorsqu'ils les eurent entièrement anéantis, il ne restait plus qu'un reliquat des enfants d'Amon, et Moab pouvait désormais faire face à ce faible reste. « Ils s'aidèrent l'un l'autre à leur destruction » - rétrospectivement, toute cette aide mutuelle ne servit qu'à les anéantir : les enfants de Séïr avaient d'abord prêté main-forte contre Amon, puis les enfants d'Amon contre Séïr, et finalement Moab s'était servi des uns et des autres pour qu'ils s'entretuent et qu'il reste seul. Un tumulte éclata alors parmi eux, l'épée de chacun se tourna contre son prochain, et tous s'exterminèrent mutuellement. Voilà, conclut le Malbim, ce qui ressort du sens littéral des versets.

La question du Malbim : d'où venait leur puissance ?

Le Malbim soulève une difficulté majeure : comment Édom, Moab et les enfants d'Amon avaient-ils pu former une armée si imposante que Yéhochafat en vint à les craindre ? Moab était pourtant soumis à Israël durant toute cette période, et ne s'était révolté qu'après la mort d'Ahab, comme cela est rapporté dans Melakhim II (chapitre 1). À ce stade, Moab était donc affaibli. Or, lorsqu'une nation nous est assujettie, on ne la laisse pas lever une armée - tout comme à Gaza où l'on n'autorise pas l'achat de chars ou d'avions (même s'il y existe une armée souterraine). Si Moab était sous notre domination, comment ont-ils pu acquérir une telle puissance ? De même, Édom était soumis à Yéhochafat, comme il est écrit : « Il n'y avait pas de roi en Édom, un préfet faisait fonction de roi », et il est dit que Yéhochafat, Yéhoram et le roi d'Édom frappèrent Moab.

Le Malbim ajoute également un calcul de chiffres : Asa n'avait que cinq cent quatre-vingt mille hommes d'élite, et il a vaincu les Kouchites qui étaient « mille milliers » - un million. Or, Yéhochafat disposait d'un million cent soixante mille soldats - et c'est d'eux qu'il aurait peur ?

Il s'étonne en outre de ce qui est dit dans le verset :

וַיָּבֹאוּ וַיַּגִּידוּ לִיהוֹשָׁפָט לֵאמֹר בָּא עָלֶיךָ הָמוֹן רָב מֵעֵבֶר לַיָּם מֵאֲרָם וְהִנָּם בְּחַצְצוֹן תָּמָר הִיא עֵין גֶּדִי׃ - On vint annoncer à Yéhochafat : « Une multitude immense marche contre toi d'au-delà de la mer, depuis Aram, et les voilà déjà à 'Hatsatson-Tamar, qui est Ein Guédi. »

C'est un grand sujet d'étonnement : Moav, Édom et les enfants d'Amon se trouvaient au sud de Yéhouda (le Néguev), et Aram se trouvait au nord - comment peut-on donc dire qu'ils venaient d'Aram ? Certes, nous avons vu dans le Métsoudot qu'ils sont passés par Aram, et nous avons vu que le Malbim a d'abord suggéré que le messager s'était trompé, mais c'est une explication bien forcée : ne connaît-il donc pas les nations d'alentour, n'a-t-il pas d'atlas chez lui ?

Mercenaires et psaume 83

C'est pourquoi le Malbim affirme que l'on est contraint de dire que Moav et Édom voulaient alors secouer le joug de leur assujettissement à Israël. Ils savaient pourtant qu'ils n'en étaient pas capables par leurs propres forces, car leur sujétion les empêchait de lever une armée et de se rebeller. Qu'ont-ils fait ? Ils ont engagé des troupes d'au-delà de la mer, ce qu'on appelle des mercenaires : tout comme Poutine engage des Tchétchènes pour sa guerre en Ukraine, ou comme Assad a engagé Poutine et le Hezbollah pour se battre pour lui en Syrie - des gens d'une autre nation prêts, contre rémunération, à venir combattre pour vous.

Et ce sont là les autres nations mentionnées dans le psaume 83 des Téhilim, car ce psaume a pour fondement la guerre racontée ici : Péléchet et les habitants de Tsor - ceux-là sont venus par la mer ; Yichmaël et les fils d'Achour - ceux-là sont venus par Aram. Ils s'allient à Moav, Édom et Amon pour détruire Yéhouda, arrivant « d'au-delà de la mer, depuis Aram », et de là, traversent le Néguev pour rejoindre leurs alliés. En longeant la frontière orientale de la terre d'Israël, les Hagrites, également mentionnés dans ce psaume, se sont joints à eux, et à 'Hatsatson-Tamar, les Amalécites se sont ajoutés. C'est le sens de ce qui y est dit : « Eux qui ont dit : emparons-nous des demeures de Dieu ! » - tout comme ce que nous avons mentionné : « pour nous chasser de Ton héritage », voulant hériter de ce que Tu nous as légué.

Selon cette explication, le tumulte et la panique s'éclairent également : chacune des nations principales - Amon, Moav et Séïr, qui sont au premier plan ici parce qu'elles ont engagé les mercenaires et qu'elles voulaient se soustraire à notre joug - avait recruté d'autres peuples pour lui prêter main-forte. À un certain moment, les troupes engagées par les uns se sont mises à combattre celles engagées par les autres, chacun volant au secours des forces de son propre allié. Ce fut là le chaos absolu, l'épée de l'un contre son compagnon.

« Et voici des cadavres gisant sur le sol »
וִיהוּדָה בָּא עַל־הַמִּצְפֶּה לַמִּדְבָּר וַיִּפְנוּ אֶל־הֶהָמוֹן וְהִנָּם פְּגָרִים נֹפְלִים אַרְצָה וְאֵין פְּלֵיטָה׃ - Yéhouda arriva au point d'observation dominant le désert ; ils regardèrent vers la multitude, et voici que c'étaient des cadavres gisant sur le sol, sans aucun rescapé.

Yéhouda arrive au belvédère surplombant le désert, le désert de Yérouel. « Le point d'observation » (ha-mitspeh) est l'endroit d'où l'on peut scruter le désert et l'emplacement du camp ennemi. Ils regardent et constatent : aucun rescapé, nul n'a pu fuir et il ne reste personne.

וַיָּבֹא יְהוֹשָׁפָט וְעַמּוֹ לָבֹז אֶת־שְׁלָלָם וַיִּמְצְאוּ בָהֶם לָרֹב וּרְכוּשׁ וּפְגָרִים וּכְלֵי חֲמֻדוֹת וַיְנַצְּלוּ לָהֶם לְאֵין מַשָּׂא וַיִּהְיוּ יָמִים שְׁלוֹשָׁה בֹּזְזִים אֶת־הַשָּׁלָל כִּי רַב־הוּא׃ - Yéhochafat et son peuple vinrent piller leurs dépouilles ; ils trouvèrent parmi eux en abondance des biens, des cadavres [revêtus d'habits précieux] et des objets de valeur. Ils en ramassèrent au-delà de ce qu'on pouvait porter, et ils mirent trois jours à piller ce butin, tant il était considérable.

Yéhochafat et son peuple ne viennent que pour piller le butin - il ne leur restait plus qu'à ramasser. « Vayenatslou » (ils dépouillèrent) - terme évoquant le fait de vider, comme dans « Vayenatslou ète Mitsrayim » (ils dépouillèrent l'Égypte), qu'Onkelos traduit par « Vérokino yat mitsraé ». Ils prirent des biens, de l'argent et de l'or. Et que signifie « oufgarim » (et des cadavres) ? Il ne s'agit évidemment pas d'emporter les cadavres eux-mêmes, mais comme cela a été mentionné à plusieurs reprises, à cette époque, on dépouillait les morts de leurs vêtements. Car les vêtements, en ces temps-là, étaient extrêmement précieux : un homme ne possédait qu'un seul habit, qu'il portait en semaine comme le Chabbath, et un pyjama ne relevait que du rêve ; il n'avait qu'une seule couverture pour s'envelopper lorsqu'il retirait ses vêtements pour dormir, et le lendemain, il les remettait. Rendez-vous compte de ce qu'impliquait la confection d'un vêtement : semer le lin, le faire tremper, le battre, le teiller, le carder, en faire des fils, tisser l'étoffe à la main, puis coudre point par point et fil après fil - un mois entier de travail pour fabriquer un seul vêtement ! C'est pourquoi les habits constituaient l'un des butins les plus précieux et les plus recherchés à la guerre. Et ils pillèrent tout cela pendant trois jours, tant le butin était abondant et immense.

La vallée de Berakha
וּבַיּוֹם הָרְבִעִי נִקְהֲלוּ לְעֵמֶק בְּרָכָה כִּי־שָׁם בֵּרְכוּ אֶת־יְהֹוָה עַל־כֵּן קָרְאוּ אֶת־שֵׁם הַמָּקוֹם הַהוּא עֵמֶק בְּרָכָה עַד־הַיּוֹם׃ - Le quatrième jour, ils se rassemblèrent dans la vallée de Berakha, car c'est là qu'ils bénirent l'Éternel ; c'est pourquoi on a appelé cet endroit « vallée de Berakha » jusqu'à ce jour.

Le Metsoudat David explique que ce lieu est nommé ici « vallée de Berakha » en prévision de ce qui allait s'y passer : sur le moment, il ne s'appelait pas encore ainsi, mais parce qu'ils y sont arrivés et y ont béni l'Éternel, il fut ensuite appelé vallée de Berakha, et le verset anticipe en lui donnant son nom futur. On trouve un cas similaire avec « ils arrivèrent jusqu'au torrent d'Echkol », qui fut nommé ainsi en raison de la grappe (echkol) qu'ils y cueillirent, alors que le verset l'appelle déjà torrent d'Echkol au moment de leur arrivée - et c'est également ainsi que Rachi l'explique là-bas.

וַיָּשֻׁבוּ כׇּל־אִישׁ יְהוּדָה וִירוּשָׁלַ͏ִם וִיהוֹשָׁפָט בְּרֹאשָׁם לָשׁוּב אֶל־יְרוּשָׁלַ͏ִם בְּשִׂמְחָה כִּי־שִׂמְּחָם יְהֹוָה מֵאוֹיְבֵיהֶם׃ - Tous les hommes de Juda et de Jérusalem reprirent la route, avec Yéhochafat à leur tête, pour retourner à Jérusalem dans la joie, car l'Éternel les avait comblés de joie aux dépens de leurs ennemis.

Ils résolurent de revenir dans la joie, comme on le verra aussitôt avec les luths et les harpes. « Car l'Éternel les avait comblés de joie aux dépens de leurs ennemis » - ils comprirent que si Hachem avait suscité ces ennemis contre eux, c'était précisément pour les réjouir par la délivrance ; et non seulement par la délivrance, mais aussi par tout cet immense et prodigieux butin dont ils avaient hérité.

וַיָּבֹאוּ יְרוּשָׁלַ͏ִם בִּנְבָלִים וּבְכִנֹּרוֹת וּבַחֲצֹצְרוֹת אֶל־בֵּית יְהֹוָה׃ - Ils entrèrent à Jérusalem au son des luths, des harpes et des trompettes, et se rendirent à la Maison de l'Éternel.

Trois sortes d'instruments de musique sont mentionnées ici, correspondant à trois groupes : tous les hommes de Juda, Jérusalem et Yéhochafat - c'est ainsi qu'explique le commentaire attribué à Rachi, et c'est pourquoi ils prirent trois sortes d'instruments.

La terreur de Dieu et le calme dans le royaume
וַיְהִי פַּחַד אֱלֹהִים עַל כׇּל־מַמְלְכוֹת הָאֲרָצוֹת בְּשׇׁמְעָם כִּי נִלְחַם יְהֹוָה עִם אוֹיְבֵי יִשְׂרָאֵל׃ - La terreur de Dieu s'empara de tous les royaumes des contrées lorsqu'ils apprirent que l'Éternel avait combattu les ennemis d'Israël.

La terreur de Dieu s'abattit sur tous les royaumes voisins, car ils virent et entendirent que l'Éternel combattait les ennemis d'Israël. Ce n'était pas une guerre ordinaire où l'on affronte le peuple d'Israël : les enfants d'Israël, pour parler en termes modernes, n'avaient même pas tiré une seule cartouche, n'avaient pas décoché une seule flèche, rien du tout ; les ennemis s'étaient entretués. Il apparaissait ainsi aux yeux de tous que c'est l'Éternel Lui-même qui combattait, et dès lors, qui oserait encore venir les attaquer ?

וַתִּשְׁקֹט מַלְכוּת יְהוֹשָׁפָט וַיָּנַח לוֹ אֱלֹהָיו מִסָּבִיב׃ - Le royaume de Yéhochafat connut la tranquillité, et son Dieu lui accorda le repos de tous côtés.

« Et fut tranquille » : à l'intérieur même du pays, comme l'explique le Metsoudat David, nul ne contestait son autorité ; « et Il lui accorda le repos à l'entour » : face aux nations environnantes, qui ne vinrent pas non plus l'attaquer. C'est ainsi que le Malbim distingue ces deux expressions.

Bilan du règne de Yehoshaphat
וַיִּמְלֹךְ יְהוֹשָׁפָט עַל־יְהוּדָה בֶּן־שְׁלֹשִׁים וְחָמֵשׁ שָׁנָה בְּמׇלְכוֹ וְעֶשְׂרִים וְחָמֵשׁ שָׁנָה מָלַךְ בִּירוּשָׁלַ͏ִם וְשֵׁם אִמּוֹ עֲזוּבָה בַּת־שִׁלְחִי׃ - Yehoshaphat régna sur Juda ; il était âgé de trente-cinq ans à son avènement, et il régna vingt-cinq ans à Jérusalem. Le nom de sa mère était Azouba, fille de Shilhi.

Yehoshaphat régna sur Juda, âgé de trente-cinq ans à son accession au trône, et il régna vingt-cinq ans à Jérusalem - un règne relativement très long. Et le terme « Vayimlokh » (il régna) implique que le peuple accepta sa royauté de plein gré.

וַיֵּלֶךְ בְּדֶרֶךְ אָבִיו אָסָא וְלֹא־סָר מִמֶּנָּה לַעֲשׂוֹת הַיָּשָׁר בְּעֵינֵי יְהֹוָה׃ - Il marcha dans la voie de son père Asa et ne s'en écarta pas, faisant ce qui est droit aux yeux de l'Éternel.

Le commentaire attribué à Rachi explique : il ne s'écarta pas d'accomplir ce qui est droit, c'est-à-dire qu'il ne dévia pas de la voie intègre de son père, mais il s'écarta bien de ses erreurs. En effet, nous avons vu qu'Asa eut lui aussi une défaillance : la trente-sixième année du règne d'Asa, comme nous l'avons vu au chapitre 16, Bacha, roi d'Israël, monta contre Juda et fortifia Rama. Asa sortit alors de l'argent et de l'or des trésors de la Maison de l'Éternel et du palais royal, et les envoya à Ben-Hadad, roi d'Aram, pour conclure une alliance avec lui. Par la suite, Hanani le Voyant vint trouver Asa et lui dit : « Parce que tu t'es appuyé sur le roi d'Aram et que tu ne t'es pas appuyé sur l'Éternel, ton Dieu, l'armée du roi d'Aram a échappé à ta main » - on voit bien qu'on lui en tint rigueur, et qu'il s'écarta là de la voie de Dieu. Yehoshaphat, en revanche, marcha dans la bonne voie de son père et n'en dévia aucunement.

אַךְ הַבָּמוֹת לֹא־סָרוּ וְעוֹד הָעָם לֹא־הֵכִינוּ לְבָבָם לֵאלֹהֵי אֲבֹתֵיהֶם׃ - Toutefois, les hauts lieux ne disparurent pas, et le peuple n'avait pas encore préparé son cœur envers le Dieu de ses pères.

Le fait que les hauts lieux ne disparurent pas n'était pas la faute de Yehoshaphat, car lui-même n'offrait pas de sacrifices sur les hauts lieux, tout comme son père Asa ; la cause venait plutôt du peuple qui n'avait pas préparé son cœur. S'il était intervenu pour leur retirer les hauts lieux, ils se seraient révoltés contre lui, et il n'aurait pas eu la force de leur résister. Bien au contraire, ils croyaient même accomplir une mitsva : « En tout lieu, l'encens est brûlé et offert en Mon nom », pensant qu'il était permis d'offrir des sacrifices partout. Et c'est ainsi qu'il est dit plus tard à propos de Hizkiyahu : « N'est-ce pas lui, Hizkiyahu, qui a fait disparaître ses hauts lieux ? ». « Et ils n'avaient pas préparé leur cœur » : ils n'avaient pas disposé leur cœur à comprendre que le culte rendu au Dieu unique doit s'accomplir précisément dans le lieu unique qui Lui est dédié, selon les termes du Malbim. Et comme cette pratique avait été autorisée par le passé, il était extrêmement difficile d'extirper de telles habitudes.

וְיֶתֶר דִּבְרֵי יְהוֹשָׁפָט הָרִאשֹׁנִים וְהָאַחֲרֹנִים הִנָּם כְּתוּבִים בְּדִבְרֵי יֵהוּא בֶן־חֲנָנִי אֲשֶׁר הֹעֲלָה עַל־סֵפֶר מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Le reste des actes de Yehoshaphat, les premiers et les derniers, ils sont consignés dans les mémoires de Yéhou, fils de Hanani, qui ont été insérés dans le livre des rois d'Israël.

Le Radak explique que le livre de Yéhou fils de Hanani a été consigné avec le livre des rois d'Israël. Quant au Malbim, il précise que l'expression « dans les paroles de Yéhou » signifie qu'il rédigeait alors les chroniques des rois de Juda de cette époque.

L'alliance avec Ahaziahou et le naufrage des navires
וְאַחֲרֵי־כֵן אֶתְחַבַּר יְהוֹשָׁפָט מֶלֶךְ־יְהוּדָה עִם אֲחַזְיָה מֶלֶךְ־יִשְׂרָאֵל הוּא הִרְשִׁיעַ לַעֲשׂוֹת׃ - Après cela, Yehoshaphat, roi de Juda, s'allia avec Ahaziahou, roi d'Israël, dont la conduite était coupable.

« Et’habar » signifie s'associer (hit’haber). Yéhochafat s'associa avec A’hazya, roi d'Israël, qui était comme on le sait un roi impie, « il agit avec méchanceté » - et malgré tout cela, Yéhochafat ne vit aucun empêchement à aller s'allier avec un impie. Et quelle est la définition de « hirchia » ? Le Malbim explique : à propos d'A’hav, il est écrit que sa femme Izével l'avait incité, mais celui-ci commit le mal de lui-même, et non sous l'influence d'autrui.

וַיְחַבְּרֵהוּ עִמּוֹ לַעֲשׂוֹת אֳנִיּוֹת לָלֶכֶת תַּרְשִׁישׁ וַיַּעֲשׂוּ אֳנִיּוֹת בְּעֶצְיוֹן גָּבֶר׃ - Il s'associa avec lui pour construire des navires destinés à aller à Tarchich, et ils construisirent des navires à Etsyon-Guéver.

Yéhochafat s'associa A’hazya pour construire des navires destinés à aller à Tarchich, afin d'en rapporter des richesses et de l'or, et ils construisirent d'abord ces navires en partenariat. Cet épisode apparaît également dans Melakhim I, chapitre 22, où il est dit que Yéhochafat fabriqua des navires et qu'ils se brisèrent, mais là-bas, l'association n'est pas mentionnée, tandis qu'ici, il est précisé que les navires furent construits en partenariat avec A’hazya. « Des navires pour aller à Tarchich » - c'est-à-dire des vaisseaux au long cours, capables de cingler vers Tarchich. Et comme nous l'avons mentionné, l'Abarbanel propose une autre explication au sujet de Tarchich, allant jusqu'à reprocher vivement à Ezra de ne pas avoir compris le texte de Melakhim. Mais le Malbim, fidèle à sa démarche de conforter la tradition (Massora), affirme que l'interprétation de l'Abarbanel ne saurait être retenue, et que la compréhension d'Ezra est la seule juste : non seulement parce qu'il était une immense autorité par les mains de qui la Torah aurait pu être donnée, mais aussi parce que sa proximité historique avec les événements lui conférait indubitablement une intelligence des faits bien supérieure à celle de l'Abarbanel. « À Etsyon-Guéver » - c'est le nom de la côte où les navires furent brisés.

וַיִּתְנַבֵּא אֱלִיעֶזֶר בֶּן־דֹּדָוָהוּ מִמָּרֵשָׁה עַל־יְהוֹשָׁפָט לֵאמֹר כְּהִתְחַבֶּרְךָ עִם־אֲחַזְיָהוּ פָּרַץ יְהֹוָה אֶת־מַעֲשֶׂיךָ וַיִּשָּׁבְרוּ אֳנִיּוֹת וְלֹא עָצְרוּ לָלֶכֶת אֶל־תַּרְשִׁישׁ׃ - Éliézer, fils de Dodavahou, de Marécha, prophétisa contre Yéhochafat en disant : Parce que tu t'es associé avec A’hazyahou, l'Éternel a fait une brèche dans tes œuvres. Et les navires furent brisés et n'eurent pas la force d'aller à Tarchich.

Puisque tu t'es allié à A’hazyahou, « Hachem a fait une brèche dans tes œuvres » - une brèche surviendra dans tes entreprises, les navires feront naufrage et tu n'y trouveras aucun succès. Et c'est exactement ce qui arriva : « et ils ne purent (vélo atserou) aller à Tarchich » - ils n'eurent pas la force, selon l'expression « il n'eut pas la force » (lo atsar koa’h), ils ne parvinrent pas à tenir bon pour atteindre Tarchich.

En conclusion :

Ce chapitre présente un modèle de victoire exceptionnel : un peuple qui part en guerre précédé de chantres plutôt que d'avant-gardes en armes, et qui triomphe sans tirer une seule flèche. Le prophète ordonne : « Ne craignez point et ne vous effrayez point » - ne redoutez pas le malheur et ne vous laissez pas abattre par le sentiment de faiblesse, car cette guerre n'est pas du tout la nôtre, mais celle du Saint, béni soit-Il. Yéhochafat s'incline devant le prophète, enjoint au peuple : « Ayez foi en Hachem et vous subsisterez, ayez foi en Ses prophètes et vous prospérerez », et place ceux qui louent Dieu devant l'avant-garde. Dans les coulisses, le Saint, béni soit-Il, fait en sorte que les ennemis, unis uniquement par une haine commune et appuyés par des mercenaires, s'exterminent mutuellement - au point qu'« ils s'entraidèrent à se détruire l'un l'autre ». Le résultat : trois jours de pillage du butin, la vallée de la Bénédiction (Émek Berakha), un retour triomphal dans la joie au son des harpes et des lyres, la frayeur de Dieu sur tous les royaumes et la paix dans le royaume de Yéhochafat. Pourtant, en fin de compte, l'alliance avec l'impie A’hazyahou a ruiné son entreprise et les navires se sont brisés : preuve éclatante que toute la force de Yéhochafat résidait dans son attachement indéfectible à Hachem et à Ses prophètes.