Le chapitre 16 s'inscrit dans la continuité directe du précédent, mais sous un signe opposé. Le chapitre précédent s'ouvrait sur des paroles d'encouragement et une prophétie d'Azariahou ben Oded, à la suite desquelles nous avons vu Assa se renforcer considérablement. Ici, en revanche, un prophète se présente et adresse à Assa des paroles dures, difficiles à entendre, et nous voyons la réaction du roi. Ce chapitre relate la guerre contre Baacha, le recours mercenaire au roi d'Aram, la réprimande de Hanani le voyant, la maladie d'Assa et sa mort.
בִּשְׁנַת שְׁלֹשִׁים וָשֵׁשׁ לְמַלְכוּת אָסָא עָלָה בַּעְשָׁא מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל עַל יְהוּדָה וַיִּבֶן אֶת הָרָמָה לְבִלְתִּי תֵּת יוֹצֵא וָבָא לְאָסָא מֶלֶךְ יְהוּדָה׃ - La trente-sixième année du règne d'Assa, Baacha, roi d'Israël, monta contre Juda et bâtit Rama, afin de ne laisser personne sortir ni entrer auprès d'Assa, roi de Juda.
Comme nous l'avons expliqué, « la trente-sixième année du règne d'Assa » ne désigne pas la trente-sixième année de règne d'Assa lui-même, mais bien la seizième année de son règne - un an après la guerre contre les Kouchim - le décompte se faisant depuis la scission du royaume. Cette année-là, Baacha, roi d'Israël, monta contre Juda et bâtit Rama.
Pourquoi Baacha a-t-il bâti Rama ? Comme nous l'avons vu plus haut au chapitre 15, verset 9, de nombreux membres de son peuple, issus du royaume d'Israël, faisaient défection et rejoignaient le royaume de Juda. Cela lui déplut profondément, et Baacha voulut empêcher les siens de déserter vers Juda. Il construisit donc Rama pour verrouiller la frontière et faire en sorte que nul ne puisse « sortir ni entrer » en direction du royaume de Juda.
וַיֹּצֵא אָסָא כֶּסֶף וְזָהָב מֵאֹצְרוֹת בֵּית יְהֹוָה וּבֵית הַמֶּלֶךְ וַיִּשְׁלַח אֶל בֶּן הֲדַד מֶלֶךְ אֲרָם הַיּוֹשֵׁב בְּדַרְמֶשֶׂק לֵאמֹר׃ בְּרִית בֵּינִי וּבֵינֶךָ וּבֵין אָבִי וּבֵין אָבִיךָ הִנֵּה שָׁלַחְתִּי לְךָ כֶּסֶף וְזָהָב לֵךְ הָפֵר בְּרִיתְךָ אֶת בַּעְשָׁא מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל וְיַעֲלֶה מֵעָלָי׃ - Assa tira de l'argent et de l'or des trésors de la maison de l'Éternel et de la maison du roi, et il envoya dire à Ben-Hadad, roi d'Aram, qui résidait à Damas : « Qu'une alliance existe entre moi et toi, comme entre mon père et ton père ! Voici, je t'envoie de l'argent et de l'or ; va, romps ton alliance avec Baacha, roi d'Israël, afin qu'il s'éloigne de moi. »
Assa puise de l'argent et de l'or dans les trésors du Temple de l'Éternel et du palais royal, et les envoie à Ben-Hadad, roi d'Aram, résidant à Damas (« Darmések » désigne Damas). Le Malbim explique : les termes du texte laissent entendre que Baacha s'était déjà lié à Ben-Hadad pour guerroyer contre Assa. Baacha l'avait engagé comme mercenaire pour lui prêter main-forte et ils avaient conclu une alliance - tout comme à l'époque d'Ahaz, où Aram et Éphraïm s'unirent contre Juda. Il ne faut donc pas s'étonner de voir une partie du peuple d'Israël s'allier aux nations pour frapper une autre partie d'Israël.
Face à cela, Assa entreprend de rallier Ben-Hadad, roi de Damas, à sa cause, et de le convaincre qu'il a tout intérêt à être de son côté. Le premier argument : « Une alliance entre moi et toi, et entre mon père et ton père » - si tu t'allies à Baacha en vertu d'un pacte conclu avec lui, sache qu'il existe aussi une alliance entre nous, et celle-ci est bien plus solide car elle est antérieure, reliant déjà « mon père et ton père ». Le père de Baacha n'était qu'un simple roturier, tandis que mon père était roi, et il avait conclu un pacte avec ton père de longue date.
Le second argument : et si tu prétends que Baacha t'a promis beaucoup d'argent et d'or - « Voici, je t'envoie de l'argent et de l'or », moi aussi je t'envoie de l'argent et de l'or, et mon argent n'a pas moins de valeur ni de lustre que le sien.
Et le troisième argument, le plus convaincant : je te facilite la tâche. Bacha t'a payé pour que tu viennes combattre à ses côtés contre moi, alors que moi, je n'exige rien de tel de ta part. Je te donne de l'argent simplement pour que tu restes chez toi. Pourquoi Bacha est-il allé te payer ? Parce qu'il sait que seul, il ne peut rien contre nous et qu'il a besoin de toi. Mais si Bacha vient seul, je pourrai assurément l'emporter sur lui. C'est pourquoi je n'ai pas besoin que tu viennes m'aider, il me suffit que tu restes neutre ; je te paie pour rester chez toi, ne prête simplement pas main-forte à mon ennemi. Et dès lors, « il s'éloignera de moi », car Bacha, resté seul, n'aura ni le cœur ni l'audace de marcher contre moi.
וַיִּשְׁמַע בֶּן הֲדַד אֶל הַמֶּלֶךְ אָסָא וַיִּשְׁלַח אֶת שָׂרֵי הַחֲיָלִים אֲשֶׁר לוֹ אֶל עָרֵי יִשְׂרָאֵל וַיַּכּוּ אֶת עִיּוֹן וְאֶת דָּן וְאֵת אָבֵל מָיִם וְאֵת כָּל מִסְכְּנוֹת עָרֵי נַפְתָּלִי׃ - Ben-Hadad écouta le roi Asa ; il envoya les chefs de ses armées contre les villes d'Israël, et ils frappèrent Iyyon, Dan, Abel-Maïm et toutes les villes-magasins de Nephtali.
Le Malbim souligne la précision du texte : « il envoya les chefs de ses armées » - et non les troupes elles-mêmes, car l'armée du roi d'Aram se trouvait déjà sur place, puisqu'elle était initialement venue prêter main-forte à Bacha. Il n'envoya donc que les commandants, qui retournèrent alors les forces contre Bacha. Bien qu'Asa ne lui eût pas demandé de combattre mais seulement de demeurer chez lui, comme Ben-Hadad avait reçu un paiement, il voulut sans doute en donner la pleine contrepartie : il alla donc jusqu'à frapper Bacha et ses troupes, ainsi qu'Iyyon, Dan, Abel-Maïm et toutes les villes-magasins de Nephtali. « Miskenot » désigne des villes d'entrepôts où l'on stockait les récoltes, le blé et le vin.
וַיְהִי כִּשְׁמֹעַ בַּעְשָׁא וַיֶּחְדַּל מִבְּנוֹת אֶת הָרָמָה וַיַּשְׁבֵּת אֶת מְלַאכְתּוֹ׃ - Dès que Bacha l'apprit, il cessa de bâtir Rama et interrompit ses travaux.
En l'apprenant, Bacha cessa de fortifier Rama, qui devait servir de barrage pour empêcher ses sujets de passer du côté de Juda. Et il n'arrêta pas seulement la construction de Rama, mais aussi tous les autres préparatifs qu'il menait contre le roi de Juda : « il interrompit ses travaux ». Dans le livre des Rois, il est écrit : « et il demeura à Tirtsa », ce qui signifie qu'il ne fit plus rien du tout ; « et il demeura » (vayéchev) évoque l'inaction et la tranquillité : il resta en repos et n'entreprit plus aucune opération contre Asa, roi de Juda.
וְאָסָא הַמֶּלֶךְ לָקַח אֶת כָּל יְהוּדָה וַיִּשְׂאוּ אֶת אַבְנֵי הָרָמָה וְאֶת עֵצֶיהָ אֲשֶׁר בָּנָה בַּעְשָׁא וַיִּבֶן בָּהֶם אֶת גֶּבַע וְאֶת הַמִּצְפָּה׃ - Le roi Asa mobilisa tout Juda, et ils emportèrent les pierres et le bois de Rama que Bacha avait employés pour bâtir, et il s'en servit pour fortifier Guéva et Mitspa.
Le Malbim explique : Asa bâtit des forteresses en ces lieux pour barrer la route à l'ennemi, et Rama se trouvait tout près. Il s'avère donc que Bacha facilita encore la tâche d'Asa en lui fournissant lui-même les matériaux de construction : il avait voulu ériger une frontière fortifiée à son profit, puis dut abandonner le chantier ; Asa mobilisa alors tout Juda, ils emportèrent les pierres et les bois de Rama, et il s'en servit pour fortifier Guéva et Mitspa.
וּבָעֵת הַהִיא בָּא חֲנָנִי הָרֹאֶה אֶל אָסָא מֶלֶךְ יְהוּדָה וַיֹּאמֶר אֵלָיו בְּהִשָּׁעֶנְךָ עַל מֶלֶךְ אֲרָם וְלֹא נִשְׁעַנְתָּ עַל יְהֹוָה אֱלֹהֶיךָ עַל כֵּן נִמְלַט חֵיל מֶלֶךְ אֲרָם מִיָּדֶךָ׃ - En ce temps-là, Hanani le voyant vint trouver Asa, roi de Juda, et lui dit : « Parce que tu t'es appuyé sur le roi d'Aram et que tu ne t'es pas appuyé sur l'Éternel, ton D.ieu, l'armée du roi d'Aram a échappé à ta main. »
Le « voyant » est le prophète, et nous comprendrons bientôt pourquoi il est désigné ici précisément comme « voyant » (roé) plutôt que comme « prophète » (navi). Il dit ainsi à Asa : si l'armée d'Aram marchait contre toi aux côtés de Bacha, cela venait d'Hachem, afin de les livrer entre tes mains. Le Saint, béni soit-Il, voulait t'accorder d'immenses richesses ; Il a donc fait venir ces deux armées t'attaquer afin que tu les combattes et que tu tires un grand butin de leur défaite. Si tu t'étais appuyé sur Hachem, tu aurais également vaincu l'armée d'Aram ; mais en cherchant l'appui d'un ennemi, elle a échappé à ta main. Tu as donc perdu sur deux tableaux : d'abord, tu as dépensé une fortune pour acheter le roi d'Aram ; ensuite, tu n'y as rien gagné. Alors que si tu t'étais confié en Hachem, le roi d'Aram et Bacha seraient venus contre toi, tu les aurais vaincus, et tu aurais remporté un immense butin.
הֲלֹא הַכּוּשִׁים וְהַלּוּבִים הָיוּ לְחַיִל לָרֹב לְרֶכֶב וּלְפָרָשִׁים לְהַרְבֵּה מְאֹד וּבְהִשָּׁעֶנְךָ עַל יְהֹוָה נְתָנָם בְּיָדֶךָ׃ - Les Kouchites et les Libyens ne formaient-ils pas une armée immense, avec une multitude prodigieuse de chars et de cavaliers ? Pourtant, parce que tu t'étais appuyé sur l'Éternel, Il les a livrés entre tes mains.
Voilà un exemple vivant tiré de ta propre histoire. Le Malbim explique que le prophète vient ici lui dire : De quoi as-tu eu peur ? Si c'est parce qu'il s'agit de deux rois - lors de la guerre contre Zéra le Koushite aussi, il y avait deux rois, les Koushites et les Loubim, deux grandes nations. Et si tu dis que c'est parce qu'il disposait d'une armée nombreuse - là-bas aussi ils formaient « une armée immense ». Il en va de même pour les chars et les cavaliers - « en très grand nombre ». Là-bas, tu t'es appuyé sur Hachem et Il les a livrés entre tes mains ; qu'avais-tu donc à craindre ? Ici aussi, tu aurais dû t'appuyer sur Hachem, et Hachem les aurait livrés entre tes mains.
כִּי יְהֹוָה עֵינָיו מְשֹׁטְטוֹת בְּכָל הָאָרֶץ לְהִתְחַזֵּק עִם לְבָבָם שָׁלֵם אֵלָיו נִסְכַּלְתָּ עַל זֹאת כִּי מֵעַתָּה יֵשׁ עִמְּךָ מִלְחָמוֹת׃ - Car l'Éternel promène Ses yeux sur toute la terre pour affermir ceux dont le cœur est tout entier à Lui ; tu as agi follement en cela, car dorénavant tu auras des guerres.
Et si tu demandes pourquoi Hachem a fait venir contre toi ces deux rois - la réponse est qu'il s'agit d'une providence de Sa part, car « Ses yeux parcourent toute la terre ». D'abord, pour t'éprouver et voir si ton cœur Lui était entièrement dévoué. Ensuite, car si ton cœur Lui avait été dévoué, Il t'aurait fortifié pour faire tomber devant toi ces grandes nations - c'est là le sens de « pour affermir ceux dont le cœur est tout entier [à Lui] », car l'intégrité de leur cœur est précisément ce qui leur donne la force face aux nations. « Tu as agi follement en cela » - car tu n'as pas compris cela et tu as agi avec sottise. Jusqu'à présent, tu n'avais pas de guerres, car Hachem ne les avait amenés au combat que pour les faire tomber sous tes coups ; désormais, Hachem t'a abandonné aux lois de la nature, et tu verras que tu auras des guerres et que tu auras besoin de l'appui d'un bras de chair pour te secourir. Alors que si tu t'étais appuyé sur Hachem, le Saint, béni soit-Il, t'aurait délivré de leurs mains, t'aurait accordé toutes leurs richesses, et tu n'aurais plus jamais eu de guerre.
וַיִּכְעַס אָסָא אֶל הָרֹאֶה וַיִּתְּנֵהוּ בֵּית הַמַּהְפֶּכֶת כִּי בְזַעַף עִמּוֹ עַל זֹאת וַיְרַצֵּץ אָסָא מִן הָעָם בָּעֵת הַהִיא׃ - Assa s'irrita contre le voyant et le fit mettre en prison, car il était furieux contre lui à ce sujet ; et en ce même temps, Assa brisa aussi des membres du peuple.
Le Malbim s'interroge : pourquoi Assa s'est-il mis en colère, alors qu'il s'agissait là d'une prophétie venant d'Hachem ? Sa réponse : le verset précise bien « Assa s'irrita contre le voyant (roè) ». Le prophète ne lui avait pas adressé ces paroles par voie de prophétie et au nom d'Hachem, mais seulement à titre de réprimande dictée par la raison et la foi ; il s'est présenté à lui comme un moraliste, comme un prédicateur venu prodiguer des paroles d'éthique. Or, il existe une différence entre un « roè » (voyant) et un « 'hozé » (visionnaire) : le 'hozé contemple en vision des réalités divines, tandis que le roè observe selon la raison et la perception des sens - comme le Malbim l'a lui-même expliqué dans Isaïe, au chapitre 30.
Et le Malbim ajoute : s'il lui avait tenu ces propos avec douceur et respect, Assa les aurait acceptés et ne se serait pas mis en colère. Pourquoi s'est-il alors emporté ? « Car il était furieux contre lui à ce sujet » - parce que le voyant lui avait parlé avec véhémence, comme quelqu'un venu crier sur le roi et le tancer avec dureté. Qui plus est, il avait rallié une partie du peuple à ses côtés pour former, pour ainsi dire, une contestation contre le roi. Il ne s'était pas contenté d'adresser lui-même des reproches au roi, mais était venu accompagné d'une foule nombreuse, constituant ainsi une forme d'opposition.
Tel est le sens de « Assa brisa aussi des membres du peuple » : Assa ne toléra pas ce début de rébellion contre lui. C'est pourquoi, non content de châtier le prophète en le jetant dans la prison, il réprima aussi durement ceux, parmi le peuple, qui lui avaient manifesté leur opposition.
וְהִנֵּה דִּבְרֵי אָסָא הָרִאשׁוֹנִים וְהָאַחֲרוֹנִים הִנָּם כְּתוּבִים עַל סֵפֶר הַמְּלָכִים לִיהוּדָה וְיִשְׂרָאֵל׃ - Or, les actes d'Assa, les premiers et les derniers, sont consignés dans le livre des Rois de Juda et d'Israël.
L'histoire d'Assa a également été mentionnée dans les chroniques des rois d'Israël, car il a aussi mené des guerres contre eux. Et que signifient « les premiers et les derniers actes d'Assa » ? Le Malbim explique : les premiers - avant cet épisode, lorsqu'il était un juste ; et les derniers - quand ses pas ont quelque peu chancelé, c'est-à-dire lorsqu'il a connu un léger fléchissement. Pourquoi le Malbim insiste-t-il sur « quelque peu » ? Parce que nous avons vu plus haut, au chapitre 15 verset 17 : « Bien que les hauts lieux ne disparussent point d'Israël, le cœur d'Assa fut intègre toute sa vie » ; on ne saurait donc affirmer, à Dieu ne plaise, qu'Assa est devenu impie. C'est pourquoi le Malbim précise que ses pas ont seulement trébuché un peu - il n'a pas atteint le niveau de confiance en Dieu (bita'hon) qui était exigé de lui.
וַיֶּחֱלֶא אָסָא בִּשְׁנַת שְׁלוֹשִׁים וָתֵשַׁע לְמַלְכוּתוֹ בְּרַגְלָיו עַד לְמַעְלָה חָלְיוֹ וְגַם בְּחָלְיוֹ לֹא דָרַשׁ אֶת יְהֹוָה כִּי בָּרֹפְאִים׃ - La trente-neuvième année de son règne, Assa devint malade des pieds, et sa maladie s'étendit vers le haut ; et même dans sa maladie, il ne chercha pas l'Éternel, mais recourut aux médecins.
Assa tomba malade des pieds la trente-neuvième année de son règne. La Guémara enseigne qu'il fut atteint de la podagre, une affection des pieds (le terme rappelle le mot « pied », comme dans l'anglais « football », « foot » signifiant le pied). Cette maladie débute aux membres inférieurs puis progresse vers le haut jusqu'au cerveau, et c'est le sens des mots : « dans ses pieds, jusqu'en haut s'étendit son mal » - de ses pieds, la maladie gagna les parties supérieures du corps.
« Et même dans sa maladie, il ne chercha point l'Éternel, mais recourut aux médecins » : on constate ici qu'il commit une faute semblable à sa faute précédente. Quel avait été son premier égarement ? De ne pas s'en être remis à Hachem mais à des moyens naturels. De même ici, il n'implora pas Hachem mais s'en remit exclusivement aux médecins, ce qui prouve que sa confiance, son bita'hon, n'était pas parfait.
Ce sujet fait en lui-même l'objet d'amples développements : est-il permis de recourir aux médecins ou non ? Le Ramban écrit : « Que font les médecins dans la maison de ceux qui craignent Hachem ? », et il prouve à partir d'Assa que consulter des médecins n'est pas la voie idéale, l'homme devant placer sa pleine confiance en Hachem. Certes, il est permis de consulter un médecin, comme le déduit la Guémara du verset « et il guérira » (Vérapé yérapé), mais pour le Ramban, ce n'est qu'une concession, la perfection résidant dans la foi absolue en Hachem. D'un autre côté, nous voyons que les plus grands saints et Tsaddikim ont consulté des médecins : le Steipler, le 'Hazon Ich et tant d'autres - tous les Guedolei Israël ont eu recours à la médecine. S'agit-il d'un interdit ou d'une question de niveau spirituel ? Le Rav Dessler s'est longuement étendu sur ce point, et nous devons savoir qu'à notre modeste niveau, nous avons l'obligation formelle de recourir aux médecins.
Mais en y regardant de plus près, le texte précise : « il ne chercha point l'Éternel, mais recourut aux médecins ». Le reproche ne porte pas sur le fait d'avoir consulté des médecins, mais sur le fait d'avoir omis de chercher l'Éternel. C'est là un enseignement capital. Lorsqu'une personne ne se sent pas bien, que fait-elle ? Elle prend un comprimé. Cette démarche est erronée. Dès les premiers signes de malaise, il convient de dire : Maître du monde, envoie-moi la guérison ! La maladie vient de Toi et la guérison vient de Toi, accorde-moi la guérison. Et puisque Tu nous as ordonné de fournir un effort concret (hichtadloute), je prends aussi ce médicament. Or, chez beaucoup, l'ordre est inversé : on prend d'abord un cachet, et si la douleur passe, on s'abstient de prier en pensant s'être débrouillé seul ; si le mal persiste et qu'on réalise que seul Hachem peut intervenir, on se souvient soudain du Créateur du monde. Cette attitude est fautive. La bonne attitude consiste à se tourner d'abord vers Hachem, tout en accomplissant son devoir d'effort en consultant le médecin. Mais pour Assa, le reproche fut sans équivoque : « il ne chercha point l'Éternel, mais recourut aux médecins ».
וַיִּשְׁכַּב אָסָא עִם אֲבֹתָיו וַיָּמָת בִּשְׁנַת אַרְבָּעִים וְאַחַת לְמָלְכוֹ׃ וַיִּקְבְּרֻהוּ בְקִבְרֹתָיו אֲשֶׁר כָּרָה לוֹ בְּעִיר דָּוִיד וַיַּשְׁכִּיבֻהוּ בַּמִּשְׁכָּב אֲשֶׁר מִלֵּא בְּשָׂמִים וּזְנִים מְרֻקָּחִים בְּמִרְקַחַת מַעֲשֶׂה וַיִּשְׂרְפוּ לוֹ שְׂרֵפָה גְּדוֹלָה עַד לִמְאֹד׃ - Assa s'endormit avec ses pères et mourut la quarante-et-unième année de son règne. On l'enterra dans le tombeau qu'il s'était creusé dans la cité de David, et on le coucha sur un lit rempli d'aromates et d'essences composées selon l'art des parfumeurs, et l'on alluma en son honneur un brasier d'une extrême grandeur.
Assa s'endort avec ses pères et meurt la quarante-et-unième année de son règne. On l'enterre dans le sépulcre qu'il s'était creusé dans la cité de David, et on l'étend sur un lit rempli de parfums « et d'essences composées » (ou-zanim merouka'him) - c'est-à-dire diverses espèces de senteurs, le mot zanim venant de la racine araméenne désignant les espèces (comme dans la traduction du Targoum de lemino par liznohei).
« Et l'on alluma en son honneur un brasier d'une extrême grandeur » : selon une première explication, il s'agissait de faire brûler les parfums et les aromates. Selon une autre interprétation, il était d'usage de brûler des objets personnels lors du décès des rois, notamment leurs vêtements, afin que personne ne s'en serve après eux, car il ne siérait pas à la dignité royale qu'autrui porte leurs habits ; c'est ce brasier qui fut d'une ampleur considérable. Rabbénou Ba'hyé explique quant à lui qu'il s'agissait d'une forme d'embaumement : à l'instar de nos Pères que les médecins embaumèrent au moyen de diverses épices parfumées, des substances similaires furent employées ici pour Assa.
Le chapitre 16 dépeint le déclin d'un roi juste. Assa, qui avait mérité de triompher de l'immense armée kouchite en s'appuyant totalement sur Hachem, prit peur devant Bacha et le roi d'Aram. Il dilapida des trésors considérables de la Maison d'Hachem et du palais royal pour acheter l'alliance de Ben-Hadad, essuyant ainsi une double perte : celle de ses richesses et celle du butin qu'il aurait pu remporter. Le voyant 'Hanani vint lui reprocher son manque de foi en lui rappelant que tout relève de la Providence divine, car « les yeux de l'Éternel parcourent toute la terre pour soutenir ceux dont le cœur est tout entier à Lui ». Mais Assa s'irrita contre lui et le fit jeter au cachot - selon le Malbim, parce que ces paroles avaient été proférées avec véhémence lors d'un rassemblement populaire hostile au souverain. Enfin, jusque dans sa maladie, « il ne chercha point l'Éternel, mais recourut aux médecins », réitérant son premier travers qui était un défaut de bita'hon. Il nous en reste un enseignement fondamental : il ne s'agit pas de s'abstenir de tout effort humain ni de refuser la médecine, mais d'adopter le bon ordre des priorités : s'adresser d'abord et avant tout au Maître du monde, puis accomplir l'effort naturel requis par la Torah.