Nous avons déjà rappelé que de nombreuses prières récitées à Cha'harit trouvent leur source dans le livre des Chroniques (Divré HaYamim), ce dont la majorité des fidèles n'a pas conscience. Il en va ainsi du passage « Hodou l'Hachem kir'ou vichmo, hodi'ou va'amim alilotav » : beaucoup pensent qu'il est tiré des Psaumes, et s'il existe effectivement un psaume semblable dans les Téhilim, le cantique que nous récitons provient bien des Chroniques. À présent, nous découvrons un autre passage que tout le monde récite quotidiennement et qui est issu des Chroniques : « Vayevarekh David ». Désormais, non seulement nous le lirons, mais nous le comprendrons, et nous pourrons ainsi y mettre la kavana convenable.
וַיְבָרֶךְ דָּוִיד אֶת יְהֹוָה לְעֵינֵי כׇּל הַקָּהָל, וַיֹּאמֶר דָּוִיד: בָּרוּךְ אַתָּה יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל אָבִינוּ מֵעוֹלָם וְעַד עוֹלָם. - David bénit l'Éternel aux yeux de toute l'assemblée, et David dit : Béni sois-Tu, Éternel, Dieu d'Israël notre père, d'éternité en éternité.
A priori, ce verset peut se lire de deux manières : « Béni sois-Tu, Éternel notre Père, Dieu d'Israël », ou bien « Béni sois-Tu, Éternel, Dieu d'Israël - Israël étant notre père ». Cela rappelle l'expression « aux jours de Matityahou fils de Yohanan, Grand Prêtre », au sujet de laquelle existent trois opinions : certains soutiennent que Matityahou était Grand Prêtre, d'autres que Yohanan était Grand Prêtre, et d'autres encore que tous deux le furent. En d'autres termes, le qualificatif se rapporte parfois au premier terme, parfois au suivant.
Le Radak tranche que « notre père » renvoie à Israël, c'est-à-dire Ya'akov Avinou. Certes, nous nous adressons souvent au Saint, béni soit-Il, par l'expression « notre Père » : « notre Père, notre Berger, nourris-nous et subvienne à nos besoins », ou encore « Avinou Malkénou » (notre Père, notre Roi). Cependant, le texte ne dit pas ici « Béni sois-Tu, Éternel notre Père, Dieu d'Israël », mais bien « Dieu d'Israël notre père ». De plus, une bénédiction exige que le Nom divin et la Royauté soient juxtaposés ; s'il avait dit « Béni sois-Tu, Éternel notre Père, Dieu d'Israël », il aurait créé une interruption entre le Nom et la Royauté. C'est pourquoi le mot « notre père » ne s'applique pas au Saint, béni soit-Il - bien que ce titre Lui convienne parfaitement dans l'absolu -, mais à Israël, c'est-à-dire Ya'akov.
Pourquoi David mentionne-t-il ici Ya'akov ? Parce que Ya'akov est le premier à avoir voulu bâtir une maison pour Hachem. Lorsqu'il s'éveilla en ce lieu même, sur le mont du Temple, il déclara : « Et cette pierre que j'ai dressée en monument deviendra la maison de Dieu », et il dit auparavant : « Je ne le savais pas », car s'il l'avait su, il n'aurait pas dormi là. Dès lors, lorsque le roi David s'apprête à tout préparer pour l'édification du Sanctuaire, il évoque Ya'akov, qui fut le précurseur de cette maison.
Le Radak cite en outre le Beréchit Rabba, expliquant qu'en raison des dons généreux qu'ils venaient d'offrir, ils mentionnèrent leur père Israël, car Ya'akov fut également le premier à prononcer un vœu, comme il est dit : « Ya'akov fit un vœu, en disant (le'mor) ». Et « en disant » signifie : pour dire aux autres, aux générations futures, de formuler des vœux au moment de leur détresse. Puisque Ya'akov fut le premier à faire un vœu, quiconque formule un vœu s'en remet à lui. Rabbi Abbahou enseigne : « Lui qui jura à l'Éternel, fit un vœu au Puissant de Ya'akov » - il n'est pas dit « au Puissant d'Avraham » ni « au Puissant d'Yits'hak », mais « au Puissant de Ya'akov », rattachant ainsi celui qui prononce un vœu à celui qui en a été l'initiateur. C'est en ce sens que le roi David s'écrie : « Si je monte sur la couche de mon lit... jusqu'à ce que je trouve un lieu pour l'Éternel, des résidences pour le Puissant de Ya'akov », puisque Ya'akov fut le premier à prononcer un vœu. Et Rav Houna dit au nom de Rabbi Idi : Il est écrit « Le peuple se réjouit de leurs offrandes volontaires », et aussitôt « David bénit l'Éternel... Dieu d'Israël notre père » - il n'est pas dit « Dieu d'Avraham » ni « Dieu d'Yits'hak », mais « Dieu d'Israël », reliant ainsi le vœu à celui qui en fut l'initiateur. En effet, il y avait là des vœux et des dons volontaires, et les offrandes sont rattachées à celui qui, le premier, fit un vœu et offrit avec générosité.
Le Malbim explique de façon similaire : pourquoi mentionne-t-il ici « Dieu d'Israël notre père » ? Parce que Ya'akov eut sur le mont Moriah la vision de l'échelle et s'écria : « Ce n'est rien d'autre que la maison de Dieu, et c'est ici la porte des cieux ». C'est pourquoi David bénit Hachem en tant que Dieu d'Israël Saba - le patriarche Ya'akov -, car c'est en cet endroit même que le Saint, béni soit-Il, s'était révélé à lui et lui avait montré la porte des cieux ; et à présent, nous avons le mérite d'ériger en ce lieu une maison pour l'Éternel, qu'Il soit béni.
Et que signifie « d'éternité en éternité » ? David a dit : Il y eut un prosélyte, Yitro, qui vint face à six cent mille hommes, et c'est lui qui s'exclama « Béni soit l'Éternel qui vous a délivrés » - ce qui constituait un grand déshonneur pour tout Israël, car jusqu'à Yitro, personne n'avait dit « Béni soit l'Éternel ». David déclara alors : Je réparerai ce blâme ; voici que j'ajoute à la bénédiction du Saint, béni soit-Il, bien plus que Yitro - « Béni sois-Tu, Éternel, Dieu d'Israël notre père, d'éternité en éternité ». En d'autres termes, face au reproche implicite de Yitro envers Israël qui n'avait pas loué Dieu de la sorte, David proclama : moi, je Le louerai bien davantage.
לְךָ יְהֹוָה הַגְּדֻלָּה וְהַגְּבוּרָה וְהַתִּפְאֶרֶת וְהַנֵּצַח וְהַהוֹד, כִּי כֹל בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ, לְךָ יְהֹוָה הַמַּמְלָכָה וְהַמִּתְנַשֵּׂא לְכֹל לְרֹאשׁ. - À Toi, Éternel, la grandeur, la puissance, la splendeur, l'éternité et la majesté, car tout ce qui est dans les cieux et sur la terre T'appartient ; à Toi, Éternel, la royauté et la souveraineté suprême sur toute tête.
C'est le seul verset de tout le Tanakh où apparaissent les sept Séfirot inférieures - HAGAT NEHIM : Hessed, Guévoura, Tiféret, Netsa'h, Hod, Yessod, Malkhout - bien que certaines ne soient mentionnées que par allusion. « La grandeur » (Haguedoula) correspond au Hessed, comme le rappelle également le Ramban, car la grandeur renvoie à une effusion sans limites, ce qui définit précisément le Hessed. Nous avons ainsi la grandeur (Hessed), Guévoura, Tiféret, Netsa'h et Hod - soit cinq. Où se trouve Yessod ? Dans les termes « car tout » (Ki Khol) : la Séfira de Yessod est appelée « Kol » (tout), car elle reçoit des cinq extrémités - les quatre directions et Tiféret qui constitue le corps - et les réunit toutes en elle. Quant à Malkhout, elle est désignée par « dans le ciel et sur la terre » (Bachamayim ouvaarets), car la terre représente Malkhout ; et comme on le sait, la femme est traditionnellement appelée « sol du monde » (karka olam) et incarne Malkhout. Certains ajoutent que les mots « à Toi, Éternel, la royauté » font également référence à la Séfira de Malkhout.
Voilà pour la dimension du Sod (la dimension mystique), mais il convient également d'aborder le Pchat (le sens littéral). On fait parfois observer, sur le ton de l'humour, que la différence entre Ashkénazes et Séfarades vient du fait que les Ashkénazes privilégient le Pchat pour suivre l'ordre classique du PaRDeS - Pchat, Remez, Drach, Sod -, tandis que « Séfarad » débuterait à l'envers : d'abord le Sod, puis le Pchat, le Remez et le Drach. Nous avons donc agi ici selon l'usage « séfarade » en ouvrant par le Sod, et venons-en à présent au Pchat.
Le Radak explique : toute la grandeur et la vaillance que j'ai eues, la victoire remportée sur toutes les nations que j'ai vaincues, la splendeur, la majesté et la gloire que j'ai acquises sur elles - tout provient de Toi, et tout T'est destiné. « Tiféret » exprime l'éclat et la louange, « Hod » évoque la beauté majestueuse, « Netsa'h » désigne le succès par la victoire sur les ennemis - et tout vient de Toi, et c'est de Ta propre main que nous Te l'offrons, comme David le déclarera expressément plus loin. « Car tout ce qui est dans les cieux et sur la terre T'appartient, à Toi, Éternel, la royauté » : sur tout ce qui existe aux cieux et sur terre, la royauté T'appartient, Tu règnes et domines souverainement sur tout. « Et la souveraineté suprême sur toute tête » : sur terre se trouvent des rois et des princes, mais Tu T'élèves au-dessus de tous, Tête au-dessus de tous les chefs et de tous les monarques. Le sens de « sur toute tête » signifie : au-dessus de quiconque est préposé pour être un chef, Tu T'élèves et trônes au plus haut.
Nos Sages expliquent : quiconque s'élève au rang de chef, et quiconque se trouve à la tête de quoi que ce soit, ne le doit qu'à Toi. C'est-à-dire que cela ne concerne pas uniquement les puissants et les rois : il n'est aucune nomination en ce monde qui ne vienne d'Hachem. À notre échelle, cela s'applique même au responsable d'une copropriété ! Nos Sages ont affirmé : « Même le chef des puisatiers est désigné depuis le Ciel » (Rech gargouta min chemaya ka memanou leh) - c'est-à-dire que le préposé au puits, la charge la plus modeste qui soit, comparable à un simple responsable de classe, est lui aussi décrété d'En-Haut. C'est pourquoi nul ne doit éprouver d'amertume ou de frustration en se demandant pourquoi un autre a été choisi à sa place.
On rapporte à ce propos un fait concernant le 'Hafets 'Haïm. Son fils s'était présenté à un poste de rabbin mais ne fut pas élu, un autre candidat ayant été retenu. Voyant son fils profondément affecté, son père lui dit : Ne sois pas peiné. Et il lui raconta : Autrefois, on a voulu me nommer rabbin à Radin. Je ne le souhaitais pas, je n'avais aucun attrait pour cette fonction et je craignais qu'elle n'entrave mon étude ; mais ils insistèrent avec tant de force que je finis par accepter. À une certaine époque, il apparut que le Cho'het (l'abatteur rituel) de la ville avait enfreint les règles de la Halakha. Dès que j'en fus informé, je le destituai de ses fonctions. Sa famille vint me supplier, plaidant qu'ils perdaient leur moyen de subsistance. Je lui imposai alors de payer vingt-cinq livres de bougies pour la synagogue en guise d'amende - selon l'usage établi : lorsqu'on réintègre quelqu'un, on lui inflige une amende afin qu'il comprenne qu'il ne tire aucun bénéfice d'une faute -, et je le rétablis dans son poste.
Le 'Hafets 'Haïm poursuivit : Quelque temps après, alors que j'étudiais dans la section des femmes de la synagogue, un profond sommeil s'abattit sur moi. Je vis un tribunal - on me précisa qu'il s'agissait du tribunal céleste - et j'y aperçus ce même Cho'het. On m'interrogea : « Israël Meïr, l'amende de vingt-cinq livres que tu lui as infligée faisait-elle partie d'une Téchouva (repentir), ou n'était-ce qu'une simple amende ? » Je répondis : « Dans mon souvenir, ce n'était qu'une simple amende. » On me dit : « Merci beaucoup. » Je m'éveillai profondément bouleversé par cette vision. Plus tard, je m'assoupis de nouveau et vis le même Cho'het s'arrachant les cheveux de désespoir, me disant : « Rabbi Israël Meïr, pourquoi as-tu affirmé que ce n'était qu'une amende ? Pourquoi n'as-tu pas dit que cela valait Téchouva ? Que vais-je devenir maintenant ? » Il se mit à pleurer, s'arrachant les cheveux, puis disparut. Le 'Hafets 'Haïm conclut : Le jour même, j'ai rendu les clés et donné ma démission, en leur déclarant : qu'un Juif souffre là-haut dans le Ciel par ma cause, c'est ce que je refuse absolument, et je ne suis pas prêt à porter un tel fardeau.
Puis le 'Hafets 'Haïm dit à son fils : Ainsi, tu n'as rien perdu à ne pas avoir été nommé rabbin. Considère l'immense responsabilité que cela comporte, et souviens-toi que toute investiture vient du Ciel. Si tu n'as pas été nommé ici, c'est assurément pour ton bien qu'il en soit ainsi. C'est le sens de la parole du verset : Toi, le Saint, béni soit-Il, Tu es « la souveraineté suprême sur toute tête » - quiconque est placé à la tête d'une fonction ne doit qu'à Toi ce rang et cette dignité.
Le Malbim explique la distinction entre ces qualificatifs. « Grand » est un qualificatif attribué à Hachem en tant qu'Il est la cause première de toutes les causes et la fin ultime de toutes les conséquences, et qu'Il dirige tous les ordres de la nature. Le sens de ce terme est le suivant : du commencement jusqu'à la fin, tout émane de Lui - Il ne commence pas une action pour en confier la suite à un autre, et n'achève pas une action commencée par autrui ; tout provient de Lui, de bout en bout.
« Puissant » est le titre attribué à Hachem en tant qu'Il renverse les lois de la nature, agissant avec puissance contre le cours naturel des choses. Et « Redoutable » désigne la Providence particulière (Hachgaha Pratit), car celle-ci inspire la crainte, étant liée au principe de la rétribution et du châtiment ; elle est donc qualifiée de « redoutable », ce qui suscite la crainte envers Lui, béni soit-Il. L'ensemble de ces conduites forme la conduite divine par laquelle Hachem Se glorifie dans Son monde, appelée « Tif'éret » (Splendeur), comme dans le verset « pour Te faire un Nom glorieux ». Il s'avère ainsi que la conduite de la nature, la conduite du renversement des lois de la nature et celle par laquelle Il Se glorifie, toutes T'appartiennent : « À Toi, Éternel, la grandeur, la puissance et la splendeur ». Et tout cela concerne la conduite du monde inférieur, matériel et tangible d'ici-bas.
Le texte passe maintenant à la conduite spirituelle supérieure : « l'éternité et la majesté » (Netsah et Hod) - c'est la conduite du monde spirituel, situé au-delà du temps et de l'espace. Le Malbim a déjà expliqué à plusieurs reprises que « Netsah » diffère de « Olam » : dire d'une chose qu'elle durera « LéNetsah » n'est pas identique à dire qu'elle durera « LéOlam ». « Netsah » renvoie à la dimension intemporelle des réalités spirituelles, à une réalité qui transcende le temps, que nous ne pouvons appréhender avec nos concepts puisque nous sommes encore soumis au règne du temps. En revanche, pour les entités spirituelles situées au-delà de l'emprise temporelle, le terme approprié est « Netsah ». « Olam » relève encore de la réalité matérielle d'ici-bas, tandis que « Netsah » appartient déjà au domaine spirituel affranchi du temps.
De même, le « Hod » (majesté intérieure) se distingue du « Hadar » (beauté extérieure) : le Hadar relève de l'aspect extérieur, à l'instar du « fruit de l'arbre Hadar » (le cédrat) - qui a un aspect magnifique. En revanche, le Hod désigne la dimension intérieure et spirituelle de la chose. Et c'est là le sens de : « Car tout, dans le ciel et sur la terre » - toute la grandeur, la puissance et la splendeur qui sont sur terre, dans le monde matériel, ainsi que toute l'éternité et la majesté qui sont dans les cieux, dans les sphères spirituelles, tout T'appartient et tout émane de Toi ; Tu es la racine de tout.
Le Malbim précise : « Mamlakhah » (la royauté avec son peuple) diffère de « Mloukhah » (le pouvoir souverain), en ce sens que la Mamlakhah englobe également le peuple. La Mloukhah désigne la souveraineté du roi, tandis que la Mamlakhah comprend à la fois le roi et le peuple sur lequel il règne. « À Toi, Éternel, la royauté » - l'ensemble du pouvoir royal et du monde sur lequel Tu règnes, toute la réalité spirituelle et matérielle, l'intégralité des mondes, tout T'appartient, car Tu y règnes et les diriges à la manière d'une âme qui anime le corps. C'est pourquoi nous désignons Hachem par « la Vie des mondes », « le Roi du monde » - pour ainsi dire comme une âme à l'intérieur du corps qui le conduit ; le monde est matériel, et le Saint, béni soit-Il, y est comparable à une âme intérieure, dont l'abondance et la lumière emplissent tous les mondes et leur confèrent la vie.
D'un côté, nous Le décrivons comme Celui qui emplit tous les mondes et les fait vivre, et de l'autre, nous Le définissons comme étant à la tête de tout, au-dessus de l'ensemble de la création. En apparence, ces définitions sont contradictoires. En réalité, ce sont les deux dimensions étudiées en détail dans le Néfech Ha'Haïm : « Mémalé kol almin » (qui emplit tous les mondes) et « Sovév kol almin » (qui englobe tous les mondes). D'une part, on conçoit le Saint, béni soit-Il, comme un roi qui règne depuis l'extérieur sur le monde entier, et d'autre part, comme étant présent au cœur de chaque détail de la création. Et comme nous l'avons expliqué : Hachem ne se trouve pas dans le monde, c'est le monde qui se trouve en Lui, car Il est le « Lieu du monde » ; et dans le moindre détail réside la Présence divine - c'est l'aspect de Mémalé kol almin.
Cependant, nous avons appris dans le Néfech Ha'Haïm que la notion de Mémalé kol almin ne doit être abordée que selon le mode du « Ratso vaChov » (élan et retrait), car l'homme risquerait d'en arriver à l'hérésie ; la perspective habituelle et constante doit rester celle de Sovév kol almin. En effet, si l'on poussait la logique de Mémalé kol almin jusqu'à son terme extrême, on aboutirait à la conclusion qu'il n'y a pas moins de sainteté et de divinité dans un porc que dans le Temple, puisque Sa lumière ne subit aucun changement et qu'elle est égale en tout lieu ; dès lors, il serait permis d'étudier la Torah dans un lieu d'aisance, puisqu'il n'y aurait pas moins de sainteté là-bas que dans le Saint des Saints. Tel est le regard de Son côté à Lui, béni soit-Il.
Mais le Saint, béni soit-Il, a également instauré une perspective depuis notre point de vue : selon celle-ci, il existe des degrés de sainteté, et Il est Sovév kol almin - Il n'est pas, pour ainsi dire, à l'intérieur, mais enveloppe les mondes, de sorte qu'il y a des lieux où Sa sainteté se diffuse davantage et d'autres où elle se manifeste moins. Si un homme s'abîmait excessivement dans la contemplation de Mémalé kol almin, il pourrait en venir à l'hérésie et à la commission de fautes, en se disant : dans la transgression et le mal aussi, le Saint, béni soit-Il, est également présent. C'est pourquoi cette vision ne doit être vécue que comme un mouvement d'élan et de retrait (Ratso vaChov). Le Malbim lui-même n'aborde pas ce point, et cela n'a été mentionné qu'incidemment pour éclairer ces concepts ; celui qui le désire pourra l'approfondir dans le Néfech Ha'Haïm.
Il en résulte que, sous l'angle où le Saint, béni soit-Il, emplit toute chose, il est dit : « À Toi, Éternel, la royauté » - Tu es Celui qui règne à l'intérieur et emplit le monde entier ; et sous l'angle où Il enveloppe tout et se tient au sommet de l'échelle, il est dit : « et Tu T'élèves en Maître suprême au-dessus de tout » - exalté, élevé et placé à la tête de toute la création.
וְהָעֹשֶׁר וְהַכָּבוֹד מִלְּפָנֶיךָ, וְאַתָּה מוֹשֵׁל בַּכֹּל, וּבְיָדְךָ כֹּחַ וּגְבוּרָה, וּבְיָדְךָ לְגַדֵּל וּלְחַזֵּק לַכֹּל. - La richesse et la gloire viennent de Toi, Tu domines sur tout, dans Ta main résident force et puissance, et il est en Ton pouvoir d'élever et d'affermir toute chose.
Le Metsoudat David explique que « de devant Toi » (Milefanékha) signifie de Ta main. Lorsqu'un homme distribue quelque chose, cet objet est posé devant lui et il le distribue ; ainsi en est-il de la richesse et de la gloire qui viennent « de devant Toi » : elles sont placées devant Toi et c'est Toi qui les dispenses. Le Metsoudat David ajoute que le terme « gloire » (Kavod) est lui aussi une expression désignant la richesse, comme dans : « Pillez l'argent, pillez l'or ! Il n'y a pas de fin aux trésors, une abondance (Kavod) de tous les objets précieux » (Nahoum 2, 10), ou encore : « et de ce qui appartenait à notre père, il s'est constitué toute cette richesse (Kavod) » (Béréchit 31, 1). De quel honneur s'agissait-il donc là-bas ? Il s'agit bien de la richesse. De plus, « Kavod » dérive sans doute de « Kaved » (lourd, opulent), comme dans : « Et Avram était très riche (Kaved) en bétail, en argent et en or » (Béréchit 13, 2). Dès lors, toute la richesse amassée provient de Toi, tout vient de Toi, et c'est Toi qui domines sur tout.
Le Malbim ajoute : toute la richesse et la gloire du monde proviennent de devant Toi, et Tu les accordes à celui qui trouve grâce à Tes yeux. Mais ce n'est pas comme chez un être de chair et de sang : une fois que celui-ci a donné, c'est terminé, la chose n'est plus en sa possession ; et une fois qu'il a procédé à une nomination, celle-ci n'est plus sous son contrôle. Un Premier ministre peut nommer un chef de la police et un conseiller juridique, et ensuite tous deux se donnent pour mission de le couler : vous les avez nommés, et voilà, ils ne sont plus entre vos mains ! Chez le Saint, béni soit-Il, il n'en va pas ainsi : la richesse et la gloire viennent « de devant Toi » - elles sont toujours devant Toi ; Tu les accordes à qui Te plaît, tout en demeurant Celui qui « domine sur tout » : la souveraineté reste Tienne et la chose reste toujours en Ton pouvoir.
De même, « dans Ta main sont la force et la puissance » : la force et la vigueur que Tu accordes à l'homme demeurent toujours dans Ta main. Ce n'est pas comme n'importe quel donateur d'argent ou d'énergie, pour qui la chose quitte son autorité une fois donnée ; chez Toi, elle reste toujours tenue dans Ta main. Par conséquent, « et il est en Ton pouvoir d'élever et d'affermir toute chose » : à tout instant, il est en Ton pouvoir d'élever et de fortifier chacun. Comme l'ont enseigné nos Sages (Chékalim, fin du chapitre 3), le Saint, béni soit-Il, dresse des échelles dans le ciel : Il abaisse l'un et élève l'autre, appauvrit l'un et enrichit l'autre, car la domination demeure constamment entre Ses mains. Et selon le Malbim, il s'agit de deux domaines distincts : d'une part la richesse et la gloire, et d'autre part la force et la puissance. « Élever », c'est accroître et multiplier ; « affermir », c'est consolider et renforcer ce qui existe déjà.
וְעַתָּה אֱלֹהֵינוּ מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ וּמְהַלְלִים לְשֵׁם תִּפְאַרְתֶּךָ. - Et maintenant, notre Dieu, nous Te rendons grâce et nous célébrons Ton Nom glorieux.
Nous Te rendons grâce de nous avoir fait part de Tes bienfaits, pour toute cette abondante richesse que Tu nous as accordée - c'est ainsi qu'expliquent le Metsoudat David et le Metsoudat Tsion, dans le prolongement de ce que nous avons vu précédemment. Le Malbim, quant à lui, explique que David fait ici référence aux richesses offertes pour la construction du Beth HaMikdach : puisque tout T'appartient et que tout est entre Tes mains, nous Te remercions pour la bonté que Tu nous as témoignée en les laissant à notre disposition. Tout provient de Ta main et T'appartient, et à chaque instant Tu pourrais le reprendre ; la reconnaissance envers le Créateur s'impose donc du fait qu'Il nous le laisse sans nous le retirer, et que nous puissions accomplir avec cela les mitsvot d'Hachem. « Et nous célébrons Ton Nom glorieux » : dans la mesure où cette richesse n'est pas la nôtre mais la Tienne, et qu'à chaque instant nous recevons d'Hachem sa subsistance, il convient de louer et de remercier le Nom béni pour cela.
וְכִי מִי אֲנִי וּמִי עַמִּי כִּי נַעְצֹר כֹּחַ לְהִתְנַדֵּב כָּזֹאת, כִּי מִמְּךָ הַכֹּל וּמִיָּדְךָ נָתַנּוּ לָךְ. - Car qui suis-je, et qui est mon peuple, pour que nous ayons la force de faire de telles offrandes ? Car tout vient de Toi, et c'est de Ta main que nous T'avons donné.
Jusqu'ici s'étendait la formule « Et David bénit », et à partir d'ici commence la prière de David. « Car qui suis-je, et qui est mon peuple, pour que nous ayons la force de faire de telles offrandes ? » : le Metsoudat David explique que nous nous sommes surpassés pour cette offrande généreuse, mais d'où puiserions-nous la force naturelle d'accomplir une telle chose ? En vérité, cela ne provient nullement de nous, tout vient de Toi. Tu nous as donné un peu de ce qui T'appartient, « et c'est de Ta main que nous T'avons donné » - sur ce que Tu nous as octroyé de Ta main, sur ce peu, nous T'avons offert.
Remarquez également la grammaire : il aurait apparemment fallu écrire « Natannou » (avec deux noun, נתננו), mais comme il y a un daguech dans la lettre Noun, le second Noun devient superflu et s'efface. C'est un verset que beaucoup ont l'habitude de lire par erreur « Natnou lekha » (ils ont donné), parce qu'ils lisent sans voyelles ; or il n'en est rien, il faut lire « Natannou lekha » (nous avons donné), le Tav étant vocalisé avec un Patah et le Noun portant un daguech.
Et le Malbim d'expliquer : il est impossible que par nos propres forces nous possédions une richesse aussi prodigieuse, au point de pouvoir faire don, comme l'a fait le roi David, de sommes aussi colossales pour la construction du Temple - une telle chose est inconcevable par les seules capacités humaines. Mais « tout vient de Toi » : toute cette richesse, nous l'avons reçue de Toi, car nous avons ici une mission éminente à accomplir ; c'est pourquoi Tu nous as assistés et as remis cet argent entre nos mains. Même à présent, ces biens ne sont pas considérés comme les nôtres, et c'est pourquoi nous disons : « et c'est de Ta main que nous T'avons donné » - ce que nous offrons provient pour ainsi dire de Ta propre main et non de nos biens propres, mais comme un dépôt confié entre nos mains afin que nous le donnions.
C'est comparable à un père qui remet une pièce à son fils en lui disant : prends-la et donne-la à la Tsedaka. Lorsque le fils la prend et la donne, ce n'est pas son propre don mais l'accomplissement d'une mission : il a reçu la pièce dans le but précis de la remettre à la Tsedaka. De même, pour ainsi dire, nous n'avons reçu toute cette richesse que pour la déposer dans le Beit Hamikdach. « De Ta main nous T'avons donné » - même à présent, ces biens ne sont pas à nous, mais ils nous ont été confiés pour bâtir la Maison. Ils demeurent pour ainsi dire entre Tes mains, sous Ton autorité et T'appartiennent, jusqu'à ce que nous Te rendions ce qui est à Toi : non pas quelque chose que nous avons acquis et qu'ensuite nous donnons de nous-mêmes, mais ce qui provient directement de Toi.