Le chapitre 29 est le dernier chapitre du premier livre des Chroniques (Divré Hayamim Alef), et il poursuit ce grand rassemblement au cours duquel David a réuni toute l'assemblée peu avant sa disparition. Dans le présent chapitre, David s'adresse au peuple et sollicite son aide pour la construction du Temple, énumère tout ce qu'il a préparé pour son fils, et éveille la générosité de leur cœur - condition essentielle pour que réside la Présence divine (Chékhina) dans le Sanctuaire. Nous suivrons l'ordre des versets en nous appuyant sur les commentaires attribués à Rachi, du Radak et du Malbim.
וַיֹּאמֶר דָּוִיד הַמֶּלֶךְ לְכׇל־הַקָּהָל שְׁלֹמֹה בְנִי אֶחָד בָּחַר־בּוֹ אֱלֹהִים נַעַר וָרָךְ וְהַמְּלָאכָה גְדוֹלָה כִּי לֹא לְאָדָם הַבִּירָה כִּי לַיהֹוָה אֱלֹהִים׃ - Le roi David dit à toute l'assemblée : Salomon mon fils, le seul que D.ieu ait choisi, est jeune et délicat, et l'ouvrage est grand, car ce palais n'est pas pour un homme, mais pour l'Éternel D.ieu.
Le commentaire attribué à Rachi souligne toute la portée de ces paroles : même s'il y avait eu cent bâtisseurs, ils n'auraient pas suffi à construire le Beth Hamikdach - et ici, il n'y en a qu'un seul, d'autant plus que cet homme providentiel est « jeune et délicat ». De surcroît, « l'ouvrage est grand ». Et si l'on suggérait de réduire les proportions de l'édifice pour ne pas exiger une tâche aussi colossale, cela est impossible, « car ce palais n'est pas pour un homme ». C'est-à-dire que nous ne sommes pas maîtres des plans, nous n'en sommes pas les architectes : toute la structure découle de « Tout cela par un écrit de la main de l'Éternel qu'Il m'a fait comprendre ». La maison est destinée à l'Éternel D.ieu - et dès lors, il n'y a aucune place pour la moindre réduction, puisque « les cieux et les cieux des cieux ne peuvent Te contenir ». S'il y avait une latitude, ce serait plutôt pour l'agrandir, mais cela non plus n'est pas en notre pouvoir, car ce palais n'appartient pas à l'homme mais à D.ieu, et ce qui a été décrété par l'Éternel doit être scrupuleusement accompli. Malgré tout, David dit à son fils : ne t'effraie pas de bâtir une maison grandiose, élevée et majestueuse, car « de toutes mes forces j'ai préparé » - le fardeau a déjà été allégé pour toi, et la tâche te sera bien plus aisée à accomplir.
Que signifie « jeune et délicat » ? Le Radak rapporte : nos Sages ont dit que Salomon n'avait que douze ans lorsqu'il commença à régner. Voici son décompte : dans la même période où Salomon est né, l'Écriture relate l'histoire d'Amnon et Tamar. « Deux ans plus tard, Absalom avait des tondeurs » - voilà deux ans ; Absalom tua Amnon et s'enfuit à Guechour où il resta trois ans - nous arrivons à cinq ans ; Absalom revint à Jérusalem et y demeura deux ans - nous parvenons à sept ans ; il se révolta contre son père et fut tué ; ensuite survint « une famine aux jours de David » pendant trois ans - nous atteignons dix ans ; l'année suivante, David dénombra Israël et ses envoyés « parcoururent tout le pays » durant neuf mois - nous arrivons à onze ans ; enfin, l'année de sa mort, quarantième année du règne de David, il organisa les gardes sacerdotales (michmarot) - soit douze ans. Salomon avait donc douze ans au moment de son accession au trône. C'est précisément ce que souligne David : c'est lui que D.ieu a choisi, bien qu'il ne soit qu'un enfant tendre de douze ans, et c'est pourtant à lui qu'incombe la mission d'édifier un Sanctuaire immense et majestueux pour l'Éternel D.ieu.
Le Malbim explique qu'au-delà du sens littéral - où David annonce qu'un jeune adolescent s'apprête à superviser un chantier immense et gigantesque, une œuvre « à la mesure de la grandeur de D.ieu » qui doit être réalisée pour Sa gloire, sollicitant ainsi leur concours - réside ici une dimension plus profonde. Afin que le peuple ne vienne pas prétendre : cette entreprise dépasse les forces de la nation, un tel édifice est au-delà de nos capacités, David leur affirme : sachez que l'essentiel de la construction s'accomplit par le Saint, béni soit-Il, et par Son aide providentielle. Où en trouvons-nous l'indice ? « Et la maison, quand elle fut bâtie, fut construite de pierres entièrement taillées à la carrière » - que signifie la forme passive « fut construite » (nivna) ? Elle se construisit d'elle-même. Comme l'enseignent nos Sages, c'est comme si le Temple s'était bâti de lui-même.
Il y a là un principe fondamental : lorsque le Saint, béni soit-Il, désire agir par les voies de la nature, Il choisit toujours les instruments appropriés et suffisants pour atteindre le but escompté. Depuis la Création du monde, le Tout-Puissant n'opère plus par le miracle de la création ex nihilo (yech mé-ayin), mais tout s'accomplit de manière naturelle, par des moyens adéquats et proportionnés. À l'inverse, lorsqu'il s'agit d'une œuvre directement attribuée à D.ieu, d'un dessein surnaturel, l'Éternel choisit au contraire des intermédiaires « faibles dans leur matière mais parfaits dans leur forme » : physiquement faibles, mais éminents, sublimes et puissants par leur grandeur spirituelle, afin que Son secours repose sur eux à la mesure de l'élévation sainte de leur âme.
C'est une preuve éclatante pour notre sujet : si le Saint, béni soit-Il, avait voulu que le Temple fût édifié par la seule force humaine, Il n'aurait pas choisi un être faible, jeune et frêle - un enfant de douze ans - pour bâtir le Beth Hamikdach. Ou bien, Il lui aurait adjoint une multitude d'aides, d'assistants et d'artisans experts, comme nous l'avons vu pour l'œuvre du Tabernacle (Michkan) : bien qu'il s'agît d'un niveau spirituel plus élevé que celui du Temple, le Tabernacle fut confectionné par Betsalel, Oholiav et des artisans passés maîtres dans l'art de graver, de travailler le cuivre, l'argent et l'or - le Tout-Puissant avait alors constitué une assise humaine adéquate pour cette construction. Mais ici, « Salomon mon fils, l'unique » - sans aucun égal pour le seconder, « jeune et délicat » - confronté à une tâche qui dépasse largement ses forces, et c'est pourtant lui que l'Éternel a choisi ! Qu'en déduisons-nous ? « Car ce palais n'est pas pour un homme » - l'édification de ce sanctuaire ne relève pas de la puissance humaine. Dès lors, ne soyez point effrayés par la lourdeur du labeur confié à un jeune homme, car « quand la maison fut bâtie » - le Temple s'est pour ainsi dire construit de lui-même, par une assistance supra-naturelle, « car c'est pour l'Éternel D.ieu », et c'est Lui qui enverra Son secours depuis le Sanctuaire.
Salomon lui-même fut choisi en fonction de son élévation dans la sainteté - « Yedidya », car l'Éternel l'aimait. Il ne faut pas s'arrêter à son enveloppe matérielle, celle d'un enfant de douze ans, mais contempler la perfection de sa forme spirituelle : un être doué d'appréhensions intellectuelles et divines immenses, à qui déjà le Saint, béni soit-Il, Se révéla en lui disant : « Demande ce que Je dois te donner », et qui sut choisir la sagesse - et tout cela chez un si jeune homme. Il était donc accompli dans sa forme spirituelle, bien que fragile dans sa matière.
Et si l'on veut, il en va de même lors de l'ouverture de la mer Rouge. Le Saint, béni soit-Il, crée pour ainsi dire l'infrastructure naturelle afin que les événements s'inscrivent dans le cadre de la nature : avant l'ouverture de la mer, il y eut un « vent d'est violent toute la nuit ». Mais un simple vent peut-il fendre la mer ? A-t-il la force de l'assécher ? Non. Bien au contraire : précisément un vent qui n'a pas en lui-même le pouvoir d'assécher la mer, afin que l'on comprenne qu'il s'agissait là d'un miracle, et qu'on n'interprète pas les choses comme un phénomène matériel ordinaire. Il en va de même pour la construction du Temple : le Saint, béni soit-Il, ne l'a pas fait descendre déjà bâti par le feu céleste, mais a donné à Salomon la charge de le bâtir - une œuvre d'essence surnaturelle, mais façonnée dans le cadre de la nature, par des moyens matériels limités dotés d'une forme parfaite.
וּֽכְכׇל־כֹּחִי הֲכִינוֹתִי לְבֵית־אֱלֹהַי הַזָּהָב לַזָּהָב וְהַכֶּסֶף לַכֶּסֶף וְהַנְּחֹשֶׁת לַנְּחֹשֶׁת הַבַּרְזֶל לַבַּרְזֶל וְהָעֵצִים לָעֵצִים אַבְנֵי־שֹׁהַם וּמִלּוּאִים אַבְנֵי־פוּךְ וְרִקְמָה וְכֹל אֶבֶן יְקָרָה וְאַבְנֵי־שַׁיִשׁ לָרֹב׃ - Et de toutes mes forces, j'ai préparé pour la Maison de mon Dieu l'or pour ce qui doit être d'or, l'argent pour l'argent, le cuivre pour le cuivre, le fer pour le fer et le bois pour le bois, des pierres d'onyx et des pierres à sertir, des pierres brillantes et de couleur, toutes sortes de pierres précieuses et du marbre en abondance.
« De toutes mes forces » : de toutes mes capacités, j'ai préparé tout ce qui était nécessaire : l'or pour ce qui devait être fait d'or, l'argent pour tout ce qui devait être façonné en argent, le cuivre pour le cuivre, le fer pour le fer, le bois pour le bois, ainsi que des pierres précieuses et du marbre en abondance.
Le commentaire attribué à Rachi précise : « des pierres d'onyx et des pierres à sertir » - à l'image du Tabernacle, des pierres d'onyx et des pierres d'enchâssement pour l'Éphod et le pectoral. « Des pierres de fard et de broderie, et toute pierre précieuse » - destinées à être incrustées dans les parois d'or, tout comme on sertissait des pierres précieuses dans les ustensiles d'argent. « Des pierres de marbre » - pour les colonnes, les tables et le dallage, qui réclamaient tous du marbre. Et le Radak ajoute à propos du terme « poukh » : il est possible qu'il s'agisse de pierres d'azur, ou de pierres précieuses ayant l'éclat du bleu. D'où vient ce lien avec le bleu ? Du verset « et tu as fardé tes yeux de noir (poukh) » - le poukh était ce fard bleu sombre dont les femmes s'enduisaient les yeux, comme la Guémara le mentionne en plusieurs endroits où l'on appliquait du fard sur les yeux.
וְעוֹד בִּרְצוֹתִי בְּבֵית אֱלֹהַי יֶשׁ־לִי סְגֻלָּה זָהָב וָכָסֶף נָתַתִּי לְבֵית־אֱלֹהַי לְמַעְלָה מִכׇּל־הֲכִינוֹתִי לְבֵית הַקֹּדֶשׁ׃ - Et de plus, par amour pour la Maison de mon Dieu, possédant un trésor personnel d'or et d'argent, je le donne à la Maison de mon Dieu, en sus de tout ce que j'ai préparé pour le saint sanctuaire.
David déclare : tant est grand mon attachement pour la Maison de mon Dieu, que je dispose d'un trésor personnel (segoula) - une réserve d'or et d'argent - dont j'ai fait don à la Maison de mon Dieu, en plus de tout ce que j'avais préparé pour le saint Temple. Et le Malbim explique : bien que j'aie préparé de toutes mes forces tous les matériaux indispensables à l'édifice, « par mon amour pour la Maison de mon Dieu », j'avais une ardente volonté d'embellir et de rehausser la splendeur de la Maison de l'Éternel, car pour la Maison divine, on ne dit jamais « cela suffit » ou « c'est excessif ». En effet, « les cieux et les cieux des cieux ne peuvent Te contenir », et plus l'on fait pour Sa gloire, mieux cela est ; Sa magnificence ne connaît pas de bornes. C'est pourquoi je possède un trésor supplémentaire : de l'or et de l'argent destinés à plaquer les murs du Temple, grâce auxquels l'édifice sera encore plus somptueux que ce que j'avais initialement prévu - tout comme nous le constatons dans le livre des Rois lors de la description de la construction du Temple, où les parois furent entièrement recouvertes d'or.
Et le Malbim souligne la précision des termes employés : au début, il dit « j'ai préparé pour le saint sanctuaire », et maintenant il dit « j'ai donné à la Maison de mon Dieu ». C'est-à-dire que l'ensemble doit être encore plus digne et majestueux, car il ne s'agit pas simplement d'un sanctuaire, mais d'une demeure où résidera mon Dieu. Dès lors, il ne suffit pas d'un édifice grandiose bâti en pierres de taille, mais il faut encore le revêtir et le plaquer d'or et d'argent.
שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים כִּכְּרֵי זָהָב מִזְּהַב אוֹפִיר וְשִׁבְעַת אֲלָפִים כִּכַּר־כֶּסֶף מְזֻקָּק לָטוּחַ קִירוֹת הַבָּתִּים׃ - Trois mille talents d'or, d'or d'Ophir, et sept mille talents d'argent épuré, pour en revêtir les murs des bâtiments.
Tel est le trésor personnel préparé au nom de cet « amour pour la Maison de mon Dieu » : trois mille talents d'or d'Ophir - l'or d'Ophir étant considéré comme le plus noble et le plus éclatant de cette époque - ainsi que sept mille talents d'argent raffiné. « Épuré », explique le commentaire attribué à Rachi : d'une grande blancheur, purifié de toutes ses scories. Et il ajoute que nul ne peut plaquer une paroi, ni avec de l'argent ni avec de l'or, à moins que le métal ne soit parfaitement épuré - car s'ils ne sont pas raffinés, ils n'adhèrent pas convenablement aux murs.
Le Radak pose une question : c'est avec de l'or que l'on recouvrait les murs, alors pourquoi est-il dit ici « sept mille talents d'argent épuré pour en revêtir les murs des maisons » ? L'intérieur du Temple était plaqué d'or, il n'y avait aucun revêtement d'argent. Nos Sages enseignent : « pour en revêtir les murs des bâtiments » - s'agissait-il vraiment d'argent ? N'était-ce pas de l'or ! Et pourquoi l'appelle-t-on argent (késsef) ? Parce qu'il faisait pâlir (makhsif) tous les détenteurs d'or. Et que signifie « makhsif » ? Faire honte - selon le terme araméen kissoufa, la honte, comme dans l'expression nahama dekissoufa, le pain de la honte. C'est-à-dire un or si précieux qu'il faisait pâlir d'embarras tous les propriétaires d'or.
Le Radak lui-même propose une autre explication : « pour en revêtir les murs des maisons » ne se rapporte pas à l'argent, mais à l'or mentionné au début du verset - comme s'il était écrit : trois mille talents d'or provenant de l'or d'Ophir pour en revêtir les murs des maisons, et sept mille talents d'argent épuré. Il existe une autre explication : au départ, David avait véritablement préparé de l'argent et de l'or pour revêtir les murs, car il n'était pas certain qu'il y ait assez d'or - peut-être l'intérieur en or et l'extérieur en argent, ou inversement. Mais par la suite, lorsque Salomon devint immensément riche au point que l'argent n'était plus compté pour rien, il n'utilisa pas du tout l'argent et recouvrit tout d'or. David ne pouvait pas prévoir à l'avance qu'ils atteindraient une telle opulence, c'est pourquoi il avait préparé les deux - il n'y a donc pas de contradiction : d'un côté, il prépara effectivement de l'argent de peur que l'or ne suffise pas, mais dans les faits, on ne plaqua que de l'or.
לַזָּהָב לַזָּהָב וְלַכֶּסֶף לַכֶּסֶף וּלְכׇל־מְלָאכָה בְּיַד חָרָשִׁים וּמִי מִתְנַדֵּב לְמַלֹּאות יָדוֹ הַיּוֹם לַיהֹוָה׃ - De l'or pour ce qui doit être d'or, de l'argent pour ce qui doit être d'argent, et pour tout ouvrage exécuté par des artisans. Et qui se porte volontaire pour consacrer aujourd'hui ses dons à l'Éternel ?
Le Malbim explique : bien que j'aie préparé tout ce qui est nécessaire à l'aspect extérieur de l'édifice - les matériaux pour l'or et pour l'argent, ainsi que les ouvriers et les artisans pour chaque tâche - tout cela ne constitue que des éléments extérieurs et matériels. On a une structure de pierre et un placage d'or, mais ce n'est qu'un corps sans âme. Ce dont nous avons besoin, c'est de la présence de la Chekhina - que le Saint, béni soit-Il, agrée cette Maison et que Sa présence divine y soit manifeste. Et pour que la sainteté repose sur le Sanctuaire, une autre condition s'impose : l'élan du cœur du peuple et sa préparation intérieure, et c'est par cela que la sainteté résidera dans la Maison.
Et d'où le savons-nous ? Déjà à l'époque du Mishkan : « De tout homme dont le cœur est porté à la générosité, vous prendrez Mon prélèvement » - accepte la contribution de celui qui donne de bon cœur, car c'est cela qui permet à la Chekhina de résider. L'essentiel de l'offrande à Hachem réside dans l'élan du cœur, et c'est sur cela que reposent l'agrément et la sainteté divine. C'est pourquoi David s'exclame : « Et qui se porte volontaire pour remplir sa main aujourd'hui pour l'Éternel » - que par la générosité de son cœur, il remplisse sa main pour Hachem, accomplissant ainsi ce qui est agréable devant le Créateur, béni soit-Il. Et que signifie « remplir sa main » ? Le commentaire attribué à Rachi explique : c'est comme dans l'expression « et tu rempliras la main d'Aharon et la main de ses fils », que le Targoum traduit par « tu présenteras l'offrande d'Aharon » - apporter l'offrande qu'il désire présenter aujourd'hui à l'Éternel.
וַיִּתְנַדְּבוּ שָׂרֵי הָאָבוֹת וְשָׂרֵי שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל וְשָׂרֵי הָאֲלָפִים וְהַמֵּאוֹת וּלְשָׂרֵי מְלֶאכֶת הַמֶּלֶךְ׃ - Les chefs des familles patriarcales, les chefs des tribus d'Israël, les chefs de milliers et de centaines, ainsi que les intendants des travaux du roi, offrirent de bon cœur.
Le commentaire attribué à Rachi précise : ceux qui ont été mentionnés plus haut à la tête des tribus d'Israël, les chefs de tribus dont nous avons vu les noms, sont ceux qui se sont portés volontaires en premier - comme il est dit plus haut : « Et les enfants d'Israël, selon leur dénombrement, les chefs de familles patriarcales ». De même, les « intendants des travaux du roi », ceux qui étaient responsables des domaines agricoles du roi, dans les vignes et ailleurs comme nous l'avons vu, furent parmi les premiers à offrir leurs dons.
וַיִּתְּנוּ לַעֲבוֹדַת בֵּית־הָאֱלֹהִים זָהָב כִּכָּרִים חֲמֵשֶׁת־אֲלָפִים וַאֲדַרְכֹנִים רִבּוֹ וְכֶסֶף כִּכָּרִים עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים וּנְחֹשֶׁת רִבּוֹ וּשְׁמוֹנַת אֲלָפִים כִּכָּרִים וּבַרְזֶל מֵאָה־אֶלֶף כִּכָּרִים׃ - Ils donnèrent pour le service de la Maison de Dieu cinq mille talents d'or et dix mille dariques, dix mille talents d'argent, dix-huit mille talents de cuivre, et cent mille talents de fer.
Le talent (kikar) est une unité de poids bien connue chez nos Sages. « Et dix mille dariques (adarkhonim ribo) » - le darique est le nom d'une monnaie courante à leur époque, mentionnée également en d'autres endroits du Tanakh, tant dans le livre d'Ezra que dans celui de Néhémie. La quantité était d'un ribo, c'est-à-dire dix mille pièces, qui ne totalisaient pas le poids d'un talent.
וְהַנִּמְצָא אִתּוֹ אֲבָנִים נָתְנוּ לְאוֹצַר בֵּית־יְהֹוָה עַל יַד־יְחִיאֵל הַגֵּרְשֻׁנִּי׃ - Et ceux chez qui se trouvaient des pierres précieuses les remirent au trésor de la Maison de l'Éternel, sous la garde de Yé'hiel le Guershoni.
Celui qui possédait des pierres destinées à la construction les remit entre les mains de Yehiel, et Yehiel les apporta au trésor. Et qui était ce Yehiel ? C'est Yehiel le Guershonite, que nous avons rencontré plus haut au chapitre 26 comme préposé aux trésors : « Les fils de Yehieli, Zetam et Yoël son frère, étaient sur les trésors de la Maison de l'Éternel ». C'est pourquoi quiconque voulait apporter des pierres pour le trésor de la Maison de l'Éternel les remettait au responsable du trésor.
וַיִּשְׂמְחוּ הָעָם עַל־הִתְנַדְּבָם כִּי בְּלֵב שָׁלֵם הִתְנַדְּבוּ לַיהֹוָה וְגַם דָּוִיד הַמֶּלֶךְ שָׂמַח שִׂמְחָה גְדוֹלָה׃ - Le peuple se réjouit de leurs offrandes volontaires, car c'est d'un cœur entier qu'ils s'étaient montrés généreux envers l'Éternel ; et le roi David en éprouva lui aussi une grande joie.
L'essentiel de l'intention, explique le Malbim, réside dans le fait qu'ils ont donné d'un cœur entier et se sont réjouis de leur don. Il arrive qu'une collecte soit organisée et qu'un homme n'ait pas le choix, se voyant contraint de donner pour ne pas passer pour un avare ; ou bien, en présence d'autres personnes, il cherche à attirer l'attention et donnera davantage pour qu'on le remarque. En somme, il existe bien des raisons qui poussent un homme à donner, et pas seulement la joie d'offrir et de contribuer. Ici, le verset atteste qu'il n'en était rien : « Le peuple se réjouit de leurs offrandes volontaires ».
Le commentaire attribué à Rachi explique ce que signifie « d'un cœur entier » : comme mentionné plus haut, il existe une notion de duplicité de cœur - le terme lévav évoque deux cœurs, et certains donnent « d'un cœur double » (be-lév va-lév), n'étant pas en plein accord avec leur geste, mais partagés intérieurement. Un homme peut donner à contrecœur, sans désir sincère, simplement par honte devant les autres : c'est ce qu'on appelle avoir deux cœurs. Mais eux donnèrent de tout leur être pour la gloire de Dieu, d'un cœur entier et sans partage.
Et pourquoi David s'est-il réjoui ? Parce qu'il savait qu'à présent, toutes les conditions étaient réunies pour bâtir un édifice où la Présence divine (la Chekhina) puisse résider, et c'est ce qui suscite la faveur de Dieu. Tout comme pour le Tabernacle, il en va de même ici : lorsque le peuple apporte ses offrandes de plein gré et offre son propre cœur - ce qui est l'essentiel, « En mon cœur je bâtirai un sanctuaire » -, la Chekhina peut alors résider dans la Maison édifiée en Son Nom.
Le commentaire attribué à Rachi ajoute : ne crois pas que la joie de David équivalait à la leur ; le verset vient au contraire enseigner que sa joie surpassait la leur, car c'est lui qui avait été l'initiateur de toute l'entreprise, c'est lui qui avait lancé cet élan de générosité. C'est pourquoi l'Écriture le mentionne à part, distinct de la collectivité : « et le roi David en éprouva lui aussi une grande joie », bien au-delà de la joie de tous les autres. On en trouve une illustration dans le verset : « Les montagnes fondirent devant l'Éternel » - il s'agit du Sinaï. Pourquoi préciser qu'il s'agit du Sinaï, alors que le terme « montagnes » l'englobe déjà, n'étant lui-même qu'une montagne ? C'est parce que l'Éternel y est descendu dans le feu : puisque Dieu est descendu en flammes sur le Sinaï, celui-ci a atteint un degré supérieur. Toutes les montagnes ont fondu devant l'Éternel, mais le mont Sinaï bien davantage encore, car c'est sur lui que l'Éternel s'est révélé de manière singulière.
David ouvre ses dernières paroles en soulignant le contraste : un fils unique, jeune et tendre, face à une œuvre immense, à la mesure de la grandeur divine - preuve par excellence que « ce palais n'est pas destiné à un homme ». Lorsque le Saint, béni soit-Il, agit selon les voies de la nature, Il prépare des moyens proportionnés au but ; mais lorsqu'Il agit au-dessus de la nature, Il choisit précisément des instruments d'une matière fragile mais d'une forme parfaite - à l'image du vent d'est lors de l'ouverture de la mer Rouge, ou de Salomon à l'âge de douze ans, choisi en vertu de son élévation dans la sainteté. David énumère ensuite tout ce qu'il a préparé : or, argent, cuivre, fer, bois et pierres précieuses, et par-dessus tout son propre trésor d'or d'Ophir et d'argent raffiné pour en recouvrir les parois, porté par son « attachement à la Maison de mon Dieu » - car la splendeur de la Maison de l'Éternel ne saurait avoir de limites. Pourtant, malgré tout cela, cette immense préparation matérielle ne demeure qu'un corps sans âme : la condition indispensable pour que la sainteté y réside est l'élan du cœur du peuple, d'où son appel : « Et qui est prêt à faire une offrande volontaire ? ». Et lorsque les princes et le peuple offrirent de plein gré, d'un cœur entier et dans la joie, David ressentit la joie la plus grande de toutes, car c'est alors que furent réunies toutes les conditions nécessaires pour un Temple où puisse résider la Chekhina.