Le chapitre 28 du premier livre des Chroniques (Divré Hayamim Alef) est l'un des passages les plus élevés de l'ouvrage : le roi David y rassemble tous les princes d'Israël, leur annonce que le Saint, béni soit-Il, a choisi son fils Salomon pour bâtir le Temple, et transmet à Salomon à la fois son testament spirituel et le plan détaillé du Beth Hamikdach - chaque dimension, chaque ustensile et chaque poids. Dans cette partie, nous nous pencherons sur les paroles adressées par David à son fils Salomon à partir du verset 9, ainsi que sur la transmission du plan du Temple, à la lumière des explications du Malbim, du commentaire attribué à Rachi, du Radak et des Metsoudot.
« Connais le Dieu de ton père » - Transmission et connaissance
וְאַתָּה שְׁלֹמֹה בְנִי דַּע אֶת אֱלֹהֵי אָבִיךָ וְעׇבְדֵהוּ בְּלֵב שָׁלֵם וּבְנֶפֶשׁ חֲפֵצָה, כִּי כׇל לְבָבוֹת דּוֹרֵשׁ יְהֹוָה וְכׇל יֵצֶר מַחֲשָׁבוֹת מֵבִין, אִם תִּדְרְשֶׁנּוּ יִמָּצֵא לָךְ וְאִם תַּעַזְבֶנּוּ יַזְנִיחֲךָ לָעַד׃ - « Et toi, Salomon mon fils, connais le Dieu de ton père et sers-Le d'un cœur entier et d'une âme bienveillante, car l'Éternel sonde tous les cœurs et discerne toute pensée naissante. Si tu Le cherches, Il Se laissera trouver par toi ; mais si tu L'abandonnes, Il te rejettera à jamais. »
À partir de là, les injonctions s'adressent personnellement à Salomon. David lui dit : toi sur qui le Saint, béni soit-Il, a répandu des faveurs si particulières, de toi l'on exige « connais » (da). Ce terme touche aux fondements de la foi et de la pensée. Il existe une foi fondée sur la tradition reçue (la kabbale, non pas au sens ésotérique, mais au sens de transmission héritée des pères). Si l'on songe aux générations précédentes, à nos grands-parents, ils possédaient une foi inébranlable issue de cette tradition : c'est ce qu'ils avaient reçu et c'est ce en quoi ils croyaient. Ils n'étaient ni des philosophes ni des esprits portés sur la recherche spéculative, ils n'approfondissaient pas la réflexion théologique, mais vivaient d'une foi simple et entière. Les générations suivantes ressentent davantage le besoin de comprendre, et cela constitue une mitsva en soi : le Rambam enseigne qu'il est ordonné de savoir qu'il existe une Cause première, comme il est dit : « Tu sauras en ce jour et tu graveras dans ton cœur ». Certes, le socle doit demeurer la tradition reçue : pourquoi croyons-nous ? Parce que nous l'avons reçu de nos ancêtres, et des pères ne transmettent pas le mensonge à leurs enfants, selon les mots du Ramban. Tel est le fondement. Mais de toi, Salomon, on attend également « connais » : que tu scrutes les voies d'Hachem et la vérité de Son existence par l'intelligence, par l'étude approfondie et la méditation.
« Et sers-Le d'un cœur entier et d'une âme bienveillante »
Après la connaissance vient l'action : « et sers-Le » concrètement, comme un serviteur dévoué sans interruption. Et qui plus est, « d'un cœur entier » - non par contrainte, non par obligation forcée ni par simple crainte du châtiment, mais parce qu'Hachem l'a ordonné, en Le servant par amour, jusqu'à ce que l'âme aspire passionnément à Son amour.
Et la raison en est : « car l'Éternel sonde tous les cœurs ». Le Malbim explique en plusieurs endroits que le cœur symbolise toujours la faculté souveraine de l'âme, l'autorité qui gouverne le corps tout entier. Il ne s'agit pas de l'organe musculaire, de la pompe cardiaque ; le cœur est ici une métaphore, de même que l'on dit « les reins conseillent » sans signifier pour autant que la réflexion siège dans les reins anatomiques. Le cœur est un concept spirituel dont le cœur physique n'est que l'image. « L'Éternel sonde tous les cœurs » : cette force souveraine résidant dans le cœur doit dominer les désirs, les pulsions et les ambitions, afin que le cœur règne en maître absolu sur l'ensemble de l'être.
Le Malbim ajoute : les impulsions de la pensée précèdent le choix du cœur. Dans un premier temps, l'homme est assailli de pensées, et l'âme fait remonter de ses profondeurs de multiples représentations, dont la plupart penchent vers le mal - pulsions de convoitise, d'orgueil ou de colère. C'est là qu'il faut livrer bataille, c'est là qu'il faut lutter. Et qui peut dominer tout cela ? Le cœur. Le cœur constitue la force qui gouverne les mouvements de la pensée, et le Saint, béni soit-Il, sonde ce cœur : quelle que soit la direction que le cœur choisit d'emprunter, c'est ce choix qui compte à Ses yeux. « L'Éternel sonde tous les cœurs » correspond à « sers-Le d'un cœur entier », tandis que « discerne toute pensée naissante » correspond à « d'une âme bienveillante » : Hachem examine aussi la source mentale d'où jaillissent nos actes.
Lorsqu'un homme accomplit un service qu'on lui a demandé, nul ne sait quelles étaient ses intentions réelles : peut-être agit-il avec dégoût en maugréant intérieurement. Chez le Saint, béni soit-Il, il n'en va pas ainsi : « Il discerne toute pensée naissante ». Il perçoit également les pensées qui accompagnent le service divin : accomplit-on la tâche pour s'en décharger, pour en finir au plus vite et s'en débarrasser ? On peut songer à cet élève de yeshiva qui s'était mis à se lever pour prier à l'aube (au nets) le Chabbat, sans en avoir l'habitude. Interrogé sur les raisons d'un tel changement, il répondit par une formule frappante : « Crois-moi, j'ai compris que le mieux était de prier au nets : on s'en débarrasse dès le matin, et c'est réglé ». Pour certains, en effet, la prière est perçue comme une corvée pénible, presque comme l'ablation d'une tumeur dont il faut se défaire pour avoir enfin sa journée libre. C'est à ce propos qu'il est dit : « et Il discerne toute pensée naissante ». Le Saint, béni soit-Il, sait avec quelle intention la mitsva a été accomplie, quelle était la disposition d'esprit et quel investissement y a été consacré. Tel est le sens de « d'une âme bienveillante » : atteindre ce niveau où l'âme aspire et brûle pour le service divin, degré élevé qui témoigne d'un grand raffinement intérieur, où l'on est naturellement attiré par les mitsvot sans jamais chercher à s'en défaire.
Le Malbim souligne qu'à un tel niveau, l'homme n'a même plus la moindre inclination ni la moindre représentation opposée au service d'Hachem ; il ne désire plus le mal d'aucune façon, au point qu'aucun conflit ne s'élève plus dans son âme et qu'il n'a plus à livrer combat pour dominer son mauvais penchant. Son cœur est tout entier empli de la crainte d'Hachem et se réjouit dans Son service. Il est parvenu à un degré de perception où chaque accomplissement de mitsva et chaque épreuve deviennent une source de joie, et il agit d'un cœur entier et d'une âme fervente, sans tiraillement intérieur.
« Si tu Le cherches, Il Se laissera trouver par toi » - Ne dis pas que cela dépasse la nature humaine
Que nul ne prétende qu'une telle exigence va à l'encontre de la nature humaine, sous prétexte que l'homme est par essence matériel et soumis à ses pulsions. C'est précisément pourquoi le verset ajoute : « car l'Éternel sonde tous les cœurs et discerne toute pensée naissante ; si tu Le cherches, Il Se laissera trouver par toi ». Si tu recherches véritablement cette élévation et que tu y aspires, tu y parviendras.
On en trouve une illustration dans ces paroles de nos Sages : « Telle est la voie de la Torah : tu mangeras du pain avec du sel, tu dormiras sur la terre, tu mèneras une vie de privation, et tu peineras dans la Torah », et après tout cela, « heureux es-tu en ce monde et tout ira bien pour toi dans le monde futur ». « Tout ira bien pour toi dans le monde futur » - cela, nous le signons tous volontiers. Mais « heureux es-tu en ce monde » ? Alors qu'il dort à même le sol ! Et le Tanna ne s'en contente pas, il ajoute : « et tu mèneras une vie de privation », c'est-à-dire : si tu éprouvais encore un quelconque plaisir matériel, même cela disparaît. Et après tout cela : « heureux es-tu en ce monde » ? Les maîtres du Moussar expliquent : le Tanna a insisté en disant « si tu agis ainsi ». Tenter de décrire cette réalité de l'extérieur est inutile ; on ne comprendrait pas et l'on dirait : quel plaisir peut-on y trouver ? C'est comparable à vouloir expliquer à un enfant qu'il existe un plaisir bien supérieur à sa tétine. Pour le nourrisson, la tétine est tout son univers, sans elle il ne peut fermer l'œil de la nuit. Pourtant, en grandissant, l'homme comprend que cela n'a aucune valeur, bien qu'enfant il en pleurait toute la nuit. De même, à mesure que l'homme s'élève spirituellement, il découvre des sphères totalement différentes, des joies d'une autre nature et un travail intérieur d'un autre ordre. Par conséquent, il ne faut pas prétendre que cela dépasse les forces humaines et contredit la nature : « Si tu Le cherches, Il se laissera trouver par toi ». On ne peut l'expliquer, il faut le vivre ; et dès lors qu'on le pratique, on réalise : « heureux es-tu en ce monde et tout ira bien pour toi dans le monde futur ».
C'est précisément ce que l'on observe chez les grands maîtres de la Torah : sur le plan matériel, ils se contentaient du strict minimum. Leurs demeures n'avaient pas été repeintes depuis des décennies, le carrelage datait de cinquante ou soixante ans, le réfrigérateur était à l'avenant, et ainsi de suite. Pourtant, ces hommes étaient les plus heureux de la terre. Des êtres rayonnants de joie, profondément sereins, qui s'étaient d'emblée retirés de la course effrénée aux biens matériels pour se situer sur un plan tout autre. C'est là le sens de « Si tu Le cherches » : celui qui Le recherche véritablement Le trouvera, et il constatera alors que telle est la véritable voie à poursuivre.
La connaissance est une union - et l'effusion d'En haut
Quant à la connaissance : par le fait de « connaître le D.ieu de ton père », le Saint, béni soit-Il, éclaire l'homme des vérités authentiques. Lorsqu'on aspire à la connaissance d'Hachem, cela rappelle les prophètes qui s'exerçaient à la prophétie : les disciples des prophètes accompagnaient leurs maîtres et s'entraînaient à la prophétie, accomplissant des actes par lesquels ils se sanctifiaient jusqu'à ce que l'esprit saint repose sur eux. De même, lorsque l'on recherche la Présence divine, Hachem nous illumine par la lumière de Sa vérité.
On a déjà souligné que c'est une erreur de croire que le rôle du prophète consiste uniquement à transmettre des messages au peuple. Quiconque pense ainsi n'a pas même commencé à saisir ce qu'est un prophète. Combien de prophètes le peuple d'Israël a-t-il comptés ? Le double de ceux qui sont sortis d'Égypte, soit un million deux cent mille ! Et combien d'entre eux ont transmis des messages ? Quarante-huit prophètes et sept prophétesses. Si la prophétie n'était qu'un moyen de transmettre des informations du monde spirituel vers le monde matériel, à qui donc s'adressaient tous les autres ? En réalité, le prophète n'est pas tenu de parler à qui que ce soit ; la prophétie est l'atteinte d'une proximité intime avec D.ieu, où le Saint, béni soit-Il, le guide personnellement dans son service divin. Il s'agit du plus haut degré de rapprochement - pour l'élévation personnelle du prophète, et non pour délivrer des messages. De surcroît, lorsque le Saint, béni soit-Il, souhaite transmettre un message au peuple, Il dispose déjà d'un canal tout ouvert en la personne du prophète, et Il fait passer le message par son intermédiaire. Mais la réception même de la prophétie a pour but d'amener le prophète à des perceptions spirituelles et à une union profonde avec le Maître du monde.
Et lorsqu'un homme parvient à un certain degré dans le service divin, le Saint, béni soit-Il, déverse sur lui une abondance spirituelle, conformément aux paroles du Messilat Yécharim à propos de la sainteté : son commencement est un travail et sa fin est un don. Il est impossible d'atteindre le niveau de la sainteté par nos seules forces. Il en va de même pour l'amour d'Hachem : on ne peut y parvenir par ses propres moyens, mais dès lors que l'on travaille cet amour et qu'on y investit ses efforts, le Saint, béni soit-Il, fait descendre Son influence sur nous ; et lorsqu'on travaille à la sainteté, Il déverse également Son aide. Il en est de même ici : « Si tu Le cherches, Il se laissera trouver par toi » - sur le plan de la connaissance, Il t'éclairera sur Sa vérité et sur les secrets divins. Or, qu'est-ce que la connaissance ? La connaissance est une union, comme dans : « Adam connut Ève sa femme », ou « Je ne vous ai connus que vous seuls parmi toutes les familles de la terre ». Lorsque tu connais le D.ieu de ton père, c'est que tu t'es uni à Lui, et Hachem te révélera la vérité de Son existence ainsi que les mystères des secrets de la Torah - à l'image des révélations extraordinaires du saint Ari et d'autres maîtres, nées de cet attachement profond au Divin. De même dans le service divin : « À celui qui vient pour se purifier, on accorde de l'aide » - quiconque aspire à la spiritualité et vient pour se purifier reçoit du Saint, béni soit-Il, une aide céleste lui permettant d'atteindre cette élévation.
« Et si tu L'abandonnes, Il te rejettera à jamais »
Il y a également le revers de la médaille : « Et si tu L'abandonnes, Il te rejettera à jamais ». Le commentaire attribué à Rachi fait remarquer : il n'est pas écrit ici « Il t'abandonnera » (ya'azovkha), mais « Il te rejettera » (yazni'hakha), un terme bien plus sévère, comme dans « les fleuves s'assécheront [ve-hèznihou] » ou « l'Éternel a dédaigné [zanah] Son autel ». Le Malbim explique que le verbe « zana'h » indique qu'une empreinte s'est formée sur la chose éloignée. « 'Azav » (abandonner) a un sens plutôt passif : cesser de tenir une chose revient à l'abandonner, on la dépose sans que cela n'altère l'objet lui-même. En revanche, « lehaznia'h » (rejeter, délaisser) marque une rupture qui imprime une marque négative dans la chose elle-même. Cela concorde avec l'explication du commentaire attribué à Rachi selon laquelle « zana'h » est plus dur que « 'azav » : abandonner consiste à poser la chose et s'en aller, tandis que rejeter imprime en elle une marque péjorative par le fait même de ce rejet.
« D'un cœur entier » - « Lev » et non « Lévav »
Le commentaire attribué à Rachi traite également de cette expression « d'un cœur entier et d'une âme bienveillante », et souligne avec précision : il n'est pas écrit « d'un cœur entier » sous la forme « be-lévav chalem », mais « be-lev chalem ». Pourquoi ? Parce que chaque fois que le texte emploie le terme « lévav » ou « levavot », cela sous-entend une dualité. On sait en effet que l'homme possède pour ainsi dire deux cœurs - non sur le plan anatomique, mais spirituel : il y a le cœur qui incline vers le bien, le bon penchant (Yetser HaTov), le désir pur (« Tu lui as accordé le souhait de son cœur »), et il y a le mauvais penchant (Yetser HaRa), les désirs du cœur qui attirent vers le mal. Ici, David exige de son fils de servir Hachem « d'un cœur entier » - non pas partagé entre deux penchants, mais en consacrant un cœur unique à son Père céleste. C'est en ce sens que le poète liturgique a formulé dans la Qédoucha de Moussaf : « Unifier pour Toi les deux cœurs en un seul » - une formule manifestement plus répandue dans le rite ashkénaze. De même, dans le verset « Que votre cœur [levavkhem] soit entier avec l'Éternel notre D.ieu », le texte n'emploie pas le pluriel « entiers » mais le singulier « entier », afin que leurs deux cœurs fusionnent en un seul cœur parfait.
C'est également ainsi que nos Sages commentent le verset : « Fortifiez votre cœur [libkhem], puis vous passerez » - cela enseigne que les anges n'ont qu'un seul cœur. Pourquoi emploie-t-il « libkhem » et non « levavkhem » ? Parce qu'il s'agissait d'anges, et que les anges n'ont qu'une seule inclination. Pourtant, notre père Avraham ignorait alors qu'ils étaient des anges ; il pensait accueillir de simples voyageurs. Pourquoi leur a-t-il donc dit : « Fortifiez votre cœur [libkhem] » ? La réponse est qu'il a en quelque sorte prophétisé sans savoir ce qu'il prophétisait. On retrouve fréquemment ce phénomène dans les Écritures : une personne s'exprime sans connaître le fond des choses, et les mots sont comme placés dans sa bouche ; elle vise une vérité précise sans avoir conscience d'y faire allusion. Il en ira de même dans les temps futurs : « Appliquez votre cœur [libkhem] à son rempart » - « libkhem » et non « levavkhem », car dans les temps futurs nous n'aurons plus qu'un seul cœur pour Le servir en plénitude, « On ne commettra ni mal ni destruction sur toute Ma montagne sainte », et par conséquent le verset dit « appliquez votre cœur [libkhem] ».
Dès lors, pourquoi est-il écrit ici « car l'Éternel scrute tous les cœurs [levavot] » au pluriel, et non « chaque cœur » ? C'est parce que le Saint, béni soit-Il, sonde aussi bien le bien que le mal : Il scrute et connaît ce qui réside en ton for intérieur, le bon comme le mauvais penchant. C'est pourquoi le verset doit employer le pluriel « cœurs » [levavot], car Il scrute les deux, recherche les deux et examine les deux. Et « Il pénètre toute intention des pensées » - nos Sages enseignent qu'avant même que la créature ne soit façonnée, le Saint, béni soit-Il, discerne ce qu'elle pensera dans l'avenir ; avant même sa création, Il sait déjà toutes ses pensées à venir. « Si tu Le cherches, Il se laissera trouver par toi » - à l'instar de « recherchez tous les commandements d'Hachem » ; mais si tu L'abandonnes, « Il te rejettera à jamais », comme nous l'avons expliqué.
Le Metsoudat David explique : « Connais le D.ieu de ton père » - cherche par ton intellect à Le connaître, comme nous l'avons expliqué d'après le Malbim que telle est la notion de connaissance ; et si néanmoins tes capacités ne suffisent pas à tout saisir, c'est-à-dire si tu as des interrogations et ne parviens pas au fond de la compréhension, ne L'abandonne pas, car Il est « le D.ieu de ton père ». C'est pourquoi deux choses sont écrites ici : « Connais », par la voie de l'investigation, et « le D.ieu de ton père », du fait qu'Il est le D.ieu de ton père. Connais-Le par la réflexion, et s'il te reste des points difficiles, reviens à la foi, au fait qu'Il est le D.ieu de ton père : c'est ainsi que j'ai reçu de mon père et c'est ainsi que je poursuis.
« Fortifie-toi et agis » - Le sanctuaire dans le cœur
רְאֵה עַתָּה כִּי יְהֹוָה בָּחַר בְּךָ לִבְנוֹת בַּיִת לַמִּקְדָּשׁ חֲזַק וַעֲשֵׂה׃ - Considère maintenant que l'Éternel t'a choisi pour bâtir une maison pour sanctuaire ; fortifie-toi et agis !
Le commentaire attribué à Rachi explique : il ne s'agit pas de Lui bâtir une maison pour y habiter, car « les cieux et les cieux des cieux ne peuvent Te contenir », selon les paroles mêmes de Chlomo. L'accent est mis sur « bâtir une maison pour sanctuaire » - une maison qui soit un lieu sanctifié pour l'Arche, la Menora et tout ce qui doit être déposé dans le Sanctuaire, mais non une demeure pour le Saint, béni soit-Il. Et comme il est écrit : « Les Kehatites, qui portaient le sanctuaire, partirent » - qu'est-ce que le sanctuaire ? C'est l'Arche ; de même ici, « une maison pour sanctuaire » signifie une maison pour l'Arche. Et sache-le : Il ne t'a pas choisi parce que tu serais supérieur aux autres hommes, mais Il l'a fait pour Lui et par Sa miséricorde.
Et le Malbim explique : « Considère maintenant » - médite sur le fait que le Saint, béni soit-Il, a comblé Sa bienveillance envers toi d'une manière prodigieuse et t'a choisi pour que tu bâtisses le Sanctuaire ; c'est pourquoi « fortifie-toi et agis » - prends courage dans cette œuvre, comme les détails vont bientôt l'expliciter. Il y a un autre principe fondamental sur lequel le Malbim revient à plusieurs reprises au sujet de la construction du Beth HaMikdach : le b.a.-ba de la construction du Temple est « dans mon cœur je construirai un sanctuaire » - le sanctuaire que l'homme doit bâtir dans son propre cœur. Disons-le ainsi : pour bâtir le Temple, on n'a pas seulement besoin d'un bon entrepreneur ; pour bâtir le Temple, il faut quelqu'un dont le cœur abrite un sanctuaire, et c'est alors, à partir de cette réalité intérieure du sanctuaire en lui, qu'il peut construire la maison spirituelle pour le Saint, béni soit-Il. Et c'est ce qui est dit ici : le Saint, béni soit-Il, résidera en toi, dans ton esprit, dans ton âme - « car l'Éternel t'a choisi pour bâtir une maison pour sanctuaire » ; il faut un homme élu qui porte en lui une dimension de sainteté, une dimension de sanctuaire intérieur, et il pourra alors également bâtir le Sanctuaire pour D.ieu.
La transmission du plan à Chlomo
וַיִּתֵּן דָּוִיד לִשְׁלֹמֹה בְנוֹ אֶת תַּבְנִית הָאוּלָם וְאֶת בָּתָּיו וְגַנְזַכָּיו וַעֲלִיֹּתָיו וַחֲדָרָיו הַפְּנִימִים וּבֵית הַכַּפֹּרֶת׃ - David donna à Chlomo, son fils, le plan du portique et de ses édifices, de ses salles du trésor, de ses chambres hautes, de ses pièces intérieures et de la maison du propitiatoire.
« Le plan du portique » (Tavnit HaOulam) - la longueur, la largeur et la hauteur. « Ses salles du trésor » (Ganzakhav) - l'endroit où étaient déposés les trésors sacrés, ce que l'on appelle aujourd'hui des archives ou un trésor ; et le Malbim explique : les chambres qui y furent aménagées pour conserver les trésors des choses saintes. L'« Oulam », selon le Malbim, est la cour extérieure située devant le Sanctuaire (Hékhal) ; « ses édifices » sont les galeries tout autour ; « ses pièces intérieures », le Sanctuaire et les chambres adjacentes ; « la maison du propitiatoire », le Saint des Saints (Kodech HaKodachim). Et que signifie « David donna à Chlomo, son fils, le plan » ? Le Metsoudat David explique qu'il l'instruisit et le lui transmit ; on peut aussi entendre qu'il lui remit matériellement des plans dessinés et rédigés, d'où le terme « et il donna ».
וְתַבְנִית כֹּל אֲשֶׁר הָיָה בָרוּחַ עִמּוֹ לְחַצְרוֹת בֵּית יְהֹוָה וּלְכׇל הַלְּשָׁכוֹת סָבִיב לְאֹצְרוֹת בֵּית הָאֱלֹהִים וּלְאֹצְרוֹת הַקֳּדָשִׁים׃ - Et le plan de tout ce qu'il avait par l'esprit avec lui pour les parvis de la maison de l'Éternel et pour toutes les chambres alentour, pour les trésors de la maison de D.ieu et pour les trésors des choses saintes.
« Le plan de tout ce qu'il avait par l'esprit avec lui » - d'où cela se trouvait-il en son esprit ? Le commentaire attribué à Rachi dit : n'est-il pas écrit « ceux que David et Samuel le voyant avaient établis » ? Et quel est le rapport avec Samuel ici ? Nos Sages déduisent de ce qui est dit au sujet de David « voici, à Nayot à Rama » : où étaient Samuel et David ? « À Nayot à Rama », car ils s'occupaient de la beauté du monde (Noyo chel Olam) ; et le commentaire attribué à Rachi rapporte « de la construction du monde » (Binyano chel Olam), « Nayot » étant apparenté au mot construction. Les versions varient légèrement, mais le principe reste le même : ils s'y occupaient de la construction du monde.
Nous avons expliqué à plusieurs reprises que nulle part dans la Torah il n'est mentionné où le Temple serait bâti ni quel serait l'emplacement du Sanctuaire. Et la raison en est que si le lieu du Sanctuaire avait été explicité, les musulmans auraient couru y bâtir une mosquée en prétendant être là avant tout le monde. Et d'où sait-on qu'ils auraient agi ainsi ? Parce que bien que nous y étions les premiers, ils sont tout de même allés y construire pour déclarer qu'ils nous précédaient - alors qu'ils n'étaient nullement là les premiers. À plus forte raison s'ils l'avaient su d'avance. Et en matière d'appropriation, nos cousins sont experts : de quoi vit l'Autorité palestinienne ? De quoi vit le Hamas ? De vols. De même dans le domaine spirituel : l'ethos des Ismaélites comporte un récit sur la « ligature d'Ismaël ». Cela aussi, ils l'ont volé. S'il s'agissait d'un esprit plus éclairé, il aurait inventé quelque chose d'inédit ; mais faute d'envergure intellectuelle, ils se contentent de copier en modifiant un détail : non pas la ligature d'Isaac, mais la ligature d'Ismaël, pour s'appuyer sur un récit antérieur comme si le texte biblique s'était trompé en écrivant Isaac. C'est toujours le même procédé : le tombeau de Yossef à Chékhem, le tombeau des Patriarches (Méarat HaMakhpéla), tous nos lieux saints - ils s'en sont emparés, y ont dressé une mosquée et ont proclamé que cela leur appartenait. Et pourquoi ? Parce que le tombeau d'un prophète qu'ils auraient inventé de toutes pièces n'attire personne ; en revanche, « Nabi Samouil », un véritable prophète qui inspire le respect, un homme élevé au-dessus du peuple, c'est cela qu'on s'approprie. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, n'a pas révélé l'emplacement du Sanctuaire, afin que les idolâtres ne s'en emparent pas.
Dès lors, lorsqu'il fallut délibérer sur ce point, David s'assit avec Samuel pour examiner quel était l'endroit convenable et approprié pour y bâtir le Beth HaMikdach, et ils parvinrent à la conclusion : « à Nayot à Rama ». Et nos Sages expliquent que l'endroit le plus remarquable chez le taureau n'est pas le sommet de sa tête mais entre ses épaules, c'est-à-dire un peu plus bas que le point culminant, le point le plus élevé étant Ein Eitam. C'est là qu'ils définirent l'emplacement exact du Temple. Il en ressort qu'à cette occasion, David reçut de Samuel toutes les données relatives au Temple, au point que nos Sages enseignent que Samuel lui transmit alors ce qu'un élève chevronné ne saurait assimiler en plusieurs années. Tous les détails du Beth HaMikdach et tout ce qui était nécessaire furent alors établis - et c'est là le sens de « tout ce qu'il avait par l'esprit avec lui », dans l'esprit de David d'après ce qu'il avait reçu de Samuel. « Et pour toutes les chambres alentour, pour les trésors de la maison de D.ieu » - il ne s'agit pas ici des objets consacrés par David et les chefs de famille, sur lesquels des préposés veillaient jusqu'à la construction du Temple ; mais ces trésors étaient destinés à toute la durée d'existence de l'édifice, et tel est le sens de « pour les trésors de la maison de D.ieu et pour les trésors des choses saintes ».
Le Radak explique lui aussi : « tout ce qu'il avait par l'esprit avec lui » - par un esprit de prophétie, car c'est par le Roua'h HaKodesh qu'il connut l'ensemble du plan du Temple, soit par lui-même, soit par l'intermédiaire de Chemouel le prophète, car David était le premier de tous les maîtres du Roua'h HaKodesh. Certes, David n'était pas un prophète à proprement parler, mais il était à la tête de ceux qui possédaient l'esprit de sainteté, et il eut incontestablement des révélations par son Roua'h HaKodesh.
« Par l'esprit avec lui » - David lui-même à l'image du Temple
Le Malbim ajoute qu'au-delà du sens littéral, il y a ici une allusion aux profondeurs intérieures de la Torah. Lorsqu'il est question du Sanctuaire, nos Sages trouvent des parallèles entre le Beth HaMikdach, qui constitue un microcosme, et l'univers tout entier, le macrocosme ; de même, il existe des correspondances avec ce monde encore plus restreint qu'est l'homme. L'homme correspond au Temple, et le Temple correspond à l'univers - tous ayant été conçus selon la même structure.
C'est ce qu'énonce le Malbim : tout est disposé et ordonné selon la structure du Temple pour les initiés. De même qu'il existe dans le Sanctuaire des degrés d'élévation et de sainteté plus éminents, il en va de même chez l'être humain. Par exemple, le Rambam enseigne que le cerveau de l'homme correspond au Saint des Saints ; lorsqu'un homme y laisse pénétrer une pensée étrangère et interdite, c'est comme s'il introduisait une idole dans le Sanctuaire, un acte plus grave encore que celui de Titus. En quoi ? Titus était un non-juif, et lorsqu'un non-juif pénétrait dans le Beth HaMikdach, il ne mourait pas sur-le-champ, tandis qu'un homme d'Israël qui entrait indûment était passible de mort. Si un homme entrait illicitement dans le Saint des Saints, on devait l'en retirer à l'aide d'une chaîne ; à Titus, il n'arriva rien - de même qu'il n'arriverait rien à un chien qui y entrerait, car la sainteté et l'exigence s'adressent à Israël. Or, le Rambam affirme qu'il existe une faute plus grave encore : la pensée étrangère que l'homme introduit dans son propre sanctuaire, dans son esprit qui correspond au Saint des Saints. Cet exemple permet de comprendre que l'existence de l'homme correspond à celle du Temple, et le Temple à l'univers entier. Il s'ensuit que dans l'esprit de David, explique le Malbim, se trouvait le plan du Tabernacle et le plan du Temple, avec tous ses parvis et ses chambres - comme il est écrit : « Car l'Éternel te bâtira une maison » : toi, David, tu es toi-même à l'image du Beth HaMikdach céleste. Et c'est là le sens de « par l'esprit avec lui » : David incarnait lui-même la réalité du Sanctuaire.
Pour approfondir ce sujet, on consultera les écrits du Ben Ich 'Haï dans son ouvrage « Od Yossef 'Haï » à propos du Tikoun HaNefech, où il écrit : il convient à l'homme pieux d'avoir l'intention et de se considérer lui-même comme une demeure et un trône pour le monde d'Atsilout et la sainteté ; par là reposera sur lui une sainteté supérieure, et il pourra, grâce à cette intention, relier tous les mondes - en faisant de lui-même un trône pour la sainteté. Cela apparaît également dans le rituel de prières « Avodat Hachem » dans le Tikoun HaNefech, où il détaille la manière de procéder : que l'homme considère sa tête comme le trône du Nom divin Havaya vocalisé par un Kamats, qui correspond à Kéter ; et ses deux hémisphères cérébraux, qui correspondent au secret des lettres Youd et Hé - la 'Hokhma à droite avec le Nom Havaya vocalisé par un Pata'h, et la Bina à gauche vocalisé par un Tséré ; et pour ses yeux, qu'il ait à l'esprit que la valeur numérique de l'œil correspond à cinq fois le Nom Havaya, et ainsi de suite. On voit ici une représentation complète de la structure de l'homme : cerveau droit, cerveau gauche, Goulgalta, Da'at inférieur et tous les niveaux - l'homme devant se concevoir comme un char pour la Chékhina, puisqu'il a été créé à l'image et à la ressemblance de la structure supérieure des Séfirot. Il apparaît donc que le roi David, son âme et tout son être étaient agencés et ordonnés selon la disposition du Temple ; David lui-même était le plan vivant du Sanctuaire - « L'Éternel te bâtira une maison », à l'image de la Maison céleste. Et c'est là le sens de « ce qu'il avait par l'esprit avec lui » : son intériorité portait la forme même du Temple, tout entier sanctifié à l'Éternel, et chacun de ses membres en était le déploiement. De même, dans le Temple, se trouvaient les aspects de Kéter, de 'Hokhma et de Bina en chaque lieu - « Dieu a fait l'un en face de l'autre ».
Les divisions et les ustensiles
וּלְמַחְלְקוֹת הַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם וּלְכׇל מְלֶאכֶת עֲבוֹדַת בֵּית יְהֹוָה וּלְכׇל כְּלֵי עֲבוֹדַת בֵּית יְהֹוָה׃ - « Et pour les classes des Cohanim et des Léviim, pour tout le travail du service de la Maison de l'Éternel, et pour tous les ustensiles du service de la Maison de l'Éternel. »
Il répartit les Cohanim et les Léviim en vingt-quatre gardes (michmarot), comme nous l'avons vu précédemment. « Et pour tous les ustensiles du service de la Maison de l'Éternel » - c'est-à-dire le poids précis de chaque ustensile, comme le texte va le détailler à l'instant. Le Malbim précise : « pour tout le travail » se réfère à l'ordre du culte, aux chants des Léviim, aux fonctions des officiants, ainsi qu'aux ustensiles du Sanctuaire.
לַזָּהָב בַּמִּשְׁקָל לַזָּהָב לְכׇל כְּלֵי עֲבוֹדָה וַעֲבוֹדָה לְכֹל כְּלֵי הַכֶּסֶף בְּמִשְׁקָל לְכׇל כְּלֵי עֲבוֹדָה וַעֲבוֹדָה׃ - « Donnant l'or au poids pour les objets d'or, pour tous les ustensiles de chaque sorte de service ; et pour tous les ustensiles d'argent, au poids pour tous les ustensiles de chaque sorte de service. »
C'est-à-dire le poids convenable assigné à chaque ustensile, en or comme en argent. Le Metsoudat David remarque que le poids des ustensiles d'argent n'était pas identique à celui des ustensiles d'or : chacun était fabriqué selon un poids spécifique.
וּמִשְׁקָל לִמְנֹרוֹת הַזָּהָב וְנֵרֹתֵיהֶם זָהָב בְּמִשְׁקַל מְנוֹרָה וּמְנוֹרָה וְנֵרֹתֶיהָ וְלִמְנֹרוֹת הַכֶּסֶף בְּמִשְׁקָל לִמְנוֹרָה וְנֵרֹתֶיהָ כַּעֲבוֹדַת מְנוֹרָה וּמְנוֹרָה׃ - « Et le poids pour les candélabres d'or et leurs lampes d'or, selon le poids de chaque candélabre et de ses lampes ; et pour les candélabres d'argent, au poids pour chaque candélabre et ses lampes, selon l'usage de chaque candélabre. »
Il lui transmit également le poids des Ménorot d'or - Salomon confectionna dix candélabres. Mais les commentateurs soulèvent une difficulté : que sont donc ces « candélabres d'argent » ? On ne trouve nulle part mention de tels objets dans le sanctuaire. Le Radak résout la question en expliquant qu'il fabriqua des candélabres d'argent pour les chambres des Cohanim, afin de les éclairer là où ils prenaient leurs repas et dormaient - des lampadaires destinés à l'éclairage de leurs lieux de repas et de repos. Les candélabres d'or, quant à eux, se trouvaient dans le Hékhal, au nombre de dix : cinq à droite de la Ménora façonnée par Moïse et cinq à sa gauche. De même, il y avait dix tables d'or pour le pain de proposition (Lé'hem HaPanim) ; les tables d'argent servaient à l'abattage et à déposer la viande du sacrifice de l'holocauste (Ola), car c'est sur une table d'argent que l'on découpait l'holocauste en morceaux. Bien que ce détail ne figure pas explicitement dans le récit de la construction du premier Temple, le Radak indique que nous l'apprenons de la description du Temple que le prophète Yé'hezkel contempla en vision prophétique - où ces éléments sont minutieusement décrits ; on pourra à ce sujet se reporter au livre de Yé'hezkel pour la description de l'édifice et la visite guidée par l'ange dans le troisième Temple.
Le Malbim résout la question d'une autre manière : Chlomo n'a effectivement pas fabriqué de ménorot en argent, car « l'argent n'était compté pour rien à l'époque de Chlomo ». Si c'est ainsi, de quoi s'agit-il ici ? En réalité, David avait prévu dans ses plans des ménorot d'argent, car il ne savait pas que le peuple s'enrichirait à ce point, au point où l'argent n'aurait plus aucune valeur. On peut faire remarquer avec humour : que signifie « l'argent n'était compté pour rien » ? Un enfant demande quelque chose à son père, et le père lui répond : « Je n'ai pas d'argent » - c'est considéré comme « rien », l'enfant n'y croit pas une seconde ; le père a largement de quoi payer, baroukh Hachem, donc ce prétendu « manque d'argent » ne compte pour rien, personne ne prend cette excuse au sérieux. Pour en revenir à notre sujet : David ne savait pas qu'ils deviendraient si riches, et c'est pourquoi, finalement, toutes les ménorot furent faites en or.
וְאֶת הַזָּהָב מִשְׁקָל לְשֻׁלְחֲנוֹת הַמַּעֲרֶכֶת לְשֻׁלְחַן וְשֻׁלְחָן וְכֶסֶף לְשֻׁלְחֲנוֹת הַכָּסֶף׃ - Et l'or au poids pour les tables des rangées de pains, pour chaque table, ainsi que l'argent pour les tables d'argent.
« Pour chaque table » - pour chacune des dix tables d'agencement, sur lesquelles on disposait le pain de proposition (Lé’hem HaPanim). Et le poids d'argent - pour les tables situées dans la Azara (le parvis), sur lesquelles, comme l'explique le commentaire attribué à Rachi, on dépouillait les sacrifices, de même que le poids pour les fourchettes et les bassins d'aspersion. Le Malbim explique ici aussi qu'il n'a pas fabriqué de tables d'argent parce qu'ils n'en avaient pas besoin - l'argent n'avait aucune valeur à leurs yeux, et ils disposaient de suffisamment d'or. Ou bien cela veut dire que la table extérieure sur laquelle on déposait le Lé’hem HaPanim était d'argent, car nos Sages enseignent que lorsqu'on introduisait le Lé’hem HaPanim, on le posait d'abord sur une table d'argent avant de l'introduire à l'intérieur sur la table d'or, selon le principe « on élève en sainteté » (ma’alin bakodech) ; et ces tables extérieures étaient faites d'argent.
וְהַמִּזְלָגוֹת וְהַמִּזְרָקוֹת וְהַקְּשָׂוֺת זָהָב טָהוֹר וְלִכְפוֹרֵי הַזָּהָב בְּמִשְׁקָל לִכְפוֹר וּכְפוֹר וְלִכְפוֹרֵי הַכֶּסֶף בְּמִשְׁקָל לִכְפוֹר וּכְפוֹר׃ - Et pour les fourchettes, les bassins d'aspersion et les coupes d'or pur, et pour les coupes à libation en or au poids, pour chaque coupe, et pour les coupes à libation en argent au poids, pour chaque coupe.
« Les kforé zahav » - nos Sages expliquent qu'il s'agissait des mizrakim (bassins). Pourquoi portaient-ils ce nom ? Parce qu'on essuyait le sang sur le rebord du récipient afin qu'il s'écoule à l'intérieur, comme l'enseigne la Guémara : « Et avec quoi essuyait-on le sang du couteau ? Sur le rebord du mizrak ». On passait le tranchant du couteau sur le bord du récipient - comme sur le bord d'un verre - et le sang restant sur le couteau coulait à l'intérieur. C'est pourquoi on les appelait « kforim », car ce mot évoque le nettoyage et l'essuyage (kinoua’h). De même, toute notion de kapara (expiation) est un nettoyage et une purification, et l'expiation des fautes a précisément pour but d'essuyer et de purifier Israël de ses péchés.
Quant aux « fourchettes et bassins d'aspersion », le Malbim explique qu'il existait deux sortes de mizrakot : les mizrakot étaient les récipients contenant le sang que l'on aspergeait contre la paroi de l'autel, et certains étaient de cuivre poli tandis que d'autres étaient d'or. Bien que le livre des Rois ne mentionne pas du tout de fourchettes, Ezra a écrit « fourchettes » (mizlagot) au lieu de « mizrakot », ce qui signifie que l'expression « et les fourchettes et les bassins d'aspersion » fait allusion aux deux sortes de bassins.
וּלְמִזְבַּח הַקְּטֹרֶת זָהָב מְזֻקָּק בַּמִּשְׁקָל וּלְתַבְנִית הַמֶּרְכָּבָה הַכְּרוּבִים זָהָב לְפֹרְשִׂים וְסֹכְכִים עַל אֲרוֹן בְּרִית יְהֹוָה׃ - Et pour l'autel de l'encens, de l'or raffiné au poids ; et le modèle du Char, les chérubins d'or déployant leurs ailes et couvrant l'Arche de l'alliance de l'Éternel.
« De l'or raffiné » - de l'or purifié au poids, comme dans l'expression « raffiné sept fois », l'or de la meilleure qualité. « Et le modèle du Char » - le Char désigne les Créatures célestes (Hayot HaKodesh) qui ont la face d'un chérubin ; il fabriqua donc les chérubins en or selon le modèle du Char céleste. « Déployant leurs ailes et couvrant » - les chérubins avaient la forme de « kerouvia » (de jeunes enfants ailés), semblables à la vision du Char, et leurs ailes couvraient vers l'avant, d'où l'expression « déployant leurs ailes et couvrant l'Arche de l'alliance de l'Éternel ». Et pourquoi insiste-t-il sur ce point ? Tout simplement pour distinguer ces chérubins des autres chérubins que Chlomo fabriqua, qui se tenaient du côté ouest du Saint des Saints, le visage tourné vers l'Arche - deux grands chérubins. Ce n'est pas d'eux qu'il parle ici, mais de ceux qui couvraient de leurs ailes l'Arche de l'alliance de l'Éternel.
הַכֹּל בִּכְתָב מִיַּד יְהֹוָה עָלַי הִשְׂכִּיל כֹּל מַלְאֲכוֹת הַתַּבְנִית׃ - « Tout est par écrit de la main de l'Éternel, Il m'a donné l'intelligence pour tous les ouvrages du modèle. »
Cela reprend ce que nous avons vu plus haut au verset 11, où David a tout transmis à Chlomo par écrit. David lui dit : sache que tout cela provient de la main de Dieu qui m'a instruit - j'ai reçu tout cela par prophétie, par inspiration divine (Roua’h HaKodech) ou par l'intermédiaire de Chmouel, comme nous l'avons expliqué. « Il m'a donné l'intelligence » - cette intelligence supérieure procède du Roua’h HaKodech, j'ai saisi par inspiration sainte jusqu'au moindre détail. C'est pourquoi nous avons souligné que tous les éléments du Temple n'ont pas été conçus d'après les conseils d'un architecte, mais proviennent entièrement de la main de Dieu : il est interdit d'y modifier quoi que ce soit, et la moindre altération rendrait l'ensemble non conforme. Tout doit être rigoureusement ajusté. C'est comme une personne qui déciderait d'aménager les composants internes d'un ordinateur de façon plus esthétique : déplacez une seule puce, et l'appareil ne s'allume plus. « Mais c'est plus joli ainsi ! » - qu'importe la beauté ? Cela doit fonctionner ! De même, le Beth HaMikdach doit fonctionner, c'est-à-dire être en exacte correspondance avec les Séfirot et avec toutes les réalités spirituelles supérieures. Si l'on modifie les dimensions, on altère les correspondances spirituelles, et le Sanctuaire n'accomplit plus son effet. C'est pourquoi tout devait impérativement être « par écrit de la main de l'Éternel, Il m'a donné l'intelligence ».
« Sois fort, prends courage et agis » - la vraie sagesse est d'aller jusqu'au bout
וַיֹּאמֶר דָּוִיד לִשְׁלֹמֹה בְנוֹ חֲזַק וֶאֱמַץ וַעֲשֵׂה אַל תִּירָא וְאַל תֵּחָת כִּי יְהֹוָה אֱלֹהִים אֱלֹהַי עִמָּךְ לֹא יַרְפְּךָ וְלֹא יַעַזְבֶךָּ עַד לִכְלוֹת כׇּל מְלֶאכֶת עֲבוֹדַת בֵּית יְהֹוָה׃ - David dit à Chlomo, son fils : « Sois fort, prends courage et agis, ne crains rien et ne t'effraie pas, car l'Éternel Dieu, mon Dieu, est avec toi ; Il ne te délaissera pas et ne t'abandonnera pas, jusqu'à ce que soit achevé tout l'ouvrage pour le service de la Maison de l'Éternel. »
« Sois fort et courageux » - afin que ta royauté subsiste, explique le commentaire attribué à Rachi, car le Saint, béni soit-Il, avait dit : « J'affermirai sa royauté pour toujours s'il s'affermit pour accomplir Mes commandements », d'où cet encouragement : sois fort et courageux. « Et agis jusqu'à achever » - c'est-à-dire jusqu'à mener l'œuvre à son terme. On sait bien qu'il est facile d'entreprendre mais bien plus difficile d'achever. On remarque souvent, dans les volumes de Guémara, que les premiers feuillets sont usés et abîmés tandis que la suite demeure intacte et neuve - et il en va de même dans la Michna Beroura ou le Choul'han Aroukh. Or, toute la sagesse consiste à aller jusqu'au bout : « jusqu'à achever ».
וְהִנֵּה מַחְלְקוֹת הַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם לְכׇל עֲבוֹדַת בֵּית הָאֱלֹהִים וְעִמְּךָ בְכׇל מְלָאכָה לְכׇל נָדִיב בַּחׇכְמָה לְכׇל עֲבוֹדָה וְהַשָּׂרִים וְכׇל הָעָם לְכׇל דְּבָרֶיךָ׃ - Et voici les sections des Kohanim et des Léviim pour tout le service de la Maison de Dieu ; et avec toi, pour toute œuvre, se tiendra tout homme généreux et sage pour chaque tâche, ainsi que les ministres et tout le peuple pour tous tes ordres.
C'est-à-dire : tu disposes déjà de tous ces soutiens. « Pour tout homme généreux et sage pour chaque tâche » - à l'image de « quiconque y est porté de cœur », les artisans compétents se dévoueront à tes côtés pour t'épauler ; quant aux ministres et au peuple, ils se tiennent prêts à obéir à chacune de tes paroles, exécutant tout ce que tu leur ordonneras. Le Malbim explique : ne crains pas qu'après avoir bâti le Beth HaMikdach, la finalité spirituelle du Sanctuaire ne soit pas atteinte ; ne crains pas non plus de manquer d'artisans d'art ou d'ouvriers qualifiés, ni de manquer de matériaux pour la construction. David lui répond donc point par point : pour ce qui est de la finalité sacrée du service, tu as les Kohanim que j'ai organisés, qui assureront tout le culte nécessaire après l'édification ; pour les artisans et ouvriers, « ils sont avec toi pour toute œuvre » ; et pour les matériaux de construction, « les ministres et tout le peuple sont à tes ordres » : il suffira de leur commander, et ils apporteront tout ce qui est requis.
En conclusion :
Dans ce chapitre, David transmet à Salomon deux dimensions indissociables : le plan matériel et l'esprit. Dans son testament spirituel - « Connais le Dieu de ton père et sers-Le d'un cœur entier et d'une âme bienveillante » -, Salomon est invité à ne point se contenter de la foi reçue de ses pères, bien qu'elle en constitue le fondement, mais à y ajouter une connaissance acquise par l'étude et la méditation profonde, et à servir Hachem par amour plutôt que par crainte du châtiment, d'un cœur unifié et sans partage, car « Hachem scrute tous les cœurs et discerne toutes les pensées ». « Si tu Le cherches, Il se laissera trouver par toi » - la douceur d'une telle voie ne saurait s'expliquer de l'extérieur : « si tu agis ainsi, tu seras heureux en ce monde et le bien te sera réservé dans le monde à venir » ; en revanche, « si tu L'abandonnes, Il te délaissera à jamais », cet abandon divin étant bien plus grave encore que l'éloignement initial de l'homme, car il laisse une empreinte durable. Et dans la transmission du plan, nous avons vu que tout provenait « de la main d'Hachem sur moi pour me faire comprendre » - non point d'une conception architecturale humaine, mais de dimensions minutieusement ordonnées en regard des réalités spirituelles. David lui-même s'était rendu conforme à la forme du Temple, car pour ériger une demeure à Dieu, il faut un homme dont le sanctuaire est d'abord bâti dans le cœur. C'est pourquoi : « Sois fort, prends courage et agis, ne crains point et ne t'effraie point » - commence, mais surtout termine, « jusqu'à achever tout le travail du service de la Maison d'Hachem ».