Le chapitre 19 du premier livre des Chroniques (Divré HaYamim I) relate l'histoire de la délégation que David envoya pour consoler Hanoun, fils de Nahash, roi des enfants d'Amon, l'humiliation infligée à ses envoyés, ainsi que les deux campagnes militaires qui s'ensuivirent - contre les enfants d'Amon et contre Aram. Ce chapitre apparaît dans son intégralité au livre de Samuel II (Chmouel II), chapitre 10, et le Malbim lui-même renvoie à son commentaire là-bas. C'est pourquoi nous nous concentrerons ici sur les éléments ajoutés dans les Chroniques et sur les comparaisons entre les deux livres.
Quelle était la bonté (hessed) de Nahash ?
וַֽיְהִי֙ אַחֲרֵי־כֵ֔ן וַיָּ֕מׇת נָחָ֖שׁ מֶ֣לֶךְ בְּנֵֽי־עַמּ֑וֹן וַיִּמְלֹ֥ךְ בְּנ֖וֹ תַּחְתָּֽיו׃ - Après cela, Nahash, roi des enfants d'Amon, mourut, et son fils régna à sa place.
וַיֹּ֨אמֶר דָּוִ֜יד אֶעֱשֶׂה־חֶ֣סֶד עִם־חָנ֣וּן בֶּן־נָחָ֗שׁ כִּֽי־עָשָׂ֨ה אָבִ֤יו עִמִּי֙ חֶ֔סֶד וַיִּשְׁלַ֥ח דָּוִ֛יד מַלְאָכִ֖ים לְנַחֲמ֣וֹ עַל־אָבִ֑יו וַיָּבֹאוּ֩ עַבְדֵ֨י דָוִ֜יד אֶל־אֶ֧רֶץ בְּנֵֽי־עַמּ֛וֹן אֶל־חָנ֖וּן לְנַחֲמֽוֹ׃ - Et David dit : « J'agirai avec bonté envers Hanoun, fils de Nahash, car son père a agi avec bonté envers moi. » David envoya des messagers pour le consoler au sujet de son père, et les serviteurs de David arrivèrent au pays des enfants d'Amon auprès de Hanoun pour le consoler.
Nahash, roi des enfants d'Amon, mourut, et son fils Hanoun monta sur le trône à sa place. David se dit : j'enverrai une délégation diplomatique pour consoler Hanoun, car son père a usé de bonté à mon égard. Quelle était cette bonté ? Le texte biblique ne le précise pas, mais nos Sages (Hazal) l'expliquent : lorsque David fuyait devant Saül (Chaoul), il prit son père, sa mère et ses frères et les installa sous la protection du roi de Moab, comme il est écrit : « David alla de là à Mitspeh de Moab, et dit au roi de Moab : Que mon père et ma mère demeurent chez vous ». Or, les Moabites les assassinèrent - ils tuèrent Yichaï (Jessé), la mère de David et ses frères, à l'exception d'Elihou. Elihou, le frère de David, s'enfuit alors au pays des enfants d'Amon, et Nahash, roi d'Amon, l'accueillit et lui sauva la vie. C'est précisément de cette bonté que parle David.
La preuve qui impose cette explication, bien qu'elle ne soit pas explicitement mentionnée dans le texte, est apportée par le commentaire attribué à Rachi : en effet, à partir de ce moment, les frères de David ne sont plus jamais mentionnés, à l'exception d'Elihou, qui apparaît lors de la désignation des chefs de Juda - « Elihou, d'entre les frères de David ». Dès lors, où tous les autres ont-ils disparu ? C'est donc bien que le roi de Moab les a mis à mort après que David les lui eut confiés.
Dès lors, on comprend aussi pourquoi, lorsque David frappa Moab et « les mesura au cordeau », il leur infligea un coup particulièrement dur et impitoyable, les traitant avec bien plus de rigueur que ses autres ennemis. Il s'agissait en effet de venger la mort de ses parents et de ses frères, afin qu'une telle abomination ne se reproduise plus, et pour faire comprendre aux nations qu'on ne porte pas impunément atteinte à Israël.
Le conseil des princes d'Amon : « Pour explorer, renverser et espionner »
וַיֹּאמְרוּ֩ שָׂרֵ֨י בְנֵי־עַמּ֜וֹן לְחָנ֗וּן הַֽמְכַבֵּ֨ד דָּוִ֤יד אֶת־אָבִ֙יךָ֙ בְּעֵינֶ֔יךָ כִּֽי־שָׁלַ֥ח לְךָ֖ מְנַחֲמִ֑ים הֲלֹ֡א בַּעֲבוּר לַחְקֹ֨ר וְלַהֲפֹ֤ךְ וּלְרַגֵּל֙ הָאָ֔רֶץ בָּ֥אוּ עֲבָדָ֖יו אֵלֶֽיךָ׃ - Les princes des enfants d'Amon dirent à Hanoun : « Est-ce pour honorer ton père à tes yeux que David t'a envoyé des consolateurs ? N'est-ce pas pour explorer, renverser et espionner le pays que ses serviteurs sont venus vers toi ? »
Les princes des enfants d'Amon dirent à Hanoun : es-tu assez naïf pour croire que David honore véritablement ton père en t'envoyant des consolateurs ? Son unique dessein est d'envoyer des émissaires scruter le pays de l'intérieur. Celui qui pénètre dans la ville voit où se trouvent les fortifications, où l'armée est postée, où les murailles sont épaisses et où se trouvent les brèches. Et quel argument invoquaient-ils pour appuyer leur soupçon ? Ils s'appuyèrent sur le verset de la Torah d'Israël : « Tu ne rechercheras ni leur paix ni leur bien tous les jours ». Dès lors, comment David pouvait-il subitement venir s'enquérir de la paix et du bien-être du roi d'Amon ?
L'humiliation : la barbe rasée et les vêtements coupés
וַיִּקַּ֨ח חָנ֜וּן אֶת־עַבְדֵ֤י דָוִיד֙ וַֽיְגַלְּחֵ֔ם וַיִּכְרֹ֧ת אֶת־מַדְוֵיהֶ֛ם בַּחֵ֖צִי עַד־הַמִּפְשָׂעָ֑ה וַֽיְשַׁלְּחֵֽם׃ - Hanoun prit alors les serviteurs de David, les rasa, coupa leurs vêtements à mi-corps jusqu'au bas du dos, et les renvoya.
Hanoun se laisse convaincre et renvoie le corps diplomatique de David dans une profonde humiliation. « Vayegalechem » (il les rasa) - le rasage en soi ne constitue pas un si grand affront, même si à cette époque tout le monde portait la barbe ; mais ici, il rasa la moitié de leur barbe, et raser la moitié de la barbe est une humiliation majeure. « Vayichrot ett madeyhem » (il coupa leurs vêtements) - leurs « madim » désignent leurs habits, comme dans « mido vad » (sa tunique de lin). Et il les coupa à mi-hauteur « ad hamifsa'ah », c'est-à-dire jusqu'à la nudité. Le terme « mifsa'ah » dérive de la racine de « pessiah » (le pas, l'enjambée), comme dans « afse'ah vah », car cet endroit est celui de la démarche de l'homme, ce qui constitue une expression pudique. C'est également ainsi que l'on désigne la nudité par le mot « raglayim » (pieds), comme dans « velo assah raglav », qui signifie qu'il ne s'était pas rasé les poils pubiens. Et dans le livre de Chmouel, il est rapporté « ad chetoteyhem », où « chetoteyhem » (leurs fesses) est aussi un terme pudique pour désigner la nudité.
« Restez à Jéricho jusqu'à ce que votre barbe repousse »
וַיֵּלְכוּ֩ וַיַּגִּ֨ידוּ לְדָוִ֤יד עַל־הָֽאֲנָשִׁים֙ וַיִּשְׁלַ֣ח לִקְרָאתָ֔ם כִּֽי־הָי֥וּ הָאֲנָשִׁ֖ים נִכְלָמִ֣ים מְאֹ֑ד וַיֹּ֤אמֶר הַמֶּ֙לֶךְ֙ שְׁב֣וּ בִֽירֵח֔וֹ עַ֛ד אֲשֶׁר־יְצַמַּ֥ח זְקַנְכֶ֖ם וְשַׁבְתֶּֽם׃ - On alla rapporter la chose à David au sujet de ces hommes, et il envoya à leur rencontre, car ces hommes étaient extrêmement confus. Et le roi dit : Restez à Jéricho jusqu'à ce que votre barbe ait repoussé, et alors vous reviendrez.
« On alla rapporter la chose à David au sujet de ces hommes » - des émissaires envoyés par eux allèrent raconter l'événement à David, et la raison en est aussitôt expliquée : « car ces hommes étaient extrêmement confus ». Eux-mêmes ne pouvaient paraître ainsi devant David, étant à moitié nus et avec une demi-barbe ; ils se cachèrent donc et envoyèrent informer David de leur situation. « Et il envoya à leur rencontre » - il leur dépêcha des émissaires pour leur ordonner de rester à Jéricho, et il envoya assurément aussi de quoi les vêtir. Mais une barbe ne repousse pas en un instant, et à cette époque les greffes de barbe n'étaient pas envisageables ; que pouvaient-ils faire ? De plus, raser complètement le reste de la barbe était sans doute considéré également comme une honte. David leur dit donc : « Restez à Jéricho jusqu'à ce que votre barbe ait repoussé, et alors vous reviendrez » - jusqu'à ce que la barbe repousse et que vous ne soyez plus humiliés, et vous pourrez alors retourner dans vos foyers.
On pourrait peut-être trouver ici un appui aux avis considérant que le rasage de la barbe relève de l'interdit de « Lo yilbach » (un homme ne portera pas d'habit de femme), conformément à l'opinion du Hatam Sofer. C'est d'ailleurs pour cette raison que les Juifs de Hongrie avaient coutume de porter la moustache : selon le Hatam Sofer, le rasage éveille la crainte de « Lo yilbach » ; ils laissaient donc pousser la moustache afin de conserver un signe distinctif masculin, ce qui écartait cette appréhension. Et à partir de ce verset, où le fait d'être rasé est considéré comme une humiliation, on peut concevoir un soutien à cette thèse.
« S'étaient rendus odieux auprès de David » - Le recrutement d'Aram
וַיִּרְאוּ֙ בְּנֵ֣י עַמּ֔וֹן כִּ֥י הִֽתְבָּאֲשׁ֖וּ עִם־דָּוִ֑יד וַיִּשְׁלַ֣ח חָנוּן וּבְנֵ֨י עַמּ֜וֹן אֶ֣לֶף כִּכַּר־כֶּ֗סֶף לִשְׂכֹּ֣ר לָהֶם מִן־אֲרַ֨ם נַהֲרַ֜יִם וּמִן־אֲרַ֤ם מַֽעֲכָה֙ וּמִצּוֹבָ֔ה רֶ֖כֶב וּפָרָשִֽׁים׃ - Les enfants d'Amon virent qu'ils s'étaient rendus odieux auprès de David ; alors Hanoun et les enfants d'Amon envoyèrent mille talents d'argent pour recruter à leur service des chars et des cavaliers d'Aram-Naharaïm, d'Aram-Maakha et de Tsova.
« Les enfants d'Amon virent » - ils prirent peur, « car ils s'étaient rendus odieux (hitba'achou) auprès de David » : ils s'étaient mis en mauvaise odeur, de la racine signifiant empester. Ils s'étaient rendus abominables aux yeux de David, comparables à une chose infecte et fétide. Ils comprirent que David ne laisserait pas impunie l'humiliation infligée à ses envoyés, et ils allèrent donc recruter des mercenaires pour se protéger : des chars et des cavaliers d'Aram-Naharaïm, d'Aram-Maakha et de Tsova.
Le commentaire attribué à Rachi explique qu'il existait plusieurs groupes d'Araméens. « Aram-Maakha » désigne les Araméens installés à Maakha ; « Aram-Naharaïm » désigne les Araméens établis sur l'Euphrate, entre deux fleuves ; « Aram-Tsova » et « Aram » sans précision représentent le cœur de la nation, car le foyer principal de leur peuple se trouvait à Aram-Tsova. De même, les Ammonites qui résident en Amon sont appelés « Ammonites » et forment le cœur de la nation, bien qu'il y ait des Ammonites en d'autres contrées ; et les descendants d'Essav établis au pays de Séir en Édom sont le cœur du peuple, bien qu'il y en ait ailleurs. C'est pourquoi le texte prend soin de préciser qu'il s'agissait d'Araméens d'Aram-Naharaïm, d'Aram-Maakha et de Tsova, qui constituait le centre névralgique des enfants d'Aram.
Chars ou fantassins ? Deux recrutements
וַיִּשְׂכְּר֣וּ לָהֶ֡ם שְׁנַיִם֩ וּשְׁלֹשִׁ֨ים אֶ֜לֶף רֶ֗כֶב וְאֶת־מֶ֤לֶךְ מַֽעֲכָה֙ וְאֶת־עַמּ֔וֹ וַיָּבֹ֕אוּ וַֽיַּחֲנ֖וּ לִפְנֵ֣י מֵֽידְבָ֑א וּבְנֵ֣י עַמּ֗וֹן נֶאֶסְפוּ֙ מֵעָ֣רֵיהֶ֔ם וַיָּבֹ֖אוּ לַמִּלְחָמָֽה׃ - Ils recrutèrent à leur service trente-deux mille chars, ainsi que le roi de Maakha et son peuple ; ils vinrent camper devant Meydeva, et les enfants d'Amon se rassemblèrent de leurs villes et vinrent pour la guerre.
Ils engagèrent donc trente-deux mille chars - des chars de combat attelés à des chevaux - ainsi que le roi de Maakha en personne et ses troupes. « Ils vinrent camper devant Meydeva », et les enfants d'Amon se rassemblèrent eux aussi depuis leurs villes pour prendre part aux hostilités.
Le Malbim relève qu'il est écrit ici « trente-deux mille chars », alors que dans le livre de Chmouel, le décompte s'élève à trente-deux mille fantassins. Il résout cette difficulté : au départ, ils ont recruté des fantassins, puis ils ont envoyé mille talents d'argent - détail qui n'est pas mentionné dans le livre de Chmouel - et au moyen de cet argent, ils ont engagé autant de combattants montés. Il y a donc eu deux recrutements successifs : d'abord des fantassins, puis des chars et cavaliers.
Deux fronts : devant et derrière
וַיִּשְׁמַ֖ע דָּוִ֑יד וַיִּשְׁלַח֙ אֶת־יוֹאָ֔ב וְאֵ֥ת כׇּל־צָבָ֖א הַגִּבּוֹרִֽים׃ - David l'apprit et envoya Yoav avec toute l'armée des vaillants guerriers.
« Et toute l'armée des vaillants guerriers » - c'est-à-dire l'ensemble de l'armée ainsi que les guerriers d'élite.
וַיֵּצְאוּ֙ בְּנֵ֣י עַמּ֔וֹן וַיַּעַרְכ֥וּ מִלְחָמָ֖ה פֶּ֣תַח הָעִ֑יר וְהַמְּלָכִ֣ים אֲשֶׁר־בָּ֔אוּ לְבַדָּ֖ם בַּשָּׂדֶֽה׃ - Les fils d'Amon sortirent et se rangèrent en bataille à l'entrée de la ville, tandis que les rois venus à leur aide se tenaient à part, en rase campagne.
Le commentaire attribué à Rachi explique : ils ont scindé leurs forces en deux corps de bataille. Les enfants d'Amon formaient un front à l'entrée de la ville face à tout Israël, tandis que les rois coalisés formaient un autre front, isolés en rase campagne, derrière Israël, afin de les prendre en étau et de les assaillir des deux côtés.
וַיַּ֣רְא יוֹאָ֗ב כִּֽי־הָיְתָ֧ה פְנֵֽי־הַמִּלְחָמָ֛ה אֵלָ֖יו פָּנִ֣ים וְאָח֑וֹר וַיִּבְחַ֗ר מִכׇּל־בָּחוּר֙ בְּיִשְׂרָאֵ֔ל וַֽיַּעֲרֹ֖ךְ לִקְרַ֥את אֲרָֽם׃ - Yoav vit que le front de bataille était dirigé contre lui de face et par-derrière ; il choisit alors parmi toute l'élite d'Israël et se rangea en bataille face à Aram.
Yoav constate que le front de la bataille - c'est-à-dire les lignes de combattants - lui fait face tant devant que derrière. C'est pourquoi il sélectionne les troupes d'élite de tout Israël et se déploie face à Aram.
Avchaï ou Avichaï ?
וְאֵת֙ יֶ֣תֶר הָעָ֔ם נָתַ֕ן בְּיַ֖ד אַבְשַׁ֣י אָחִ֑יו וַיַּעַרְכ֔וּ לִקְרַ֖את בְּנֵ֥י עַמּֽוֹן׃ - Il plaça le reste du peuple sous le commandement de son frère Avchaï, et ils se rangèrent en bataille face aux fils d'Amon.
Yoav confie le reste du peuple à son frère Avchaï - Avichaï ben Tserouya, frère de Yoav ben Tserouya - pour livrer bataille aux fils d'Amon. Il convient ici de formuler une remarque sur son nom : dans la totalité du livre de Divré Hayamim, il est appelé « Avchaï », hormis deux exceptions, alors que dans tout le livre de Chmouel, il porte le nom d'« Avichaï », à l'exception d'un seul verset : « Il plaça le reste du peuple sous le commandement d'Avchaï ».
Le commentaire attribué à Rachi explicite ce fait selon sa ligne constante à travers tout l'ouvrage : le livre de Divré Hayamim a été composé pour la gloire de David, or le nom « Avichaï » porte atteinte à cette dignité. En effet, « Avichaï » peut s'entendre comme « mon père est Yichaï », ce qui l'élèverait pour ainsi dire au rang du roi : David est le fils de Yichaï, et lui s'enorgueillirait de même d'avoir Yichaï pour père (alors qu'il n'était en réalité que son petit-fils). On le nomme donc « Avchaï », ce qui occulte la mention de « Yichaï » et empêche quiconque de s'égaler à David. On pourrait certes écarter une autre interprétation selon laquelle « Avi Yichaï » exprimerait la prétention d'être « le père de Yichaï », car il est invraisemblable qu'un petit-fils se prenne pour le père de son grand-père ; en revanche, laisser entendre qu'il s'honore d'avoir Yichaï comme père reste tout à fait plausible, et cela porterait ombrage à la majesté de David.
« Sois fort et fortifions-nous pour notre peuple »
וַיֹּ֗אמֶר אִם־תֶּחֱזַ֤ק מִמֶּ֙נִּי֙ אֲרָ֔ם וְהָיִ֥יתָ לִּ֖י לִתְשׁוּעָ֑ה וְאִם־בְּנֵ֥י עַמּ֛וֹן יֶחֶזְק֥וּ מִמְּךָ֖ וְהוֹשַׁעְתִּֽיךָ׃ - Il dit : Si Aram est plus fort que moi, tu viendras à mon secours ; et si les enfants d'Amon sont plus forts que toi, je viendrai te délivrer.
Yoav dit à Avchaï : une partie de l'armée sera avec moi et une partie avec toi. Si Aram se montre plus fort que moi, tu interviendras pour me prêter main-forte afin d'échapper à leur étreinte ; et si c'est l'inverse qui se produit, que je prends le dessus sur Aram mais que les enfants d'Amon l'emportent sur toi, je viendrai alors à ton secours.
חֲזַ֤ק וְנִֽתְחַזְּקָה֙ בְּעַד־עַמֵּ֔נוּ וּבְעַ֖ד עָרֵ֣י אֱלֹהֵ֑ינוּ וַיהֹוָ֔ה הַטּ֥וֹב בְּעֵינָ֖יו יַעֲשֶֽׂה׃ - Sois fort et fortifions-nous pour notre peuple et pour les villes de notre Dieu, et que l'Éternel fasse ce qui est bon à Ses yeux !
« Sois fort et fortifions-nous » : prends courage, toi et les hommes qui t'accompagnent, et nous nous fortifierons également. « Pour notre peuple » : afin que notre peuple ne parte point en captivité, « et pour les villes de notre Dieu » : afin qu'ils ne s'emparent pas des cités de notre Dieu. « Et que l'Éternel fasse ce qui est bon à Ses yeux » : si tous ces efforts d'affermissement ne devaient pas suffire, à Dieu ne plaise, et qu'une défaite survenait, nous savons que tout ce que fait Hachem est bon à Ses yeux, et assurément pour le bien. Même si nous n'en saisissons pas la raison, nous l'accepterons avec amour, comme l'explique le Metsoudat David.
On constate ici la nécessité d'encourager le peuple en temps de guerre. C'est à cette fin que l'on déléguait le Cohen Machouah' Milh'ama (l'oint pour la guerre), comme le rapporte le Rambam : il proclamait aux soldats qu'ils s'élançaient au combat pour le Nom divin, et que quiconque s'engage, fait don de sa personne et combat pour l'honneur d'Hachem a l'assurance de revenir sain et sauf, sans devoir craindre ni redouter l'ennemi ; quant à celui qui porte des fautes, il devait s'en retourner chez lui de peur d'affaiblir le courage du reste du peuple. Ici également, les paroles « Sois fort et fortifions-nous pour notre peuple » constituent des exhortations stimulantes dont le seul dessein est d'enseigner : je ne combats pas pour me sauver moi-même, mais pour préserver le peuple d'Israël dans son ensemble ainsi que les villes d'Israël, et il y va de l'honneur divin - une telle conscience insuffle assurément à l'homme une force décuplée au cœur du combat.
Première victoire
וַיִּגַּ֨ש יוֹאָ֜ב וְהָעָ֧ם אֲשֶׁר־עִמּ֛וֹ לִפְנֵ֥י אֲרָ֖ם לַמִּלְחָמָ֑ה וַיָּנ֖וּסוּ מִפָּנָֽיו׃ - Yoav s'avança avec le peuple qui était avec lui à la rencontre d'Aram pour livrer bataille, et ils s'enfuirent devant lui.
וּבְנֵ֨י עַמּ֤וֹן רָאוּ֙ כִּֽי־נָ֣ס אֲרָ֔ם וַיָּנ֣וּסוּ גַם־הֵ֗ם מִפְּנֵי֙ אַבְשַ֣י אָחִ֔יו וַיָּבֹ֖אוּ הָעִ֑ירָה וַיָּבֹ֥א יוֹאָ֖ב יְרוּשָׁלָֽ͏ִם׃ - Quand les enfants d'Amon virent qu'Aram s'était enfui, ils prirent la fuite eux aussi devant son frère Avchaï et rentrèrent dans la ville ; puis Yoav revint à Jérusalem.
Yoav et la troupe qui l'accompagne s'avancent face à Aram, et les Araméens prennent la fuite. Les enfants d'Amon, voyant la déroute d'Aram, s'enfuient à leur tour devant Avchaï pour se réfugier dans la ville, et Yoav rentre à Jérusalem.
Chophakh - l'arme secrète d'Aram
וַיַּ֣רְא אֲרָ֗ם כִּ֣י נִגְּפוּ֮ לִפְנֵ֣י יִשְׂרָאֵל֒ וַֽיִּשְׁלְחוּ֙ מַלְאָכִ֔ים וַיּוֹצִ֣יאוּ אֶת־אֲרָ֔ם אֲשֶׁ֖ר מֵעֵ֣בֶר הַנָּהָ֑ר וְשׁוֹפַ֛ךְ שַׂר־צְבָ֥א הֲדַדְעֶ֖זֶר לִפְנֵיהֶֽם׃ - Aram vit qu'il avait été battu par Israël ; ils envoyèrent des messagers et firent venir les Araméens d'au-delà du Fleuve, avec Chophakh, le chef d'armée d'Hadad'ézer, à leur tête.
Aram vit qu'ils avaient été battus devant Israël, et ils partirent mobiliser leur arme secrète : Chophakh. Ils firent sortir les Araméens d'au-delà du Fleuve, avec à leur tête Chophakh, le chef des armées de Hadadézer. Dans le livre de Chemouel, son nom apparaît sous la forme de « Chovakh », et nos Sages expliquent : « Chovakh » - car il était haut comme un colombier (chovakh) ; « Chophakh » - car il versait le sang comme de l'eau, d'où son nom de Chophakh, du terme signifiant verser le sang (chefikha).
Mobilisation générale et disposition de la bataille
וַיֻּגַּ֣ד לְדָוִ֗יד וַיֶּאֱסֹ֤ף אֶת־כׇּל־יִשְׂרָאֵל֙ וַיַּעֲבֹ֣ר הַיַּרְדֵּ֔ן וַיָּבֹ֣א אֲלֵהֶ֔ם וַיַּעֲרֹ֖ךְ אֲלֵהֶ֑ם וַיַּעֲרֹ֨ךְ דָּוִ֜יד לִקְרַ֤את אֲרָם֙ מִלְחָמָ֔ה וַיִּלָּחֲמ֖וּ עִמּֽוֹ׃ - On l'annonça à David, qui rassembla tout Israël, passa le Jourdain, parvint jusqu'à eux et se rangea en ordre face à eux. David se rangea en ordre de bataille à la rencontre d'Aram, et ils engagèrent le combat contre lui.
« On l'annonça à David » - on vint l'informer qu'une force capable de faire basculer l'issue du combat arrivait : Chophakh avec Aram d'au-delà du Fleuve. David évalue la situation et rassemble tout Israël, non pas seulement l'armée engagée auparavant, mais une mobilisation générale ; il franchit le Jourdain et vient à leur rencontre. « Et il se rangea face à eux » signifie qu'il se prépara à livrer bataille contre eux - en déployant l'armée ligne contre ligne - et ensuite « David se rangea en ordre de bataille à la rencontre d'Aram, et ils engagèrent le combat contre lui ».
Sept mille chars et quarante mille fantassins
וַיָּ֣נׇס אֲרָם֮ מִלִּפְנֵ֣י יִשְׂרָאֵל֒ וַיַּהֲרֹ֨ג דָּוִ֜יד מֵאֲרָ֗ם שִׁבְעַ֤ת אֲלָפִים֙ רֶ֔כֶב וְאַרְבָּעִ֥ים אֶ֖לֶף אִ֣ישׁ רַגְלִ֑י וְאֵ֛ת שׁוֹפַ֥ךְ שַֽׂר־הַצָּבָ֖א הֵמִֽית׃ - Aram prit la fuite devant Israël, et David tua parmi Aram sept mille combattants de chars et quarante mille fantassins, et il mit à mort Chophakh, le chef des armées.
Aram prend la fuite, et David leur tue sept mille combattants de chars et quarante mille fantassins. Or, dans le livre de Chemouel, il est écrit sept cents chars. Il faut savoir que par « rekhev » (char), l'on n'entend pas le véhicule en lui-même, mais le conducteur de char, le combattant monté sur le char.
Le Radak résout cette difficulté : là-bas, il s'agit de sept cents chars d'élite (« ba'hour ») - les troupes d'élite, les plus éminents d'entre eux ; tandis que chez nous, où sont mentionnés sept mille chars, il s'agit du reste des équipages de chars, des autres combattants montés sur les chars. Il en va de même pour l'autre chiffre : là-bas, il est écrit « et quarante mille cavaliers », et chez nous « et quarante mille hommes de pied ». Le Radak explique que là-bas, le texte a dénombré quarante mille cavaliers sans compter les fantassins, et qu'ici, il dénombre les fantassins sans compter les cavaliers, car ils ont déjà été comptés là-bas. Il en ressort qu'il y en avait quarante mille de chaque catégorie : les cavaliers sont ceux qui montent à cheval sans char, et les fantassins sont ceux qui marchent à pied pour combattre à la lance et au javelot. Et comme nous l'avons mentionné à plusieurs reprises, Ezra est venu dans les Chroniques révéler ce qui n'avait pas été explicité ni raconté dans le livre de Chemouel.
Le Malbim explique la contradiction relative aux sept cents d'une autre manière : Ezra a révélé que chaque char était attelé de dix chevaux, et de ce fait, sept cents chars correspondent à sept mille chevaux - le verset de là-bas parle du char lui-même, et ici des chevaux des chars, il n'y a donc pas de contradiction. Quant aux quarante mille, il semblait moins plausible au Malbim de dire qu'il s'agissait de quarante mille hommes supplémentaires, mais bien de ces quarante mille mêmes. Pourquoi alors sont-ils appelés une fois cavaliers et une fois fantassins ? Le Malbim explique : « cavalier » (parach) est une désignation attribuée en raison de la bravoure et de l'aptitude à monter à cheval, mais à ce moment-là, ils étaient à pied. C'est-à-dire qu'ils étaient des « cavaliers » en puissance - il avait fait venir des hommes capables de monter à cheval, mais ils vinrent combattre comme fantassins et non comme cavaliers.
Aram fait la paix avec David
וַיִּרְא֞וּ עַבְדֵ֣י הֲדַדְעֶ֗זֶר כִּ֤י נִגְּפוּ֙ לִפְנֵ֣י יִשְׂרָאֵ֔ל וַיַּשְׁלִ֥ימוּ עִם־דָּוִ֖יד וַיַּעַבְדֻ֑הוּ וְלֹֽא־אָבָ֣ה אֲרָ֔ם לְהוֹשִׁ֥יעַ אֶת־בְּנֵֽי־עַמּ֖וֹן עֽוֹד׃ - Les serviteurs de Hadadézer virent qu'ils avaient été battus devant Israël, et ils firent la paix avec David et lui furent assujettis. Et Aram ne voulut plus secourir les fils d'Amon.
Les serviteurs de Hadadézer sont ceux que nous avons vus plus haut au verset 16, amenés comme armée de renfort pour les fils d'Amon : quand Aram vit qu'ils avaient été battus devant Israël, ils firent venir les Araméens d'au-delà du Fleuve, avec à leur tête Chophakh, le chef d'armée de Hadadézer. Et maintenant, lorsque les serviteurs de Hadadézer voient qu'eux aussi ont été battus devant Israël et que leur général Chophakh a été tué - ils font la paix avec David et s'assujettissent à lui. « Et Aram ne voulut plus secourir les fils d'Amon » - à la suite de cette cuisante défaite, ils ne voulurent plus se lancer dans des aventures de ce genre, et n'allèrent plus secourir les fils d'Amon en quelque circonstance que ce soit où ils auraient eu besoin d'aide en tout autre lieu.
En résumé :
Le chapitre s'ouvre sur une bonne intention : David cherche à rendre bienveillance pour bienveillance au fils de Na'hach, qui avait recueilli son frère Elihou lorsque ses parents et ses frères furent massacrés par Moav - et il se termine par une guerre redoutable, après que les princes d'Amon ont pris la délégation de condoléances pour des espions et ont humilié les envoyés de David en leur rasant la moitié de la barbe et en coupant leurs vêtements à mi-hauteur. David préserve leur dignité (« Restez à Jéricho jusqu'à ce que votre barbe ait repoussé »), Yoav et Avichaï répartissent les forces face à Aram et aux enfants d'Amon, se fortifiant mutuellement : « Sois fort et montrons du courage pour notre peuple et pour les villes de notre Dieu ! » - une dynamique de don de soi pour la collectivité et pour l'honneur du Ciel, accompagnée de la pleine soumission à Sa volonté : « et que l'Éternel fasse ce qui est bon à Ses yeux ». Enfin, même la mobilisation de Chophakh, chef de l'armée de Hadadézer, ne tient pas : les Araméens sont battus, font la paix avec David et refusent désormais de venir en aide aux enfants d'Amon.