En bonne heure, nous voici arrivés au dernier chapitre du Likoutei Amarim, la première partie du Tanya, le chapitre 53, et à son tout dernier passage. Nous nous étions arrêtés page 74b (page 148), à la dernière ligne de la page, celle qui commence par « וזהו שאמר הינוקא ».
Au chapitre 35, l'Alter Rebbe avait cité les paroles du Yenouka: de même que, pour allumer une lampe, la mèche seule ne suffit pas et qu'il faut y ajouter de l'huile, l'huile étant l'élément sans lequel la flamme ne tiendra pas, ainsi en est-il dans le nimchal: la lumière de la sainteté, la Chekhina, repose sur le corps du Juif, et son corps est comme la mèche. Et de même que la mèche, laissée à elle-même, ne brûle pas d'une lumière claire et nette sans huile, il faut une « huile » pour que la Chekhina repose sur l'âme, la nefesh et le corps du Juif. Or le Yenouka précise que cette huile, ce sont les bonnes actions: les mitsvot que le Juif accomplit sont ce qui fait brûler la flamme et fait reposer sur lui la Chekhina.
Au chapitre 35, l'Alter Rebbe a longuement expliqué, et nous l'avons étudié en détail, la qualité particulière des mitsvot et des bonnes actions. Mais un point restait à éclaircir:
Pourquoi le Yenouka compare-t-il précisément les bonnes actions à de l'huile?
Car l'huile, en règle générale, dans le Zohar, dans la Kabbale et même dans la Guemara, fait allusion à la 'hokhma, à la sagesse, et non à l'action. Selon cela, le nimchal de l'huile aurait dû être l'étude de la Torah; or le Yenouka affirme que l'huile, ce sont les bonnes actions, que les actes sont comme l'huile. C'est pour éclairer ce point que l'Alter Rebbe a ouvert le chapitre 51, dont l'introduction annonce « en complément d'explication des paroles du Yenouka », et ici, à la fin du chapitre, la chose s'explique d'elle-même.
« וזהו שאמר הינוקא דנהורא עילאה דאדליק על רישיה אצטריך למשחא », et c'est ce qu'a dit le Yenouka: la lumière supérieure qui brûle au-dessus de sa tête a besoin d'huile. Autrement dit, la lumière qui brûle au-dessus de la tête du Juif, c'est la Chekhina qui repose sur chaque Juif, et elle « a besoin d'huile ». Sur quoi portait notre question: pourquoi comparer cela précisément à de l'huile? L'Alter Rebbe commence donc par définir ce qu'est cette « huile »: « פירוש להתלבש בחכמה הנקראת שמן משחת קודש כמו שכתוב בזהר », c'est-à-dire qu'elle doit se revêtir dans la 'hokhma, appelée « huile de l'onction sainte », comme il est écrit dans le Zohar. La Chekhina doit se revêtir dans la 'hokhma, et lorsqu'elle s'y revêt, cette 'hokhma est appelée huile; de même que l'huile permet à la flamme de prendre, la 'hokhma permet à la Chekhina de reposer.
Ce point rejoint tout ce que nous avons appris dans les derniers chapitres. Nous avons longuement étudié ce qu'est la Chekhina et ce qu'est son repos: la Chekhina est malkhout d'Atsilout. Et où repose-t-elle? Dans chaque monde, elle repose dans les mo'hin (les facultés intellectuelles) de ce monde, qui en sont le « saint des saints », la 'hokhma propre à chaque monde. Il en va de même dans ce monde matériel: au Beit Hamikdach, le premier comme le second, le Kodech Hakodachim est le lieu où repose la Chekhina, et il correspond aux mo'hin. Et même en temps d'exil, nous avons évoqué ce qui en tient lieu: « depuis que le Temple a été détruit, le Saint béni soit-Il n'a dans Son monde que les quatre coudées de la halakha ». La halakha est étude, et l'étude ce sont les mo'hin: c'est là que se trouve la Chekhina.
On comprend donc que la Chekhina repose dans un lieu de mo'hin et de 'hokhma, et c'est pourquoi elle est comparée à l'huile. Seulement voilà: le Yenouka n'a pas dit que cela se fait par l'étude de la Torah, mais par les bonnes actions. Or les actions ne sont pas la 'hokhma, ce sont des mitsvot, et à première vue cela ne s'accorde pas. C'est pourquoi l'Alter Rebbe poursuit: « ואינון עובדין טבין », et ce sont les bonnes actions, celles dont parlait le Yenouka, « הן תרי"ג מצות הנמשכות מחכמתו יתברך », ce sont les 613 mitsvot qui découlent de Sa sagesse, bénie soit-elle. Puisque les taryag mitsvot découlent de la 'hokhma, qui en est la source, on peut elles aussi les appeler huile, car elles proviennent de l'huile, et c'est pour cela que le Yenouka les compare à l'huile.
Mais alors, si toute la grandeur des mitsvot tient au fait qu'elles découlent de la 'hokhma et de la Torah, ne vaudrait-il pas mieux s'attacher directement à la 'hokhma elle-même, qui est assurément l'huile? Que le Juif étudie la Torah, et la Torah fera reposer la Chekhina. Pourquoi faut-il précisément les mitsvot, qui n'en sont que le résultat?
L'Alter Rebbe répond: « כדי לאחוז אור השכינה בפתילה היא נפש החיונית שבגוף הנקראת פתילה », afin que la lumière de la Chekhina prenne dans la mèche, qui est la nefesh vitale présente dans le corps, appelée mèche. Comme dans le machal, où la flamme s'accroche à la mèche, ainsi dans le nimchal: pour que la Chekhina repose sur le corps et sur la nefesh habahamis (l'âme animale), il faut s'adresser à elle dans sa langue, la langue de l'action, le monde de l'assiya, c'est-à-dire les mitsvot. Celui qui n'étudie que la Torah attire lui aussi la Chekhina, puisque, comme l'enseignent les Pirkei Avot, même un homme seul assis et occupé de Torah, la Chekhina est avec lui; mais ce repos-là se fait sur l'âme, sur la nefesh haelokis. Pour que la Chekhina repose sur le corps, sur la mèche, la 'hokhma ne suffit pas et la Torah ne suffit pas: il faut précisément les mitsvot.
Et que signifie « par la mèche »? Accomplir une mitsva n'est pas chose facile; cela s'accompagne d'une lutte et d'un sacrifice. Et qui se sacrifie? Non pas la nefesh haelokis, qui se sent au contraire très bien dans l'accomplissement de la mitsva; celle qui se sacrifie, c'est la nefesh habahamis, et c'est ce sacrifice qui fait reposer la Chekhina. Selon ses termes: « על דרך משל כי כמו שבנר גשמי האור מאיר על ידי כליון ושריפת הפתילה הנהפכת לאש », à titre d'image: de même que, dans une lampe matérielle, la lumière éclaire par la consomption et la combustion de la mèche, qui se transforme en feu. Dans une lampe matérielle, si la mèche vient à manquer et qu'il n'y a plus rien à consumer, la flamme s'éteint à l'instant même; pour que le feu continue de prendre, la consomption de la mèche doit se poursuivre. Il en va de même dans le nimchal: la consomption de l'animalité, la lutte et le sacrifice que comporte l'accomplissement des mitsvot, voilà ce qui fait reposer la Chekhina sur le corps du Juif.
Une précision s'impose ici. De tout ce qui précède, on aurait pu penser que les mitsvot ont été données pour la nefesh habahamis et la Torah pour la nefesh haelokis: celui qui étudie ferait reposer la Chekhina sur son âme divine, et celui qui accomplit les mitsvot la ferait reposer sur son âme animale. L'Alter Rebbe dit aussitôt qu'il n'en est rien: le repos de la Chekhina sur la nefesh haelokis dépend lui aussi de la consomption de la nefesh habahamis, et sans elle, même l'âme divine ne recevra pas cette révélation. Exactement comme dans le machal matériel: s'il n'y a pas de consomption de la mèche, ce n'est pas seulement la mèche qui y perd en ne brûlant pas, c'est le feu lui-même qui ne sera pas là du tout.
Dans ses termes: « כך אור השכינה שורה על נפש האלקית על ידי כליון נפש הבהמית », ainsi la lumière de la Chekhina repose sur l'âme divine par la consomption de l'âme animale. Lorsqu'il y a consomption de la nefesh habahamis, ce n'est pas seulement elle qui reçoit le repos de la Chekhina, mais aussi la nefesh haelokis.
Qu'est-ce donc que la consomption de la nefesh habahamis? Il s'agit de se retenir devant les désirs et de faire mourir en elle son animalité: faire passer toutes ses qualités, ses midot et ses capacités de penser, de parler et d'agir, du côté de la sainteté. C'est là son bittul, son annulation, c'est-à-dire sa transformation d'obscurité en lumière, selon ses termes: « והתהפכותה מחשוכא לנהורא וממרירו למתקא », et sa transformation de l'obscurité en lumière et de l'amer en doux.
Et jusqu'où va cette consomption? Nous avons appris au début du Tanya que l'âme est faite d'intellect et de midot (chapitre 3), et qu'elle possède également des levouchim, des vêtements: la pensée, la parole et l'action (chapitre 4). Il y a donc deux niveaux:
« בצדיקים », chez les tsaddikim: la transformation est totale. Ce ne sont pas seulement les levouchim qui se changent en bien, mais l'essence même de la nefesh habahamis. Le tsaddik complet n'éprouve aucun ressenti pour le mal et n'a absolument aucun désir du mal, ses midot se sont transformées en bien; et a fortiori sa pensée, sa parole et son action sont-elles entièrement parfaites.
Chez les beinonim: « או לכל הפחות על ידי כליון לבושיה שהם מחשבה דבור ומעשה והתהפכותם מחשך הקליפות לאור ה' אין סוף ברוך הוא המלובש ומיוחד במחשבה דבור ומעשה של תרי"ג מצות התורה בבינונים », ou à tout le moins par la consomption de ses vêtements, qui sont la pensée, la parole et l'action, et leur transformation de l'obscurité des kelipot en la lumière de Hachem, le Ein Sof béni soit-Il, revêtue et unie dans la pensée, la parole et l'action des 613 mitsvot de la Torah, chez les beinonim. Le beinoni ne parvient pas à transformer son essence intérieure, il garde encore des désirs pour le mal, mais ses vêtements, pensée, parole et action, il les change en bien.
Et dès l'instant où le Juif transforme son animalité en bien, il renouvelle la consomption de la mèche et attire ainsi la Chekhina. Et quel est le combustible? L'huile, les bonnes actions. La consomption de la mèche ne suffit pas à elle seule: il faut une huile qui nourrisse la flamme. Voilà pourquoi des bonnes actions sont nécessaires à chaque instant et de manière permanente, pour que la lumière de la Chekhina prenne. S'il n'y avait que l'étude de la Torah, ce serait un combustible pour l'âme seule; et pour qu'il y ait aussi un combustible pour sa part corporelle, ce sont les bonnes actions. C'est en ce sens que le Yenouka a comparé les bonnes actions à l'huile: bien que l'huile soit la 'hokhma et la Torah, c'est de la 'hokhma que découlent les mitsvot, et c'est par les deux ensemble que le Juif attire la Chekhina en bas, jusqu'à ce qu'elle repose au-dessus de sa tête.
Nous avons souligné l'importance de la consomption: de même que, dans une lampe, sans consomption de la mèche il n'y a pas de feu, et que même s'il y a du combustible, sans mèche qui se consume rien ne brûlera, ainsi chez l'homme, la Torah sans la consomption de la nefesh habahamis n'amène pas le repos de la Chekhina. Dans le domaine matériel, nous voyons de nos yeux qu'il en est bien ainsi lorsqu'on allume une lampe. Mais quelle en est la raison, et pourquoi le Saint béni soit-Il a-t-Il établi que ce soit précisément la consomption qui attire la Chekhina?
C'est par là que l'Alter Rebbe conclut: « כי על ידי התהפכות נפש הבהמית הבאה מקליפת נוגה מחשוכא לנהורא וכו' », car par la transformation de l'âme animale, qui provient de la kelipat noga, de l'obscurité en lumière, etc. Lorsqu'un homme transforme son animalité d'obscurité en lumière, c'est-à-dire qu'il opère une consomption dans la mèche: il se retient et lutte dans tout ce qui est interdit, dans l'esprit du « écarte-toi du mal », l'accomplissement des mitsvot négatives, et qu'il accomplit tout ce qui lui incombe, les 248 mitsvot positives, alors « נעשה בחינת העלאת מ"ן », il se produit ce qu'on appelle une élévation de mayin noukvin.
Mem-noun est l'acronyme de mayin noukvin, les « eaux féminines », comme nous l'avons appris maintes fois dans le Tanya. On sait que le Saint béni soit-Il et Israël sont comparés à l'homme et à la femme, le Saint béni soit-Il dans l'aspect de l'époux et Israël dans l'aspect de l'épouse. Et le Saint béni soit-Il a posé cette règle: pour faire descendre l'abondance d'en haut, il faut que d'en bas quelqu'un suscite cette descente. Et lorsque le Juif suscite, il fait descendre. Par quoi suscite-t-il? Par la consomption de la mèche de l'être inférieur: par l'accomplissement des mitsvot, où sa pensée, sa parole et son action se consument et s'unissent à la lumière divine, « להמשיך אור השכינה היא בחינת גילוי אור אין סוף ברוך הוא על נפשו האלהית שבמוחין שבראשו », pour faire descendre la lumière de la Chekhina, qui est la révélation de la lumière du Ein Sof béni soit-Il, sur son âme divine qui réside dans les mo'hin, dans sa tête.
Il n'y a pas moyen de faire descendre d'en haut sans une consomption d'en bas, et c'est la raison pour laquelle, même matériellement, la flamme ne prend pas sans que la mèche se consume: parce qu'il en est ainsi dans le spirituel. Comme le dit l'enseignement: « ouvrez-Moi une ouverture grande comme le chas d'une aiguille, et Je vous ouvrirai une ouverture grande comme le portail du Oulam ». Et bien qu'il y ait en haut une ouverture « grande comme le portail du Oulam », elle ne s'ouvre pas tant que l'homme n'a pas ouvert d'en bas son petit « chas d'aiguille ». C'est cela l'élévation de mem-noun: une élévation depuis le bas, à la suite de laquelle vient la descente d'en haut.
« ובזה יובן היטב מה שכתוב כי ה' אלהיך אש אוכלה הוא », et par là se comprend parfaitement ce qui est écrit: car Hachem ton D.ieu est un feu dévorant. Et qu'est-ce qui « se comprend parfaitement »? Ce verset comporte deux précisions:
« אלוקיך », « ton D.ieu »: il n'est pas dit « car Hachem Elokim », mais « Elokeikha », ton D.ieu, si tu veux qu'Il soit à toi, que cela descende jusqu'à toi.
« אש אוכלה », « un feu dévorant »: il n'est pas dit simplement « un feu », mais « un feu dévorant », un feu qui provoque une consomption, un feu qui consume quelque chose. Lorsqu'il y aura consomption de la mèche, consomption de la nefesh habahamis, alors il y aura « Hachem ton D.ieu »: la descente sera tienne, elle descendra d'en haut jusqu'à toi.
« וכמו שיתבאר במקום אחר », comme cela sera expliqué ailleurs: l'Alter Rebbe indique qu'ailleurs, dans l'un des maamarim du Likoutei Torah, il développe ce sujet bien plus longuement.
En résumé: dans cette section, nous avons achevé la fin du chapitre 53. Nous avons expliqué pourquoi le Yenouka compare les bonnes actions à l'huile: parce que les 613 mitsvot découlent de Sa sagesse, bénie soit-elle, appelée « huile de l'onction sainte ». Nous avons appris que la Torah seule attire la Chekhina sur la nefesh haelokis, tandis que pour que la lumière de la Chekhina prenne dans la « mèche », la nefesh vitale présente dans le corps, il faut précisément des bonnes actions, et cela de manière permanente, car elles sont le combustible. Nous avons souligné que le repos de la Chekhina, même sur l'âme divine, dépend de la consomption de la nefesh habahamis, de sa transformation « me'hachokha linhora oumimriru limsika », de l'obscurité en lumière et de l'amer en doux: chez les tsaddikim jusque dans son essence et ses midot, et chez les beinonim au moins dans ses levouchim, pensée, parole et action. Et la raison en est que toute descente d'en haut exige une élévation de mem-noun d'en bas, ce qui ressort de la précision du verset « car Hachem ton D.ieu est un feu dévorant ».
« נשלם חלק ראשון בעזרת השם יתברך ויתעלה », « ainsi s'achève la première partie, avec l'aide de Hachem béni et élevé soit-Il ». C'est la fin du chapitre 53 et la fin de la partie Likoutei Amarim. Il vaut la peine d'y prêter attention: le Tanya s'ouvre sur la lettre tav, alors que sa partie essentielle s'achève sur la lettre alef. Un homme pourrait croire, avant d'avoir mérité d'étudier le Tanya, qu'il est déjà arrivé jusqu'au tav, qu'il est accompli et qu'il sait déjà tout; et ce n'est qu'après avoir étudié les 53 chapitres qu'il comprend qu'il en est au alef, qu'il ne fait que commencer son travail, et qu'en réalité il n'a encore rien commencé du tout. Et avec l'aide de Hachem, il parviendra jusqu'au alef.