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Chapitre 52 - La sagesse qui ne fait pas partie de l'homme

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Dans la partie précédente, nous avons établi que la Torah est le vêtement de la lumière de la Chekhina. Entrons maintenant plus profondément dans l'essence même de la Torah, en commençant par la différence entre la sagesse qui se trouve dans l'âme de l'homme et la sagesse du Saint béni soit-Il.

Chez l'homme, la sagesse n'est pas l'homme lui-même et ne fait pas partie de son essence. La preuve en est simple : il y a des hommes qui possèdent de la sagesse et d'autres qui n'en ont pas. La sagesse est, en fin de compte, une faculté que le Saint béni soit-Il a déposée en nous. Certes, par rapport aux autres facultés, elle est la plus élevée et la plus intérieure : les autres facultés sont « nous pour autrui », tandis que la sagesse est « nous pour nous-mêmes ». Et pourtant, elle n'est pas l'essence de l'homme.

Chez le Saint béni soit-Il, en revanche, il est dit dès le début du Tanya : והוא יתברך וחכמתו אחד, « Lui, béni soit-Il, et Sa sagesse sont un ». La Torah est Sa sagesse, c'est-à-dire Lui-même, car Lui et Sa sagesse sont un. Ce niveau est infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons saisir de la sagesse présente dans l'âme humaine. C'est pourquoi il est dit du Saint béni soit-Il : דאיהו חכים ולא בחכמה ידיעא, « Il est sage, mais non d'une sagesse connue », non pas de la sagesse que nous connaissons, mais d'une sagesse infinie qui dépasse toute appréhension. Et comme il est écrit au chapitre 2 : אור אין סוף ברוך הוא מלובש ומיוחד בחכמה עילאה, « la lumière infinie du Saint béni soit-Il est revêtue et unie dans la sagesse supérieure », c'est-à-dire que la lumière infinie du Créateur se révèle et se trouve dans la sefira de 'Hokhma, והוא יתברך וחכמתו אחד, « et Lui, béni soit-Il, et Sa sagesse sont un ».

Si la Torah est l'expression de Sa sagesse, elle est donc infiniment plus élevée que ce niveau que nous avons appelé « Chekhina », qui est un niveau intermédiaire. Et c'est précisément la condition que nous avons posée au sujet du vêtement : le vêtement doit nécessairement être plus élevé que ce qu'il recouvre, car sinon il serait annulé devant lui (bittul). La Torah est l'essence même du Créateur, plus élevée que le niveau de la Chekhina, et c'est elle-même, en même temps, qui sert de vêtement.

Et c'est la suite du texte : רק שירדה בסתר המדרגות, « sauf qu'elle est descendue par la dissimulation des degrés ». Cette Torah qui est l'essence du Créateur est descendue à travers de nombreux degrés, ממדריגה למדריגה בהשתלשלות העולמות, עד שנתלבשה בדברים גשמיים, « de degré en degré, dans la hichtalchelout des mondes, jusqu'à se revêtir dans des choses matérielles ». Il ne s'agit pas seulement d'une descente dans la compréhension et l'intellect, où l'homme s'assied, étudie et jouit de la compréhension de la Torah, mais d'une descente jusque dans des objets matériels concrets, שהן תרי"ג מצוות התורה, « qui sont les 613 commandements de la Torah » : le parchemin des tefilines, la laine des tsitsit, les mets de Chabbat, et ainsi de suite. On trouve donc dans la Torah une chose et son contraire : elle est ce qu'il y a de plus élevé, et en même temps elle est descendue jusqu'au plus bas. C'est bien pour cela qu'elle est le vêtement capable de recouvrir cette puissance appelée lumière de la Chekhina.

Et d'elle vivent tous les mondes : la Torah est la source de vie de tous les mondes, et ce qui est dit d'elle, « car ils sont notre vie », doit se comprendre au sens le plus littéral. Il ne s'agit pas seulement de la vie de ce monde matériel : dans chaque monde il existe un niveau de Torah correspondant à ce monde, et la Torah qui s'y révèle est la source de vitalité de ce monde tout entier, chaque degré selon celui qui en reçoit.

ובירידתה בהשתלשלות מעולם לעולם גם השכינה ירדה ונתלבשה בה בכל עולם ועולם, וזהו היכל קדש הקדשים שבכל עולם ועולם : « et lors de sa descente, par la hichtalchelout, de monde en monde, la Chekhina elle aussi est descendue et s'est revêtue en elle dans chaque monde, et c'est le sanctuaire du Saint des Saints qui se trouve dans chaque monde ».

Dans chaque monde il y a un niveau de Torah : il y a la Torah que l'on étudie dans le Gan Eden supérieur et celle que l'on étudie dans le Gan Eden inférieur. Et dans ce monde-ci même, il y a la Torah que Moché Rabbénou a apprise durant quarante jours sur le mont Sinaï, et il y a la Torah qu'un petit enfant apprend à la maternelle. Dans les mondes supérieurs aussi on étudie exactement la même Torah, mais en termes abstraits : lorsque la Michna traite de celui qui échange une vache contre un âne, il ne s'agit pas là de la vache que nous connaissons mais d'une tout autre notion, et ainsi dans chaque monde. Et dans chaque monde où la Torah descend, selon les concepts propres à ce monde, la Chekhina descend avec elle.

Et qu'est-ce que la Chekhina ? La source d'où la vitalité se déverse vers tous les détails qui viennent après elle. À l'image de l'âme de l'homme : la vitalité qui se trouve dans le cerveau est la même vitalité d'où procéderont les 248 membres et les 365 tendons.

Au début du chapitre 51, nous avons appris où réside la Chekhina : dans le Saint des Saints. Dans notre esprit, le Saint des Saints est celui du Temple de Jérusalem, et c'est bien exact. Mais il existe un Saint des Saints dans chaque monde, et dans chaque monde c'est l'endroit où réside la Chekhina, la source qui contient la vitalité de ce monde tout entier. Et qu'est-ce qui donne à la Chekhina la capacité de se révéler ? La Torah, la sagesse divine. Dans chaque monde, la révélation de la Torah propre à ce monde est ce qu'on appelle sa Chekhina, et c'est ce qu'on appelle son Saint des Saints.

L'ordre de la hichtalchelout comporte quatre mondes : Atsilout, Beria, Yetsira et Assia, qui se divisent globalement en deux groupes : d'une part Atsilout, le monde appelé « divinité » ; d'autre part les trois mondes Beria, Yetsira et Assia, désignés dans la 'hassidout par l'acronyme « mondes de BiYA ». Toute la vitalité de BiYA provient de la Chekhina qui les éclaire. À l'image du corps, où chaque membre reçoit ce qui lui convient tandis que le cerveau fait vivre tous les membres, il existe pour ainsi dire un « cerveau » des mondes de BiYA : c'est leur niveau de Chekhina. Et dans l'ordre des sefirot, ce niveau porte un nom précis : Malkhout du monde d'Atsilout, la révélation de la Chekhina d'où viendra l'illumination pour Beria, Yetsira et Assia.

Dans les mots de l'Alter Rebbe : וכמו שכתוב בזהר ועץ חיים שהשכינה שהיא מלכות דאצילות [l'explication de la parenthèse viendra plus loin, passons-la pour l'instant] היא מתלבשת בהיכל קדש הקדשים דבריאה, שהיא חכמה בינה דעת דבריאה, מוחין דבריאה, ובהתלבשותן במלכות דבריאה נבראו הנשמות והמלאכים שבבריאה : « et comme il est écrit dans le Zohar et dans Ets 'Haïm, la Chekhina, qui est Malkhout d'Atsilout, se revêt dans le sanctuaire du Saint des Saints de Beria, c'est-à-dire 'Hokhma, Bina et Daat de Beria, les mo'hine de Beria, et par leur revêtement dans Malkhout de Beria furent créées les âmes et les anges de Beria ».

Comme une chaîne dont l'extrémité inférieure de l'anneau supérieur constitue le début des anneaux qui se trouvent en dessous : ainsi la fin du monde d'Atsilout donne vie au début du monde situé en dessous, le monde de Beria. Le Saint des Saints de Beria est pour ainsi dire ses mo'hine, ses facultés intellectuelles, l'endroit où se concentrent tous les détails de ce monde. Il reçoit de Malkhout d'Atsilout, et de là la vitalité se déverse vers toutes les créatures de Beria.

Dans chaque monde il y a des sefirot et il y a des créatures : les sefirot sont les forces divines qui constituent la source de la vitalité, et les créatures reçoivent des sefirot. À l'image de l'âme humaine : l'homme possède des facultés intérieures, compréhensions et émotions, et c'est d'elles que découlent les actes concrets (« Pourquoi as-tu agi ainsi ? Parce que j'ai compris, parce que j'ai aimé. ») Il en va de même dans les mondes : les créatures sont pour ainsi dire les actes, et les dix sefirot présentes dans les mondes sont ce qui les fait vivre.

  1. De la sefira de Malkhout du monde d'Atsilout, le flux descend vers la Chekhina du monde de Beria, qui est le Saint des Saints et les mo'hine du monde de Beria.

  2. Des mo'hine de Beria se déploie ensuite tout l'ordre de la hichtalchelout : 'Hokhma, Bina, Daat, 'Hessed, Guevoura, Tiferet, Netsa'h, jusqu'à Malkhout ; et de Malkhout de Beria sont créées ses créatures, les âmes et les anges de Beria.

  3. De là le flux passe au monde de Yetsira, où se répète exactement le même processus : vers le Saint des Saints de Yetsira, qui en est les mo'hine, puis à travers tout l'ordre de la hichtalchelout jusqu'à Malkhout de Yetsira, d'où sont créées les créatures du monde de Yetsira. Et ainsi de suite pour le monde situé en dessous.

Il en va de même dans la manière dont l'homme agit sur son entourage : un roi qui porte en lui de nombreux projets et de nombreux sentiments, s'il ne parle pas, personne ne saura ce qu'il veut et rien ne se fera. La parole, comme l'enseigne le Pata'h Eliahou, est appelée Malkhout : la dernière sefira, pour ainsi dire la bouche, et c'est d'elle que découleront tous les actes. Et lorsqu'il parle, que dit-il ? Tout ce qui se trouvait dans son intellect et dans ses émotions, après tout un ordre de hichtalchelout. Il en va ainsi dans chaque monde : au commencement du monde, dans son Saint des Saints, se révèle l'énergie divine de ce monde tout entier, comme les projets qui se révèlent dans l'esprit du roi. De là elle descend à travers tout l'ordre de la hichtalchelout des facultés, jusqu'à la parole, d'où découlent les actes concrets. Tel est l'ordre de la hichtalchelout de chaque monde, dont les créatures sont toutes formées à partir de sa sefira de Malkhout.

Voilà, en résumé, l'idée de la révélation de la Chekhina dans le Saint des Saints, qui se réalise par la Torah : la Torah est à la fois l'essence et la couverture, selon le verset « Il se drape de lumière comme d'un vêtement », et les deux ensemble viennent accomplir cette oeuvre.

Dans le Zohar et dans Ets 'Haïm, le mot « Chekhina » n'apparaît pas : on y parle de « Malkhout d'Atsilout ». Or l'Alter Rebbe, lui, l'appelle Chekhina, et c'est pourquoi il ajoute une explication entre parenthèses : שהיא בחינת גילוי אור אין סוף ברוך הוא וחיות שמאיר לעולמות, ולכן נקראת דבר ה' ורוח פיו כביכול, על דרך משל כמו שבאדם הדיבור הוא מגלה מחשבתו הסתומה ונעלמה להשומעים : « elle est le niveau de révélation de la lumière infinie du Saint béni soit-Il et de la vitalité qui éclaire les mondes, et c'est pourquoi elle est appelée parole de Dieu et souffle de Sa bouche, pour ainsi dire ; à titre de comparaison, de même que chez l'homme la parole révèle aux auditeurs sa pensée fermée et cachée ». La Chekhina, c'est la vitalité qui réside et se revêt, qui vient se révéler dans les détails, et c'est bien là le rôle de Malkhout : venir se révéler en bas. Pour cette raison, Malkhout est appelée parole, puisque toute la fonction de la parole est de révéler ce qui est caché et de le faire descendre en bas.

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que la sagesse de l'homme n'est pas son essence mais une faculté que le Créateur lui a accordée, tandis que chez le Saint béni soit-Il, « Lui, béni soit-Il, et Sa sagesse sont un », דאיהו חכים ולא בחכמה ידיעא, « Il est sage, mais non d'une sagesse connue ». La Torah est donc infiniment plus élevée que le niveau de la Chekhina, et pourtant « elle est descendue par la dissimulation des degrés » jusqu'à se revêtir dans des choses matérielles concrètes : c'est pour cela qu'elle est le vêtement de la lumière de la Chekhina, et que d'elle vivent tous les mondes. Nous avons appris encore que, dans sa descente de monde en monde, la Chekhina est descendue avec elle, et que c'est là le sanctuaire du Saint des Saints de chaque monde, comme l'expliquent le Zohar et Ets 'Haïm : Malkhout d'Atsilout se revêt dans le Saint des Saints de Beria, les mo'hine de Beria, et de leur revêtement dans Malkhout de Beria furent créées les âmes et les anges.

Dans la partie suivante, nous apprendrons que, de même que la hichtalchelout existe pour les créatures de chaque monde, ainsi la Torah elle-même descend dans chaque monde, et que c'est en raison de cette descente que la Torah comporte différentes parties : 'Houmach, Michna et Guemara. Pourquoi le Saint béni soit-Il n'a-t-Il pas révélé Sa sagesse à un seul niveau ? Parce que la division de la Torah correspond au passage d'un monde à l'autre : notre mérite d'étudier la Guemara, la Michna et le 'Houmach est un avant-goût du monde de Beria, du monde de Yetsira et du monde d'Assia, comme nous le verrons avec l'aide de Dieu.