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Chapitre 44 - L'achèvement du sujet des levouchim (les vêtements de l'âme)

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Dans ce chapitre, l'Alter Rebbe achève un sujet qu'il a déjà longuement développé aux chapitres 38 et 39; nous ne nous y attarderons donc pas ici. Rappelons-le tout de même brièvement, car il est indispensable pour comprendre les lignes qui suivent: nous avons appris que le sentiment éveille et introduit des énergies spirituelles à l'intérieur de l'action, et qu'il élève ainsi la mitsva concrète à des niveaux élevés. Au chapitre 39, l'Alter Rebbe entre dans le détail et précise jusqu'où, exactement, cette action s'élève et où elle parvient.

Comme on le sait dans la Kabbale, et plus largement encore dans la 'hassidout, on parle de façon générale de quatre mondes: Atsilout, Beria, Yetsira et Assia. Même si le Chir Hachirim dit « ועלמות אין מספר », « et des mondes sans nombre », c'est-à-dire qu'il existe une infinité de mondes, on en compte globalement quatre. Nous ne développerons pas ce thème, puisqu'il n'apparaît ici que de façon allusive; nous nous contenterons de ce qui est nécessaire pour comprendre, en parcourant les mondes qui nous concernent, de bas en haut.

Le monde de Assia porte bien son nom: assia signifie l'action. Un Juif qui accomplit une mitsva concrète et la fait effectivement, même sans la moindre intention et sans le moindre sentiment, a certes accompli la mitsva, mais son acte reste dans le monde de Assia. Dès qu'il y introduit un sentiment, la mitsva s'élève plus haut.

Dans le domaine du sentiment, deux possibilités existent: le sentiment naturel, c'est-à-dire l'éveil de ce qui est déjà inscrit dans la nature de l'âme, et le sentiment qui naît d'une hitbonenout (une contemplation méditative), autrement dit un sentiment intellectuel. Pour illustrer la différence: l'animal a lui aussi des émotions, et l'homme a des émotions; quelle est la différence? Les émotions de l'animal sont des émotions sans intellect, une nature figée qui ne change pas: le corbeau est cruel et l'aigle est miséricordieux, et telle est tout simplement leur conduite naturelle. L'homme, lui aussi, possède des sentiments naturels, mais il est capable d'un sentiment supérieur: un sentiment issu de la hitbonenout, un sentiment intellectuel, d'un niveau bien plus élevé.

Les anges eux-mêmes, sur ce point, ressemblent aux bêtes et aux animaux, et ce n'est pas une insulte: le prophète Ye'hezkel a vu dans la Merkava supérieure quatre faces, parmi lesquelles une face de bœuf (une bête) et une face de lion (un animal), et ils sont appelés « 'hayot hakodech », les animaux sacrés. Leur limite tient précisément à ce que leur amour et leur crainte sont naturels. L'âme de l'homme, en revanche, est plus haute que celle de l'ange: lui peut parvenir à un sentiment issu de la hitbonenout, et donc élever son service divin jusqu'à un monde plus élevé que celui où se tiennent les anges. La plupart des anges, en effet, se situent dans le monde de Yetsira; il existe aussi des anges à des degrés supérieurs, mais ils sont rares.

De là découle la répartition suivante entre les mondes:

  • Le monde de Assia: celui qui accomplit la mitsva par le seul acte, sans sentiment et sans intention, reste dans le monde de Assia.

  • Le monde de Yetsira: celui qui accomplit une mitsva en y éveillant un sentiment naturel élève son action jusqu'au monde de Yetsira.

  • Le monde de Beria: celui qui éveille le sentiment par la hitbonenout et l'approfondissement de la pensée élève son action jusqu'au monde de Beria.

Tout cela a été développé en détail au chapitre 39; nous ne l'avons rappelé ici que dans la mesure nécessaire. Venons-en maintenant aux termes mêmes de l'Alter Rebbe:

« והנה ב' בחינות אהבות אלו, אף שהן ירושה לנו מאבותינו וכמו טבע בנפשותינו », « Or ces deux formes d'amour, bien qu'elles soient pour nous un héritage de nos pères et comme une nature dans nos âmes »: il s'agit des deux niveaux d'amour étudiés dans la partie précédente, celui de « נפשי אויתיך », « mon âme Te désire », et celui du fils qui se dévoue pour son père. Ces amours sont un héritage de nos pères et sont comme une nature dans notre âme. Dès lors, à première vue, lorsque l'homme les éveille, elles n'auraient le pouvoir d'élever la mitsva que jusqu'au monde de Yetsira, puisqu'il s'agit d'un amour naturel.

« וכן היראה הכלולה בהן, שהיא לירא מליפרד ח\"ו ממקור חיינו ואבינו האמיתי ב\"ה », « et de même la crainte qui y est incluse, à savoir la crainte de se séparer, à D.ieu ne plaise, de la source de notre vie et de notre véritable Père, béni soit-Il »: à l'intérieur de ce même amour naturel se trouve aussi une crainte. L'homme n'est pas seulement attiré vers l'accomplissement de la mitsva, il ne veut pas non plus s'en détacher: la volonté d'être attiré vers la mitsva, c'est l'amour; le sentiment de ne pas vouloir s'en séparer, c'est la crainte.

« אעפ\"כ אינן נקראות בשם דחילו ורחימו טבעיים אלא כשהן במוחו ומחשבתו לבד ותעלומות לבו, ואז מקומן ביו\"ד ספירות דיצירה, ולשם הן מעלות עמהן התורה והמצות הבאות מחמתן ובסיבתן », « malgré cela, elles ne sont appelées de'hilou ure'himou (crainte et amour) naturels que lorsqu'elles demeurent uniquement dans son cerveau, dans sa pensée et dans les profondeurs cachées de son cœur; leur place est alors dans les dix sefirot de Yetsira, et c'est là qu'elles font monter avec elles la Torah et les mitsvot accomplies grâce à elles et à cause d'elles ». Autrement dit: lorsque l'homme n'est pas parvenu à éveiller le sentiment de façon révélée, mais qu'il en a seulement parlé et pensé, et que la chose est restée dans son cerveau, dans sa pensée et dans les replis cachés de son cœur, même si « מחשבה טובה הקב\"ה מצרפה למעשה », « une bonne pensée, le Saint béni soit-Il la joint à l'acte », cela reste du domaine de son naturel et non d'un ressenti, d'une émotion véritable. C'est ce que l'on appelle de'hilou ure'himou naturels, dont la place est dans le monde de Yetsira, et c'est là qu'ils font monter avec eux la Torah et les mitsvot accomplies grâce à eux.

« אבל כשהן בהתגלות לבו נקרא רעותא דלבא בזוהר », « mais lorsqu'elles sont révélées dans son cœur, cela s'appelle dans le Zohar reouta delibba »: si le Juif est parvenu à un sentiment révélé dans son cœur, au ressenti d'un fils envers son père, et plus encore, comme dans l'image rapportée dans la partie précédente au nom du Rebbe, qui disait à un Juif en ye'hidout: un fils qui n'a pas vu son père et qui brûle tout simplement de le serrer dans ses bras, et qui, porté par cet élan, va étudier la Torah. Alors il ne s'agit plus du simple éveil de ce qui est naturel: il a réussi, par la hitbonenout, à parvenir à un ressenti révélé dans le cœur.

Que signifie « reouta delibba »? « Reouta », en araméen, signifie volonté, comme dans l'expression « יהא רעוא קדמך » que l'on dit dans Beri'h Chemeih, ce qui se traduit par « que Ta volonté soit ». « Reouta delibba » signifie donc la volonté du cœur: le cœur veut. Tant que la chose n'existe dans le cœur que de manière naturelle, l'homme ne ressent pas qu'il veut; et lorsqu'il veut, c'est le signe que la chose est active et éveillée en lui. C'est ainsi que le Zohar la nomme.

« ומקומן ביו\"ד ספירות דבריאה, ולשם הן מעלות עמהן התורה והמצות הבאות מחמתן », « et leur place est dans les dix sefirot de Beria, et c'est là qu'elles font monter avec elles la Torah et les mitsvot qui en découlent ». Lorsque l'homme est parvenu à un sentiment révélé, il élève les mitsvot qu'il accomplit jusqu'au monde de Beria. Et pourquoi cela monte-t-il jusqu'à un monde si élevé? « מפני שיציאתן מההעלם והסתר הלב אל בחינת גילוי היא על ידי הדעת ותקיעת המחשבה בחוזק והתבוננות עצומה מעומקא דלבא יתיר ותדיר בא\"ס ב\"ה איך הוא חיינו ממש ואבינו האמיתי ב\"ה », « parce que leur sortie de l'occultation et de la dissimulation du cœur vers l'état de révélation se fait par la da'at, par la fixation vigoureuse de la pensée et par une hitbonenout immense, du plus profond du cœur, intensément et constamment, dans le Ein Sof béni soit-Il, en contemplant comment Il est véritablement notre vie et notre Père authentique, béni soit-Il ». Parvenir à un sentiment révélé est une chose très difficile, et le chemin pour y arriver passe par une hitbonenout intellectuelle abondante, un approfondissement, une concentration, une méditation prolongée, venue du fond du cœur, de manière continue et sans interruption (« yatir utadir »), contemplant le Ein Sof béni soit-Il, comment Il est véritablement notre vie et notre Père authentique. Et puisque cela résulte d'une hitbonenout, cela appartient au monde de Beria.

Mais pourquoi précisément le monde de Beria? « ומודעת זאת מה שכתוב בתיקונים כי בעולם הבריאה מקננא תמן אימא עילאה », « et il est connu ce qui est écrit dans les Tikounim, que dans le monde de Beria niche ima ila'a, la mère supérieure ». « Ima ila'a », dans le langage de la Kabbale, désigne la sefira de Bina. 'Ho'hma et Bina sont appelées « abba » et « ima », le père et la mère (comme cela a déjà été mentionné au chapitre 3): abba, c'est 'Ho'hma, et ima, c'est Bina. On les nomme ainsi tout simplement parce que les midot, les sentiments, sont les « enfants », et que ceux qui engendrent les enfants sont le père et la mère. La Bina déploie et élargit le sujet, à la manière de l'embryon qui, durant neuf mois, reçoit le développement de ses 248 membres et de ses 365 tendons.

« שהיא ההתבוננות באור אין סוף חיי החיים ברוך הוא », « c'est-à-dire la hitbonenout dans la lumière du Ein Sof, la vie des vivants, béni soit-Il », et c'est elle qui illumine le monde de Beria: « וכמאמר אליהו: בינה לבא, ובה הלב מבין », « et comme le dit Eliyahou: Bina, c'est le cœur, et c'est par elle que le cœur comprend », selon les termes du prophète Eliyahou dans Peti'hat Eliyahou. Le cœur se relie à la compréhension du sujet par l'approfondissement de la da'at.

En résumé: dans cette partie, nous avons achevé le sujet des levouchim, les vêtements de l'âme. Bien que les amours évoqués, « כי הוא חיינו » (car Il est notre vie), « נפשי אויתיך » (mon âme Te désire) et « כי הוא אבינו » (car Il est notre Père), soient un héritage de nos pères et comme une nature dans notre âme, il est au pouvoir de l'homme de les élever et de les transformer en sentiments intellectuels. S'ils restent au stade naturel, ou s'ils demeurent uniquement dans le cerveau et dans la pensée, leur place, ainsi que celle de la Torah et des mitsvot (les levouchim de l'âme) qui en découlent, est dans le monde de Yetsira. Mais s'ils s'élèvent jusqu'à un sentiment révélé, par une hitbonenout immense et une fixation vigoureuse de la pensée, alors ils font monter la Torah et les mitsvot jusqu'au monde de Beria, où rayonne « ima ila'a », c'est-à-dire la Bina.

Dans la partie suivante, nous poursuivrons avec les paroles de l'Alter Rebbe et l'achèvement de l'explication de ce sujet.