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Chapitre 42 - Le Daat Elyon de Moché

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L'Alter Rebbe poursuit avec les deux lignes écrites en grandes lettres, où se dévoile ce qu'est Moché Rabbénou. Moché Rabbénou influence quiconque veut recevoir, il donne à tous. Mais qu'en est-il de ceux qui ne lui sont pas reliés ?

  1. Celui qui n'est pas relié de façon directe aura, sans aucun doute, bien plus de mal dans son service divin.

  2. Et pourtant, le chapitre 2 du Tanya l'a déjà établi : il n'existe pas de Juif qui ne soit pas relié du tout. Simplement, chez certains le lien est caché, et il est au pouvoir de l'homme d'ouvrir les canaux. Ici, il est question de celui qui veut puiser en Moché Rabbénou de façon révélée : celui-là puise et reçoit en abondance.

L'âme de Moché Rabbénou est « המושרשת בדעת העליון שביו"ד ספירות דאצילות », « enracinée dans le Daat supérieur des dix sefirot d'Atsilout » : dans le monde d'Atsilout, le monde le plus élevé, qui comporte dix sefirot, et la racine de son âme se trouve dans la sefira de Daat. Ces sefirot sont « המיוחדות במאצילן ברוך הוא », « unies à Celui qui les émane, béni soit-Il », unies au Créateur de la manière la plus merveilleuse et la plus élevée, « שהוא ודעתו אחד והוא המדע כו' », « car Lui et Son savoir sont un, et Il est le savoir lui-même ».

Ne nous attardons pas sur ce point, pour ne pas nous écarter de l'axe central du chapitre, mais disons-le brièvement : il s'agit d'une notion déjà évoquée au début du Tanya. Chez l'homme, tout est composé de détails, tout peut se décomposer et se recomposer. Quand une personne sait qu'il y a là une table, nous avons devant nous trois choses qui se sont jointes : l'homme, la table, et la faculté intellectuelle qui les relie. Trois éléments que l'on peut séparer et que l'on peut unir.

Mais le Créateur est un. Il n'est pas, à D.ieu ne plaise, composé de parties et de détails : Il est entièrement un dans tout ce qui Le concerne. Lorsque le Créateur connaît une chose, il n'y a pas d'un côté le Créateur, puis Sa connaissance, puis l'objet connu. Il est Celui qui connaît, Il est la connaissance, et Il est l'objet connu, selon l'expression du Rambam.

Il en ressort que si l'âme de Moché Rabbénou est enracinée dans la sefira de Daat du monde d'Atsilout, monde qui n'est que révélation de la divinité et où il n'y a aucune division, alors Moché Rabbénou est enraciné dans le Créateur Lui-même.

Et de là, revenons à notre propos : puisque chez Moché Rabbénou la divinité est révélée, son âme venant d'un tout autre endroit, c'est par lui que tout Israël peut se relier à la divinité, et il n'y a pas d'autre voie. Ainsi en a décidé le Saint béni soit-Il : les créatures sont limitées, et le limité ne peut se joindre à l'illimité. Chez Moché Rabbénou, en revanche, il y a une union totale du limité et de l'illimité, et cette union, il la donne à chacun.

Et il s'agit bien ici de Moché Rabbénou tel qu'il était dans un corps physique, celui qui a donné la Torah et qui est descendu du mont Sinaï, le Moché Rabbénou que nous connaissons et que nous étudions dans le 'Houmach. C'est lui qui continue, jusqu'à ce jour, à faire descendre vers chaque Juif la connaissance et la perception, le daat de la divinité.

L'Alter Rebbe ajoute : « ועוד זאת », « et de plus ». Le lien avec Moché Rabbénou ne se résume pas à savoir qu'il y a eu un Moché Rabbénou il y a trois mille ans et que son influence se prolonge jusqu'à aujourd'hui, ses forces étant éternelles. Bien plus que cela : le Saint béni soit-Il veut que chacun d'entre nous puisse se relier à Moché Rabbénou d'une manière plus directe et plus révélée, car voir, ressentir, être proche, quand tout cela est manifeste, au point que l'on peut voir, toucher et savoir de qui il s'agit, agit infiniment plus fort.

C'est pourquoi l'influence de Moché Rabbénou descend de façon plus puissante : « בכל דור ודור יורדין ניצוצין מנשמת משה רבנו ע"ה ומתלבשין בגוף ונפש של חכמי הדור עיני העדה », « à chaque génération descendent des étincelles de l'âme de Moché Rabbénou, que la paix soit sur lui, et elles se revêtent dans le corps et l'âme des sages de la génération, les yeux de la communauté ». Il ne s'agit pas d'un simple rayonnement qui parvient à chaque Juif depuis toujours et pour toujours, mais d'une étincelle à proprement parler.

Quelle est la différence entre un rayonnement et une étincelle ? Un grand brasier éclaire, et l'on peut jouir de sa lumière, mais avec ce rayonnement on ne peut pas allumer un autre brasier. L'étincelle, elle, fait partie du feu lui-même, c'est un morceau de la flamme, et elle a le pouvoir d'allumer un second brasier, car elle est la chose même.

Il y a ici une précision intéressante : l'Alter Rebbe écrit que les étincelles se revêtent « dans le corps et l'âme », et non « dans l'âme et le corps » comme l'ordre logique l'aurait voulu. La raison en est la suivante : qu'on ne vienne pas dire que l'essentiel de Moché Rabbénou se trouve dans l'âme seule, le corps n'étant qu'un support technique. Sache-le : le revêtement de l'étincelle dans le corps se fait avec la même intensité, indépendamment même de ses dimensions spirituelles. C'est pourquoi il place le corps avant l'âme : pour souligner que cela existe aussi bien du côté du corps que du côté de l'âme.

De là vient la coutume des 'hassidim : lorsqu'ils venaient chez le Rebbe, ils venaient simplement regarder. Même celui qui n'entendait rien et ne comprenait rien, le seul fait de regarder agissait en lui, car dans le corps physique même des sages de la génération, les yeux de la communauté, il y a une étincelle de Moché Rabbénou, et dans leur âme, à plus forte raison.

Et que font ces sages de la génération, ces yeux de la communauté ? « ללמד דעת את העם ולידע את גדולת ה' ולעבדו בלב ונפש », « enseigner le daat au peuple, afin qu'il connaisse la grandeur de D.ieu et Le serve du cœur et de l'âme ». Les hommes de cette génération apprennent d'eux le daat.

Il y a deux modes d'action des tsadikim sur leur génération :

  1. Il y a des tsadikim dont l'action sur ceux qui leur sont liés passe par le simple fait de venir et de les regarder. On raconte, au fil des générations, à propos de nombreux grands d'Israël, que le seul fait pour le 'hassid de venir et de poser les yeux sur le Rebbe éveillait en lui une crainte du Ciel et lui donnait des provisions de route pour longtemps.

  2. Et il y a des tsadikim dont l'action consiste à donner quelque chose à celui qui leur est lié, notamment en lui enseignant la Torah. Mais lorsqu'ils enseignent la Torah, ce qui est transmis n'est pas seulement une belle idée : c'est la divinité qu'elle contient, qu'ils ont revêtue dans le contenu étudié. Celui qui étudierait exactement le même type d'idée, mais pas de lui et pas par lui, ne recevrait pas ces mêmes choses.

À quoi cela ressemble-t-il ? Posons d'abord ceci : il est connu qu'il y eut des 'hassidim, non pas des Rebbeïm ni nos maîtres, mais des 'hassidim, d'une stature spirituelle très élevée, qui écrivaient eux-mêmes des maamarim de 'hassidout. Il existe des livres imprimés contenant des maamarim extrêmement profonds et des choses tout à fait admirables, écrits par de grands 'hassidim.

Et pourtant, les 'hassidim n'avaient pas coutume d'étudier dans ces livres. Celui qui voulait vérifier un point précis le consultait, mais on ne s'asseyait pas pour y étudier. Ce sont des ouvrages importants, où se trouvent des choses magnifiques, mais lorsqu'un homme voulait étudier la 'hassidout, par exemple avant la prière, quand il voulait se relier au contenu de la 'hassidout, il prenait et étudiait un maamar du Rebbe, même si parfois, dans ce maamar, les choses sont plus simples et plus faciles, alors que dans l'autre livre il y a une grande profondeur.

Pourquoi donc ? Certainement pas, à D.ieu ne plaise, par crainte que les propos ne soient pas exacts ou pas véridiques. Ils sont la vérité même, et il n'y a aucun doute que chaque mot y est vrai, car leurs auteurs ont puisé à la source sainte, chez nos maîtres.

Un véritable peintre, qui maîtrise l'art de la peinture, peint un visage. Celui qui regarde le tableau se relie à ce visage et en est remué ; le visage devient littéralement vivant.

Vient maintenant quelqu'un qui n'est pas peintre et qui n'entend rien à la peinture. Il prend ce même tableau et le recopie : une imitation exacte, tous les détails y sont. Placez la copie face à l'original : dans la copie, il n'y a pas d'âme. Il y a des yeux, il y a un nez, il y a une bouche, tout est là, et ce n'est pas la même chose. Et celui qui s'y connaît un tant soit peu en peinture distinguera immédiatement le tableau de la copie.

La différence est simple : l'imitateur a tracé un cercle, et il veut que ce cercle évoque un œil. Mais il n'y a pas là un œil, il y a un cercle. Chez le véritable peintre, en revanche, il n'y a pas de cercle, il y a un œil ; l'œil s'exprime à travers un cercle, mais au fond c'est un œil. De même pour le nez, de même pour la bouche. C'est une tout autre approche : le peintre fait entrer l'âme, l'essence, et la revêt de tels ou tels traits, de sorte que lorsque tu regardes les traits, tu ne vois pas des traits mais l'essence. Chez l'imitateur, celui qui regarde voit des traits ; il comprend qu'ici l'auteur a voulu évoquer l'œil et là le nez, il saisit son intention, mais il ne voit pas le visage, il voit des traits.

Telle est la différence : dans un maamar du Rebbe, c'est la divinité elle-même qui est revêtue dans le contenu étudié, tandis que chez un autre, même si les propos sont vrais et admirables, l'essence même ne s'y trouve pas.

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que l'âme de Moché Rabbénou est enracinée dans le Daat supérieur des dix sefirot d'Atsilout, unies à Celui qui les émane, béni soit-Il, « car Lui et Son savoir sont un, et Il est le savoir ». Chez l'homme, celui qui connaît, la connaissance et l'objet connu sont trois choses distinctes, tandis que chez le Créateur, Il est Celui qui connaît, Il est la connaissance et Il est l'objet connu. Il en ressort que Moché est enraciné dans le Créateur Lui-même, et c'est pourquoi c'est précisément par lui que le limité se relie à l'illimité. Nous avons vu l'ajout « et de plus » : à chaque génération descendent des étincelles de l'âme de Moché qui se revêtent dans le corps et l'âme des sages de la génération, les yeux de la communauté. Une étincelle, et non un simple rayonnement, car elle a le pouvoir d'allumer un autre brasier. Nous avons relevé la précision « dans le corps et l'âme », qui enseigne que l'étincelle est présente même du côté du corps, d'où la coutume des 'hassidim de venir chez le Rebbe simplement pour regarder. Enfin, nous nous sommes arrêtés sur les deux modes d'action des tsadikim : le seul fait de les regarder, et l'étude de la Torah auprès d'eux, où la divinité est revêtue à l'intérieur de ce qui est étudié, à l'image du véritable peintre dont le tableau contient un œil et une âme, face à l'imitateur chez qui tout est exact mais où il n'y a que des traits.