Dans la partie précédente, nous avons étudié la descente de la racine à travers les mondes : comment la racine de toutes les nefech, roua'h et nechama de l'ensemble d'Israël descend de degré en degré. Dans cette partie, nous allons approfondir la compréhension des quatre mondes, expliquer ce qu'est Atsilout et ce que sont les mondes de Beria, Yetsira et Assia, et voir comment c'est précisément de là que découlent la nécessité et le lien de chaque Juif avec les chefs de sa génération.
Les quatre mondes :
Il est connu dans la 'hassidout, et nous l'étudierons encore bien des fois dans le Tanya, que même si certains textes expliquent que les mondes sont innombrables, on les répartit de manière générale en quatre mondes : Atsilout, Beria, Yetsira et Assia. Le monde d'Atsilout est le plus élevé d'entre eux, et son nom lui vient de deux raisons :
Atsilout, de l'expression « etslo » (auprès de Lui) : c'est le monde le plus proche de Lui, béni soit-Il.
Atsilout, au sens de « prélever » : comme dans le verset dit à propos de Moché Rabbénou, lorsque le Saint béni soit-Il lui ordonna de rassembler soixante-dix hommes parmi les anciens d'Israël : "וַיָּאצֶל מִן הָרוּחַ אֲשֶׁר עָלָיו וַיִּתֵּן עַל שִׁבְעִים אִישׁ הַזְּקֵנִים" (« Il préleva de l'esprit qui était sur lui et le posa sur les soixante-dix hommes, les anciens »). « Vayaatsel » a le sens de prélèvement : il a prélevé de lui-même et l'a posé sur eux, exactement la même chose sans aucun changement, le même point même. Et Rachi apporte là une parabole : à quoi Moché ressemblait-il à cet instant ? À une bougie que l'on allume à partir d'une autre bougie, où c'est le même feu même qui passe à la seconde bougie sans le moindre changement.
Il ressort que tout le contenu du monde d'Atsilout est Divinité pure : c'est le plus élevé, le plus spirituel, le plus saint et le plus pur des mondes. Il n'y existe ni réalité de « yech » (existence autonome), ni réalité de mal, et c'est à partir d'Atsilout et en dessous que commence le changement. C'est pourquoi, bien souvent dans la 'hassidout, on ne compte pas les quatre ensemble sous l'acronyme ABYA, mais on les divise : Atsilout à part, et les mondes de BYA (Beria, Yetsira, Assia) comme un ensemble en quelque sorte distinct, qui descend d'Atsilout. Ce sont des mondes plus bas, où commencent une réalité de « yech », une réalité de mal et une réalité d'éloignement de la Divinité, tout cela dans l'imagination des créatures, jusqu'à ce monde matériel où nous nous trouvons.
Le parcours de l'âme à travers les mondes :
Chaque âme qui se trouve dans un corps humain traverse tout cet ordre, et nous le disons nous-mêmes chaque matin dans la prière : "אֱלֹקי, נְשָׁמָה שֶׁנָּתַתָּ בִּי טְהוֹרָה הִיא" (« Mon D.ieu, l'âme que Tu as placée en moi est pure ») : le mot « pure » renvoie au monde d'Atsilout, monde de pureté absolue. Et ensuite : "אַתָּה בְרָאתָהּ, אַתָּה יְצַרְתָּהּ... וְאַתָּה נָפַחְתָּהּ בִּי" (« Tu l'as créée, Tu l'as formée... et Tu l'as insufflée en moi »), soit l'ordre d'Atsilout, Beria, Yetsira et Assia. Chaque âme parcourt l'ensemble du trajet, et elle ne peut descendre dans un corps humain qu'après l'avoir parcouru en entier.
Revenons à la parabole : toutes les parties du corps humain ont traversé les neuf mois entiers, même si certaines parties sont déjà prêtes dès les premières étapes. Le cœur bat dès le début du chemin, et pourtant il attend patiemment et traverse tout le processus. Ainsi chaque âme traverse les quatre mondes. Sauf qu'il existe des âmes appelées « âmes d'Atsilout ». Cela ne veut pas dire qu'elles sont restées dans le monde d'Atsilout, puisqu'elles se trouvent ici-bas, mais que même telles qu'elles sont ici-bas, elles sont demeurées des âmes d'Atsilout : elles sont passées par Beria, Yetsira et Assia et sont malgré tout restées à leur niveau, exactement comme le cœur qui a traversé les neuf mois sans que le processus le matérialise au point d'en faire des mains, des ongles ou des cheveux. Les autres parties se sont matérialisées, et lui est resté cœur. Une telle âme a reçu, par la volonté du Créateur du monde, en passant par le monde d'Atsilout, la puissance, la sainteté et l'élévation de ce monde, et de là elle n'a fait que parcourir le trajet en restant Atsilout.
Et à l'autre extrémité : une âme qui est passée par Atsilout, Beria et Yetsira, et c'est ici, dans le monde d'Assia, qu'elle a reçu sa fonction et sa mission. D'elle aussi nous disons « l'âme que Tu as placée en moi », elle aussi s'est trouvée un jour dans Atsilout, sauf que son statut est celui des ongles : leur origine est dans cette même goutte, et c'est à la fin du chemin qu'ils ont reçu leur forme et sont devenus des ongles. Voilà la réponse à la question de savoir comment se produisent de telles différences, des âmes élevées aux âmes plus basses : parce qu'il y a eu ici un processus de neuf mois dans le ventre maternel, ce qui signifie, de manière générale, le seder hichtalchelout des quatre mondes. Et bien entendu, dans chaque monde il y a dix sefirot, chaque sefira est composée de dix, et dans chacune d'elles il y a des degrés à l'infini. C'est pourquoi toutes les âmes d'Atsilout ne se valent pas entre elles, il y a en elles aussi une multitude de degrés, mais nous parlons ici de manière générale.
Dans les mots de l'Alter Rebbe :
Relisons la phrase : "שורש כל הנפש רוח ונשמה של כללות ישראל למעלה" (« la racine de toutes les nefech, roua'h et nechama de l'ensemble d'Israël, en haut »), la racine de tous se trouvant en ce même point, "אך בירידתו ממדרגה למדרגה על ידי השתלשלות העולמות אצילות בריאה יצירה עשייה" (« mais lors de sa descente de degré en degré par la hichtalchelout des mondes d'Atsilout, Beria, Yetsira, Assia »). Or dans chaque monde il y a dix sefirot, dont la première est 'Hokhma, et il ressort que le degré le plus élevé de tous est 'Hokhma d'Atsilout : "מחכמתו יתברך" (« de Sa sagesse, béni soit-Il »), et jusqu'en bas, "כדכתיב כולם בחכמה עשית" (« comme il est écrit : Tu les as tous faits avec sagesse »). Cette phrase contient les deux extrêmes : « 'Hokhma », le degré le plus élevé du monde d'Atsilout, et « Tu as fait », le monde d'Assia, le plus bas de tous. Tous, depuis 'Hokhma jusqu'à Assia, sont reliés à la même racine, sauf que chacun a reçu selon son degré.
Et qu'a produit ce seder hichtalchelout, qu'ont produit ces neuf mois ? "נשתלשלו ונמשכו ממנו נפש רוח ונשמה של עמי הארץ ופחותי הערך" (« se sont enchaînées et ont découlé de lui les nefech, roua'h et nechama des gens simples et des personnes de moindre valeur »). Si le seder hichtalchelout avait été court, d'un seul monde, tous auraient été au niveau d'Avraham Avinou et de Moché Rabbénou : tous « tête ». Mais parce qu'il existe un seder hichtalchelout de quatre mondes, qui correspond aux neuf mois dans le ventre maternel, sont apparues aussi des âmes arrivées au terme du parcours, et c'est là qu'elles ont reçu leur essence. Et malgré cela, elles aussi sont reliées à ce même premier point, et rien de leur puissance ne s'est amoindri.
Ici, il est important de comprendre : chacun a une fonction différente dans le monde et chacun a sa propre mission. C'est pour cela que son âme est descendue ici-bas, et en conséquence il reçoit son viatique selon ce dont son âme est faite. Il n'y a là aucun choix ; c'est une « part de D.ieu d'en haut », et l'homme ne peut pas y intervenir. Celui qui se trouve à un degré spirituel plus bas, c'est ce qu'il a reçu, et on ne viendra pas lui reprocher de ne pas avoir été Moché Rabbénou. Comme le disait le célèbre adage de Rabbi Zoucha d'Anipoli : lorsqu'on me demandera des comptes, on me demandera pourquoi tu n'as pas été Zoucha, et non pourquoi tu n'as pas été quelqu'un d'autre. Chacun est appelé à être le maximum de son propre degré.
Et quelle est la preuve que, même au degré le plus bas, l'âme n'a pas perdu sa puissance ?
La preuve est simple, et comme il est écrit à plusieurs reprises dans le Tanya : même les âmes appelées « les plus légers des légers » et « gens du peuple », lorsqu'elles sont confrontées à l'épreuve de la foi ou, à D.ieu ne plaise, du reniement, nous avons constaté au fil des générations qu'elles donnent le plus souvent réellement leur vie pour la sanctification du Nom divin. Et la raison en est que leur âme est reliée à ce même point et n'est prête à y renoncer en aucune manière ; c'est pourquoi elle est prête à mourir al Kidouch Hachem, pour ne pas se couper, à D.ieu ne plaise, du Créateur du monde. Il ressort que même l'âme la plus basse de toutes appartient à ce même point supérieur, et que son degré inférieur ne change rien à son lien avec le père.
Mais comment cette âme lui est-elle reliée, elle qui, dans le nimchal, est appelée « les nefech, roua'h et nechama des gens simples et des personnes de moindre valeur », et qui, dans la parabole, correspond aux ongles ?
À cela l'Alter Rebbe répond : "ועם כל זה עודנה קשורות ומיוחדות באחדות נפלאה ועצומה במהותן ועצמותן הראשון" (« et malgré tout cela, elles demeurent liées et unies d'une unité merveilleuse et puissante à leur essence et à leur être premier »). L'âme la plus basse de toutes est reliée à la racine, et non pas d'un lien seulement historique, d'autrefois, mais maintenant même : au moment où elle est une âme dans un corps matériel, au degré des gens simples et des personnes de moindre valeur, placée au bout du monde et ne sachant même pas qu'elle est juive, même alors elle est reliée au père, au Saint béni soit-Il, d'un lien vivant à cet instant même, exactement comme l'ongle est relié à cet instant même au père, au cerveau.
Et quelle en est la source ? "שהיא המשכת חכמה עילאה" (« car elle est l'extension de la 'Hokhma supérieure »). La « 'Hokhma ilaa » est le degré le plus élevé de 'Hokhma d'Atsilout, et c'est là que chaque Juif est relié à tout instant. De même que le grand tsaddik est relié à la racine, ainsi l'homme simple lui est relié. Reste à savoir comment ce lien s'opère, et c'est ici qu'intervient la troisième étape de la parabole : les ongles ne peuvent pas venir trouver le père et lui dire « nous te sommes reliés directement ». Le père ne connaît les ongles qu'à travers le cerveau du fils ; le cerveau du fils est relié au cerveau du père, et c'est par lui que les ongles lui sont reliés eux aussi.
La nécessité des chefs de la génération :
Et à quoi cela correspond-il dans le nimchal ? "כי יניקת וחיות נפש רוח ונשמה של עמי הארץ ופחותי הערך היא מנפש רוח ונשמה של הצדיקים והחכמים ראשי בני ישראל שבדורם" (« car l'alimentation et la vitalité des nefech, roua'h et nechama des gens simples et des personnes de moindre valeur proviennent des nefech, roua'h et nechama des tsaddikim et des sages, les têtes des enfants d'Israël de leur génération »). Tous les degrés, jusqu'aux plus bas d'entre eux, même ceux des gens les plus simples, et bien entendu aussi les degrés qui leur sont supérieurs, tout doit passer par le cerveau. Dans la parabole, le cerveau du fils, nous savons ce que c'est ; et dans le nimchal, qui est le fils ? Le peuple d'Israël : "בנים אתם לה' אלוקיכם" (« vous êtes des fils pour l'Éternel votre D.ieu »). Et de même que dans le fils il y a un cerveau et des membres plus bas, ainsi dans le peuple d'Israël il y a un cerveau, les tsaddikim et les sages, têtes des enfants d'Israël, et il y a des âmes plus basses. Et qui est le père ? Le Saint béni soit-Il, la racine supérieure, 'Hokhma ilaa.
Pour que le Juif soit relié au père, cela doit nécessairement passer par les tsaddikim et les sages, chefs des enfants d'Israël de leur génération. Il n'existe aucune possibilité d'être relié au Créateur du monde de manière directe ; ainsi en a décidé le Saint béni soit-Il, et cela est dit en de nombreux endroits. Ainsi est-il dit : "וַיַּאֲמִינוּ בַּה' וּבְמֹשֶׁה עַבְדּוֹ" (« et ils crurent en l'Éternel et en Moché Son serviteur »), et nos Sages ont dit à ce sujet : quiconque croit en Moché Rabbénou, c'est comme s'il croyait au Créateur du monde. Et quel est le lien entre les deux ? C'est qu'il n'y a pas de foi dans le Créateur du monde sans cette alimentation qui vient de Moché Rabbénou, des sages et des tsaddikim de la génération, et cela ne peut en aucune façon se faire de manière directe.
Et cette alimentation existe même si l'homme ne la ressent pas, comme nous le verrons par la suite. Si l'on demandait à l'ongle s'il ressent son lien avec le cerveau, il est possible qu'il ne saurait même pas de quoi il s'agit, et pourtant le fait est qu'il lui est relié. Ainsi chaque Juif s'alimente du tsaddik, même s'il ne le ressent pas, ne le sait pas et même ne le veut pas ; cela ne dépend pas de lui et il n'y a là aucun choix. Le Saint béni soit-Il a décidé que la Torah serait donnée par l'intermédiaire de Moché Rabbénou : "תּוֹרָה צִוָּה לָנוּ מֹשֶׁה" (« Moché nous a prescrit la Torah »), et tel est l'ordre qu'Il a fixé. Au mont Sinaï, le Saint béni soit-Il a donné la Torah au peuple d'Israël par l'intermédiaire de Moché Rabbénou, et lorsqu'ils ont tenté de la recevoir directement, ils n'ont pas pu le supporter, et ce sont eux-mêmes qui ont demandé : "דַּבֵּר אַתָּה עִמָּנוּ וְנִשְׁמָעָה" (« parle-nous toi, et nous écouterons »). Le peuple d'Israël lui-même a compris que cela ne pouvait pas se maintenir de façon directe, et que cela devait nécessairement passer par les têtes des enfants d'Israël de leur génération.
En résumé : dans cette partie, nous avons étudié les quatre mondes généraux, Atsilout, Beria, Yetsira et Assia, ainsi que la distinction entre Atsilout, monde de Divinité et de pureté totale, et les mondes de BYA, où commencent une réalité de « yech » et d'éloignement. Nous avons vu comment ce seder hichtalchelout, qui correspond aux neuf mois dans le ventre maternel, a produit la diversité entre âmes élevées et âmes plus basses, et comment malgré tout elles sont toutes reliées à ce même point supérieur, 'Hokhma ilaa, comme le prouve le don de soi al Kidouch Hachem même chez les plus simples du peuple. Et pour finir, nous sommes arrivés au principe central : le lien du Juif avec le Créateur du monde ne peut pas être direct, il doit nécessairement passer par les têtes des enfants d'Israël de leur génération, exactement comme l'ongle n'est relié au père que par le cerveau du fils.
Dans la partie suivante, nous traiterons de la question de savoir comment ce lien avec le tsaddik se réalise : cette alimentation venant des chefs de la génération est-elle intérieure (penimi) ou extérieure ('hitsoni), et quelle est la signification de cette distinction pour chaque Juif.