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Chapitre 29 - La parabole du bois que l'on fend

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Le chapitre 29 du Likoutei Amarim se trouve au folio 35b (page 70). Comme nous l'avons signalé avant d'aborder le chapitre 26, jusqu'à ce chapitre l'Alter Rebbe avait exposé la voie que l'on attend du beinoni ; à partir du chapitre 26, il traite des difficultés et des obstacles qui freinent sa progression dans le service divin, et de la manière de les affronter et d'y répondre. Les chapitres 26, 27 et 28 étaient consacrés pour l'essentiel à la tristesse : d'où elle vient et comment y faire face, et nous nous y sommes longuement arrêtés. Dans le chapitre 29, comme dans le chapitre 30, nous aborderons une autre notion : le timtoum halev, l'obstruction du coeur. Qu'est-ce que c'est, et comment traiter ce problème ?

En réalité, l'Alter Rebbe avait déjà mentionné cette notion dès l'ouverture du chapitre 26, en écrivant qu'il est impossible de vaincre le yetser "בעצלות וכבדות הנמשכות מעצבות וטמטום הלב" ("par la paresse et la lourdeur qui découlent de la tristesse et de l'obstruction du coeur"). Mais dans les chapitres suivants, il a surtout traité le premier point, la tristesse. Il reste donc un problème central à examiner : le timtoum halev.

C'est ainsi que l'Alter Rebbe ouvre notre chapitre : "אך עוד אחת" ("mais il reste encore une chose"), c'est-à-dire un sujet qu'il faut encore traiter, "צריך לשית עצות בנפשות הבינונים אשר לפעמים ועתים רבים יש להם טמטום הלב" ("il faut trouver des conseils pour les âmes des beinonim, qui parfois, et bien souvent, souffrent de l'obstruction du coeur"). Il faut chercher des moyens pour que le beinoni se libère de cet état ou du moins y fasse face, et il ne s'agit pas d'un incident isolé : "ועתים רבים", "et bien souvent", c'est un phénomène qui revient fréquemment.

Qu'est-ce que le timtoum halev ?

Nous avons appris au chapitre 17 que le beinoni "מוחו ברשותו" ("son cerveau est en son pouvoir") : tout homme doté d'un cerveau a son cerveau en son pouvoir, c'est-à-dire qu'il peut méditer sur la grandeur de Hachem, et cette hitbonenout engendrera en lui, à tout le moins, un amour caché. Le timtoum halev est l'état où, bien que son cerveau soit en son pouvoir et qu'il médite sur des sujets censés l'éveiller, le coeur reste bouché et ne s'éveille à aucun sentiment, pas même au niveau de l'amour caché.

Il se crée un blocage total entre le cerveau et le coeur : l'étroitesse de la gorge qui les sépare, à l'image de Mitsrayim (l'Égypte, de la racine "metsar", l'étroitesse), et le coeur devient comme une pierre, selon l'expression du verset "et J'ôterai le coeur de pierre". Un coeur de chair est tendre : dès qu'on le touche, quelque chose bouge en lui ; dans une pierre, rien ne se produit. C'est pourquoi le beinoni ne parvient d'aucune façon à ouvrir son coeur "לעבודה שבלב זו תפלה" ("au service du coeur, c'est-à-dire la prière").

Les deux domaines que le timtoum halev vient perturber :

  1. Dans le "assé tov" (faire le bien), la prière : chaque mitsva réclame du sentiment, mais le sentiment est un supplément à la mitsva, car c'est l'acte qui est l'essentiel : même si l'homme n'a éprouvé aucune émotion en l'accomplissant, rien ne manque à la substance de la mitsva. Certes, il lui manque l'âme, la vitalité et l'intériorité, mais la mitsva existe. Dans la prière, en revanche, nous disons chaque jour dans le Chema "et Le servir de tout votre coeur", et nos Sages ont expliqué : quel est le service du coeur ? C'est la prière. Toute l'essence de la prière est le coeur. Dès lors, celui qui prononce les mots sans aucun sentiment, c'est la substance même de sa prière qui est manquante. Pour les autres mitsvot, on peut dire "les coeurs suivent les actes", l'essentiel est d'agir et le reste finira par venir ; mais dans la prière, si le coeur manque, tout manque.

  2. Dans le "sour méra" (s'écarter du mal), la sainteté dans le permis : dans ce qui est interdit, le beinoni ne trébuche pas, car s'il trébuchait il ne serait pas un beinoni ; de plus, sa kabbolas ol, son acceptation du joug de la royauté céleste, est assez forte pour qu'il ne commette aucune transgression, même sans le moindre sentiment. Mais lorsqu'on arrive à ce qui est permis, comme nous l'avons évoqué au chapitre 27, il y a le principe de "sanctifie-toi dans ce qui t'est permis" : être saint, c'est-à-dire séparé. Cela exige une certaine chaleur et un souci réel, un désir intérieur de s'élever, et la seule compréhension intellectuelle que c'est une bonne chose ne suffit pas : lorsqu'il n'y a pas de sentiment pour une chose, elle ne se fera pas. Selon les mots de l'Alter Rebbe, il arrive que l'homme "לא יוכל להלחם עם היצר לקדש את עצמו במותר לו מפני כבדות שבלבו" ("ne puisse pas lutter contre le yetser pour se sanctifier dans ce qui lui est permis, à cause de la lourdeur de son coeur").

Cette lourdeur est le fruit du timtoum halev, comme l'Alter Rebbe l'a indiqué au chapitre 26 en disant que la lourdeur découle de l'obstruction du coeur. Il apparaît donc que la perturbation touche les deux plans à la fois : le "assé tov", puisque la prière n'est plus une prière, et le "sour méra", puisque l'homme ne s'écarte pas des choses au sujet desquelles il est dit "sanctifie-toi dans ce qui t'est permis".

Une remarque s'impose : par nature, le coeur devrait être gouverné par le cerveau, sauf qu'ici intervient un facteur intérieur qui bouche le passage et ne laisse pas l'hitbonenout descendre jusqu'au coeur. Et il est expliqué que ce phénomène est caractéristique précisément du beinoni. Celui qui n'est pas un beinoni et qui trébuche de temps à autre sur telle ou telle chose ne connaît pas particulièrement ce problème, car sur différents points son coeur s'éveille encore et s'émeut. Mais le beinoni, qui sur le plan des actes est parfaitement en ordre et apparaît de l'extérieur comme un tsaddik, c'est justement cette image qui risque de lui nuire : elle engendre en lui un certain ego qui bouche son coeur. Il se dit : après tout, je suis en ordre, tout le monde voit que je suis en ordre, et que me manque-t-il s'il n'y a au-dedans ni chaleur ni lumière ? Ce qui se passe à l'intérieur, de toute façon, personne ne le sait, et cela ne coûte rien à son image. Voilà pourquoi il faut chercher des conseils précisément "בנפשות הבינונים" ("pour les âmes des beinonim"), et dans ce chapitre l'Alter Rebbe va enseigner ce que l'homme doit garder constamment en mémoire pour que son image ne l'enfle pas et ne le trouble pas ; et s'il ne respecte pas les limites qui vont être tracées ici, c'est précisément son statut de beinoni qui se retourne contre lui.

[Et que l'on ne dise pas que tout cela ne nous concerne pas : nous avons déjà appris dans les chapitres précédents que la mesure du beinoni est la mesure de tout homme, et que chacun doit être un beinoni. C'est à partir de ce présupposé que sont donnés les conseils qui suivent.]

Le conseil du Zohar HaKadoch :

L'Alter Rebbe écrit : "וזאת היא עצה היעוצה בזהר הקדוש" ("et voici le conseil donné dans le saint Zohar"). Il va maintenant citer un passage du Zohar, puis l'expliquer en quelques lignes. Il faut préciser d'emblée que le passage du Zohar ne parle pas spécifiquement des beinonim, mais même des réchaïm, alors que l'Alter Rebbe, lui, parle des beinonim ; une fois la citation et son explication achevées, nous pourrons relever les différences entre le langage du Zohar et ses propres mots.

Le texte du Zohar commence : "דאמר רב מתיבתא בגן עדן" ("comme l'a dit le maître de l'académie du Gan Eden"), le chef de la yéchiva du Gan Eden, qui siège avec les âmes et leur donne des directives avant leur descente dans ce monde, afin qu'elles sachent quels problèmes les attendent et quelle voie elles doivent suivre.

Et avant la citation elle-même, il faut encore poser un point : le verset dit "car l'homme est l'arbre du champ" ; dès lors, celui qui veut savoir comment affronter les problèmes de l'homme peut l'apprendre de l'arbre. En particulier selon ce qui est expliqué (et ce n'est pas ici le lieu de s'y étendre), que "car l'homme est l'arbre du champ" vise surtout le côté émotionnel de l'homme : c'est le coeur qui ressemble à l'arbre, et c'est là une explication en soi.

En résumé : dans cette partie, nous avons vu qu'après les chapitres 26 à 28 consacrés à la tristesse, l'Alter Rebbe ouvre le chapitre 29 par "אך עוד אחת" ("mais il reste encore une chose"), le problème qui demeure, le timtoum halev, déjà mentionné au chapitre 26. Le timtoum halev, c'est l'obstruction du coeur, alors même que le cerveau du beinoni est en son pouvoir : un blocage entre le cerveau et le coeur, à l'image du "coeur de pierre". Cette obstruction porte atteinte sur deux plans : dans le "assé tov", la prière, dont toute l'essence est le service du coeur, et dans le "sour méra", le "sanctifie-toi dans ce qui t'est permis", qui exige chaleur et souci réel, et que la lourdeur du coeur empêche. Nous avons souligné que ce phénomène est caractéristique précisément du beinoni, dont l'image extérieure risque de boucher le coeur, et nous avons commencé le conseil donné dans le saint Zohar au nom du maître de l'académie du Gan Eden, fondé sur le verset "car l'homme est l'arbre du champ".

Dans la partie suivante, nous étudierons le texte même du Zohar, la parabole de l'arbre, ainsi que l'explication qu'en donne l'Alter Rebbe et son application au service du beinoni.