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Chapitre 19 - La lumière de l'Ein Sof dans la 'hokhma de l'âme et la guéoula

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Dans la partie précédente, nous avons étudié en détail les propos de l'Alter Rebbe au chapitre 18 : la lumière de l'Ein Sof réside dans l'âme à un niveau appelé 'hokhma, "בחינת החכמה שבנפש שבה אור אין סוף ברוך הוא" (le niveau de la 'hokhma de l'âme, dans laquelle se trouve la lumière de l'Ein Sof, béni soit-Il). Puisqu'il s'agit du niveau de la 'hokhma de l'âme, qui se situe d'emblée au-dessus de la compréhension et au-dessus de l'intellect, on comprend pourquoi elle engendre des choses qui échappent à toute logique : la kelot hanefesh (l'élan de l'âme qui se consume vers D.ieu) n'est pas une chose rationnelle, c'est un désir sans raisonnement. On ne peut pas lui poser de questions, car elle ne se mesure pas aux règles de l'intellect, et c'est précisément pour cela qu'elle jaillit sans aucun frein.

Traduisons cela dans la vie de tous les jours, comme l'Alter Rebbe va le développer plus loin : que signifie un tel amour pour le Saint béni soit-Il ? Lorsque cet amour éclate chez le Juif, il devient impossible qu'il accomplisse quoi que ce soit contre la volonté de D.ieu. Car toute l'essence de cet amour, c'est le désir de s'échapper même du corps, et à plus forte raison de tout ce qui fait obstacle à l'âme. Quand le niveau de la 'hokhma de l'âme se dévoile, il n'existe au monde aucun empêchement capable d'arrêter l'homme, ni argument rationnel ni autre chose. C'est l'image de la mèche qui tente de retenir la flamme : rien n'y fait, la flamme est en permanence dans un mouvement de fuite vers le haut. Ainsi se réalise le verset : "כי קרוב אליך הדבר מאוד... ובלבבך לעשותו" (car cette chose est très proche de toi... et dans ton cœur pour l'accomplir).

Le problème, comme nous allons le voir, c'est que ce niveau de la 'hokhma de l'âme n'est pas révélé en permanence. C'est pourquoi l'Alter Rebbe l'appellera plus loin "אהבה מסותרת", un amour caché. À première vue, c'est une contradiction dans les termes : l'amour est un mouvement de l'âme qui se manifeste, alors que "caché" désigne ce qui se dissimule. Si c'est de l'amour, il n'est pas caché ; et s'il est caché, ce n'est pas de l'amour. Comment les deux tiennent-ils ensemble ? La réponse : du côté du Juif lui-même, il s'agit d'un amour sans limite ; la dissimulation vient uniquement des voiles et des écrans posés sur nous, qui nous empêchent de le révéler.

"וזהו כלל בכל סטרא דקדושה שאינו אלא מה שנמשך מחכמה שנקרא קודש העליון" (voici une règle générale pour tout ce qui relève du côté de la sainteté : il n'est rien d'autre que ce qui découle de la 'hokhma, appelée "le Saint suprême"). C'est une règle pour tout ce qui touche au côté de la kedoucha. Qu'est-ce que la sainteté ? La sainteté, c'est la 'hokhma de l'âme à son sommet absolu : le bittul total, l'effacement complet devant le Créateur du monde. Et dès qu'il manque ce bittul absolu envers le Créateur, une déviation par rapport au côté de la sainteté commence déjà.

On peut comparer cela à une courbe : à son point de départ, la déviation est minime, mais au bout de la courbe on se retrouve extrêmement loin. Il suffit que la direction ne soit pas la bonne, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas de bittul absolu envers le Créateur, pour que le terme du processus soit très éloigné. Aux premières étapes, la chose peut encore se situer dans le domaine de la sainteté, à l'image de ce que dit la Guemara du Satan, que lui aussi agit "pour le Ciel" ; mais comme la direction n'est pas celle du bittul total à la divinité, le bout de la courbe aboutit très loin. Il en va de même pour celui qui agit "על מנת לקבל פרס" (en vue de recevoir une récompense), selon l'expression des Pirkei Avot : cela veut dire que l'homme se préoccupe de sa propre existence, de son ego, à un degré ou à un autre. Il peut s'agir d'un niveau élevé, mais puisque c'est un souci de sa personnalité privée, même s'il se trouve aujourd'hui dans un univers de bien et de sainteté, il pourra en sortir plus loin sur le chemin des choses opposées. Car la légère déviation hors de la sainteté, c'est précisément la déviation hors du bittul envers l'Ein Sof. Voilà pourquoi la Michna dit : "אל תהיו כעבדים המשמשים את הרב על מנת לקבל פרס" (ne soyez pas comme des serviteurs qui servent leur maître en vue de recevoir une récompense). Même si, à un certain stade, la chose est bonne, ce n'est pas la voie, car il peut en sortir ce qui n'est pas bon. Et même chez un Juif, un "ego saint" reste, en fin de compte, un ego.

Pourquoi la 'hokhma est-elle appelée "קודש", le Saint ? La kedoucha vient du kodech, et "kodech" signifie une séparation absolue : une séparation de tout domaine d'ego, de matérialité et d'éloignement de la divinité. C'est pourquoi la 'hokhma est "קודש העליון", le Saint suprême, "הבטל במציאות באור אין סוף ברוך הוא המלובש בו, ואינו דבר בפני עצמו כנ"ל" (annulé dans son existence même au sein de la lumière de l'Ein Sof qui s'y revêt, et n'étant pas une entité à part, comme expliqué plus haut). La 'hokhma est bittul absolu : elle n'a pas d'existence autonome et il n'y a en elle aucun ego. "ולכן נקרא 'כח מ"ה'" (c'est pourquoi elle est appelée "koa'h ma"), une force qui est de l'ordre du "ma", du "quoi ?", que l'on ne peut ni décrire ni saisir.

"והוא הפך ממש מבחינת הקליפה וסטרא אחרא שממנה נפשות אומות העולם" (et c'est exactement l'opposé du niveau de la kelipa et de la sitra a'hra, dont proviennent les âmes des nations du monde). La 'hokhma est l'opposé absolu de la kelipa et de l'impureté. Ce qui caractérise la kelipa et l'impureté, c'est l'ego, à tous les niveaux. La racine du mal commence même plus haut, dans les mondes supérieurs, sauf que là-haut la chose a l'apparence de la sainteté.

Un exemple dans la Michna des Pirkei Avot : "quelle différence y a-t-il entre les élèves d'Avraham Avinou et les élèves de Bilaam le racha ?" La question se pose : pourquoi la Michna ne demande-t-elle pas quelle différence il y a entre Avraham Avinou lui-même et Bilaam le racha ? L'une des explications : Bilaam était un racha complet, mais il était prophète, à un niveau parallèle à celui de Moché Rabbénou du côté de l'impureté. Il est rapporté que, de même que le Saint béni soit-Il a donné Moché Rabbénou au peuple d'Israël, Il a suscité un prophète pour les nations du monde, afin qu'elles ne puissent pas dire dans le futur : "pourquoi ne nous as-Tu pas donné de prophète ?" À son niveau, il est entièrement impureté ; mais quand on le regarde, il est parfois difficile de repérer cette impureté : on voit chez lui des paroles de prophétie, des choses élevées, et l'on pourrait un instant se tromper et penser qu'il y a en lui quelque chose de saint et de bon. Où la différence apparaît-elle alors ? Chez ses élèves, dans la suite qui sort de lui à la génération suivante, et là l'écart est radical. Et quelle est cette différence ? Chez les élèves d'Avraham Avinou : "נפש שפלה", une âme humble ; chez les élèves de Bilaam le racha : "רוח גבוהה", un esprit orgueilleux, c'est-à-dire l'ego.

L'Alter Rebbe emploie trois expressions pour définir l'essence de la kelipa et de la sitra a'hra dont proviennent les âmes des nations du monde :

  • "דעבדין לגרמייהו" - une expression déjà citée à la fin du chapitre 1 du Tanya : "וכל טיבו דעבדין - לגרמייהו עבדין", tout le bien que font les nations du monde, elles le font "legarmaïhou", ce qui se traduit en hébreu par : pour elles-mêmes, pour leur ego et leurs intérêts.

  • "ואמרין הב הב" - l'expression du verset dans Michlei : "לעלוקה שתי בנות הב הב" (la sangsue a deux filles : donne, donne). Le Zohar explique qu'il s'agit de ceux qui prient uniquement pour eux-mêmes : ils se tiennent en prière et demandent seulement que les choses aillent bien pour eux, sans demander la délivrance de la Che'hina ni la révélation de la divinité dans le monde. "הב" signifie : apporte, donne-moi.

  • "והלעיטני" - l'expression employée par Essav à Yaakov lorsqu'il lui demanda de "ce rouge, ce rouge" : j'ouvre la bouche et toi, verse dedans, donne-moi. Voilà la kelipa : uniquement recevoir, et ne rien donner.

Tout cela n'a qu'un but : "להיות יש ודבר בפני עצמו כנזכר לעיל" (être un "yech", une entité existant par elle-même, comme mentionné plus haut), ce qui est "הפך בחינת החכמה" (l'exact opposé du niveau de la 'hokhma). Car la 'hokhma, c'est le bittul : l'homme ne cherche rien pour lui-même, il ne cherche qu'à s'annuler. Celui en qui brille la 'hokhma est prêt à renoncer à son existence propre, comme la flamme attachée à la mèche : elle n'a aucun ego, bien au contraire, elle crie sans cesse pour se détacher et s'élancer au dehors.

"ולכן נקראים מתים" (c'est pourquoi ils sont appelés morts). Voilà l'explication de ce qui est dit des rechaïm, que de leur vivant ils sont appelés morts. En apparence, on les voit marcher et aller et venir : pourquoi donc sont-ils appelés morts ? Mais "כי החכמה תחיה" (car la 'hokhma fait vivre), selon le verset cité également au chapitre précédent : "והחכמה תחיה את בעליה" (la sagesse fait vivre celui qui la possède) ; c'est la 'hokhma qui donne la vie. "וכתיב ימותו ולא בחכמה" (et il est écrit : ils mourront, et non par la sagesse) : là où il n'y a pas de révélation de la 'hokhma, là "ils mourront".

Le point essentiel : lorsque se dévoile chez le Juif le point de la 'hokhma de l'âme, celui-ci le conduit à un bittul absolu envers l'Ein Sof, à la kelot hanefesh et à l'attachement au Saint béni soit-Il à chaque instant et à n'importe quel prix, sans qu'aucune tentation puisse le faire tomber. Tout cela à condition que la 'hokhma de l'âme brille effectivement, et alors il n'existe vraiment rien au monde qui puisse faire tomber l'homme, puisqu'il se trouve au sommet de la révélation.

Dans la suite du chapitre, l'Alter Rebbe va expliquer comment il se peut que, chez le Juif, cette 'hokhma de l'âme se trouve à l'état endormi, dans un état de sommeil. [Cela rejoint le verset "בשוב ה' את שיבת ציון היינו כחולמים" (quand D.ieu ramènera les exilés de Tsion, nous serons comme des rêveurs). Que signifie "nous serons comme des rêveurs" ? Cela permet de comprendre comment nous avons pu, durant l'exil, commettre des actes insensés : ne voyions-nous donc pas la vérité ? Mais nous étions comme des rêveurs : dans un rêve, on peut réunir des contraires sans la moindre difficulté, monter et descendre dans la même seconde sans ressentir la moindre contradiction. Au moment où l'on se réveille de ce sommeil, c'est la guéoula ; et la guéoula privée de chacun, c'est aussi son réveil de son sommeil et la révélation de la 'hokhma de son âme.]

Voilà la singularité de cette partie du Tanya : à partir du chapitre 18, l'Alter Rebbe vient donner au Juif les outils pour se réveiller et pour éveiller la 'hokhma de son âme, et il verra alors que "cette chose est très proche de toi". Il n'a pas besoin d'inventer quoi que ce soit de nouveau : jusqu'au chapitre 18, nous avons étudié le chemin que l'homme doit emprunter, méditer et approfondir, et ce n'est qu'après cet effort qu'un sentiment peut naître, un travail qui demande du temps. À partir d'ici, on lui dit : la force de la 'hokhma existe en toi et tout est déjà actif, simplement tu es endormi ; jette-toi de l'eau froide au visage et réveille-toi. Dès qu'il se réveillera, il verra que l'âme est active et qu'elle brûle de s'attacher au Saint béni soit-Il, et que "cette chose est très proche de toi".

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que la lumière de l'Ein Sof réside dans la 'hokhma de l'âme, laquelle se situe au-dessus de l'intellect ; c'est pourquoi, lorsqu'elle brille, rien n'arrête l'amour du Juif pour le Saint béni soit-Il, et c'est à cause des voiles et des écrans qu'elle est appelée "amour caché". Nous avons vu la règle selon laquelle tout ce qui relève du côté de la sainteté n'est que ce qui découle de la 'hokhma, appelée "kodech haelyon", annulée dans son existence même au sein de la lumière de l'Ein Sof et n'étant en rien une entité à part ; et, face à elle, la kelipa et la sitra a'hra dont toute l'essence est ego et existence propre : "legarmaïhou", "hav hav" et "עלי תני". C'est pourquoi ils sont appelés morts, puisque "la 'hokhma fait vivre". Nous avons également vu la différence entre les élèves d'Avraham Avinou et ceux de Bilaam le racha, "une âme humble" contre "un esprit orgueilleux", ainsi que l'état d'exil comparé à un rêve dans lequel se mêlent les contraires.

Dans la partie suivante, nous poursuivrons le chapitre : comment il se peut que la 'hokhma de l'âme se trouve chez le Juif à l'état endormi, et comment l'homme se réveille de ce sommeil et la révèle concrètement. Et puisse-t-il être Sa volonté que, de la guéoula privée de chacun, nous arrivions avec l'aide de D.ieu à la guéoula générale et complète de tout le peuple d'Israël.