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Introduction - Chapitre 17

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Nous voici arrivés, avec l'aide de Hachem, au chapitre 17. Dès la page de titre du Tanya, l'Alter Rebbe écrit que l'ouvrage est fondé sur le verset « car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l'accomplir ». Tel est le but du livre tout entier : « expliquer clairement en quoi elle est très proche », c'est-à-dire comment l'accomplissement de la Torah et des mitsvot est réellement à la portée de chacun. Et il ajoute, à la fin de cette même page de titre, que l'explication se fera « par une voie longue et courte, avec l'aide de Hachem ».

Comme nous l'avons longuement étudié, l'une des explications de cette expression « voie longue et courte » est qu'il y a dans le Tanya deux chemins par lesquels l'Alter Rebbe démontre au Juif que la chose lui est très proche : un premier chemin, long, et un second, court. Selon cette lecture, le chapitre 17 est le dernier chapitre de la voie longue; à partir du chapitre 18, l'Alter Rebbe passe à une autre voie, la voie courte.

Le fil conducteur de tous ces chapitres, jusqu'au chapitre 16 inclus, et donc aussi du chapitre 17 que nous abordons maintenant, est le suivant : pour que l'homme parvienne à accomplir la Torah et les mitsvot, il lui faut atteindre un état où il y a chez lui à la fois une hitbonenout (une méditation réfléchie) et un ressenti dans le cœur, les deux ensemble. Lorsque la réflexion et l'émotion sont réunies, elles le conduisent à un accomplissement plein de la Torah et des mitsvot. Voilà la voie longue. Quant à la voie courte et à sa particularité, nous l'étudierons avec l'aide de Hachem lorsque nous commencerons le chapitre 18.

Dans le chapitre 16, l'Alter Rebbe a introduit une grande nouveauté. D'un côté, il est de la plus haute importance que le Juif ait un ressenti, car l'émotion élève l'acte de la mitsva : nous avons dit que ce ressenti est comme des ailes qui soulèvent tout le service divin du Juif et y insufflent de la vie. Mais d'un autre côté, il arrive que l'homme ne parvienne pas à éveiller cette émotion : il médite, et le maximum qu'il atteint est un assentiment intellectuel, la conclusion qu'il est juste et convenable d'agir ainsi, sans pour autant être ému. La raison en est que son âme, dès le départ, n'est pas capable d'aller au-delà d'un accord et d'une inclination de l'intellect, sans véritable émotion.

Lorsque l'homme n'atteint pas une émotion réellement active, manque-t-il quelque chose à la vitalité de ses mitsvot ? [Autrement dit : son cœur ne bat pas plus vite sous l'effet de l'amour de Hachem, seul son intellect comprend et aboutit à la conclusion qu'il est juste et convenable d'agir ainsi.] Sur ce point, l'Alter Rebbe a innové au chapitre 16 : il ne manque rien. Et il y a rattaché la parole de nos Sages, « une bonne pensée, le Saint béni soit-Il la joint à l'acte ». Un Juif qui n'a qu'une « bonne pensée », c'est-à-dire que la conclusion qu'il est bon, juste et convenable d'agir ainsi existe chez lui dans la tête, dans la pensée, mais ne descend pas pour imprégner le cœur, eh bien le Saint béni soit-Il joint même ce ressenti purement intellectuel à l'acte et l'élève. Voilà le résumé du chapitre 16.

Et c'est dans la continuité directe de cela que l'Alter Rebbe ouvre le chapitre 17 : « ובזה יובן מה שכתוב כי קרוב אליך הדבר מאד בפיך ובלבבך לעשותו », « par là se comprend ce qui est écrit : car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l'accomplir ».

Le verset se trouve dans le livre de Dévarim, dans la paracha Nitsavim. Moché Rabbénou se tient devant la dernière génération, celle qui est sur le point d'entrer en terre d'Israël et dont il va se séparer, et il dit : « car tu reviendras vers Hachem ton D.ieu de tout ton cœur et de toute ton âme », puis : « car ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est pas trop extraordinaire pour toi ni hors d'atteinte. Il n'est pas dans les cieux, pour que tu dises : qui montera pour nous au ciel afin de le prendre pour nous et de nous le faire entendre, pour que nous l'accomplissions ? Et il n'est pas au-delà de la mer, pour que tu dises : qui traversera pour nous la mer afin de le prendre pour nous et de nous le faire entendre, pour que nous l'accomplissions ? » Et vient alors notre verset : « car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l'accomplir ».

À quoi Moché Rabbénou fait-il allusion en disant « cette chose » ? Les commentateurs proposent deux explications :

  1. Il s'agit de ce qui a été dit au début du passage, « car tu reviendras vers Hachem ton D.ieu », c'est-à-dire que c'est le travail de la techouva qui est très proche de l'homme.

  2. Il s'agit de la Torah dans son ensemble : « car ce commandement » renvoie à l'accomplissement de la Torah et des mitsvot dans leur globalité.

Dans ce chapitre, l'Alter Rebbe se rapporte aux deux explications : dans la première partie du chapitre, il explique que « cette chose » désigne l'ensemble de la Torah et des mitsvot, et à la fin du chapitre, il expliquera que cela vaut également pour le travail de la techouva.

Selon la première explication, par laquelle il commence : la Torah affirme que l'ensemble de la Torah et des mitsvot est très proche de chacun, et elle énumère trois choses, « dans ta bouche, dans ton cœur, pour l'accomplir » :

  • « Dans ta bouche » : la parole.

  • « Dans ton cœur » : selon une explication, la pensée; selon une autre, qui est le sens simple du mot cœur, l'émotion.

  • « Pour l'accomplir » : l'action.

Or, à première vue, lorsqu'on fait les comptes, quelque chose demeure incompréhensible. Pour « dans ta bouche », prononcer ce qui est requis, et pour « pour l'accomplir », exécuter ce qui est requis, on peut l'exiger de l'homme : même si la chose ne lui convient pas et qu'il ne la comprend pas, s'il en décide ainsi, il est capable de dire et capable de faire. De même, si l'on explique que « dans ton cœur » désigne la pensée, on peut encore dire qu'il a le pouvoir d'introduire tel contenu dans sa pensée et de décider à quoi il va penser. Mais selon le sens simple, où « dans ton cœur » désigne une émotion réellement éprouvée dans le cœur, l'amour et la crainte, comment la Torah peut-elle dire que la chose « est très proche de toi » ?

L'Alter Rebbe soulève la difficulté en trois étapes :

Première difficulté : la chose contredit l'expérience sensible.

« דלכאורה הוא בלבבך נגד החוש שלנו », « car à première vue, ce 'dans ton cœur' va à l'encontre de notre expérience ». Simplement et concrètement, chacun sait que l'amour de D.ieu n'est pas une chose que l'on introduit dans son cœur de manière technique. C'est ce qu'exprime la célèbre formule du sage, dans le Hovot HaLevavot : « de même qu'il est impossible que le feu et l'eau résident dans un même récipient, ainsi l'amour de Hachem et l'amour de ce monde ne peuvent résider dans le cœur du croyant ». L'homme est naturellement attiré par l'amour de ce monde, et faire entrer l'amour de Hachem a un prix : déraciner l'amour de ce monde. Il se trouve donc que la chose contredit l'expérience : non seulement elle n'est pas proche, mais elle est très éloignée et très difficile, « retourner son cœur des désirs de ce monde vers un amour véritable de Hachem ». Comment, dès lors, la Torah peut-elle dire « car cette chose est proche de toi », et ajouter encore « très » ?

L'Alter Rebbe ajoute ici, entre parenthèses : « והתורה היא נצחית », « et la Torah est éternelle ». Il vient écarter une objection possible : d'où savons-nous que, lorsque Moché Rabbénou a dit « car cette chose est très proche de toi », il nous parlait aussi à nous ? Peut-être s'adressait-il à cette génération-là, la génération du désert, juste avant l'entrée en terre d'Israël, une génération de connaissance qui a vécu quarante ans auprès de Moché Rabbénou ? Certes, pour les mitsvot, il est évident qu'elles sont éternelles, et personne ne viendra dire que la mitsva des téfiline n'a été donnée qu'à cette génération. Mais ici, il s'agit apparemment d'un récit : Moché Rabbénou leur décrit une situation, il ne leur donne pas une instruction. « Elle n'est pas dans les cieux », « elle n'est pas au-delà de la mer », « car elle est proche de toi ». Et dans un récit, on aurait pu penser qu'il s'adressait précisément à eux. À cela l'Alter Rebbe répond : si ce récit a été inscrit dans la Torah, c'est que la Torah est éternelle. Moché Rabbénou a dit à sa génération énormément de choses, et tout ce qu'il a dit n'a pas été inscrit dans la Torah; seule « la prophétie nécessaire aux générations a été consignée par écrit », tandis que ce qui était ponctuel, propre à cette génération, ne l'a pas été. Par conséquent, c'est à nous aussi que Moché Rabbénou parle lorsqu'il dit « car cette chose est très proche de toi ».

Deuxième difficulté : même pour cette génération-là, la chose était difficile.

« שאין קרוב מאד הדבר להפך לבו מתאוות עוה"ז לאהבת ה' באמת », « qu'il n'est pas du tout très proche de retourner son cœur des désirs de ce monde vers un amour véritable de Hachem ». Une précision préalable : parmi les émotions, il y a l'amour et il y a la crainte, et l'amour est bien plus difficile à susciter que la crainte. Bien que l'amour soit plus accessible et plus agréable, c'est précisément à son sujet que vaut la règle selon laquelle l'amour de Hachem et l'amour de ce monde ne peuvent cohabiter dans un même cœur; pour la crainte, cette règle ne s'applique pas : un homme peut avoir la crainte du Ciel tout en craignant l'ours et le lion, sans aucune contradiction. Autre différence : la crainte n'exige pas la proximité, comme il est dit lors du don de la Torah, « le peuple vit, ils tremblèrent et se tinrent à distance ». On peut se tenir à distance et craindre. L'amour, en revanche, naît de la proximité : celui qui aime est celui qui est proche et attaché. C'est pourquoi il est plus difficile d'éveiller l'amour que la crainte.

« וכמ"ש בגמרא אטו יראה מילתא זוטרתי היא וכל שכן אהבה », « et comme il est écrit dans la Guemara : la crainte serait-elle donc une petite affaire ? à plus forte raison l'amour ». Au sujet de la crainte, pourtant plus aisée, la Guemara dans Bérakhot dit : « Rabbi 'Hanina a dit : tout est entre les mains du Ciel, sauf la crainte du Ciel, comme il est dit : et maintenant Israël, que demande Hachem ton D.ieu de toi, sinon de craindre ». Le libellé du verset laisse entendre que, somme toute, le Saint béni soit-Il ne demande à l'homme que la crainte du Ciel, et la Guemara demande aussitôt : « la crainte serait-elle donc une petite affaire ? » Est-ce donc une chose facile que la crainte du Ciel ? Elle est au contraire extrêmement difficile. Et si tel est le cas pour la crainte, pour l'amour, « à plus forte raison ».

Troisième difficulté : la chose paraît tout simplement impossible.

L'Alter Rebbe cite ici les termes du Midrach dans Béréchit Rabba : « וגם אמרו רז"ל דצדיקים דווקא לבם ברשותם », « et nos Sages ont dit également que seuls les tsadikim ont leur cœur en leur pouvoir ». Seul chez les tsadikim le cœur est à leur disposition : le tsadik décide qu'il veut maintenant aimer Hachem, et il aime; il veut la crainte, et il a la crainte. Mais les tsadikim sont peu nombreux, selon l'expression de nos Sages, « le Saint béni soit-Il vit que les tsadikim sont peu nombreux », et celui qui ne se trouve pas au niveau de tsadik n'a pas son cœur en son pouvoir : ce n'est pas lui qui décide de ce qu'il y aura dans son cœur. Que veut donc dire la Torah en affirmant « car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l'accomplir » ?

[« Dans ton cœur », au sens simple, désigne une émotion réelle : un amour et un élan que l'on ressent dans le cœur, au point que l'on pourrait mesurer ses battements et constater que l'homme est ému. Il est vrai qu'il existe certains moments où l'on éprouve une proximité et un élan particuliers, mais cela ne suffit pas : car toute expression de l'amour que l'on pourra mentionner, y compris la dvékout (l'attachement), est un niveau auquel on n'accède qu'à partir d'une disposition et d'une préparation intérieure, et après tout cela on parviendra peut-être à un certain point, ce qui n'est pas « très proche ». Dire que « proche » ne signifie pas « facile » ne suffit pas davantage : celui qui se trouve à quelques mètres du sommet de la montagne, alors que c'est justement la dernière portion qui est la plus dure de toutes, on ne dira pas de sa situation qu'elle est « très proche ». « Très proche » veut dire accessible, et c'est là toute la question : si la chose est difficile et exige effort et travail, où est-il, ce « cette chose est très proche de toi » ?]

En résumé : dans cette partie, nous avons vu que le chapitre 17 est le dernier chapitre de la voie longue, dont l'objet est d'amener l'homme à accomplir la Torah et les mitsvot à partir de la hitbonenout et de l'émotion réunies; nous avons revu la nouveauté du chapitre 16, à savoir que même celui qui n'atteint qu'un assentiment intellectuel ne manque de rien dans la vitalité de ses mitsvot, puisque « une bonne pensée, le Saint béni soit-Il la joint à l'acte »; nous nous sommes arrêtés sur l'ouverture du chapitre 17 par le verset « car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l'accomplir », sur les deux explications du mot « chose », la techouva ou l'ensemble de la Torah et des mitsvot, et sur les trois points de difficulté concernant « dans ton cœur » : le fait que cela contredise l'expérience sensible, la difficulté qui existait même pour cette génération-là (et le raisonnement a fortiori à partir de la crainte), et les paroles du Midrach selon lesquelles seuls les tsadikim ont leur cœur en leur pouvoir.

Dans la partie suivante, nous aborderons l'explication que donne l'Alter Rebbe de ce verset, et comment, effectivement, « cette chose est très proche de toi » pour chacun et chacune.