Le cinquième enseignement de l'auteur du Zéra Chimchon sur Chir HaChirim porte sur un court verset du premier chapitre, soulevant l'une des questions de foi les plus ardues et douloureuses : pourquoi les Justes sont-ils fauchés pour les fautes de leur génération ? Suivons la démarche du Rav, faite de réponses minutieuses, construites pas à pas, qui méritent une attention particulière à chaque étape du raisonnement.
אֶשְׁכֹּל הַכֹּפֶר דּוֹדִי לִי בְּכַרְמֵי עֵין גֶּדִי׃ (א, יד) - Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné dans les vignes d'Ein Guédi.
Le Midrach enseigne : Lorsque Tes enfants tombent dans la faute et les mauvaises actions, Je considère le plus grand d'entre eux, capable de dire « Assez ! » à l'attribut de Rigueur, et Je le prends en gage pour eux. En d'autres termes, lorsqu'il y a des transgressions au sein d'Israël, le Saint, béni soit-Il, regarde le Tsadik capable d'expier pour l'ensemble du peuple ; Il dit alors à la Rigueur d'arrêter, et prend le Juste en gage pour eux. C'est pourquoi il est nommé « Hakôfer » - car il expie les fautes d'Israël.
Et plusieurs Midrachim rapportent que le plus éminent est châtié pour les fautes de la génération. De même, au neuvième chapitre du traité Berakhot, sur le verset « Et Il dit : Assez ! Cesse maintenant », nos Sages interprètent : « Prends le Maître d'entre eux, prends le plus grand d'entre eux ».
L'auteur souligne : tout cela exige une explication. Pourquoi donc toute l'assemblée commettrait-elle des fautes, et la colère divine s'abattrait-elle sur le plus grand d'entre eux, qui n'a pourtant jamais goûté au péché ? En apparence, la justice semble bafouée : tous commettent des péchés, le grand d'entre eux est vertueux, et l'on prend précisément ce Tsadik à cause des fautes de tous. Il semblerait à première vue que la justice soit lésée, que le jugement n'ait pas été rendu équitablement.
Ce principe trouve aussi sa source dans le verset : « Il juge les nations, amoncelant les cadavres ; Il écrase la tête sur une terre populeuse ». Lorsque Hachem juge les nations du monde, c'est « plein de cadavres » : un tsunami, trois cent mille victimes. Mais au sein du peuple d'Israël, « Il écrase la tête » : Hachem prend un seul Tsadik, et cela « sur une terre populeuse », en rançon pour une multitude d'hommes.
Le Torat 'Haïm, dans le traité 'Houlin (page 86a), explique que le Saint, béni soit-Il, a créé Son monde en associant l'attribut de Miséricorde à celui de Rigueur. Car s'Il l'avait créé uniquement selon la Rigueur, les hommes n'auraient pas survécu un seul instant dès qu'ils auraient péché, chaque faute, même infime, étant immédiatement punie sur-le-champ, et le monde n'aurait pu subsister. Et s'Il l'avait créé uniquement selon la Miséricorde, personne n'aurait jamais été puni, ce qui était tout aussi impossible : le chaos régnerait, chacun agirait à sa guise sans jamais être inquiété.
C'est pourquoi Il les a associées : si le monde se rend coupable, chacun de ces deux attributs reçoit sa part, la moitié revenant à la Miséricorde et l'autre moitié à la Rigueur. Hachem a partagé l'exercice de l'autorité entre les deux attributs pour que tous deux gouvernent, en une sorte de « gouvernement d'union » de la Rigueur et de la Miséricorde.
Par conséquent, lorsque « les ennemis d'Israël » méritent l'extermination (euphémisme pour désigner Israël) et qu'une colère divine éclate, à Dieu ne plaise, il faut accorder à la Rigueur et à la Miséricorde leur part respective, moitié-moitié. Une punition s'impose, mais le jugement ne va pas jusqu'à la destruction totale, tout comme une clémence absolue demeure impossible.
Et que fait le Saint, béni soit-Il ? Il divise Israël en deux parts égales : le grand de la génération représente une part, et tout Israël représente la seconde, car l'un équivaut à l'autre. Tous dépendent en effet de lui, et il s'avère qu'il est le tout - « Le monde entier n'est nourri qu'en considération de 'Hanina, Mon fils ». Si nous devions peser sur une balance, d'un côté Klal Israël et de l'autre le grand de la génération, ils feraient exactement le même poids.
Il aurait donc été logique que l'attribut de Justice prenne tout Israël dans son lot pour le châtier, puisque ce sont eux qui ont fauté, tandis que l'attribut de Miséricorde prendrait le grand de la génération dans son lot pour lui faire grâce - comme le Saint, béni soit-Il, l'avait dit à Moché : « Laisse-Moi, que Je les anéantisse et fasse de toi une grande nation » : toi, le Tsadik, tu resteras, et tous les autres périront.
Cependant, Il a, qu'Il soit béni, fait prévaloir dès le début de la Création l'attribut de Miséricorde sur l'attribut de Justice, ainsi qu'il est écrit : « Le jour où l'Éternel Dieu fit la terre et les cieux », ce qui signifie que l'attribut de Miséricorde doit exercer une autorité prépondérante, comme l'explique Rachi. C'est pourquoi l'attribut de Miséricorde a la priorité pour choisir son lot, et il prend la part la plus belle et la plus vaste - tout Israël, afin que le monde subsiste. Et que reste-t-il à l'attribut de Justice ? Le Tsadik sur l'autre plateau de la balance. Et on lui dit : prends le plus éminent d'entre eux, le plus grand d'entre eux, pour ton lot - et par là, la seconde part revenue à l'attribut de Miséricorde, c'est-à-dire le plateau de tout Israël, obtient son expiation.
On raconte au sujet de Baba Salé qu'on lui demanda avant son décès : le Rav n'avait-il pas dit qu'il avait reçu la promesse du Ciel de mériter d'assister à la venue du Machia'h ? Il leur répondit : c'est exact, et j'ai moi-même posé la question, et l'on m'a répondu : « Veux-tu qu'un tiers du monde périsse ? » Baba Salé dit alors : « En ce cas, non, je préfère quitter ce monde. »
De même pour le 'Hafets 'Haïm : à son époque, son gendre quitta ce monde, et ce gendre était un homme d'une justice et d'une grandeur exceptionnelles. Sa fille, l'épouse du défunt, lui demanda : « Pourquoi ? Un tel Tsadik, un être si exceptionnel, il y a pourtant bien assez d'impies dans le monde, pourquoi précisément lui ? » Le 'Hafets 'Haïm lui répondit : « Et que voulais-tu, qu'Hachem prenne la moitié du monde ? » On voit bien ici le principe - « Il brise la tête sur une vaste terre », Hachem en prend un, et par là s'opère l'expiation pour tout le reste du plateau de la balance.
L'auteur observe : avec tout le respect dû au Torat 'Haïm, la difficulté demeure entière. Premièrement, comment l'attribut de Justice pourrait-il dominer sur des justes qui n'ont commis aucune faute ? Pourquoi la rigueur aurait-elle la moindre emprise sur eux ? De plus, à Dieu ne plaise que les justes tombent dans le lot de l'attribut de Justice ! Car nos Sages ont enseigné dans le troisième chapitre de Moëd Katan : à Dieu ne plaise d'associer l'hameçon et la flamme aux justes. Et il est rapporté à la fin du premier chapitre de Sota : ce n'est pas uniquement pour Moché qu'il a été dit que sa mort s'est faite par un baiser divin, mais tous les justes meurent par un baiser de la bouche d'Hachem. Comment est-il concevable d'affirmer qu'ils tombent aux mains de l'attribut de Justice, comme si l'attribut de Justice venait les faucher ?
Et la Guémara rapporte là-bas : Rav Achi dit à Bar Kipok : « En ce jour-là, que diras-tu ? » - le jour où tu prononceras mon oraison funèbre, que diras-tu ? Il lui répondit : « Si la flamme a pris les cèdres, que feront les hysopes du mur ? Si le Léviathan a été remonté par l'hameçon - c'est-à-dire Rav Achi - que feront les fretins, c'est-à-dire nous ? Si l'hameçon est tombé dans un torrent impétueux, que feront les eaux des marécages, où il est bien plus aisé de pêcher les poissons ? » Bar Avine lui dit : « À Dieu ne plaise que l'on prononce les termes d'hameçon et de flamme au sujet des justes ! » L'objection se pose donc de même contre le Torat 'Haïm : l'attribut de Justice appliqué aux justes ? Comment est-ce possible ? Bien au contraire, la mort des justes s'opère par le baiser divin, selon la parole d'Hachem, et ils n'appartiennent nullement au lot de l'attribut de Justice.
Et l'auteur ajoute : passe encore si les hommes faisaient Téchouva lors du décès du Tsadik ; mais s'ils ne se repentent pas et continuent d'accumuler péché sur péché, l'attribut de Justice reviendra immanquablement à la charge pour accuser les pécheurs, et il n'y aura plus de Tsadik pour expier et les protéger. Au fond, qu'y a-t-on gagné ? Le Tsadik est parti, et le peuple n'a pas fait Téchouva. Car il s'agit d'impies : qu'importe véritablement aux impies que Rav Nissim Karelitz soit décédé, que Rav Ovadia Yossef soit décédé, que le 'Hafets 'Haïm soit décédé ? Dès lors, ils ne font pas Téchouva, l'attribut de Justice reprendra ses accusations, il n'y aura plus de Tsadik pour les défendre, et ils en viendront à l'anéantissement, à Dieu ne plaise.
Et l'auteur apporte une première réponse : on pourrait dire à ce sujet que c'est là la raison pour laquelle nos Sages ont dit : « Un juste ne quitte le monde que lorsqu'a été créé un juste semblable à lui ». Il n'existe aucune situation où le monde se trouve dépourvu de juste, et il y a toujours un autre juste pour assurer l'existence du monde. C'est le sens du verset : « Le soleil se lève et le soleil se couche » - avant même que ne se couche le soleil d'un juste, Hachem fait déjà briller le soleil d'un autre juste.
Mais la difficulté persiste, souligne l'auteur : car s'ils continuent à pécher et que l'attribut de Justice revient accuser, ce nouveau Tsadik devra lui aussi mourir. Et si l'on avance qu'un autre Tsadik naîtra, cela ne prendra jamais fin ! L'accusation reprendra et emportera ce Tsadik, puis reprendra encore pour emporter le suivant ; tous les justes devraient-ils donc disparaître ? En effet, ils n'ont pas fait Téchouva, et l'accusation se répète sans cesse. De surcroît, le principe même selon lequel le Tsadik doive souffrir pour les fautes de la communauté reste inconcevable pour la simple raison et l'intellect.
De plus, le principe même semble contestable : suite à la faute d'Adam Harichon, les justes n'auraient pas dû mourir. En effet, les justes sont de bons arbres qui produisent des fruits, « Le juste fleurira comme le palmier », et le verset affirme : « Tu ne détruiras point ses arbres en y portant la cognée... car tu en mangeras, tu ne l'abattras point ». Si le juste est assimilé à un arbre, il semblerait illogique que le juste meure tandis que le reste du peuple reste en vie.
Autre difficulté : comment la mort du juste peut-elle expier pour les pécheurs ? Passe encore s'ils ont fait techouva. Mais s'ils ne font pas techouva, par quoi obtiennent-ils l'expiation ? Et si l'on prétend que la capara provient de la douleur qu'ils éprouvent d'avoir perdu le juste, dans ce cas, que le Saint, béni soit-Il, leur envoie une autre peine sans faire mourir le juste ! Au lieu de la perte du juste - un krach boursier, par exemple, qui cause un chagrin bien plus immense à un bien plus grand nombre de personnes !
Il est également rapporté au troisième chapitre du traité Moëd Katan qu'à la mort de Rav Assi (« ki nah nafchei »), tous les arbres furent déracinés (« it'akrou kol ilanya »). Quel est le rapport entre ce prodige et la disparition du juste ? Pourquoi précisément les arbres furent-ils déracinés ? D'autres événements auraient pu se produire, comme une crue de fleuve ou d'autres phénomènes semblables. Pourquoi le déracinement des arbres fut-il précisément l'expression de la douleur lors du décès du juste ?
Les notes et références citent le Ya'arot Devach au sujet de la question soulevée ici, à savoir si la mort des justes expie même sans techouva. Dans l'ouvrage « Amar Chmouel » d'Ibn Habib, il est écrit que la mort des justes n'expie qu'accompagnée de la techouva, c'est-à-dire qu'elle ne suffit pas à elle seule. Dans Chérit Israël et dans le livre « Moché Yedaber », il est enseigné que la mort des justes suspend le jugement et que les épreuves l'achèvent, constituant ainsi une expiation partielle qui nécessite d'autres souffrances pour une purification totale. Et dans Nahal Yits'hak, il écrit que selon l'avis de Rabbi, pour qui Yom Kippour expie sans techouva, la mort des justes expie également sans techouva : l'essence même de la disparition du juste expie tout comme l'essence du jour saint, car la mort des justes est mise en parallèle avec Yom Kippour. Nous constatons donc qu'il existe ici plusieurs approches.
Rappelons ce que nous avons appris dans le Derekh Hachem du Ram'hal, qui aborde lui aussi la question soulevée par l'auteur du Zéra Chimchon : quelle est la logique pour que le juste paie le prix à la place de l'ensemble du peuple qui a péché ? Et il explique qu'il n'existe pas de mérite plus grand et plus prodigieux pour un juste que de mourir en expiation pour le peuple, car ainsi tous vivent grâce à lui et par son mérite. Tout juste aspire à cela - être une expiation pour tout le peuple d'Israël. La grandeur de sa récompense est incommensurable. C'est pourquoi il ne faut pas s'apitoyer sur lui en pensant : « Quel malheur pour ce juste, lui est mort alors que ce sont eux qui ont péché ! » Sachez plutôt qu'il s'agit de la plus haute élévation à laquelle le juste aspire, et nul ne peut mesurer l'immensité de sa rétribution. C'est ainsi que tranche le Ram'hal, mais poursuivons selon la voie tracée par l'auteur du Zéra Chimchon.
Pour résoudre toutes ces questions, l'auteur s'appuie d'abord sur ce qu'ont enseigné nos Sages, de mémoire bénie : lors de la création du monde, la terre transgressa l'ordre du Saint, béni soit-Il. Il lui avait ordonné de produire un « arbre de fruit », c'est-à-dire dont le bois fût comestible tout comme le fruit, mais elle dévia et fit pousser un « arbre produisant du fruit », dont seul le fruit est comestible et non le bois. Malgré cela, elle ne fut point maudite et ne reçut aucun châtiment sur le moment. Cependant, après qu'Adam eut péché en mangeant de l'arbre, la terre fut également châtiée pour sa faute et maudite, comme il est écrit : « Maudit soit le sol à cause de toi ».
Et les commentateurs avancent une explication lumineuse : l'altération commise par la terre fut précisément ce qui poussa l'homme à pécher. Le Kli Yakar s'arrête sur ce point et explique : ce qui amena Adam Harichon à fauter découle du péché de la terre. Puisque la terre avait désobéi, elle était déjà défectueuse, or l'homme fut formé à partir de la terre - il fut donc créé à partir d'une matière imparfaite, vicié dès l'origine. C'est de là que découla la faute de l'Arbre de la connaissance, et c'est pourquoi c'est la terre qui devait en payer le prix.
L'auteur explique ce lien d'une autre manière : Adam et 'Hava remarquèrent la singularité de l'Arbre de la connaissance par rapport à tous les autres arbres, car chez lui, le goût du bois était identique à celui du fruit, contrairement aux autres espèces, et c'est pour cela qu'ils se laissèrent séduire par les propos du serpent. Ils savaient que la terre avait reçu l'ordre de rendre aussi bien le bois que le fruit comestibles, et ils virent que seul l'Arbre de la connaissance répondait à ce critère, alors que pour tous les autres arbres, seul le fruit était comestible et non le tronc. C'est pourquoi ils furent enclins à penser qu'il y aurait pour eux un avantage particulier à manger de ses fruits pour devenir connaisseurs du bien et du mal, puisque cet arbre précisément était unique.
Et comme cela est rapporté dans les sources d'après le Likoutei Torah du Maharchou et le livre Bina LeItim, c'est précisément pour cela qu'ils se sont trompés en pensant que le Saint, béni soit-Il, n'avait interdit que la consommation du bois lui-même. En effet, l'arbre de la connaissance avait du goût jusque dans son bois, et lorsqu'Il a dit : « Mais de l'arbre de la connaissance tu ne mangeras point », peut-être faisait-Il allusion au bois lui-même. C'est d'ailleurs ce qui ressort des termes du verset : « De tout arbre du jardin tu pourras manger, mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n'en mangeras point » - de l'arbre, du bois en tant que tel, mais le fruit, Il ne l'aurait pas interdit. Ils ne consommèrent donc que du fruit. Et qu'est-ce qui provoqua cette méprise ? Ils remarquèrent que cet arbre avait une particularité unique : la saveur du fruit et celle du bois étaient identiques, contrairement à tous les autres arbres ; ils en déduisirent donc que l'interdiction ne visait que le bois seul.
Le Rav explique : si la terre s'était conformée à l'ordre du Saint, béni soit-Il, et avait produit tous les arbres selon ce même principe - le goût du bois identique à celui du fruit -, ils ne seraient jamais tombés dans une telle erreur. En quoi cet arbre se serait-il alors distingué des autres ? Tous auraient été semblables, il n'aurait eu aucune singularité, et lorsque Hachem mettait en garde, Il mettait en garde contre l'arbre tout entier.
C'est pourquoi, avant la faute d'Adam, la terre ne méritait aucun châtiment. Car s'il n'avait pas fauté, il aurait tout réparé, et tous les arbres auraient retrouvé un bois ayant le goût de leur fruit. Si Adam Harichon n'avait pas fauté, il aurait conduit le monde entier à son Tikkoun absolu, afin que « le monde soit réparé sous la souveraineté du Tout-Puissant », et la défaillance de la terre aurait ainsi été rectifiée d'elle-même. La faute de la terre n'avait donc pas encore produit d'effet irréversible. Mais dès lors qu'elle a fauté et que ses actes ont eu des conséquences - car c'est à cause de sa faute qu'Adam et sa femme ont péché - et qui plus est, les autres arbres sont restés privés de ce goût du fruit dans leur bois, sa dégradation est devenue patente. Par conséquent, lorsqu'Adam dut répondre de sa faute, la terre fut elle aussi jugée et maudite. Jusqu'alors, elle conservait une chance d'être réhabilitée par Adam Harichon ; mais dès l'instant où elle causa sa chute, le moment était venu pour elle d'être maudite.
Nous apprenons de là que la faute d'Adam Harichon porta d'une part atteinte au bois : il fit en sorte que le bois de l'arbre n'ait plus le goût du fruit, séparant le bois d'un côté et le fruit de l'autre. Le bois a un goût de bois, et le fruit a une saveur exquise.
Dès lors, le Tsadik, qui est tout entier bonté et dont la saveur est excellente, n'est pas qualifié d'arbre nourricier, mais de bon fruit. Car après la faute d'Adam Harichon, il n'est plus concevable d'être à la fois arbre et fruit dotés du même goût. Le Tsadik est entièrement pur et parfait ; c'est pourquoi nous le comparons précisément au fruit. L'arbre, en effet, n'est que du bois sans saveur ; or le Tsadik, étant sublime, ne saurait être assimilé au bois, mais bien au fruit exquis. Ce qui, avant la faute, devait constituer à la fois l'arbre et le fruit ne subsiste plus désormais que sous l'aspect du bon fruit seul.
En outre, Adam Harichon causa une altération aux fruits sous un autre angle : la mort fut décrétée pour tous les êtres vivants de ce monde, qui constituent les fruits de l'univers, tout comme lui-même avait consommé du fruit. Il a mangé du fruit et a ainsi porté préjudice aux fruits ; et qui sont ces fruits ? Les Tsadikim. Par cette explication, le Rav répond à l'interrogation soulevée plus haut : si l'on applique au Tsadik le verset « Tu n'en détruiras point les arbres », pourquoi donc le Tsadik meurt-il ? La réponse est la suivante : le Tsadik n'est pas assimilé à l'arbre, mais au fruit, et c'est en mangeant du fruit qu'Adam Harichon a causé cette atteinte aux fruits.
Et celui qui n'est pas un Tsadik sera, à Dieu ne plaise, comme des dattes avortées (novlot), dont la mort n'est pas causée directement par le Saint, béni soit-Il, mais par l'ange de la mort, ainsi que l'ont enseigné nos Sages de mémoire bénie. Mais au sujet des Tsadikim, il est dit : « Et la gloire de l'Éternel te recueillera » ; et comme il est enseigné dans le premier chapitre du traité Sota, ce n'est pas uniquement sur Moché qu'il a été dit qu'il mourut par un baiser divin (mitat nechika), mais sur tous les Tsadikim. Il apparaît ainsi une différence fondamentale entre la mort du Racha et celle du Tsadik : la mort du Racha est comparable à l'abattage de l'arbre, ce bois dénué de saveur, et elle s'accomplit par l'attribut de Justice ; quant à la mort du Tsadik, elle s'apparente à la cueillette du fruit, opérée par le Saint, béni soit-Il en Personne, par le baiser divin.
Et la logique même le veut : dès lors que les fruits sont mûrs et dignes de figurer sur la table royale, il est naturel que le maître du verger vienne les cueillir en personne. Comme l'enseigne le Talmud de Jérusalem au deuxième chapitre du traité Berakhot : le propriétaire du figuier sait à quel moment vient la saison de la figue pour la cueillir, et il la cueille ; de même, le Saint, béni soit-Il, sait à quel moment vient l'heure des Tsadikim de quitter ce monde, et Il les rappelle à Lui.
C'est le maître du verger qui cueille les fruits. S'il faut abattre un arbre, il envoie des ouvriers ; mais les fruits précieux, il les prend lui-même. C'est le sens de : « דּוֹדִי יָרַד לְגַנּוֹ לַעֲרֻגוֹת הַבֹּשֶׂם לִרְעוֹת בַּגַּנִּים וְלִלְקֹט שׁוֹשַׁנִּים » - « Mon bien-aimé est descendu dans son jardin, vers les parterres d'aromates, pour faire paître dans les jardins et pour cueillir des roses » : Il descend dans Son jardin pour cueillir les fruits. Le Saint, béni soit-Il, recueille le Tsadik, et sa mort s'accomplit par la main d'Hachem ; tandis que le Racha trouve la mort par l'intermédiaire de l'ange de la mort, sous la rigueur de l'attribut de Justice.
« Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné » (Eshkol HaKofer) - lorsque Israël faute, le Saint béni soit-Il regarde le plus grand d'entre eux, capable de dire à l'attribut de Justice : « Assez ! », et Il le prend en gage pour eux. Le Torat 'Haïm a expliqué cela par le partage d'autorité entre l'attribut de Justice et l'attribut de Miséricorde : le juste et l'ensemble d'Israël s'équilibrent comme les deux plateaux d'une balance, et la Miséricorde, intervenant en premier, prend l'ensemble du peuple et laisse à la Justice le plus grand d'entre eux. Le Zéra Chimchon a soulevé une difficulté à ce sujet : comment la Justice pourrait-elle avoir prise sur les justes, à quoi cela servirait-il s'ils n'ont pas fait téchouva, et pourquoi le juste mourrait-il, lui qui est semblable à un « arbre » qu'il est interdit de détruire ? Sa réponse s'enracine dans la faute de la terre, qui fit pousser « un arbre produisant du fruit » au lieu d'un « arbre-fruit » : c'est par ce changement qu'Adam et Ève furent séduits, et c'est de cette faille qu'est née dans le monde la séparation entre l'arbre et le fruit. Le juste, qui est entièrement bon et accompli, n'est pas assimilé à l'arbre mais au bon fruit ; c'est pourquoi la mort fut aussi décrétée pour lui en raison de la consommation du fruit. Cependant, sa mort n'est pas l'abattage d'un arbre par la rigueur de la Justice, mais la cueillette d'un fruit mûr par le Maître du verger en personne : « Mon bien-aimé est descendu dans son jardin... pour cueillir des roses ».