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Chant III - Le Machal - La quête du Bien-Aimé dans la ville

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Introduction : Le troisième chant - La fuite de la bien-aimée vers son bien-aimé

Nous abordons la trame allégorique (le machal) de Chir Hachirim, dans son troisième chant. Après une longue période où la bien-aimée est restée enfermée dans les appartements de Chlomo, elle commence à se souvenir de son bien-aimé - son époux. Portée par ce réveil intérieur, elle quitte sa couche pour partir à sa recherche dans la ville, mais ne le trouve point ; de là, elle poursuit son chemin jusqu'au désert, et c'est là qu'elle s'unit enfin à lui, jusqu'à ce que les filles de Jérusalem se lancent de nouveau à sa poursuite. Par la suite encore, leur attachement perdure, et elle s'adresse à lui en termes d'affection et de proximité. Dans ce chapitre, le texte nous dépeint la manière dont la bien-aimée a quitté la couche de Chlomo, et comment les filles de Jérusalem n'ont pas réussi à entraver cette fuite.

Sur ma couche la nuit - L'éveil de la nostalgie

עַל־מִשְׁכָּבִי בַּלֵּילוֹת בִּקַּשְׁתִּי אֵת שֶׁאָהֲבָה נַפְשִׁי בִּקַּשְׁתִּיו וְלֹא מְצָאתִיו׃ (ג, א) - Sur ma couche, pendant les nuits, j'ai cherché celui que mon âme aime ; je l'ai cherché, mais je ne l'ai point trouvé. (3, 1)

La bien-aimée commence à se souvenir de son bien-aimé et à le réclamer depuis sa couche. « Pendant les nuits » : nuit après nuit, elle cherche son bien-aimé, sans parvenir à le trouver.

אָקוּמָה נָּא וַאֲסוֹבְבָה בָעִיר בַּשְּׁוָקִים וּבָרְחֹבוֹת אֲבַקְשָׁה אֵת שֶׁאָהֲבָה נַפְשִׁי בִּקַּשְׁתִּיו וְלֹא מְצָאתִיו׃ (ג, ב) - Je veux me lever et faire le tour de la ville, dans les marchés et sur les places ; je chercherai celui que mon âme aime. Je l'ai cherché, mais je ne l'ai point trouvé. (3, 2)

Elle se lève du palais de Chlomo, s'arrache à sa couche pour aller le chercher dans la ville. De là, elle gagne les marchés, et des marchés les grandes rues - et malgré tout : « Je l'ai cherché, mais je ne l'ai point trouvé » : j'ai cherché mon époux et mon bien-aimé, et je ne l'ai point trouvé.

Passé les gardes, hors de la ville - et là, les retrouvailles

מְצָאוּנִי הַשֹּׁמְרִים הַסֹּבְבִים בָּעִיר אֵת שֶׁאָהֲבָה נַפְשִׁי רְאִיתֶם׃ (ג, ג) - Les gardes qui font la ronde dans la ville m'ont rencontrée : « Avez-vous vu celui que mon âme aime ? » (3, 3)

Elle poursuit son chemin et sort de la ville, parvenant à la limite extérieure où se tiennent les gardes - ces sentinelles qui patrouillent autour de la ville et gardent ses portes. Là, elle les interroge à son tour : « Avez-vous vu celui que mon âme aime ? »

כִּמְעַט שֶׁעָבַרְתִּי מֵהֶם עַד שֶׁמָּצָאתִי אֵת שֶׁאָהֲבָה נַפְשִׁי אֲחַזְתִּיו וְלֹא אַרְפֶּנּוּ עַד־שֶׁהֲבֵיאתִיו אֶל־בֵּית אִמִּי וְאֶל־חֶדֶר הוֹרָתִי׃ (ג, ד) - À peine les avais-je dépassés que j'ai trouvé celui que mon âme aime ; je l'ai saisi et ne le lâcherai point, jusqu'à ce que je l'aie introduit dans la maison de ma mère, et dans la chambre de celle qui m'a conçue. (3, 4)

À peine a-t-elle dépassé les gardes pour se trouver hors de la ville qu'elle rencontre celui que son âme aime. Cette fois, elle prend la ferme résolution de ne plus le relâcher, jusqu'à ce qu'elle l'ait conduit dans la demeure de sa mère - en un lieu stable où elle réside, afin de ne plus avoir à partir à sa recherche sur les monts de Béther.

Je vous en conjure - n'éveillez pas et ne réveillez pas l'amour

הִשְׁבַּעְתִּי אֶתְכֶם בְּנוֹת יְרוּשָׁלַ͏ִם בִּצְבָאוֹת אוֹ בְּאַיְלוֹת הַשָּׂדֶה אִם־תָּעִירוּ וְאִם־תְּעוֹרְרוּ אֶת־הָאַהֲבָה עַד שֶׁתֶּחְפָּץ׃ (ג, ה) - « Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles ou par les biches des champs : n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il ne le désire ! » (3, 5)

Les filles de Jérusalem la poursuivent et veulent la ramener au palais, mais elle leur fait prêter serment de ne pas interrompre cet amour. Ce verset revenant à plusieurs reprises dans le livre, rappelons-en brièvement le sens : « éveiller » (leha'ir) signifie ici détruire ou annuler, tandis que « réveiller » ou susciter (le'orer) signifie fortifier. C'est-à-dire : ne provoquez pas la rupture de cet amour, et ne cherchez pas non plus à le stimuler artificiellement - car cet amour s'accomplit de lui-même et non par l'effet de vos actes ; et à plus forte raison ne le brisez pas.

« Qui est celle-ci qui monte du désert ? » - L'étonnement face à la fuite

מִי זֹאת עֹלָה מִן־הַמִּדְבָּר כְּתִימְרוֹת עָשָׁן מְקֻטֶּרֶת מֹר וּלְבוֹנָה מִכֹּל אַבְקַת רוֹכֵל׃ (ג, ו) - « Qui est celle-ci qui monte du désert, semblable à des colonnes de fumée, parfumée de myrrhe et d'encens, de toutes les poudres du marchand ? » (3, 6)
הִנֵּה מִטָּתוֹ שֶׁלִּשְׁלֹמֹה שִׁשִּׁים גִּבֹּרִים סָבִיב לָהּ מִגִּבֹּרֵי יִשְׂרָאֵל׃ (ג, ז) - « Voici la litière de Salomon, entourée de soixante braves d'entre les héros d'Israël. » (3, 7)

Le poète se tient là, pour ainsi dire, saisi de stupeur : lorsque la bien-aimée revient du désert, quiconque l'aperçoit s'étonne de la manière dont elle a pu s'échapper du lit de Salomon. N'est-il pas dit : « Voici la litière de Salomon, entourée de soixante braves » - les gardes du lit l'entourent de toutes parts, tous choisis parmi les héros d'Israël. Comment n'ont-ils pas pu l'arrêter ?

Et que signifie « semblable à des colonnes de fumée » ? Le texte décrit les parfums dont elle s'est imprégnée grâce à son bien-aimé, par suite de l'union qu'elle a eue avec lui. Nous avons vu en effet que son bien-aimé était abondamment parfumé, comme il est dit : « L'odeur de tes parfums est si suave », « Une grappe de henné » - si bien que lorsqu'elle revient, une senteur délicieuse émane d'elle grâce à son époux, un parfum semblable à de la fumée, comme une matière palpable. « Parfumée de myrrhe et d'encens » - telle une fumigation de myrrhe et d'encens. Il arrive parfois que l'on marche dans la rue derrière quelqu'un qui s'est aspergé de parfum, et l'on perçoit comme un sillage qui le suit. De même, lorsque la bien-aimée revient du désert, on respire sur elle la trace de l'union qu'elle a vécue avec son bien-aimé.

כֻּלָּם אֲחֻזֵי חֶרֶב מְלֻמְּדֵי מִלְחָמָה אִישׁ חַרְבּוֹ עַל־יְרֵכוֹ מִפַּחַד בַּלֵּילוֹת׃ (ג, ח) - « Tous sont armés du glaive, rompus aux combats, chacun portant son glaive au côté, contre les terreurs de la nuit. » (3, 8)

Tous manient le glaive et sont exercés à la guerre, et pourtant aucun ne l'a arrêtée lorsqu'elle a quitté le lit de Salomon pour aller rejoindre son bien-aimé. Ils n'ont pas pu tirer leur épée contre elle, et le glaive est resté attaché à la cuisse - « chacun portant son glaive au côté ». Et quelle en est la raison ? « Contre les terreurs de la nuit » : la frayeur nocturne s'est abattue sur eux, et c'est ainsi qu'elle a pu s'en aller sans qu'ils puissent lui nuire ni se dresser pour la retenir.

« Le roi Salomon s'est fait un palanquin » - Où étaient les filles de Jérusalem ?

אַפִּרְיוֹן עָשָׂה לוֹ הַמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה מֵעֲצֵי הַלְּבָנוֹן׃ (ג, ט) - « Le roi Salomon s'est fait un palanquin avec les bois du Liban. » (3, 9)

À présent, le texte vient répondre à la seconde question : où étaient les filles de Jérusalem ? Elles aussi la surveillaient, comment ont-elles pu la laisser sortir vers son Bien-Aimé ? De plus, même après son retour du désert, nous verrons par la suite que son Bien-Aimé s'isole avec elle de temps à autre, et la rupture n'est cette fois pas absolue. Pourquoi donc les filles de Jérusalem n'interviennent-elles pas ?

La réponse est la suivante : le roi Salomon s'est fait un palanquin (« apiryon »). La coutume voulait alors qu'au moment des noces, le jour de la 'houppa, on installe la mariée sous un apiryon - une sorte d'enclos ou de dais nuptial d'exception où prenait place la fiancée. Salomon désirait consacrer la Bien-Aimée pour qu'elle devienne son épouse légitime et sa kalla, car jusqu'alors elle n'avait auprès de lui que le statut d'une concubine (et l'on sait que Salomon en avait beaucoup), gardée et enfermée par les filles de Jérusalem comme une rose parmi les épines. C'est afin de la prendre véritablement pour épouse qu'il confectionna cet apiryon, pour pouvoir y pénétrer tel un 'hatane s'avançant vers sa kalla.

עַמּוּדָיו עָשָׂה כֶסֶף רְפִידָתוֹ זָהָב מֶרְכָּבוֹ אַרְגָּמָן תּוֹכוֹ רָצוּף אַהֲבָה מִבְּנוֹת יְרוּשָׁלָ͏ִם׃ (ג, י) - « Il en fit les colonnes d'argent, le dossier d'or, le siège de pourpre ; son intérieur est embrasé d'amour par les filles de Jérusalem. »

Il fit cet apiryon d'une manière tout à fait remarquable, en bois du Liban, avec des colonnes d'argent, un dossier d'or et un siège de pourpre. Et qui réside en son sein ? « Son intérieur est embrasé d'amour par les filles de Jérusalem ». Le Malbim explique que le mot « ratsof » (רָצוּף) se rattache à l'expression « et dans sa main une braise » (וּבְיָדוֹ רִצְפָּה) - ritspa étant assimilé à réchef, une étincelle ou flammèche de feu ; il s'agit là-bas d'un ange tenant des charbons ardents prêts à être jetés sur Jérusalem, d'où le terme « ritspa ». Ici donc, l'ardeur d'amour réunie de toutes les filles de Jérusalem réside au cœur de l'apiryon : l'affection portée à toutes les filles de Jérusalem s'est amplifiée et sublimée dans l'amour de Salomon pour cette Bien-Aimée, surpassant toutes les autres, et le verset décrit son amour pour elle comme équivalant à l'amour de toutes réunies.

« Sortez et regardez » - Le stratagème de la Bien-Aimée

צְאֶנָה וּרְאֶינָה בְּנוֹת צִיּוֹן בַּמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה בָּעֲטָרָה שֶׁעִטְּרָה־לּוֹ אִמּוֹ בְּיוֹם חֲתֻנָּתוֹ וּבְיוֹם שִׂמְחַת לִבּוֹ׃ (ג, יא) - « Sortez et contemplez, filles de Sion, le roi Salomon paré de la couronne dont sa mère l'a couronné le jour de ses noces, le jour de la joie de son cœur. »

C'est alors que la Bien-Aimée imagine un stratagème pour éloigner d'elle les filles de Jérusalem, et c'est ainsi qu'elle parvient à s'éclipser pour rejoindre son Bien-Aimé sans qu'elles puissent la retenir. Que leur dit-elle ? La mère du roi Salomon lui a confectionné une couronne d'exception pour le jour du mariage - le jour de ses noces avec la Bien-Aimée. Elle leur lance donc : filles de Sion, sortez voir la couronne unique dont sa mère l'a paré au jour de ses noces et de la joie de son cœur ! Et tandis qu'elles s'en vont contempler cette couronne, la Bien-Aimée s'échappe et s'isole avec son Bien-Aimé.

Ainsi les deux éléments se rejoignent-ils : d'un côté, face aux gardes entourant la couche de Salomon, elle est passée devant eux et a retrouvé son Bien-Aimé sans qu'ils puissent intervenir, en raison de la terreur nocturne qui s'était abattue sur eux ; de l'autre côté, face aux filles de Jérusalem, elle a usé d'un subterfuge en les envoyant admirer la couronne façonnée par sa mère, saisissant l'occasion pour fuir et s'isoler avec son Bien-Aimé.

En résumé : Dans ce troisième chant, la Bien-Aimée s'éveille sur sa couche la nuit, cherche son Bien-Aimé dans la ville, sur les marchés et dans les rues sans le trouver, dépasse les gardes qui font la ronde dans la cité, et le trouve hors des remparts pour s'attacher à lui sans plus le relâcher. Lorsqu'elle revient du désert, embaumée du parfum de son Bien-Aimé comme des colonnes de fumée, tous s'étonnent : comment a-t-elle pu franchir les soixante vaillants guerriers qui entourent la couche de Salomon ? La réponse est que leur épée est restée au flanc « par crainte des terreurs de la nuit ». Et comment a-t-elle échappé aux filles de Jérusalem ? Salomon s'était fait un somptueux apiryon pour la prendre pour épouse, et son amour pour elle égalait celui voué à toutes les filles de Jérusalem réunies. La Bien-Aimée en a profité par une ruse : elle les a envoyées admirer la couronne que sa mère lui avait confectionnée pour le jour de son mariage, et pendant ce temps, elle est sortie s'isoler avec son Bien-Aimé.