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Chapitre 4 - Le ricin de Yona et la compassion divine

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Le quatrième chapitre du livre de Yona marque le dénouement de cette traversée : les habitants de Ninive ont fait techouva, le décret a été annulé - et c'est précisément à cet instant que survient la profonde détresse de Yona. Ce chapitre cherche à éclairer ce qui a causé une telle douleur au prophète, et s'achève sur la parole de Hachem exposant Sa miséricorde envers Ses créatures. Suivons le déroulement des versets, principalement à la lumière des explications du Malbim.

« וַיֵּרַע אֶל יוֹנָה רָעָה גְדוֹלָה » - Trois raisons à cette affliction
וַיֵּרַע אֶל יוֹנָה רָעָה גְדוֹלָה וַיִּחַר לוֹ. - Cela causa à Yona un grand chagrin, et il s'enflamma d'un vif dépit.

Yona constata que Hachem renonçait au châtiment et annulait le décret, et cela lui causa un grand malaise. Pourquoi ? Nos Maîtres mentionnent trois raisons à cela. La première, d'après Rachi : les nations vont désormais prétendre que je suis un faux prophète. Je les ai alarmés en proclamant « Ninive sera détruite », et voilà qu'il ne s'est rien produit. Et si l'on objecte qu'ils ont été sauvés grâce à leur techouva, qui peut l'affirmer ? Peut-être qu'au départ, rien ne devait leur arriver.

Cela ressemble à cette célèbre histoire : des 'hassidim venaient chanter les louanges de leur maître : « Sachez quelle force extraordinaire possède notre Admour ! Une fois, passant devant une maison, on refusa de le laisser entrer ; il déclara : Cette maison sera détruite. On commença à le supplier en pleurant : Rabbi, ayez pitié de ces gens ! Le Rabbi dit alors : La maison ne sera pas détruite. Et les 'hassidim de s'exclamer : Rendez-vous compte du miracle ? La maison n'a pas été détruite ! » C'est exactement ce qui se passe ici. Yona se dit : je leur ai annoncé que Ninive allait être renversée, or ils ont fait techouva et la ville n'a pas été détruite ; ils diront donc : « Tu nous as effrayés pour rien, regarde, rien n'est arrivé, et peut-être que même sans techouva, rien ne se serait passé ». Car aucun événement concret ne s'est produit pour prouver la véracité de l'avertissement.

Le Malbim explique, à la suite d'Abarbanel, que l'expression « vayéra el Yona » désigne une maladie physique causée par une profonde affliction : son cœur s'est brisé au point de désirer la mort. Et pourquoi cela ? Yona était convaincu que s'ils se repentaient, ils le feraient pleinement : ils restitueraient le vol tout en abandonnant l'idolâtrie. Or, il voit qu'ils n'ont pas abandonné toutes leurs mauvaises actions, mais qu'ils ont persisté dans l'idolâtrie ; pourtant, Hachem a renoncé au châtiment. Cela lui fut insupportable, car il comprit : pourquoi Hachem les épargne-t-Il ? Après tout, ils persistent dans leur impiété et demeurent idolâtres. C'est qu'ils sont destinés à servir de bâton pour frapper Israël - « Malheur à Achour, verge de Ma colère », ils sont l'instrument de Sa fureur. De plus, une autre pensée le tourmentait : pourquoi Hachem frapperait-Il Israël précisément par leur intermédiaire, alors qu'eux-mêmes sont idolâtres ? Cela aussi brisait le cœur de Yona.

« נִינְוֵה נֶהְפָּכֶת » - Une prophétie qui n'avait pas été comprise jusqu'au bout

Et si vous demandez : Yona n'a-t-il pas proclamé « Encore quarante jours et Ninive est détruite », alors qu'en fin de compte la ville est restée debout, comment cela s'explique-t-il ? Le Ram'hal formule une idée remarquable dans son traité Derekh Hachem : il est possible qu'un prophète appréhende une vérité par sa prophétie, sans pour autant en saisir tous les détails sous-jacents. Il comprend la prophétie, mais certains aspects lui échappent. Yona en est l'illustration même : qu'avait-il compris de l'expression « Niniveh néhpakhet » (Ninive sera renversée) ? Il pensa à Sodome : Ninive allait être détruite et anéantie, à l'instar de Sodome. Or, la parole de Hachem recélait un double sens : « néhpakhet » signifiait aussi qu'ils se transformeraient, passant de la méchanceté à la droiture, que leur état tout entier se renverserait pour changer du tout au tout. Cela, Yona ne l'avait pas perçu ; c'est pourquoi il se dit : j'ai pourtant annoncé qu'elle serait renversée, et la voilà qui subsiste ! En vérité, la parole de Hachem s'accomplit toujours : « néhpakhet » portait une double issue, soit Ninive se retournerait pour abandonner l'iniquité au profit de la justice, soit elle serait totalement dévastée. Et ils ont choisi la première voie.

« הֲלוֹא זֶה דְבָרִי » - La prière de Yona
וַיִּתְפַּלֵּל אֶל ה' וַיֹּאמַר: אָנָּה ה', הֲלוֹא זֶה דְבָרִי עַד הֱיוֹתִי עַל אַדְמָתִי, עַל כֵּן קִדַּמְתִּי לִבְרֹחַ תַּרְשִׁישָׁה, כִּי יָדַעְתִּי כִּי אַתָּה אֵל חַנּוּן וְרַחוּם אֶרֶךְ אַפַּיִם וְרַב חֶסֶד וְנִחָם עַל הָרָעָה. - Il pria Hachem et dit : « De grâce, Hachem ! N'était-ce point là ma pensée lorsque j'étais encore sur ma terre ? C'est pourquoi je m'étais empressé de fuir vers Tarchich, car je savais que Tu es un D.ieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère, riche en bonté et revenant sur le malheur résolu. »

Yona s'exprime ainsi : alors que je me trouvais encore en Terre d'Israël, à l'origine de toute cette affaire, tel était déjà mon argument. Pourquoi ai-je refusé de partir ? Parce que je savais que Tu renoncerais au châtiment, je savais que Tu n'avais pas l'intention d'abattre sur eux le malheur dont Tu m'envoyais les effrayer, et je savais qu'au bout du compte, Tu ferais preuve de patience envers eux, même s'ils ne faisaient pas une techouva complète, même si leur repentir s'avérait très partiel. Je n'ai pas fui parce que je pensais qu'ils feraient une techouva parfaite - si j'avais su qu'il en serait ainsi, j'y serais allé avec joie, car ramener des créatures dans le droit chemin est une noble mission, même envers des nations. Mais je savais qu'ils ne se repentiraient pas sincèrement : ils renonceraient à la violence, mais ne délaisseraient pas l'idolâtrie. Et voilà que, finalement, Tu as usé de miséricorde envers eux, alors même qu'ils ne la méritaient pas pleinement.

וְעַתָּה ה', קַח נָא אֶת נַפְשִׁי מִמֶּנִּי, כִּי טוֹב מוֹתִי מֵחַיָּי. - Et maintenant, Hachem, reprends donc mon âme, car ma mort est préférable à ma vie.

Puisque je constate qu'ils n'ont pas fait une techouva complète et que, malgré tout, Tu les as épargnés, je comprends pourquoi Tu les as laissés en vie : pour qu'ils deviennent pour nous un bâton, une verge de dominateurs, afin de nous frapper. Et s'il en est ainsi, Maître du monde, par qui tout ce malheur a-t-il été provoqué ? Par moi ! C'est pourquoi ma mort est préférable à ma vie. Après avoir causé un tel désastre au peuple d'Israël, après avoir amené au repentir ceux qui vont sévir contre eux et les avoir ainsi rendus aptes à frapper Israël, je préfère mourir.

« Hahétev hara lakh » - À quoi éprouve-t-on un prophète
וַיֹּאמֶר ה': הַהֵיטֵב חָרָה לָךְ. - Hachem dit : Fais-tu bien de t'irriter ainsi ?

Certains commentateurs expliquent que le Saint béni soit-Il lui demande : Ton irritation est-elle si vive ? Je vais te montrer par un signe qu'elle n'est pas fondée : il ne convient pas que tu t'irrites de ce que Je pardonne aux repentants, car telle est Ma voie, d'absoudre ceux qui reviennent. Et le Radak explique : « Hahétev hara lakh » - est-ce parce que Je leur ai fait du bien et leur ai accordé Ma grâce que cela te fait mal ? Est-il douloureux pour toi que J'aie fait le bien ?

Le Malbim, quant à lui, propose une explication originale selon sa méthode. Nous possédons une règle : comment vérifie-t-on si un nouveau prophète est un prophète de vérité ou un faux prophète ? On lui demande d'annoncer un événement futur, avec des dates et des détails précis : si cela se réalise, c'est la vérité ; si cela ne s'accomplit pas, c'est un mensonge. Cependant, s'il a annoncé un malheur - « dans cinq jours éclatera une guerre mondiale » - et que cinq jours s'écoulent sans qu'aucune guerre n'éclate, on ne peut en déduire qu'il est un faux prophète, car il est possible qu'Hachem ait renoncé au châtiment. En revanche, s'il a prédit que dans cinq jours les écluses du ciel s'ouvriraient pour déverser l'abondance - une promesse bienfaisante - et que cela ne s'est pas produit, c'est incontestablement un faux prophète. C'est le principe énoncé par le Rambam : on n'éprouve jamais un prophète que par une annonce favorable, car face à une prédiction funeste, il se peut qu'Hachem soit revenu sur Son décret.

Nous avons souligné que ce qui tourmentait Yona était la crainte de passer pour un faux prophète. C'est à ce propos que le Saint béni soit-Il lui demande : « Fais-tu bien de t'irriter ? » Si ta prophétie avait annoncé un bienfait qui ne s'était pas réalisé, Je comprendrais ton dépit : tu aurais promis le bien et rien ne serait venu, tu serais donc un imposteur. Mais tu n'as pas promis un bienfait, tu as prédit un malheur : « Ninive sera détruite », et ce malheur n'est pas arrivé. Est-ce là une preuve que tu es un faux prophète ? Quand le malheur ne vient pas, c'est qu'Hachem a pu y renoncer. Il n'y a donc ici la moindre preuve que tu sois un menteur.

« Vayéchev mikédem la'ir » - L'attente d'une trace de colère divine
וַיֵּצֵא יוֹנָה מִן הָעִיר וַיֵּשֶׁב מִקֶּדֶם לָעִיר, וַיַּעַשׂ לוֹ שָׁם סֻכָּה וַיֵּשֶׁב תַּחְתֶּיהָ בַּצֵּל, עַד אֲשֶׁר יִרְאֶה מַה יִּהְיֶה בָּעִיר. - Yona sortit de la ville et s'assit à l'orient de la ville ; il s'y fit une soukka et s'assit dessous, à l'ombre, jusqu'à ce qu'il voie ce qui adviendrait dans la ville.

Yona sort de la ville et s'installe dans l'attente. Dans quel dessein ? Le Malbim explique : il pensait qu'un anéantissement total n'aurait peut-être pas lieu, mais que les avertissements laisseraient au moins une empreinte tangible. On en trouve un exemple lors de la faute du Veau d'or : il est écrit « Et Hachem renonça au mal », et pourtant il est écrit aussitôt après « Et Hachem frappa le peuple », et trois mille hommes périrent. C'est-à-dire que, bien qu'Hachem ait renoncé à Sa sentence collective, il subsista une trace visible de la colère divine. Ici aussi, Yona se disait : peut-être Hachem a-t-Il révoqué le décret absolu, mais en patientant quelques jours, il verra une trace de Son courroux - un bouleversement partiel dans la ville, un désastre quelconque. C'est pourquoi il prit position à l'orient de la ville, s'y fabriqua une soukka et attendit, « jusqu'à ce qu'il voie ce qui adviendrait dans la ville ».

Le kikayon et la grande joie
וַיְמַן ה' אֱלֹהִים קִיקָיוֹן וַיַּעַל מֵעַל לְיוֹנָה לִהְיוֹת צֵל עַל רֹאשׁוֹ לְהַצִּיל לוֹ מֵרָעָתוֹ, וַיִּשְׂמַח יוֹנָה עַל הַקִּיקָיוֹן שִׂמְחָה גְדוֹלָה. - Hachem D.ieu disposa un kikayon, qui monta au-dessus de Yona pour faire de l'ombre sur sa tête et le délivrer de son tourment ; et Yona éprouva une très grande joie au sujet du kikayon.

L'ombre de la soukka que Yona s'était confectionnée n'était pas suffisante, et la preuve en est dans le verset : « il s'y fit une soukka et s'assit dessous, à l'ombre » - toute la soukka n'offrait pas un abri suffisant, mais à l'intérieur même de l'abri, il devait rechercher le pan qui lui procurait un peu d'ombre. C'est pourquoi Hachem fit croître pour lui un kikayon. De quelle plante s'agit-il ? Ibn Ezra rapporte que les sages d'Espagne y voyaient une courge ou une calebasse, une espèce de courge pourvue de larges feuilles, et il ajoute : « et il n'est nul besoin de chercher précisément ce que c'est ». En d'autres termes, nous ne nous livrons pas ici à un traité de botanique : il nous suffit amplement de savoir qu'il s'agissait d'une végétation lui offrant un ombrage protecteur.

Et pourquoi Yona souffrait-il autant du soleil ? Ibn Ezra explique : certains disent que pour être resté longtemps dans les entrailles du poisson, la peau de sa chair s'était ramollie et ne pouvait plus supporter la chaleur. On a pu voir autrefois dans une encyclopédie la photo d'un homme avalé par une baleine, qui avait survécu et avait été recraché. On le montrait après sa sortie de l'estomac du cétacé, entièrement blanc. Pourquoi ? À cause des sucs gastriques de l'estomac qui rongent tout : ils avaient rongé sa peau et l'avaient blanchie. Il en fut de même pour Yona : sa peau était devenue extrêmement sensible et la chaleur le tourmentait terriblement.

Et quelle est cette « grande joie » ? Se réjouit-on d'une telle allégresse simplement pour une plante ? En réalité, Yona ne se réjouissait pas pour le ricin en lui-même, mais pour le message qu'il véhiculait : si Hachem me fait pousser ici un ricin pour m'abriter, Il me dit pour ainsi dire : « Reste encore un peu ici. » Et s'il faut rester, c'est le signe qu'il y a une deuxième partie, une suite, que quelque chose va bientôt se produire. C'est de cela que Yona s'est réjoui d'une grande joie : la pièce comporte encore un acte.

Le ver, le vent et le soleil
וַיְמַן הָאֱלֹהִים תּוֹלַעַת בַּעֲלוֹת הַשַּׁחַר לַמָּחֳרָת, וַתַּךְ אֶת הַקִּיקָיוֹן וַיִּיבָשׁ. - Dieu assigna un ver au lever de l'aube, le lendemain ; il frappa le ricin, qui se dessécha.
וַיְהִי כִּזְרֹחַ הַשֶּׁמֶשׁ וַיְמַן אֱלֹהִים רוּחַ קָדִים חֲרִישִׁית, וַתַּךְ הַשֶּׁמֶשׁ עַל רֹאשׁ יוֹנָה וַיִּתְעַלָּף, וַיִּשְׁאַל אֶת נַפְשׁוֹ לָמוּת וַיֹּאמֶר טוֹב מוֹתִי מֵחַיָּי. - Et il advint, au lever du soleil, que Dieu assigna un vent d'est étouffant ; le soleil frappa la tête de Yona, qui défaillit. Il souhaita la mort et dit : « Mieux vaut pour moi mourir que vivre ! »

La joie fut de courte durée. Le ver frappa le ricin à la racine et il s'assécha ; le ricin dépérit en une nuit. De plus, Hachem suscita un « vent d'est 'harichit ». On pourrait penser que « 'harichit » signifie silencieux, mais nos Sages (Chazal) expliquent au contraire qu'il assourdit les oreilles par la violence de son souffle, et qu'il s'agit d'un vent brûlant. Le soleil tape sur la tête de Yona, il perd connaissance et souhaite mourir.

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֶל יוֹנָה: הַהֵיטֵב חָרָה לְךָ עַל הַקִּיקָיוֹן? וַיֹּאמֶר: הֵיטֵב חָרָה לִי עַד מָוֶת. - Dieu dit à Yona : « As-tu raison de t'irriter ainsi à propos du ricin ? » Et il répondit : « J'ai bien raison de m'irriter, jusqu'à la mort ! »

Hachem lui demande : convient-il que tu t'emportes pour un ricin ? De quoi souffres-tu, d'un simple arbuste ? Yona répond : comment cela, pourquoi suis-je irrité ? J'ai toutes les raisons d'en être mortifié, car je suis sur le point de mourir depuis que ce ricin a péri. Il ne s'agit pas d'un débat sur un arbre, c'est de ma propre vie qu'il est question !

« Tu as eu pitié du ricin » - Entre ménagement et miséricorde
וַיֹּאמֶר ה': אַתָּה חַסְתָּ עַל הַקִּיקָיוֹן אֲשֶׁר לֹא עָמַלְתָּ בּוֹ וְלֹא גִדַּלְתּוֹ, שֶׁבִּן לַיְלָה הָיָה וּבִן לַיְלָה אָבָד. - Hachem dit : « Tu as eu pitié du ricin, pour lequel tu n'as point peiné et que tu n'as pas fait grandir, qui est apparu en une nuit et qui a péri en une nuit. »

Le Malbim établit une distinction entre le verbe « la'houss » (ménager, épargner) et « lera'hem » (avoir pitié, éprouver de la compassion). La'houss s'emploie lorsque l'on a besoin d'une chose et que l'on refuse de la perdre pour cette raison : « Ne jette pas cela, épargne-le ! », ou comme dans le verset : « Que votre œil n'épargne pas vos affaires. » En revanche, lera'hem n'est pas dicté par un besoin personnel, mais par une compassion pure, quand bien même on n'aurait aucun intérêt dans la chose. Hachem lui dit donc : tu as voulu épargner le ricin parce que tu en avais besoin, il te procurait de l'ombre ; mais pour ce qui est de la plante en elle-même, tu n'avais aucune raison de t'en soucier, car tu n'as pas peiné pour elle et tu ne l'as pas fait grandir : elle est née en une nuit et a péri en une nuit.

וַאֲנִי לֹא אָחוּס עַל נִינְוֵה הָעִיר הַגְּדוֹלָה, אֲשֶׁר יֶשׁ בָּהּ הַרְבֵּה מִשְׁתֵּים עֶשְׂרֵה רִבּוֹ אָדָם אֲשֶׁר לֹא יָדַע בֵּין יְמִינוֹ לִשְׁמֹאלוֹ, וּבְהֵמָה רַבָּה. - « Et Moi, n'épargnerais-Je pas Ninive, la grande ville, où se trouvent plus de cent vingt mille êtres humains qui ne savent distinguer leur droite de leur gauche, ainsi qu'un bétail considérable ? »

Hachem lui dit : Et comment voudrais-tu que Je n'aie pas pitié de Ninive, qui est l'œuvre de Mes mains et une création précieuse ? Une grande ville qui compte plus de douze ribo - un ribo équivaut à dix mille, soit cent vingt mille personnes. « Qui ne savent pas distinguer entre leur droite et leur gauche » - ils n'ont pas le discernement nécessaire pour faire la différence entre le service d'Hachem, comparé à la droite, et l'idolâtrie, comparée à la gauche, et on ne peut les punir pour ce manque de discernement. De plus, « et beaucoup d'animaux » - si l'homme a fauté, en quoi l'animal est-il coupable ?

Et par là, tu comprendras aussi pourquoi Je Me montre rigoureux envers Israël : parce qu'eux savent distinguer entre la droite et la gauche, leurs pieds se sont tenus au mont Sinaï et ils savent qui est D.ieu ; c'est pourquoi ils méritent une punition pour avoir servi des idoles. Toi, tu as eu pitié d'une chose pour laquelle tu n'as fourni aucun effort, et Moi, Je n'aurais pas pitié de tant d'êtres humains que J'ai créés et façonnés, et qui ne savent pas distinguer entre leur droite et leur gauche ?

Pourquoi lit-on le livre de Yona en Haftara à Yom Kippour

Concluons avec ce qu'expliquent les commentateurs : pourquoi lit-on le livre de Yona en Haftara le jour de Yom Kippour ? Pour deux raisons. La première, afin d'enseigner aux hommes qu'il est impossible de fuir Hachem à cause des fautes commises, comme il est dit : « Où irais-je loin de Ton esprit, et où fuirais-je loin de Ta face ? ». La seconde, pour nous enseigner : viens et vois, les habitants de Ninive, en dépit de la rigueur du décret, ont été sauvés dès lors qu'Hachem a vu qu'ils modifiaient leurs voies et leurs actes. De là nous apprenons que si nous changeons nous aussi nos voies et nos actions, Hachem fera également preuve de miséricorde envers nous.

En conclusion :

Yona s'est affligé de l'annulation du décret - de crainte d'être qualifié de faux prophète, et surtout parce qu'il voyait que Ninive ne s'était pas repentie de manière parfaite et subsistait pourtant, signe qu'elle était destinée à devenir l'instrument de la colère divine contre Israël. Le Saint, béni soit-Il, lui répond par deux arguments : la non-réalisation d'une prophétie de malheur ne constitue en rien une preuve de fausse prophétie, car on n'éprouve la véracité d'un prophète que par l'accomplissement d'une promesse de bien ; et par l'épisode du ricin, Il lui enseigne le fondement même de la miséricorde - si toi, tu as eu pitié d'un arbuste pour lequel tu n'as pas peiné, et uniquement parce que tu en avais besoin, à plus forte raison dois-Je avoir pitié de cent vingt mille êtres humains, œuvre de Mes mains, qui ne savent pas distinguer entre leur droite et leur gauche. De là ressort le message de Yom Kippour : nulle fuite n'est possible devant Hachem, et quiconque transforme ses actes accède à la miséricorde.