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Chapitre 4 - Le jugement des nations dans la vallée de Yéhochafat

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Livre de Yoël, chapitre 4. « Car voici qu'en ces jours-là et en ce temps-là, où Je ramènerai les captifs de Yéhouda et de Jérusalem. » Lisons également le verset suivant : « Je rassemblerai toutes les nations et Je les ferai descendre dans la vallée de Yéhochafat, et là-bas J'entrerai en jugement avec elles au sujet de Mon peuple et de Mon héritage, Israël, qu'elles ont dispersé parmi les nations, et elles ont partagé Ma terre. »

À quelle époque cette prophétie fait-elle référence ? Mentionnons l'Ibn Ezra : il propose un commentaire qu'il maintient tout au long du chapitre. Nous ne faisons que le citer, car nous ne suivrons pas sa démarche, mais plutôt celle des autres commentateurs dont la ligne directrice est différente. L'Ibn Ezra explique : à cause de ce verset, beaucoup ont pensé que cette prophétie concerne l'avenir, car il est dit « car voici qu'en ces jours-là », et ils ont cru qu'il s'agissait de la fin des temps. Peut-être en est-il ainsi, concède l'Ibn Ezra, mais Rabbi Moshé a fait remarquer que nous trouvons que la crainte de Hachem s'est abattue sur toutes les nations qui entouraient Jérusalem à l'époque du roi Yéhochafat. Cela signifie que le texte parlerait en réalité de l'époque des Rois. Ces nations lui apportèrent des présents et, à cette époque, les captifs des générations précédentes revinrent. Dès lors, selon cette lecture, le verset « Je rassemblerai toutes les nations et Je les ferai descendre dans la vallée de Yéhochafat » ferait référence à cette guerre où s'étaient coalisés les enfants de Moav, d'Amon et de Séir, formant une armée très puissante ; Yéhochafat disposait, de Yéhouda et de Binyamin, d'un million cent soixante mille soldats, et tous se rassemblèrent dans la vallée de Berakha mentionnée par le prophète, appelée ici vallée de Yéhochafat du nom du roi Yéhochafat.

C'est ainsi que l'Ibn Ezra explique l'ensemble du chapitre, en le rattachant entièrement à l'époque du roi Yéhochafat. En revanche, l'axe général retenu par les autres commentateurs est que ces expressions - « car voici qu'en ces jours-là et en ce temps-là », « Je rassemblerai toutes les nations », etc. - parlent de l'avenir, et plus précisément de l'époque de la guerre de Gog et Magog, comme nous le verrons par la suite. Lorsque le Saint, béni soit-Il, déclare : « où Je ramènerai les captifs de Yéhouda et de Jérusalem », cela signifie qu'à la fin des temps, Hachem délivrera Yéhouda et Jérusalem. Pourquoi ne mentionne-t-Il pas alors les dix tribus ? Il existe certes une controverse parmi nos Sages pour savoir si les dix tribus reviendront ou non, mais pour ceux qui soutiennent qu'elles reviendront - et telle est notre position -, la raison pour laquelle elles ne sont pas mentionnées ici est que la tribu de Yéhouda constitue l'essentiel, ainsi que l'explique le Malbim. Le Radak avance quant à lui que le Messie étant issu de la tribu de Yéhouda, et s'agissant ici de la délivrance messianique, le texte met en avant la tribu de Yéhouda. Jérusalem est également mentionnée en tant que capitale et siège de la royauté, mais aussi parce que c'est là que se déroulera la guerre de Gog et Magog, lorsque les nations se rassembleront contre elle. C'est pourquoi le verset cite Yéhouda et Jérusalem, sans que cela n'implique aucunement que les autres tribus et le reste des villes d'Israël ne soient pas délivrés : tous le seront pleinement.

« Je rassemblerai toutes les nations et Je les ferai descendre dans la vallée de Yéhochafat, et là-bas J'entrerai en jugement avec elles au sujet de Mon peuple et de Mon héritage, Israël, qu'elles ont dispersé parmi les nations, et elles ont partagé Ma terre. » Le Malbim explique : « Je rassemblerai toutes les nations », le Saint, béni soit-Il, orchestrera les événements de telle sorte que tous les peuples convergeront vers la Terre sainte, conformément à la prophétie de Yé'hezkel qui décrit précisément la guerre de Gog et Magog. Le Malbim y explique que, dans une première étape, les fils d'Edom s'éveilleront pour combattre les fils d'Ishmaël : premier acte. Dans le deuxième acte, les fils d'Ishmaël combattront les fils d'Edom. Alors, le Saint, béni soit-Il, les fera descendre dans la vallée de Yéhochafat, également appelée la vallée de Hamon-Gog, et c'est là que tomberont les guerriers. Et pourquoi ce lieu est-il appelé « la vallée de Yéhochafat » (littéralement « vallée du jugement de Hachem ») ? « Et là-bas J'entrerai en jugement avec elles » : le Saint, béni soit-Il, affirme qu'Il leur demandera des comptes au sujet de Son peuple et de Son héritage, pour tout le mal que les nations nous ont infligé à travers les générations. Certes, c'est le Saint, béni soit-Il, qui avait décrété ces épreuves contre nous, et l'on pourrait se demander pourquoi les nations devraient en payer le prix, puisque Ashour n'est que « le bâton de Ma colère », un instrument dont Hachem S'est servi pour nous frapper conformément au châtiment que nous méritions. Malgré tout, elles ont aggravé le mal, comme il est dit : « Je ne M'étais courroucé qu'un peu, mais ils ont aidé au malheur. » C'est l'une des explications données quant à la raison pour laquelle le Saint, béni soit-Il, Se vengera des nations bien qu'elles n'aient été que Ses émissaires : elles ont fait preuve d'un zèle impitoyable dans leur mission, allant bien au-delà de ce qui leur était demandé, sans jamais se contenter du strict nécessaire. C'est ce que signifie « qu'elles ont dispersé parmi les nations » : il avait été décrété sur le peuple d'Israël d'aller vers les nations, mais être ainsi éparpillé sans fin résulte de la méchanceté de ces souverains chez qui les Juifs arrivaient, et qui s'acharnaient à les chasser et les disperser encore davantage. Si nous arrivions en Espagne et y trouvions un répit, ils nous en expulsaient et nous dispersaient à nouveau à travers de multiples pays, et ainsi de suite partout où nous allions. L'exil nous avait certes été imposé d'En-Haut, mais cette dispersion forcenée parmi les nations, ce sont elles qui en sont coupables.

Autre grief : « et elles ont partagé Ma terre ». Ces peuples ont agi envers Israël comme envers leur propre propriété, comme si le peuple juif était une marchandise leur appartenant, et ils ont partagé la Terre comme si quelqu'un l'avait achetée et en disposait à sa guise. Nous l'avons vu déjà avec la déclaration Balfour et les divers plans de partage : ils ont décrété quelle portion reviendrait aux Juifs et quelle portion reviendrait aux Arabes. « Elles ont partagé Ma terre » : estimant que les enfants d'Israël étaient leurs esclaves, et appliquant le principe selon lequel tout ce qu'acquiert un esclave appartient à son maître, ils se sont arrogé des droits sur la Terre sainte et se sont crus légitimes pour en disposer. Le Saint, béni soit-Il, rétorque : Je ne vous ai jamais donné ce droit, et c'est précisément sur cela que Je vais entrer en jugement avec vous. « Et sur Mon peuple ils ont jeté le sort ; ils ont donné le jeune garçon pour une prostituée, et vendu la jeune fille pour du vin, et ils ont bu. » « Et sur Mon peuple ils ont jeté le sort » : ils ont également traité leurs corps comme des biens matériels. Ils capturaient des Juifs et les considéraient comme leur possession exclusive, tirant au sort qui obtiendrait un tel comme esclave et une telle comme servante. Ils avaient pour eux un tel mépris qu'ils donnaient un jeune garçon à une prostituée en guise de salaire pour ses services : l'enfant était ravalé au rang d'un objet sans valeur servant de monnaie d'échange. De même, ils vendaient une jeune fille pour une gorgée de vin : lorsqu'un soldat voulait boire et qu'il tenait une jeune captive, il la cédait pour payer son vin. Le Saint, béni soit-Il, dit alors : n'est-il pas légitime que J'entre en jugement avec eux ? Ne méritent-ils pas que Je leur applique Ma justice ?

« Et vous aussi, que Me voulez-vous, Tyr et Tsidon, et toutes les contrées de Peleshet ? Est-ce une rétribution que vous Me rendez ? Et si vous prétendez Me rendre la pareille, bien vite et promptement Je ferai retomber votre rétribution sur votre tête. » « Et vous aussi, que Me voulez-vous, Tyr et Tsidon » : les nations entre les mains desquelles J'avais livré Mon peuple étaient Ashour et Babel, et celles-ci seront jugées pour avoir dépassé toute mesure. Mais vous, Tyr, Tsidon et toutes les contrées des Philistins, vous n'aviez jamais reçu de mission divine ! Seules Babel et Ashour avaient été désignées, et même elles seront punies pour leur démesure ; quant à vous, Mon peuple ne vous avait jamais été confié. Votre culpabilité est donc totale dès l'origine. Qui vous a permis de leur faire du mal ? Hachem leur demande : « Est-ce une rétribution que vous Me rendez ? » Vous aurais-Je causé un quelconque tort pour que vous prétendiez Me rendre le mal pour le bien ? Quel préjudice vous ai-Je fait subir pour que vous vous vengiez sur Mes enfants en les asservissant ? Le Malbim précise qu'il existe une différence essentielle entre « octroyer une rétribution » (gomel ghemoul) et « payer une rétribution » (méchalem ghemoul). Celui qui « paie une rétribution » réagit à un tort qu'il a subi : par animosité, il rend la pareille, œil pour œil, mal pour mal. Il paie en retour de ce qui lui a été fait. En revanche, « octroyer une rétribution » sans le terme de paiement implique que même si l'autre ne vous a fait aucun mal, une haine gratuite vous pousse à lui nuire. Dès lors, le verset semble employer un dédoublement : « Est-ce une rétribution que vous Me payez ? Et si vous exercez des représailles contre Moi... » En d'autres termes : prétendez-vous Me faire payer quelque chose ? Un paiement suppose une dette préalable : vous aurais-Je nui pour justifier une telle vengeance ? Et si vous affirmez qu'il ne s'agit pas d'un paiement mais d'une hostilité pure et simple, exercée par méchanceté gratuite sans aucun antécédent, Hachem répond : « bien vite et promptement Je ferai retomber votre rétribution sur votre tête. » Si vous agissez par pure cruauté sans qu'aucun mal ne vous ait été fait, Je ne différerai pas votre châtiment jusqu'au grand jour du jugement à la fin de l'histoire, comme Je le ferai pour d'autres nations : Je Me vengerai de vous sans délai. C'est exactement ce qui s'est produit : dès l'époque d'Alexandre le Grand, Tyr, Tsidon et les contrées philistines furent détruites et réduites en ruines perpétuelles, recevant immédiatement leur châtiment. Le Malbim ajoute qu'en hébreu biblique, « méchiv ghemoul » (faire retourner la rétribution) signifie appliquer exactement la même mesure, à l'identique. Tandis que « méchalem » permet de compenser par une autre monnaie - par exemple, Pharaon a noyé les enfants dans le Nil et Hachem le juge par le feu -, « méchiv ghemoul » implique une réciprocité parfaite : puisqu'il a noyé les enfants dans l'eau, il sera lui-même englouti dans la mer Rouge. C'est le sens de « Je ferai retomber votre rétribution sur votre tête », tel qu'exprimé aussi dans les Lamentations : le châtiment reflétera rigoureusement le crime commis, rendant éclatante la justice divine.

« Car vous avez pris Mon argent et Mon or, et vous avez introduit Mes précieux trésors dans vos palais. » Le prophète énumère les autres sévices commis : « Mon argent et Mon or, vous les avez pris », alors que Je ne vous avais nullement accordé leurs richesses comme Je l'avais permis à Nevoukhadnetsar ; vous vous en êtes emparés de votre propre chef. « Et Mes précieux trésors, vous les avez introduits dans vos palais », pillant les objets les plus beaux et les plus chers. « Et les enfants de Yéhouda et les enfants de Jérusalem, vous les avez vendus aux fils des Grecs, afin de les éloigner de leur frontière. » Lors de la destruction, vous avez vendu les captifs de Yéhouda et de Jérusalem aux Grecs dans le seul but de les déraciner et de les éloigner de leur pays. C'est un crime bien plus odieux que le vol d'argent : l'argent, on le prend par cupidité, et les esclaves, on les vend pour le profit, ce qui relève encore d'un calcul d'intérêt matériel. Mais les vendre à une nation lointaine, quel profit cela vous apportait-il ? Cela ne procédait que d'une haine féroce : les vendre aux Grecs dans l'unique dessein de les arracher à leur terre. C'est pourquoi Hachem proclame qu'Il fera retomber leur crime sur leur propre tête, selon le principe absolu de mesure pour mesure. « Voici que Je vais les réveiller du lieu où vous les avez vendus, et Je ferai retomber votre rétribution sur votre tête. » Quand les Grecs vinrent détruire Tyr et Tsidon, ils capturèrent les enfants de ces cités - ceux-là mêmes qui nous avaient vendus à la Grèce - et les emmenèrent en terre grecque. Or, qui se trouvait déjà sur place depuis longtemps ? Les Juifs, vendus là-bas par les Tyriens et les Sidoniens ! Et à qui les Grecs vendirent-ils alors les captifs tyriens et sidoniens ? Aux Juifs résidant en Grèce ! Ainsi s'accomplit : « Voici que Je vais les réveiller du lieu où vous les avez vendus... » Ces Juifs de Grèce achetèrent leurs anciens persécuteurs et les revendirent ensuite aux Sabéens, un peuple fort éloigné. Mesure pour mesure : vous avez cherché à éloigner les Juifs de leur frontière, ils vous vendront à leur tour à une nation très lointaine. Le châtiment fut ainsi exécuté par les Juifs eux-mêmes. « Et Je vendrai vos fils et vos filles entre les mains des enfants de Yéhouda, et ils les vendront aux Sabéens, à une nation lointaine, car Hachem a parlé. » Le Radak note ici une nuance de lecture sur le mot « Lichvayim » (aux Sabéens), suggérant que le Alef porterait un 'hirik et le Youd serait au repos, pour désigner les enfants de Shva. Cependant, dans notre texte massorétique, le mot se lit « Lichvaïm », le Alef étant au repos et le Youd vocalisé avec un 'hirik. L'ouvrage Kountras Massoret Shaoul relève d'ailleurs une coquille dans certaines éditions du Radak, montrant que dans son traité grammatical Mikhlol, le Radak confirme précisément la leçon conforme à notre texte traditionnel.

« Proclamez ceci parmi les nations, sanctifiez la guerre, réveillez les héros ! Qu'ils s'approchent, qu'ils montent, tous les hommes de guerre ! » Le texte revient à présent au sujet abordé précédemment : le rassemblement de toutes les nations dans la vallée de Yéhochafat pour y être jugées. Après cette parenthèse sur Tyr et Tsidon, nous revenons aux peuples que le Tout-Puissant a amenés contre nous et qui sont punis pour leur férocité excessive - Babel, puis Edom et Ishmaël -, pour préciser leur châtiment. Parmi les nations, on sonnera la mobilisation : les peuples s'élanceront pour le combat. Le Malbim renvoie ici à ses commentaires sur le livre de Yé'hezkel (chapitres 32, 38 et 39) ainsi que sur la prophétie de Zekharia, qui décrivent en détail la guerre de Gog et Magog. Il y est enseigné qu'à la fin des temps, les nations chercheront à conquérir la Terre sainte : les enfants d'Edom viendront d'abord et infligeront un lourd massacre aux Égyptiens, qui partagent la foi des Ishmaélites. Les Ishmaélites se lèveront alors pour se venger d'Edom et leur causeront des pertes colossales. Puis, dans un troisième temps, les Edomites reviendront combattre les enfants d'Ishmaël et les anéantiront. Il s'agit donc d'une guerre en trois phases : d'abord Edom frappe Ishmaël, ensuite Ishmaël frappe Edom, et enfin Edom prend sa revanche définitive sur Ishmaël. C'est à ce premier affrontement que le verset fait référence lorsqu'il déclare : « Réveillez les héros ! Qu'ils s'approchent, qu'ils montent, tous les hommes de guerre ! », s'adressant aux stratèges aguerris et aux combattants d'élite. Mais remarquons que lors de la phase suivante, le terme de « héros » disparaît, car l'élite guerrière aura déjà été décimée lors du premier choc, comme l'explique le verset suivant : « Forgez vos socs de charrue en épées et vos serpes en lances ! Que le faible dise : Je suis un héros ! » Tous les détenteurs d'épées ayant péri et les armes venant à manquer, les paysans prendront leurs socs de charrue pour les aiguiser et en faire des épées, et ils iront combattre avec leurs outils aratoires. Leurs serpes d'émondage (d'après le Radak, l'outil servant à couper les sarments) seront transformées en lances. Dès lors, le plus faible s'écriera : « Je suis un héros ! », car il ne restera plus que des recrues improvisées munies d'armes de fortune. Le Radak souligne le contraste frappant avec la prophétie messianique d'Isaïe annonçant l'ère de paix universelle : « De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances des serpes. » Ici, l'outil de paix devient une arme de mort ; à la fin des temps, lorsque la mort sera engloutie pour toujours, le mouvement s'inversera. Sans prétendre identifier catégoriquement notre époque à la guerre de Gog, force est de constater une troublante analogie avec les vagues de violences actuelles : des attentats perpétrés à l'aide de couteaux, de bombes artisanales ou d'outils du quotidien, où des armes de fortune servent à semer la terreur.

« Hâtez-vous et venez, toutes les nations d'alentour, et rassemblez-vous ! Là-bas, Hachem, fais descendre Tes héros ! » Toutes les nations restantes s'avanceront pour ce troisième round où s'opposeront à nouveau Edom et Ishmaël. « Hâtez-vous et venez, toutes les nations d'alentour, et rassemblez-vous là-bas » : elles convergeront pour combattre. Mais observez bien : il n'y aura plus là aucun héroïsme véritable. « Là-bas, Hachem, fais descendre Tes héros » : le verbe « han'hat » dérive de la racine évoquant la descente, l'abaissement. Il n'y aura plus de vaillants guerriers, tous seront déchus et humiliés. Que signifie le mot « Ouchou » (« hâtez-vous ») ? Le Malbim souligne que ce terme n'a pas d'équivalent exact dans le texte biblique. Dans l'étude des Écritures, les Anciens s'appuyaient sur leur prodigieuse mémoire textuelle pour éclairer un mot rare par d'autres occurrences bibliques, méthode que nous pratiquons aujourd'hui à l'aide de concordances et d'outils informatiques. Lorsqu'un terme est attesté ailleurs, son sens s'éclaire par le contexte. Mais lorsqu'un mot est un hapax absolu (désigné dans la Massora par la mention « leit ») et ne figure sous aucune déclinaison dans tout le Tanakh, comment en percer le sens ? On s'efforce alors de le déduire du contexte immédiat ou de le rattacher à des racines voisines. Ici, l'expression « Ouchou ou-vo'ou » (Hâtez-vous et venez) suggère un acte lié à la venue et au rassemblement des nations. C'est pourquoi le Malbim et le Radak traduisent tous deux « Ouchou » au sens de « rassemblez-vous ». Pourquoi ce terme particulier ? Le Malbim propose de le rattacher au mot « 'Ash » (la mite, l'insecte fragile) : un regroupement d'hommes faibles et vulnérables est qualifié de « ouchou », évoquant la fragilité d'un insecte. Le Radak le rattache plutôt à la constellation appelée « 'Ash » dans le livre de Job : de même que les étoiles s'agrègent en amas, ces foules s'agglutinent. Rachi, quant à lui, rapporte au nom de Mena'hem que « Ouchou » est synonyme de « 'Houchou » (hâtez-vous). En grammaire hébraïque, les lettres partageant le même point d'articulation peuvent permuter ; ainsi les gutturales 'Ayin et 'Het s'intervertissent, transformant « Ouchou » en « 'Houchou ». Toutefois, le Targoum Yonatan, autorité suprême pour Rachi, traduit par « yitkanchoun » (qu'ils se rassemblent), rejoignant le sens retenu par le Radak et le Malbim. Rachi propose alors une autre racine : « 'Ashet barzel », un lingot de fer compact, une masse de métal agglomérée. Nous avons ainsi trois voies pour élucider ce mot rare : la fragilité de la mite, l'amas stellaire, ou la masse compacte d'un lingot, belle illustration du travail d'analyse textuelle de nos maîtres.

Verset 12 : « Que les nations se réveillent et montent à la vallée de Yéhochafat, car là-bas Je M'assiérai pour juger toutes les nations d'alentour. Jetez la faucille, car la moisson est mûre ; venez, descendez, car le pressoir est plein, les cuves débordent, car leur méchanceté est grande ! » Le prophète dépeint les trois affrontements évoqués plus haut à travers une métaphore saisissante. Dans un premier temps, les nations ressemblent à des épis encore dressés dans le champ : tranquilles et insouciantes sur leur sol, elles n'ont pas encore été fauchées. Hachem ordonne alors aux moissonneurs : « Jetez la faucille, car la moisson est mûre ! » La mesure de leurs fautes est comble, l'heure du châtiment a sonné. Deuxième étape : « Venez, descendez, car le pressoir est plein. » L'image n'est plus celle des céréales sur pied, mais de raisins déjà vendangés, placés dans la cuve du pressoir après une première épreuve : le moment est venu de les fouler aux pieds pour en tirer une rigueur accrue. Troisième étape : « Les cuves débordent, car leur méchanceté est grande. » Ici, les raisins ont déjà été écrasés lors de deux guerres successives ; il ne reste plus qu'à recueillir le jus qui s'écoule de la cuve supérieure vers la cuve inférieure en se séparant des peaux et des pépins. Le verset enjoint : « Faites couler le vin vers les cuves », car l'immensité de leur perversité exige un écrasement total, faisant écho aux paroles d'Isaïe : « J'ai foulé le pressoir tout seul... Je les ai piétinés dans Ma colère. » Le terme « héshikou » (déborder) est expliqué par le Malbim à partir de la racine signifiant boisson abondante. D'autres y voient l'onomatopée du bouillonnement du vin qui se déverse avec fracas, ou encore un terme lié au contact des liquides, comme dans les règles de purification rituelle par affleurement des eaux.

« Des foules, des foules dans la vallée de la décision, car le jour de Hachem est proche dans la vallée de la décision ! » Des masses innombrables convergeront vers la vallée de Yéhochafat. Pourquoi est-elle appelée ici « vallée du 'Harouts » ? Elle s'appelle d'abord vallée de Yéhochafat parce que Hachem y tiendra Son tribunal pour déterminer la culpabilité de chaque nation envers Israël. Elle devient ensuite la vallée de la décision tranchée : le Malbim explique que le verdict d'extermination y sera définitivement arrêté (du sens de sentence scellée). Une fois la sentence prononcée, le jour de Hachem s'accomplira immédiatement sans sursis. Le Radak avance une autre explication : le mot « 'harouts » évoque le tranchant et l'entaille, signifiant que les nations y seront décimées et hachées par l'épée divine.

« Le soleil et la lune se sont assombris, et les étoiles ont retiré leur éclat. » Le Malbim enseigne que lorsque Dieu opère des prodiges manifestes, l'ordre cosmique régulier est suspendu. L'influence astrologique et les lois immuables de la nature s'effacent devant une gouvernance purement surnaturelle. Il n'est pas impératif de concevoir cette obscurité de manière purement physique, bien que certains commentateurs l'entendent au sens littéral comme une nuit épaisse ; selon le Malbim, l'obscurcissement du soleil, de la lune et des astres traduit surtout l'invalidation de leur pouvoir naturel au profit de la seule volonté divine.

« Et Hachem rugira de Sion, et de Jérusalem Il fera entendre Sa voix, et les cieux et la terre trembleront ; mais Hachem sera un abri pour Son peuple et une forteresse pour les enfants d'Israël. » Le Malbim relève une nuance frappante : de Sion, Hachem « rugira », tandis que de Jérusalem, Il « fera entendre Sa voix ». Pourquoi cette distinction ? Sion désigne spécifiquement le mont du Temple, le lieu du Sanctuaire d'où émane la rigueur du jugement universel. Un rugissement traduit une clameur puissante et retentissante, audible au loin, marquant l'instauration éclatante de la souveraineté divine sur le monde entier. Jérusalem, en revanche, ne possède pas le même degré de sainteté que le Mont du Temple : la présence divine s'y manifestera avec force, mais sous une modalité plus contenue. Sous l'effet de ce rugissement sacré, « les cieux et la terre trembleront » : les rouages de la nature matérielle cesseront d'être les intermédiaires de la providence, laissant place à une dispensation spirituelle directe. « Mais Hachem sera un abri pour Son peuple et une forteresse pour les enfants d'Israël » : en tant que « Son peuple », Il leur accorde un refuge protecteur contre tout danger extérieur ; mais en tant qu'« enfants d'Israël » - titre de noblesse et de grandeur spirituelle -, Il devient pour eux une véritable forteresse d'énergie et de puissance active, décuplant leur force intérieure.

« Et vous saurez que Je suis Hachem votre Dieu, résidant à Sion, Ma sainte montagne ; et Jérusalem sera sainte, et les étrangers n'y passeront plus jamais. » La foi fera place à une évidence limpide et tangible : vous reconnaîtrez avec certitude que la Présence divine s'est établie à demeure sur le mont du Temple. La sainteté de Jérusalem deviendra alors manifeste à tous les yeux, et aucun profane ne viendra plus en souiller la pureté. À plus forte raison, le mont de Sion sera investi d'une sacralité encore supérieure, telle qu'aucun Juif ne pourra y pénétrer sans la purification requise et au-delà des limites fixées par la Torah pour le parvis d'Israël.

« Et il arrivera en ce jour-là que les montagnes ruisselleront de moût, les collines couleront de lait, tous les cours d'eau de Yéhouda déborderont d'eau, et une source jaillira de la Maison de Hachem et arrosera le lit du torrent des Shitim. » L'abondance matérielle sera telle que le suc des fruits les plus doux ruissellera des sommets, le bétail innombrable fera couler le lait sur les collines, et les lits des rivières asséchées d'Israël et de Jérusalem s'empliront d'une eau vive et intarissable. Bien plus, le Temple deviendra le point d'émergence d'une source prodigieuse qui s'étendra jusqu'au torrent des Shitim. D'après Rav Saadia Gaon, ce cours d'eau n'est autre que le Jourdain dans sa partie proche de Shitim. Rachi retient le sens littéral, reliant cette vision aux prophéties concordantes de Yé'hezkel et de Zekharia. Sur le plan allégorique, le Malbim souligne que l'eau symbolise la sagesse de la Torah et la foi pure : « car de Sion sortira la Torah et la parole de Hachem de Jérusalem ». Cet enseignement spirituel se répandra depuis le Saint des Saints pour abreuver l'humanité entière. Pourquoi mentionner précisément Shitim ? Parce que c'est là que les enfants d'Israël sombrèrent jadis dans la débauche avec les filles de Moav et l'idolâtrie du Baal-Péor, marquant le début d'une souillure historique. Cette source jaillie du Sanctuaire viendra purifier l'origine même de cette faute antique, extirpant définitivement l'idolâtrie et l'impureté morale de l'univers par la puissance des eaux vives de la Torah.

« L'Égypte deviendra une désolation, et Edom sera un désert désolé, à cause de la violence faite aux enfants de Yéhouda, dont ils ont versé le sang innocent dans leur pays. » L'Ibn Ezra note qu'il ne s'agit pas de l'Égypte antique, les populations ayant été brassées depuis Sennachérib. Le Radak explique pourquoi ces deux nations sont particulièrement désignées : elles représentent les deux puissances dominantes tout au long de l'histoire jusqu'à la rédemption finale, à savoir le monde musulman issu d'Ishmaël d'une part, et le monde chrétien issu de Rome et d'Edom d'autre part. C'est l'affrontement central que Daniel contempla dans la vision du quatrième animal scellant l'époque de l'exil, symbolisé par les pieds d'argile et de fer. L'Égypte est mentionnée en référence à Ishmaël, dont l'épouse et la mère Hagar étaient égyptiennes, créant une filiation historique indissoluble. Rome, quant à elle, incarne Edom dont sont issus ses premiers Césars, même si d'autres peuples s'y sont amalgamés. Ces deux puissances ont versé le sang de Yéhouda et de Binyamin sans retenue, détruisant le premier Temple (par Babel et Ashour, intégrées plus tard à l'orbite islamique) et le second Temple (par Titus et les légions romaines). Les dix tribus, exilées bien plus tôt par le roi d'Ashour vers des régions reculées comme 'Hala'h et le fleuve de Gozan, ne sont pas mentionnées ici car elles ne tombèrent pas sous le joug direct d'Edom et d'Ishmaël. Le Malbim précise que ces versets retracent les deux premières étapes du conflit terminal : l'Égypte, symbole du monde ishmaélite, sera dévastée lors du choc initial porté par Edom (« L'Égypte deviendra une désolation »), puis les forces d'Ishmaël prendront leur revanche en ravageant la terre d'Edom (« et Edom sera un désert désolé »), accomplissant ainsi le châtiment pour le sang innocent versé lors de nos deux destructions nationales.

« Mais Yéhouda sera habitée à jamais, et Jérusalem de génération en génération. » Autrefois divisées, les tribus d'Éphraïm et de Yéhouda seront définitivement réunies, et la présence juive sur sa terre ne connaîtra plus jamais d'exil. Jérusalem ne subira plus la moindre ruine. Le Malbim met en lumière la différence entre « à jamais » (le'olam) et « de génération en génération » (ledor vador) : « le'olam » désigne l'éternité absolue et indivisible, soustraite aux vicissitudes temporelles, garantissant l'établissement permanent de Yéhouda. En revanche, « de génération en génération » s'inscrit dans la succession des âges : d'une époque à l'autre, de nouveaux habitants viendront embellir Jérusalem, rehaussant continuellement son éclat et sa majesté dans une élévation spirituelle sans fin.

« Et Je purifierai leur sang que Je n'avais pas purifié, et Hachem réside à Sion. » C'est sur ce verset que s'achève le livre de Yoël. Comment l'entendre ? Rachi explique : même si Je devais pardonner aux nations le reste de leurs fautes historiques, le sang versé des enfants de Yéhouda ne sera jamais absous ; elles devront en payer le prix intégral lorsque Hachem établira Sa résidence à Sion. Le Radak avance une autre nuance : Hachem pardonnera les richesses matérielles pillées, car Israël prendra à son tour l'or et l'argent des nations lors de la délivrance ; en revanche, pour les vies humaines fauchées, aucun rachat financier ne sera toléré : seule la vie paiera pour la vie (« âme pour âme »), jusqu'à l'anéantissement des coupables. Enfin, le Malbim propose une explication magistrale : la guerre de Gog et Magog frappera principalement Edom et Ishmaël, mais qu'en sera-t-il des autres nations ayant persécuté Israël au cours des siècles ? Le texte proclame : « Je purifierai leur sang que Je n'avais pas purifié », signifiant qu'après avoir jugé les protagonistes de la fin des temps, Hachem demandera également des comptes à tous les autres peuples qui s'étaient crus oubliés. Une fois Sa présence réinstallée à Sion, la justice divine s'étendra à l'ensemble des oppresseurs de l'histoire. Puisse le Tout-Puissant dévoiler rapidement à nos yeux cette rédemption éternelle, Amen ve-Amen !