Le chapitre 61 d'Isaïe est un chapitre de consolation et de délivrance. Dans cette partie de l'étude, nous nous arrêtons sur les versets décrivant le grand renversement : comment la honte et l'ignominie qui ont accompagné le peuple d'Israël tout au long de l'exil se mueront en un double honneur, et à quoi ressemblera le salut futur - tant du côté du Saint, béni soit-Il, que du côté des mérites d'Israël. Nous suivrons l'ordre des versets en nous appuyant sur les explications de Rachi, du Radak, du Targoum et, tout particulièrement, sur les subtilités du Malbim.
Au lieu de votre honte, une double part - Qu'est-ce que la honte et qu'est-ce que l'ignominie ?
תַּחַת בׇּשְׁתְּכֶם מִשְׁנֶה וּכְלִמָּה יָרֹנּוּ חֶלְקָם לָכֵן בְּאַרְצָם מִשְׁנֶה יִירָשׁוּ שִׂמְחַת עוֹלָם תִּהְיֶה לָהֶם׃ - Au lieu de votre honte, vous recevrez une double part, et au lieu de l'ignominie, ils exulteront pour leur lot ; c'est pourquoi, dans leur pays, ils posséderont le double, et une joie éternelle sera la leur.
Ce verset nécessite une explication. Rachi commente : « Au lieu de votre honte » - jusqu'à présent, vous étiez couverts de honte, on vous humiliait, le peuple d'Israël était au plus bas. Et ce n'était pas une honte ordinaire, mais « une double part » (mishné) : une honte redoublée, bien pire que la normale. « Et de l'ignominie ils feront retentir leur lot » - on ne cessait de propager des propos déshonorants sur le peuple d'Israël, et c'était là notre lot.
Précisons le sens du mot « yaronou » (ils feront retentir / proclameront). Il existe une forme de « rina » qui ne signifie pas la joie. Il est écrit : « Un cri (la rina) traversa le camp » - cela fut dit à la mort d'Achab, et cela ne désignait point une joie, mais une clameur qui se propage et circule d'un lieu à l'autre. Comme on dit aujourd'hui en hébreu « on colporte des rumeurs sur lui » (meranenim alav) : cela ne signifie pas qu'on s'en réjouit, mais qu'on en parle partout. Dès lors, le sens est : au lieu que vous subissiez une honte redoublée, et en plus du fait qu'on colportait sans cesse sur vous des calomnies et des outrages.
Et combien ces paroles sont justes ! Toutes sortes de rumeurs et de ragots circulent sur nous, des outrages, des infamies, des récits et des inventions forgés de toutes pièces par les nations. Les accusations de meurtre rituel - qui ont même ressurgi de nos jours, lorsqu'un journal ukrainien a diffusé en 5774 (2014) un avertissement enjoignant de surveiller les enfants, sous prétexte que les Juifs utiliseraient le sang d'enfants chrétiens pour les matsot de Pessa'h, et pour empêcher qu'un Juif n'enlève à Dieu ne plaise un enfant chrétien pour se servir de son sang. Et si ces affabulations païennes rappellent les siècles passés, il existe de nouvelles calomnies bien plus audibles pour les oreilles du monde moderne : que nous maltraitons nos voisins, que nous bombardons sans raison, que nous assassinons des enfants. En guise d'exemple frappant, souvenons-nous de l'affaire de l'enfant Al-Dura, qui fit grand bruit dans le monde entier ; il s'est avéré par la suite qu'il était très probablement bien vivant, mais cela n'a empêché personne de forger ce mensonge selon lequel nos soldats l'auraient abattu alors que le malheureux levait les mains, et qu'on lui aurait tiré dessus malgré tout, tout cela pour dépeindre notre dépravation morale. Et comme si cela ne suffisait pas, on envoya ici Goldstone pour rédiger un rapport accablant contre nous et consigner les pires horreurs. Et ils savaient très bien qui envoyer : ils ont dépêché un Juif pour s'occuper de nous. Certes, il a fini plus tard par publier des excuses et se rétracter, mais le rapport, tout le monde l'a lu, tandis que son mea culpa, qui l'a lu ? C'est cela : « et de l'ignominie ils feront retentir leur lot ».
De même, « Au lieu de votre honte, une double part » - une honte redoublée. Nous sommes constamment attaqués, tenus pour responsables de tous les maux de la terre, placés au centre de chaque crise, accusés d'être la cause des tourments de l'Amérique face aux nations arabes. Or, sans qu'ils le sachent - et soit dit entre nous -, il y a là une part de vérité, car tout ce qui advient dans le monde n'arrive qu'en fonction d'Israël. Mais non pas pour les motifs qu'ils prétendent, mais pour de tout autres raisons : nous avons des comptes à rendre au Créateur du monde, et chaque événement survenant sur terre vient nous inciter à la Techouva et nous ramener sur la voie de la vérité. Même si un barrage cède en Chine, comme nous l'avons longuement évoqué au sujet du 'Hafets 'Haïm, tout cela n'arrive que pour que nous en tirions une leçon morale et des conclusions spirituelles. Et en contrepartie de toute cette honte et de toutes ces souffrances accumulées durant les siècles d'exil : « c'est pourquoi, dans leur pays, ils posséderont le double, et une joie éternelle sera pour eux ».
L'explication du Radak et du Targoum
Le Radak explique : au lieu de l'exil où nous étions voués à la honte et à l'opprobre, nous connaîtrons à l'inverse la gloire et l'honneur. Et « mishné » (au double) renvoie au nombre des années : en contrepartie de ces années de honte, vous aurez autant d'années d'honneur et d'élévation.
Le Targoum propose une autre explication : « mishné » ne qualifie pas la honte, comme le soutenait Rachi pour qui il s'agissait d'une honte décuplée, mais constitue déjà la récompense : au lieu de la honte subie, vous recevrez une double part d'honneur. De même, le terme « au lieu de » s'applique aussi à l'ignominie : au lieu de l'ignominie endurée, « ils exulteront pour leur lot » constitue la rétribution - notre sort s'accomplira dans l'allégresse et nous serons loués pour notre part. Selon les termes du Targoum, « ve-yitbahtoun amemaya », les nations seront confondues et honteuses, elles qui se glorifiaient de leur sort, car il apparaîtra au grand jour que leur part n'était que vanité et néant, tandis que nous pourrons nous réjouir de la nôtre, car il sera manifeste que notre Dieu est le Dieu de vérité. « C'est pourquoi, dans leur pays, ils posséderont le double » : ils n'auront plus besoin de quitter la terre pour commercer et amasser des richesses, mais recevront sur leur propre terre le double des biens de ce monde par rapport à ce qu'ils possédaient jadis, et leur joie sera perpétuelle, sans jamais s'interrompre.
Le Malbim : la honte intérieure et l'ignominie venue d'autrui
Fidèle à sa méthode, le Malbim analyse avec précision la nuance entre « boshet » (la honte) et « kelima » (l'ignominie ou l'affront), distinction que nous avons déjà rencontrée dans ses commentaires : la « boshet » est ce qu'un homme éprouve envers lui-même, même en l'absence de tout témoin. Personne ne l'a humilié, mais il est rongé par la honte, sachant qu'il a commis un acte indigne - c'est cela la « boshet ». La « kelima », en revanche, provient toujours d'autrui : c'est lorsqu'un tiers couvre une personne d'opprobre et lui fait publiquement affront.
Selon cela : « Au lieu de votre honte » - la honte que nous éprouvons envers nous-mêmes, pour avoir perdu le degré si élevé qui était le nôtre, le mérite et la grandeur de la Présence divine résidant en Israël et du Beth Hamikdach debout. Cette honte existe indépendamment des nations ; nous avons honte de notre situation actuelle, d'avoir perdu notre niveau spirituel. À la place, nous aurons « une double part » - un honneur décuplé en contrepartie de cette même honte.
« Et pour l'opprobre, ils célébreront leur part » - au lieu de l'opprobre dont les autres nous ont couverts tout au long de l'exil, eux-mêmes entonneront des chants d'allégresse sur la part d'Israël. Le Malbim fait remarquer cette nuance grammaticale : le verset s'adresse d'abord à vous à la deuxième personne - « votre honte », tandis qu'ici il emploie la troisième personne, « ils célébreront » (yaronou) et non pas « vous célébrerez » (taronou). De qui s'agit-il ? Des nations du monde. Ce sont elles qui composeront des chants et acclameront le lot et l'élévation d'Israël.
Et c'est là le plus grand châtiment pour tous ceux qui nous ont opprimés. Quand un oppresseur meurt, cela ne nous apporte pas grand-chose. Mais lorsqu'il se relèvera, « ceux-ci pour la vie éternelle, et ceux-là pour l'opprobre et l'abjection éternelle », la grandeur éclatera alors au grand jour : la nation qui a voulu nous anéantir, Hitler qui a voulu nous effacer, on verra soudain où il se trouve, dans quelle souffrance et dans quel enfer terrifiant il se débat, alors que le peuple d'Israël, que rien n'a pu entamer, se trouvera au sommet de la gloire. C'est pour lui la pire des souffrances et le châtiment suprême. Eux qui, au départ, entonnaient sur nous des refrains d'outrage et de mépris, proclameront désormais dans leurs chants : « C'est pourquoi, dans leur pays, ils posséderont une part double ; une joie éternelle sera pour eux » - voilà ce que chanteront les nations au sujet du peuple d'Israël.
Remarquons ce parallélisme : en contrepartie de la longueur de l'exil - « une joie éternelle », une allégresse perpétuelle. Et pour compenser la spoliation de notre terre - « dans leur pays, ils posséderont une part double ». Que signifie « une part double » ? Il y a la terre de trois peuples que nous n'avons pas encore mérité d'hériter, en plus des sept nations que nous avons conquises : les Kéniens, les Keniziens et les Kadmoniens, mentionnés dans le livre de Béréchit, que nous n'avions pas conquis même à l'époque de Yéhoshoua. Ils en hériteront au titre de « part double » - un surplus par rapport à ce que nous possédions déjà, et cela en réparation de l'opprobre et de l'humiliation subis durant ce long exil.
Car Moi, l'Éternel, J'aime la justice
כִּי אֲנִי יְהֹוָה אֹהֵב מִשְׁפָּט שֹׂנֵא גָזֵל בְּעוֹלָה וְנָתַתִּי פְעֻלָּתָם בֶּאֱמֶת וּבְרִית עוֹלָם אֶכְרוֹת לָהֶם׃ - Car Moi, l'Éternel, J'aime la justice, Je hais la rapine dans l'holocauste ; Je leur donnerai fidèlement leur salaire et Je conclurai avec eux une alliance éternelle.
Puisque J'aime la justice, Je déteste la rapine dans l'holocauste : Je n'agrée pas les holocaustes et les sacrifices des nations, parce qu'ils proviennent du vol. « Je leur donnerai fidèlement leur salaire » - Rachi explique que l'œuvre d'Israël sera désormais dans la vérité, que leur conduite et leur voie seront empreintes de droiture. Selon une autre explication : « leur œuvre » désigne la récompense de ce qu'ils ont accompli jusqu'à ce jour, qu'ils recevront en toute vérité - Hachem sera fidèle pour nous rétribuer pour tout ce que nous avons enduré : les outrages des nations, les massacres, les meurtres et les persécutions, et pour tout cela, Il déversera sur nous une récompense authentique.
Le Radak explique qu'ici le Saint, béni soit-Il, vient justifier ce qui a été dit précédemment. Il a été proclamé : « Au lieu de votre honte, une part double », signifiant que nous recevrons le double pour tout ce que nous avons souffert. Or, a priori, si nous avons subi une certaine épreuve, il aurait convenu de nous dédommager à hauteur exacte - pourquoi donc accorder le double ? À cela, le Saint, béni soit-Il, répond : « Car Moi, l'Éternel, J'aime la justice », et ce serait une iniquité et non une justice si Je ne vous donnais pas le double. En effet, le peuple d'Israël est l'élite des nations ; ils se sont attachés au Saint, béni soit-Il, ont cru en Lui et ont diffusé Sa Torah, et malgré tout cela, le peuple le plus proche du Maître du monde est celui qui a le plus souffert et qui a été le plus persécuté. Il y a là une injustice apparente. Le Saint, béni soit-Il, déclare : J'aime la justice, J'aime que les êtres humains pratiquent la justice - et si Je l'exige de Mes créatures, à plus forte raison Moi, Juge de toute la terre, pratiquerai-Je la justice.
« Je hais la rapine dans l'holocauste » - même dans le culte qu'on M'adresse, lorsqu'on vient M'offrir un sacrifice, s'il provient d'une spoliation, Je n'en veux point. D'où la conséquence : Je me dois de leur accorder, en contrepartie de l'exil et du malheur qu'ils ont traversés, un bienfait redoublé, car tout ce qu'ils ont enduré, c'est pour la gloire de Mon Nom qu'ils l'ont enduré. Ce peuple M'a servi et a pourtant souffert ; il mérite donc le double de ce qu'il a subi. C'est pourquoi « Je leur donnerai fidèlement leur salaire » - tout ce qu'ils ont accompli pour Mon Nom, Je le leur rétribuerai avec fidélité, par une récompense parfaite à la hauteur de leurs mérites. « Et Je conclurai avec eux une alliance éternelle » - une alliance perpétuelle, pour toujours et sans interruption, non pas comme l'alliance conclue à leur sortie d'Égypte qui fut pour ainsi dire temporaire, puisqu'ils sont partis en exil, sont revenus à l'époque du second Temple et sont repartis en exil. Ici, ce sera une alliance qui ne sera plus jamais suivie d'exil, une alliance exempte de colère et d'indignation, mais une rédemption complète et véritable.
Et le Malbim explique : puisque J'aime la justice, il est impératif que, de même que l'exil a duré longtemps, la délivrance dure également longtemps - et qu'est-ce qu'une longue durée auprès du Saint, béni soit-Il ? L'éternité. De plus : « Je hais la rapine », même dans un holocauste ; il est donc inévitable que Je leur restitue la spoliation dont ils ont été victimes - leur terre - avec les fruits et la plus-value. Leur terre leur a été ravie, et ils recevront au centuple : la terre, les fruits et la plus-value. C'est le sens de « dans leur pays, ils posséderont une part double ». « Je leur donnerai fidèlement leur salaire » - car J'aime la justice, Mon alliance est éternelle, et Je hais le vol même dans un sacrifice d'holocauste, à plus forte raison en dehors d'un sacrifice ; il est donc certain que Je serai fidèle pour leur rendre le double de leur dû.
Leur descendance sera renommée parmi les nations
וְנוֹדַע בַּגּוֹיִם זַרְעָם וְצֶאֱצָאֵיהֶם בְּתוֹךְ הָעַמִּים כׇּל־רֹאֵיהֶם יַכִּירוּם כִּי הֵם זֶרַע בֵּרַךְ יְהֹוָה׃ - Leur descendance sera renommée parmi les nations, et leurs rejetons au milieu des peuples ; tous ceux qui les verront reconnaîtront qu'ils sont une race bénie de l'Éternel.
À première vue, cela est surprenant : il s'agit déjà de l'époque de la Délivrance, où le peuple d'Israël n'est plus en exil - comment comprendre alors « Leur descendance sera connue parmi les nations, et leurs rejetons au milieu des peuples » ? Le Radak explique : lorsqu'ils voyageront dans les pays des nations pour le tourisme ou pour le commerce. On pourrait en déduire que l'interdit de quitter la Terre d'Israël pour un voyage d'agrément sera aboli ; or, la Torah étant immuable, il faut plutôt comprendre que le monde entier acquerra le statut d'Erets Israël, et qu'Erets Israël aura le statut de Jérusalem. Il n'y aura donc plus d'interdiction de voyager dans le monde, car se trouver n'importe où dans le monde équivaudra à se trouver en Terre d'Israël.
Même s'ils n'en auront pas un besoin absolu, ils seront connus et remarqués par la dignité et la grandeur dont ils jouiront ; ils se déplaceront vêtus d'habits honorables, d'habits de fête et de broderies, et l'on dira d'eux : « Voici les enfants d'Israël, telle est la semence bénie par l'Éternel ». Remarquons la nuance du verset : « leur descendance » (zar'am) est mentionnée auprès des « nations » (goyim), tandis que « leurs rejetons » (tseëtsaëhem) sont évoqués « au milieu des peuples » ('amim). Le Radak explique que les « rejetons » désignent les jeunes hommes, qui partiront selon leur envie découvrir les pays étrangers. C'est bien compréhensible : les adultes n'ont que faire de telles expéditions, ce sont plutôt les jeunes qui recherchent l'Inde, Goa ou d'autres horizons ; or, même lorsqu'ils pénétreront au cœur de ces peuples, ils resteront reconnus et distingués.
Malheureusement, aujourd'hui encore, les Israéliens sont connus et remarqués à travers le monde, mais trop souvent par les dégradations qu'ils laissent derrière eux et par un comportement vulgaire. Espérons que cette renommée future parmi les nations se fera pour leur éloge : que tous reconnaissent en eux la descendance bénie par Hachem, et découvrent une conduite admirable plutôt qu'un manque d'éducation et de savoir-vivre.
Le Malbim explique que la descendance d'Israël deviendra célèbre et renommée parmi les nations, non seulement les aînés mais aussi « leurs rejetons », c'est-à-dire les plus jeunes. Autre précision terminologique : le mot Goyim désigne souvent les nations les moins développées, tandis que 'Amim renvoie aux peuples prestigieux et civilisés. On pourrait évoquer des contrées lointaines et arriérées d'un côté, et de grands foyers de civilisation de l'autre. Le verset nous enseigne donc : même au milieu des nations les plus simples, ils seront connus ; et même leurs rejetons se distingueront au milieu des peuples les plus éminents. À tel point que « tous ceux qui les verront les reconnaîtront » et proclameront : ils sont la semence bénie de l'Éternel, car ils rayonneront par une sainteté majestueuse qui permettra à chacun de discerner qui sont les enfants d'Israël.
« Je tressaillirai de joie en l'Éternel »
שׂוֹשׂ אָשִׂישׂ בַּיהֹוָה תָּגֵל נַפְשִׁי בֵּאלֹהַי כִּי הִלְבִּישַׁנִי בִּגְדֵי־יֶשַׁע מְעִיל צְדָקָה יְעָטָנִי כֶּחָתָן יְכַהֵן פְּאֵר וְכַכַּלָּה תַּעְדֶּה כֵלֶיהָ׃ - Je tressaillirai d'allégresse en l'Éternel, mon âme exultera en mon D.ieu, car Il m'a revêtu des habits du salut, Il m'a enveloppé du manteau de la justice, comme le marié qui se pare d'un diadème semblable à celui du prêtre, et comme la fiancée qui se pare de ses joyaux.
Le Radak rapporte que ce sont là les paroles de Jérusalem, à l'instar du Targoum : « Jérusalem a dit : Je me réjouirai grandement dans la parole de l'Éternel » - Jérusalem rendra grâce et louera le Saint béni soit-Il au moment de la Délivrance, lorsque ses enfants reviendront en son sein. Autre explication : ce sont les paroles des enfants d'Israël rentrant d'exil, qui éprouveront lors de ce retour une joie sans pareille dans le Maître du monde.
Le Radak cite ici son père, et comme il a déjà été souligné plus d'une fois, lorsque le Radak rapporte une explication au nom de son père, il convient de tendre l'oreille avec la plus grande attention, car il s'agit toujours de véritables délices de Torah. Son père pose la question suivante : pourquoi le texte dit-il d'abord « Je tressaillirai d'allégresse en l'Éternel » (Sos assis ba-Hachem) puis « mon âme exultera en mon D.ieu » (Taguel nafchi b-Elohaï) ? Pourquoi employer tantôt le Nom d'Hachem (le Tétragramme) et tantôt le Nom d'Elohim, et pourquoi associer au premier le redoublement de l'allégresse et au second l'exultation de l'âme ? En vérité, le Nom ineffable incarne l'attribut de Miséricorde, tandis que le Nom d'Elohim représente l'attribut de Rigueur. Lorsque le Saint béni soit-Il nous délivre avec Miséricorde, tous se réjouissent, le corps comme l'âme ; d'où le redoublement « Je tressaillirai d'allégresse ». En revanche, s'Il nous délivrait sous le sceau de la Rigueur, c'est-à-dire à travers les épreuves et les souffrances, en vaudrait-il la peine ? Assurément oui, pour mériter la Délivrance. Mais qui y consent de plein gré ? C'est l'âme, qui, plus élevée et plus spirituelle, affirme : la souffrance en vaut la peine pour accéder à la rédemption. Le corps, pour sa part, recherche le plaisir, le confort et le repos, et a bien du mal à le comprendre. C'est pourquoi, lorsque la Délivrance s'opère par la Miséricorde, il est dit : « Je tressaillirai d'allégresse en l'Éternel » - le corps et l'âme réunis ; mais lorsqu'elle passe par la Rigueur, « mon âme exultera en mon D.ieu » - l'âme seule, car elle accepte les épreuves avec amour, alors que le corps peine à comprendre et à accepter.
« Car Il m'a revêtu des habits du salut, Il m'a enveloppé du manteau de la justice » - le Radak commente que les vêtements dont l'homme s'habille viennent exprimer le salut accordé par le Saint béni soit-Il. Par cela, nous deviendrons « comme le marié qui se pare d'un diadème sacerdotal » : à l'image du marié revêtu de somptueux habits, le terme yekhahen rappelant le grand prêtre (kohen) revêtu de ses vêtements d'apparat ; et « comme la fiancée qui se pare de ses joyaux », pourvue de bijoux et de parures précieuses. C'est ainsi que la rédemption fera apparaître Israël, semblable à un marié et à une fiancée resplendissants dans leurs atours.
Le Malbim : allégresse et exultation, vêtement et manteau
Le Malbim, fidèle à sa méthode, analyse la précision de la langue sainte. Quelle différence sépare sisson (l'allégresse) de guila (l'exultation) ? La sissa se traduit par des manifestations extérieures de liesse : la joie transparaît visiblement de l'extérieur. La guila, quant à elle, est un émoi intérieur du cœur suscité par un événement inattendu, imprévu, que l'on n'osait espérer et qui surgit soudainement dans la réalité.
Il existe également une différence entre le Nom ineffable et le Nom Elohaï (« mon D.ieu »), comme cela a déjà été expliqué à plusieurs reprises au nom du Malbim : le Tétragramme évoque le Saint béni soit-Il sous l'angle de Sa providence générale sur le monde entier, tandis qu'Elohaï renvoie à une dimension personnelle, à la providence particulière qui veille sur le peuple d'Israël. C'est à ce titre qu'il est proclamé : « Mon âme exultera en mon D.ieu », célébrant la providence particulière accordée au peuple d'Israël.
Que signifie : « Car Il m'a revêtu des vêtements du salut, Il m'a enveloppé du manteau de la justice » ? Il y a une différence entre un vêtement (béged) et un manteau (mé'il). Le vêtement est ce que l'on porte en dessous, au plus près du corps - à la manière d'un sous-vêtement chaud que l'on met dessous. Le manteau est le vêtement extérieur, semblable à une tunique ample que l'on porte par-dessus, simplement moins ajustée qu'un manteau contemporain.
« Il m'a revêtu des vêtements du salut » - une délivrance qui sera exactement à ma mesure, un vêtement intérieur ajusté à la personne, un salut personnel qui m'est réservé. Et au-delà de la délivrance individuelle - « Il m'a enveloppé du manteau de la justice » : pour que tous reconnaissent la religion de vérité, qu'ils voient que le D.ieu que le peuple d'Israël a servi est le D.ieu de vérité. Il ne s'agit plus ici de moi à titre individuel, mais de la révélation de Sa gloire et de Son saint Nom dans le monde, afin que ma droiture apparaisse aux yeux de tous, montrant que j'ai servi le Tout-Puissant sans me laisser égarer par les vanités des autres nations.
Et pourquoi précisément un « manteau » ? Il y a à cela deux aspects. Premièrement : le manteau est extérieur et visible de tous, et à travers lui, chacun verra que la religion de vérité est celle d'Israël. Deuxièmement : le manteau n'est pas taillé sur mesure, mais ample et adapté à tous, pour faire allusion au fait que ce manteau de justice vient enseigner la foi en Hachem au monde entier. Ce n'est pas uniquement pour moi, comme un vêtement taillé sur mesure, mais c'est une réalité que nous voulons transmettre et diffuser pour que tous l'adoptent, pour que le monde entier reconnaisse notre justice en tant que serviteurs d'Hachem, et qu'à partir de là, eux aussi se mettent à servir le Saint béni soit-Il d'un même élan.
Comme un époux qui se pare d'un diadème, comme une fiancée ornée de ses joyaux
Le Malbim explique que les membres du verset se correspondent : « Il m'a revêtu des vêtements du salut » correspond à « comme un époux qui se pare d'un diadème », et « Il m'a enveloppé du manteau de la justice » correspond à « et comme une fiancée ornée de ses joyaux ». Pourquoi emploie-t-il le terme yékhahén ? Le Malbim apporte une explication originale : l'époux confère la parure à sa femme en lui offrant des vêtements somptueux et des bijoux. Il en va de même pour le salut : le Saint béni soit-Il nous a accordé la délivrance, non pas en vertu de nos mérites propres, mais à l'image d'un époux qui pare sa fiancée d'habits magnifiques.
En revanche, « Il m'a enveloppé du manteau de la justice » correspond à « comme une fiancée ornée de ses joyaux » - ses joyaux à elle, et non ce que lui a offert l'époux. Au-delà de ce qu'il lui a donné, elle possède ses propres parures. Si le salut représente ce qu'Hachem accomplit pour nous, la justice représente ce que nous avons accompli : nos mérites. Le manteau qui nous enveloppe récompense nos actes de justice et notre attachement au Maître du monde tout au long des années d'exil, le service divin qui a été le nôtre ; c'est comparable à une fiancée qui porte ses propres ornements, fruits de sa préparation et de ses actes. Dès lors, il apparaîtra clairement à tous que notre service d'Hachem est bien le véritable service.
Car comme la terre fait germer ses pousses
כִּי כָאָרֶץ תּוֹצִיא צִמְחָהּ וּכְגַנָּה זֵרוּעֶיהָ תַצְמִיחַ כֵּן אֲדֹנָי יֱהֹוִה יַצְמִיחַ צְדָקָה וּתְהִלָּה נֶגֶד כׇּל־הַגּוֹיִם׃ - Car, comme la terre fait éclore son germe et comme un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur D.ieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.
Le Radak compare la délivrance d'Israël à une graine semée en terre : selon l'ordre naturel, la graine se décompose et pourrit, puis elle germe sous une forme plus belle, plus abondante et plus noble que ce qu'elle était à l'origine, car d'un seul grain naissent de nombreux grains, « car le renouveau surpasse l'ancien ». Il en va de même pour le peuple d'Israël en exil : comme si son espoir était anéanti, comme s'il était détruit et tombé au plus bas degré, mais ce n'est là que le pourrissement qui précède la germination. Et lorsque viendra la rédemption, ils fructifieront, se multiplieront et dépasseront leur éclat passé, tant en gloire qu'en grandeur et en nombre, et tout se transformera en bien, à l'image de la plante qui pourrit avant d'éclore.
Le prophète les compare en outre à un jardin : « Et comme un jardin fait germer ses semences ». Un jardin ne fait pas éclore toutes ses semences en une seule fois : aujourd'hui pousse une espèce, demain une autre, et après-demain une troisième, chacune selon les saisons - certaines poussent en été, d'autres en hiver. De même en sera-t-il pour le peuple d'Israël : les bienfaits se succéderont sans interruption, se suivant continuellement, à l'instar d'un jardin dont les semences germent sans cesse. On pourrait parfois penser : Israël est actuellement sur une vague favorable, mais ce n'est certainement que passager, car il arrive parfois qu'une nation humiliée connaisse un essor soudain. Le verset affirme qu'il n'en sera pas ainsi, mais que ce renouveau sera constant et renouvelé comme dans un jardin, et toutes les nations reconnaîtront que leur prospérité surpasse tous les bonheurs du monde. C'est là le sens de « devant toutes les nations » - non pas contre elles, mais face à elles, afin qu'aux yeux de toutes les nations apparaisse la réussite surnaturelle d'Israël.
Le Malbim propose ici une explication proche de celle du père du Radak, tout en y apportant un éclairage supplémentaire. Il existe une différence dans la façon dont la végétation pousse : parfois la terre fait germer des plantes sans qu'on l'ait ensemencée - le plus souvent des épines et des chardons, mais elle produit d'elle-même ; et il y a le terrain qui ne produit qu'après avoir été ensemencé. « Comme la terre fait éclore son germe » fait référence à une terre ordinaire : on marche dans un champ et des plantes y ont poussé d'elles-mêmes. « Et comme un jardin fait germer ses semences » désigne un jardin ensemencé, qui fait croître ce que l'on y a planté.
Il en est ainsi pour le Saint béni soit-Il : « fera germer la justice » - de même que la terre fait éclore son germe d'elle-même, ainsi Hachem fera germer la justice de Sa propre initiative. Il s'agit ici de la délivrance : cette délivrance ne dépendra pas de nos actes, mais le Saint béni soit-Il nous sauvera indépendamment de nos actions, uniquement par Sa grâce et par Sa bienveillance envers nous. Et c'est là le sens propre de la charité (tsédaka) : comme nous l'avons expliqué par le passé, la charité est accordée à celui qui n'en a pas le droit strict ; pour celui qui la mérite, il ne s'agit pas d'une charité mais d'un salaire. La justice charitable consiste à dire : selon la stricte justice, tu n'y as pas droit et je ne te dois rien, et malgré tout, j'agis envers toi avec bienveillance. Et de même que la terre n'est nullement tenue de faire pousser sa végétation, de même, pour ainsi dire, le Saint béni soit-Il n'est pas tenu de nous accorder quoi que ce soit, et pourtant Il accomplira pour nous le salut. Cela correspond aux « vêtements du salut » - une délivrance personnelle qu'Hachem nous accordera bien que nous ne l'ayons pas méritée.
Puis vient l'expression « et comme un jardin fait germer ses semences » - cela correspond à ce que nous avons planté et semé, et c'est là « une louange devant toutes les nations ». En effet, un homme qui a semé un jardin et qui le voit grandir en tire une légitime fierté : regarde ce champ, regarde ces récoltes, c'est moi qui ai cultivé, qui ai soigné, qui ai arrosé ; il en tire de la gloire. En revanche, si quelque chose pousse tout seul sans qu'il ait semé, il ne s'en enorgueillit pas, car ce n'est pas son œuvre. Cela fait écho au « manteau de justice dont Il m'a enveloppé » mentionné plus haut - grâce auquel il apparaîtra aux yeux de toutes les nations que les mitsvot du peuple d'Israël sont vérité et que sa Torah est vérité, semblable à une fiancée parée de ses propres joyaux, acquis par ses mérites. Dans ce que l'on accomplit par soi-même, on a matière à être loué devant les nations ; mais ce que le Saint, béni soit-Il, fait germer, « comme la terre fait sortir son germe », ne donne pas lieu à une fierté personnelle, car cela ne vient pas de nous : c'est le Saint, béni soit-Il, qui nous l'a accordé par pure bonté et grâce imméritée.
En conclusion :
Dans ces versets, le tableau s'inverse totalement : au lieu de la double honte que nous avons éprouvée de notre propre fait et de l'opprobre dont les nations nous ont accablés, nous mériterons une double part d'honneur, et les nations elles-mêmes chanteront et célébreront la grandeur d'Israël. Le Saint, béni soit-Il, qui aime la justice et a en haine la spoliation, même dans l'offrande, s'engage à nous rendre le double - notre terre avec ses fruits et sa magnificence - et à sceller une alliance éternelle que ne suivra plus aucun exil. Alors la descendance d'Israël sera renommée parmi les nations et au milieu des peuples, et tous ceux qui les verront reconnaîtront qu'ils sont une lignée bénie de l'Éternel. Deux dimensions caractérisent cette rédemption : les « vêtements de salut » - une délivrance personnelle, taillée sur mesure, qu'Hachem nous accorde par Sa pure grâce, telle la terre faisant jaillir son germe d'elle-même ; et le « manteau de justice » - la révélation de notre droiture et de notre attachement à D.ieu aux yeux du monde entier, tel un jardin faisant germer les semences qu'on y a semées, d'où jaillira la louange devant toutes les nations. Puisse Hachem nous faire mériter très bientôt la délivrance complète, Amen ve-Amen.