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Chapitre 61 - L'esprit de Dieu pour porter la bonne nouvelle aux humbles - 1ère partie

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Introduction : une prophétie de consolation pour les cœurs brisés

Le chapitre 61 d'Isaïe est un chapitre d'annonce et de réconfort. Le prophète débute par une introduction essentielle : toutes les paroles de consolation que j'ai prononcées et tout ce que je m'apprête à dire ne viennent pas de moi, mais de l'esprit d'Hachem qui repose sur moi. Le Saint, béni soit-Il, m'envoie annoncer au peuple d'Israël le bien à venir, afin qu'il ne désespère pas de la délivrance. En effet, l'épreuve est immense et la souffrance terrible ; il faut donc encourager le peuple et lui adresser des paroles de réconfort afin qu'il ne se brise pas sous le poids d'un si long exil, mais qu'il continue d'espérer le salut d'Hachem.

ר֛וּחַ אֲדֹנָ֥י יֱהֹוִ֖ה עָלָ֑י יַ֡עַן מָשַׁח֩ יְהֹוָ֨ה אֹתִ֜י לְבַשֵּׂ֣ר עֲנָוִ֗ים שְׁלָחַ֙נִי֙ לַחֲבֹ֣שׁ לְנִשְׁבְּרֵי־לֵ֔ב לִקְרֹ֤א לִשְׁבוּיִם֙ דְּר֔וֹר וְלַאֲסוּרִ֖ים פְּקַח־קֽוֹחַ׃ - L'esprit du Seigneur Dieu repose sur moi, car l'Éternel m'a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux humbles ; Il m'a envoyé pour panser les cœurs brisés, pour proclamer la liberté aux captifs et la libération aux prisonniers.

Le Radak explique : ce sont les paroles du prophète. Le Saint, béni soit-Il, m'a chargé de dire et de consigner ces paroles pour en faire l'annonce aux exilés, car ils sont humbles et ont le cœur brisé. Cela signifie que ces hommes sont abaissés et pleins d'humilité, et qu'ils ont le cœur brisé - ils traversent des épreuves très dures, sont plongés dans l'affliction et la peine, tandis que les nations cherchent à les détourner du service d'Hachem. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, m'a envoyé leur apporter des paroles de consolation, d'encouragement et de renforcement.

Qu'est-ce que l'onction ?

« L'Éternel m'a oint » - le Radak explique que le terme d'onction désigne ici l'élévation, la grandeur et la nomination. Comme il est écrit : « et tu oindras Hazaël comme roi sur Aram » - est-il concevable qu'on soit réellement allé l'oindre avec l'huile d'onction ? Certes non, car on n'oignait pas les rois des nations. Bien que l'origine du mot provienne de l'application de l'huile sur la tête, signe d'investiture et de dignité, le terme s'est élargi pour désigner toute forme de nomination et d'élévation. De même : « et Élisée, fils de Chaphath, tu l'oindras comme prophète à ta place », ou encore : « Ne touchez pas à Mes oints » - c'est-à-dire Mes délégués, ceux que J'ai élevés et magnifiés.

« Car l'Éternel m'a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux humbles » - voilà le but et la raison de cette mission prophétique : annoncer au peuple d'Israël les promesses bienfaisantes qui vont s'accomplir en sa faveur. Et tout ce que je transmets ne provient que de la charge que le Saint, béni soit-Il, m'a confiée à cet effet.

« Proclamer la liberté aux captifs » - ceux qui sont actuellement retenus captifs par les nations recouvreront la liberté. « Et aux prisonniers la libération » - le Radak explique que ces deux termes hébraïques renvoient à une même idée : l'ouverture de la prison. On peut aussi les décomposer : « Pekah' » évoque l'ouverture, à l'image d'un œil clos que l'on ouvre, de même le détenu est délivré de sa prison ; « Koa'h » vient de la racine signifiant prendre - l'extraire de sa geôle pour le faire sortir de l'exil. Il y a donc ici deux actions : l'ouverture et l'extraction. De plus, le Radak cite au nom de son père que la prison elle-même est appelée « Koa'h », car les captifs y sont emmenés de force et y sont retenus ; l'expression signifie alors : ouvre leurs fers et tire-les du lieu où ils sont captifs.

Deux catégories au sein du peuple : les humbles et les cœurs brisés

Le Malbim explique : lorsque je dis « Lève-toi, resplendis, car ta lumière est venue, et la gloire d'Hachem s'est levée sur toi », je le prononce par l'esprit d'Hachem. L'esprit divin repose sur moi pour proclamer le salut à venir. Et le Malbim précise qu'il y a ici deux catégories au sein du peuple d'Israël. La première regroupe les « humbles » - ceux qui se tiennent dans la soumission et attendent la délivrance, sans récriminer ni contester les voies du Saint, béni soit-Il. C'est à leur sujet qu'il est dit : « annoncer la bonne nouvelle aux humbles ». La seconde catégorie comprend les « cœurs brisés » - ceux qui sont à bout, gagnés par le désespoir, abîmés dans l'abattement et l'affliction sous le poids des tourments et des souffrances, et dont le cœur s'est brisé à force d'attendre sans fin la délivrance. C'est également vers eux que le prophète est envoyé en mission spéciale, pour leur intimer de ne pas perdre espoir : il y a une espérance, il y a une promesse à attendre, et le Saint, béni soit-Il, va assurément les délivrer.

La première annonce : la libération de l'emprise des nations

Le Malbim souligne que le prophète a été envoyé pour annoncer trois sujets, dont le premier apparaît déjà dans ce verset : la rédemption future. Sachez-le, vous serez arrachés aux mains des nations. Certains ne sont que prisonniers en captivité, et pour eux la liberté sera proclamée. D'autres connaissent un sort plus rigoureux : ils sont à la fois captifs et enchaînés, à la manière des prisonniers jugés plus dangereux, qui subissent la captivité avec des fers aux mains et aux pieds. Même pour eux, la promesse de libération s'applique : le Saint, béni soit-Il, brisera leurs liens et les tirera de leur geôle.

לִקְרֹ֤א שְׁנַת־רָצוֹן֙ לַֽיהֹוָ֔ה וְי֥וֹם נָקָ֖ם לֵאלֹהֵ֑ינוּ לְנַחֵ֖ם כׇּל־אֲבֵלִֽים׃ - Pour proclamer une année de faveur pour l'Éternel, et un jour de vengeance pour notre Dieu, pour consoler tous les affligés.

« Pour proclamer une année de faveur pour l'Éternel » - l'année de la délivrance sera une année de bienveillance (ratson), comme il est écrit : « et dans Ma bienveillance, Je t'ai pris en pitié ». Cette faveur vient par opposition à une année de courroux, car tout ce que nous traversons à présent relève d'une situation de colère, comme si, pour ainsi dire, le Saint, béni soit-Il, était courroucé contre nous ; mais viendra un temps de bienveillance, comme il est dit : « Car dans Mon courroux Je t'avais frappée, mais dans Ma bienveillance Je t'ai prise en pitié ». « Et un jour de vengeance » - c'est le jour de Gog et Magog, où le Saint, béni soit-Il, tirera vengeance des nations pour ce qu'elles ont fait au peuple d'Israël. Puis vient : « pour consoler tous les affligés », dont le détail apparaîtra dans le verset suivant.

La deuxième annonce : récompense pour les justes et châtiment pour les impies

Le Malbim explique que ce verset renferme ces deux aspects à la fois : une bonne récompense pour les justes et un châtiment pour les impies. « Une année de faveur pour l'Éternel » - il y aura une volonté bienveillante de la part d'Hachem de déverser une abondance de bienfaits sur ceux qui ont souffert jusqu'à présent, les justes qui ont espéré et cru en Hachem, béni soit-Il ; et cela relève de la mesure de miséricorde, c'est pourquoi le Nom divin Havaya est employé. « Et un jour de vengeance pour notre Dieu » - le Nom Elokim représente la mesure de justice rigoureuse, pour châtier les nations qui nous ont opprimés.

Et le Malbim relève une nuance remarquable : pourquoi parle-t-on d'une « année » pour la bienveillance, et d'un « jour » pour la vengeance ? C'est que la délivrance, qui procède de la mesure du bien, s'étendra sur une année entière ; tandis que la vengeance s'accomplira en un seul jour, car en un seul jour le Saint, béni soit-Il, demandera des comptes à tous les impies et les anéantira. Il s'ensuit que le temps de la vengeance est extrêmement bref.

La troisième annonce : la consolation pour le passé

Le Saint, béni soit-Il, promet ici une chose supplémentaire : consoler également pour le passé, pour le mal enduré et pour le bien perdu : « pour consoler tous les affligés ». L'homme finit par se lasser et se dit : combien avons-nous souffert, combien avons-nous perdu, combien sont morts et combien ont été éprouvés ! Le Saint, béni soit-Il, lui répond : lorsque Je te révèle que pour cette souffrance même tu recevras du bien, par là Je te console. Car il deviendra évident que tous ceux qui ont péri, souffert et enduré des épreuves ne l'ont pas fait en vain, mais qu'il y avait là un dessein bénéfique.

On raconte à ce propos une parabole : il y avait un ami intime du roi, un compagnon très cher, et l'un des ministres en conçut une vive jalousie. Le roi partit en voyage et nomma son ami pour le suppléer, tout en désignant également ce ministre comme adjoint durant son absence. Le ministre se dit : voici l'occasion de me venger de l'ami du roi. Cherchant un prétexte pour l'expulser de sa demeure, il lui déclara : cette maison appartient à la couronne. Devant le refus initial de l'ami, le ministre ordonna de lui infliger cinquante coups de fouet. Le malheureux subit de cruels sévices et passa son temps dans l'attente : quand donc le roi reviendra-t-il enfin ? Lorsque le roi rentra, l'ami vint le trouver en larmes et lui raconta tous les agissements du ministre et les tourments qu'il avait subis. En entendant cela, le roi entra dans une grande fureur et déclara : pour chaque coup qu'il t'a porté, tu recevras mille roubles - et mille roubles représentaient une somme colossale. L'homme reçut ainsi cinquante mille roubles, et d'où provenaient-ils ? Des coffres de ce riche ministre, qui se retrouva presque ruiné tandis que tous ses biens passaient à l'ami du roi. L'homme rentra chez lui en pleurant. Sa femme lui demanda : alors, qu'a dit le roi ? Il lui répondit : le roi a pris ma défense et a décrété que pour chaque coup, je recevrais mille roubles. Elle lui demanda : alors pourquoi pleures-tu ? Il lui répondit : parce qu'il ne m'a frappé que cinquante fois et non pas cent !

Nous apprenons de là que la véritable consolation survient lorsque l'on comprend que le coup n'était pas une souffrance gratuite, mais qu'il visait un bien et une gloire futurs, et que c'est pour cette épreuve même que l'on reçoit un surcroît de bienfait. Tel est le sens de : « pour consoler tous les affligés » - sachez que même pour tout ce que vous avez traversé, même pour le passé, il y aura consolation. Et cette consolation s'exprimera sous trois formes, qui sont détaillées dans le verset suivant.

לָשׂ֣וּם ׀ לַאֲבֵלֵ֣י צִיּ֗וֹן לָתֵת֩ לָהֶ֨ם פְּאֵ֜ר תַּ֣חַת אֵ֗פֶר שֶׁ֤מֶן שָׂשׂוֹן֙ תַּ֣חַת אֵ֔בֶל מַעֲטֵ֣ה תְהִלָּ֔ה תַּ֖חַת ר֣וּחַ כֵּהָ֑ה וְקֹרָ֤א לָהֶם֙ אֵילֵ֣י הַצֶּ֔דֶק מַטַּ֥ע יְהֹוָ֖ה לְהִתְפָּאֵֽר׃ - Pour gratifier les affligés de Sion, pour leur donner une parure au lieu de la cendre, une huile d'allégresse au lieu du deuil, un manteau de louange au lieu d'un esprit abattu ; et on les nommera chênes de justice, plantation de l'Éternel pour manifester Sa gloire.
Trois bienfaits face à trois aspects du deuil

Le Malbim explique que ces paroles sont formulées sous forme de parabole : nous sommes comparés à des endeuillés, à des êtres plongés dans la détresse et le deuil, et le prophète décrit à présent comment, face à chaque aspect du deuil, viendront la joie et l'allégresse. Or, chez la personne en deuil, la déchéance, l'humiliation et la souffrance se manifestent sur trois plans.

Le premier, du point de vue de sa place : l'endeuillé est assis dans la poussière, « et j'ai roulé ma gloire dans la poussière ». En contrepartie : « pour leur donner une parure au lieu de la cendre » - à la place de la cendre et de la poussière dans lesquelles ils se trouvaient, ils recevront une parure de gloire.

Le deuxième, du point de vue des coutumes de deuil : l'endeuillé ne s'oint pas d'huile et ne se lave pas le corps. En contrepartie : « de l'huile d'allégresse au lieu du deuil ». Le Metsoudat David explique pourquoi elle est appelée « huile d'allégresse » : parfois, l'huile sert de remède, lorsqu'on a une plaie et qu'on y applique de l'huile ; ici, le verset vient préciser qu'il ne s'agit pas d'une huile médicinale, mais d'une huile de délice et de plaisir, à la manière de celui qui s'oint d'huiles parfumées pour son agrément. Autrement dit, votre situation sera si excellente que vous n'aurez aucunement besoin de guérison, et toute onction d'huile ne sera destinée qu'au plaisir, à la volupté et à la joie.

Le troisième, du point de vue de son esprit intérieur : l'endeuillé est plongé dans le chagrin, l'affliction et l'abattement, rongé d'inquiétude, l'esprit assombri et sa lumière ternie. En contrepartie : « un vêtement de louange au lieu d'un esprit abattu ». Un « esprit abattu » décrit un état d'accablement et de dépression, tandis qu'un « vêtement de louange » désigne l'homme qui marche avec assurance, se félicite, rayonne et se réjouit de son sort. Il ne s'agit pas là, à Dieu ne plaise, d'orgueil - qui est un trait de caractère vil et détestable - mais du fait que, par grandeur d'âme, ils susciteront la louange sur la place publique : ils éprouveront une telle joie intérieure, une telle plénitude dans leurs actions et un tel contentement de leur état, qu'une lumière de joie émanera constamment d'eux, tel un homme comblé et heureux de sa félicité - tout à l'opposé du deuil, de l'abattement et de la tristesse dans lesquels ils étaient plongés auparavant.

« Eilei hatsédek » - les arbres de la justice

« Et on les appellera les arbres de la justice » - Rachi, le Radak et le Malbim expliquent tous que le mot « eilei » dérive d'arbres (ilanot), comme dans « des térébinthes (eilim) que vous avez désirés ». Et pourquoi ne l'interprète-t-on pas au sens de force et de puissance, comme dans « les puissants (eilei) de la terre » ? Rachi répond : parce qu'il est écrit ici « une plantation de l'Éternel », or il est question de plantations, et lorsqu'il s'agit de plantations, il s'agit assurément d'arbres.

Et que sont ces arbres de justice ? Le Malbim offre une explication remarquable : à l'époque, on avait coutume de planter des arbres pour symboliser diverses circonstances. Comme le rapporte la Guémara dans le traité Guittin, lorsqu'un garçon ou une fille naissait, on plantait un arbre en son honneur, et c'est avec le bois de ces arbres que l'on dressait plus tard leur houppa - et c'est d'ailleurs à la suite d'un tel fait que Tour Malka fut détruite. On plantait également des arbres près des autels idolâtres, les achérot, ce qui constituait une pratique coupable. Mais on plantait aussi des arbres pour symboliser la justice : lorsque les hommes se réunissaient pour traiter d'affaires judiciaires et d'équité, ils se rassemblaient sous ces arbres appelés les arbres de la justice - le lieu où l'on délibère en toute justice, où l'on juge et où l'on établit des décrets et des règles de droiture.

Et le peuple d'Israël sera appelé « les arbres de la justice » : ils deviendront le signe et l'emblème de la droiture et de l'équité. « Plantation de l'Éternel pour se glorifier (lehitpaer) » - le terme « lehitpaer » ne renvoie pas ici à l'orgueil, mais au mot « pourot » (ramures), qui constituent la parure et la gloire de l'arbre : sa cime et ses branches qui s'étendent au loin. En d'autres termes, ils seront de grands arbres dont les branches se déploient au loin - afin que leur justice soit entendue de loin, qu'elle soit vue et appliquée, et qu'il en émane des rameaux et des branches qui se ramifieront et se propageront.

Et malheureusement, notre situation sur ce point est aujourd'hui au plus bas. L'image de l'Israélien est devenue à travers le monde synonyme de combine, d'astuce douteuse, de tromperie et d'incivilité. Dans certains endroits, on refuse l'entrée aux Israéliens, et ce n'est pas nécessairement par antisémitisme ; bien souvent, des Israéliens arrivent quelque part et se comportent comme s'ils étaient les maîtres des lieux. Un hôtelier a ainsi expliqué pourquoi il avait cessé d'accueillir des Israéliens : après la dernière fois où ils avaient fait un barbecue dans la chambre, brûlé la moquette et empesté toute la pièce, et alors qu'on venait leur faire une remarque, ils avaient encore menacé de porter plainte contre l'hôtelier, sous prétexte qu'ayant loué la chambre, ils avaient le droit d'y faire ce que bon leur semblait. Il racontait encore : trente jeunes s'assoient dans le couloir, sortent des chaises, discutent bruyamment, fument et débouchent des bouteilles, au grand désespoir des clients européens venus chercher un peu de tranquillité. Il a conclu : c'est fini, plus d'Israéliens chez moi, même si cela me fait perdre beaucoup d'argent auprès des agences de voyage. Et l'on ne parle même pas de la Cour suprême, où la « justice » n'est que le nom d'une planète, mais du simple citoyen. Or le prophète annonce que cette réalité sera réparée : le peuple d'Israël sera appelé « les arbres de la justice », ils seront le modèle, l'exemple et l'incarnation même de l'équité et de la droiture, ces arbres auprès desquels tous apprendront pour agir de même.

וּבָנוּ֙ חׇרְב֣וֹת עוֹלָ֔ם שֹׁמְמ֥וֹת רִאשֹׁנִ֖ים יְקוֹמֵ֑מוּ וְחִדְּשׁוּ֙ עָ֣רֵי חֹ֔רֶב שֹׁמְמ֖וֹת דּ֥וֹר וָדֽוֹר׃ - Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les dévastations des premiers âges, et renouvelleront les villes détruites, désolées de génération en génération.
La reconstruction des ruines par la force de la justice

« Ils rebâtiront les ruines antiques » - ce sont ces mêmes arbres, ces arbres de la justice, qui bâtiront. Et remarquez que la métaphore se poursuit : c'est avec le bois des arbres que l'on construit des maisons. Le sens profond en est le suivant : c'est par la force de ce modèle et de cet idéal de justice que seront relevées les ruines du monde et les désolations anciennes. Tout ce qui jusqu'alors était détruit et désolé, alors que la justice était bafouée et que la droiture et la vérité étaient rabaissées, sera désormais reconstruit grâce à cette conduite de justice et d'intégrité, et les édifices seront renouvelés au point que l'on ne reconnaîtra plus la désolation passée.

Le Malbim explique que cela s'applique également à la ruine des croyances et à la désolation des conceptions : les fausses croyances, les doctrines erronées et les vaines superstitions auxquelles les hommes s'accrochaient. Lorsque l'Éternel sera Roi sur toute la terre, l'Éternel un et Son nom un, que tous Me connaîtront du plus petit au plus grand, que la connaissance grandira, que beaucoup chercheront et trouveront l'Éternel, et que vos prophètes auront des songes - dans une telle réalité, la justice abondera. Car jusqu'alors, le monde ne chemine pas avec justice et droiture, c'est le monde du mensonge (alma dechikra), et les hommes avancent encombrés de milliers de doctrines et d'idées faussées, dépourvues de toute expression de la justice divine, de l'accomplissement de la volonté d'Hachem et de la marche dans Ses voies. Mais lorsque la connaissance se répandra et que le Saint, béni soit-Il, répandra de Son esprit sur l'homme, les arbres de la justice se multiplieront, et ces arbres - qui incarnent le peuple d'Israël - relèveront les ruines du monde et les désolations des premiers âges : toutes les conceptions perverties des générations passées qui s'étaient enracinées d'âge en âge, et à leur place s'édifieront des vérités authentiques et durables, qui sont les voies, les lois, les enseignements et les jugements du Créateur, béni soit-Il.

Le Malbim analyse avec précision la nuance entre ruine (hourba) et désolation (chemama) : ce qui est en ruine n'est pas nécessairement désert - les murailles d'une ville ont pu s'effondrer alors que des habitants y demeurent encore ; et ce qui est désert n'est pas forcément détruit - un lieu peut être intact mais entièrement abandonné, et de ce fait devenir désolé. Or le verset déclare : « ruines d'antan, désolations des premiers âges » : tant ce qui était en ruine sans être désert que ce qui était désert sans être en ruine, tout sera relevé, renouvelé et reconstruit, grâce à l'avènement d'une voie de vérité et de justice, et tous Me connaîtront, du plus petit au plus grand.

וְעָמְד֣וּ זָרִ֔ים וְרָע֖וּ צֹאנְכֶ֑ם וּבְנֵ֣י נֵכָ֔ר אִכָּרֵיכֶ֖ם וְכֹרְמֵיכֶֽם׃ - Des étrangers se tiendront là et feront paître vos troupeaux, et les fils de l'étranger seront vos laboureurs et vos vignerons.
Étrangers et fils de l'étranger

« Des étrangers se tiendront là » - le Radak explique : ils se présenteront d'eux-mêmes, sans qu'on ne l'exige d'eux ni qu'on ne les y contraigne. Et ils feront paître vos troupeaux. « Et les fils de l'étranger seront vos laboureurs » - ceux qui travaillent les champs, « et vos vignerons » - ceux qui prennent soin des vignes et les cultivent.

Le Malbim remarque la précision du texte : pourquoi employer ici le terme « étrangers » (zarim) et là « fils de l'étranger » (bené nekhar) ? Nous avons déjà souligné cette différence par le passé : un « zar » désigne quelqu'un de l'extérieur, qui n'appartient pas au cercle concerné - il peut s'agir d'un membre d'un autre peuple, d'une autre famille ou d'une autre localité, sans qu'il s'agisse nécessairement d'un non-Juif. Ainsi, un Israël est considéré comme « zar » par rapport à un Cohen, et la terouma est interdite aux « zarim ». En revanche, « bené nekhar » ne peut désigner qu'un non-Juif. Dès lors, le troupeau ne sera pas confié à des non-Juifs mais à des « zarim », car il y a là un savoir-faire délicat ; mais le travail de la terre, labeur physique et matériel où le risque de dégradation est minime, relèvera des « fils de l'étranger » : « vos laboureurs et vos vignerons ».

וְאַתֶּ֗ם כֹּהֲנֵ֤י יְהֹוָה֙ תִּקָּרֵ֔אוּ מְשָׁרְתֵ֣י אֱלֹהֵ֔ינוּ יֵאָמֵ֖ר לָכֶ֑ם חֵ֤יל גּוֹיִם֙ תֹּאכֵ֔לוּ וּבִכְבוֹדָ֖ם תִּתְיַמָּֽרוּ׃ - Et vous, vous serez appelés prêtres de l'Éternel, on vous nommera serviteurs de notre Dieu ; vous vous nourrirez des richesses des nations et vous vous parerez de leur gloire.
Et vous - prêtres de l'Éternel

S'ils accomplissent toutes ces tâches, que ferons-nous ? « Et vous, vous serez appelés prêtres de l'Éternel » - vous serez les prêtres de l'Éternel, les dignitaires du Saint béni soit-Il. « Vous vous nourrirez des richesses des nations » - des biens des nations, comme le traduit le Targoum : « vous consommerez les biens des peuples », les possessions des idolâtres. « Et vous vous parerez de leur gloire (tit'yamarou) » - selon Rachi, cela signifie que vous prendrez leur place dans l'honneur qui leur appartenait jusqu'alors. Selon les autres commentateurs, « tit'yamarou » dérive de la racine « amir », qui exprime l'élévation et la hauteur, comme dans : « Tu as distingué (he'emarta) l'Éternel aujourd'hui, et l'Éternel t'a distingué (heemirkha) aujourd'hui », c'est-à-dire que vous vous élèverez et vous grandirez par leur gloire. Il est d'ailleurs remarquable que l'usage moderne en hébreu, « il prétend être » (mityamer liheyot), qui désigne quelqu'un qui aspire à une autre condition et cherche à prendre la place d'autrui, rejoint précisément l'explication de Rachi.

Le Radak explique : vous n'aurez aucun travail matériel à fournir, car ce sont les étrangers qui s'en chargeront. Réfléchissons : les Cohanim sont les serviteurs de Dieu ; qui accomplit le travail ? Nous, le peuple d'Israël. De quoi les Cohanim vivent-ils ? Ils ne possèdent ni champs ni vignes - nous travaillons et leur donnons leur part, et grâce aux vingt-quatre dons sacerdotaux (matnot kehouna), ils sont entièrement disponibles pour le service de Dieu. Dans les temps futurs, la situation changera et tout montera d'un degré : les nations, qui se consacraient jusqu'alors à la futilité, travailleront pour nous - devenant nos laboureurs, nos vignerons et les bergers de nos troupeaux. Ceux qui s'affairaient à des vanités pourvoiront désormais à notre subsistance. Dès lors, nous deviendrons nous-mêmes comparables aux Cohanim.

Et si nous n'avons plus besoin de nous soucier de notre gagne-pain, que nous reste-t-il à faire ? Nous consacrer à la Torah. Fréquenter le Beth Hamidrach, venir étudier. Il n'y a plus rien d'autre à faire. Celui qui s'y trouve dès à présent goûte déjà aux temps messianiques, il participe déjà à la vie du monde futur. Quant aux autres, il faudra à l'avenir agrandir les lieux, et tous ceux qui subsisteront viendront s'adonner à la Torah, puisqu'il ne sera plus nécessaire de travailler et que nul ne pourra dire : « j'ai mon travail ». Pourquoi vous préoccuper d'un tel labeur ? Il y a des nations, il y a des bergers, ils font tout pour vous, vous n'avez rien à faire d'autre que de vous asseoir et d'étudier. Tout comme les Cohanim étaient voués au service du Temple sans le moindre tracas financier, de même le peuple d'Israël se consacrera à la Torah divine et aux paroles de sagesse pour connaître l'Éternel, libre de tout souci de subsistance.

Et comme si cela ne suffisait pas, et pour dissiper toute inquiétude, le texte ajoute : « vous vous nourrirez des richesses des nations ». Nul besoin d'être inquiet : tout ce que les nations ont accumulé, toutes leurs richesses, c'est ce dont vous profiterez. Pourquoi ? Parce qu'en plus de travailler pour vous, elles apporteront des présents, à la manière des tributs offerts aux rois qu'elles servaient : or, argent et tout ce que leur terre offre de meilleur seront apportés ici, au point que « vous vous parerez de leur gloire » - par leur prestige et leur grandeur nous serons élevés et magnifiés, terme qui évoque un rang éminent, une haute élévation. Et Onkelos traduit par « vous vous délecterez », exprimant la jouissance et l'abondance.

Des Cohanim vis-à-vis des nations

Le Malbim explique : « Et vous » - le peuple d'Israël, qui jusqu'à présent se trouvait au rang d'Israël face au Cohen, deviendra comme des Cohanim face aux nations. Car nous serons tous de l'ordre d'un « royaume de prêtres et une nation sainte » (Mamlékhet Cohanim véGoï Kadoch), tout comme le Cohen se tient vis-à-vis du peuple tout entier. C'est également ainsi qu'expliquent Ibn Ezra et le Radak. Et tout comme le Cohen ne s'occupait ni du travail de la terre ni du pâturage des troupeaux, ainsi les nations pourvoiront à tous nos besoins. « Prêtres de l'Éternel vous serez appelés » - nous aurons ce statut d'élite, à l'image des descendants d'Aharon, les Cohanim dignes du service du Beth Hamikdach. D'ailleurs, il est écrit que dans l'avenir, les premiers-nés redeviendront Cohanim ; c'est-à-dire que nous n'aurons pas seulement un rang semblable à celui des Cohanim, mais qu'un service effectif sera accompli par les enfants d'Israël, qui sont les premiers-nés appelés à devenir Cohanim. Cela n'exclut nullement les Cohanim actuels, car leur fonction ne sera point abolie, mais en tout cas les premiers-nés seront eux aussi officiants et serviteurs dans la Maison de l'Éternel.

Et le Malbim ajoute : on n'appelle « prêtre de l'Éternel » que celui qui officie dans la Maison de l'Éternel, et non celui qui s'occupe d'affaires profanes. C'est pourquoi le verset dit également : « ministres de notre Dieu, on vous nommera ». Le terme « serviteur » (mékharète) est une expression plus générale : il s'applique aux Cohanim qui servent dans la Maison de l'Éternel, mais aussi au serviteur d'un simple particulier, d'un prophète ou d'un roi, comme dans « au jeune homme, son serviteur ». Ainsi, le service concerne également des affaires terrestres et pas seulement le sacerdoce ; c'est pour cette raison que ces deux titres sont mentionnés conjointement.

Enfin, cela correspond aux deux privilèges du Cohen : le premier est de percevoir la Térouma et les dîmes (Ma'asserot) - et en regard de cela, « vous vous nourrirez des richesses des nations », car ceux qui occupent aujourd'hui le rang d'Israël par rapport à nous seront les nations, et vous recevrez d'elles l'équivalent des prélèvements sacerdotaux. Le second est qu'on honore toujours le Cohen en lui accordant la préséance pour prendre la parole et réciter la bénédiction en premier - et en regard de cela, « de leur gloire vous vous parerez », c'est-à-dire que vous vous élèverez et vous glorifierez de leur honneur, et tous vous témoigneront du respect. Il en ressort que vous accéderez au rang de Cohanim sous ces deux aspects réunis : tant pour les prélèvements sacerdotaux, qui proviendront des richesses des nations, que pour les marques d'honneur, où le Cohen passe toujours en premier. Vous serez ainsi à la fois comme des Cohanim et comme des serviteurs de notre Dieu, consacrés personnellement au service du Saint, béni soit-Il.

En résumé :
Le chapitre 61 s'ouvre par la déclaration du prophète affirmant que ces paroles de consolation ne viennent pas de lui, mais que l'esprit de Dieu repose sur lui, et qu'il est envoyé porter la bonne nouvelle à deux groupes : aux humbles qui espèrent et à ceux qui ont le cœur brisé et ont déjà perdu espoir. Il est porteur de trois annonces : la délivrance du joug des nations, où la liberté sera proclamée aux captifs et l'ouverture de la prison aux détenus ; la rétribution - une année de faveur pour les justes selon l'attribut de miséricorde, et un jour unique de vengeance pour les impies selon l'attribut de justice ; et enfin la consolation sur le passé, lorsqu'il apparaîtra clairement que toute la souffrance était pour le bien et en vue d'une récompense, à l'image de cet homme châtié qui pleurait de ne pas avoir reçu davantage de coups. Les consolations se manifesteront sous trois formes face aux trois aspects du deuil : une parure au lieu de la cendre, une huile de joie au lieu du deuil, et un manteau de gloire au lieu d'un esprit abattu. Israël sera appelé « térébinthes de justice », de grands arbres depuis lesquels la justice se répandra dans le monde entier, et c'est par leur force que seront rebâties les ruines du monde et réparées les désolations des fausses croyances et des doctrines erronées. Alors, des étrangers se tiendront là pour faire paître nos troupeaux, et les fils d'étrangers seront nos laboureurs et nos vignerons, tandis que nous serons comme des Cohanim face aux nations : libérés de tout souci de subsistance pour nous consacrer à la Torah et à la connaissance de Dieu, nous nous nourrirons des richesses des nations et nous nous élèverons par leur gloire.
Puisse-t-il être agréé que nous méritions de voir cela promptement et de nos jours.