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Chapitre 15 - Les frontières du territoire de Yéhouda, Otniel conquiert Devir et épouse Akhsa fille de Kalev

Introduction : un chapitre de frontières et de noms

Le chapitre 15 du livre de Yéhochoua inaugure le partage des territoires en terre d'Israël occidentale et décrit le lot de la tribu de Yéhouda. Précisons d'emblée : les lieux mentionnés ici sont très nombreux, leurs noms foisonnent, et les commentateurs se livrent à de longs calculs pour les harmoniser. Certains lieux sont attribués à deux tribus différentes, et il faut vérifier s'il s'agissait de deux endroits portant le même nom ; certains décomptes de villes demandent vérification pour voir s'ils correspondent exactement au total indiqué par le texte. Nous n'entrerons pas dans tous ces détails, pour une raison bien simple : nous n'avons pas de carte sous les yeux. Si nous disposions d'une carte, nous pourrions suivre la frontière point par point ; sans elle, il est très difficile de se représenter le tracé. C'est pourquoi nous nous concentrerons principalement sur les repères essentiels et sur la compréhension des variations de termes dans les versets, laissant à chacun le soin de consulter les développements des commentateurs. Néanmoins, dans les grandes lignes, nous pourrons tout de même nous faire une idée générale : quelle tribu s'est établie au sud, laquelle au nord, et ainsi de suite.

La frontière sud : d'Edom jusqu'au torrent d'Égypte

וַיְהִי הַגּוֹרָל לְמַטֵּה בְּנֵי יְהוּדָה לְמִשְׁפְּחֹתָם אֶל־גְּבוּל אֱדוֹם מִדְבַּר־צִן נֶגְבָּה מִקְצֵה תֵימָן׃ - Le lot attribué à la tribu des enfants de Yéhouda, selon leurs familles, s'étendait vers la frontière d'Edom, au désert de Tsin vers le sud, à l'extrémité méridionale.

Le Malbim explique : Edom est situé au sud de la terre d'Israël, du côté est, là où se trouve la célèbre roche rouge. Le désert de Tsin se trouve également sur le flanc sud, mais il ne borde pas directement la ligne de démarcation elle-même ; c'est là où s'achève le désert de Tsin que commence la limite méridionale. C'est pourquoi le verset précise « miktsé teïman » (à l'extrémité du sud) - il ne s'agit pas de l'extrémité absolue, mais simplement d'un point situé à la lisière du sud.

וַיְהִי לָהֶם גְּבוּל נֶגֶב מִקְצֵה יָם הַמֶּלַח מִן־הַלָּשֹׁן הַפֹּנֶה נֶגְבָּה׃ - Leur frontière sud partait de l'extrémité de la mer Salée, depuis la langue de terre tournée vers le sud.

La frontière sud est décrite d'est en ouest. Le texte débute au point le plus au sud-est, à savoir la mer Salée, qui borde la terre d'Israël à la fois au sud et à l'est. C'est à partir de là que commence le tracé, parcourant le pays du sud vers le nord et d'est en ouest. Remarquez la précision avec laquelle le verset délimite chaque territoire d'un point à un autre, afin d'éviter toute contestation ultérieure au fil des générations.

La terminologie des frontières : Vayatsa, Venasav, Veta'ar, Totsaot

וְיָצָא אֶל־מִנֶּגֶב לְמַעֲלֵה עַקְרַבִּים וְעָבַר צִנָה וְעָלָה מִנֶּגֶב לְקָדֵשׁ בַּרְנֵעַ וְעָבַר חֶצְרוֹן וְעָלָה אַדָּרָה וְנָסַב הַקַּרְקָעָה׃ - Elle sortait vers le sud de la montée d'Akrabbim, passait par Tsin, montait au sud de Kadéch-Barnéa, passait par Hetsron, montait vers Addar et tournait vers Karkaa.

Ici, le Malbim nous enseigne un principe fondamental pour comprendre l'ensemble du chapitre. Tout au long de la description des frontières, nous rencontrons différentes expressions : « Vayatsa » (il sortait), « Venasav » (il tournait), « Veta'ar » (il décrivait un contour), etc. L'idée est que l'on tendait un cordeau de mesure d'un point à un autre. Chaque fois qu'il est écrit « la frontière sortait » (Vayatsa), le cordeau de mesure déviait de la ligne droite sur le côté, vers l'intérieur ou vers l'extérieur ; c'est-à-dire qu'il y a là une avancée, une saillie qui est intégrée au territoire de la tribu, et la ligne cesse d'être droite. Chaque fois qu'il est dit « Venasav » (il tournait), la ligne bifurque sur deux directions formant un angle droit (comme la lettre Dalet) ; il s'agit donc d'un angle ou d'un tournant marqué. Et chaque fois qu'il est dit « Veta'ar », la frontière contourne trois côtés, comme une avancée rectangulaire que le cordeau enveloppe sur trois faces avant de reprendre son cours.

À la lumière de cela, le Malbim soulève une difficulté : ici, il est écrit « Vayatsa el minégev lemâalé Akrabbim » (elle sortait vers le sud de la montée d'Akrabbim), alors que dans la Parachat Masséï il est dit « Venassav lakhem hagvoul minégev lemâalé Akrabbim » (la frontière tournera pour vous au sud de la montée d'Akrabbim). Or « Venasav » implique un angle sur deux côtés, tandis que « Vayatsa » ne désigne qu'une saillie. Il résout cette contradiction en expliquant que la montée d'Akrabbim ne faisait pas directement face à la langue de mer mais était décalée davantage vers le sud. Les deux expressions sont alors exactes : le cordeau partait d'est en ouest et descendait en diagonale vers le sud - ce qui correspond au terme « Vayatsa » employé ici ; mais comme l'endroit formait un angle, la Torah a pu employer là-bas le terme « Venasav ». C'est ainsi que le Malbim résout d'autres cas similaires par la suite, que nous ne détaillerons pas ici.

Une autre expression fréquente est « Totsaot » (les aboutissants ou les issues). Dans la Parachat Masséï, il est dit : « ses aboutissants seront au sud de Kadéch-Barnéa », ce qui signifie : l'endroit où s'achève cette ligne de démarcation ou cette saillie. Par exemple, lorsqu'un cordeau avance en ligne droite, forme une sorte de demi-cercle pour englober une portion supplémentaire dans l'héritage de la tribu, le point précis où s'achève ce détour et où le cordeau redevient rectiligne est appelé « ses issues » (totsaotav).

וְעָבַר עַצְמוֹנָה וְיָצָא נַחַל מִצְרַיִם וְהָיוּ תֹּצְאוֹת הַגְּבוּל יָמָּה זֶה־יִהְיֶה לָכֶם גְּבוּל נֶגֶב׃ - Il passait par Atsmon, débouchait sur le torrent d'Égypte, et les aboutissants de la frontière donnaient sur la mer : telle sera pour vous la frontière du sud.

Ici encore, le Malbim analyse la nuance entre notre formulation, « et il débouchait » (vayétsé), et celle de la parashat Massé, « et elle contournait » (venassav) : le torrent contournait le relief jusqu'à la mer ; c'est pourquoi il est dit ici « débouchait », car il s'agit du point de rencontre, tandis que là-bas il est dit « contournait » parce qu'il revenait en boucle au même endroit, formant un angle.

La frontière orientale et septentrionale

וּגְבוּל קֵדְמָה יָם הַמֶּלַח עַד־קְצֵה הַיַּרְדֵּן וּגְבוּל לִפְאַת צָפוֹנָה מִלְּשׁוֹן הַיָּם מִקְצֵה הַיַּרְדֵּן׃ - La frontière orientale était la mer Salée jusqu'à l'embouchure du Jourdain ; et la frontière du côté nord partait de la langue de mer, à l'extrémité du Jourdain.

« La frontière orientale » - le tracé s'étendait du côté est de Yéhouda, en direction de la mer Morte qui se situe au sud-est. « Jusqu'à l'embouchure du Jourdain » - la largeur de la frontière de Yéhouda à l'est ne s'étendait que le long de la mer Morte, jusqu'à l'endroit où le Jourdain s'y jette ; de là vers le nord, ce n'est plus le territoire de Yéhouda. « Et la frontière du côté nord » - après avoir décrit tout le flanc sud, le verset doit préciser jusqu'où s'étend le côté nord, puisque c'est là que commence le territoire de la tribu suivante. Il indique donc où le tracé délimite le territoire de Yéhouda au nord, d'est en ouest : depuis la langue de mer, c'est-à-dire l'extrémité de la mer Morte à sa jonction avec le Jourdain, jusqu'à la mer Méditerranée. Cette ligne traverse toute la frontière de Yéhouda et constitue sa limite septentrionale.

וְעָלָה הַגְּבוּל בֵּית חׇגְלָה וְעָבַר מִצְּפוֹן לְבֵית הָעֲרָבָה וְעָלָה הַגְּבוּל אֶבֶן בֹּהַן בֶּן־רְאוּבֵן׃ - La frontière montait vers Beth-Hogla et passait au nord de Beth-Haarava ; puis la frontière montait à la pierre de Bohan, fils de Réouven.

Qu'est-ce que « la pierre de Bohan, fils de Réouven » ? Le Radak explique que le maître des lieux s'appelait Bohan ben Réouven, et c'est ainsi que traduit le Targoum : « Bar Réouven », c'est-à-dire le nom d'un homme qui était le fils de Réouven. Et pourquoi ce terme de « pierre » (Éven) ? Soit parce que le lieu lui-même s'appelait ainsi, soit parce qu'il s'y trouvait une grande pierre servant de borne frontière. On avait en effet souvent coutume, à l'époque, d'ériger de grosses pierres pour marquer les frontières, car une pierre imposante est difficile à déplacer, empêchant ainsi quiconque d'usurper du terrain en déplaçant la limite.

Le Malbim explique que Beth-Hogla elle-même se trouvait déjà en dehors de la ligne nord et appartenait au territoire de Binyamin, tandis que le « flanc de Beth-Hogla » appartenait à Yéhouda, comme il est écrit plus loin : « et passait vers le flanc de Beth-Hogla ». Il s'avère donc que Beth-Hogla est un endroit et le flanc de Beth-Hogla en est un autre : Beth-Hogla appartenait à Binyamin, et le flanc de Beth-Hogla à Yéhouda.

וְעָלָה הַגְּבוּל דְּבִרָה מֵעֵמֶק עָכוֹר וְצָפוֹנָה פֹּנֶה אֶל־הַגִּלְגָּל אֲשֶׁר־נֹכַח לְמַעֲלֵה אֲדֻמִּים אֲשֶׁר מִנֶּגֶב לַנָּחַל וְעָבַר הַגְּבוּל אֶל־מֵי־עֵין שֶׁמֶשׁ וְהָיוּ תֹצְאֹתָיו אֶל־עֵין רֹגֵל׃ - La frontière montait vers Devir depuis la vallée d'Akhor, et se tournait vers le nord en direction du Guilgal qui fait face à la montée d'Adoumim, située au sud du torrent ; puis la frontière passait vers les eaux d'En-Shémesh, et ses aboutissants étaient à En-Roguel.

Le Radak précise : Guilgal est également appelé ici Glilot, et « Adoumim » est aussi le nom d'un lieu bien connu à leur époque. Quant à « En-Roguel », le Targoum Yonatan le traduit par « Ein Katsra », et « katsra » dans la langue de nos Sages désigne le blanchisseur ou le foulon. Pourquoi le blanchisseur est-il appelé « katsra » ? Rachi l'explique dans la Guémara : parce qu'il raccourcit (mékatsér) les vêtements. On lui confie un lainage d'un demi-mètre de large et on le récupère mesurant quarante centimètres, ayant rétréci au lavage ! C'est dans ce sens que Yonatan traduit aussi ailleurs l'expression « champ du foulon ». Et pourquoi le blanchisseur est-il appelé « roguel » ? Parce qu'on avait coutume de piétiner les vêtements avec les pieds (raglayim) lors du lavage, tout comme on foulait le raisin. C'est en référence à cela que le lieu fut appelé En-Roguel.

Jérusalem, Mé-Neftoah et la bande de terre de Yéhouda

וְעָלָה הַגְּבוּל גֵּי בֶן־הִנֹּם אֶל־כֶּתֶף הַיְבוּסִי מִנֶּגֶב הִיא יְרוּשָׁלָ͏ִם וְעָלָה הַגְּבוּל אֶל־רֹאשׁ הָהָר אֲשֶׁר עַל־פְּנֵי גֵי־הִנֹּם יָמָּה אֲשֶׁר בִּקְצֵה עֵמֶק־רְפָאִים צָפוֹנָה׃ - La frontière montait par la vallée de Ben-Hinnom vers le flanc du Yévoussi au sud, qui est Jérusalem ; puis la frontière montait au sommet de la montagne faisant face à la vallée de Hinnom à l'ouest, à l'extrémité de la vallée des Refaïm vers le nord.

Le Malbim explique : cette montée se poursuit jusqu’à la source des eaux de Nephtoah, et de là, la frontière commence à descendre. C’est dans ce sens que nos Sages ont enseigné qu’on voulait initialement bâtir le Beth Hamikdach à Ein Eitam, car c’était un lieu plus élevé, mais on conclut finalement : puisqu’il est dit « et Il réside entre ses épaules », et que la partie la plus harmonieuse chez le bœuf se trouve entre les épaules - un endroit légèrement plus bas -, c’est là qu’on a bâti le Beth Hamikdach. Or, la source des eaux de Nephtoah descendait depuis un niveau supérieur à Ein Eitam, qui est plus élevé. Quant à ce qui est dit, « le flanc du Yébossien au sud, c’est Jérusalem » - le Yébossien désigne l’emplacement de Jérusalem, car Yébous était son nom originel.

וְתָאַר הַגְּבוּל מֵרֹאשׁ הָהָר אֶל־מַעְיַן מֵי נֶפְתּוֹחַ וְיָצָא אֶל־עָרֵי הַר־עֶפְרוֹן וְתָאַר הַגְּבוּל בַּעֲלָה הִיא קִרְיַת יְעָרִים׃ - Et la frontière s’incurvait depuis le sommet de la montagne vers la source des eaux de Nephtoah, puis sortait vers les villes du mont Éphron, et la frontière s’incurvait vers Baala, qui est Kiryat Yéarim.

Nous avons déjà mentionné que chaque fois qu’il est écrit « vétahar hagvoul » (la frontière s'incurvait), cela signifie que la frontière contourne de trois côtés. Ici, elle forme un tracé circulaire et englobe une bande arrondie du territoire de Binyamin dans celui de Yéhouda, et c’est pourquoi il est dit « vétahar hagvoul ». C’est ce qu’ont enseigné nos Sages : une bande de terre sortait de la part de Yéhouda pour pénétrer dans celle de Binyamin, et sur elle l’autel était bâti ; Binyamin le Juste en éprouvait du regret et le couvrait de sa sollicitude tout au long du jour. La frontière s’est incurvée en dessinant un demi-cercle et a rattaché l’emplacement de l’autel au territoire de Yéhouda, pour ainsi dire aux dépens de celui de Binyamin. Et le Malbim ajoute : chez Binyamin, il n’est pas dit « vétahar hagvoul », car de son côté, la ligne formait une convexité et non un creux concave, c’est pourquoi ce terme de tracé incurvé n’y est pas employé.

וְנָסַב הַגְּבוּל מִבַּעֲלָה יָמָּה אֶל־הַר שֵׂעִיר וְעָבַר אֶל־כֶּתֶף הַר־יְעָרִים מִצָּפוֹנָה הִיא כְסָלוֹן וְיָרַד בֵּית־שֶׁמֶשׁ וְעָבַר תִּמְנָה׃ - La frontière tournait depuis Baala vers l’ouest jusqu’au mont Séir, passait par le flanc nord du mont Yéarim, qui est Kessalon, descendait à Beth Chémech et passait par Timna.

Ici, le texte revient au décompte initial, d’est en ouest. La frontière allait vers le flanc nord du mont Yéarim, c’est-à-dire que la ligne passait au nord du mont Yéarim ; il s’ensuit que le mont Yéarim lui-même se trouvait à l’intérieur du territoire de Yéhouda, en deçà du tracé.

וְיָצָא הַגְּבוּל אֶל־כֶּתֶף עֶקְרוֹן צָפוֹנָה וְתָאַר הַגְּבוּל שִׁכְּרוֹנָה וְעָבַר הַר־הַבַּעֲלָה וְיָצָא יַבְנְאֵל וְהָיוּ תֹּצְאוֹת הַגְּבוּל יָמָּה׃ - La frontière sortait vers le flanc nord d’Ékron, s’incurvait vers Chikrone, passait par le mont de la Baala, aboutissait à Yavnéel, et les aboutissants de la frontière menaient à la mer.
וּגְבוּל יָם הַיָּמָּה הַגָּדוֹל וּגְבוּל זֶה גְּבוּל בְּנֵי־יְהוּדָה סָבִיב לְמִשְׁפְּחֹתָם׃ - Et la limite occidentale était la Grande Mer et son rivage. Telle fut la frontière des enfants de Yéhouda tout autour, selon leurs familles.

Le patrimoine de Caleb : « El pi Hachem »

וּלְכָלֵב בֶּן־יְפֻנֶּה נָתַן חֵלֶק בְּתוֹךְ בְּנֵי יְהוּדָה אֶל־פִּי יְהֹוָה לִיהוֹשֻׁעַ אֶת־קִרְיַת אַרְבַּע אֲבִי הָעֲנָק הִיא חֶבְרוֹן׃ - Et à Caleb, fils de Yéfouné, il donna une part au milieu des enfants de Yéhouda, selon l’ordre donné par Hachem à Yéhochoua : Kiryat Arba, père du géant, qui est Hébron.

Le Malbim demande : partout ailleurs, il est écrit « 'al pi Hachem » (selon la parole d’Hachem), alors pourquoi est-il écrit ici « el pi Hachem » ? Il répond qu’il existe deux autres endroits où cette expression « el pi Hachem » apparaît : pour la part des filles de Tselofhad (ci-après, chapitre 17), et pour les villes des Lévites (chapitre 21). Le point commun entre ces trois occurrences est qu’il s’agissait déjà d’un ordre préalable transmis par Moché Rabbénou, et non d’un ordre nouveau. Lorsqu’il s’agit d’un ordre nouveau, l’Écriture emploie « 'al pi Hachem », d’après ce qu’Hachem vient d’ordonner ; mais « el pi Hachem » fait référence à une parole prononcée auparavant.

Nous apprenons également ici un miracle supplémentaire : du fait que Hébron a été donnée à Caleb, le Ciel a veillé à ce qu’il ne réside pas dans un endroit éloigné de sa tribu, mais que sa tribu se trouve tout près de lui. En effet, il aurait pu recevoir un territoire, par exemple, dans le nord du pays ; or, le Ciel a fait en sorte que la terre qui lui était destinée soit contiguë à sa tribu, lui évitant ainsi d’en être séparé.

וַיֹּרֶשׁ מִשָּׁם כָּלֵב אֶת־שְׁלוֹשָׁה בְּנֵי הָעֲנָק אֶת־שֵׁשַׁי וְאֶת־אֲחִימַן וְאֶת־תַּלְמַי יְלִידֵי הָעֲנָק׃ - Caleb en chassa les trois fils du géant : Chéchaï, Ahiman et Talmaï, enfants du géant.

Rachi explique que cela s'est passé après la mort de Yehoshoua, car du vivant de Yehoshoua, Hevron ne fut pas conquise, comme l'explique le livre des Juges (Chofetim). Pourquoi cet événement est-il donc mentionné ici ? Parce que le texte énumère ici tous les lieux qui ont été conquis, et mentionne donc aussi ceux qui le seraient à l'avenir. Mais le Malbim, selon sa méthode habituelle, explique les choses différemment : cela s'est déroulé du vivant de Yehoshoua. Et ce qui semble ressortir du livre des Juges, à savoir que ce fut après sa mort, nous l'avons déjà expliqué : il y a une différence entre la conquête de la ville elle-même et celle de ses faubourgs (migrachim), et c'est là-bas que le Malbim développe ce point plus en détail.

Devir est Kiryat Sefer

וַיַּעַל מִשָּׁם אֶל־יֹשְׁבֵי דְּבִר וְשֵׁם־דְּבִר לְפָנִים קִרְיַת־סֵפֶר׃ - Et il monta de là contre les habitants de Devir ; or le nom de Devir était autrefois Kiryat Sefer.

Caleb ne voulait pas laisser de nations païennes dans son voisinage, afin qu'elles ne les harcèlent pas par la suite, c'est pourquoi il monta de là contre les habitants de Devir. Nos Sages disent qu'en persan, on appelle un livre « devir ». Il ressort du verset que Kiryat Sefer était son ancien nom et Devir son nom actuel. Certains expliquent pourquoi elle s'appelait Kiryat Sefer : parce que son atmosphère était spirituelle et que tous ses habitants étaient des lettrés (des gens de livre). D'autres ont dit encore que les rois s'y rassemblaient pour tenir conseil et couchaient leurs décisions par écrit dans un livre, d'où le nom de Kiryat Sefer (« la cité du livre »).

וַיֹּאמֶר כָּלֵב אֲשֶׁר־יַכֶּה אֶת־קִרְיַת־סֵפֶר וּלְכָדָהּ וְנָתַתִּי לוֹ אֶת־עַכְסָה בִתִּי לְאִשָּׁה׃ - Et Caleb dit : Celui qui frappera Kiryat Sefer et s'en emparera, je lui donnerai pour femme ma fille Akhsa.

Nos Sages enseignent qu'Akhsa était d'une beauté extraordinaire. Et pourquoi s'appelait-elle Akhsa ? Parce que quiconque la voyait se mettait en colère (ko'es) contre sa femme, lui reprochant de ne pas être aussi belle qu'elle. Celui qui peut comprendre la logique d'une telle colère la comprendra ; mais lorsqu'un homme est en colère, ne lui demandez pas de raisons, il est tout simplement en colère.

Nos Sages rapportent également que dans cette génération, trois mille halakhot furent oubliées durant les jours de deuil de Moché, et d'autres disent trois cents. Au départ, les gens vinrent s'en prendre à Yehoshoua en lui disant : à l'époque de Moché rien ne s'oubliait, et sous ta direction des halakhot ont été oubliées ! Yehoshoua demanda alors au Saint, béni soit-Il, de lui révéler ces halakhot, mais Il lui répondit : « Elle n'est pas dans le ciel » (Lo bachamayim hi), on n'établit pas de halakhot par la prophétie. Yehoshoua Lui dit : que dois-je faire ? Hachem lui répondit : va et occupe-les par la guerre. Et dès lors qu'il les occupa par les combats, ils n'avaient plus l'esprit disponible pour faire des reproches à Yehoshoua au sujet de ces oublis. Cependant, les halakhot demeuraient oubliées et il fallait les restituer. Nos Sages disent alors que Caleb déclara : celui qui restituera ces halakhot méritera d'épouser ma fille. Et celui qui les restitua, comme nous le verrons aussitôt, fut Otniel ben Kenaz.

Et pourquoi n'est-ce pas Yehoshoua qui les a rétablies par son pilpoul (son analyse dialectique) ? Parce qu'un reproche pesait sur Yehoshoua, celui d'avoir manifesté un soupçon d'orgueil. Moché lui avait dit : voici que je te quitte, si tu as des questions, pose-les. Il lui avait répondu : ai-je manqué un seul jour au Beth Hamidrach ? Tout ce que tu as enseigné, je le sais parfaitement. Il y avait là une infime trace d'orgueil ; c'est pourquoi il fut puni par l'oubli de ces halakhot, et dès lors, leur restitution ne put se faire par lui, mais par un autre. Autre explication : Yehoshoua était absorbé par les guerres et n'avait pas la disponibilité d'esprit nécessaire pour s'investir dans l'étude comme Otniel ben Kenaz. Troisième explication : Yehoshoua était prophète, or on ne renouvelle pas de halakhot par la prophétie. S'il leur avait énoncé des halakhot, ils lui auraient rétorqué qu'il les avait reçues par prophétie et ne les auraient pas acceptées de lui, car « elle n'est pas dans le ciel ». Il fallait donc que vienne Otniel ben Kenaz pour les restituer par son pilpoul. Et le pilpoul signifie que nous disposons de méthodes pour reconstituer la Torah lorsqu'elle s'oublie : les treize règles herméneutiques par lesquelles la Torah est interprétée, ainsi que les trente-deux règles de Rabbi Yossé HaGlili, grâce auxquelles, si un point de Torah est oublié, on l'étudie à partir des textes fondamentaux par les voies de l'analyse et de la déduction, permettant ainsi de reconstituer toutes les lois oubliées.

L'explication du Arvé Na'hal : l'intériorité d'un lieu réside dans sa part de Torah

L'auteur du « Arvé Na'hal » soulève ici plusieurs questions, à partir desquelles il bâtit un raisonnement remarquable. Premièrement : que s'est-il passé pour que, partout où ils allaient, la conquête ne présentait aucune difficulté, et que précisément ici, à Devir, ils aient éprouvé tant de peine, au point que Caleb dut promettre sa fille à celui qui réussirait ? D'autant plus que toutes leurs conquêtes étaient d'ordre surnaturel. Deuxièmement : « or le nom de Devir était autrefois Kiryat Sefer » : quelle différence pratique (nafqé mina) cela fait-il de savoir comment elle s'appelait jadis ? Pourquoi cette précision importe-t-elle ? Troisièmement : « Celui qui frappera Kiryat Sefer » : il aurait fallu dire « celui qui frappera Devir », puisque son nom actuel est Devir ! Quatrièmement : « frappera » (yaké) et « s'en emparera » (ou-lekhadah) : pourquoi ce dédoublement, et pourquoi un seul verbe ne suffisait-il pas ? Et cinquièmement : qu'ont vu nos Sages pour écarter le texte de son sens littéral et déduire que Kiryat Sefer fait référence aux trois cents ou trois mille halakhot oubliées durant le deuil de Moché et restituées par Otniel grâce à son pilpoul ? Selon le sens obvie, il s'agit pourtant d'une bataille, et celui qui la remportera recevra la fille de Caleb. D'où nos Sages ont-ils tiré que cette idée est suggérée par le verset ?

Il explique : toute la conquête de la terre par Israël était surnaturelle, car la Torah constitue le plan du monde, son empreinte originelle. La terre d'Israël est directement reliée à la Torah, et chaque portion d'Erets Israël puise sa vitalité dans la partie correspondante de la Torah. Dès lors que le peuple d'Israël reçoit la Torah et la met en pratique, toute la vitalité de la terre d'Israël se trouve entre ses mains ; et puisque toute la Torah est entre nos mains, toute portion de la terre l'est également de fait. C'est pourquoi ils n'avaient aucune difficulté à conquérir : possédant la Torah, nous possédons nécessairement la terre, l'un dépendant intimement de l'autre.

Il ajoute : il est bien connu que la force vitale intérieure de chaque chose est son nom, comme il est écrit : « et tout ce que l'homme appellerait créature vivante, tel serait son nom ». Les ouvrages saints accordent une importance immense à la notion de nom, car le nom exprime l'essence même de l'être, en particulier lorsqu'il s'agit des saints Noms divins, où chaque nom enseigne sur le mode d'influence divine et sur la manière dont on reçoit l'abondance par son intermédiaire. C'est le sens de ce que dit le verset : « or le nom de Devir était autrefois (lefanym) Kiryat Sefer » : « lefanym » ne renvoie pas seulement au passé, mais à l'intériorité (pénimiout). Le nom de Devir, dans son intériorité, est Kiryat Sefer ; son aspect extérieur est Devir, mais sa vitalité intérieure est Kiryat Sefer, c'est-à-dire sa part dans la Torah, la part qui la maintient en existence.

Selon cette idée : lorsque trois mille halakhot furent oubliées à ce moment-là, cela entraîna que l'endroit en terre d'Israël correspondant à cette partie oubliée de la Torah devint impossible à conquérir. Car nous ne pouvons conquérir sur le plan matériel que ce que nous avons d'abord acquis dans la Torah. Dès lors que Kiryat Séfer, la dimension liée au Livre, n'avait pas encore été maîtrisée, il était impossible de s'emparer de cette part sur le plan terrestre, et l'on ne pouvait conquérir le lieu nommé Devir. C'est pourquoi, lorsqu'ils y arrivèrent, leurs forces faiblirent et ils manquèrent de toute vitalité en cet endroit.

C'est pourquoi Calev dit « celui qui frappera Kiryat Séfer », et non « Devir » : il ne s'agit pas de son ancien nom, mais de sa dimension intérieure. Ce qu'il faut maintenant, c'est atteindre cette intériorité, la partie de la Torah correspondant à ce lieu - c'est-à-dire rétablir les halakhot par la dialectique de l'étude (le pilpoul). Ainsi s'explique la répétition : « celui qui frappera Kiryat Séfer » - qui restituera les halakhot ; « et s'en emparera » - car alors, il conquerra naturellement la ville avec facilité et en un instant, puisqu'une fois la part spirituelle acquise dans la Torah, il devient aisé de s'en emparer matériellement. Et c'est ce qui est dit : « Otniel s'en empara » : nos Sages, de mémoire bénie, enseignent qu'il restitua les halakhot par son pilpoul, et qu'il put alors conquérir cette contrée, une explication d'une admirable justesse.

Otniel ben Kenaz, frère de Calev

וַיִּלְכְּדָהּ עׇתְנִיאֵל בֶּן־קְנַז אֲחִי כָלֵב וַיִּתֶּן־לוֹ אֶת־עַכְסָה בִתּוֹ לְאִשָּׁה׃ - Otniel, fils de Kenaz, frère de Calev, s'en empara, et Calev lui donna pour femme sa fille Akhsa.

Il y a ici en apparence un paradoxe : Calev est fils de Yefouné, alors comment peut-il avoir un frère nommé Otniel ben Kenaz ? Il aurait dû s'appeler Otniel ben Yefouné, ou Calev ben Kenaz. La réponse simple, selon la manière dont les Sages résolvent ce genre de question : il était son frère utérin. Non pas frère du côté du père, mais de la mère, c'est-à-dire né d'un autre père. Cette femme avait d'abord été mariée à Kenaz et avait mis au monde Otniel, puis elle épousa Yefouné et enfanta Calev.

Mais le Radak apporte une autre possibilité : il était son frère de père et de mère, et leur père portait deux noms, à la fois Yefouné et Kenaz, car il arrive fréquemment qu'une même personne ait deux noms. Cet homme s'appelait donc à la fois Kenaz et Yefouné ; c'est pourquoi Otniel est appelé « ben Kenaz » et Calev « ben Yefouné », alors qu'en réalité Kenaz et Yefouné ne sont qu'une seule et même personne. Le Radak propose encore une autre explication, qui est à ses yeux la plus juste : Kenaz était le nom du chef de famille, auquel les membres du clan se rattachaient, et qu'on dise « le Kenizite » ou « fils de Kenaz », c'est identique. En d'autres termes, le prénom du père était Yefouné, mais le nom de famille était Kenaz ou le Kenizite. La nécessité de cette explication vient du fait qu'il est difficile d'admettre que l'on rattache la filiation d'un homme au mari de sa mère, car ce n'était pas l'usage : on établissait toujours la fraternité par la lignée paternelle.

Akhsa demande un champ

וַיְהִי בְּבוֹאָהּ וַתְּסִיתֵהוּ לִשְׁאוֹל מֵאֵת־אָבִיהָ שָׂדֶה וַתִּצְנַח מֵעַל הַחֲמוֹר וַיֹּאמֶר־לָהּ כָּלֵב מַה־לָּךְ׃ - Comme elle arrivait, elle l'incita à demander un champ à son père. Elle se laissa glisser de dessus son âne, et Calev lui dit : « Qu'as-tu ? »

Akhsa demande que son père lui donne un champ, ce qui concorde parfaitement avec tout ce qui a été dit. Elle lui dit en substance : tu m'as donné un Talmid 'Hakham qui correspond à « tu m'as donnée une terre aride », dénuée de tout, qui n'a pas de quoi subsister. S'il est un si grand maître du pilpoul, entièrement absorbé par la sainte Torah et sans aucun attachement aux choses matérielles, j'ai nécessairement besoin d'une source de subsistance. C'est pourquoi elle descend brusquement de son âne, vraisemblablement pour attirer l'attention de son père, afin qu'il lui accorde ce champ et leur assure ainsi de quoi vivre.

Le saint Alshikh explique : d'après cela, on comprend pourquoi Otniel est qualifié ici de « frère de Calev ». En apparence, Calev est son frère, et Otniel est l'homme éminent voué à l'étude de la Torah ; pourquoi donc Otniel est-il désigné par rapport à son frère ? C'est à l'image de ce que nos Sages ont dit de « Shimon, frère d'Azaria » : Azaria soutenait matériellement Shimon pour qu'il puisse se consacrer à la Torah, il était son soutien financier, et c'est pourquoi Shimon fut nommé d'après lui, car celui qui soutient la Torah est considéré comme essentiel, selon le verset « à l'ombre de la sagesse, on est à l'ombre de l'argent ». Puisqu'ici Calev donne à Otniel un champ pour lui assurer une subsistance, Calev prend la dimension d'Azaria, et Otniel est donc appelé « frère de Calev » - frère de celui qui pourvoit à ses besoins, lui rendant ainsi hommage en tant que bienfaiteur et soutien du Talmid 'Hakham.

וַתֹּאמֶר תְּנָה־לִּי בְרָכָה כִּי אֶרֶץ הַנֶּגֶב נְתַתָּנִי וְנָתַתָּה לִי גֻּלֹּת מָיִם וַיִּתֶּן־לָהּ אֵת גֻּלֹּת עִלִּיּוֹת וְאֵת גֻּלֹּת תַּחְתִּיּוֹת׃ - Elle dit : « Accorde-moi un présent de bénédiction, car tu m'as donnée une terre aride ; donne-moi donc des sources d'eau. » Et il lui donna les sources supérieures et les sources inférieures.

Elle demande : tu m'as donné un champ, mais ce champ est asséché, sans eau. C'est le sens de « tu m'as donnée une terre aride (Erets ha-Néguev) » - un endroit sec, privé d'eau. Comme le rapporte le Radak, le Targoum traduit « les eaux tarirent » par « negivou maya » ; un lieu aride est qualifié de menougav. C'est pourquoi elle réclame des « goullot mayim », un terrain pourvu de sources qui permettront d'irriguer le champ. Quant à l'expression « donne-moi une bénédiction (berakha) », on peut l'interpréter au sens propre d'une bénédiction, un surcroît de bienfait qui consiste en ces sources d'eau ; ou bien comme venant du mot brekha, des bassins et des réserves d'eau permettant d'arroser le champ. Et Rachi a commenté « berakha » au sens de subsistance (parnassa).

Nos Sages enseignent : lorsqu'elle disait « Tu m'as donné une terre du midi (du Négev) », elle voulait dire : tu m'as donné un foyer asséché de tout bienfait matériel. Et pourquoi ? « Donne-moi des sources d'eau » : tu m'as donné un homme dont toute l'occupation est l'eau, et il n'y a d'eau que la Torah ; il est entièrement voué à la Torah, et je n'ai donc aucune subsistance économique. Ce n'est pas comme de nos jours, où un avrekh a encore quelques revenus, son épouse travaille, etc. ; à leur époque, la femme ne travaillait pas et l'avrekh ne recevait aucune bourse, il n'y avait donc aucun moyen d'existence. Il s'avère donc que tu m'as donné un homme dépourvu de tout bien matériel. Et à cela, « il lui donna les sources supérieures et les sources inférieures » : nos Sages expliquent que c'est comme s'il lui disait : celui auprès de qui résident les créatures supérieures et inférieures, lui demanderait-on sa subsistance ? Il est certain que le Saint, béni soit-Il, lui viendra en aide, « et je n'ai point vu de juste abandonné, ni sa descendance mendier du pain », tu n'as donc rien à craindre, car le Saint, béni soit-Il, pourvoira convenablement à ses besoins. Et selon le sens littéral du verset : en cet endroit se trouvaient des sources supérieures et des sources inférieures - comme nous le voyons à Ein Eitam où la source jaillit d'un lieu élevé, tandis qu'en d'autres endroits les sources jaillissent d'un lieu bas - et il lui donna les deux.

Les villes du Négev et le compte des vingt-neuf

זֹאת נַחֲלַת מַטֵּה בְנֵי־יְהוּדָה לְמִשְׁפְּחֹתָם׃ - Telle fut la part d'héritage de la tribu des enfants de Juda, selon leurs familles.
וַיִּהְיוּ הֶעָרִים מִקְצֵה לְמַטֵּה בְנֵי־יְהוּדָה אֶל־גְּבוּל אֱדוֹם בַּנֶּגְבָּה קַבְצְאֵל וְעֵדֶר וְיָגוּר׃ - Et les villes situées à l'extrémité de la tribu des enfants de Juda, vers la frontière d'Édom, au midi, furent : Kabtséel, Éder et Yagour,

« À l'extrémité de la tribu des enfants de Juda » : à la frontière de la tribu des enfants de Juda. Et nos Sages disent que Josué n'a énuméré que les villes situées sur les frontières, c'est-à-dire qu'il a marqué les limites de toutes ces tribus. À partir de là, le texte poursuit et énumère : Kina, Dimona et Adada ; Kédesh, Hatsor et Yitnan ; Ziph, Télem et Bealot ; Hatsor Hadatta et Kériot Hetsron, qui est Hatsor ; Amam, Shéma et Molada ; Hatsar Gadda, Heshmon et Beth Palet ; Hatsar Choual, Beer Shéva et Bizyotya ; Baala, Iyim et Étsem ; Eltolad, Késil et Horma ; Tsiklag, Madmanna et Sansanna ; Lebaot, Shilhim, Aïn et Rimon.

וּלְבָאוֹת וְשִׁלְחִים וְעַיִן וְרִמּוֹן כׇּל־עָרִים עֶשְׂרִים וָתֵשַׁע וְחַצְרֵיהֶן׃ - Lebaot, Shilhim, Aïn et Rimon : en tout vingt-neuf villes, avec leurs villages.

Ici, nos Sages demandent : tu dis vingt-neuf, or en les détaillant on en trouve trente-huit ! Il y a ici neuf villes en trop. Les commentateurs écrivent que ces neuf villes furent attribuées aux enfants de Siméon sur la part de Juda ; elles n'appartenaient donc pas véritablement à Juda mais à Siméon. Si le texte les énumère ici, elles ne font pas partie intégrante de son lot, car sa part propre ne compte que vingt-neuf villes. La preuve en est que ces villes sont mentionnées dans l'héritage des enfants de Siméon : Beer Shéva, Molada, Hatsar Choual, Étsem, Eltolad, Horma, Tsiklag, Aïn et Rimon.

Le Malbim éprouve une difficulté face à cette explication, et propose donc que plusieurs villes mentionnées ici ne forment en réalité qu'une seule entité. Kina, Dimona et Adada sont une seule et même ville : la ville principale s'appelle Kina, et ses faubourgs sont Dimona et Adada. De même, Tsiklag, Madmanna et Sansanna constituent une seule ville : la ville principale est Tsiklag, et ses faubourgs sont Madmanna et Sansanna. De plus, l'expression « et Hatsor Hadatta et Kériot Hetsron, qui est Hatsor » n'entre pas dans le décompte, car toutes ces précisions se rapportent à Hatsor : Hatsor Hadatta est la nouvelle Hatsor, et Kériot Hetsron fait partie de Hatsor. De même, Lebaot et Shilhim, que les commentateurs comptaient pour deux, n'en forment en fait qu'une seule, comme il le prouve plus loin à propos du territoire des enfants de Siméon, où sont mentionnées Lebaot et Sharouhen comme une seule et même ville. Il en résulte que lorsqu'on identifie plusieurs noms comme désignant une ville et ses faubourgs, ou une ville et ses qualificatifs, on arrive en fin de compte exactement à vingt-neuf, et pas une de plus.

Kina, Dimona et Adada : la deracha de la Guémara dans Guittin

D'après cela, explique le Malbim, on comprendra les propos de la Guémara dans Guittin (page 7a). Rav Houna dit à Rav Achi : que signifie ce qui est écrit « Kina, Dimona et Adada » ? Il lui répondit : le verset énumère les bourgades de la terre d'Israël. Il lui rétorqua : est-ce que j'ignore par hasard qu'il énumère les bourgades de la terre d'Israël ? Mais Rav Geviha de Bé Érgaza en a donné la raison profonde : quiconque a un motif de ressentiment (kin'a) contre son prochain et garde le silence (domem), Celui qui réside pour l'éternité (chokhen adé ad) lui rend justice. Il lui demanda : et qu'en est-il alors de « Tsiklag, Madmanna et Sansanna » ? Il lui dit : si Rav Geviha de Bé Érgaza était là, il en donnerait la raison. Rav Aha de Bé Hozaha dit à ce sujet : quiconque a une plainte pour privation de nourriture (tsaakat legima) contre son prochain et garde le silence (domem), Celui qui réside dans le buisson ardent (chokhen basséné) lui rend justice.

« Et si vous aviez labouré avec ma génisse, vous auriez résolu leur énigme », dit le Malbim. À première vue, ces propos sont étonnants : il y a ici vingt-neuf villes, ou si l'on veut trente-huit, pourquoi donc la Guémara a-t-elle interprété précisément ces noms-là et non les autres ? C'est qu'ils savaient que Kina, Dimona et Adada forment une seule ville et ses faubourgs, ses banlieues et ses quartiers ; ils s'étonnaient donc : pourquoi les faubourgs ont-ils été énumérés précisément ici, alors que pour les autres villes, le texte n'a pas énuméré les faubourgs ? À cela, il répondit : « Il énumère les bourgades de la terre d'Israël », signifiant qu'il compte aussi les petites localités. L'autre lui rétorqua : ne le sais-je pas bien ? Mais cela exige encore une explication : pourquoi précisément ici ? C'est alors que Rav Geviha en donna la raison : à cette époque, le nom de la ville de Kina était couramment associé à ses districts comme un moyen mnémotechnique, car ils avaient pour habitude de fixer des repères pour les enseignements de moussar. C'est pourquoi le prophète a mentionné Kina de la façon dont on avait coutume de la nommer avec ses districts, afin de rappeler cette leçon morale : Kina - quiconque éprouve du ressentiment envers son prochain, Dimona - et se tait, Adada - Celui qui réside pour l'éternité lui rend justice. Et lorsqu'il lui objecta : « Mais qu'en est-il alors de Tsiklag, Madmanna et Sansanna ? », où le texte énumère également une ville et ses faubourgs, il répondit que là aussi ils disposaient d'un enseignement moral : Tsiklag - le cri d'un manque de nourriture (tsaakat legima), Madmanna - et garde le silence (domem), Sansanna - Celui qui réside dans le buisson ardent lui rend justice. Il apparaît ainsi que c'est précisément sur ces deux cas qu'il fallait apporter une deracha, car il ne s'agit pas ici de simples noms de villes autonomes, mais de dépendances et de banlieues environnantes.

Les villes de la Shéphéla

וְשַׁעֲרַיִם וַעֲדִיתַיִם וְהַגְּדֵרָה וּגְדֵרֹתָיִם עָרִים אַרְבַּע־עֶשְׂרֵה וְחַצְרֵיהֶן׃ - Chaaraïm, Aditaïm, Haguedera et Guederotaïm : quatorze villes et leurs hameaux.

Ce verset a été précédé par : « Dans la plaine : Echtaol, Tsor'a et Achna, Zanoah, Ein-Ganim, Tapouah et Ha'eïnam, Yarmouth, Adoulam, Sokho et Azéka ». Ici encore, Rachi fait remarquer : comptez-les, et vous en trouverez quinze ! Rachi explique alors que Tapouah et Ha'eïnam ne font qu'un : Tapouah et sa source (Ein), car « Ein » signifie une source d'eau ; c'est le « Ein Tapouah » mentionné par ailleurs. De même, « Rosh Ha'ayin » désigne la source principale, et « Je suis arrivé aujourd'hui à la source (el ha'ayin) » signifie près de la source. Selon ce principe, « Ein-Ganim » est également la source de la ville de Ganim. Le Radak, quant à lui, résout la difficulté autrement : Haguedera et Guederotaïm ne forment qu'une seule et même ville, contrairement à l'avis de Rachi concernant Tapouah et Ha'eïnam ; nous parvenons ainsi au compte exact de quatorze villes et leurs hameaux.

וּגְדֵרוֹת בֵּית־דָּגוֹן וְנַעֲמָה וּמַקֵּדָה עָרִים שֵׁשׁ־עֶשְׂרֵה וְחַצְרֵיהֶן׃ - Guedérot, Beth-Dagon, Naama et Maquédah : seize villes et leurs hameaux.

Auparavant, le texte avait énuméré : Tsanane, Hadacha et Migdal-Gad, Dil'ane, HaMitspeh et Yoktéel, Lakhich, Botskat et Eglone, Khabone, Lahmas et Kitlich. Quant à « Guedérot Beth-Dagon », le Metsoudat David explique qu'il s'agit de deux bourgades distinctes : l'une appelée Guedérot et l'autre Beth-Dagon.

Les villes des Philistins et la Grande Mer

אַשְׁדּוֹד בְּנוֹתֶיהָ וַחֲצֵרֶיהָ עַזָּה בְּנוֹתֶיהָ וַחֲצֵרֶיהָ עַד־נַחַל מִצְרָיִם וְהַיָּם הַגָּדוֹל וּגְבוּל׃ - Ashdod, ses dépendances et ses hameaux ; Gaza, ses dépendances et ses hameaux, jusqu'au torrent d'Égypte et à la Grande Mer avec son littoral.

Auparavant figuraient : Livna, Éter et Achane, Yiftah, Achna et Netsiv, Keïla, Akhziv et Marécha : neuf villes et leurs hameaux ; Ékrone, ses dépendances et ses hameaux ; depuis Ékrone vers l'ouest, tout ce qui se trouve près d'Ashdod et leurs hameaux. Chaque fois que le terme « hatséréha » (ses hameaux) est mentionné, il s'agit des enclos et des terrains attenants, tandis que « bnotéha » (littéralement ses filles) désigne les petits villages environnants. Nous avons déjà expliqué que dans l'expression « que jubilent les filles de Juda », il ne s'agit pas des filles au sens propre, mais des cités lévitiques situées dans les villes de Juda, qui sont appelées les « filles de Juda ». Le torrent d'Égypte se trouvait au sud de Juda, et la Grande Mer à l'ouest de la terre d'Israël ; quant au mot « ougvoul » (et sa limite), le Metsoudat David explique que même le littoral maritime et les îles de la mer faisaient partie du territoire de Juda.

Les villes de la montagne

וְחֻמְטָה וְקִרְיַת אַרְבַּע הִיא חֶבְרוֹן וְצִיעֹר עָרִים תֵּשַׁע וְחַצְרֵיהֶן׃ - Houmta, Kiryat-Arba qui est Hévron, et Tsi'or : neuf villes et leurs hameaux.

Précédaient : « Et dans la montagne : Chamir, Yatir et Sokho, Danna, Kiryat-Sanna qui est Devir, Anav, Echtemoa et Anim, Gochen, Holone et Guilo » - onze villes et leurs hameaux ; « Arav, Rouma et Éch'ane, Yanoum, Beth-Tapouah et Aféka ».

מָעוֹן כַּרְמֶל וָזִיף וְיוּטָּה׃ - Maon, Carmel, Zif et Youta.

Voyez : il existe aussi un Youta en terre d'Israël, et pas seulement l'Utah aux États-Unis ! Et ce n'est pas de notre fait : c'est ainsi que nous avons reçu ces noms des Cananéens. Soit dit en passant, de nombreux noms de localités actuelles ont été choisis dans le souci de correspondre à l'histoire et à l'archéologie. Kiryat Yéarim, par exemple : ses fondateurs l'avaient appelée Telz-Stone, mais comme l'archéologie soutient que c'était là l'emplacement historique de Kiryat Yéarim, ce nom a été officialisé. Il en va de même pour Guédera et d'autres encore. On n'irait pas situer Beer-Chéva dans le nord, car on sait pertinemment qu'elle se trouvait au sud ; les archéologues disposent d'indices qui ne sont pas toujours d'une précision absolue, mais quant à la région générale, ils voient juste. On s'efforce ainsi de redonner aux villes leurs noms d'origine, et de nombreux sites correspondent effectivement.

הַקַּיִן גִּבְעָה וְתִמְנָה עָרִים עֶשֶׂר וְחַצְרֵיהֶן׃ - Hakayin, Guiv'a et Timna : dix villes et leurs villages.

Et encore : Yizre'el, Yokde'am et Zanoah ; Halhoul, Beit Tsour et Guedor, ainsi que Ma'arat, Beit Anoth et Eltékon - six villes et leurs villages ; Kiryat Baal, qui est Kiryat Yé'arim, et Rabba - deux villes et leurs villages ; dans le désert : Beit Ha'arava, Middin et Sekakha, ainsi que Nivchan, Ir Hamélah et Ein Guédi - six villes et leurs villages.

Le Yebouséen à Jérusalem : le serment d'Avraham

וְאֶת־הַיְבוּסִי יוֹשְׁבֵי יְרוּשָׁלַ͏ִם לֹא־יָכְלוּ בְנֵי־יְהוּדָה לְהוֹרִישָׁם וַיֵּשֶׁב הַיְבוּסִי אֶת־בְּנֵי יְהוּדָה בִּירוּשָׁלַ͏ִם עַד הַיּוֹם הַזֶּה׃ - Quant aux Yebouséens, habitants de Jérusalem, les enfants de Juda ne purent pas les déposséder ; et le Yebouséen demeura avec les enfants de Juda à Jérusalem jusqu'à ce jour.

Le Radak remarque : il est écrit (ketiv) « Youkhelou » et l'on lit (keri) « Yakhlou ». La lecture traditionnelle est au passé - ils ne purent pas les déposséder ; tandis que le texte écrit emploie le futur - ils ne pourront pas, car de fait, ils ne purent les déposséder jusqu'à l'époque de David, et c'est seulement David qui finit par les en chasser.

Et nos Sages expliquent : ils en avaient la force matérielle, mais ils n'en avaient pas le droit en raison du serment prêté par Avraham à Avimélekh. Le Radak souligne bien que ce Yebouséen ne faisait pas partie des sept nations cananéennes, et qu'il ne faut pas s'y tromper. Ham eut quatre fils : Koush, Mitsrayim, Pout et Canaan. Et Canaan engendra Sidon son premier-né, Het, le Yebouséen, l'Amorrhéen et le Guirgashite. Ce Yebouséen-là est donc le fils de Canaan, fils de Ham, or ce n'est pas de lui qu'il est question ici. En réalité, explique le Radak, il existait un homme du nom de Yébous qui appartenait aux Philistins. Les Philistins descendent eux aussi de Ham, mais non par Canaan : ils descendent de Mitsrayim, comme il est écrit : « Et Mitsrayim engendra les Loudim, les Anamim, les Lehavim, les Naftouhim, les Patroussim, et les Kaslouhim d'où sont sortis les Philistins, ainsi que les Kafthorim ».

Et pourquoi avons-nous tant souffert des Philistins au cours de l'histoire, et jusqu'aux « Palestiniens » de nos jours ? Parce qu'ils étaient des mamzerim (issus d'unions illicites). Rachi commente à propos de ce verset, « et les Kaslouhim d'où sont sortis les Philistins » : impossible de savoir s'ils provenaient des Patroussim ou des Kaslouhim, car régnait parmi eux une promiscuité dissolue, ils échangeaient leurs femmes, et d'eux sont nés les Philistins - des mamzerim. Et ce n'est pas un hasard si, dans le langage populaire, on dit de quelqu'un de particulièrement aiguisé qu'il est un « mamzer ». Les ouvrages saints enseignent que le mamzer provient d'une passion coupable et effrénée, car « les eaux dérobées sont douces », ce qui engendre des esprits redoutablement affûtés. C'est pourquoi, pour désigner un individu d'une vivacité singulière, on s'exclame : « quel mamzer ».

Il apparaît ainsi que la question de ces Philistins est totalement étrangère au Yebouséen descendant de Canaan. Ce Yebouséen descendait d'Avimélekh et comptait parmi les Philistins ; l'endroit prit le nom de Yébous d'après lui, et les gens de son clan établis à Jérusalem furent appelés Yebouséens d'après ce patronage. De même, Aravna le Yebouséen, qui régnait sur cette place, se rattachait aux Philistins et non à la lignée cananéenne. Et la citadelle de cette localité n'était autre que Sion, le bastion central de Jérusalem.

Pourquoi donc ne l'avaient-ils pas conquise ? La question s'était déjà posée à propos de Devir, alors que toutes les autres cités avaient été prises. Ici aussi, une raison impérieuse s'imposait : le serment. Avraham avait juré à Avimélekh : « Si jamais tu devais me tromper, moi, mes enfants ou mes petits-enfants », liant ainsi les générations futures. Nos Sages enseignent que jusqu'à l'avènement du roi David, il n'était pas permis de conquérir ce lieu. L'obstacle n'était nullement militaire ou stratégique, il résidait dans l'interdit de ce serment.

Et comment les Philistins s'étaient-ils prémunis contre toute offensive ? En fabriquant des idoles de cuivre - « les aveugles et les boiteux » - sur lesquelles était gravée la formule du serment. Et pourquoi avoir choisi précisément des aveugles et des boiteux ? Afin de tourner nos Patriarches en dérision : l'une représentait Yits'hak frappé de cécité, et l'autre Yaakov qui boitait, selon l'expression : « et il boitait de la hanche ».

Nous avons déjà insisté sur ce point : voilà toute la distance entre une âme d'élite et un regard étriqué. Nous évoquons Yits'hak - le Saint des saints ; et eux ne voient qu'un aveugle. Nous contemplons Yaakov notre père - le troisième pied du Char divin, l'élite des Patriarches, le Saint des saints ; et eux ne perçoivent qu'un infirme. L'être fruste ne porte qu'un regard grossier et demeure incapable de discerner la grandeur de celui auquel il a affaire.

Quoi qu'il en soit, si vils fussent-ils, ce subterfuge nous interdit l'assaut, et c'est ce qu'exprime le verset : « Tu n'entreras point ici sans avoir ôté les aveugles et les boiteux ». Le Malbim détaillera plus loin la manière dont la conquête s'est finalement opérée, et ce qui caractérisait ces statues, conçues selon un dispositif ingénieux qui empêchait tout accès, bien au-delà de la seule contrainte du serment. Finalement, le roi David écarta les aveugles et les boiteux, s'empara de cette forteresse et acheta la cité du Yebouséen contre de l'or, acte scellé par écrit pour en faire une possession perpétuelle, ainsi qu'il est écrit que David pesa des sicles d'or pour Aravna en paiement du lieu.

Selon le sens littéral (Pshat), explique le Radak : la forteresse était puissante et ils n'avaient pas la force de la conquérir, tandis que ce que nous avons mentionné jusqu'à présent relève de l'exégèse de nos Sages (Derash). Cependant, même selon le Pshat, c'était là une disposition divine voulant que le roi David en fût le conquérant et que l'endroit portât son nom, étant donné qu'il était à la tête de la royauté d'Israël. C'est pourquoi nous l'appelons « la Cité de David », car David l'a conquise et en a pris possession. Or, il est bien connu qu'à cette époque, tout lieu conquis recevait le nom de son vainqueur, comme nous le voyons pour Yoav qui appela David en lui disant : viens et conquiers-la toi-même, afin que la ville soit appelée de ton nom. Ici également, le Ciel ne leur a pas permis de la conquérir à ce moment-là, afin que le conquérant fût David et que le lieu portât son nom.

Quant à l'expression « jusqu'à ce jour », le Radak explique que Yehoshoua l'a écrite dans son livre, ce qui signifie que jusqu'à l'époque de Yehoshoua, ils ne l'avaient pas conquise ; et en effet, plus tard, lorsque David vint et régna, le lieu fut conquis. Le Malbim, dans le livre des Juges au chapitre 1 (verset 8, et c'est une coquille d'imprimerie là-bas où il est écrit verset 9), explique la contradiction apparente entre ce qui est écrit ici et ce qui est écrit là-bas, et résout parfaitement la question ; et nous étudierons cela, avec l'aide d'Hachem, dans le livre des Juges.

En conclusion :

Le chapitre 15 décrit le lot de la tribu de Yehouda : ses frontières au sud, à l'est, au nord et à l'ouest, ainsi que la liste de ses villes par régions - le Néguev, la Shéphéla, la Montagne et le Désert. Nous avons appris grâce au Malbim les nuances précises des termes désignant la frontière (Veyatza, Venassav, Veta'ar, Totzaot), le secret de « selon la parole d'Hachem » qui indique un ordre antérieur transmis par Moshé, et la bande de terre qui partait du territoire de Yehouda pour pénétrer dans celui de Binyamin, sur laquelle l'Autel fut érigé. Au cœur du chapitre se tiennent Calev et Otniel : le développement du « Arvei Na'hal » enseigne que Devir ne put être conquise parce que sa dimension intérieure - « Kiryat Sefer », sa part dans la Torah - avait été oubliée, et ce n'est qu'après qu'Otniel eut rétabli les lois par son analyse aiguisée (pilpoul) qu'il devint possible de s'en emparer ; la requête d'Akhsa nous enseigne quant à elle la grandeur de celui qui soutient les érudits en Torah. Le chapitre s'achève sur le Yévoussi à Jérusalem, qui ne fut pas chassé en raison du serment d'Avraham à Avimélekh, jusqu'à ce que le roi David vienne, écarte « les aveugles et les boiteux », acquière le lieu à plein prix, et que Jérusalem soit appelée la Cité de David.