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Psaume 148 - La louange de toute la Création - Première partie

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Introduction : un psaume qui englobe toutes les créatures

Psaume 148. L'Ibn Ezra commence par déclarer : « Ce psaume est extrêmement vénérable et recèle de profonds secrets ». Il ne nous dévoile pas la nature de ces secrets, mais il nous suffit de savoir que ce psaume renferme de si profonds mystères. Le Radak ajoute que dans ce psaume, le roi David mentionne l'ensemble de toutes les créatures, celles des cieux comme celles de la terre : « Il a commencé par le grand monde et a achevé par le petit monde » - il a débuté par les mondes supérieurs pour conclure par ce monde-ci.

הַלְלוּ־יָהּ הַלְלוּ אֶת־יְהֹוָה מִן־הַשָּׁמַיִם, הַלְלוּהוּ בַּמְּרוֹמִים׃ - Louez l'Éternel ! Louez l'Éternel depuis les cieux, louez-Le dans les hauteurs !

Au début, il s'exprime de manière générale : louez Hachem depuis les cieux - tout ce qui est issu de l'élément céleste. Le Radak définit les cieux comme un cinquième élément : il existe quatre éléments fondamentaux - le feu, l'air, l'eau, la terre - et le cinquième élément est la dimension spirituelle, les cieux. Puis vient « louez-Le dans les hauteurs » : vous qui résidez dans les hauteurs, louez-Le vous aussi. Le Radak explique que cela englobe les « formes authentiques qui ne sont point des corps ni semblables à des corps », c'est-à-dire l'ordre des anges. De plus, le Radak souligne que « louez » n'est pas ici une injonction ou un ordre impératif, mais signifie plutôt : il sied aux cieux de louer Hachem, il est convenable qu'on Le loue depuis les cieux.

La structure du psaume selon le Malbim : une descente de haut en bas puis une remontée

Le Malbim établit tout d'abord le plan d'ensemble du psaume avant d'en entamer l'explication verset par verset. Le psalmiste dépeint la louange d'Hachem dans son mouvement descendant, depuis le plus élevé des mondes supérieurs jusqu'au plus humble des mondes inférieurs ; puis, il décrira comment cette louange remonte du plus bas vers les hauteurs. Du point le plus bas, la louange s'élève à nouveau jusqu'au sommet.

Il en fut de même lors de la création du monde : la Création a commencé à se déployer par un enchaînement graduel de haut en bas, et plus elle descendait, plus elle se matérialisait et s'épaississait - Atsilout, Beria, Yetsira, Assia - et au niveau d'Assia s'est formé notre monde, le monde matériel, ce monde inférieur si éloigné de la lumière suprême. Au départ, Il a émané la lumière d'Atsilout, puis un voile s'est formé et la lumière s'est épaissie dans le monde du Trône, qui est le monde de Beria ; de là, elle s'est encore déployée et densifiée dans le monde des anges et le monde des Ofanim, jusqu'à ce qu'apparaisse notre humble globe terrestre, enveloppé d'obscurité, de nuée et de brume.

Cependant, une fois la réalité parvenue au paroxysme de la matérialité et de l'opacité, elle commence à se purifier à nouveau et à remonter vers sa source, toujours plus haut. Et observez combien cela est admirable dans notre propre réalité : après la création de l'inanimé, la matière s'est affinée et dépouillée peu à peu de sa grossièreté jusqu'à être apte à recevoir une âme végétale - le règne végétal. Puis Hachem a poursuivi la Création avec l'âme vitale animale, les bêtes sauvages et les animaux, aux cinquième et sixième jours ; ensuite, la matière a été purifiée et élevée en degré jusqu'à devenir digne de recevoir la forme de l'âme parlante, c'est-à-dire l'homme, qu'Hachem a façonné à Son image et à Sa ressemblance. La Création a atteint le point le plus bas, et c'est de là qu'elle commence son ascension - « une échelle dressée sur la terre et dont le sommet touche au ciel », voilà ce qu'est l'homme.

Et de même, l'homme lui-même a progressé pas à pas, enseigne le Malbim, si l'on observe le cours de l'histoire du monde : sa matérialité s'est épurée, il s'est perfectionné progressivement pour écarter l'écorce et le voile, jusqu'au moment où vint le tour de la nation d'Israël de gravir la montagne d'Hachem, et Moché, Son élu, monta vers Dieu, et les êtres d'en bas s'élevèrent vers le haut jusqu'au lieu où le Roi tient Son banquet. Du point le plus bas commence la montée : le monde se structure, émerge l'existence des Hébreux face au reste de l'humanité, puis le don de la Torah et l'avènement du peuple d'Israël, et le monde s'affine continuellement.

Le cercle géométrique : de la tête de la ronde et le retour vers Lui

Le Malbim compare la réalité, selon les termes de Platon, au cercle géométrique et rationnel - un cercle parfait, une forme circulaire, ou si l'on veut, une roue. Hachem, béni soit-Il, se tient à la tête de la ronde et du cercle, au sommet de la roue, et c'est de Lui que la réalité a commencé à descendre vers le bas, s'épaississant et se matérialisant, telle une roue qui tourne et descend, jusqu'à parvenir à la création du monde matériel, des végétaux et des animaux, jusqu'à l'extrême limite inférieure - le niveau le plus bas. Puis, elle a recommencé à remonter vers le sommet du cercle, de la terre vers les cieux, jusqu'à l'Être sublime qui se tient à la tête de la ronde, jusqu'à Lui, béni soit-Il - Lui qui, lors du don de la Torah au mont Sinaï, nous a ouvert sept cieux et nous avons pu contempler la Divinité.

C'est précisément ce que nos Sages ont enseigné : « Dans le futur, le Saint, béni soit-Il, sera roch 'hola pour les justes ». On pourrait de prime abord penser qu'il s'agit d'une coquille, mais à l'examen, on constate que telle est l'expression du Midrash en plusieurs endroits, et les commentateurs expliquent que ce terme ne dérive pas de la maladie (holi), mais de la danse en cercle (ma'hol) - comme dans « comme la danse de deux camps » (kemé'holat hama'hanaïm). C'est-à-dire que le Saint, béni soit-Il, mènera la ronde des justes, tout comme il est rapporté dans la Guémara qu'à l'avenir, le Saint, béni soit-Il, organisera une ronde pour les tsaddikim, et ils Le désigneront du doigt - ce qui témoigne d'une proximité spirituelle suprême. Du point le plus bas, nous avons commencé à remonter jusqu'au sommet le plus élevé.

D'ailleurs, il en va de même pour la création même des mondes : comment tout a-t-il commencé ? Lorsque le Saint, béni soit-Il, a répandu la lumière dans les réceptacles (kelim), la lumière était trop intense et a provoqué la brisure des réceptacles (shevirat hakelim). Ces réceptacles sont alors tombés dans les mondes de Beriah, Yetsirah et Assiyah (BY"A), et de là, ils ont commencé peu à peu à se purifier jusqu'à ce que se constituent les Partsoufim, et ce n'est qu'ensuite qu'a débuté la création du monde. Là encore, on le constate : il faut descendre dans un lieu très bas, et c'est à partir de cet endroit que l'on commence à tout recréer à nouveau.

La louange qui descend de degré en degré

D'après cela, explique le Rav, on comprend le psaume. Au début, il décrit la louange qui descend de haut en bas : « Louez l'Éternel depuis les cieux, louez-Le dans les hauteurs » - les mondes très élevés, le monde d'Atsilout et le monde du Trône, qui est le monde de Beriah. Et de là, le texte descend vers le monde des anges :

הַלְלוּהוּ כׇל־מַלְאָכָיו, הַלְלוּהוּ כׇּל־צְבָאָו׃ - Louez-Le, vous tous Ses anges ! Louez-Le, vous toutes Ses armées !

« Louez-Le, vous tous Ses anges » fait référence au monde des anges, qui est inférieur ; « louez-Le, vous toutes Ses armées » marque une descente vers le monde des sphères célestes, qui sont les grands luminaires. Le « monde des sphères » (galgalim) est le terme employé par les Anciens pour désigner la révolution du soleil et de la lune. Il leur était inconcevable que le soleil, la lune et les étoiles - toutes les planètes - tournent sans jamais dévier de leur trajectoire. En effet, naturellement, dès qu'un corps tourne sur lui-même, la force d'inertie devrait le projeter vers l'extérieur, or ici, ils tournent selon un cercle immuable. C'est pourquoi ils comprenaient qu'ils tournent à l'intérieur d'une sphère qui les retient. Aujourd'hui, nous connaissons la force de gravitation et le magnétisme qui empêchent tout écart, mais selon les connaissances admises à leur époque, on parlait de sphères.

Le Radak explique : « Louez-Le, vous tous Ses anges » désigne les Intelligences pures, les jantes des sphères, qui ne sont ni des corps physiques ni comparables à des corps. Les jantes des sphères sont le lieu où évoluent les corps célestes - la jante dans laquelle tournent le soleil et la lune. Ce ne sont pas des corps physiques et ils ne leur ressemblent pas, car il est évident pour tous que nous ne voyons pas de sphère matérielle : on voit seulement la lune se déplacer, mais personne n'a jamais vu sa sphère. On comprenait donc qu'il existe une sphère invisible, inaccessible au regard. Et « louez-Le, vous toutes Ses armées » désigne ces corps purs et lumineux, les sphères et les étoiles situées dans la huitième sphère. C'est pourquoi il est dit « toutes Ses armées », car les étoiles forment une immense armée, et le pluriel est employé parce qu'il s'agit de sphères distinctes - chaque étoile formant une entité propre.

הַלְלוּהוּ שֶׁמֶשׁ וְיָרֵחַ, הַלְלוּהוּ כׇּל־כּוֹכְבֵי אוֹר׃ - Louez-Le, soleil et lune ! Louez-Le, vous toutes, étoiles de lumière !

Rachi enseigne que les « étoiles de lumière » sont les étoiles de la nuit. En toute simplicité, son intention renvoie à la formule de nos Sages : « À la lumière du quatorze, on recherche le hamets », où « lumière » désigne en réalité la nuit - la nuit du quatorze Nissan ; ici également, « étoiles de lumière » signifie les étoiles de la nuit. Le Radak explique quant à lui que le verset mentionne d'abord les deux grands luminaires - le soleil et la lune - puis les cinq planètes restantes, qui sont appelées « étoiles de lumière » : les étoiles qui éclairent ici-bas sur terre davantage que les étoiles de la huitième sphère, à savoir les sept planètes mobiles. Deux d'entre elles sont le soleil et la lune, et les cinq restantes sont les « étoiles de lumière » - les planètes majeures bien visibles à nos yeux.

הַלְלוּהוּ שְׁמֵי הַשָּׁמָיִם, וְהַמַּיִם אֲשֶׁר מֵעַל הַשָּׁמָיִם׃ - Louez-Le, cieux des cieux, et vous, les eaux qui êtes au-dessus des cieux !
Les cieux des cieux et les eaux au-dessus des cieux

Que sont ces « cieux des cieux » ? Le Radak rapporte que certains de nos Sages ont expliqué qu'il s'agit des cieux supérieurs, sur le modèle de l'expression « Roi des rois » - souverain au-dessus des rois. Dès lors, il s'agit d'une réalité non corporelle, d'une dimension spirituelle, où le terme « supérieur » ne renvoie pas à une position spatiale, mais à un degré de spiritualité : des cieux plus spirituels. Et si les « cieux des cieux » relèvent déjà du domaine spirituel, il va de soi que les eaux qui sont au-dessus des cieux sont également une réalité spirituelle, car il est impossible que l'on s'élève très haut vers une réalité spirituelle et que l'on trouve au-dessus d'elle un élément matériel. C'est pourquoi le Radak précise qu'il s'agit d'une forme sans corps - de dimensions spirituelles de l'eau. Tout comme la Kabbale parle de la dimension des « eaux féminines » (Mayim Noukvine), et comme le Zohar évoque l'abondance qui descend et s'écoule depuis le réservoir supérieur - c'est là le sens de « berakha » (bénédiction), la « bereikha » (bassin) étant la source du flux, et l'eau étant l'expression du déversement des bontés divines (h'assadim) qui descendent et influent ici-bas. Il en va de même dans la Genèse (chapitre 1, verset 7) : « et entre les eaux qui sont au-dessus du firmament ».

Le Malbim propose une explication différente : à partir de la chape des nuages et au-delà, cet espace est appelé « ciel » - depuis les nuées vers le haut, selon le verset : « Et Dieu appela le firmament ciel » ; et au-dessus de cela, jusqu'à la sphère de la lune, cela s'appelle « les cieux des cieux ». Quiconque a déjà récité la bénédiction de la lune (Birkat Halevana) sait bien que la lune se trouve au-dessus des nuages ; la lune ne recouvre pas les nuages, c'est l'inverse. Il en résulte qu'au niveau de la sphère lunaire, on parle déjà des « cieux des cieux », et selon le Malbim, nous traitons ici d'une réalité matérielle perceptible par l'œil, et non d'une réalité spirituelle comme le soutenait le Radak. C'est là que se trouvent les eaux supérieures suspendues par la parole du Roi, et ce sont elles « les eaux qui sont au-dessus des cieux ». De fait, le Talmud rapporte une controverse sur la question de savoir si la terre s'abreuve des eaux supérieures ou des eaux contenues dans les nuages.

Quiconque lit ces mots s'étonne : où se trouvent donc ces « eaux supérieures » ? L'une des choses que les scientifiques recherchent sur les autres planètes, c'est l'eau, car pour trouver la vie, la présence d'eau est indispensable ; or, on n'a encore jamais découvert d'astres pourvus d'eau, il n'y a pas d'astres traversés par des fleuves. De quoi est-il donc question ? Pour le Radak, la difficulté ne se pose pas, puisqu'il s'agit selon lui d'une réalité purement spirituelle ; mais s'il s'agit d'une réalité matérielle, de quoi parle-t-on ?

Le rav Zamir Cohen rapporte dans sa série « La Révolution » (« HaMahapakh ») qu'il existe d'immenses météores, des corps célestes gigantesques entièrement constitués de glace - or la glace provient de l'eau. De temps à autre, des fragments s'en détachent, météorites ou astéroïdes, et atteignent la Terre. En traversant l'atmosphère, ils se désintègrent pour la plupart, car la chaleur intense et les frictions considérables les consument et les pulvérisent ; l'histoire atteste également de la chute de météorites entières, et il existe sur Terre - comme dans le Nevada ou ailleurs - d'immenses cratères formés à l'évidence par leur impact. Mais lorsqu'il s'agit d'une météorite de glace, elle fond et parvient jusqu'à nous sous forme d'eau. Les scientifiques affirment ainsi que certaines pluies proviennent de ces météorites. Il peut donc exister une pluie issue des cieux les plus reculés, non pas des nuages mais de sphères bien plus élevées - ce qui correspond, pour qui souhaite saisir le sens littéral, à la notion des « eaux qui sont au-dessus des cieux ».

יְהַלְלוּ אֶת־שֵׁם יְהֹוָה, כִּי הוּא צִוָּה וְנִבְרָאוּ׃ - Qu'ils louent le Nom de l'Éternel, car Il a ordonné et ils furent créés !

Toutes les entités mentionnées jusqu'ici doivent, nous dit le texte, louer le Nom d'Hachem et reconnaître Sa souveraineté. Bien qu'elles soient élevées, sublimes et transcendantes, Hachem est infiniment au-dessus de tout ce qui est haut, et il va de soi qu'elles Le louent et Le célèbrent. Pour nous, cela semble évident, mais il faut se rappeler qu'à cette époque, on vénérait les astres en les érigeant en divinités. C'est pourquoi le verset affirme : sache que ces étoiles et ces réalités grandioses, les anges et tout ce qui se trouve en haut, louent eux aussi le Nom d'Hachem, « car Il a ordonné et ils furent créés ». Il est leur unique Maître, Il est l'Être premier et éternel, tandis qu'eux ne sont que des créatures. Hachem régnait avant que toute créature ne fût formée, Il était, Il est et Il sera ; et ces sphères célestes, si hautes et spirituelles paraissent-elles à nos yeux, ont elles aussi été créées par Hachem.

וַיַּעֲמִידֵם לָעַד לְעוֹלָם, חׇק־נָתַן וְלֹא יַעֲבוֹר׃ - Il les a établis pour toujours et à perpétuité ; Il a fixé une loi qu'ils ne transgresseront pas.
שלושה הבדלים בין מעשה שמיים למעשה ארץ

Le Malbim explique : la louange des mondes supérieurs se distingue de celle de la terre, que nous verrons plus loin, sur trois points essentiels. Le premier découle des mots « Il a ordonné et ils furent créés » : l'œuvre céleste diffère de l'œuvre terrestre en ce que, pour les cieux, il n'y a eu que la phase de création pure (Béria), tandis que pour la terre, il y a eu création (Béria), formation (Yetsira) et parachèvement (Assiya). La « Béria » consiste à tirer l'être du néant, l'ex nihilo (Yech mi-aïn). Pour les cieux, il n'y a eu que la Béria et rien de plus, aucune transformation ultérieure n'a eu lieu : Hachem a tiré les cieux du néant, et l'œuvre s'est arrêtée là.

Sur terre, en revanche, d'autres étapes ont suivi. La formation (Yetsira) relève déjà du « quelque chose à partir de quelque chose » (Yech mi-yech) : modeler des réalités distinctes à partir de la matière primordiale (la matière hylique). Le Ramban écrit, s'appuyant sur le Midrach, que lorsque le Saint béni soit-Il créa Son monde, tout fut créé dès le premier jour - à l'image d'un bâtisseur qui dépose tous ses matériaux sur le chantier avant de commencer la construction. Ainsi, tout existait déjà en germe le premier jour, puis le Saint béni soit-Il organisa et déploya ces éléments au fil des jours suivants. Cela relève de la Yetsira, du Yech mi-yech, car le seul jour où il y eut création ex nihilo fut le premier jour. C'est ce que les penseurs antiques nommaient « la matière première hylique », la matière informe capable de revêtir toutes les formes, notion que l'on pourrait rapprocher aujourd'hui de l'atome : l'atome a été créé dès le premier jour, et tout peut en découler, car chaque chose est composée d'atomes. Il s'agit de donner forme d'un existant à un autre - produire des réalités concrètes à partir d'une base préexistante : les végétaux, les mers, les fleuves et l'homme. Vient ensuite la phase d'Assiya (l'action achevée), dont le Malbim explique toujours qu'elle représente le terme et l'accomplissement d'un processus : « po'al » désigne l'action en cours, tandis qu'« assiya » désigne le parachèvement de la chose - « qu'Hachem a créée pour être faite (la'assot) ». Dans les cieux, les choses sont restées exactement telles qu'elles furent créées à l'origine, sans étapes de Yetsira ni d'Assiya ; sur terre, en revanche, la création a été suivie d'une formation - Hachem modela la terre ferme - puis d'un parachèvement (Assiya) - Il y fit pousser les végétaux et tout ce qui en est issu. C'est précisément ce que déclare Isaïe : Hachem, le Créateur des cieux, Hachem qui est D.ieu, le Formateur de la terre et Celui qui l'a parachevée, Il l'a affermie. Ainsi, il est écrit ici « Il a ordonné et ils furent créés » : pour les cieux, il n'y a eu que la création pure.

La deuxième différence réside dans le fait que la terre est le monde de la génération et de la corruption, et que ses créatures ne subsistent qu'à travers l'espèce et non par l'individu. C'est une expression récurrente chez le Malbim qu'il est précieux de bien assimiler. Une entité qui subsiste par l'individu (be-ich) est une existence permanente et immuable, comme les anges. L'être humain, en revanche, n'existe que par l'espèce (be-min) : on ne peut affirmer que tel individu est éternel, puisqu'il naît et meurt, mais il donne naissance à d'autres générations, de sorte que l'espèce humaine est pérenne ; il en va de même pour les animaux. On ne peut prétendre que l'animal façonné lors de la Création existe encore individuellement aujourd'hui, mais son espèce perdure grâce à la transmission générationnelle jusqu'à nos jours. Le Malbim explique donc : ce monde d'ici-bas est soumis au devenir et au déclin, et ses productions ne subsistent qu'au niveau de l'espèce - les individus se succèdent tandis que l'espèce demeure. Les cieux, en revanche, perdurent dans leur individualité même : ils n'ont jamais été remplacés, ce sont les mêmes cieux depuis les origines de la Création, « Il les a établis pour toujours et à perpétuité ».

La troisième différence tient aux lois : le Saint béni soit-Il a fixé des lois, mais sur terre, ces lois et décrets peuvent varier, car le libre arbitre y règne. Le Saint béni soit-Il peut donc modifier les décrets et le cours des lois selon les choix moraux des hommes. Dans les cieux, en revanche, « Il a fixé une loi qu'ils ne transgresseront pas » : il n'y a là ni variations ni libre arbitre. On ne saurait envisager qu'Hachem y modifie une loi parce que les astres ou les anges auraient mal agi ou surpassé les attentes, car la notion même de choix leur est totalement étrangère. C'est pourquoi la loi y est immuable et intangible ; tandis que sur terre, théâtre du libre arbitre, les lois s'adaptent et fluctuent au gré des actes humains.

« La'ad » dans le sens de témoignage

Le livre « Chirat Yona » rapporte au nom du Sfat Émet que l'expression « Vaya'amidem la'ad le'olam » se rattache au mot « édout » (témoignage) : le Saint béni soit-Il les a établis comme un témoin (la'ad). Tout ce qu'Il a créé dans Son monde, Il l'a créé pour Sa gloire, et l'homme doué de discernement perçoit dans chaque détail l'unité d'Hachem. Le monde ne saurait avoir été créé que par un Être unique, absolu et parfait. De même, le « Hovot HaLévavot » développe longuement dans « Cha'ar HaYih'oud » (la Porte de l'Unité) - section souvent omise ou peu étudiée - que si l'on supposait l'existence de deux forces créatrices, comme le croyaient certains anciens, une question s'imposerait d'emblée : laquelle a créé l'autre ? S'il y a deux entités, l'une a nécessairement précédé et créé l'autre ; seraient-elles apparues au même instant ? Ou bien seraient-elles toutes deux éternelles et premières ? Cela est inconcevable. On est donc contraint de conclure qu'il existe un Être Un, antérieur à toute création. C'est là le sens de « Il les a établis pour toujours et à perpétuité [comme un témoignage], Il a fixé une loi qu'ils ne transgresseront pas » : quiconque contemple la création y découvre le témoignage que tout provient de Lui, béni soit-Il ; tout ce qui existe proclame qu'il y a un Maître dans ce palais. L'agencement du monde est bien trop élaboré pour être le fruit du hasard.

On raconte qu'un jour, quelqu'un interrogea Einstein sur l'une de ses théories, suggérant que le phénomène pouvait être purement aléatoire, fortuit. Il répondit : « Le Saint, béni soit-Il, ne joue pas aux dés » - le Créateur n'agit pas au hasard, attendant de voir où tomberont les dés pour décider de la suite. Voilà un homme de science désigné « homme du siècle » par le Times de Londres, et en tant que Juif, on imagine à quel point une telle distinction n'allait pas de soi ; et pourtant, il affirmait que tout ce qui se produit dans la Création est bien trop ordonné pour relever du hasard. Certes, nous sommes des croyants, fils de croyants, et nous n'avons nul besoin des hommes de science pour asseoir notre foi ; mais pour certains, un tel propos peut transformer la perception des choses. Quoi qu'il en soit, « Il les a établis pour toujours et à jamais » : tout ce qu'Hachem a ordonné dans la Création témoigne de l'unité du Créateur.

Les immobiles et celui qui chemine

Le livre Cha’aré Sim’ha explique que le Saint, béni soit-Il, a fixé toute la Création dans l'état où elle a été créée, à l'exception d'une seule créature qui ne reste pas immobile mais avance : l'homme. C'est le sens du verset : « Et Je te donnerai des guides parmi ceux qui se tiennent immobiles » (Zacharie 3, 7). L'expression « Il les a établis pour toujours et à jamais » s'applique à tout ce que nous avons mentionné jusqu'ici : le soleil, la lune, les étoiles lumineuses, les cieux des cieux et les eaux au-dessus des cieux. « Il a ordonné et ils furent créés, et Il les a établis pour toujours et à jamais » : ils sont statiques, immuables, aucun changement ne s'opère en eux. L'homme, en revanche, a la faculté de progresser de niveau en niveau, car sa création et sa formation ne sont pas achevées à sa naissance ; il doit parfaire son âme et, en quelque sorte, se créer lui-même. Comme l'enseigne la Guémara au sujet du verset « Un bœuf, un agneau ou une chèvre, lorsqu'il naîtra » : un bœuf nouveau-né est déjà appelé « bœuf » ; mais pour l'homme, il en va autrement. L'homme chemine et progresse, l'homme se façonne et se construit lui-même.

C'est précisément ce que nous exprimons : pour tous ces éléments, « Il a ordonné et ils furent créés, et Il les a établis pour toujours et à jamais » - ils demeurent immobiles et ne changent pas. L'homme, en revanche, a le statut d'un marcheur, et son devoir est d'avancer, de s'élever et de progresser spirituellement pour parfaire son âme.

Joyeux et empressés d'accomplir la volonté de leur Créateur

Dans le Tehilot Maharits, l'auteur explique ce point à la lumière de ce que nous récitons : « Il leur a fixé une loi et un temps pour qu'ils ne modifient pas leur rôle ; ils sont joyeux et heureux d'accomplir la volonté de leur Créateur ». Quelle est la nouveauté de cette expression « joyeux et heureux » ? Toute nouveauté réjouit l'homme, mais une fois l'habitude prise, elle perd de son attrait, qu'il s'agisse d'une voiture neuve ou de la naissance d'un nouveau bébé dans la famille. Toute chose nouvelle suscite d'abord une grande joie, mais la nature de la joie est de s'estomper, jusqu'à ce que l'on ne ressente plus pour cette chose le moindre enthousiasme particulier.

Le Gaon de Vilna remarque au sujet du verset « Qui a trouvé une femme a trouvé le bien » qu'il est formulé au passé, tandis qu'au sujet de la mauvaise femme, il est dit : « Et je trouve la femme plus amère que la mort », au présent. Quelle est la différence ? C'est que l'on s'habitue au bien, mais l'on ne s'habitue pas au mal. C'est pourquoi il est écrit « je trouve plus amère que la mort » : à chaque instant, il la trouve amère à nouveau, continuellement, cela ne cesse jamais. En revanche, « a trouvé une femme a trouvé le bien » : il l'a épousée il y a trente, quarante ou cinquante ans, il a trouvé le bien, puis s'y est habitué. Il ne redécouvre pas ce bien à chaque instant, car on s'accoutume très vite au bien, alors qu'au mal, on ne s'habitue jamais vraiment.

Or, ce qui est devenu habituel perd de sa saveur et ne suscite plus d'élan. Mais observez l'armée céleste : pour elle, il n'en va pas ainsi. Il est dit des corps célestes qu'ils sont toujours « joyeux et heureux d'accomplir la volonté de leur Créateur », bien qu'« Il leur a fixé une loi et un temps pour qu'ils ne modifient pas leur rôle ». Ils ont une loi et un temps immuables, sans le moindre changement, et naturellement, leur saveur aurait dû s'émousser ; et pourtant, ils accomplissent la volonté d'Hachem toujours avec joie, comme au premier jour. C'est ce qui est dit ici : « Qu'ils louent le Nom d'Hachem, car Il a ordonné et ils furent créés ». Toute l'armée céleste Le loue avec allégresse, bien qu'« Il les a établis pour toujours et à jamais, Il a donné une loi qui ne passera pas ». En effet, on finit d'ordinaire par s'habituer à une réalité permanente et éternelle, et l'on n'en tire plus ni grande louange ni profonde joie. Chez eux, pourtant, rien de tel : ils louent sans cesse le Nom d'Hachem, avec un élan toujours renouvelé.

L'existence dépend de la Torah

Le Tehilot Maharits apporte une autre explication au verset « Il les a établis pour toujours et à jamais, Il a donné une loi qui ne passera pas » : Hachem a créé le monde et y a instauré l'ordre de la nature, « le jour au jour en fait le récit », sans altération ni rupture. Le soleil s'est levé à l'est et se couchera à l'ouest, aujourd'hui, hier et demain, sans le moindre changement, depuis des millénaires et pour l'avenir. Mais de quoi tout cela dépend-il ? Du « sixième jour ». Nos Sages enseignent que le Saint, béni soit-Il, a créé Son univers en conditionnant son existence à ce fameux sixième jour : le 6 Sivan à venir et le don de la Torah. Si le peuple d'Israël accepte la Torah, le monde subsistera ; sinon, les piliers des cieux vacilleront et la terre s'effondrera si l'on ne médite pas la Torah. « Si Mon alliance n'était pas jour et nuit, Je n'aurais pas fixé les lois du ciel et de la terre » (Jérémie 33, 25) : si, ne serait-ce qu'un seul instant, le monde était dépourvu d'étude de la Torah, il ne subsisterait pas une seconde de plus. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a créé un monde sphérique : là où les hommes dorment et où règne la nuit, il fait jour de l'autre côté du globe, et l'on s'y consacre à l'étude de la Torah vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

De nos jours, en terre d'Israël, cette alternance géographique n'est même plus indispensable, car il existe des kollelim de minuit et des kollelim nocturnes : quand certains avrekhim vont se coucher, d'autres se lèvent et étudient jusqu'au matin, et dès le matin, les cours de Torah reprennent - en somme, une étude permanente, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Comme on le sait, nos yechivot sont bâties selon le modèle fondé par Rabbi 'Haïm de Volozhin dans la prestigieuse yechiva de Volozhin, surnommée « la mère des yechivot ». Toutefois, un usage spécifique n'a pas été maintenu : à Volozhin, l'étude se poursuivait sans discontinuer jour et nuit - quand les uns allaient dormir, les autres prenaient le relais. Aujourd'hui, aucune yechiva ne peut plus fonctionner sur ce modèle, car cela susciterait une trop grande complexité : il faudrait dispenser des cours en double, pour le jour et pour la nuit, sans compter qu'il est généralement bien plus difficile de rester éveillé la nuit que le jour. Mais on mesure ici toute la grandeur d'une étude de la Torah qui ne s'interrompt jamais.

Selon cette approche, le verset s'éclaire ainsi : « Il les a établis pour toujours et à jamais » - Hachem a établi les cieux et la terre pour l'éternité, mais à la condition expresse qu'« Il a donné une loi qui ne passera pas » (’hok natan velo ya’avor). Hachem a donné une loi - la Torah, la législation qu'Il a décrétée - à condition que l'on ne la transgresse pas. Car si, à Dieu ne plaise, on enfreignait les décrets d'Hachem en délaissant la Torah, il n'y aurait plus d'« Il a ordonné et ils furent créés », ni d'« Il les a établis pour toujours et à jamais ». Toute la pérennité et l'existence du monde sont subordonnées au respect de la loi donnée par Hachem, de la Torah qu'Il a ordonnée, afin qu'elle ne soit pas transgressée ; c'est par ce mérite que la Création pourra subsister pour toujours et à jamais.

Les explications de Rachi et du Radak sur le verset

Rachi explique : « חוק נתן » (Il a fixé une loi) - c'est l'établissement du fait que l'un sert le jour et l'autre la nuit ; « ולא יעבור » (et il ne l'enfreindra pas) - le soleil ne sert pas la nuit, et quant à la lune et aux étoiles, bien que l'on aperçoive parfois un peu la lune en plein jour, ce n'est pas là le moment de leur domination.

Et le Radak explique, à propos de « ויעמידם לעד לעולם » (Il les a établis pour toujours, à jamais), qu'ils ne sont pas comme les créatures d'en bas, dont « les individus périssent tandis que l'espèce subsiste ». Nous avons déjà expliqué cette expression des Anciens : « les individus périssent » signifie que les éléments individuels disparaissent. Chez les êtres humains, on ne peut pas affirmer que l'individu est éternel, mais seulement que l'espèce humaine l'est, car chaque homme vit ici-bas « les jours de nos années s'élèvent à soixante-dix ans, et dans la vigueur, à quatre-vingts ans », et l'individu disparaît bien que l'espèce perdure. Mais pour le soleil et la lune, il en va tout autrement : il est dit à leur sujet « ויעמידם לעד לעולם », et ils subsistent de manière éternelle au niveau individuel également. Il n'y a pas un nouveau soleil qui naît chaque jour ou à intervalles réguliers : c'est le même soleil, et Hachem l'a établi pour toujours et à jamais. C'est ce qu'enseigne le Radak : il n'en va pas ainsi des mondes supérieurs, car leurs individus subsistent à jamais au même titre que l'espèce - non seulement l'espèce des étoiles perdure, mais chaque étoile prise individuellement subsiste ; et la loi qu'Hachem leur a assignée au commencement de leur création - « ולא יעבור » - ne change jamais.

En conclusion :

Le psaume dépeint la louange d'Hachem descendant du monde le plus élevé qui soit jusqu'au plus humble des bas-fonds, et de là, remontant vers les hauteurs, tel un cercle au sommet duquel se tient Hachem, béni soit-Il. La louange commence dans les cieux et les hauteurs, descend vers les anges, vers les sphères célestes et les luminaires, vers les cieux des cieux et les eaux au-dessus des cieux - et tous louent le Nom d'Hachem, car Il a ordonné et ils ont été créés ; Il est le Premier sans commencement et ils sont créatures. Les cieux ont été créés par la seule « Briyah » (création ex nihilo), subsistent dans leur individualité même et non seulement comme espèce, et leur loi ne change pas car ils sont dénués de libre arbitre ; la terre, en revanche, est le monde de l'engendrement et de la décomposition, où s'exercent la « Yetsirah » et la « 'Assiyah », le libre arbitre et des lois changeantes. Toute la Création subsiste à jamais en témoignage de l'unité du Créateur, et c'est pourquoi il nous a été ordonné de contempler et de discerner en toute chose Son unité, béni soit-Il. Et voici la différence majeure : toutes les créatures sont statiques et immuables, tandis que l'homme marche au milieu de ceux qui se tiennent immobiles - il lui incombe d'avancer, de progresser et de se construire, avec une joie toujours renouvelée, à l'image de la milice céleste qui est joyeuse et empressée d'accomplir la volonté de son Créateur, et à travers l'étude de la Torah dont dépend la pérennité du monde entier.