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Chapitre 145 - Partie 1 - Tehila LeDavid - la louange du Nom - Partie 3

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Introduction

Nous en sommes au chapitre 145, "Tehila LeDavid", entièrement consacré à la louange de la conduite du Saint béni soit-Il dans Son monde. Dans cette partie, nous étudierons les versets qui décrivent les attributs de miséricorde du Créateur : clément et miséricordieux, patient et rempli de bonté, l'Éternel est bon envers tous et Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses œuvres, jusqu'à la reconnaissance de toutes les créatures et des hommes pieux. Nous verrons comment toute la conduite du Nom, même celle qui nous apparaît comme rigueur et comme événements redoutables, prend sa source dans la miséricorde et la clémence.

"Clément et miséricordieux est l'Éternel" - deux aspects de la bonté

חַנּוּן וְרַחוּם יְהֹוָה, אֶרֶךְ אַפַּיִם וּגְדׇל־חָסֶד׃ - Clément et miséricordieux est l'Éternel, patient et rempli de bonté.

Le Even Ezra explique : "clément" (hanoun) signifie sauver celui qui crie vers Lui. "Miséricordieux" (rahoum) signifie protéger Son serviteur pour qu'il ne trébuche pas. Ce sont là deux aspects distincts : la clémence est le salut apporté à celui qui se trouve déjà dans la détresse, tandis que la miséricorde est la protection accordée dès le départ, afin qu'il ne trébuche pas et n'ait absolument pas besoin d'arriver à une situation où il aurait besoin d'être sauvé.

Le Radak ajoute : les attributs de "clément et miséricordieux" sont le bien et la générosité qui émanent de Lui, et à leur sujet "ils s'exclameront et chanteront". L'aspect de la clémence : le Nom accorde Sa grâce aux créatures et leur donne tout ce dont elles ont besoin. L'aspect de la miséricorde : le Nom a pitié des créatures, les épargne et les protège des dommages.

"Patient" (érekh apayim) : le Nom retient Sa colère et ne punit pas immédiatement. Nos Sages ont noté pourquoi il est écrit "apayim" au pluriel, et ils ont appris que cette patience s'exerce aussi bien envers les justes qu'envers les méchants. C'est pourquoi, lorsque nous énumérons les treize attributs, selon le saint Arizal, "érekh apayim" compte comme deux attributs et non comme un seul, car le Saint béni soit-Il fait preuve de patience aussi bien envers les justes qu'envers les méchants.

"Ougdol hessed" (rempli de bonté) : le dalèt est ponctué d'un kamats hatouf, qui est un kamats katan, et c'est pourquoi on ne lit pas "veguedal" mais "vegadol". Non seulement les Achkénazes et les Yéménites, chez qui tout kamats se lit comme un "o", mais même les Séfarades lisent ici "vegadol hessed". Et cela signifie : le Saint béni soit-Il déploie Sa bonté envers les hommes bien au-delà de ce qu'ils méritent de recevoir.

Le Malbim explique : "miséricordieux et clément est l'Éternel" - toutes les actions du Nom proviennent de la clémence et de la miséricorde. Même ce que nous percevons comme des événements redoutables et des rigueurs, sache que même lorsqu'Il punit les méchants, Il demeure encore patient. Il ne punit pas aussitôt, mais accorde une nouvelle occasion, une nouvelle possibilité, et retient longuement Sa colère. Bien plus, Il est rempli de bonté s'ils reviennent par le repentir.

"Je suis émerveillé que le Saint béni soit-Il l'ait attendu deux ans"

Le rav Idan, directeur général d'Arakhim à Bnei Brak, m'a raconté l'histoire d'un jeune homme qui avait eu un din Torah devant rav Nissim Karelitz et qui en était sorti perdant. Ce jeune homme était avocat, et il décida de poursuivre rav Nissim Karelitz devant le tribunal. Son père tenta de l'en empêcher : que fais-tu là, quelles bêtises, à quoi t'attaques-tu ? À un feu. "Leur piqûre est une piqûre de scorpion, leur murmure est le sifflement du serpent brûlant." Mais il n'écouta pas, et traîna rav Nissim Karelitz devant les tribunaux. Le juge écouta les arguments de part et d'autre, et jugea qu'il n'y avait aucun motif de plainte et que rav Nissim Karelitz avait entièrement raison, et l'affaire se conclut ainsi.

Deux ans plus tard, cet homme roulait à moto, un semi-remorque le percuta, et l'on ramassa ses restes sur la route. Terrible et effroyable. On raconte que rav Nissim Karelitz, qui connaissait le père, alla le consoler. Le père lui dit : sache combien je lui ai parlé, combien je l'ai supplié de ne pas s'en prendre à la Torah, et il n'a pas voulu écouter. Puis il ajouta une phrase extraordinaire : sais-tu ce qui m'émerveille ? Je suis émerveillé que le Saint béni soit-Il l'ait attendu deux ans. D'après ce que j'ai vu de ses actes, je m'étonnais qu'il ait vécu ne serait-ce qu'un jour de plus. Un homme qui méprise un grand d'Israël et le fait comparaître devant un juge profanateur public du Chabbat, comment ose-t-on faire une chose pareille ? Et comment le Saint béni soit-Il lui a-t-Il accordé deux ans ?

C'est là « l'immense bonté d'Hachem » : même lorsqu'Il punit les méchants, Il est patient, Il ne châtie pas sur-le-champ, et plein de bonté s'ils font téchouva - et s'ils reviennent à Lui, le Saint, béni soit-Il, est prêt à les accueillir bien qu'ils aient multiplié les fautes. À ce propos, on raconte l'histoire d'un homme qui fit enrôler de force quelqu'un d'autre à l'armée à sa place, et qui mourut de la rage. Il y eut plusieurs événements de ce genre que le 'Hafets 'Haïm avait notés, attendant de voir comment le Saint, béni soit-Il, exercerait Sa justice.

La méthode Nelson : celui qui refuse de voir

Seul celui qui mène une vie de réflexion, sachant que pour chaque chose il y a un jugement, un Juge et un monde futur - lui seul est capable de voir. Celui qui n'est pas ainsi, même s'il lui arrive quelque chose en l'espace de quelques heures, n'y prête aucune attention : « Cela n'a aucun rapport, il y a de tout dans le monde, cela arrive à beaucoup de gens sans qu'il y ait de raison ». Et si cela t'était arrivé sans cela, qu'aurais-tu dit ? Voilà le genre de questions que l'on se pose.

On demanda un jour si la promesse selon laquelle aucun missile ne tomberait sur Bnei Brak était toujours valable. La réponse fut sans appel : ce n'est nullement un débat théorique, les faits parlent d'eux-mêmes. Il n'y a pas de missiles sur Bnei Brak. Ce que le 'Hazon Ich a affirmé s'est vérifié : jusqu'à aujourd'hui, pas un seul missile n'est tombé sur Bnei Brak. Saddam Hussein ignorait-il où se trouvait Bnei Brak ? Le Hamas ne sait-il pas exactement où se trouve Bnei Brak ? Les alertes ont retenti ici sans fin, mais de missiles, il n'y en a pas eu. Et pourtant, cette même personne objecte : « Et que se serait-il passé si un missile était tombé ? » Mais voyons, il n'en est pas tombé ! Pourtant, pour lui, cela reste une objection.

Cela nous enseigne : quand une personne veut voir, ses yeux sont ouverts et elle perçoit la Présence divine en toute chose. Mais celui qui ne veut pas voir, même si Hachem se révélait à lui en disant « Je suis l'Éternel », il dirait : je ne vois rien. Connaissez-vous l'histoire de Nelson, le grand amiral de la Royal Navy ? On raconte que lors d'une bataille, ses navires étaient encerclés de toutes parts et qu'il ne pouvait se permettre d'être vaincu. Il demanda sa longue-vue, la porta à son œil aveugle, scruta l'horizon dans toutes les directions et déclara : « Je ne vois rien, à l'attaque ! » Les navires avancèrent, ouvrirent le feu et, par la grâce du Ciel, remportèrent la victoire. Certaines personnes passent toute leur vie selon la méthode Nelson : elles collent la longue-vue à leur œil aveugle et ne voient rien. Et si tu n'as rien vu, alors cela n'existe pas ; et si tu n'as rien vu, c'est que le Saint, béni soit-Il, n'est pas là et n'exerce aucune providence. Ouvre les yeux, tu as tout intérêt à voir ! Car celui qui refuse de voir finit par être le seul perdant.

Il patiente envers le méchant - et subvient à ses besoins

Dans le livre Tehilot Maharits, il est expliqué au sujet du verset « Hachem est bienveillant et miséricordieux, lent à la colère et plein de bonté » : la mesure du Saint, béni soit-Il, n'est pas comme celle de la chair et du sang. Lorsqu'un homme faute contre vous, il est très difficile de faire preuve de patience envers lui ; et si l'occasion se présente de lui rendre la pareille, il n'est pas aisé de réfréner son envie de lui infliger une double punition. Quant à lui parler de lui rendre le bien pour le mal qu'il a causé, il vous répondra : ce sont là des exigences pour des anges, nous ne sommes que des êtres humains.

Mais observez la conduite du Saint, béni soit-Il : bienveillant et miséricordieux, lent à la colère, et en même temps « plein de bonté ». À l'instant même où Il patiente envers le méchant, Il le nourrit également, lui accorde la vie, sa subsistance et l'abondance. Non seulement Il patiente à son égard - car s'Il se contentait de patienter en le maintenant en détention provisoire jusqu'au verdict, cela suffirait déjà - mais le Saint, béni soit-Il, l'installe dans un palais et déverse sur lui Ses bienfaits tout en patientant. C'est une chose prodigieuse de constater à quel point Hachem est bienveillant et miséricordieux.

« Hachem est bon envers tous » - Une bonté sans égale parmi les rois de chair et de sang

טוֹב־יְהֹוָה לַכֹּל, וְרַחֲמָיו עַל־כׇּל־מַעֲשָׂיו׃ - Hachem est bon envers tous, et Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses œuvres.

Ibn Ezra explique : tout roi de chair et de sang ne peut être bon qu'envers un petit nombre. À combien de personnes un roi peut-il faire du bien ? S'il accordait ses largesses à tous, il dilapiderait rapidement tous les trésors du royaume. De plus, un roi n'a pitié que de ses serviteurs fidèles et de ses proches. Mais le Saint, béni soit-Il, « Hachem est bon envers tous », et « Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses œuvres », sur l'ensemble de Ses créatures.

Le Radak ajoute : « Hachem est bon envers tous » - même envers les animaux sauvages, le bétail et les oiseaux, Hachem est bon et miséricordieux. C'est là le sens de « bon envers tous ». De là, dit le Radak, il convient à l'homme de suivre Ses voies, et il ne doit pas faire de mal aux animaux si ce n'est par nécessité ou pour se préserver de leurs méfaits.

Un homme marche dans la rue, aperçoit un cafard - et, par « rigueur », l'écrase. Le Ari HaKadosh s'interroge : pourquoi détruire la vie ? Cet insecte te menace-t-il ? Est-il venu te nuire ? Et même si tu as tué ce cafard, as-tu pour autant exterminé tous les cafards qui pullulent dans la ville de Bné Brak ? Tu en as tué un seul - as-tu résolu le problème pour autant ? Le Ari HaKadosh enseigne : un homme ne doit tuer aucun être vivant à moins d'y être véritablement contraint par nécessité, car cet animal demeure une créature divine. S'il y a un moustique dans la maison qui le dérange, il est certainement permis de le tuer ; s'il y a des rats, il faut assurément s'en débarrasser. Mais tuer des créatures gratuitement, sans contrainte et sans nécessité, sur cela le Ari HaKadosh avertit qu'il faut être extrêmement vigilant. Et c'est ce que dit le Radak : l'homme ne doit détruire la vie que par nécessité ou pour se prémunir de ses nuisances.

C'est ainsi que la Guémara rapporte au sujet de Rabbi HaKadosh (Rabbi Yehouda HaNassi), qu'il mit en garde sa servante afin qu'elle ne balaye pas de jeunes rongeurs avec les déchets de la maison, mais qu'elle les laisse tranquilles, en lui disant : il est écrit « et Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses œuvres ».

Le Malbim : Hachem conçoit des desseins pour les ramener par la Téchouva

Le Malbim explique : « L'Éternel est bon envers tous » - Il n'agit pas comme un être de chair et de sang qui ne se montre bon qu'envers ses serviteurs, mais se venge de ses opposants et voue de la haine aux rebelles, selon la nature humaine. Auprès du Saint, béni soit-Il, il n'en va pas ainsi : l'Éternel est bon envers tous, même envers les impies. Comme nous l'avons vu, Hachem est bienveillant, miséricordieux et lent à la colère ; Il patiente même envers les méchants, répand Ses bienfaits sur eux et conçoit des desseins pour les inciter au repentir. « Et Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses œuvres » - Hachem ne souhaite nullement la destruction de Son univers ; Il prend en pitié Ses créatures et Ses œuvres. Il chérit ce qu'Il a créé et médite des voies pour qu'aucun banni ne reste rejeté loin de Lui, afin de préserver le monde, « car Il ne désire point la mort de celui qui meurt, mais qu'il se détourne de ses voies et qu'il vive ».

Des paroles de Torah révélées en rêve

L'auteur du *Ketav VeHakabala*, dans son ouvrage *HaKetav Le'Haïm*, propose ici une explication remarquable qui lui est apparue en songe. Comme cela est développé dans l'ouvrage *Michnat Ha'halomot*, de nombreux Sages ont consigné dans leurs écrits des explications, des interprétations littérales et des résolutions de difficultés qui leur avaient été dévoilées en rêve, précisant : « Et voici ce que j'ai vu en songe ». Rabbi Tzadok HaCohen de Lublin a consacré un livre entier, *Ressissé Layla*, à des enseignements de Torah et des novellae reçus durant son sommeil. Et l'on retrouve de tels témoignages dans de multiples ouvrages.

On raconte au sujet de Rav Ovadia Yossef qu'il se leva un jour au milieu de la nuit, fit Nétilat Yadaïm, s'installa à sa table de travail, rédigea quelques lignes et retourna se coucher. Lorsqu'on lui demanda ce qui s'était passé, il expliqua qu'en rêve, une difficulté complexe s'était résolue et qu'une réponse lumineuse lui était apparue ; il s'était donc empressé de l'écrire pour ne pas l'oublier. Ceux dont l'être tout entier est habité par la Torah perçoivent la Torah jusque dans leurs songes nocturnes. En revanche, celui dont l'esprit est accaparé par les futilités verra la nuit des matches de football ou des flashs d'actualités, chacun selon ses attaches profondes. Rabbi Tzadok HaCohen affirme : lorsqu'un homme veut savoir ce qui occupe le tréfonds de son cœur, qu'il observe le contenu de ses rêves - c'est là que réside sa véritable essence. On rapporte également que Rav 'Haïm Kanievsky s'est levé un matin et a célébré un *Siyoum* avec du vin. Son petit-fils s'étonna : « Grand-père, tu n'as pourtant pas fini le traité ! » Il lui répondit : « Je l'ai déjà achevé en rêve. » Il lui restait sept pages de son étude quotidienne, et il conclut : « Je les ai terminées en songe, apporte le vin ! »

« Toi qui es bon, car Tes compassions ne sont pas épuisées » - Une bonté sans limites

Dans le livre *HaKetav Le'Haïm*, l'auteur commente ainsi le verset « L'Éternel est bon envers tous, et Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses œuvres » : il existe des personnes d'un naturel généreux, qui aiment faire le bien et porter secours. Et malgré tout, il arrive que pour une raison ou une autre, en une circonstance précise, une telle personne refuse de donner, et même si l'on insiste, elle s'y opposera. Il en va de même pour la compassion : un homme peut être très charitable et, dans un contexte particulier, se montrer dur, fermer son cœur et refuser d'avoir pitié. Mais chez Hachem, il n'en est rien : « L'Éternel est bon envers tous » - tous sont égaux devant Lui pour recevoir Ses bienfaits, et il n'est aucune circonstance où Il cesse de faire le bien. « Et Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses œuvres » - jamais on ne trouvera une situation où Hachem accomplit un acte empreint de cruauté.

Certes, certaines épreuves nous apparaissent comme des marques de cruauté, mais dans la même logique, on pourrait qualifier de cruel le chirurgien qui retire une tumeur : n'incise-t-il pas le ventre du patient pour y opérer et en extraire des tissus ? Celui qui ignore la finalité de l'acte y verra de la barbarie, tandis que celui qui en saisit l'enjeu sait qu'il s'agit d'une immense bonté qui lui sauve la vie. Il en est de même pour le Saint, béni soit-Il : Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses œuvres, et sous aucun angle Son action ne relève de la cruauté.

C'est pourquoi nous proclamons dans la prière de la *Amida* : « Toi qui es bon, car Tes compassions ne sont pas épuisées, Toi qui es miséricordieux, car Tes bontés n'ont point de fin ». Chez Hachem, la miséricorde ne connaît pas de bornes - Il ne limite jamais Sa clémence en disant : « J'accorde Ma grâce jusque-là, mais pas au-delà » ; Sa bonté n'a pas de limites - Il ne dit pas : « Je prodigue jusqu'ici, puis Je M'arrête ». Au contraire : « Toi qui es miséricordieux, car Tes bontés n'ont point de fin, Toi qui es bon, car Tes compassions ne sont pas épuisées ».

Le Midrash Sho'her Tov : Dans ce monde-ci envers tous, dans le monde à venir envers les justes

Le Midrach Chokher Tov enseigne : « L'Éternel est bon envers tous » - même envers les méchants. « Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses œuvres » - afin que personne ne soit irrémédiablement rejeté ; Hachem a pitié d'eux pour qu'ils ne se perdent pas, et Il conçoit des desseins pour les ramener par la Téchouva. Mais le Midrach souligne : « L'Éternel est bon envers tous » - dans ce monde-ci, mais dans le monde à venir, « Fais du bien, Éternel, aux bons ».

C'est-à-dire : ne commets pas l'erreur de croire que si Hachem est bon envers tous, et que l'on voit le méchant prospérer ici-bas, il en sera de même dans le monde à venir - à Dieu ne plaise ! Car sinon, l'homme pourrait se dire : fais ce que tu veux, mangeons et buvons car demain nous mourrons ; ou bien fais tout ce qui te passe par la tête, puisque le Saint, béni soit-Il, est indulgent et renonce à Ses droits, regarde comme ce méchant vit bien ici-bas. Le Midrach répond : non. « L'Éternel est bon envers tous » - dans ce monde-ci. Mais dans le monde à venir, Hachem ne fera du bien qu'aux gens de bien. Car sans cela, il n'y aurait ni justice ni juge, et plus aucune crainte de Dieu.

Et le Rav Mazouz fait remarquer : « Ve-ra'hamav al kol ma'assav » (ורחמיו על כל מעשיו) forme les initiales du mot 'Akoum (les idolâtres / les nations, bien que dans le désordre). C'est-à-dire qu'Hachem a pitié de tout : tant des animaux que des nations. Comme il est dit : « Et Moi, n'aurais-Je pas pitié de Ninive ? », et comme le Saint, béni soit-Il, a dit : « L'œuvre de Mes mains se noie dans la mer, et vous entonnez un chant de louange ! » On voit bien que le Saint, béni soit-Il, prend également en pitié les nations - Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses créatures. Qu'Hachem ait pitié de nous et de tout Son peuple Israël, et qu'Il ramène les captifs chez eux, avec l'aide de Dieu.

« Toutes Tes œuvres Te rendront grâce, Éternel » - Qui sait véritablement remercier

יוֹדוּךָ יְהֹוָה כׇּל־מַעֲשֶׂיךָ, וַחֲסִידֶיךָ יְבָרְכוּכָה׃ - Toutes Tes œuvres Te rendront grâce, Éternel, et Tes fidèles Te béniront.

Le Radak explique : « Toutes Tes œuvres Te rendront grâce » - y compris les espèces animales dénuées de raison, auxquelles Tu as préparé et pourvu la nourriture et tous les besoins. Mais comme elles n'ont pas l'intelligence nécessaire pour rendre grâce, c'est l'homme qui, en les observant, remercie pour elles, et c'est comme si elles Te rendaient grâce elles-mêmes.

Et qui sont ceux qui rendent véritablement grâce ? « Et Tes fidèles Te béniront ». Les 'hassidim - ceux qui se conduisent envers Hachem avec piété et dévouement - sont ceux qui contemplent constamment les actes d'Hachem, et ce sont eux qui Le bénissent. En revanche, les personnes superficielles ne ressentent pas le besoin de remercier et ne prêtent même pas attention à ce qui mérite gratitude. Les 'hassidim, lorsqu'ils voient les merveilles constamment renouvelées au sein de la création et la perfection qui s'y trouve, dans le règne animal comme dans le végétal, bénissent Hachem. C'est pourquoi, explique le Radak, nos Sages ont institué une bénédiction pour chaque chose selon sa nature : celui qui voit tel phénomène récite telle bénédiction, et ainsi de suite pour chaque domaine, afin de remercier, louer et glorifier Hachem pour chaque créature et pour chaque action qu'Il accomplit dans Son monde.

Et quelle est la définition de « Tes fidèles » ('hassidékha) ? Nous avons rappelé à plusieurs reprises que le 'Hessed désigne le don et l'effusion de bienfaits, un don sans limite. C'est pourquoi la « grandeur » (Guedoula) est assimilée au 'Hessed, car donner dans une mesure immense constitue une effusion sans fin - « À Toi, Éternel, la grandeur, la puissance et la splendeur », qui correspond à « 'Hessed, Guevoura et Tif'éret ». La grandeur est synonyme de 'Hessed. De même, le Radak explique : le 'Hessed représente le surplus, le dépassement de la mesure. Ceux qui contemplent constamment les œuvres d'Hachem et Le servent avec un attachement plus grand encore sont les 'hassidim : ils servent Hachem avec une attention redoublée et une profondeur d'analyse accrue dans Son service béni, et ils bénissent Hachem en toute circonstance.

Et nos Sages ont dit : « Celui qui désire devenir pieux ('hassida), qu'il accomplisse les paroles relatives aux bénédictions ». « Et Tes fidèles Te béniront » : celui qui atteint le rang de 'hassid veille scrupuleusement sur les bénédictions.

Justifier le jugement céleste - puis prier

Il y a là un enseignement fondamental : l'homme doit remercier Hachem, béni soit-Il, pour tout ce qui lui arrive. Même s'il traverse un événement imprévu ou désagréable, il doit d'abord justifier le jugement du Ciel : Maître du monde, je sais que cela vient de Toi, et j'accepte le décret céleste avec amour. Ensuite seulement, il peut prier et implorer : Maître du monde, selon ma vision humaine, il me serait plus facile que la situation soit différente. Mais la première étape demeure de justifier le décret divin.

Il est écrit que lorsqu'un homme justifie le jugement du Ciel et l'accueille avec amour, cela possède une force extraordinaire pour écarter de lui les rigueurs célestes, les griefs et mille et un décrets néfastes. Maître du monde, je ne récrimine pas, je ne me plains pas, merci pour tout ce que Tu me donnes. Et maintenant, je Te demande telle et telle chose.

Et le point le plus important en cela est que nous reconnaissons avant tout la véritable adresse. En effet, lorsque quelqu'un fait du tort à un homme, celui-ci s'en prend aussitôt à lui - mais que lui veux-tu ? Il n'est pas l'adresse, il n'est qu'un émissaire. Peut-être un mauvais émissaire, mais un émissaire tout de même. Il faut donc d'abord savoir : cela vient d'Hachem. « Car Hachem lui a dit : maudis ! », a déclaré David HaMelekh - et il a ainsi mérité d'être le quatrième pied de la Merkava. Comprendre que l'adresse véritable vient de Lui, béni soit-Il. C'est la première étape. Ensuite, il convient de justifier le décret divin : je le mérite, pour l'expiation de mes fautes, pour mille et une raisons - je le mérite, et j'accepte le jugement du Ciel. C'est alors seulement que je prie : Maître du monde, écarte de moi cette épreuve. Dès lors, sa prière possède une force bien supérieure à celle de celui qui prie avec récriminations et réclamations, en disant : « Pourquoi m'a-t-on fait cela ? » et « Je ne mérite pas cela ». « Et Tes 'hassidim Te béniront » - le 'hassid bénit et remercie constamment Hachem pour tout ce qui lui arrive.

Le Malbim : il n'y a pas de mal dans la création du point de vue du Créateur

Le Malbim explique : « Toutes Tes œuvres Te loueront, Hachem » - le Saint, béni soit-Il, a accompli toutes Ses œuvres dans une perfection absolue, et il n'existe aucun mal dans la réalité du côté d'Hachem qui les crée. « Et Tes 'hassidim Te béniront » - les 'hassidim, qui se conduisent au-delà de la stricte rigueur de la loi (lifnim michourat hadin), sont ceux qui attirent de Toi l'abondance de la bénédiction.

Et il a déjà été rappelé à plusieurs reprises que la notion de bénédiction ici ne signifie pas que l'on bénit Hachem - car Hachem n'a nul besoin de nos bénédictions, et une bénédiction au sens ordinaire ne s'applique pas à Lui, puisqu'on ne bénit que celui à qui il manque quelque chose. Bénir Hachem signifie plutôt : Tu es la source de la bénédiction, et l'abondance de la bénédiction émane de Toi. Tel est le sens profond de « Baroukh Ata Hachem ».

En conclusion : les versets qui précèdent déploient la conduite du Créateur tout entière comme une conduite de miséricorde : « Bienveillant » pour sauver celui qui implore et « miséricordieux » pour préserver de l'obstacle, « patient » envers les justes comme envers les impies, « et plein de bonté » - bien au-delà de ce que l'on mérite de recevoir, au point que pendant qu'Il attend le repentir de l'impie, Il pourvoit également à ses besoins et le comble de Ses bienfaits. « Hachem est bon envers tous » - à la différence d'un roi de chair et de sang qui ne dispense ses bienfaits qu'à un petit nombre, Sa bonté s'étend jusqu'aux animaux, d'où le devoir de l'homme de ne pas détruire la vie sans nécessité. « Et Sa miséricorde s'étend sur toutes Ses créations » - sans limite et sans exception, même si une action peut nous sembler cruelle à première vue, à l'image d'un chirurgien qui opère pour sauver son patient. Cependant, dans ce monde-ci, la bonté d'Hachem s'adresse à tous, alors que dans le monde à venir, Il ne fera de bien qu'aux hommes vertueux - afin que nul ne dise « il n'y a ni justice ni juge ». Enfin, « Toutes Tes œuvres Te loueront, Hachem, et Tes 'hassidim Te béniront » : toutes les créatures en témoignent, mais celui qui exprime concrètement cette louange est le 'hassid qui médite, s'applique dans la récitation des bénédictions, accepte avec amour le jugement céleste et ne prie qu'ensuite - attirant ainsi l'abondance de la bénédiction depuis sa Source.