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Psaume 143 - Les supplications de David dans la grotte - 2e partie

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Introduction Ce cours constitue la suite de l'étude du psaume 143, à partir du sixième verset jusqu'à la fin du chapitre. Le roi David se trouve ici traqué, dans l'obscurité de la caverne, à un pas seulement de la mort. C'est du fond de cette détresse qu'il égrène devant le Saint, béni soit-Il, une succession de requêtes : que son esprit lui revienne, que la bonté divine s'illumine pour lui, qu'il puisse s'extraire de ce lieu de ténèbres, et qu'Il lui enseigne à accomplir Sa volonté. Suivons l'ordre des versets à la lumière du Malbim, enrichi des commentaires des Rishonim et des Midrashim.
Verset 6 : J'ai tendu mes mains vers Toi
פֵּרַשְׂתִּי יָדַי אֵלֶיךָ נַפְשִׁי כְּאֶרֶץ־עֲיֵפָה לְךָ סֶלָה׃ - J'ai tendu mes mains vers Toi ; mon âme a soif de Toi comme une terre épuisée, Séla.

Le Radak explique l'expression « mon âme est comme une terre épuisée » : tout comme la terre est assoiffée, désire et attend ardemment la pluie, de même mon âme a soif de Toi et espère en Toi. Rachi, quant à lui, commente que ces paroles font écho à la situation d'Israël en exil, semblable à une terre épuisée et assoiffée de délivrance.

Le Malbim propose une explication particulièrement originale. Après avoir évoqué l'action du Saint, béni soit-Il, tant dans les lois immuables de la Création que dans le déploiement de Sa providence particulière, David affirme : dans une telle situation, je me prépare déjà à l'agonie. À l'instar de ce qu'il exprimait plus tôt, « comme les morts de l'éternité », il se sent vivre ses derniers instants, et c'est pourquoi il déploie ses mains. Comme on le sait, un nouveau-né vient au monde les poings fermés, alors qu'à sa mort, l'homme a les mains ouvertes. Il ouvre ses mains comme pour dire : je n'emporte rien.

On raconte au sujet de rares Tsaddikim qu'ils sont partis de ce monde les mains fermées, et l'un d'eux fut le Rav Shteinman. Seul celui qui n'a rien pris de ce monde peut s'en aller les poings fermés : j'ai emporté d'ici les véritables trésors de l'existence, la Torah, la crainte du Ciel et le service divin, mais des biens matériels, je n'ai rien emporté du tout, et personne ne pourrait soupçonner que ces poings fermés signifient qu'il a pris quoi que ce soit de ce monde matériel. Quoi qu'il en soit, l'ouverture des mains témoigne, pour ainsi dire, que l'on ne possède plus rien d'ici-bas.

Remarquons combien cette approche du Malbim est novatrice. Le sens obvie de « j'ai tendu mes mains vers Toi » renvoie au geste traditionnel de la prière, geste qui nous est familier. Cependant, le Malbim explique que, David se trouvant déjà au seuil de la mort, il déclare : j'ai déployé mes mains vers Toi, à l'image des êtres vivants qui étendent leurs membres à l'instant de rendre l'âme, tout comme le fait l'homme. Par conséquent : je tends mes mains pour retourner vers Toi, « mon âme a soif de Toi comme une terre épuisée », je suis prêt à réintégrer la demeure de la vie éternelle. Et le mot « Séla », selon la méthode du Malbim, marque l'achèvement du propos.

Verset 7 : Hâte-Toi de m'exaucer
מַהֵר עֲנֵנִי יְהֹוָה כָּלְתָה רוּחִי אַל־תַּסְתֵּר פָּנֶיךָ מִמֶּנִּי וְנִמְשַׁלְתִּי עִם־יֹרְדֵי בוֹר׃ - Hâte-Toi de m'exaucer, Éternel, mon souffle s'épuise ; ne me cache pas Ta face, sans quoi je serais assimilé à ceux qui descendent dans la fosse.

Rachi explique que l'expression « mon esprit s'épuise » (kaltah rou'hi) s'emploie toujours pour désigner quelqu'un qui aspire intensément à une chose sans parvenir à l'obtenir, consumé d'attente et de désir ardent d'y accéder. Le Radak interprète quant à lui : je suis aux portes de la mort, et si Tu ne Te hâtes pas de me répondre, j'en viendrai, à Dieu ne plaise, à mourir. « Mon souffle s'épuise » signifie que je suis sur le point de trépasser, et si Tu me dérobes Ta face, aussitôt « je serais assimilé à ceux qui descendent dans la fosse », c'est-à-dire compté au nombre des défunts.

Le Malbim explique que cette description montre David à un cheveu de la mort ; c'est alors que s'éveille la force du Bitahon, la puissance de l'attente et de l'espérance, qui s'écrie : hâte-Toi de m'exaucer ! Maître du monde, réponds-moi avant que mon souffle ne s'éteigne, car mon âme est déjà sur le point de s'échapper, au seuil même de l'agonie, prête à s'évanouir d'un instant à l'autre. « Ne me cache pas Ta face », c'est-à-dire ne Te détourne pas de moi ne serait-ce qu'un instant, ne m'ôte pas Ta providence, car si Tu Te détournais une seule seconde, aussitôt « je serais assimilé à ceux qui descendent dans la fosse ». Ma vie ne tient qu'à un fil, c'est pourquoi, Maître du monde, exauce-moi promptement.

Verset 8 : Fais-moi entendre dès le matin Ta bonté
הַשְׁמִיעֵנִי בַבֹּקֶר חַסְדֶּךָ כִּי־בְךָ בָטָחְתִּי הוֹדִיעֵנִי דֶּרֶךְ־זוּ אֵלֵךְ כִּי־אֵלֶיךָ נָשָׂאתִי נַפְשִׁי׃ - Fais-moi entendre dès le matin Ta bienveillance, car en Toi j'ai placé ma confiance ; fais-moi connaître le chemin où je dois marcher, car vers Toi j'élève mon âme.

Rachi explique que « dès le matin » fait référence au lever de la délivrance, et « fais-moi connaître le chemin » signifie : par quelle voie accepteras-Tu ma supplique, puisque c'est vers Toi que j'élève mon âme. Le Radak ajoute que la période de détresse est appelée « soir » ; c'est une image fréquente dans l'Écriture, où l'épreuve est comparée à la nuit, tandis que le salut et la rédemption sont comparés au jour et au matin. Ainsi : enseigne-moi, Hachem, la voie à suivre, comment parvenir au salut, et où fuir devant mes poursuivants. « Car vers Toi j'élève mon âme », à l'image de l'expression « et c'est vers cela qu'il élève son âme », c'est-à-dire que toute mon attente et tout mon espoir reposent sur Toi. Je n'ai personne d'autre à espérer, aucun autre recours, tout mon espoir est en Toi seul.

Le Malbim explique qu'à partir d'ici, David détaille quatre requêtes. La première, que son souffle lui revienne, c'est-à-dire qu'il revienne à la vie. La deuxième, « fais-moi entendre dès le matin Ta bienveillance » : je suis plongé dans l'obscurité de la nuit, que le matin se lève et qu'un fil de bienveillance se déploie pour me revivifier, et puisque j'ai placé ma confiance en Toi, fais-moi entendre cette bonté. La troisième, que le Saint, béni soit-Il, le fasse sortir de la caverne : « fais-moi connaître le chemin où je dois marcher », afin que je quitte ce lieu ténébreux, car David s'était réfugié au fond de la grotte au moment même où Chaoul y pénétrait. « Car vers Toi j'élève mon âme » : c'est Toi qui me guides sur les sentiers de la justice, et c'est pourquoi j'élève mon âme vers Toi pour que Tu me tires de cet endroit obscur où je me trouve.

Le livre Otsrot HaAgada rapporte une magnifique parabole sur les mots « fais-moi entendre dès le matin Ta bienveillance, car en Toi j'ai placé ma confiance ». Lorsque le Saint, béni soit-Il, veut éprouver un homme, Il lui envoie des souffrances pour voir s'il tiendra bon et s'il est digne de la récompense qui lui est réservée. Mais un tsadik n'a pas besoin d'épreuve, car il place sa confiance en Hachem par avance, sans qu'il soit nécessaire de le tester pour prouver son mérite. C'est le sens de « fais-moi entendre dès le matin Ta bienveillance » : le matin représente le début, et le soir la fin. Pour certains hommes, il faut attendre le soir pour voir comment s'est déroulée leur journée et s'ils méritent leur rétribution. Mais moi, Maître du monde, puisque ma confiance en Toi est si absolue, Tu peux me l'accorder dès le matin. Tu n'as pas besoin d'attendre le soir pour vérifier si j'aurai tenu bon ou non, si je le mérite ou non, car Tu sais pertinemment que je Te servirai avec intégrité. « Car en Toi j'ai placé ma confiance » : j'ai toujours eu foi en Toi et il n'est nul besoin de m'éprouver. Et c'est en ce sens que David disait « et mon cœur est vide en mon sein », car il avait réussi à anéantir et soumettre totalement le mauvais penchant.

Le livre Maassé Ich rapporte, à propos de « car en Toi j'ai placé ma confiance » : un jour, le 'Hazon Ich marchait avec un proche quand il aperçut soudain un enfant avançant sur le rebord d'un toit dépourvu de rambarde. Le compagnon, d'ordinaire très calme, fut saisi d'une vive angoisse et d'une grande panique. Le 'Hazon Ich le calma aussitôt et lui dit : ne t'affole pas, « en Toi j'ai placé ma confiance ». Chaque créature bénéficie de sa propre protection, de sa propre providence (hachgaha), et il n'y a pas lieu de céder à la peur. Certes, au titre du devoir de sauvetage (hatsala), il faut courir pour le secourir, cela ne fait aucun doute. Mais succomber à la terreur et à la panique n'a pas de sens, car la peur paralyse et empêche d'agir efficacement. Il faut aller de l'avant et agir, voilà ce qu'exige la situation, tout en gardant la certitude sereine qu'il n'arrivera à chacun que ce que le Ciel aura décrété.

Le livre Chirat Yona enseigne sur « fais-moi connaître le chemin où (zou) je dois marcher, car vers Toi j'élève mon âme » : le mot « zou » (זו) a pour valeur numérique treize, correspondant aux treize attributs de miséricorde du Saint, béni soit-Il. Fais-moi connaître « zou », ces treize attributs. Et pourquoi cela s'appelle-t-il un chemin où marcher ? Parce que nos Sages ont dit : « De même qu'Il est clément, sois clément ; de même qu'Il est miséricordieux, sois miséricordieux ». De même, nos Sages ont expliqué le verset « Après l'Éternel votre Dieu vous marcherez » : est-il possible à l'homme de marcher derrière la Présence divine, alors qu'Il est un feu dévorant ? Mais cela signifie : marche selon Ses vertus. C'est là le sens de « fais-moi connaître le chemin où je dois marcher, car vers Toi j'élève mon âme » : je désire m'attacher à Toi et à Tes attributs, suivre la voie tracée par ces treize attributs. Marcher derrière Hachem signifie s'attacher à Ses vertus.

Verset 9 : Délivre-moi de mes ennemis
הַצִּילֵנִי מֵאֹיְבַי יְהֹוָה אֵלֶיךָ כִסִּתִי׃ - Délivre-moi de mes ennemis, Hachem, c'est auprès de Toi que je me réfugie.

Le Radak explique : délivre-moi de mes ennemis, Maître du monde, car je n'ai pas divulgué mon différend aux hommes, n'attendant d'eux aucun secours. Il est dans la nature d'un homme en conflit d'en faire part à un tiers dans l'espoir d'obtenir de l'aide. David affirme : pour ma part, je n'ai personne à qui me confier, le secours de l'homme n'étant qu'illusion. « Vers Toi je me suis couvert (élékha khissiti) » signifie que je ne me suis ouvert qu'à Toi seul, cachant ma peine à tous les autres ; c'est vers Toi que j'ai crié en secret, à l'insu des créatures. Le sens n'est pas que je me suis dissimulé devant Toi, mais que j'ai caché ma détresse au monde entier pour ne la révéler qu'à Toi.

Dans le même esprit, le Meïri explique que « vers Toi j'ai couvert » signifie « pour Toi j'ai couvert », à l'instar de l'expression « dis pour moi : il est mon frère » (imri li akhi hou) où « li » n'a pas le sens de « à moi », mais de « sur moi » ou « pour moi ». Ici également, c'est pour Toi que j'ai gardé le secret : mon désir étant d'exposer ma cause devant Toi seul sans me tourner vers les hommes, car je ne place ma confiance qu'en Toi, je l'ai dissimulée au monde entier pour ne la faire connaître qu'à Toi, comptant sur Toi pour me sauver. C'est aussi ce que commente Rachi : je cache mes tribulations à tout homme afin de ne les confier qu'à Toi. Ibn Ezra rapporte une explication remarquable au nom de Rabbi Marinus, selon laquelle « khissiti » (כיסיתי) équivaudrait à « 'hassiti » (חסיתי, je me suis réfugié), par permutation des lettres kaf et 'het, comme s'il était écrit « en Toi j'ai cherché refuge » ; toutefois, Ibn Ezra lui-même ne retient pas cette interprétation.

Le Malbim considère cela comme la troisième requête du psaume : que le Saint, béni soit-Il, le délivre des ennemis qui lui tendent des embuscades en chemin. « Car en Toi je me cache » : je dissimule mes allées et venues ainsi que ma route, car on m'espionne constamment pour rapporter à Chaoul où je me trouve. Maître du monde, je cache mes pas à tout homme et Toi seul connais ma retraite, c'est Toi qui gardes mon secret que je n'ai confié qu'à Toi. Ce qui reste caché aux autres, je ne le dévoile que devant Toi, et cela n'est connu que de Toi seul, car parmi tous les hommes, je ne me fie à personne d'autre qu'au Maître du monde.

« Vers Toi je me suis couvert » : pour Ton honneur, j'ai occulté mon propre honneur

Dans le livre Tehilot Maharits, il est rapporté que David fait allusion ici à ce que nos Sages ont enseigné dans le traité Sanhédrin 107a, une Guémara remarquable : David a voulu s'adonner à l'idolâtrie, comme il est dit : « Et David parvint jusqu'au sommet » (Vayehi David ba ad harosh). Hushaï l'Arki lui dit : « Dira-t-on qu'un roi comme toi sert des idoles ? » Il lui répondit : « Dira-t-on qu'un roi comme moi est mis à mort par son fils ? Mieux vaut qu'il serve des idoles plutôt que le Nom du Ciel soit profané en public ! »

On a déjà cité à ce propos la parabole apportée par le Gaon de Vilna. C'est l'histoire d'un serviteur très fidèle du roi, son favori, son intime et son homme de confiance, lié à lui par un attachement d'une rare intensité. Un jour, en servant la soupe, une goutte éclabousse l'habit royal de cérémonie. Le roi entre dans une terrible colère et ordonne son exécution immédiate. En entendant cela, le serviteur saisit l'assiette pleine de soupe et la renverse entièrement sur les vêtements du roi. Le souverain, encore plus furieux, ordonne qu'on le mette à mort dans d'atroces tortures. Puis, réfléchissant, le roi se ravise : « Comment est-il possible qu'un serviteur qui m'est si cher ait pu commettre un tel acte ? » Il le convoque et lui demande : « Comment as-tu osé ? La première goutte n'était qu'une maladresse, mais ensuite ? » Le serviteur lui répond : « C'est pour l'honneur de mon roi que j'ai agi ainsi. Je me suis dit : quiconque apprendra qu'un homme si cher au roi a commis une simple maladresse et que le roi le met à mort dira : quel roi cruel ! Mais maintenant, quand ils sauront que j'ai renversé toute l'assiette sur lui, ils diront : c'est bien mérité, le roi est juste. Je voulais que la dignité de mon roi soit préservée. » En entendant ces mots, le roi le rétablit dans sa charge et redoubla d'affection pour lui.

C'est exactement ce qui s'est passé avec le roi David. David a voulu feindre l'idolâtrie afin d'éviter la profanation du Nom d'Hachem : comment concevoir que le bien-aimé du Roi, le roi David, voie le malheur surgir du sein même de sa maison ? Les gens médiraient du Saint béni soit-Il. En revanche, s'ils entendent que David a sombré dans l'idolâtrie, ils diront : « Hachem est juste, s'Il le frappe ainsi, c'est qu'il l'a bien mérité ! » Rachi commente là-bas que David se disait : « On dira qu'un roi tel que moi, un homme pieux tel que moi, est mis à mort par son propre fils ! On contestera alors les voies du Saint béni soit-Il, et le Nom divin sera profané publiquement. Mieux vaut que je serve des idoles et que je profane le Nom divin à moi seul, plutôt que le peuple tout entier ne vienne à Le profaner. » Mais que lui répondit Hushaï l'Arki ? « Dira-t-on qu'un roi comme toi sert des idoles ? » En d'autres termes : au contraire, si l'on apprend que le roi David s'adonne à l'idolâtrie, la digue sera rompue ! Les gens en déduiront qu'il est légitime de servir les idoles, puisque David, avec toute sa piété, en est arrivé là. Tu causerais ainsi un H'iloul Hachem bien plus dévastateur encore ! David se rangea à ses arguments. Il est évident qu'il n'avait nullement l'intention de servir les idoles au sens propre, mais seulement de donner cette apparence afin que l'on tienne ce discours. On mesure ici l'immense amour de David envers Hachem : il était prêt à se laisser diffamer comme idolâtre pour la seule gloire du Créateur, afin d'épargner toute profanation de Son Nom.

Et c'est ce que David évoque à présent dans sa détresse : « Délivre-moi de mes ennemis, Éternel ! Vers Toi je me suis couvert » - c'est pour Toi et pour la sanctification de Ton Nom que je me suis couvert. J'ai dissimulé ma droiture, j'ai voilé et souillé mon honneur en envisageant de paraître idolâtre afin que le Nom divin ne soit pas profané publiquement. Et si j'ai ainsi occulté pour Toi mon honneur, ma grandeur et ma piété par amour pour Ta gloire, c'est là une raison décisive pour que Tu me délivres : même si les lois de la nature ne l'exigent pas, accomplis pour moi un miracle au-delà des lois naturelles, tout comme j'ai fait don de moi-même pour Ton honneur.

Ennemis du corps et ennemis de l'âme

Le saint Alshikh enseigne qu'il existe deux sortes d'ennemis : les ennemis du corps et les ennemis de l'âme. Le mauvais penchant et ses cohortes constituent les ennemis de l'âme, forces d'impureté engendrées par les transgressions humaines. Or, les ennemis du corps ne sont ni aussi puissants ni aussi redoutables que les ennemis de l'âme. D'ailleurs, parmi les ennemis de l'âme eux-mêmes, le saint Or Ha'haïm souligne que l'aspect féminin (noukba) est bien plus difficile à surmonter que l'aspect masculin (dekhoura) : David combattait la Sitra A'hara masculine et pouvait en triompher, mais face à sa composante féminine, il faillit succomber.

Pour notre propos, les ennemis du corps ne représentent pas le plus grand péril, tandis que les ennemis de l'âme sont infiniment plus dangereux. C'est pourquoi, lorsqu'un homme se trouve acculé à une extrémité où il risque de perdre son judaïsme, il est préférable pour lui de perdre sa vie corporelle. Perdre son judaïsme signifie être retranché pour l'éternité, alors que perdre la vie ici-bas relève du sort commun à tout homme : la durée de nos jours est de soixante-dix ans, ou de quatre-vingts ans avec de la vigueur ; il mourrait simplement un peu plus tôt mais mériterait la vie éternelle. En revanche, préserver son existence physique au détriment de son âme, c'est perdre l'éternité sans retour, ce qui est sans commune mesure.

C'est ce qu'exprime David : « Délivre-moi de mes ennemis, Éternel ! » Et desquels ? De ceux par lesquels « vers Toi je me suis couvert », c'est-à-dire qui font écran et dressent une séparation entre Toi et moi. Ce sont ces ennemis qui me dérobent à Ta présence, les ennemis de l'âme qui m'éloignent de Ton service. Maître du monde, délivre-moi d'eux, car ce sont eux qui m'occultent Ton culte et me tiennent à distance de Ta crainte. Et comme nous l'avons souligné, celui qui incite son prochain à la faute est pire que celui qui le tue : les ennemis spirituels sont bien plus redoutables que les ennemis corporels, et c'est à ce titre que je Te supplie de me sauver.

Le Méam Loez propose un commentaire novateur : « Vers Toi je me suis couvert » (Elekha khissiti) dérive de la racine liée au décompte, à l'instar de « Vous compterez pour l'agneau » (takhossou al hassé). Cela signifie : j'ai dénombré les promesses par lesquelles Tu m'as assuré de me délivrer, et c'est sur elles que je fonde toute ma confiance.

Verset 10 : Enseigne-moi à faire Ta volonté
לַמְּדֵנִי לַעֲשׂוֹת רְצוֹנֶךָ כִּי־אַתָּה אֱלוֹהָי רוּחֲךָ טוֹבָה תַּנְחֵנִי בְּאֶרֶץ מִישׁוֹר׃ - Enseigne-moi à faire Ta volonté, car Tu es mon Dieu ; que Ton bon esprit me guide sur une terre unie.

Le Radak explique que David implore ici à la fois pour le salut du corps et pour le salut de l'âme. Jusqu'à présent, ses supplications portaient sur la préservation physique, et à partir d'ici, il s'élève au plan spirituel : aide-moi dans l'acquisition de la sagesse, afin que je sache ce qu'est Ta volonté et que je l'accomplisse fidèlement selon Ton désir. « Car Tu es mon Dieu » : je reconnais que Toi seul détiens la force et le pouvoir, Tu es le Juge du monde et son Guide souverain, et c'est pourquoi mon aspiration est de faire Ta volonté comme il convient. « Que Ton bon esprit » désigne cette influence spirituelle supérieure destinée à me conduire sur la bonne voie et à me guider « sur une terre unie », c'est-à-dire dans un chemin droit, par opposition aux voies détournées et tortueuses. Je ne demande pas des sentiers sinueux, mais une route droite et unie.

Le Malbim explique qu'il s'agit là de la quatrième requête : en réponse à l'ennemi qui a poursuivi mon âme pour me faire fauter, « enseigne-moi à faire Ta volonté ». Et puisque Tu es mon Dieu, je Te demande que Ton esprit de bonté me guide sur une voie droite. Le Malbim décrit cette droiture (« Michor ») comme une entité à part entière, un lieu d'exception, une contrée singulière, et le bon esprit, qui est l'esprit de sainteté (Roua'h Hakodech), me guidera vers cette terre appelée « terre de droiture », là où réside la rectitude et où se trouve sa demeure. Le sens est que j'agisse toujours avec droiture et ne suive jamais un chemin qui suscite Ta colère.

Verset 11 : Pour l'amour de Ton Nom
לְמַעַן־שַׁמְךָ יְהַוָה תְּחַיֵּנִי בְּצִדְקָתְךָ תֵּוצִיא מִצָּרָה עַפְשִׁי׃ - Pour l'amour de Ton Nom, Hachem, fais-moi vivre ; par Ta justice, fais sortir mon âme de la détresse.

L'Ibn Ezra interprète « pour l'amour de Ton Nom » de deux manières : afin que Ton Nom soit connu, ou parce que je sers Ton Nom. C'est-à-dire que le but est soit de répandre le Nom d'Hachem et de sanctifier le Ciel, soit que la délivrance me soit accordée au titre de mon attachement à Ton service. Le Radak retient la première explication, à savoir pour que Ton Nom grandisse dans la bouche des créatures : lorsque Tu me sauveras et me feras revivre au sortir de la détresse, tous proclameront la grandeur d'Hachem, le Dieu qui a sauvé David de ses poursuivants, l'a arraché au malheur et l'a porté jusqu'à la royauté.

Le Malbim explique qu'ici David reprend et développe ses requêtes précédentes. En écho à « Fais-moi entendre dès le matin Ta bonté », il déclare « Pour l'amour de Ton Nom, Hachem, fais-moi vivre », c'est-à-dire garde-moi en vie pour que je fasse connaître Ton Nom dans le monde et qu'il soit sanctifié par mon intermédiaire. Et en regard de « Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher », qui signifie me faire sortir de la caverne et des ténèbres, il dit « Par Ta justice, fais sortir mon âme de la détresse » : je me trouve actuellement plongé dans l'épreuve, délivre-m'en en raison de Ta droiture, de Ta bienveillance et de Ton équité.

Le Tehilot Maharitse explique : tant que le peuple d'Israël demeure en exil, le Nom divin n'est pas complet et le Trône n'est pas complet, selon le verset « Car une main est levée sur le trône de l'Éternel (kess Yah) », où le Nom n'apparaît que sous la forme Youd-Hé et le mot trône est tronqué. Or, nos Sages enseignent que David préfigure le Machia'h. David implore donc : pour l'amour de Ton Nom, Maître du monde, suscite ma venue, c'est-à-dire apporte la délivrance finale, car c'est par elle que Ton Nom sera pleinement sanctifié, cessant d'être seulement Youd-Hé pour devenir le Nom complet. Tel est le sens de « pour l'amour de Ton Nom » : que s'instaure la réalité du monde réparé (le Tikoun). C'est pourquoi il demande « fais-moi vivre », afin que je me relève lors de la résurrection et que se réveillent ceux qui reposent dans la poussière ; alors, « par Ta justice, fais sortir mon âme de la détresse », cette âme étant celle de la collectivité d'Israël, le monde sera réparé sous la royauté du Tout-Puissant, et le Nom ainsi que le Trône seront parfaits.

Verset 12 : Et dans Ta bonté, Tu anéantiras mes ennemis
וּבְחַסְדְּךָ תַּצְמִית אַיְבָי וְהַאֲבַדְתָּ כָּל־צַרְרֵי נַפְשִׁי כִּי אֲנִי עַבְדֶּךָ׃ - Et dans Ta bonté, Tu anéantiras mes ennemis et Tu feras périr tous les persécuteurs de mon âme, car je suis Ton serviteur.

En regard de la parole « Enseigne-moi à faire Ta volonté », il déclare à présent : « et Tu feras périr tous les persécuteurs de mon âme », ce qui désigne les oppresseurs spirituels, les ennemis intérieurs qui cherchent à me détourner de Ton service. Et cela est légitime, « car je suis Ton serviteur » : dans la mesure où ma volonté est de Te servir, il convient que Tu éloignes de moi ceux qui menacent mon âme. Le Radak précise : il est juste que Tu subjugues ces persécuteurs et les écartes de ma route, puisque c'est moi qui Te sers et non point eux ; il est donc naturel que Tu Te tiennes à mes côtés.

Le livre Tehilot Maharitse rapporte ici une idée tirée des écrits du 'Hatam Sofer. Il est dit : « Hachem est un homme de guerre, Hachem est Son Nom ». Le 'Hatam Sofer enseigne que le Saint, béni soit-Il, n'accomplit jamais de miracles sans finalité précise, à moins qu'il n'en découle une utilité réelle et une sanctification du Nom divin (Koudcha Berikh Hou la avid nissa bikhdi). Tel est le sens de « Hachem est un homme de guerre » : Hachem, qu'Il soit béni, conduit le combat au-delà de l'ordre naturel, dans l'unique but qu'« Hachem soit Son Nom », c'est-à-dire que Son Nom soit grandi et sanctifié aux yeux de tous. Les miracles ne sont réalisés que pour faire éclater la sainteté divine, jamais de façon gratuite.

La raison en est qu'il est « difficile » pour le Saint, béni soit-Il, de déroger aux lois de la Création. Ce terme de difficulté ne doit pas s'entendre au sens propre, car rien n'est impossible au Créateur, mais il renvoie à la règle qu'Il a Lui-même établie : faire fonctionner le monde selon les lois de la nature. Il Lui répugne donc de poser un acte qui contredirait cet ordre. La raison profonde réside dans le fait qu'un tel miracle altère le libre arbitre, et lorsque l'équilibre du choix est brisé, toute l'harmonie du monde se trouve faussée : quel mérite subsisterait-il pour recevoir un salaire divin ? Si la présence divine et les miracles étaient visibles en permanence, que deviendraient la foi (Emouna) et la confiance (Bita'hon) ? Ce ne serait plus une confiance issue du cheminement intérieur, mais un simple constat imposé par la vue. La valeur de la rétribution liée à l'effort s'évanouirait, et l'homme se retrouverait à recevoir le « pain de la honte », ce don gratuit et immérité. Voilà pourquoi le Tout-Puissant ne fait de miracles que si l'acte lui-même engendre une sanctification divine, et alors « Hachem est Son Nom ». C'est là tout le sens du verset : « Et dans Ta bonté, Tu anéantiras mes ennemis et Tu feras périr tous les persécuteurs de mon âme », et dans quel dessein ? « Car je suis Ton serviteur » : afin que, fortifié par cette délivrance, je puisse m'enraciner davantage dans le service divin et sanctifier Ton Nom.

L'ouvrage Bina La'itim soulève une interrogation : le texte dit « dans Ta bonté, Tu anéantiras mes ennemis », alors qu'il aurait paru plus approprié d'évoquer Ta puissance (Guevoura), car abattre des ennemis exige de la rigueur ; pourquoi dès lors mentionner la bonté ('Hessed) ? Au sens obvie, chaque fois que la bonté est invoquée contre les ennemis, il ne s'agit nullement d'une mansuétude à leur égard, mais d'une grâce déployée envers moi : c'est par bonté pour moi que Tu les réduiras à néant. Néanmoins, le Bina La'itim précise que le terme « mes ennemis » renvoie à ceux qui me veulent du mal uniquement dans ce monde-ci ; pour eux, David demande qu'Hachem les neutralise avec indulgence, avec compassion, sans les faire disparaître totalement. En revanche, « les persécuteurs de mon âme » désignent ceux qui complotent contre ma dimension spirituelle, aussi bien en ce monde que dans le monde futur, ceux qui cherchent à me pousser à la faute. Ceux-là sont infiniment plus dangereux, car celui qui entraîne son prochain dans le péché lui cause un tort plus grave encore que s'il lui ôtait la vie. C'est à leur sujet que David implore : « et Tu feras périr », exigeant qu'ils soient totalement anéantis.

Une autre explication se présente pour comprendre pourquoi il est dit « dans Ta bienveillance ». La mort des impies est un bienfait pour eux et un bienfait pour le monde, car tant que le méchant est en vie, il accumule du combustible pour son propre Guéhinnom. Lorsqu'un homme prolonge ses jours dans la faute, malheur à lui et malheur à son âme, car il continue d'attiser le feu de son Guéhinnom durant de nombreuses années encore. Selon cette approche, le verset s'éclaire magnifiquement : « Dans Ta bienveillance, Tu anéantiras mes ennemis », Maître du monde, c'est une bienveillance si Tu les retranches, et ce n'est pas seulement un bienfait envers moi, mais également envers eux. Fais preuve de bonté envers lui et reprends-le, car tant qu'il reste ici-bas, il continue de causer du tort, et ce tort lui porte un préjudice immense en lui attirant les rigueurs du Guéhinnom ; c'est pourquoi, dans Ta bienveillance, reprends-le.

En conclusion : Dans cette partie du psaume, le roi David se tient au seuil de l'agonie et tend les mains pour revenir vers son Créateur ; c'est alors que s'éveille en lui la force de la confiance et qu'il s'écrie : « Hâte-Toi de me répondre ». Il formule quatre requêtes : que son souffle lui revienne, que la bonté divine l'illumine dès le matin, qu'Il le fasse sortir du lieu obscur, et qu'Il lui enseigne à accomplir Sa volonté tout en le guidant par Son esprit bienfaisant sur une terre droite. L'expression « vers Toi je me suis dissimulé » enseigne que toute sa plainte demeure cachée aux hommes et n'est révélée que devant Hachem ; selon une autre approche, c'est pour l'honneur du Ciel que David a effacé son propre honneur. Enfin, il demande la disparition des oppresseurs de son âme qui cherchent à l'éloigner du service divin, « car je suis Ton serviteur », soulignant que le but ultime de toute délivrance et de tout miracle est la sanctification de Son saint Nom dans le monde. C'est ainsi que, par la grâce du Ciel et les bontés d'Hachem, s'achève l'étude du psaume 143 des Téhilim.