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Psaume 142 - La prière de David dans la caverne

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פרק קמ"ב: תפילת דוד במערה

Ce psaume fait partie de ceux que l'on a coutume de réciter chaque fois que l'on souhaite prier pour écarter un malheur. C'est la prière d'un homme plongé dans la détresse la plus absolue, sans issue et sans secours, qui se tourne tout entier vers le Saint, béni soit-Il, et vers Lui seul.

מַשְׂכִּיל לְדָוִד בִּהְיוֹתוֹ בַמְּעָרָה תְפִלָּה׃ - Maskil de David, lorsqu'il était dans la caverne. Prière.

« Lorsqu'il était dans la caverne. Prière » : c'est au moment où le roi David se trouvait dans la caverne, à l'instant même où Chaoul y pénétra pour se couvrir les pieds, alors que David et ses hommes étaient cachés au fond de la grotte. C'est là, tapi dans cette caverne, qu'il composa cette prière.

La voix du cri et la voix de la supplication
קוֹלִי אֶל־יְהֹוָה אֶזְעָק קוֹלִי אֶל־יְהֹוָה אֶתְחַנָּן׃ - De ma voix je crie vers l'Éternel, de ma voix j'implore l'Éternel.

Le Malbim explique : lorsque David se trouvait dans la caverne, il craignait de pousser un cri, car Chaoul et ses hommes se trouvaient tout près et le danger était mortel. Mais vers Hachem - « de ma voix je crie vers l'Éternel » - vers Lui, je peux crier de toute ma voix sans rien redouter. Vers le Saint, béni soit-Il, on peut crier en tout lieu, car le véritable cri est celui du cœur. Crier vers un être humain serait dangereux : si l'on élève la voix, on se fait entendre, on est découvert et l'on est mis à mort. Mais envers Hachem, aucun obstacle n'existe : je peux crier même du fond de la caverne.

Telle est également la portée de cette répétition : en temps normal, il m'est impossible de prolonger ma prière, même sans élever la voix, car une présence prolongée risquerait de trahir qu'il y a quelqu'un dans la grotte. Or, « de ma voix j'implore l'Éternel » : la supplication (te'hina) est une demande longue et détaillée, et devant Hachem, je peux à la fois supplier longuement et crier à pleine voix, c'est-à-dire du plus profond de mon cœur. Face au Saint, béni soit-Il, cela demeure toujours possible, alors même que les circonstances extérieures semblent l'interdire.

Demander que la prière elle-même soit digne

Dans le sefer Téhilot Maharits, cette répétition est expliquée à la lumière des propos de l'Aflaah sur le verset : « Et j'ai imploré l'Éternel en ce temps-là, en disant ». Que vient nous enseigner ce mot « en disant » ? L'Aflaah explique qu'un homme doit d'abord demander au Créateur, béni soit-Il, de lui ouvrir la bouche afin qu'il puisse supplier convenablement et prier comme il se doit. C'est précisément ce que dit Moché Rabbénou : « en ce temps-là, en disant » - j'ai imploré Hachem afin d'être capable de formuler une prière digne et de prononcer des paroles convenables.

Et c'est là le sens du dédoublement dans notre verset : « De ma voix je crie vers l'Éternel » - avant même d'aborder la prière proprement dite, j'ai poussé un cri. Et quel était ce cri ? « De ma voix j'implore l'Éternel » - que j'aie le mérite d'ouvrir mes lèvres et d'implorer Hachem comme il convient, afin que ma supplication soit prononcée de manière appropriée. En effet, il arrive qu'un homme profère des paroles inadéquates ou trébuche dans son expression, attirant ainsi le malheur sur lui-même ; ou bien, sous le coup de l'émotion, il peut en venir à récriminer contre le Ciel, risquant là encore de se porter préjudice. C'est pourquoi il faut également prier pour que la prière elle-même soit convenable. C'est bien ce que nous disons chaque jour avant la Amida : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche proclamera Ta louange » - je demande à Hachem d'ouvrir mes lèvres pour qu'elles expriment les paroles justes et convenables devant le Créateur, béni soit-Il.

Cri de justice et supplication de grâce gratuite

L'ouvrage Tehilot Maharits explique également ce redoublement d'expression d'après l'enseignement de nos Sages selon lequel le terme 'hinoun (supplication) ne désigne partout qu'un don gratuit (matnat 'hinam). Bien que Moché Rabbénou possédât d'immenses mérites, il n'adressa pas sa requête en s'appuyant sur ses mérites, mais demanda que le Saint, béni soit-Il, lui accorde un don gratuit. Il en va de même pour les justes : bien qu'ils aient sur quoi s'appuyer - sur leurs bonnes actions - ils ne formulent pas leur demande ainsi, mais disent : « Maître du monde, accorde-moi un don gratuit ».

Il y a à cela deux raisons. La première : lorsqu'on s'en remet à ses bonnes actions, cela s'impute sur un compte, et ce compte est limité ; en revanche, le don gratuit provient d'un trésor infini, d'où le Saint, béni soit-Il, peut puiser et dispenser sans limite. Pourquoi donc puiser dans un compte limité quand on peut s'adresser à un compte illimité ? La seconde raison : lorsque je demande en vertu de mes mérites, c'est comme si je venais dire : « Maître du monde, cela me revient de droit ». Mais qui peut prétendre qu'une chose lui revient de droit ? Rabbi Israël Salanter disait bien qu'un homme peut engloutir son monde futur d'une simple cuillerée de compote. En d'autres termes, peut-on être certain d'avoir accumulé tant de mérites devant le Maître du monde ? C'est pourquoi le juste ne s'avance pas avec une telle assurance et ne vient jamais dire : « Cela m'est dû », mais plutôt : « Maître du monde, agis envers moi par pure grâce, par un don gratuit ».

C'est précisément ce qui est écrit ici : « De ma voix, vers l'Éternel je crie » - le cri (za'akah) correspond à une réclamation légitime, fondée sur la stricte justice. Or, selon la stricte justice, David était en droit de réclamer : Saül lui avait été livré entre les mains et il ne l'avait pas tué. David avait fait preuve ici d'une grande piété ('hassidout), car sa propre vie était menacée, et la Halakha stipule : « Si quelqu'un vient pour te tuer, devance-le et tue-le » ; pourtant, il ne porta pas la main sur l'oint de l'Éternel. Il avait donc une raison légitime d'espérer la protection divine en vertu de ses actes. Malgré tout, David déclare : je ne m'adresse pas au Saint, béni soit-Il, en invoquant mes mérites, mais plutôt « de ma voix, vers l'Éternel j'implore » - je délaisse le cri de revendication pour ne m'exprimer que par la supplication, demandant un don gratuit de Sa part, béni soit-Il.

Détailler sa détresse devant Lui
אֶשְׁפֹּךְ לְפָנָיו שִׂיחִי צָרָתִי לְפָנָיו אַגִּיד׃ - Je répands devant Lui ma plainte, devant Lui j'expose ma détresse.

Le Radak explique : bien que ma détresse et ma plainte Lui soient parfaitement connues, j'expose malgré tout ma détresse devant Lui. En d'autres termes, l'homme doit expliciter et détailler sa prière, même si le Saint, béni soit-Il, sait absolument tout. On ne doit pas prier en disant simplement : « Maître du monde, aide-moi, Tu sais déjà ce dont j'ai besoin », mais il convient de préciser sa demande dans la prière et d'énoncer exactement l'aide sollicitée auprès d'Hachem.

De surcroît, il faut savoir que la prière en elle-même est bénéfique, même si elle n'est pas exaucée. Pourquoi ? Parce que le mot Tefila est apparenté à petila (mèche, lien tressé), comme dans le verset « Naftoulé Elo-him niftalti » (de divines luttes me suis-je lié). Une mèche est formée de plusieurs fils entrelacés et unis ensemble. Par la prière, l'homme se lie au Créateur du monde. En effet, lorsque je m'adresse au Saint, béni soit-Il, pour Lui demander ma subsistance, avant même de l'avoir obtenue, je me suis déjà relié à la Source de l'abondance ; je vis avec la conscience que tout provient de Lui, béni soit-Il, que le Saint, béni soit-Il, est Celui qui dispense et nourrit. Telle est la mèche, telle est la Tefila, tel est ce lien. C'est également le principe du sacrifice (Korban), car la prière remplace les sacrifices, et le Korban rapproche l'homme d'Hachem, béni soit-Il. Il s'avère ainsi qu'avant même de recevoir le fruit de la prière, c'est-à-dire l'exaucement de mon souhait, l'acte même de prier possède une grandeur inestimable : celle de s'être attaché à la Source de toute bénédiction. C'est pourquoi il est dit : « Devant Lui j'expose ma détresse » - je détaille ma souffrance afin de me lier à Lui et d'éprouver que le Saint, béni soit-Il, est l'unique source du salut. Et parvenu à cet état, je deviens déjà digne et préparé à recevoir la délivrance, par le simple fait d'avoir prié.

C'est également la réponse à la célèbre question : pourquoi faudrait-il raconter ses épreuves au Saint, béni soit-Il ? Quand on vient prier et qu'on dit : « Maître du monde, il me manque ceci ou cela », Hachem ne le sait-Il donc pas ? On remarque parfois cette maxime très juste : au lieu de dire au Saint, béni soit-Il, que l'on a de grands ennuis, dis à tes épreuves que tu as un grand D.ieu. L'homme doit comprendre que la situation présente correspond exactement à ce que le Saint, béni soit-Il, veut pour lui. Dès lors, à quoi sert la prière ? Précisément à ce que nous avons expliqué : par la prière, l'homme s'élève. On pouvait manquer de foi, mais en se tournant vers Lui, on déclare désormais : « Maître du monde, je ne m'appuie que sur Toi, c'est Toi qui me sauveras, tout vient de Toi ». Le Saint, béni soit-Il, dit alors : dès lors, tu es devenu digne de la délivrance ; dans cet état, tu en es digne, car tu t'es élevé.

Avant Min'ha et après Min'ha

Un homme vint un jour consulter le 'Hazon Ich au sujet d'une intervention chirurgicale que son épouse devait subir. Les médecins affirmaient que sans opération, sa vie courrait un grave danger, mais qu'en cas d'intervention, elle risquait de ne plus pouvoir concevoir d'enfants. Le 'Hazon Ich lui demanda : « Que disent les médecins ? » L'homme répondit : « Que si elle ne subit pas cette opération, le danger est immense, elle risque de mourir ». Le Rav trancha : « En ce cas, il faut procéder à l'opération ». Puis il ajouta : « Mais restez donc prier Min'ha avec nous ici ».

Ils restèrent prier Min'ha, après quoi l'homme vint saluer le 'Hazon Ich avant de partir. Le 'Hazon Ich lui dit alors : « Non, ne faites pas l'opération ». L'homme, stupéfait, s'exclama : « Mais Rav, les médecins disent qu'il y a un très grand danger ! » Le Rav répondit : « Non, non, ne vous inquiétez pas, vous aurez encore de nombreux enfants, ne faites pas cette opération ». L'homme demanda : « Pardonnez-moi, vénéré Rav, mais qu'est-ce qui a changé depuis tout à l'heure ? » Le 'Hazon Ich lui répondit : « Je ne vous comprends pas : tout à l'heure, c'était avant Min'ha, et maintenant, c'est après Min'ha ».

Est-ce que nous-mêmes sommes différents après Min'ha ? Mais chez le 'Hazon Ich, l'homme d'après Min'ha n'était plus le même qu'avant, et ses réponses changeaient en conséquence. La prière élève l'homme et le transforme en un être nouveau. On a prié, on s'est rapproché : on est désormais digne du salut. De fait, le Rav Biederman raconta que ce même homme eut par la suite sept autres enfants. Lorsqu'on le rencontrait et que l'on s'émerveillait devant ses fils (tous, sans mauvais œil, d'une stature et d'une vigueur remarquables), il disait : « Vous voyez tous ces enfants ? C'est grâce au 'Hazon Ich. Les médecins récitaient déjà le Kaddich, mais le 'Hazon Ich a dit de ne pas opérer, promettant qu'elle enfanterait et qu'il y aurait encore beaucoup d'enfants ». Voilà la preuve que la prière élève, transformant l'homme en un être digne et prêt pour le salut : s'étant relié à la Source de l'abondance, c'est en tant qu'homme nouveau qu'il accède à la délivrance.

Ce pour quoi il est permis de multiplier les prières

Il faut savoir que pour toute prière portant sur un domaine spirituel, il n'y en a jamais trop. Quel que soit le nombre de prières qu'un homme adresse pour la spiritualité, ce n'est jamais de trop : que Hashem éclaire ses yeux dans la Torah, qu'il ait le mérite de comprendre, d'acquérir l'assiduité et la clarté d'esprit, d'avoir le temps de s'asseoir et d'étudier ; que ses enfants soient des tsaddikim et craignent Dieu ; pour sa propre techouva et pour celle de tout le peuple d'Israël. Toutes ces prières, autant qu'il puisse prier, ce ne sera jamais de trop.

En revanche, pour les prières d'ordre matériel, il faut veiller très attentivement à ne pas supplier avec excès pour une chose précise. Si quelqu'un voit un appartement à vendre qui lui plaît énormément, qu'il ne supplie pas avec insistance pour que le Saint, béni soit-Il, lui accorde précisément cet appartement-là. Peut-être que cet appartement ne lui apporterait que du tort, et peut-être que le Saint, béni soit-Il, lui en a réservé un autre ! Il en va de même pour le mariage : qu'on ne prie pas avec obstination pour telle jeune fille précise qu'on a rencontrée et qui semblait parfaitement convenir, pour que les familles s'accordent, etc. Qui te dit que c'est bon pour toi ? Peut-être que le Saint, béni soit-Il, a prévu pour toi autre chose, de bien meilleur. C'est pourquoi la prière doit toujours être formulée ainsi : Maître du monde, accorde-moi un parti convenable, accorde-moi de fonder un foyer fidèle en Israël, d'accomplir la mitsva de procréer, d'élever mes enfants dans la Torah. De cette façon, la demande devient spirituelle, et l'on peut alors prier sans limite, car le Saint, béni soit-Il, a ordonné dans la Torah « croissez et multipliez-vous », et l'homme sollicite l'accomplissement d'une mitsva. Mais sans chercher à imposer au Saint, béni soit-Il, par quelle voie faire parvenir la délivrance ; Hashem enverra le salut par le chemin qu'Il sait être le bon.

Épancher sa plainte dans l'obscurité de la caverne

Le Malbim explique : « J'épanche ma prière devant Lui » - là-bas, dans la caverne, je ne peux pas épancher ma plainte aux yeux du monde. « Épancher sa plainte » signifie prier d'une façon qui laisse paraître son brisement, sa faiblesse et sa détresse. Cela, je ne peux pas le faire dans la caverne, car celle-ci est obscure et rien ne s'y voit. Tout cela est vrai face à un être de chair et de sang, car devant un roi terrestre, il faut que celui-ci voie ta faiblesse, ta détresse et ta misère pour s'apitoyer sur toi. Mais devant le Saint, béni soit-Il - « j'épanche ma prière devant Lui » -, je n'ai aucune difficulté à épancher mon cœur, car pour Lui, les ténèbres sont comme la lumière. C'est pourquoi David ajoute : « Devant Lui j'expose ma détresse » : dans la caverne, il n'y a personne à qui je puisse confier mes malheurs, personne pour me sauver ; mais devant Lui, béni soit-Il, je puis exposer ma détresse. Même si je suis dans une caverne et que personne n'est avec moi, le Saint, béni soit-Il, est à mes côtés, et je peux m'adresser à Lui et Lui parler.

Dans le livre Otsrot HaAgada, l'auteur s'interroge sur cette répétition : David aurait pu abréger et dire « J'épanche devant Lui ma prière, j'expose ma détresse » ; pourquoi répéter « devant Lui » ? Il explique que bien souvent, lorsqu'un homme est frappé par un malheur, il le raconte à autrui tout en priant le Saint, béni soit-Il. Qu'espère-t-il par là ? Obtenir l'aide des hommes, tout en sollicitant aussi le secours divin. Or, nous l'avons déjà souligné, lorsqu'un homme ne s'adresse au Saint, béni soit-Il, qu'en second recours, c'est comme s'il disait : « Maître du monde, je vais d'abord essayer de me débrouiller seul », et cela est très grave. L'homme doit savoir que c'est vers le Saint, béni soit-Il, qu'il faut se tourner en tout premier lieu. Tu as un problème ? Dis d'abord : « Maître du monde, j'ai mal à la tête », puis va prendre un comprimé. Mais avant toute chose, adresse-toi au Maître du monde pour Lui confier ta peine. C'est à ce propos que le roi David affirme : pour ma part, je n'agis pas ainsi. « J'épanche devant Lui ma prière, devant Lui j'expose ma détresse » - ma prière, je l'adresse devant Lui, et mes souffrances, je ne cherche personne d'autre à qui les raconter. Je n'expose mes détresses que devant le Saint, béni soit-Il, car je n'attends aucun salut d'autrui : ma délivrance vient uniquement et exclusivement de Lui, béni soit-Il.

Quand mon esprit défaille en moi
בְּהִתְעַטֵּף עָלַי רוּחִי וְאַתָּה יָדַעְתָּ נְתִיבָתִי בְּאֹרַח־זוּ אֲהַלֵּךְ טָמְנוּ פַח לִי׃ - Quand mon esprit défaille en moi, Toi, Tu connais mon sentier ; sur la voie où je m'avance, ils m'ont tendu un piège.

« Quand mon esprit défaille (behit'atef) en moi », explique le Radak, ce terme s'entend au sens du verset « leur âme défaillait (tit'atef) en eux ». Lorsqu'un homme est plongé dans la détresse, il se recroqueville et s'enveloppe en quelque sorte sur lui-même, il se replie sur lui-même, une partie de son être s'enveloppant dans l'autre ; le souffle vital semble se replier à l'intérieur du corps. « Et Toi, Tu connais mon sentier » - Tu connais mes voies, Tu sais que je ne suis pas un mauvais chemin comme eux. Il n'y a pas de faute en moi, et Tu sais que je n'ai point péché contre eux ; ils me poursuivent gratuitement, guidés par de vains soupçons. « Sur la voie où je m'avance » - quel que soit le chemin que j'emprunte, ils m'espionnent ; « ils m'ont tendu un piège » - partout, ils me dressent des embûches et placent des obstacles sur ma route.

Le Malbim explique : « Quand mon esprit défaille en moi » - bien que mon souffle s'étiole en moi, c'est-à-dire que j'ai atteint le paroxysme de la faiblesse et que mes forces semblent refluer vers le cœur, sans personne pour me sortir d'ici. De plus, je ne dispose d'aucune issue pour m'échapper, car David était bloqué tout au fond de la caverne, et qui saurait, en un tel endroit, quel sentier emprunter pour s'enfuir sans être repéré par les ennemis ? « Et Toi, Tu connais mon sentier ». Regarde donc, Maître du monde, les ennemis m'ont cerné de toutes parts : « Sur la voie où je m'avance » - ce chemin par lequel je voulais fuir vers l'est, je ne peux l'emprunter, car « ils m'ont tendu un piège », ils ont semé des embûches sur cette route.

Nul ne me reconnaît, nul ne se soucie de moi
הַבֵּיט יָמִין וּרְאֵה וְאֵין־לִי מַכִּיר אָבַד מָנוֹס מִמֶּנִּי אֵין דּוֹרֵשׁ לְנַפְשִׁי׃ - Regarde à droite et vois : personne ne me reconnaît, tout refuge m'est refusé, nul ne s'inquiète de mon âme.

Le Radak explique que les mots « Habét » (regarde) et « Re'é » (vois) ne sont pas à l'impératif, mais à l'infinitif : regarder et voir. De même, s'il mentionne la droite sans mentionner la gauche, c'est une forme de concision propre au texte biblique, où la mention de l'un sous-entend l'autre : je regarde à droite et à gauche, et je constate que nul ne me reconnaît. « Tout refuge m'est refusé » (Aved manos miméni) : quand je réfléchis à l'endroit où je pourrais fuir sans que Chaoul ne me poursuive, toute issue m'échappe. Car le roi règne sur tout le pays, et où que je fuie, il y a toujours de « bonnes âmes » pour l'informer : « David ne se cache-t-il pas parmi nous sur la colline de Hakhila ? » Où pourrais-je donc fuir ? « Nul ne se soucie de mon âme » (Ein dorèch lenafchi) : parmi tous mes proches et mes protecteurs, personne ne réclame mon âme de la main de Chaoul, personne ne va trouver Chaoul pour toucher son cœur et lui demander de renoncer à cette poursuite.

Le saint Alshikh explique : dans le tribunal céleste, il y a ceux qui se placent à droite, les défenseurs qui plaident les mérites, et ceux qui se placent à gauche, les accusateurs. Et David demande ici : Maître du Monde, regarde à droite, observe les défenseurs, et Tu verras que personne ne me reconnaît - nul ne se trouve là pour me défendre et plaider en ma faveur. Et d'où David savait-il ce qui se passait en haut ? L'Alshikh répond : « Qui me dit qu'il en est ainsi ? » Vois : « Tout refuge m'est refusé ». Si je constate que toute fuite m'est impossible et que je n'ai nulle part où aller, c'est le signe que personne là-haut ne plaide en ma faveur et que nul ne réclame mon âme. Car s'il y avait des défenseurs en haut, j'aurais nécessairement un refuge ici-bas, je bénéficirais d'une protection et d'une délivrance. Dès lors que je n'ai aucun refuge ici-bas, cela prouve que personne ne plaide mon mérite en haut.

Tu es mon refuge, mon partage sur la terre des vivants
זָעַקְתִּי אֵלֶיךָ יְהֹוָה אָמַרְתִּי אַתָּה מַחְסִי חֶלְקִי בְּאֶרֶץ הַחַיִּים׃ - J'ai crié vers Toi, Éternel ! J'ai dit : Tu es mon refuge, mon partage sur la terre des vivants.

Puisque je vois que nul n'intercède en ma faveur, c'est pourquoi « j'ai crié vers Toi » : Maître du Monde, si Tu n'es pas avec moi, qui le sera ? Toi, Hachem, Tu es le D.ieu de miséricorde, et je vois que je n'ai aucun défenseur ; Toi seul peux donc me sauver. Et si l'on demandait : puisque personne ne se soucie de ton âme et qu'aucun défenseur ne plaide en ta faveur, pourquoi le Saint, béni soit-Il, agirait-Il à l'encontre de la stricte justice pour te sauver ? À cela, David répond : « Tu es mon refuge » - Toi, Hachem, Tu désires que mon partage soit sur la terre des vivants, Tu ne souhaites pas que je quitte ce monde.

C'est pourquoi je demande : « Sois attentif à ma supplication » et sauve-moi, car je ne souhaite pas encore entrer dans le Monde Futur. En effet, qui rappelle-t-on en Haut ? Celui qui a déjà parachevé son service divin. Mais moi, « je suis extrêmement affaibli » (ou appauvri), j'ai encore tant d'accomplissements à réaliser ici-bas, et si je montais maintenant, j'arriverais indigent, sans mérites suffisants. Laisse-moi donc ici, Maître du Monde, afin que je paraisse un jour devant Toi riche d'une abondance de mitsvot et de bonnes actions.

De plus, « ma supplication » (rinati) désigne ce que j'implore et demande avec ferveur : sauve-moi de mes persécuteurs. Et bien que mes poursuivants soient doués de libre arbitre - or, selon de nombreux commentateurs, un être doué de libre arbitre peut nuire même à celui contre qui cela n'a pas été décrété -, ils font preuve d'ingratitude envers moi, car c'est moi qui les ai sauvés et protégés. Lorsque Goliath s'est dressé contre eux, qui les a délivrés de lui ? David. J'ai mené leurs combats. C'est le sens de « car ils sont plus forts que moi » (ki amtsou miméni) : la force qu'ils déploient provient de moi, c'est grâce à moi qu'ils sont devenus vigoureux, puisque je les ai sauvés de Goliath. S'ils sont ainsi ingrats envers moi, c'est une raison pour ne pas exaucer leurs desseins, mais au contraire pour me protéger et me délivrer.

Le Malbim explique l'agencement des directions : « Regarde à droite et vois » - si je me dirige vers le sud, nul ne me reconnaît là-bas. « Tout refuge m'est refusé » - si je fuis vers l'ouest, les ennemis sont derrière moi. Au nord se trouvent la montagne et la caverne, et les trois autres côtés par lesquels je pourrais m'enfuir sont cernés d'ennemis. Je ne puis donc espérer aucune issue exempte d'ennemis. Et peut-être une aide ou un sauveur viendra-t-il de l'extérieur ? À cela répond le verset : « Nul ne se soucie de mon âme » - je n'ai aucun secours ni libérateur venu du dehors pour sauver David.

C'est pourquoi « j'ai crié vers Toi, Éternel ! J'ai dit : Tu es mon refuge, mon partage sur la terre des vivants ». « J'ai crié vers Toi » fait écho à « À pleine voix, je crie vers l'Éternel », et « j'ai dit » correspond à « à pleine voix, j'implore la grâce de l'Éternel », car les supplications (ta'hanounim) sollicitent un don gratuit et non un droit acquis par le mérite. David formule deux requêtes : la première, « Tu es mon refuge » - lorsqu'un homme a déjà fait l'expérience du secours divin, il revient fort de ce vécu : Maître du Monde, sauve-moi comme Tu m'as sauvé alors. De même que nous disons : libère-nous comme Tu nous as libérés d'Égypte - bien qu'à l'époque nous n'ayons pas eu de mérites et que Tu nous aies fait sortir, fais-moi sortir de même à présent. Toi, Hachem, Tu as toujours été mon refuge, sois mon refuge aujourd'hui encore. La seconde requête est « mon partage sur la terre des vivants » : puisque c'est Toi qui m'as accordé ma part dans la vie, il convient également que Tu préserves ma vie et que Tu me sauves.

Le Radak ajoute qu'Erets Israël est appelée « la terre des vivants », et que « mon partage sur la terre des vivants » signifie que je n'aie pas à fuir hors du pays, comme il fut contraint de se réfugier chez Akhich, roi de Gat, et de quitter la terre. Maître du Monde, accorde-moi ma part sur la terre des vivants, ici en Terre sainte, sans que je sois forcé de partir. En effet, lorsque le roi David quitta la terre, il déclara : « Car ils m'ont chassé aujourd'hui pour m'empêcher de m'attacher à l'héritage de l'Éternel, en me disant : Va servir d'autres dieux », et nos Sages enseignent que quiconque réside hors de la terre d'Israël est comme s'il n'avait point de D.ieu. David demande donc de ne pas être contraint de s'exiler à l'étranger, mais de conserver sa part sur la terre des vivants, en Terre sainte.

Dénuement intérieur et détresse extérieure
הַקְשִׁיבָה אֶל־רִנָּתִי כִּי־דַלּוֹתִי מְאֹד הַצִּילֵנִי מֵרֹדְפַי כִּי אָמְצוּ מִמֶּנִּי׃ - Sois attentif à ma supplication, car je suis extrêmement affaibli ; délivre-moi de mes persécuteurs, car ils sont plus forts que moi.

« Sois attentif à ma clameur » - à mon cri, comme il est écrit : « la clameur traversa le camp », où le terme désigne un cri d'angoisse. Et pourquoi ? « Car ils sont plus forts que moi » - je ne peux rien faire, ni face au roi, ni face à l'armée royale ; ils me poursuivent et ils sont bien plus puissants que moi.

Le Malbim explique qu'il y a ici deux dimensions, correspondant à ce qu'il disait plus haut : « Je répands devant Lui ma prière, ma détresse devant Lui j'expose ». Les mots « car je suis devenu très misérable » décrivent l'état intérieur : lorsqu'un homme est pourchassé et qu'il souffre, il ressent un vide profond en lui-même, il est plongé dans l'abattement - cela fait écho au fait d'épancher sa prière. Et face à la détresse extérieure causée par ses poursuivants, il dit : « Délivre-moi de mes persécuteurs, car ils sont plus forts que moi » - ce qui répond à « ma détresse devant Lui j'expose ».

Fais sortir mon âme de sa prison
הוֹצִיאָה מִמַּסְגֵּר נַפְשִׁי לְהוֹדוֹת אֶת־שְׁמֶךָ בִּי יַכְתִּרוּ צַדִּיקִים כִּי תִגְמֹל עָלָי׃ - Fais sortir mon âme de sa prison pour que je rende hommage à Ton Nom ; autour de moi se couronneront les justes, quand Tu m'auras comblé de Tes bienfaits.

« La prison » désigne le lieu où David s'est retrouvé enfermé dans la caverne, comme l'explique le Radak. Et je Te demande de m'en faire sortir afin de célébrer Ton Nom, car Toi seul m'as sauvé ; personne d'autre ne m'a délivré, et le salut vient exclusivement de Toi. « Autour de moi se couronneront les justes » - les justes se glorifieront de ma délivrance et s'en feront une couronne. Ils diront : regardez, le roi David n'a placé sa confiance qu'en Hachem seul et il a mérité d'être sauvé ! Je serai ainsi pour eux une couronne d'enseignement, afin qu'ils apprennent de mon exemple et agissent de même, en ne plaçant leur confiance qu'en le Saint, béni soit-Il.

Car qui aurait pu imaginer que David, avec une poignée d'hommes, traqué par le roi Saül qui disposait d'une armée innombrable et l'encerclait déjà de toutes parts, pût être sauvé en un seul instant ? C'est uniquement parce qu'il s'en est remis de tout son être à Hachem seul que le Tout-Puissant lui a envoyé un salut au-delà des lois naturelles : soudain, un messager est venu annoncer que les Philistins envahissaient le pays, contraignant Saül à tout abandonner. On voit ici que lorsqu'un homme met sa confiance exclusivement en Hachem, sans chercher d'autre appui, il mérite une délivrance surnaturelle. Et cela deviendra une couronne pour les justes : ils méditeront cette leçon et adopteront cette ligne de conduite, sachant que pour celui qui s'abandonne pleinement à Hachem, le Saint, béni soit-Il, apporte le salut même dans les situations les plus désespérées.

Toute élévation s'acquiert par l'effort

Il faut savoir que tout degré spirituel s'acquiert par le travail et l'effort ; rien ne s'obtient sans labeur. Si l'on cherche de la poussière, il suffit de sortir : la terre abonde partout. Mais si l'on cherche des diamants, il faut peiner durement pour les extraire, car les diamants ne traînent pas dans la rue. Et ce n'est pas sans raison que le roi David est devenu le quatrième pied du Char divin (la Merkava). Bien d'autres justes ont vécu avant lui : où sont passés Yossef, Moché, Aharon ? C'étaient d'immenses géants, et pourtant ils ne constituent pas le quatrième pied du Char céleste. David, lui, a été associé aux trois Patriarches : Avraham, Its'hak, Yaakov et David. Pourquoi ? Parce qu'il est parvenu à des niveaux et à des forces intérieures extraordinaires précisément à travers ses épreuves et au creuset des purifications qu'il a traversées.

Il en fut de même pour notre père Avraham, qui surmonta de terribles tourments et se purifia au fil de dix épreuves jusqu'à mériter que descende de lui toute la maison d'Israël. De même pour notre père Yaakov : que d'épreuves et de souffrances a-t-il dû endurer ! « C'est sur moi que tout retombe » : contraint à la fuite, trompé et dépouillé à maintes reprises, « le jour, la chaleur me dévorait, et la nuit, la gelée », pourchassé par Essav, la tragédie de Dina, la perte de Yossef, tant d'afflictions successives. Et ce n'est pas un hasard si Yaakov mérita de fonder la maison d'Israël et de devenir le père de nous tous. Avraham est le père d'une multitude de nations, mais le père d'Israël demeure Yaakov, dont la descendance fut exempte de toute souillure, et auquel ses enfants proclamèrent d'une seule voix : « Écoute Israël, Hachem est notre D.ieu, Hachem est Un ». Yaakov mérita d'avoir une perfection comparable à la beauté d'Adam avant la faute, incarnant l'harmonie absolue des Patriarches, l'attribut de Tiféret. Et pourquoi ? Parce qu'il s'est forgé à travers les combats, les tourments et les épreuves de l'existence.

Nos Sages enseignent que le Saint, béni soit-Il, ne frappe pas sur des récipients fragiles, mais éprouve uniquement les vases solides. On raconte qu'un jeune homme de kollel fut envoyé un jour acheter des noix de pécan au marché de Pardès Katz. Il demanda au marchand : « Comment sont ces noix ? » Celui-ci répondit avec assurance : « Elles sont formidables, pleines à ras bord ! » Il en prit deux, les cassa sous ses yeux, et toutes deux se révélèrent vides. Une vraie déconvenue. Lorsqu'un artisan veut prouver la solidité de sa marchandise, il choisit sa poterie la plus robuste, de peur de se couvrir de honte ; il ne prend aucun risque et frappe sur ce qui est assez fort pour ne pas se briser. De même, lorsqu'Hachem met à l'épreuve - « Hachem éprouve le juste » - Il n'éprouve que l'âme capable de tenir bon. En revanche, au sujet des êtres indignes, il est dit que « le Saint, béni soit-Il, a frappé sur eux et n'y a trouvé qu'un vase d'immondices » : Il s'adressa à Caïn pour engager le dialogue en lui demandant « Où est ton frère Abel ? », et Caïn osa répliquer : « Suis-je le gardien de mon frère ? ». Est-ce là une réponse acceptable devant le Maître du monde ? Hachem ne voyait-Il donc pas ce qu'il venait d'accomplir ? Il apparaît ainsi que lorsqu'Hachem sonde un être médiocre, Il constate qu'il s'agit d'un réceptacle dans lequel il est vain d'investir. Mais avec les hommes d'exception, le Saint, béni soit-Il, prodigue les épreuves afin de les raffiner et de décupler leur grandeur. C'est précisément ce qui a hissé David à son rang incomparable, et ce n'est pas pour rien qu'on le nomme « David Malka Mechi'ha » (le roi David, l'oint) : c'est le fruit du labeur, des efforts acharnés et des souffrances qu'il endura sa vie durant, et ce dès son plus jeune âge - « Je suis devenu un étranger pour mes frères », car on le soupçonnait à tort d'illégitimité. Dès sa naissance, il dut affronter les plus poignantes afflictions.

Le double gain de l'âme

Pour conclure : après avoir décrit les tourments du corps, David en vient à supplier Hachem d'apaiser les souffrances de son âme. L'âme se trouve à cet instant comme enfermée dans la prison de la caverne, or dans une telle détresse, l'homme ne peut servir le Créateur avec toute la plénitude requise. C'est pourquoi il implore : « Fais sortir mon âme de sa prison » - afin que je puisse rendre hommage à Ton Nom. Par cette délivrance, mon être spirituel remportera un double gain : d'une part, j'exprimerai moi-même ma reconnaissance ; et d'autre part, mon salut incitera les autres à en faire autant - « autour de moi se couronneront les justes », qui tresseront à Hachem la couronne de la louange et de la gratitude, en voyant de quelle bonté Tu m'auras comblé.

En conclusion : le psaume 142 est la prière de David dans la grotte, au cœur d'une situation où toutes les issues étaient bloquées : aucune voie de secours, personne pour le reconnaître et nul qui ne se soucie de son âme. C'est ainsi qu'il nous enseigne le fondement même de la prière : vers le Saint, béni soit-Il, on peut crier et supplier en tout lieu et en toute circonstance, même au plus profond d'une grotte obscure ; il faut d'abord demander que la prière elle-même soit digne d'être agréée ; il convient de solliciter un don gratuit sans s'en remettre à ses mérites ; et il faut détailler sa détresse devant Lui en particulier, car la prière est une mèche qui relie l'homme à la source de l'abondance et l'élève jusqu'à ce qu'il devienne digne de la délivrance. Et David, qui mit sa confiance en Hachem seul et mérita un salut surnaturel, devint une couronne pour les justes - pour nous enseigner que les plus hauts degrés s'acquièrent précisément à travers les épreuves et les purifications, et que le Saint, béni soit-Il, ne frappe que sur des récipients solides.