Le psaume 124 est un court cantique de reconnaissance pour la délivrance. C'est une déclaration que prononce Israël dans son exil : lorsque des ennemis se sont dressés contre nous pour nous anéantir, sans le Saint, béni soit-Il, à nos côtés - que serait-il resté de nous ? Le Malbim explique que ce psaume décrit comment la bonté d'Hachem nous a sauvés de deux sortes d'ennemis : les ennemis du corps et les ennemis de l'âme.
שִׁיר הַמַּעֲלוֹת לְדָוִד לוּלֵי יְהֹוָה שֶׁהָיָה לָנוּ יֹאמַר־נָא יִשְׂרָאֵל׃ - Cantique des degrés, de David. Si Hachem n'avait pas été pour nous, qu'Israël le dise donc !
לוּלֵי יְהֹוָה שֶׁהָיָה לָנוּ בְּקוּם עָלֵינוּ אָדָם׃ - Si Hachem n'avait pas été pour nous quand des hommes se sont dressés contre nous.
Il a déjà été souligné à maintes reprises que les ennemis de l'âme sont sept fois pires que les ennemis du corps. Le rav Finkel zts''l disait : ce que l'Allemagne ne nous a pas fait, l'Amérique nous l'a fait. L'Allemagne a tenté d'anéantir les corps, et six millions de membres du peuple d'Israël ont péri dans les fours crématoires ; mais l'Amérique a consumé bien plus de millions d'âmes juives, des Juifs installés là-bas et dépouillés de toute étincelle de judaïsme. Et comment ? Sans inquisition, sans fours crématoires - tout cela par des caresses, des étreintes, l'égalité des droits, la générosité, l'abondance et les perspectives illimitées : viens, sers-toi ! Et les gens ont pris, ont glissé, aboutissant à des situations tragiques et redoutables, avec un taux d'assimilation extrêmement élevé - plus de cinquante ou soixante pour cent, et dans certains endroits soixante-dix ou quatre-vingts pour cent, qu'Hachem nous en préserve.
Le coup porté par les ennemis de l'âme est infiniment plus dur que celui des ennemis du corps. Face aux ennemis du corps, nous luttons encore, nous combattons ; de plus, même si l'on détruit le corps, l'éternité lui est acquise. En revanche, si l'on détruit l'âme, on l'anéantit pour toujours, il ne reste plus rien de lui. Et face aux ennemis de l'âme, nous ne combattons pas du tout, car au contraire : le pays veut nous faire du bien, nous accorde l'égalité des droits, nous comble d'abondance.
En son temps, lorsqu'on apprit au 'Hatam Sofer que Napoléon avait instauré l'émancipation, accordant l'égalité des droits aux Juifs, il se mit à pleurer. Il dit : quand le non-Juif persécute le Juif, le Juif sait faire face ; mais quand le non-Juif traite bien le Juif, le Juif fond. Il renonce à ses volontés, à son judaïsme, au combat pour ses idéaux, accepte immédiatement ce que lui offre la société environnante et s'y assimile, qu'Hachem nous en préserve.
Sur les mots « Si Hachem n'avait pas été pour nous », le Malbim explique que deux éléments ont constitué notre forteresse. Le premier est le fait que nous appartenions à Hachem : nous nous sommes dévoués à Hachem, béni soit-Il, nous nous sommes appuyés sur Lui de tout notre cœur, nous n'avons oublié ni Son Nom ni Sa Torah. C'est là le sens de « Si Hachem n'avait pas été pour nous, qu'Israël le dise donc » : sans notre affirmation qu'Hachem est pour nous, nous n'aurions pas eu d'existence. Nous avons cru en Lui, nous avons espéré en Lui, nous L'avons attendu - telle est la première condition. La seconde est « Si Hachem n'avait pas été pour nous quand des hommes se sont dressés contre nous » : une fois que je L'ai pris pour D.ieu, que je crois en Lui, que je place ma confiance en Lui et que je Le prie, Il vient vers moi et me protège. La première action m'incombe : je Le choisis ; la seconde Lui revient : Il nous sauve lorsque des hommes se dressent contre nous. De même que nous avons placé notre confiance en Lui, de même Il nous a sauvés. Sans ces deux facteurs, nous aurions péri, tant corporellement que spirituellement, comme les versets suivants vont le détailler.
Dans l'ouvrage Kol Eliyahou, il est rapporté au nom du Gaon de Vilna une question qui surprend quiconque l'entend, tant on s'étonne de ne pas l'avoir remarquée auparavant : dans la prière de la 'Amida, nous disons « D.ieu d'Avraham, D.ieu d'Yits'hak et D.ieu de Yaakov ». Or, le nom Yaakov évoque le niveau le plus humble au sein du peuple d'Israël, dérivé du mot 'ékev (talon), tandis qu'Israël désigne le niveau le plus élevé, évoquant la royauté et la noblesse, comme il est dit : « Ton nom ne sera plus appelé Yaakov, mais Israël ». Dès lors, pourquoi ne disons-nous pas « et D.ieu d'Israël » ? Le Gaon répond : si l'on compte les lettres hébraïques de « אלהי אברהם אלהי יצחק ואלהי יעקב », on en trouve exactement vingt-six, ce qui correspond à la valeur numérique du Nom ineffable d'Hachem. En revanche, dire « ואלהי ישראל » aurait porté ce total à vingt-sept, le nom Israël comptant une lettre de plus que Yaakov, et cette allusion au Nom divin aurait disparu.
C'est d'après cela que l'on explique aussi le verset : « Pourquoi dis-tu, Jacob, et répètes-tu, Israël : ma voie est cachée à Hachem, et mon droit passe inaperçu de mon Dieu ? » Pourquoi dis-tu « Jacob », alors qu'il aurait fallu dire « Israël » ? À cela la réponse est : « Ma voie est cachée à Hachem » - si l'on disait « Israël », le Nom de Hachem serait dissimulé, car au lieu de vingt-six, on obtiendrait vingt-sept. C'est pourquoi nous employons précisément « Jacob ». Et tel est aussi le sens profond de « Si Hachem n'avait été pour nous... qu'Israël le proclame » : en toute rigueur, il aurait fallu dire « Israël », mais en raison de l'allusion au Nom divin, on mentionne « Jacob ».
אֲזַי חַיִּים בְּלָעוּנוּ בַּחֲרוֹת אַפָּם בָּנוּ׃ - Alors ils nous auraient engloutis vivants, lorsque s'enflamma leur colère contre nous.
Au sens simple, « ils nous auraient engloutis vivants » signifie qu'ils nous auraient dévorés alors que nous étions encore en vie, respirant et nous débattant. Mais le Radak l'explique autrement : « vivant » ('haï) s'oppose ici à « cuit », comme dans le verset « il ne prendra de toi aucune viande cuite, mais seulement crue » - une viande qui n'a pas été cuite. C'est une métaphore : l'homme n'a pas coutume de manger de la viande autrement que cuite, mais eux, par excès de concupiscence, dès qu'ils voient la viande dans la marmite alors qu'elle est encore crue, la saisissent et l'engloutissent. Il en va de même pour « engloutissons-les vivants comme le Shéol » - tel un homme qui mange de la viande crue parce qu'il n'a pas la patience d'attendre qu'on la cuise. Et si le Saint, béni soit-Il, ne nous préservait de leurs mains, c'est ainsi qu'ils auraient agi envers nous.
Le Malbim explique : « Alors ils nous auraient engloutis vivants, lorsque s'enflamma leur colère contre nous » - lorsqu'un homme s'est levé contre nous avec fureur pour nous anéantir, ils nous auraient engloutis vivants. Cela correspond à la destruction du corps.
אֲזַי הַמַּיִם שְׁטָפוּנוּ נַחְלָה עָבַר עַל־נַפְשֵׁנוּ׃ - Alors les eaux nous auraient submergés, le torrent aurait passé sur notre âme.
Le Malbim affirme : c'est en regard de la perte de l'âme qu'il est dit « alors les eaux nous auraient submergés ». C'est-à-dire que lorsqu'ils ne s'enflammaient pas de colère pour nous anéantir, mais qu'au contraire ils nous rapprochaient, nous flattaient et voulaient faire de nous un seul peuple avec eux - alors les eaux nous auraient submergés, et le torrent aurait passé sur notre âme ; non seulement sur le corps, mais en retranchant notre âme.
« Na'hla » (un torrent) - selon l'avis du Radak, ce terme dérive d'un torrent impétueux (na'hal), comme dans « Na'hla Mitsrayim », le torrent d'Égypte. Rachi, en revanche, interprète « na'hla » comme dérivant de la maladie ('holi) : une maladie et une souffrance auraient atteint notre âme.
אֲזַי עָבַר עַל־נַפְשֵׁנוּ הַמַּיִם הַזֵּידוֹנִים׃ - Alors auraient passé sur notre âme les eaux tumultueuses.
Le Radak s'interroge sur la tournure : « eaux » (mayim) est au pluriel, des eaux tumultueuses et torrentielles, alors pourquoi le verbe « avar » (a passé) est-il au singulier ? Il répond que « avar » tient lieu de « avrou » (ont passé), à la manière du verset « l'eau d'aspersion n'a pas été projetée sur lui, il est impur » - où l'on n'a pas employé une forme plurielle, mais le singulier. Autre possibilité : le singulier renvoie au torrent mentionné dans le verset précédent - « alors a passé sur notre âme » ce torrent même où se trouvent les eaux tumultueuses. Et ces eaux désignent des flots qui déferlent avec malice et méchanceté (zadon) ; c'est ainsi que les nations cherchent à tout balayer et à nous anéantir.
Et le Malbim ajoute : si les nations avaient réussi à nous submerger spirituellement, il aurait passé sur l'âme sainte « les eaux tumultueuses », expression qui désigne toujours l'hérésie et la rébellion délibérée contre le service de Hachem - selon la formule « afin que les disciples ne boivent pas des eaux mauvaises », ces eaux perverses qui rendent l'homme impie. Les éléments se répondent ainsi : face à « si Hachem n'avait été pour nous », c'est-à-dire que nous n'avons pas oublié Son Nom - ils auraient anéanti notre âme en nous faisant abjurer notre foi.
Il faut ici faire une distinction fondamentale. Quand les nations viennent pour nous faire renier notre foi - on ne se contente pas d'implorer Hachem en criant vers Lui ; on se bat. Mais quand l'ennemi vient nous anéantir physiquement - alors on crie vers Hachem et l'on peut s'en tenir là. C'est précisément la différence entre 'Hanouka et Pourim. À Pourim, Mordékhaï et Esther n'ont pas mobilisé le peuple pour la guerre. Et que l'on ne prétende pas qu'il n'y avait aucune chance de l'emporter : les 'Hachmonaïm avaient-ils la moindre chance face à l'empire grec ? Douze jeunes gens, quel espoir avaient-ils ? L'explication est qu'avec la Grèce, il ne s'agissait pas d'une guerre physique ; ils ne venaient pas pour tuer, mais disaient : restez ici, contentez-vous de vous helléniser. Face à cela, nous avons le devoir absolu de nous lever et de combattre, car la préservation de la foi incombe à l'homme.
Le 'Hafets 'Haïm disait qu'il est fort possible que nous ayons fauté en ne nous levant pas pour combattre par l'épée et la lance contre les bolcheviks, contre ces idéologies hérétiques venues nous imposer l'apostasie. Dans la mesure où ils ne venaient pas nous exterminer physiquement, les prières ne suffisaient pas : il fallait se lever et se battre. Et que l'on ne demande pas quelles étaient les probabilités de succès ; qui se préoccupe des probabilités quand on cherche à vous arracher votre foi ? On ne regarde pas les chances de réussite, on se lève et on agit.
Et c'est ce qui est dit ici : si Hachem n'avait pas été avec nous, du fait que nous n'avons pas oublié Son Nom, ils auraient anéanti notre âme - mais nous sommes restés attachés à Hachem et nous avons lutté. En revanche, « Si Hachem n'avait pas été pour nous quand des hommes se sont dressés contre nous », cela renvoie au salut que le Saint béni soit-Il nous a accordé lorsque des hommes se sont levés pour nous anéantir physiquement. Dans ce cas, on s'adresse à Hachem : Maître du monde, c'est à Toi de protéger notre corps. Mais préserver notre âme et notre esprit, cela relève de notre responsabilité.
Bien souvent, les gens confondent ces deux exigences. On voit un père inscrire son fils dans une école tiède, dont on sait pertinemment que les élèves ressortent complètement refroidis, et non pas tièdes. On lui demande pourquoi, et il répond : « Il faut bien que l'enfant apprenne un métier, qu'il gagne sa vie, qu'il passe son baccalauréat. » On lui demande : « Et la spiritualité ? » Il rétorque : « Hachem aidera, tout ira bien, nous avons grandi de la même manière. » Premièrement, il ne mesure pas le gouffre immense qui sépare cette génération de la précédente. Deuxièmement, et c'est là le plus grave : la subsistance ne repose absolument pas sur toi, elle dépend du Saint béni soit-Il, et Hachem nourrit l'ensemble de la création, des œufs de poux jusqu'aux cornes des buffles. En revanche, la vie spirituelle de ton fils, voilà ce qui t'incombe. « Tu les répéteras à tes enfants et tu en parleras », et « L'enfant n'est plus là, et moi, où irai-je ? » - telle sera l'exigence formulée à l'égard de l'homme concernant ses enfants, sur ce qu'il était en mesure d'accomplir. On constate ainsi que les gens assument le fardeau matériel et se déchargent de la spiritualité sur le Saint béni soit-Il en disant : « Hachem aidera. » Mais pourquoi Hachem interviendrait-Il, si l'on ne fait pas l'effort nécessaire pour placer son enfant dans le cadre le plus favorable ?
Le Rav Mazouz rapporte que les mots « Alors ils nous auraient engloutis vivants » (אזי חיים בלעונו) possèdent la même valeur numérique (guématria) que le terme « politique » (פוליטיקה). Il renvoie au psaume 55, verset 24, où il est dit : « Les hommes de sang et de fraude n'atteindront pas la moitié de leurs jours » - l'expression « n'atteindront pas la moitié de leurs jours » (לא יחצו ימיהם) équivaut elle aussi, en guématria, au mot « politique ». Ces deux enseignements se rejoignent parfaitement : des hommes de ruse, et également des hommes de sang - le mot « damim » désignant aussi l'argent.
בָּרוּךְ יְהֹוָה שֶׁלֹּא נְתָנָנוּ טֶרֶף לְשִׁנֵּיהֶם׃ - Béni soit Hachem, qui ne nous a pas livrés en proie à leurs dents !
Le Radak explique : Béni soit Hachem qui ne leur a pas permis de nous dévorer. Le Malbim précise que c'est en regard de la délivrance face à la destruction physique qu'il est proclamé : « Béni soit Hachem, qui ne nous a pas livrés en proie à leurs dents ». Et par quel mérite avons-nous été sauvés ? Parce qu'Hachem était avec nous, du fait de notre attachement indéfectible à Sa foi et à Sa Torah.
נַפְשֵׁנוּ כְּצִפּוֹר נִמְלְטָה מִפַּח יוֹקְשִׁים הַפַּח נִשְׁבָּר וַאֲנַחְנוּ נִמְלָטְנוּ׃ - Notre âme, comme un oiseau, s'est échappée du piège des oiseleurs ; le piège s'est brisé, et nous avons pris la fuite.
Les ennemis cherchaient à capturer notre âme, c'est-à-dire à nous corrompre sur le plan spirituel pour nous conduire à l'hérésie. Ils voulaient nous prendre au piège, à l'image d'un oiseau devant lequel on déploie un filet garni de toutes sortes de mets. La ruse de l'oiseleur consiste à attirer l'oiseau précisément par ce qui l'attire : il voit de la nourriture sans comprendre que c'est le moyen employé pour le capturer. Quant à nous, notre âme s'est échappée, elle n'est pas tombée dans le piège, nous avons surmonté l'épreuve. Que s'est-il alors produit ? « Le piège s'est brisé » - ces ennemis ont été brisés et anéantis, « et nous avons pris la fuite ».
« Pa'h yokshim » désigne un piège tendu comme une embûche (mokesh), un obstacle que l'on place délibérément pour faire trébucher quelqu'un ; tout ce qui est destiné à faire chuter est qualifié de mokesh, et pas seulement ce que l'on appelle ainsi de nos jours (une mine). Le Radak ajoute que l'oiseau ne peut s'échapper à moins que le piège ne se brise ; il en va de même pour nous au milieu des nations : elles s'épuiseront et disparaîtront, le piège se brisera et nous serons alors sauvés.
Soit dit en passant, on raconte qu'un homme ayant eu un accident où sa voiture a fini à la casse, répondit à ceux qui lui demandaient ce qui s'était passé : « Le piège [jeu de mots en hébreu avec pa'h, la tôle] s'est brisé et nous nous sommes échappés ! ». Tandis qu'un autre, qui s'était fait voler son véhicule, s'exclama : « La tôle s'est enfuie, et c'est nous qui sommes brisés ! » - n'ayant plus qu'à rentrer à pied.
L'ouvrage Yossef Tehilot rapporte au nom du saint Ari, conformément aux enseignements de la réincarnation (Mishnat HaGuilgoulim), que quiconque néglige l'ablution des mains (Nétilat yadayim) se réincarne dans l'eau. C'est là le sens du verset : « Alors auraient passé sur notre âme les eaux impétueuses ; béni soit l'Éternel qui ne nous a point livrés en proie à leurs dents ». Étant donné que nous veillons scrupuleusement à Nétilat yadayim, nous sommes sauvés de ces eaux déchaînées. Et où cette mitsva est-elle ici suggérée ? Dans l'expression « Shélo Nétananou Téref Léchénéhem », dont les initiales forment le mot « NaTaL » (נט"ל - l'action de l'ablution). Celui qui ne fait pas cette ablution verra les eaux impétueuses passer sur lui et devra s'y réincarner ; mais celui qui se lave les mains selon la loi en sera épargné.
Il relève une autre allusion : les initiales de « Baroukh Hachem Shélo Nétananou » (ברוך ה' שלא נתננו) forment le mot « Baychan » (ביישן - pudique, qui éprouve de la honte). Cela indique que celui qui commet une faute et en ressent une vive honte voit tous ses péchés pardonnés, pourvu qu'il éprouve une honte sincère de son acte ; la Sitra A'hra (le côté du mal) s'écarte alors de lui. C'est également ce qui est suggéré par la suite : « Shélo Nétananou Téref » (שלא נתננו טרף), dont les lettres composent le mot « SaTaN » (שט"ן). Parce que l'on a honte de sa faute, le Satan s'éloigne, la Sitra A'hra s'écarte et l'on en est délivré.
עֶזְרֵנוּ בְּשֵׁם יְהֹוָה עֹשֵׂה שָׁמַיִם וָאָרֶץ׃ - Notre secours est dans le Nom de l'Éternel, qui a fait les cieux et la terre.
Il faut prêter attention à ce détail : beaucoup commettent l'erreur de lire « 'Ozrénou bechem Hachem » (« Il nous aide... »), mais ce n'est pas exact ; le texte dit « 'Ezrénou » (« Notre secours »). On confond parfois avec d'autres passages où figure le mot « 'Ozrénou », mais ici la formulation est : « Notre secours est dans le Nom de l'Éternel, qui a fait les cieux et la terre » - Il détient la souveraineté sur les mondes supérieurs comme sur les mondes inférieurs, et Il a le pouvoir de nous secourir et de nous extraire du piège, qui symbolise l'exil.
Le Malbim explique : notre secours réside dans le Nom de l'Éternel - le fait même que nous placions notre confiance en Hachem et que nous nous attachions à Lui constitue notre secours. Et parce qu'Il est Celui qui a « fait les cieux et la terre », nous croyons fermement qu'Il gouverne l'ordre naturel aussi bien que ce qui transcende la nature : la terre incarne la nature, tandis que les cieux représentent ce qui est au-dessus d'elle. Puisque nous nous reposons sur Lui et Lui accordons toute notre confiance, le Saint, béni soit-Il, nous prête main-forte et accomplit pour nous des miracles qui dépassent le cours naturel des choses.
Le psaume 124 est le chant d'Israël en exil, rendant grâce pour le salut face à deux sortes d'ennemis : les ennemis du corps, qui cherchaient à nous dévorer vivants, et les ennemis de l'âme, qui voulaient nous submerger des eaux impétueuses de l'hérésie et de l'assimilation - bien plus redoutables encore. Deux remparts nous ont soutenus : notre fidélité envers Hachem, en restant attachés à Son Nom et à Sa Torah et en luttant pour notre âme, et le soutien qu'Hachem nous a accordé en nous sauvant lorsque des hommes se sont levés contre nous. La garde du corps est confiée au Saint, béni soit-Il, mais la garde de l'âme - la nôtre et celle de nos enfants - repose sur nos épaules, sans que nous devions nous arrêter aux calculs de probabilités. Ayant tenu bon dans l'épreuve sans tomber dans le piège, le filet s'est rompu et nous nous sommes échappés. C'est pourquoi nous concluons : « Notre secours est dans le Nom de l'Éternel, qui a fait les cieux et la terre » - quiconque met sa confiance en Lui bénéficie d'une aide qui transcende les lois de la nature.