Le psaume 113 ouvre la série des psaumes du « Hallel ». Le Radak explique que David s'apprête ici à évoquer la sortie d'Égypte ; c'est pourquoi il commence par décrire la puissance du Créateur à travers les miracles qu'Il accomplit dans Son monde : lorsqu'Hachem le veut, Il élève les humbles - c'est-à-dire Israël opprimé en Égypte - et abaisse les orgueilleux - c'est-à-dire les Égyptiens. C'est à ce sujet qu'il est proclamé : « Alléluia ».
הַלְלוּ־יָהּ הַלְלוּ עַבְדֵי יְהֹוָה הַלְלוּ אֶת־שֵׁם יְהֹוָה׃ - Alléluia ! Louez, serviteurs de l'Éternel, louez le Nom de l'Éternel !
L'injonction de la louange est mentionnée ici à trois reprises : « Alléluia », « Louez, serviteurs d'Hachem », « Louez le Nom d'Hachem ». Cette répétition vient enseigner l'abondance de la louange : combien nous devons louer et remercier Hachem sans cesse pour notre délivrance.
« Louez, serviteurs d'Hachem » - le Radak explique que l'expression « serviteurs d'Hachem » constitue un appel, une apostrophe. C'est une tournure que le Radak souligne en de nombreux passages, à l'instar de « Ô assemblée, une seule loi pour vous » : le terme « assemblée » est une interpellation, comme si l'on proclamait : Ô assemblée ! Une même loi est pour vous. Il en va de même ici, comme si le texte s'écriait : Serviteurs d'Hachem ! Louez Hachem. Il s'adresse à eux et leur ordonne de Le louer, béni soit-Il.
Et qui sont ces « serviteurs d'Hachem » ? Ce sont les sages, ceux qui craignent Hachem, et c'est à eux que sied véritablement la louange. Ce sont précisément eux qui sont dignes de rendre grâce à Hachem, béni soit-Il, car ils Le conçoivent et Le louent à la mesure de la sagesse et de la connaissance qu'ils ont de Sa grandeur. Un homme qui ne connaît pas le roi, qui ignore sa majesté et sa sagesse, et qui se mettrait à en faire l'éloge risquerait de prononcer des propos qui, en réalité, diminuent sa gloire. C'est comparable à quelqu'un qui qualifierait un multimilliardaire de simple « millionnaire » : à ton échelle, selon tes critères, être millionnaire est déjà prodigieux, mais lui possède des fortunes incommensurables, de quelles sommes oses-tu parler ? Il en va de même ici : qui est apte à louer ? Les serviteurs d'Hachem, qui possèdent un début de perception de la grandeur du Créateur et peuvent ainsi Le louer dignement et comme il convient.
Le Metsoudat David ajoute une autre raison à cette insistance sur « Louez, serviteurs d'Hachem » : car au méchant, Dieu dit : « Qu'as-tu à énumérer Mes lois et à porter Mon alliance sur tes lèvres ? ». Au fauteur, le Saint béni soit-Il déclare : tu commets des transgressions, commence donc par corriger tes actes. C'est pourquoi le texte prend soin de préciser qui est digne de louer : les serviteurs d'Hachem.
Le Malbim cite l'avis d'Ibn Ezra fondé sur la Guémara dans le traité Pessahim, selon lequel ces psaumes ont été institués par le roi Hizkiyahou et son entourage. Ce psaume ne proviendrait donc pas de David, mais de Hizkiyahou, et les faits concordent parfaitement avec le texte : on y trouve une prière pour le malade - or Hizkiyahou tomba gravement malade, et il lui fut signifié : « Donne des ordres à ta maison, car tu vas mourir et tu ne vivras point », pour ne pas avoir pris femme ; on y trouve une action de grâce pour la guérison ; et l'on y trouve enfin la reconnaissance pour la défaite des ennemis, lorsque Sennachérib assiégea Jérusalem avant de subir une chute retentissante.
D'autres commentateurs affirment au contraire que ce psaume remonte à une époque plus ancienne, aux jours de David et de Salomon. En réalité, il n'y a là nulle contradiction, car ce qui est advenu aux descendants s'était déjà produit pour les pères : ce que nous voyons chez Hizkiyahou s'est également manifesté chez les Patriarches ainsi qu'à l'époque de David et Salomon. Il s'avère donc que l'on peut interpréter ce psaume aussi bien en rapport avec David et Salomon qu'avec Hizkiyahou. Le Malbim penche pour une explication fondée sur l'histoire de Hizkiyahou, car les termes des versets s'accordent remarquablement avec les événements de son règne.
Le Malbim divise le sujet ici en cinq parties. La première partie s'étend jusqu'à « Quand Israël sortit d'Égypte », et traite du fait qu'Hakadosh Baroukh Hou exerce Sa providence ici-bas, dans le monde inférieur. Cela s'oppose à la conception des idolâtres, qui prétendaient qu'Hakadosh Baroukh Hou avait confié la direction du monde aux constellations : selon eux, c'est l'ordre astral qui gouverne et régit ce qui se passe sur terre, tandis qu'Hakadosh Baroukh Hou se tiendrait, pour ainsi dire, trop élevé pour intervenir. D'après leur vision, pour obtenir ce que l'on désire, il fallait rendre un culte aux astres - et c'est de là qu'est né le culte des étoiles et des constellations : sers les astres, et ils déverseront sur toi leur influence.
Nous croyons nous aussi que l'abondance descend à travers le système des astres, à cette différence près que notre foi affirme qu'Hakadosh Baroukh Hou est la Cause première de toute influence, et que les astres ne sont qu'un canal - un vecteur par lequel Hakadosh Baroukh Hou dispense Son flux. Tout émane de Lui, béni soit-Il, et l'on ne se tourne ni vers une force, ni vers un ange, ni vers un canal intermédiaire, mais on demande tout directement à Hachem. L'appareil céleste n'est qu'un simple transmetteur sans aucun pouvoir propre ; « un être élevé au-dessus d'un être élevé », d'où descend toute l'abondance, s'enchaînant de degré en degré jusqu'à parvenir jusqu'ici-bas.
C'est précisément ce que nous disons dans la prière : Il dispose les étoiles dans leurs veilles au firmament selon Sa volonté. N'importe quel astrologue débutant vous dira qu'il faut dresser un thème astral : telle planète à l'horizon de telle autre, d'où découleront telles ou telles influences. Mais qui a ordonné que cet astre se trouve à cet horizon précis ? C'est Hakadosh Baroukh Hou qui dispose les étoiles au firmament selon Sa volonté ; il en résulte donc que tout procède de la Cause première. « L'eau coule de ses seaux » - tout ce qui descend ici-bas et agit sur nous relève d'un écoulement, et c'est là le sens même du mot « mazal » : l'abondance qui découle d'En haut, de Lui béni soit-Il, à travers les systèmes célestes, pour parvenir jusqu'à nous ici-bas.
יְהִי שֵׁם יְהֹוָה מְבֹרָךְ מֵעַתָּה וְעַד־עוֹלָם׃ - Que le nom d'Hachem soit béni, dès maintenant et à jamais !
Le Malbim apporte une précision : la simple louange ne suffit pas, il faut aussi que « le nom d'Hachem soit béni ». Quelle est la différence entre la louange et la bénédiction ? La louange se rapporte à la grandeur et à la transcendance d'Hakadosh Baroukh Hou, et les nations le reconnaissent également. Elles n'ont aucune peine à louer Hachem, car Il est sublime, Il est « le Dieu des dieux » selon l'expression de Nabuchodonosor, élevé au-dessus de toute bénédiction et de toute louange. Cette grandeur infinie exige certes la louange - mais non la bénédiction.
La bénédiction, en revanche, a pour sens le déversement de l'abondance, du terme « béréikha » (bassin, source d'eau). Comme l'enseignent les kabbalistes et le saint Zohar, cela provient « du réservoir céleste » : il y a pour ainsi dire un réservoir supérieur qui répand et fait descendre la bénédiction ici-bas. La bénédiction est synonyme d'accroissement et de multiplication du flux. En effet, la première forme de multiplication qui existe - dans les unités, les dizaines et les centaines - est le dédoublement : Aleph vaut un, Beit vaut déjà deux ; Youd vaut une dizaine, Khaf vaut déjà vingt ; Qouf vaut une centaine, Rech vaut déjà deux cents. Les lettres de la multiplication sont donc Beit, Khaf, Rech - les lettres mêmes de la racine « barakh » (bénir). Quant à Aleph, il évoque le premier-né, et le premier-né reçoit une double part, ce qui représente le dédoublement et l'accroissement le plus significatif. Car par la suite, tout accroissement devient proportionnellement moindre : Guimel n'ajoute qu'un tiers à Beit, Dalet n'ajoute qu'un quart à Guimel, et ainsi de suite. Seul le premier double la mise.
La bénédiction indique donc cette influence constante qui émane du Créateur, béni soit-Il, par l'effet de la providence particulière. Or, les idolâtres nient la providence particulière : selon eux, tout dépend des astres ; brûle-leur de l'encens, vénère-les, et ils répandront leurs bienfaits. C'est pourquoi ils disent qu'à Hachem sied la louange, mais non la bénédiction, car d'après eux l'abondance ne provient pas de Lui mais des étoiles. C'est pour cette raison que le psaume enjoint aux serviteurs d'Hachem que « dès maintenant et à jamais, le nom d'Hachem soit béni » : proclamez la providence particulière et ne vous contentez pas de louer ; Il sera alors béni, au sens de ce déversement de bienfaits dont Il est l'unique source, et pas seulement comme Celui auquel sied la gloire.
Le Radak explique : qu'Il soit béni par la bouche des créatures, car quiconque est doué de raison a le devoir de Le bénir. « Dès maintenant » désigne le temps présent, et « à jamais » se rapporte au temps futur.
מִמִּזְרַח־שֶׁמֶשׁ עַד־מְבוֹאוֹ מְהֻלָּל שֵׁם יְהֹוָה׃ - Du levant du soleil jusqu'à son couchant, le nom d'Hachem est loué.
Le Radak explique : tous les êtres humains, de l'orient à l'occident, loueront Hachem. Et bien qu'il y ait actuellement parmi eux des idolâtres voués au culte des astres, malgré tout, chacun admet qu'Hakadosh Baroukh Hou est la Cause première, la Cause suprême, le Dieu des dieux, comme il est écrit : « Car du levant du soleil jusqu'à son couchant, Mon nom est grand parmi les nations ». « Son couchant » désigne le lieu où il se couche, comme dans le verset « quand le soleil sera couché, il sera pur » - c'est-à-dire d'un bout à l'autre du monde, de l'orient à l'occident.
Et pourquoi mentionner précisément l'orient et l'occident, et non le nord et le sud ? Parce que la majeure partie du monde habité se trouve au centre et non aux extrémités. C'est également ce que rapporte le Maharsha dans le traité Berakhot : nous y trouvons l'expression « les rois de l'orient et de l'occident » et non « les rois du sud et du nord », car la terre est habitée d'est en ouest, tandis que les confins du nord et du sud sont inhabités - le pôle Nord et le pôle Sud ne sont pas des lieux de peuplement. (Et l'on a déjà fait remarquer avec humour : l'un menace avec des missiles qui portent jusqu'au nord, et l'autre avec des missiles qui atteignent le sud - ils feraient bien de fournir chacun encore un petit effort.)
Le Malbim explique que cette louange s'est déjà répandue parmi les nations : comme nous l'avons dit, elles louent elles aussi Hachem, mais ne Le bénissent pas. Et pourquoi cela ?
רָם עַל־כׇּל־גּוֹיִם יְהֹוָה עַל הַשָּׁמַיִם כְּבוֹדוֹ׃ - L'Éternel est élevé au-dessus de toutes les nations, Sa gloire est au-dessus des cieux.
Voici la réponse : selon leur conception et leur entendement, Hachem est bien trop élevé pour ce bas monde - « Sa gloire est au-dessus des cieux », Il réside là-haut, infiniment haut, et ne Se soucie pas de ce qui se déroule ici-bas. C'est pourquoi, selon eux, le Saint, béni soit-Il, est digne de louange mais pas béni, car « béni » implique qu'Il veille et accorde une abondance de bénédictions, or ils s'imaginent que cette abondance émane du mécanisme céleste et non de Lui directement.
Nous l'avons déjà expliqué à plusieurs reprises, et c'est aussi ce que dit le Rabbi de Kobrin : « L'Éternel est élevé au-dessus de toutes les nations » - même les justes parmi les nations croient qu'Hachem est élevé, mais seulement « au-dessus des cieux est Sa gloire ». Et quelle est la différence entre « élevé » (ram) et « grand » (gadol) ? « Grand » s'étend de bas en haut, tandis qu'« élevé » ne se trouve qu'en haut. Une montgolfière est élevée, un avion est élevé, les nuages sont élevés - mais un immense édifice est grand, de bas en haut. Nous proclamons qu'Hachem est grand, c'est-à-dire que du niveau le plus humble jusqu'au plus sublime, Il veille sur toute chose. Eux, en revanche, disent : Hachem est élevé.
Qu'ont-ils fait ? Ils ont pour ainsi dire repoussé le Saint, béni soit-Il, tout en haut ; ils L'ont magnifié et exalté, mais uniquement pour pouvoir n'en faire qu'à leur tête. S'Il est si élevé, pensent-ils, il y a un voile, les nuages Lui masquent la vue, Il ne sait pas exactement ce qui se passe ici. C'est comme si l'on disait : le Premier ministre sait-il si l'on a ramassé vos ordures ce matin ? Il ne s'occupe pas de telles futilités ! C'est ainsi que les nations ont fait d'Hachem un Être « élevé », pour se dédouaner : que Sa gloire reste au ciel, et qu'Il ne vienne pas nous déranger ici-bas. À l'opposé, nous proclamons dans le verset suivant : « Qui est comme l'Éternel, notre D.ieu, qui siège si haut, et qui abaisse Son regard sur les cieux et sur la terre ? » - Hachem est grand, et Il voit aussi bien dans les cieux que sur la terre.
Le Radak explique ce verset ainsi : « L'Éternel est élevé au-dessus de toutes les nations » - toutes les nations L'exaltent, et pourtant Sa gloire admirable demeure au-dessus des cieux. C'est-à-dire que même si nous Le glorifions et L'élevons, que saisissons-nous réellement de Lui ? Nous n'avons aucune perception de Son essence. Qui en a une infime notion ? L'armée céleste, les anges - eux savent Le glorifier comme il convient. Il est des anges qui entonnent leur cantique et s'éteignent aussitôt, et il y a le fleuve de feu (Néhar Dinour) qui jaillit de la sueur des « créatures saintes » (Hayot Hakodech) au moment où elles chantent devant Lui, béni soit-Il, dans une crainte redoutable. Alors qu'ici-bas, l'homme chemine dans son univers sans même ressentir la présence d'un Créateur, et certainement sans aucune compréhension de Son être. C'est pourquoi « Sa gloire est au-dessus des cieux » - c'est là-haut que Sa gloire véritable est reconnue.
Le Radak apporte une autre explication : Hachem transcende toutes les louanges que Lui adressent les nations, et Il dépasse infiniment la gloire qui Lui est rendue dans les cieux. En d'autres termes, les nations Le louent mais ne Le conçoivent pas - et Hachem est encore bien au-delà de cela ; et même les anges, dont la compréhension surpasse incommensurablement la nôtre, ne Le saisissent pas véritablement non plus. Il s'ensuit qu'Hachem est élevé au-delà de ce que célèbrent les nations et au-delà de ce que célèbrent les anges.
מִי כַּיהֹוָה אֱלֹהֵינוּ הַמַּגְבִּיהִי לָשָׁבֶת׃ הַמַּשְׁפִּילִי לִרְאוֹת בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ׃ - Qui est comme l'Éternel, notre D.ieu, qui siège si haut, et qui abaisse Son regard sur les cieux et sur la terre ?
Le Radak commente : puisqu'il a mentionné les cieux, et que certains peuples adorent les astres célestes, l'Écriture affirme : « Qui est comme l'Éternel, notre D.ieu ? » - quelle divinité pourrait prétendre être comme Hachem ? Tu prétends que ton dieu réside dans les cieux ; or, le Saint, béni soit-Il, « siège si haut », bien au-dessus de toutes ces puissances que tu sers. Tout ce qui te paraît grandiose - l'armée des cieux, le culte des idoles solaires, les adorateurs du soleil -, Hachem est plus élevé que le soleil, plus élevé que les étoiles. Il apparaît ainsi que le Saint, béni soit-Il, est au-dessus de tout ce qui est élevé, supérieur à toutes les puissances d'en haut, et c'est Lui qui leur dispense Son flux. De surcroît, Il « abaisse Son regard », aussi bien sur les cieux que sur la terre, car les cieux comme la terre sont d'une infinie bassesse devant Lui, et Il observe chacun de Ses êtres ainsi que toutes leurs actions.
Une autre explication est donnée par le Radak : « Hamagbihi lachevet » (qui s'élève pour siéger) se rapporte aux cieux, et « Hamachpili lirot » (qui s'abaisse pour regarder) se rapporte à la terre. C'est-à-dire qu'Hachem s'élève pour siéger dans les cieux, et malgré cela Il s'abaisse pour regarder jusqu'à la terre - contrairement à la conception des nations selon laquelle Hachem est élevé et inaccessible et ne voit rien. Le verset nous enseigne donc : bien qu'Il siège dans les hauteurs célestes, Il s'abaisse pour regarder jusqu'ici-bas, sur terre.
Le Malbim explique le verset différemment : l'expression « dans les cieux et sur la terre », située à la fin, se rapporte aux deux membres de phrase - « Lui qui s'élève pour siéger dans les cieux et sur la terre, Lui qui s'abaisse pour regarder dans les cieux et sur la terre ». Nous retrouvons cette construction dans d'autres formulations similaires, comme : « Chélo sam 'helkénou kahèm végoralénou kékhol hamonam » (qui n'a point assigné notre part comme la leur, ni notre sort comme celui de toute leur multitude), où les termes « qui n'a point assigné » s'appliquent implicitement aux deux propositions.
Le sens en est le suivant : la grandeur du Saint, béni soit-Il, est à ce point inconcevable et infinie qu'il n'existe pour Lui aucune différence entre le ciel et la terre. De même qu'Il transcende infiniment la terre, Il transcende tout autant les cieux ; ne va pas croire que, par rapport aux cieux, Il serait « proche » - car tout comme Il est infiniment au-dessus de notre monde, Il l'est tout autant par rapport aux cieux. Et de même que pour observer la terre Il doit pour ainsi dire abaisser Son regard, de même pour regarder ce qui se passe dans les cieux, Il doit s'abaisser pour regarder, étant tellement supérieur aux sphères célestes. Il en ressort qu'à Ses yeux, il n'y a aucune différence entre le ciel et la terre, et qu'il ne faut point s'imaginer qu'Il soit plus proche des cieux que de la terre. Les nations prétendent que « Sa gloire est au-dessus des cieux » - sache que même vers les cieux, le Saint, béni soit-Il, doit pour ainsi dire s'abaisser pour regarder, exactement comme vers la terre.
Nous avons déjà expliqué, tout comme nous l'avons appris dans le Kouzari et en d'autres occasions, la vanité d'une telle conception. Tous ceux qui prétendent qu'Hachem est bien trop grand et élevé pour s'occuper de ce qui se déroule ici-bas s'imaginent L'exalter - comme s'ils disaient : « Le Saint, béni soit-Il, se soucierait-Il que tu aies mal au petit doigt ? » Mais la vérité est tout autre : c'est nous qui exaltons véritablement Hachem, tandis qu'eux Le rabaissent.
Nous avions donné une parabole à ce sujet : si l'on demande quelle est la distance d'ici jusqu'à l'infini, la réponse est l'infini. Et si j'avance de mille kilomètres, sera-ce « l'infini moins mille kilomètres » ? C'est absurde ; une telle notion n'existe pas. L'infini demeure invariablement l'infini. De la même manière, lorsque vous affirmez que le Saint, béni soit-Il, s'occupe des affaires cosmiques mais ne s'abaisse pas jusqu'à votre petit doigt, vous Le rendez limité ; car ce n'est que pour un être limité qu'il existe une différence entre ce qui est grand et ce qui est petit. Mais pour Celui qui est infini, toute la marche du cosmos et la douleur de votre petit doigt sont rigoureusement identiques, car par rapport à l'infini, toute réalité finie et bornée est invariablement infime. Dès lors, quelle différence y a-t-il entre un « infime » qui engloberait tout le cosmos et un « infime » qui ne serait que le petit doigt ? Aux yeux du Saint, béni soit-Il, qui est infini, tout est comme néant. Et puisqu'il est évident qu'Hachem exerce Sa providence - car Il n'a point créé Son monde pour l'abandonner sans surveillance -, Il veille donc également sur les détails les plus infimes. L'idée même selon laquelle Hachem ne s'occuperait que du grandiose et non du minuscule ne fait en réalité que Le rabaisser.
Dans tous ces versets apparaît une lettre Youd supplémentaire : « Hamagbihi », « Hamachpili », « Mékimi », « Léhochivi », « Mochivi ». Le Malbim explique que ce Youd additionnel fait office d'épithète désignant la permanence de l'action, comme dans « Chokhni sné » (qui réside dans le buisson) ou « 'Hotzbi marom kivro » (qui creuse sa tombe en hauteur) - c'est-à-dire de manière constante. Ainsi, « Hamagbihi » indique qu'Il s'élève perpétuellement, et « Hamachpili », qu'Il s'abaisse continuellement.
Le Maharil Diskin explique quant à lui l'expression « Hamagbihi lachevet hamachpili lirot » à la lumière de la maxime de Hillel : « Mon abaissement est mon élévation ». Ces mots s'interprètent du début vers la fin et de la fin vers le début. Du début vers la fin : « Hamagbihi lachevet » - par quel mérite as-tu été élevé ? « Hamachpili lirot » - parce que tu t'es abaissé, et quiconque s'abaisse, le Saint, béni soit-Il, l'élève. Et de la fin vers le début : « Hamachpili lirot » - pourquoi ai-je été abaissé et humilié ? À cause de « Hamagbihi lachevet », parce que tu t'es enorgueilli et que tu t'es glorifié, et quiconque s'élève, le Saint, béni soit-Il, l'abaisse. C'est là un enseignement fondamental pour l'homme : fais preuve d'humilité et Hachem t'élèvera ; mais si tu t'enorgueillis, bien au contraire, on t'abaissera.