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Chapitre 1 - La prophétie de destruction sur Édom - Deuxième partie

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Introduction

Toute la prophétie d'Ovadia est consacrée à Édom - à sa chute future et au grand règlement de comptes que le Saint, béni soit-Il, va opérer avec elle pour tout le mal qu'elle a causé à Israël. Dans cette partie, nous suivons le Malbim, qui nous apprend à distinguer deux strates dans la prophétie : ce qui est déjà arrivé à Édom dans l'Histoire (sa ruine par Nabuchodonosor, l'époque d'Hérode, etc.) et ce qui aura lieu à la fin des temps - une destruction totale et absolue. C'est sous cet angle que nous étudierons également l'acte d'accusation détaillé que le prophète dresse contre Édom pour ses actes lors de la destruction du premier et du second Temple, ainsi qu'au cours de toutes les générations suivantes.

« Si tu t'élèves comme l'aigle » - L'ascension dont le seul but est la chute
אִם תַּגְבִּיהַּ כַּנֶּשֶׁר וְאִם בֵּין כּוֹכָבִים שִׂים קִנֶּךָ מִשָּׁם אוֹרִידְךָ נְאֻם יְהֹוָה׃ - Si tu t'élevais comme l'aigle, et si tu plaçais ton nid parmi les étoiles, de là Je te précipiterai, parole de l'Éternel.

Le Radak explique selon le sens simple : « Si tu t'élèves comme l'aigle » - si tu élèves ta demeure tel l'aigle qui vole bien au-dessus de tous les oiseaux ; « et si tu plaçais ton nid parmi les étoiles » - si tu plaçais ton nid au plus haut des cieux afin de t'enorgueillir et de proclamer : me voici au sommet du monde. C'est à cela que le Saint, béni soit-Il, répond : de là Je te précipiterai.

On peut voir ici une allusion : l'aigle était le symbole de l'Allemagne, et quant à « parmi les étoiles place ton nid » - le drapeau de l'Union européenne est justement parsemé d'étoiles. Et c'est précisément du haut de cet orgueil que « de là Je te précipiterai, parole de l'Éternel ». Par la grâce d'Hachem, nous constatons déjà que toute cette Klipa commence à s'effriter : un pays après l'autre se retire, et l'euro, qui atteignait six shekels, est tombé à quatre et quelques. Tout ce bloc qui a été particulièrement hostile envers Israël, et dont la seule véritable unité résidait dans nos condamnations systématiques - coupables ou innocents, rapport Goldstone et tant d'autres - est déjà engagé dans un processus de délitement.

Cependant, le Malbim renouvelle ici une admirable explication. Le verset présente une difficulté : il aurait fallu dire « et si entre les étoiles tu avais placé ton nid » - au passé. Pourquoi donc est-il écrit « place » (שִׂים), qui est un impératif ? Le Malbim répond : il s'agit effectivement d'un ordre. Le Saint, béni soit-Il, dit à Édom : si tu t'élèves comme l'aigle et si tu parviens jusqu'aux étoiles - au contraire, établis là-haut ton nid ! Et pourquoi ? Parce que quiconque le Saint, béni soit-Il, désire abattre, Il l'élève d'abord, rendant ainsi la chute sept fois plus violente. À la manière de celui qui veut anéantir son ennemi : il le hisse sur une hauteur afin de le précipiter dans le gouffre et de lui briser la nuque. Et cette prophétie, souligne le Malbim, s'accomplira à la fin des temps : le royaume d'Édom grandira, portera la tête bien haut, et de là Hachem le précipitera dans la vallée de Yéhoshaphat, où Il le jugera et lui demandera des comptes pour tout le mal infligé au peuple d'Israël.

« Si des voleurs venaient chez toi » - La stupéfaction face à la déroute
אִם גַּנָּבִים בָּאוּ לְךָ אִם שׁוֹדְדֵי לַיְלָה אֵיךְ נִדְמֵיתָה הֲלוֹא יִגְנְבוּ דַּיָּם אִם בֹּצְרִים בָּאוּ לָךְ הֲלוֹא יַשְׁאִירוּ עֹלֵלוֹת׃ - Si des voleurs venaient chez toi, si des pillards de nuit survenaient, comment as-tu été anéanti ? Ne déroberaient-ils pas seulement ce qui leur suffit ? Si des vendangeurs venaient chez toi, ne laisseraient-ils pas des grappillons ?

Le Radak explique que le verset est formulé sous forme d'étonnement : ceux qui assisteront à la chute d'Édom resteront stupéfaits. Si des voleurs t'ont pillé la nuit pendant ton sommeil - comment ne t'en es-tu pas aperçu pour te lever contre eux et les mettre en fuite ? Et les voleurs « ne dérobent-ils pas ce qui leur suffit » - ils prennent ce dont ils ont besoin et laissent le reste. Et si des pillards de jour sont venus, semblables à des vendangeurs dans une vigne qui reviennent encore et encore pour prélever davantage - malgré tout, il est impossible qu'ils ne laissent pas de grappillons. Les Olélot (« grappillons ») sont ces petits raisins pour lesquels il ne vaut pas la peine de se fatiguer, ou ceux qui demeurent cachés sous le cep. Mais chez toi, il n'en fut rien : ils n'ont pas volé seulement « ce qui leur suffit », mais sans aucune limite, et ils n'ont laissé aucun grappillon, emportant absolument tout. C'est là le sens du verset suivant : « Comme Ésav a été fouillé, comme ses trésors cachés ont été mis au jour ! » - comment ils ont tout dérobé sans rien te laisser.

Concernant l'expression « comment as-tu été anéanti » (איך נדמיתה), deux explications s'offrent à nous : la première la rattache à la destruction et au retranchement, comme dans « Mon peuple est détruit faute de connaissance » (נִדְמוּ עַמִּי מִבְּלִי הַדָּעַת), c'est-à-dire : comment as-tu été retranché ? La seconde, adoptée par le Targoum, dérive de la racine araméenne désignant le sommeil (דמיך) : comment as-tu pu dormir au point que des voleurs soient venus chez toi la nuit sans que tu ne sentes rien ?

Le Malbim explique : après avoir ouvert sur la prophétie relative à la fin des temps, Ovadia fait savoir à Édom ce qui lui arrivera bien avant cela - des nations envahiront son pays, le pilleront et le saccageront. Et comme le Malbim l'a explicité dans Isaïe 21 et Jérémie 49, il s'agissait d'un stratagème : les alliés d'Édom, ceux-là mêmes qui devaient lui prêter main-forte au moment de la détresse, lui conseillèrent de partir en guerre contre ses voisins en lui promettant la victoire, des conquêtes et du butin. Édom écouta leur conseil et partit en campagne ; à cet instant précis, les ennemis pénétrèrent dans son pays et dévastèrent tout.

D'après cette explication, le prophète dépeint les ennemis comme des voleurs, car ils sont effectivement venus comme des voleurs dans la nuit : en cachette, sans que le maître des lieux ne le sache. Et il lui dit : si des voleurs sont venus chez toi, comment as-tu pu dormir ? Et s'il s'agissait de pillards nocturnes, la question est encore plus vive, car les pillards font du bruit et du vacarme : comment ne les as-tu pas entendus ? « N'auraient-ils pas volé ce qui leur suffisait ? » : ils ont eu tout le temps du monde pour dérober exactement ce dont ils avaient besoin, et comment ne t'es-tu pas levé pour interrompre leurs méfaits ?

Et il poursuit : « Si des vendangeurs étaient venus chez toi » : s'ils étaient venus dans un endroit où tu ne te trouves pas constamment, comme dans un champ, nous te demandons : n'auraient-ils pas laissé des grappillons ? En effet, celui qui vendange dans un champ craint toujours que le propriétaire n'arrive à l'improviste ; c'est pourquoi il ne s'attarde pas à ramasser les derniers résidus, mais prend l'essentiel et s'enfuit rapidement. Or ici, ils ont tout moissonné.

« Comment Éssav a été fouillé » - Ils ont eu le temps de fouiller de fond en comble
אֵיךְ נֶחְפְּשׂוּ עֵשָׂו נִבְעוּ מַצְפֻּנָיו׃ - Comment Éssav a-t-il été fouillé, ses trésors cachés mis au jour !

C'est comme s'il lui disait : Éssav, comment tes secrets et tes cachettes ont-ils été fouillés et mis au jour ? Ceux qui viennent pour voler n'ont pourtant pas le loisir de procéder à une fouille minutieuse ; ils n'ont pas le temps d'ouvrir armoire après armoire et d'en inspecter les profondeurs. Ils entrent, prennent, jettent tout dehors pour découvrir au plus vite ce qui s'y trouve. Or ici, on a le sentiment qu'ils ont eu tout le temps du monde pour fureter, inspecter et fouiller en profondeur. Les ennemis n'ont absolument aucune crainte : n'étais-tu pas censé te dresser contre eux ? Comment ne t'es-tu pas réveillé lorsqu'ils étaient chez toi ?

« Nékhpessou » vient de la racine de la recherche (« 'hipoush »). « Niv'ou » est une expression de révélation, comme le traduit le Targoum : « itgalayan » (ils ont été mis au jour). Il apparaît que c'est également l'origine du terme source d'eau, « ma'yan novéa' » (source jaillissante), qui émerge et se révèle depuis les profondeurs de la terre. Et en langue arabe, « niv'ou » a le sens d'être recherché, à l'instar de « Im tiva'youn be'ou » : si vous demandez une requête. De même, l'œuf est appelé en araméen « bé'a », et au soir de Pessa'h on consomme un œuf en allusion à « Be'a Ra'hmana lemifrakna » (Le Miséricordieux a voulu nous délivrer), car « bé'you » exprime le vouloir et la requête. Il s'avère donc que « niv'ou matspounav » signifie : les biens dissimulés chez lui ont été recherchés et dévoilés.

« Jusqu'à la frontière ils t'ont reconduit » - La trahison des alliés
עַד הַגְּבוּל שִׁלְּחוּךָ כֹּל אַנְשֵׁי בְרִיתֶךָ הִשִּׁיאוּךָ יָכְלוּ לְךָ אַנְשֵׁי שְׁלֹמֶךָ לַחְמְךָ יָשִׂימוּ מָזוֹר תַּחְתֶּיךָ אֵין תְּבוּנָה בּוֹ׃ - Jusqu'à la frontière t'ont reconduit tous tes alliés ; ils t'ont trompé, ils l'ont emporté sur toi, les hommes de ta paix ; ceux qui mangent ton pain placent un piège sous tes pas ; il n'y a point d'intelligence en lui.

À présent, le prophète explique comment la chose s'est produite : comment les ennemis ont-ils pu être aussi tranquilles, fouillant paisiblement sans craindre que le maître des lieux ne se dresse contre eux ? La réponse réside dans un stratagème qu'ils ont tramé contre toi. « Les hommes de ton alliance » sont ceux avec lesquels il avait conclu un pacte d'assistance mutuelle en temps de guerre : ils l'ont envoyé combattre au-delà de la frontière, à sortir des limites de son pays, comme s'ils marchaient à ses côtés pour lui prêter main-forte. Mais regarde : non seulement ils ne l'ont pas aidé, mais ils ne l'ont accompagné que « jusqu'à la frontière », et pas plus loin. Ils l'ont laissé combattre seul.

De plus : « Les hommes de ta paix » : selon les propos du Malbim, ce sont les personnes avec lesquelles il prend conseil, celles qui sont censées souhaiter son bien-être et sa paix. Et ce sont elles qui « t'ont séduit » : ce sont elles qui t'ont donné le funeste conseil de sortir guerroyer au dehors, afin que tu sois accaparé par les combats tandis qu'eux viendraient conquérir ton pays. Ceux dont tu attendais qu'ils veillent sur ta paix sont précisément ceux qui t'ont prodigué de si mauvais conseils.

« Ton pain » : c'est-à-dire les familiers de ton pain, ceux qui mangent à ta table. Ce sont eux qui « placent un remède sous tes pas », feignant de se mobiliser pour guérir la blessure et se substituer à toi : « Nous combattrons pour toi ». Cependant, « il n'y a point d'intelligence en lui » : dans ce prétendu remède, il n'y a nulle sagesse, il ne renferme aucun secours et aucune délivrance n'en sortira. Car « mézor » a le sens de remède ou de pansement, comme dans « elles n'ont pas été nettoyées ni bandées », car l'usage était d'épandre des poudres médicinales sur le pansement, et c'est pourquoi la guérison est appelée « mézor » : ce que l'on répand pour soigner le blessé.

« Et Je ferai disparaître les sages d'Édom » - La ruine totale
הֲלוֹא בַּיּוֹם הַהוּא נְאֻם יְהֹוָה וְהַאֲבַדְתִּי חֲכָמִים מֵאֱדוֹם וּתְבוּנָה מֵהַר עֵשָׂו׃ - N'est-ce pas en ce jour-là, oracle de l'Éternel, que je ferai disparaître les sages d'Édom, et l'intelligence de la montagne d'Éssav ?

Le Malbim explique : tout ce que nous avons décrit jusqu'ici relève de l'histoire - une prophétie portant sur ce qui s'est déjà produit, comme la ruine d'Édom sous Nabuchodonosor et à l'époque d'Hérode. Ce n'est pas encore la fin absolue. Tout cela n'est rien en comparaison de ce qui adviendra à la fin des temps, conformément aux premiers mots de la prophétie : « Nous avons entendu un message de la part de l'Éternel, et un émissaire a été envoyé parmi les nations ». Alors, la destruction sera totale.

En effet, lors de tous les désastres subis par Édom à l'époque intermédiaire, il y subsistait encore des sages ; et il y avait encore sur la montagne d'Éssav - le siège du pouvoir royal - des esprits avisés capables de déduire une chose d'une autre, ainsi que de vaillants guerriers. Mais au moment où « un émissaire a été envoyé parmi les nations », ce sera l'anéantissement absolu : « Et je ferai disparaître les sages d'Édom » - il n'y aura plus le moindre sage là-bas, « et l'intelligence de la montagne d'Éssav » - de la métropole d'Édom, selon la traduction du Targoum : « Romi Zeïrta », la petite Rome.

« Et tes guerriers seront terrifiés, Téman » - Le brisement de la vaillance
וְחַתּוּ גִבּוֹרֶיךָ תֵּימָן לְמַעַן יִכָּרֶת אִישׁ מֵהַר עֵשָׂו מִקָּטֶל׃ - Et tes guerriers seront terrifiés, Téman, afin que tout homme soit retranché de la montagne d'Éssav par le carnage.

Rachi explique : ils seront saisis d'effroi au point de fuir vers Téman - par panique extrême, ils fuiront vers le pays d'Ismaël. D'autres commentateurs précisent que Téman est le nom de l'un des fils d'Élifaz, fils d'Éssav, et qu'il s'agit des guerriers issus de sa descendance. D'autres encore traduisent « Téman » par les habitants du sud, car « témana » signifie vers le sud. Le Saint, béni soit-Il, instillera en eux une terreur immense afin qu'ils soient anéantis, comme le traduit le Targoum : « Afin que soit exterminé l'homme de la maison d'Éssav » - que disparaisse l'homme fort. Le terme « tsarba » évoque d'ailleurs la robustesse, ainsi que l'écrit le Rav S.R. Hirsch sur Vayikra (chapitre 13), montrant que « tsorev » renvoie à la force, tout comme « des œufs tserivan » - des œufs issus d'une fécondation, que le Aroukh définit comme des œufs durs et solides. De même, un « tsourba mérabanane » désigne l'érudit vigoureux, dont l'étude est fermement acquise et qui retient ce qu'il a appris. En termes simples : tes héros seront anéantis.

Le Malbim commente : « Et tes guerriers seront terrifiés, Téman » - la défaillance s'emparera du cœur des braves, et de ce fait, tout homme sera retranché de la montagne d'Éssav, car ils n'auront plus ni conseil ni bravoure pour soutenir la guerre. La réalité est qu'une guerre ne dépend pas seulement de la force brute. Le Malbim explique en plusieurs passages qu'un « guerrier » s'entend en deux sens : il y a l'homme doté d'une formidable vigueur physique, et il y a le stratège qui maîtrise les tactiques et les rouages du combat. Prenons une image dans le monde du basket-ball : il ne suffit pas de mesurer deux mètres vingt pour être basketteur. Certes, c'est un avantage certain, on est plus près du panier - mais si l'on louche, les tirs manquent leur cible d'un mètre ou deux ; on est grand mais lourd et empoté, à peine capable de bouger. Il y a la force physique, et il y a l'intelligence dans la force, la tactique et l'art de combattre. Ici, le prophète annonce un effondrement sur ces deux tableaux : « Et tes guerriers seront terrifiés » - les soldats seront brisés, et « Je ferai disparaître les sages d'Édom et l'intelligence de la montagne d'Éssav » - les tactiques, les conseils et les plans viendront tout autant à manquer. La débâcle sera générale.

« En raison de la violence envers ton frère Jacob » - Deux frères
מֵחֲמַס אָחִיךָ יַעֲקֹב תְּכַסְּךָ בוּשָׁה וְנִכְרַתָּ לְעוֹלָם׃ - En raison de la violence envers ton frère Jacob, la honte te couvrira, et tu seras retranché à jamais.

Le sens littéral du texte est le suivant : à cause de la violence dont tu as usé envers ton frère Jacob, la honte te recouvrira. Le Radak relève que lors de la ruine du Second Temple, les Édomites causèrent un tort immense à Israël ; le prophète - qui s'exprime pourtant à l'époque du Premier Temple - annonce qu'ils agiront ainsi, et que le Saint, béni soit-Il, leur réclamera des comptes à la fin des temps en leur lançant : comment n'avez-vous pas eu honte d'agresser de la sorte votre frère Jacob ? C'est pourquoi « tu seras retranché à jamais ». Ibn Ezra explique pour sa part que le verset décrit la destruction du Premier Temple, quand les enfants d'Édom maltraitèrent Israël lors de son exil par Nabuchodonosor. Le Malbim conclut que cette issue découle de leurs agissements envers Jacob : de ce fait, « la honte te couvrira » lors des destructions passées, et « tu seras retranché » - un retranchement définitif pour l'éternité.

Une autre explication célèbre s'énonce sous forme de parabole. On raconte l'histoire de deux frères : l'un était intègre et doux, tandis que le second était un voyou insolent qui tourmentait sans relâche son frère vertueux et lui menait la vie dure. Un jour, le mauvais fils revint chez son père, couvert de contusions et ensanglanté : « Père, mon frère m'a roué de coups ! » Le père s'étonna : « Lequel ? » Il répondit : « Mon frère, l'homme tranquille ! » À ces mots, le père leva la main sur lui et le frappa de plus belle. Le fils s'écria : « Qu'est-ce que cela signifie ? Ne suffit-il pas que j'aie pris des coups, voilà que toi aussi tu me frappes ? » Le père lui rétorqua : « Si les choses en sont arrivées au point où ton frère sans malice n'a eu d'autre issue que de te frapper, j'imagine à peine ce que tu as dû lui faire subir - et c'est pour cela que je te punis. »

L'enseignement moral en découle : « En raison de la violence de ton frère Jacob » - non pas, au sens classique de Rachi, la violence que tu as infligée à Jacob, mais la violence que ton frère Jacob a été acculé à exercer contre toi. Le fait même que Jacob, dont ce n'est absolument pas la nature, ait été obligé de renoncer à sa retenue et d'user de force - ce fait-là suffit à lui seul pour que « la honte te couvrira », car cela prouve le degré effroyable où tu es tombé et le calvaire que tu lui as infligé. C'est pourquoi « tu seras retranché à jamais » - ta disparition sera irréversible.

« Au jour où tu te tenais à l'écart » - De spectateur à complice
בְּיוֹם עָמׇדְךָ מִנֶּגֶד בְּיוֹם שְׁבוֹת זָרִים חֵילוֹ וְנׇכְרִים בָּאוּ שְׁעָרָו וְעַל יְרוּשָׁלַ͏ִם יַדּוּ גוֹרָל גַּם אַתָּה כְּאַחַד מֵהֶם׃ - Au jour où tu te tenais à l'écart, au jour où des étrangers emmenaient captive son armée, où des barbares pénétraient dans ses portes et jetaient le sort sur Jérusalem, toi aussi tu étais comme l'un d'eux.

Le Malbim explique : lors de la destruction du premier Temple, les Iduméens n'étaient pas les dévastateurs directs ; ils se tenaient à l'écart « au jour où des étrangers emmenaient captive son armée » - lorsque des étrangers, en l'occurrence Nabuchodonosor, ont fait captive l'armée d'Israël. Jacob n'est-il pourtant pas ton frère ? Et malgré cela, tu es resté sur le côté. Mais « où des barbares pénétraient dans ses portes » - cela renvoie déjà à la destruction du second Temple, accomplie par les Romains eux-mêmes. Là, Édom n'est plus seulement un spectateur au sourire narquois, mais un participant actif ; ce sont les Romains qui ont détruit, et alors « sur Jérusalem ils jetaient le sort » - pour décider qui détruirait le Temple. Et dès lors, « toi aussi tu étais comme l'un d'eux » - non plus un simple témoin, mais l'un des dévastateurs et des destructeurs. Si la première fois tu t'es seulement tenu à l'écart, cette fois tu es devenu semblable à eux, un destructeur de fait.

Il existe une autre explication. Rachi commente : « Toi aussi tu étais comme l'un d'eux » - certes, tu te tenais à l'écart et tu pourrais prétendre : « Mais qu'ai-je fait ? » Pourtant, tu souriais ! C'est un peu comme ces enfants qui disent au maître à l'école : « Quoi, n'a-t-on pas le droit de sourire ? » À cela, il est répondu : toi aussi tu es comme l'un d'eux - ce sourire te sera compté comme si tu avais été un complice actif. Selon cette approche, Édom est puni même pour la destruction causée par Nabuchodonosor : Je te jugerai et te condamnerai comme si tu comptais parmi les destructeurs.

« Ne regarde pas au jour de ton frère » - Les degrés de la bassesse
וְאַל תֵּרֶא בְיוֹם אָחִיךָ בְּיוֹם נׇכְרוֹ וְאַל תִּשְׂמַח לִבְנֵי יְהוּדָה בְּיוֹם אׇבְדָם וְאַל תַּגְדֵּל פִּיךָ בְּיוֹם צָרָה׃ - Ne regarde pas au jour de ton frère, au jour de son malheur, ne te réjouis pas au sujet des enfants de Juda au jour de leur ruine, et n'ouvre pas une grande bouche au jour de la détresse.

Le Malbim décrit ici une gradation étape par étape. D'abord : « Ne regarde pas au jour de ton frère » - lorsque tu as vu de quelle manière on tourmentait ton frère, il ne convenait pas que tu restes planté à regarder. Nous avons déjà souligné que rester impassible à contempler les souffrances d'autrui est en soi une attitude intolérable, et à plus forte raison lorsqu'il s'agit de son propre frère, devant lequel on se pose en simple spectateur. Le Malbim précise : « Tu as corrompu l'alliance fraternelle » - tu aurais dû te souvenir qu'il s'agissait de ton frère et, à tout le moins, détourner ton regard.

Bien plus encore : tu aurais dû t'abstenir de te réjouir, car la joie est une manifestation plus vile encore de ton indignité - voir souffrir tes frères, les enfants d'Israël, et t'en réjouir ouvertement ? Et au minimum, tu n'aurais pas dû « ouvrir une grande bouche au jour de la détresse ». Il y a celui qui jubile intérieurement, et il y a celui qui ouvre largement la bouche - proférant des sarcasmes et du mépris : quel bonheur de voir le peuple d'Israël souffrir ainsi ! Tout cela, explique le Malbim, dépeint leurs agissements lors de la destruction du premier Temple : ils exultaient et raillaient, se réjouissant du désastre lorsque l'ennemi a franchi les portes de Jérusalem. Le prophète leur reproche d'avoir alourdi la détresse d'Israël en restant spectateurs, en jubilant, et pire encore, en incitant l'ennemi - « eux qui disent : Rasez, rasez jusqu'aux fondations ! », c'est-à-dire détruisez tout de fond en comble pour qu'il n'en reste rien.

Et que signifie « au jour de son malheur » (benokhro) ? Les commentateurs avancent deux explications : la première, le jour où il est devenu pour toi comme un étranger (nokkri), c'est-à-dire où tu t'es conduit envers lui comme envers un inconnu et non comme un frère. La seconde, nokhro a le sens de « D.ieu l'a livré (nikkar) entre mes mains », c'est-à-dire le jour où il a été livré à l'ennemi. En ce jour-là, il ne te convenait en rien de rester à l'écart, de te réjouir, de ricaner et de tenir des propos malveillants contre le peuple d'Israël.

« N'entre pas dans la porte de mon peuple » - Du regard à l'acte
אַל תָּבוֹא בְשַׁעַר עַמִּי בְּיוֹם אֵידָם אַל תֵּרֶא גַם אַתָּה בְּרָעָתוֹ בְּיוֹם אֵידוֹ וְאַל תִּשְׁלַחְנָה בְחֵילוֹ בְּיוֹם אֵידוֹ׃ - N'entre pas dans la porte de mon peuple au jour de leur ruine, ne regarde pas, toi non plus, son malheur au jour de sa ruine, et ne porte pas la main sur ses biens au jour de sa ruine.

Ici, explique le Malbim, le prophète décrit leurs actes lors de la destruction du second Temple, qui furent bien plus graves. Si lors du premier Temple tu n'étais qu'un complice passif - par le regard, par la joie et par la parole -, au second Temple tu es devenu un acteur direct. Les barbares qui pénétrèrent dans ses portes sont les Romains, venus détruire le sanctuaire. Tu aurais dû te tenir en retrait et dire : « Je ne m'en mêle pas, je ne participe pas à cela ». Mais tu es venu, tu t'es associé à eux, et plus encore, tu as accablé Israël de critiques en rappelant ses fautes - tel est le sens de « ne regarde pas, toi non plus, son malheur au jour de sa ruine ». Enfin, tu aurais dû te garder de porter la main sur ses biens, sur les possessions du peuple d'Israël, pour les piller. Or, tu as fait exactement le contraire de ce qui s'imposait : tu es entré dans la porte de mon peuple au jour de sa ruine, tu as contemplé son malheur, tu t'en es réjoui, tu l'as accablé d'accusations, et pour finir tu as tendu la main vers ses richesses pour les dépouiller.

L'Ibn Ezra explique pourquoi les agissements d'Edom nous sont si douloureux : parce qu'Edom avait toujours été sous la domination de Yehouda, comme nous l'avons vu à l'époque de David - « il les mesura au cordeau » et les frappa. Et ceux qui, jusqu'alors, étaient soumis et nos serviteurs, ont soudainement relevé la tête et sont devenus les maîtres. Voilà pourquoi la blessure est si vive pour Yehouda, et pourquoi la prophétie à leur encontre est si sévère.

« Ne te tiens pas au carrefour » - Se poster à la croisée des chemins
וְאַל תַּעֲמֹד עַל הַפֶּרֶק לְהַכְרִית אֶת פְּלִיטָיו וְאַל תַּסְגֵּר שְׂרִידָיו בְּיוֹם צָרָה׃ - Et ne te tiens pas à la croisée des chemins pour exterminer ses fuyards, et ne livre pas ses rescapés au jour de la détresse.

Qu'est-ce que « le pérekh » ? Rachi explique qu'il s'agit de l'endroit par lequel les fuyards s'échappent pour trouver refuge, et il le traduit en vieux français (la'az) ; il semble qu'il s'agisse d'une issue de secours. « Ne te tiens pas là », car ceux qui s'y tenaient livraient aussitôt les fugitifs d'Israël aux mains des ennemis. Le Radak, quant à lui, explique que « pérekh » désigne l'endroit où les chemins se séparent, l'un par ici et l'autre par là - un carrefour. Et quand les enfants d'Israël fuyaient et arrivaient à une telle croisée des chemins, Edom se tenait là pour livrer les fugitifs aux ennemis.

Et cela rappelle cruellement les actes des Polonais, des Autrichiens, des Ukrainiens et de toutes ces nations. Partout où les Allemands arrivaient, ces peuples étaient eux-mêmes menacés et opprimés, et pourtant, cela ne les empêchait nullement de livrer les Juifs aux Allemands. Ils savaient que les Allemands traquaient les Juifs, et ils allaient les dénoncer. Ils n'avaient aucune solidarité de persécutés ; on appelait l'Allemand pour lui dire : il y a ici un Juif qui cherche à fuir, il y a ici un Juif qui se cache. Une horreur absolue. C'est exactement le sens de : « Ne te tiens pas à la croisée des chemins ».

Le Metsoudat David explique « pérekh » dans le sens de brisure, de fracture. Selon cette interprétation, « ne te tiens pas sur la brisure » signifie : ne t'acharne pas contre eux au moment de leur effondrement. Après avoir constaté que nous étions persécutés, que nous souffrions et que nous étions déjà abaissés et vulnérables, tu n'aurais pas dû t'acharner sur nous pour consommer notre ruine totale, exterminant et anéantissant le reste des survivants comme tu l'as fait. Et à plus forte raison : « et ne livre pas ses rescapés au jour de la détresse » - ne livre pas ceux qui ont survécu à l'heure de leur malheur.

Le Malbim propose une autre explication pour « pérekh » : quiconque a observé des illustrations ou des récits des guerres antiques sait qu'une armée avançait en un seul bloc, comme une phalange unie, et l'on ne laissait personne s'enfuir, car quiconque tentait de s'échapper était frappé depuis les rangs des soldats qui avançaient. Mais il arrive un moment où l'armée commence à se débander et où les combattants se dispersent de part et d'autre, cessant le combat. C'est là le sens de « ne te tiens pas à la dislocation » : au moment de la déroute et de la dispersion des rangs, tu n'aurais pas dû te poster là pour massacrer les fuyards. Et assurément, tu n'aurais pas dû livrer ses rescapés, ceux qui avaient survécu et s'étaient réfugiés sur ta terre, alors qu'il est écrit : « Tu ne livreras pas à son maître un esclave qui s'est réfugié chez toi loin de son maître ».

Et cela rappelle vivement l'attitude des nations d'Europe lorsque les survivants d'Israël arrivèrent après l'effroyable Shoah sur des bateaux de réfugiés : ils les ont refoulés et renvoyés, refusant de nous accorder l'asile. C'est le sens de : « et ne livre pas ses rescapés au jour de la détresse » - il ne convenait pas de livrer ceux qui étaient parvenus jusqu'à toi, qui avaient survécu et cherchaient refuge auprès de toi au temps de leur détresse.

Le verset fait également allusion, souligne le Malbim, à ce qu'ils nous ont infligé après la destruction du Temple : au début, ils contemplaient nos malheurs et nous accusaient ; puis, lorsque les Edomites prirent le dessus et que leur croyance, le christianisme, se répandit, ils nous pillèrent sans relâche - ce sont les innombrables pogroms perpétrés en Europe, Khmelnitski et ses bandes, les massacres de Tach et Tat (1648-1649) et tant d'autres tragédies, des fleuves de sang versés en Europe. « En raison de la violence faite à ton frère Jacob, la honte te couvrira ». Ensuite, ils commencèrent à exterminer ceux qui s'étaient réfugiés chez eux, par des décrets persécuteurs, des expulsions et des conversions forcées, contraignant les Juifs à errer d'exil en exil : l'expulsion d'Angleterre, l'expulsion d'Espagne, l'expulsion du Portugal et toutes celles qui suivirent ; et là encore, on les refoulait sans vouloir les accueillir. Quant à ceux qui restèrent parmi eux, les marranes (Anoussim), ils leur infligèrent de cruelles tortures, l'Inquisition, les autodafés et mille tourments. Et de tout cela, le Saint, béni soit-Il, leur demandera des comptes.

« Ne te tiens pas sur le pérekh » - Deux enseignements homilétiques

Rachi rapporte ici une interprétation homilétique : « Ne t'arrête pas au pérekh (chapitre/passage) » - on en déduit qu'il est interdit de s'interrompre lors de la récitation du Chéma entre deux paragraphes. (Il semble d'ailleurs qu'il s'agisse d'une glose et non du texte originel de Rachi, mais c'est bien une démarche de derach.) Lorsque l'on arrive à « oubich'arékha », il ne faut pas s'arrêter pour marquer une pause, mais enchaîner immédiatement avec « Vehaya im chamoa' ». Même entre les paragraphes, il convient de ne pas s'interrompre.

Il existe un autre enseignement selon le derach que chacun connaît : lorsqu'on célèbre un siyoum massékhet (la conclusion d'un traité), on ne s'arrête pas là pour entonner aussitôt « Ma ahavti toratékha », mais on prend immédiatement le chapitre suivant, la Michna suivante ou le livre suivant, et l'on en lit au moins la première Michna ou le premier passage. Et quelle en est la raison ? « Ne te tiens pas sur le pérekh » (ne t'arrête pas à la fin du chapitre). Car si l'on s'arrête sans recommencer aussitôt, on laisse prise au Satan pour venir accuser : « Maître du monde, as-Tu vu ? Ils ont fini d'étudier, ils ont terminé et ils s'arrêtent ! » Or, nous ne laissons aucune emprise au mauvais penchant ni au Satan : à peine avons-nous terminé que nous recommençons déjà. C'est exactement ce qui se passe à Sim'hat Torah : dès que nous achevons « aux yeux de tout Israël », nous ne disons pas « Chabbat prochain nous commencerons Beréchit », mais immédiatement, le suivant enchaîne, sans même intercaler de Kaddich : « Au commencement, D.ieu créa le ciel et la terre ». Ne t'arrête pas au pérekh : on ne crée aucune coupure ni interruption, tout doit s'inscrire dans une parfaite continuité.

En résumé :

Nous avons dégagé dans cette partie de la prophétie d'Ovadya deux dimensions. Sur le premier plan - le châtiment d'Édom : le Saint, béni soit-Il, l'élève jusqu'entre les étoiles précisément pour que sa chute soit encore plus vertigineuse ; et entre-temps, Il lui a déjà fait payer tribut dans l'Histoire par la trahison de ses alliés et de ses proches, qui l'ont entraînée dans la guerre et ont pillé sa terre tels des voleurs dans la nuit ayant tout le loisir de fouiller ses moindres recoins secrets. Et à la fin des temps, sages et discernement disparaîtront d'elle, ainsi que la vaillance - une déroute sur toute la ligne. Sur le second plan - l'acte d'accusation : lors du Premier Temple, elle s'est tenue à l'écart, a regardé, s'est réjouie et a proféré des paroles arrogantes ; lors du Second Temple, elle est entrée par la porte de Mon peuple, a accablé Israël et porté la main sur le butin ; et tout au long des générations, elle s'est postée au carrefour pour exterminer les fugitifs et livrer les rescapés - depuis les pogroms et les expulsions jusqu'à leur passivité complice, la livraison des Juifs pendant la Shoah et la fermeture des frontières aux navires de réfugiés. « À cause de la violence faite à ton frère Jacob, la honte te couvrira » - jusqu'où en es-tu arrivée, pour que Jacob l'homme intègre soit ainsi contraint de sortir de ses gonds ! Et son sort final sera : « et tu seras retranchée à jamais ». Enfin, de l'expression « ne te tiens pas au carrefour » (al ta'amod 'al haperek), nous tirons également un enseignement pour nous-mêmes : on ne s'arrête pas et on ne marque pas de pause entre un chapitre (perek) et le suivant, ni entre un traité et le suivant, mais tout doit se dérouler dans une continuité parfaite, afin de ne laisser aucune prise à l'accusateur.