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Chapitre 13 - Les dernières réformes de Néhémie - Deuxième partie

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Introduction : Le chapitre qui clôture le livre

Dans cette partie du chapitre 13, Néhémie en arrive au grand bilan de la fin du livre. Après son retour d'auprès du roi, il découvre que les engagements pris par le peuple lors de l'alliance ont été enfreints durant son absence. Il témoigne ici de trois brèches : la profanation du Chabbat, les mariages avec des femmes étrangères et l'abandon du service du Temple. Il combat chacune d'elles de toutes ses forces, finit par réparer ces brèches et implore le Saint, béni soit-Il, de se souvenir de ses actes pour le bien.

La brèche du Chabbat - Du plus grave au plus léger

בַּיָּמִים הָהֵמָּה רָאִיתִי בִיהוּדָה דֹּרְכִים גִּתּוֹת בַּשַּׁבָּת וּמְבִיאִים הָעֲרֵמוֹת וְעֹמְסִים עַל הַחֲמֹרִים וְאַף יַיִן עֲנָבִים וּתְאֵנִים וְכָל מַשָּׂא וּמְבִיאִים יְרוּשָׁלַ͏ִם בְּיוֹם הַשַּׁבָּת וָאָעִיד בְּיוֹם מִכְרָם צָיִד׃ - En ces jours-là, je vis en Juda des hommes fouler au pressoir le Chabbat, rentrer des gerbes et les charger sur des ânes, ainsi que du vin, des raisins, des figues et toutes sortes de fardeaux, et les amener à Jérusalem le jour du Chabbat ; et je leur donnai avertissement le jour où ils vendaient des vivres.

Néhémie témoigne d'une chose terrible constatée à son époque : le respect du Chabbat lui-même, auquel ils s'étaient pourtant engagés par alliance, a été bafoué durant la période où il s'était absenté de Jérusalem. Il énumère ces infractions par ordre décroissant, de la plus grave à la plus légère. D'abord : « fouler au pressoir » - presser les raisins avec les pieds dans la cuve ; or, presser des raisins est un travail ('mélakha') passible de lapidation ('sekila'). Ensuite : « rentrer des gerbes et les charger sur des ânes » - il transgresse le repos de son animal, pour lequel la Torah ordonne « afin que se reposent ton bœuf et ton âne » ; c'est une interdiction a priori moins grave, qui n'est pas passible de lapidation comme le pressurage des raisins. Et enfin : « et je leur donnai avertissement le jour où ils vendaient des vivres » - ils avaient fait du Chabbat un jour de marché. Le terme « tsayid » renvoie à la fois aux provisions ('tséda') et à la nourriture, au fait de s'approvisionner : ils ont transformé le jour du Chabbat en journée de vente de toutes sortes d'aliments et de provisions, ouvrant de véritables marchés le Chabbat, et je leur ai adressé des reproches à ce sujet.

וְהַצֹּרִים יָשְׁבוּ בָהּ מְבִיאִים דָּאג וְכָל מֶכֶר וּמוֹכְרִים בַּשַּׁבָּת לִבְנֵי יְהוּדָה וּבִירוּשָׁלָ͏ִם׃ - Des Tyriens aussi y demeuraient, apportant du poisson et toutes sortes de marchandises, et les vendant le Chabbat aux enfants de Juda et dans Jérusalem.

Ce marché ne regroupait plus seulement des Juifs. Des non-Juifs des environs, les Tyriens, ont également commencé à venir, chacun apportant sa marchandise. Pourquoi le verset mentionne-t-il spécifiquement le poisson ? On peut suggérer que certaines personnes se disaient : n'est-ce pas une mitsva de manger du poisson à Chabbat ? Le vendredi a été chargé, on n'a pas eu le temps, alors on va acheter du poisson le Chabbat - et on lui vante même cela comme un avantage : le poisson est très frais, il nageait encore dans l'eau deux heures plus tôt. C'est ainsi que l'on en vient à enfreindre l'interdiction du commerce ('méka'h oumémkhar').

En quoi consiste l'interdiction du commerce pendant le Chabbat

L'interdiction de commercer n'est pas d'ordre torahique mais rabbinique ('dé-rabbanan'), et on l'apprend du verset « sans rechercher tes propres intérêts ni tenir des propos profanes » (« mimtso 'heftsekha védaber davar ») : tes propres affaires sont interdites, mais les affaires du Ciel ('heftsei chamayim') sont permises. C'est pourquoi, à la synagogue, on procède à des enchères pendant le Chabbat : on vend des mitsvot, et cela relève des affaires du Ciel. En revanche, parler de la vente de son véhicule, du prix souhaité, même la simple parole est interdite. Pourtant, au regard strict de la loi, il n'y a pas là d'interdiction de la Torah. Une personne qui prend de l'argent, entre dans un magasin, demande deux 'hallot, paie et ressort, n'a transgressé aucune interdiction de la Torah : manipuler des pièces de monnaie relève du 'mouktseh' (qui est rabbinique), et le fait même d'acheter ou de vendre ne figure pas parmi les 39 travaux interdits ; il n'est écrit nulle part dans la Torah « tu ne vendras point » ou « tu n'achèteras point ».

Pourquoi donc les Sages ont-ils interdit d'acheter et de vendre pendant le Chabbat ? Premièrement, parce que cela profane l'esprit même du Chabbat : l'homme vaquerait à toutes ses affaires et ferait ses courses le Chabbat, ce qui relève des activités profanes ('ouvda dé-'hol') et du mépris du Chabbat. Deuxièmement, parce que cela entraîne de nombreuses transgressions directes de la Torah. Dans un lieu doté d'un érouv, on ne trébuche certes pas sur l'interdit de porter, mais en l'absence d'érouv : sortir l'argent de chez soi constitue l'interdit de transporter ('hotsaa') ; entrer dans le magasin constitue l'interdit de faire entrer ('hakhnassa') ; emporter le pain acheté est une nouvelle sortie ; rentrer chez soi est une nouvelle entrée. Combien d'interdictions de la Torah pour un seul objet ! En outre : si vous achetez du tissu, le vendeur le coupe pour vous et transgresse le travail de couper selon une mesure ('mékhatèkh') ; s'il vous dit que vous lui devez encore trente shekels et que vous lui dites « note-le », et qu'il le note, il transgresse l'écriture ('kotèv'). Et ainsi de suite, de multiples interdits guettent l'homme lors des transactions commerciales. C'est pourquoi les Sages ont interdit de manière absolue tout commerce pendant le Chabbat.

Il s'avère donc que l'ordre du verset suit une gravité décroissante : « fouler au pressoir » - puni de lapidation ; « charger sur des ânes » - l'interdiction de faire travailler son animal ('mé'hamèr') ; et enfin l'achat et la vente le Chabbat, qui est le plus léger d'entre eux, un interdit non explicite dans la Torah mais issu des paroles de la tradition prophétique ('Divrei Kabbala') - c'est-à-dire des Prophètes et des Hagiographes.

La querelle avec les notables de Juda : La responsabilité incombe aux dirigeants

וָאָרִיבָה אֵת חֹרֵי יְהוּדָה וָאֹמְרָה לָהֶם מַה הַדָּבָר הָרָע הַזֶּה אֲשֶׁר אַתֶּם עֹשִׂים וּמְחַלְּלִים אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת׃ - Et je pris à partie les notables de Juda et je leur dis : « Quelle est cette mauvaise action que vous commettez, en profanant le jour du Chabbat ? »
הֲלוֹא כֹה עָשׂוּ אֲבֹתֵיכֶם וַיָּבֵא אֱלֹהֵינוּ עָלֵינוּ אֵת כָּל הָרָעָה הַזֹּאת וְעַל הָעִיר הַזֹּאת וְאַתֶּם מוֹסִיפִים חָרוֹן עַל יִשְׂרָאֵל לְחַלֵּל אֶת הַשַּׁבָּת׃ - N'est-ce pas ainsi qu'ont agi vos pères, et notre Dieu n'a-t-Il pas fait venir sur nous et sur cette ville tout ce malheur ? Et vous, vous ajoutez encore au courroux contre Israël en profanant le Chabbat ! »

Les « notables de Juda » sont les dirigeants de la province. Néhémie s'oppose à eux et leur reproche avec fermeté : quelle est cette action néfaste que vous commettez ? Vos pères n'ont-ils pas agi ainsi autrefois ? Or, Jérusalem n'a été détruite que parce qu'on y a profané le Chabbat, et c'est pour cette raison que notre Dieu a fait venir sur nous et sur cette ville tout ce malheur. Et voilà que vous attirez un surcroît de colère céleste, qui s'ajoute à celle déjà infligée à nos ancêtres !

Mais pourquoi Néhémie s'adresse-t-il précisément aux notables ? Le peuple était-il exempt de tout reproche ? Nos Sages expliquent que lorsque les chefs ne protestent pas, le peuple finit par commettre l'interdit. Si vous, les dirigeants, les aviez réprimandés, le peuple n'en serait pas arrivé à transgresser. C'est pourquoi, face à la faute de la communauté, la responsabilité retombe sur les épaules des dirigeants, selon l'enseignement de nos Maîtres : « et je les placerai à votre tête » (Va'assimèm bé-rachékhèm), ne lis pas Va'assimèm, mais Vé-achmam (« leur culpabilité ») à votre tête ; la faute incombe d'abord aux chefs.

La fermeture des portes avant le Chabbat

וַיְהִי כַּאֲשֶׁר צָלְלוּ שַׁעֲרֵי יְרוּשָׁלַ͏ִם לִפְנֵי הַשַּׁבָּת וָאֹמְרָה וַיִּסָּגְרוּ הַדְּלָתוֹת וָאֹמְרָה אֲשֶׁר לֹא יִפְתָּחוּם עַד אַחַר הַשַּׁבָּת וּמִנְּעָרַי הֶעֱמַדְתִּי עַל הַשְּׁעָרִים לֹא יָבוֹא מַשָּׂא בְּיוֹם הַשַּׁבָּת׃ - Dès que les portes de Jérusalem furent plongées dans l'ombre avant le Chabbat, j'ordonnai que l'on fermât les battants, et j'ordonnai de ne point les ouvrir avant la fin du Chabbat ; et je postai plusieurs de mes jeunes serviteurs aux portes, afin qu'aucun fardeau n'entrât le jour du Chabbat.

Le terme « Tsalalou » dérive de tsèl (l'ombre), comme l'explique Rachi : les ombres du soir commençaient à s'étendre. À ce moment précis, Néhémie ordonne de fermer les portes, et la cité devient hermétiquement close, personne n'y entrant ni n'en sortant jusqu'à l'issue du Chabbat, de sorte que les marchands forains ne puissent plus pénétrer à l'intérieur pour y décharger leurs marchandises.

וַיָּלִינוּ הָרֹכְלִים וּמֹכְרֵי כָל מִמְכָּר מִחוּץ לִירוּשָׁלָ͏ִם פַּעַם וּשְׁתָּיִם׃ - Alors les marchands forains et les vendeurs de toutes sortes de marchandises passèrent la nuit hors de Jérusalem, une fois et deux fois.

À la suite de cette mesure, les marchands et les colporteurs passaient la nuit hors des remparts de Jérusalem, espérant que quelqu'un leur ouvrirait une poterne et leur permettrait d'entrer, ou que des habitants sortiraient discrètement à leur rencontre pour faire des emplettes et introduire clandestinement les marchandises dans la ville. On pourrait proposer par jeu d'esprit d'interpréter « Vayalinnou » comme venant de la racine de la plainte (télouna), signifiant qu'ils se mirent à récriminer. Ce n'est pourtant pas le sens littéral : d'abord parce que la suite du passage montre clairement qu'ils dormaient dehors, et ensuite d'après la vocalisation massorétique, car « Vayallinnou » avec un point-daguech exprime la plainte, alors que « Vayalinnou » sans daguech signifie passer la nuit.

וָאָעִידָה בָהֶם וָאֹמְרָה אֲלֵיהֶם מַדּוּעַ אַתֶּם לֵנִים נֶגֶד הַחוֹמָה אִם תִּשְׁנוּ יָד אֶשְׁלַח בָּכֶם מִן הָעֵת הַהִיא לֹא בָאוּ בַּשַּׁבָּת׃ - Je les mis en garde et leur dis : « Pourquoi passez-vous la nuit devant la muraille ? Si vous recommencez, je porterai la main sur vous ! » Depuis ce moment, ils ne vinrent plus le jour du Chabbat.

« Je les mis en garde » : je leur adressai un avertissement officiel et formel en leur disant : pourquoi passez-vous la nuit le long de la muraille, en guettant des acheteurs ? Les mots « si vous recommencez » (im tichnou) ne veulent pas dire « si vous y dormez encore », mais se rattachent à l'idée de répétition (comme dans chanou véchiléchou) : si vous répétez cette provocation une seconde fois, « je porterai la main sur vous », c'est-à-dire que j'userai de la force publique pour vous châtier. Et de fait, « depuis ce moment, ils ne vinrent plus le jour du Chabbat » : cette brèche aussi fut colmatée avec succès.

Les Lévites préposés à la garde des portes

וָאֹמְרָה לַלְוִיִּם אֲשֶׁר יִהְיוּ מִטַּהֲרִים וּבָאִים שֹׁמְרִים הַשְּׁעָרִים לְקַדֵּשׁ אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת גַּם זֹאת זָכְרָה לִּי אֱלֹהַי וְחוּסָה עָלַי כְּרֹב חַסְדֶּךָ׃ - Et j'ordonnai aux Léviim de se purifier et de venir garder les portes pour sanctifier le jour du Chabbat. De cela aussi, souviens-Toi en ma faveur, mon D.ieu, et épargne-moi selon l'abondance de Ta bienveillance !

Nechemya ajoute ici : j'ai ordonné que les Léviim gardent les portes pendant le Chabbat, « Sur tes murailles, Jérusalem, j'ai posté des gardes ». Et pourquoi précisément des Léviim ? Parce qu'ils étaient les experts dans l'art de la garde, leur fonction au Temple étant d'être chantres et portiers, or les portiers étaient les gardiens du Beth Hamikdach, préposés à la garde sacrée. « Qu'ils se purifient et viennent » - qu'ils s'immergent d'abord au mikvé. Pourquoi cela ? Parce qu'il s'agit d'une œuvre sainte, car vous allez veiller sur la sainteté du Chabbat ; et tout comme les hommes pieux s'immergent avant l'accomplissement d'une mitsva, comme avant l'allumage des lumières de 'Hanouka ou d'autres actes similaires, de même ici : vous allez accomplir une grande mitsva, trempez-vous donc, purifiez-vous et venez garder les portes pour que nul ne pénètre après la tombée de la nuit.

« Selon l'abondance de Ta bienveillance » - En quoi la récompense des mitsvot est-elle une grâce ?

« De cela aussi, souviens-Toi en ma faveur, mon D.ieu » - retiens aussi ce bienfait à mon actif. Et que signifie « selon l'abondance de Ta bienveillance » ? Le Malbim cite les propos du Metsoudat David, selon lesquels la rétribution d'une bonne action est considérée comme un acte de pure bonté. C'est ainsi que nous disons : « À Toi, Éternel, appartient la bonté, car Tu rétribues chacun selon ses actes ». Or, a priori, c'est étonnant : le Saint, béni soit-Il, me ferait-Il une faveur en me versant mon salaire à la fin du mois ? Pourtant, j'ai travaillé !

Mais le Malbim explique : un homme qui travaille pour le Saint, béni soit-Il, que Lui apporte-t-il réellement ? Rien du tout. Il ne fait qu'accomplir ce qu'Hachem lui a ordonné. Pourtant, D.ieu t'a tout donné : le corps, la vie, et même la nourriture que tu as mangée aujourd'hui - l'as-tu payée ? Toutes les mitsvot que tu accomplis ne suffiraient même pas à payer le simple entretien de ton corps pour que tu puisses vivre ici-bas, à plus forte raison pour mener une vie agréable. Si c'est ainsi, pourquoi D.ieu verse-t-Il malgré tout un salaire ? Parce qu'« à Toi, Éternel, appartient la bonté » : Il accomplit envers nous une bonté suprême, car bien que tu sois de toute façon tenu d'obéir - puisque ton corps Lui appartient et que tout Lui appartient, qu'Il soit béni - Il dit : Je vais en plus te récompenser. Et cette récompense est entièrement une grâce.

La troisième brèche : les femmes étrangères

גַּם בַּיָּמִים הָהֵם רָאִיתִי אֶת הַיְּהוּדִים הֹשִׁיבוּ נָשִׁים אַשְׁדֳּדִיּוֹת עַמֳּנִיּוֹת מוֹאֲבִיּוֹת׃ - En ces jours-là aussi, je vis des Judéens qui avaient épousé des femmes ashdodites, ammonites et moabites.

« En ces jours-là aussi » - sur ce troisième point également, pour lequel ils s'étaient engagés, ils ont failli et sont retournés à leurs travers. « Avaient épousé » (hochivou) signifie qu'ils les avaient prises pour femmes. À Ashdod résidaient les Philistins, ceux-là mêmes qui habitaient à Gaza et dans toutes ces contrées ; et Nechemya constate qu'ils ont épousé des femmes d'Ashdod, d'Amon et de Moav.

וּבְנֵיהֶם חֲצִי מְדַבֵּר אַשְׁדּוֹדִית וְאֵינָם מַכִּירִים לְדַבֵּר יְהוּדִית וְכִלְשׁוֹן עַם וָעָם׃ - Et leurs enfants parlaient à moitié l'ashdodite, incapables de parler la langue de Juda, mais selon la langue de chaque peuple.

Le sens n'est pas que la moitié des enfants parlait ashdodite, mais qu'ils parlaient à demi l'ashdodite : un langage hybride, comme une personne qui vous parlerait à moitié en russe et à moitié en hébreu, dans un jargon confus. Ils ne savaient parler ni un hébreu correct ni un ashdodite pur, car ils s'exprimaient dans un dialecte métissé, étant issus de foyers mixtes.

וָאָרִיב עִמָּם וָאֲקַלְלֵם וָאַכֶּה מֵהֶם אֲנָשִׁים וָאֶמְרְטֵם וָאַשְׁבִּיעֵם בֵּאלֹהִים אִם תִּתְּנוּ בְנֹתֵיכֶם לִבְנֵיהֶם וְאִם תִּשְׂאוּ מִבְּנֹתֵיהֶם לִבְנֵיכֶם וְלָכֶם׃ - J'entrai en contestation avec eux, je les maudis, j'en frappai quelques-uns, je leur arrachai les cheveux et je les adjurai par D.ieu : « Ne donnez pas vos filles à leurs fils, et ne prenez pas de leurs filles pour vos fils ni pour vous-mêmes ! »

J'entrai en litige avec eux ; et envers ceux pour qui la contestation verbale ne suffisait pas, « je les maudis », en prononçant contre eux des anathèmes et des excommunications ; et envers ceux pour qui cela ne suffisait toujours pas, « j'en frappai quelques-uns et je leur arrachai les cheveux » : Nechemya disposait d'officiers d'exécution, d'une force de police et d'ordre, et ils frappèrent ces hommes jusqu'à ce qu'ils renvoient les femmes étrangères. Et je les fis jurer par D.ieu : de ne pas donner vos filles aux fils de ces nations, et de ne pas prendre de leurs filles pour femmes, ni pour vos fils ni pour vous-mêmes.

Une preuve saisissante : le roi Chlomo

הֲלוֹא עַל אֵלֶּה חָטָא שְׁלֹמֹה מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל וּבַגּוֹיִם הָרַבִּים לֹא הָיָה מֶלֶךְ כָּמֹהוּ וְאָהוּב לֵאלֹהָיו הָיָה וַיִּתְּנֵהוּ אֱלֹהִים מֶלֶךְ עַל כָּל יִשְׂרָאֵל גַּם אוֹתוֹ הֶחֱטִיאוּ הַנָּשִׁים הַנָּכְרִיּוֹת׃ - N'est-ce pas en cela qu'a péché Chlomo, roi d'Israël ? Parmi la multitude des nations, il n'y eut point de roi semblable à lui, il était aimé de son Dieu, et Dieu l'avait fait roi sur tout Israël ; pourtant, lui aussi, les femmes étrangères l'ont entraîné dans la faute.

Venez et constatez : un roi tsaddik, un roi sans pareil, aimé de son Dieu. Son père l'avait appelé Chlomo, et Hakadosh Baroukh Hou l'avait appelé Yedidia, ainsi qu'il est écrit : « et Hachem l'aima » - l'ami de Hachem. Pourtant, malgré toute cette immense affection, dès qu'il a épousé des femmes étrangères, cela a provoqué un préjudice considérable, à la suite duquel il a perdu la royauté : le royaume s'est divisé et n'a plus perduré comme auparavant, ne laissant subsister que la dynastie de la maison de David.

On en tire un grand enseignement de moussar. Un homme se dit : « Moi, elles ne me feront pas fauter, je suis solide dans ma foi, je possède des bases solides reçues à la maison. » Mais es-tu plus aimé et plus proche de Hachem que le roi Chlomo, le plus sage de tous les hommes ? Lui aussi pensait : « J'épouserai des femmes et elles ne détourneront pas mon cœur » - or elles ont bel et bien détourné son cœur. Et toi, tu n'es pas un roi pour affirmer « je suis puissant et c'est moi qui décide » ; un roi n'y est pas parvenu, et toi, un simple particulier, tu y parviendrais ? Il était un immense sage et tu ne l'es pas, il était un grand tsaddik et tu ne l'es pas ; et malgré toutes ses grandeurs, regarde ce qui lui est arrivé. Comment peux-tu t'imaginer que cela ne t'arrivera pas ?

וְלָכֶם הֲנִשְׁמַע לַעֲשֹׂת אֵת כָּל הָרָעָה הַגְּדוֹלָה הַזֹּאת לִמְעֹל בֵּאלֹהֵינוּ לְהֹשִׁיב נָשִׁים נָכְרִיּוֹת׃ - Devrions-nous donc vous laisser commettre tout ce grand mal, trahissant notre Dieu en installant chez vous des femmes étrangères ?

Serait-il concevable que vous commettiez un si grand mal, trahissant notre Dieu et épousant des femmes étrangères ?

Le gendre de Sanballat

וּמִבְּנֵי יוֹיָדָע בֶּן אֶלְיָשִׁיב הַכֹּהֵן הַגָּדוֹל חָתָן לְסַנְבַלַּט הַחֹרֹנִי וָאַבְרִיחֵהוּ מֵעָלָי׃ - Et l'un des fils de Yoyada, fils d'Elyachiv le Cohen Gadol, était gendre de Sanballat le Horonite ; et je le chassai loin de moi.

À présent s'éclaire ce qui avait été mentionné au début du chapitre, au verset 4, à savoir qu'Elyachiv le Cohen, préposé aux chambres de la Maison de notre Dieu, était « proche de Touvia », ce qui s'expliquait par des liens familiaux. Ici se révèle ce lien : l'un des fils de Yoyada, fils d'Elyachiv le Cohen Gadol, avait épousé la fille de Sanballat le Horonite. Et lorsque je suis arrivé là-bas - dit Néhémie - « je le chassai loin de moi » : j'ai banni ce fils de la ville, car il refusait de répudier son épouse étrangère.

Et j'ai agi ainsi pour une autre raison encore : Sanballat le Horonite entrait dans Jérusalem, et lorsqu'on lui demandait ce qu'il venait faire là, il répondait qu'il venait rendre visite à sa fille. Aurait-il été interdit de voir sa fille ? Aurait-on pu l'en empêcher ? Il fallait alors serrer les dents. À présent que la fille, le gendre et toute la famille avaient été expulsés de Jérusalem, il n'avait plus de permis d'entrée ; si Sanballat se présentait, on l'arrêtait aux portes de Jérusalem sans le laisser pénétrer. Car il exploitait ce droit de visite pour espionner ce qui se passait dans la ville, cherchant les moyens d'entraver notre progression et d'échafauder de nouvelles calomnies contre nous auprès d'Artaxerxès.

Et observez bien : il ne pouvait pas le frapper, car il s'agissait d'un homme violent et influent (gavra alima), bien implanté dans le milieu criminel, et il était impossible de s'en prendre physiquement à lui. En effet, il est écrit plus haut : « Je leur fis des reproches, je les maudis et j'en frappai quelques-uns » - pourquoi donc ne l'a-t-il pas frappé ici ? C'est qu'il ne le pouvait pas ; tout ce qu'il pouvait faire, c'était le contraindre avec force à quitter Jérusalem.

« Souviens-t'en contre eux » - La souillure de la prêtrise

זָכְרָה לָהֶם אֱלֹהָי עַל גָּאֳלֵי הַכְּהֻנָּה וּבְרִית הַכְּהֻנָּה וְהַלְוִיִּם׃ - Souviens-Toi d'eux, mon Dieu, pour avoir souillé la prêtrise et l'alliance des Cohanim et des Léviim.

Ici, Néhémie implore : Maître du monde, souviens-Toi d'eux - de ces hommes qui se sont souillés et ont été exclus de la prêtrise et de l'alliance sacerdotale. « Souviens-Toi d'eux » signifie : punis-les, dans le sens de « n'efface point leur faute », que leur péché ne soit point effacé mais que Tu leur rappelles l'acte terrible qu'ils ont commis. Ils étaient Cohanim, Hachem les avait sanctifiés, et ils sont allés épouser des femmes étrangères, profanant leur descendance et rendant leurs fils 'hallalim (déshonorés, exclus de la prêtrise) - à l'encontre de la sainteté et de l'élévation qu'Hachem leur avait accordées. Souviens-Toi de cela pour les punir. Et le terme go'alé, selon le Metsoudat Tsion, renvoie à la souillure et au dégoût, comme dans l'expression « exclus comme souillés de la prêtrise ».

Il faut d'ailleurs préciser : l'homme lui-même, celui qui a épousé la femme non-juive, ne devient pas 'hallal et demeure apte à la prêtrise - celui qui est né dans la pureté ne perd pas sa sainteté intrinsèque. En revanche, les fils de celui qui a pris une femme interdite à la prêtrise deviennent des 'hallalim, et le statut du 'hallal est assimilé à celui d'un simple Israël. Dès lors, on peut effacer la mention « Cohen » de leur carte d'identité : le nom de famille ne signifie plus rien, et ils sont considérés comme de parfaits Israélites.

L'organisation des gardes et l'offrande du bois

וְטִהַרְתִּים מִכָּל נֵכָר וָאַעֲמִידָה מִשְׁמָרוֹת לַכֹּהֲנִים וְלַלְוִיִּם אִישׁ בִּמְלַאכְתּוֹ׃ - Je les purifiai de tout élément étranger et j'établis des tours de garde pour les Cohanim et les Léviim, chacun dans sa fonction.

« Je les purifiai » - je ne me suis pas contenté de renvoyer les coupables, mais je les ai purifiés de toute idolâtrie ainsi que de tout mélange avec les étrangers. « Et j'établis des tours de garde pour les Cohanim et les Léviim, chacun dans sa fonction » - afin que chacun assure son service au moment qui lui est imparti. Car nous avons vu précédemment le désordre qui régnait : les Léviim s'étaient enfuis chacun vers son champ, chacun veillait à sa propre maison faute de subsistance assurée. Je suis intervenu pour fixer un cadre rigoureux : des gardes fixes, des heures de début et de fin de service, où chacun sait quelle est sa tâche, dans quelle équipe il officie, quand il doit arriver et quand s'achève son service.

וּלְקֻרְבַּן הָעֵצִים בְּעִתִּים מְזֻמָּנוֹת וְלַבִּכּוּרִים זָכְרָה לִּי אֱלֹהַי לְטוֹבָה׃ - Et pour l'offrande du bois à des époques fixées, et pour les prémices : souviens-Toi de moi, mon Dieu, pour le bien !

En plus de cela, j'ai également organisé l'offrande du bois, afin que les Cohanim, les Léviim et le peuple l'apportent à des dates fixes. Quelle était la nécessité de cette offrande du bois ? Il s'agit du bois du bûcher : chaque fois qu'un sacrifice était offert, du bois était nécessaire, comme il est dit : « et disposeront du bois sur le feu » et « disposera sur lui l'holocauste » - on agençait les bûches en entrecroisement, on posait l'holocauste par-dessus, on allumait un feu, et un feu descendait aussi du Ciel. Ce bois du bûcher était inspecté et trié avec minutie afin de s'assurer qu'aucun ver ne s'y trouvait. C'est pourquoi j'ai nommé des responsables pour acheminer l'offrande du bois à dates précises, de même que pour l'apport des prémices.

« Souviens-Toi de moi, mon Dieu, pour le bien » - sur tout cela, j'adresse ma prière : Maître du monde, c'est pour l'honneur de Ton Nom que j'ai accompli toutes ces choses ; souviens-Toi de tous ces actes pour mon bien, et que ce mérite m'assiste !

En conclusion : au terme du livre de Néhémie, nous découvrons un dirigeant qui ne recule devant aucune brèche. Il combat la profanation du Chabbat sous toutes ses formes, depuis le foulage des pressoirs passible de lapidation jusqu'au commerce interdit par les paroles des Prophètes, tout en imputant la responsabilité aux notables qui n'ont pas protesté ; il verrouille les portes de Jérusalem avant Chabbat et place des Léviim purifiés pour les garder ; il éradique les mariages avec des femmes étrangères en évoquant le roi Salomon, rappelant que si le bien-aimé d'Hachem et le plus sage de tous les hommes a trébuché à cause d'elles, nul ne peut se fier à lui-même ; il expulse le gendre de Sanbalat, purifie la prêtrise et met en place des gardes ordonnées, l'offrande du bois et les prémices à échéances fixes. Et à chaque étape, il conclut par une unique prière : « Souviens-Toi de moi, mon Dieu, pour le bien » - car tout a été accompli pour la gloire du Ciel. Ainsi s'achève l'étude du livre de Néhémie selon le commentaire du Malbim.

Chapitre 13 - Les dernières réformes de Néhémie - Deuxième partie · Sefer Nechemya · ספר נחמיה