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Chapitre 11 - Le tirage au sort pour le peuplement de Jérusalem

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Introduction : Le peuplement de Jérusalem

Le chapitre 11 du livre de Néhémie traite du peuplement de Jérusalem. Nous avons déjà vu précédemment qu'il y avait un problème : Jérusalem était en ruine, et peu de gens venaient s'y établir. C'est pourquoi le peuple s'imposa une organisation méthodique pour repeupler la ville. Dès lors, le texte énumère nommément ceux qui s'installèrent à Jérusalem ainsi que ceux qui s'établirent dans les villes de Juda et de Benjamin. Ce chapitre regorge de noms, et cela a tout son sens : dans les livres d'Ezra et de Néhémie, on mentionne abondamment les noms, car quiconque méritait d'être loué et rappelé pour ses bonnes actions était gravé pour l'éternité dans le Livre des livres du peuple juif. Voyez donc : cet homme a accompli une bonne action, celui-là a respecté une mitsva, cet autre s'est porté volontaire.

Une dîme humaine : un sur dix pour résider à Jérusalem
וַיֵּשְׁבוּ שָׂרֵי־הָעָם בִּירוּשָׁלָ͏ִם וּשְׁאָר הָעָם הִפִּילוּ גוֹרָלוֹת לְהָבִיא אֶחָד מִן־הָעֲשָׂרָה לָשֶׁבֶת בִּירוּשָׁלַ͏ִם עִיר הַקֹּדֶשׁ וְתֵשַׁע הַיָּדוֹת בֶּעָרִים׃ - Les chefs du peuple s'établirent à Jérusalem, et le reste du peuple tira au sort pour amener un homme sur dix à habiter à Jérusalem, la ville sainte, tandis que les neuf autres parts demeuraient dans les villes.

Les chefs du peuple - les personnalités importantes et respectées - résidaient à Jérusalem. Quant au reste du peuple, ils convinrent que dix pour cent de la population viendrait s'installer à Jérusalem. Et comment détermina-t-on ces dix pour cent ? On procéda par tirage au sort, prélevant ainsi par le sort une sorte de dîme humaine destinée à habiter à Jérusalem. « Et les neuf parts » : en contrepartie, neuf dixièmes du peuple demeuraient dans leurs propres villes.

C'est ici qu'apparaît le lien entre le chapitre précédent et celui-ci : le chapitre précédent traitait de l'engagement d'apporter les dîmes au Temple de Dieu, et dans ce chapitre, il s'agit d'une dîme humaine - dix pour cent de l'ensemble du peuple s'engageant à venir habiter à Jérusalem.

La bénédiction des volontaires : « La vie dans les grandes villes est difficile »
וַיְבָרְכוּ הָעָם לְכֹל הָאֲנָשִׁים הַמִּתְנַדְּבִים לָשֶׁבֶת בִּירוּשָׁלָ͏ִם׃ - Le peuple bénit tous les hommes qui se portèrent volontaires pour résider à Jérusalem.

En plus de ceux que le sort avait désignés pour faire partie des dix pour cent requis, certains vinrent de leur propre initiative, et le peuple les bénit pour la générosité de leur cœur. Pourquoi fallait-il les bénir ? Nos Sages disent : la vie dans les grandes cités est difficile. Habiter dans une métropole exige de surmonter bien plus d'épreuves qu'au village, et la Guémara souligne cela notamment en raison du coût de la vie qui flambe.

Expliquons cela : en quoi consistait l'essentiel du commerce à cette époque ? La nourriture. Ils n'avaient pas de biens de consommation comme de nos jours - ni appareils électroménagers, ni électronique, ni armoires, ni voitures. Tout était minimaliste : deux planches et quelques clous, et voilà une chaise ; à défaut de planches, on s'asseyait sur deux blocs de pierre ou l'on étendait un tapis par terre. Ce qu'il fallait surtout acheter, c'était la subsistance. Celui qui vivait à la campagne avait tout à portée de main : vaches, poules, œufs, lait et viande, et tout était bon marché. Mais dans les villes, il fallait tout acheminer de l'extérieur, si bien que le coût de la vie montait en flèche. C'est pourquoi on venait bénir et louer ceux qui étaient prêts à se dévouer pour habiter à Jérusalem, bien que les conditions de vie y fussent beaucoup plus rudes.

Chacun dans sa possession
וְאֵלֶּה רָאשֵׁי הַמְּדִינָה אֲשֶׁר יָשְׁבוּ בִּירוּשָׁלָ͏ִם וּבְעָרֵי יְהוּדָה יָשְׁבוּ אִישׁ בַּאֲחֻזָּתוֹ בְּעָרֵיהֶם יִשְׂרָאֵל הַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם וְהַנְּתִינִים וּבְנֵי עַבְדֵי שְׁלֹמֹה׃ - Et voici les chefs de la province qui s'établirent à Jérusalem ; et dans les villes de Juda, chacun s'établit dans sa possession, dans leurs villes : Israël, les Cohanim, les Léviyim, les Nétinim et les descendants des serviteurs de Salomon.

Dans les villes de Yehouda s'établit tout le reste du peuple. « Dans leurs villes » : dans leurs propres villes d'avant l'exil. C'est ce que nous avons déjà vu dans les chapitres précédents : lorsqu'ils revinrent d'exil, chacun retourna dans sa ville, dans sa région et sur son domaine.

Lignage jusqu'à Pérets - et pourquoi existe-t-il des divergences entre Néhémie et les Chroniques ?
וּבִירוּשָׁלַ͏ִם יָשְׁבוּ מִבְּנֵי יְהוּדָה וּמִבְּנֵי בִנְיָמִן מִבְּנֵי יְהוּדָה עֲתָיָה בֶן־עֻזִּיָּה בֶּן־זְכַרְיָה בֶן־אֲמַרְיָה בֶּן־שְׁפַטְיָה בֶן־מַהֲלַלְאֵל מִבְּנֵי־פָרֶץ׃ - Et à Jérusalem s'établirent des enfants de Yehouda et des enfants de Binyamin ; des enfants de Yehouda : Ataya, fils d'Ouzziya, fils de Zekharya, fils d'Amarya, fils de Chefatyah, fils de Mahalalel, des descendants de Pérets.

Le texte met d'abord en évidence l'importance des personnages illustres et éminents qui s'établirent à Jérusalem : parmi les enfants de Yehouda résidait Ataya, dont la généalogie remonte jusqu'à Pérets, et donc jusqu'à Yehouda lui-même. Il s'agit d'un lignage s'étendant sur plusieurs siècles.

Le Malbim fait remarquer que les noms mentionnés ici figurent également dans le livre des Chroniques (Divré Hayamim), mais avec de nombreuses variantes et des contradictions apparentes entre les deux textes, au point que « les commentateurs ont avancé à ce sujet des explications insolites », c'est-à-dire peu convaincantes. Comment alors aplanir toutes ces difficultés ? Grâce au principe posé par le Malbim : le livre d'Ezra constitue un complément au livre des Chroniques. Ezra le Scribe a rédigé les Chroniques, puis y a adjoint son propre livre pour compléter ce qu'il y avait consigné. Néhémie est ensuite venu écrire son propre livre, qui forme à son tour un complément au livre d'Ezra. On a donc la chaîne suivante : les Chroniques, complétées par le livre d'Ezra, lui-même complété par le livre de Néhémie.

De même, entre les Chroniques elles-mêmes et les livres qui les ont précédées, tels que le livre des Rois et le livre des Juges, on relève des divergences, et ce pour la même raison : lorsqu'Ezra a rédigé les Chroniques, il a repris le contenu des livres antérieurs, et tout ce qui n'y figurait pas, il l'a mentionné ici. De la même manière qu'un auteur publiant un second tome procède à des omissions délibérées ou à des ajouts par rapport aux premières parties, complétant ou rectifiant ce qui manquait, si l'on trouve ici des noms absents ailleurs, c'est parce qu'Ezra a complété dans les Chroniques des données qui n'avaient pas été rapportées intégralement dans les Rois, à la lumière de recherches et de vérifications qu'il a pu mener. Ainsi, les éléments présents dans le livre d'Ezra mais absents des Chroniques sont ses propres ajouts et compléments. Il en va de même pour Néhémie : il complète ce qu'Ezra a laissé de côté, que ce soit dans son livre ou dans les Chroniques. Par conséquent, il ne s'agit nullement d'une contradiction, mais d'un complément d'information.

Le Malbim explique par exemple que Néhémie découvrit d'autres personnes inscrites dans les registres généalogiques. Si Ezra fait remonter la généalogie d'un homme sur trois générations, tandis que Néhémie la développe sur dix générations, ou qu'il mentionne des noms absents chez Ezra, la raison en est que d'autres écrits et rouleaux sont parvenus entre les mains de Néhémie, renfermant une lignée plus explicite et détaillée, qu'il a alors intégrée. Le Malbim dresse lui-même tout au long du chapitre des comparaisons minutieuses entre les deux récits. Toutefois, comme il ne s'agit là que de listes de noms et que notre démarche dans l'étude du Tanakh privilégie les événements et le sens de l'histoire plutôt que la confrontation scrupuleuse des textes verset par verset, nous nous sommes contentés d'en poser le principe fondamental, et nous poursuivons l'explication de notre texte.

Le décompte des descendants de Pérets et de Zérah
וּמַעֲשֵׂיָה בֶן־בָּרוּךְ בֶּן־כׇּל־חֹזֶה בֶּן־חֲזָיָה בֶן־עֲדָיָה בֶן־יוֹיָרִיב בֶּן־זְכַרְיָה בֶּן־הַשִּׁלֹנִי׃ - Et Maasséya, fils de Baroukh, fils de Kol-Hozé, fils de 'Hazaïa, fils d'Adaya, fils de Yoyariv, fils de Zekharya, fils du Chilonite.

« Fils du Chilonite » : l'allusion renvoie à Chéla, le fils de Yehouda.

כׇּל־בְּנֵי־פֶרֶץ הַיֹּשְׁבִים בִּירוּשָׁלָ͏ִם אַרְבַּע מֵאוֹת שִׁשִּׁים וּשְׁמֹנָה אַנְשֵׁי־חָיִל׃ - Tous les descendants de Pérets qui s'établirent à Jérusalem étaient au nombre de quatre cent soixante-huit hommes de valeur.

Tel est le total général. Le Malbim fait remarquer : dans les Chroniques, il est écrit : « Et parmi les descendants de Zérah : Réouel et leurs frères, six cent quatre-vingt-dix ». Néhémie ne reprend pas cette mention, puisqu'elle figure déjà là-bas. Toutefois, les Chroniques indiquent un total combiné pour les deux fils de Yehouda, Pérets et Zérah réunis, soit six cent quatre-vingt-dix. Néhémie, en revanche, détaille uniquement le chiffre des descendants de Pérets : quatre cent soixante-huit. Dès lors, il devient aisé de déduire le nombre des descendants de Zérah : deux cent vingt-deux, car deux cent vingt-deux ajoutés à quatre cent soixante-huit donnent exactement six cent quatre-vingt-dix, le chiffre des Chroniques. Dans notre texte, seuls les descendants de Pérets sont dénombrés, d'où un chiffre plus restreint, et il n'y a là aucune contradiction.

Les descendants de Binyamin et leurs responsables
וְאֵלֶּה בְּנֵי בִנְיָמִן סַלֻּא בֶּן־מְשֻׁלָּם בֶּן־יוֹעֵד בֶּן־פְּדָיָה בֶן־קוֹלָיָה בֶן־מַעֲשֵׂיָה בֶּן־אִיתִיאֵל בֶּן־יְשַׁעְיָה׃ - Et voici les fils de Binyamin : Salou, fils de Mechoulam, fils de Yoëd, fils de Pedaya, fils de Kolaya, fils de Maasséya, fils d'Ithiel, fils de Yechaya.

Soit dit en passant, le nom « Ithiel » est aussi le nom d'un ange, et constitue une ségoula pour le sommeil : il est écrit que quiconque a du mal à s'endormir et souffre d'insomnie peut méditer sur ce nom pour trouver le sommeil.

וְאַחֲרָיו גַּבַּי סַלָּי תְּשַׁע מֵאוֹת עֶשְׂרִים וּשְׁמֹנָה׃ - Et après lui, Gabaï, Salaï, neuf cent vingt-huit.

On voit d'ici que la famille Gabay est une famille ancienne, existant déjà à cette époque (ici écrit sans aleph). Et « après lui » signifie après lui en rang, en importance, à un degré inférieur au sien.

וְיוֹאֵל בֶּן־זִכְרִי פָּקִיד עֲלֵיהֶם וִיהוּדָה בֶן־הַסְּנוּאָה עַל־הָעִיר מִשְׁנֶה׃ - Et Yoël, fils de Zikhri, était leur surveillant, et Yéhouda, fils de Hassénoua, était le second responsable de la ville.

Yoël, fils de Zikhri, était leur responsable - « pakid », c'est-à-dire préposé sur eux. Et Yéhouda, fils de Hassénoua, était l'adjoint, le second en rang après lui.

Les Cohanim
מִן־הַכֹּהֲנִים יְדַעְיָה בֶן־יוֹיָרִיב יָכִין׃ - Des Cohanim : Yédaïa, fils de Yoyariv, Yakhine.

Yédaïa et le fils de Yoyariv sont considérés ici comme deux individus distincts.

שְׂרָיָה בֶן־חִלְקִיָּה בֶּן־מְשֻׁלָּם בֶּן־צָדוֹק בֶּן־מְרָיוֹת בֶּן־אֲחִיטוּב נְגִד בֵּית הָאֱלֹהִים׃ - Seraya, fils de 'Hilkiya, fils de Mechoulam, fils de Tsadok, fils de Merayot, fils d'Ahitouv, intendant de la Maison de Dieu.

Qu'est-ce qu'un « naguid » ? Un naguid est un intendant, un haut responsable. Quiconque était préposé à une fonction importante était désigné sous le titre de naguid.

וַאֲחֵיהֶם גִּבֹּרֵי חַיִל מֵאָה עֶשְׂרִים וּשְׁמֹנָה וּפָקִיד עֲלֵיהֶם זַבְדִּיאֵל בֶּן־הַגְּדוֹלִים׃ - Et leurs frères, hommes vaillants, au nombre de cent vingt-huit ; et avait autorité sur eux Zabdiel, fils des grands.

« Fils des grands » [ben haguedolim] : l'intention est « fils de l'un des grands », comme l'explique Ibn Ezra.

Les Léviim : « premier à entonner la louange pour la prière »
וּמַתַּנְיָה בֶן־מִיכָא בֶּן־זַבְדִּי בֶן־אָסָף רֹאשׁ הַתְּחִלָּה יְהוֹדֶה לַתְּפִלָּה וּבַקְבֻּקְיָה מִשְׁנֶה מֵאֶחָיו וְעַבְדָּא בֶּן־שַׁמּוּעַ בֶּן־גָּלָל בֶּן־יְדוּתוּן׃ - Et Mattania, fils de Mikha, fils de Zabdi, fils d'Assaf, chef qui entonnait l'action de grâce dans la prière, et Bakboukia, le second parmi ses frères, et Abda, fils de Chamoua, fils de Galal, fils de Yedoutoun.

Que signifie « roch hat'hila yehodeh latefila » ? Certains expliquent : il était le chef, le responsable désigné pour entonner en premier la louange dans la prière, dans les cantiques et les chants des Léviim. « Yehodeh » vient de la racine de « modeh » (remercier, louer), avec l'ajout d'une lettre comme pour Yehossef et Yossef, et il était à leur tête, le premier à prier. Le Malbim propose une autre explication : « Yehouda-latefila » était en réalité le nom propre de cet homme, selon l'usage biblique où l'on trouve des noms composés tels que « Guiddalti veromamti ezer », qui étaient des noms de personnes.

כׇּל־הַלְוִיִּם בְּעִיר הַקֹּדֶשׁ מָאתַיִם שְׁמֹנִים וְאַרְבָּעָה׃ - Tous les Léviim dans la ville sainte étaient au nombre de deux cent quatre-vingt-quatre.
Les portiers et les Netinim
וְהַשּׁוֹעֲרִים עַקּוּב טַלְמוֹן וַאֲחֵיהֶם הַשֹּׁמְרִים בַּשְּׁעָרִים מֵאָה שִׁבְעִים וּשְׁנָיִם׃ - Et les portiers : Akoub, Talmon et leurs frères, gardiens des portes, cent soixante-douze.

Les portiers étaient préposés à la garde des portes du Beth Hamikdach, ce qui relevait des attributions des Léviim : certains servaient comme chantres et d'autres comme portiers.

וְהַנְּתִינִים יֹשְׁבִים בָּעֹפֶל וְצִיחָא וְגִשְׁפָּא עַל־הַנְּתִינִים׃ - Et les Netinim résidaient sur l'Ophel ; et Tsiha et Guichpa étaient placés à la tête des Netinim.

Les Netinim résidaient sur l'Ophel - une hauteur de la ville - et venaient de là assurer le service au Beth Hamikdach. Tsiha et Guichpa sont les noms des responsables placés à leur tête.

« Une part fixée pour les chantres » : fidélité ou art
וּפְקִיד הַלְוִיִּם בִּירוּשָׁלַ͏ִם עֻזִּי בֶן־בָּנִי בֶּן־חֲשַׁבְיָה בֶּן־מַתַּנְיָה בֶּן־מִיכָא מִבְּנֵי אָסָף הַמְשֹׁרְרִים לְנֶגֶד מְלֶאכֶת בֵּית־הָאֱלֹהִים׃ - Et le surveillant des Lévites à Jérusalem était Ouzzi, fils de Bani, fils de Hachavya, fils de Mattanya, fils de Mikha, d'entre les fils d'Assaph, les chantres préposés au service de la Maison de Dieu.

« Les fils d'Assaph » - il s'agit d'Assaph mentionné dans le livre des Téhilim (« Mizmor Chir LéAssaph »), qui comptait parmi les chantres. De même, ce qui a été mentionné plus haut, « fils de Galal, fils de Yedoutoun », renvoie à Yedoutoun qui figure dans les suscriptions des psaumes.

כִּי־מִצְוַת הַמֶּלֶךְ עֲלֵיהֶם וַאֲמָנָה עַל־הַמְשֹׁרְרִים דְּבַר־יוֹם בְּיוֹמוֹ׃ - Car il y avait un ordre du roi à leur sujet, et une charge assurée pour les chantres, au jour le jour.

« Car il y avait un ordre du roi à leur sujet » - le roi les avait nommés, et ils étaient mandatés par lui comme des hommes dignes de sa confiance. En quoi ? Rachi explique : le roi Darius leur faisait confiance pour prélever l'argent du trésor royal afin de subvenir aux besoins du Temple. Le terme « Amana » renvoie à cette marque de confiance, à savoir décaisser les fonds alloués par Darius pour les besoins du Beth Hamikdach - ils en étaient les responsables et les hommes de confiance.

Le Malbim propose une autre explication : « Et une charge [Amana] pour les chantres » vient de la racine d'« artisan » ou « maître d'art » (Ouman) - car il était passé maître dans l'art du chant. C'est lui qui instruisait et dirigeait les chantres au jour le jour : quel cantique chanter et sur quelle mélodie, car il était plus expert et compétent que tous les autres chantres. Et que signifie « car il y avait un ordre du roi à leur sujet » ? Le Malbim précise : dans la mesure où ils jouissaient déjà de ce privilège depuis l'époque de David, le roi de Perse a maintenu ce statut - ordonnant que les nominations instituées alors soient reconduites et exercées aujourd'hui encore.

וּפְתַחְיָה בֶן־מְשֵׁיזַבְאֵל מִבְּנֵי־זֶרַח בֶּן־יְהוּדָה לְיַד הַמֶּלֶךְ לְכׇל־דָּבָר לָעָם׃ - Et Péta'hya, fils de Méchézabéel, d'entre les fils de Zéra'h, fils de Yehouda, était auprès du roi pour toute affaire concernant le peuple.

Péta'hya était le délégué officiel de Darius : tout ce que Darius demandait, il l'accomplissait en son nom, faisant fonction d'émissaire royal.

Les villes de Yehouda et les villes de Binyamin
וְאֶל־הַחֲצֵרִים בִּשְׂדֹתָם מִבְּנֵי יְהוּדָה יָשְׁבוּ בְּקִרְיַת הָאַרְבַּע וּבְנֹתֶיהָ וּבְדִיבֹן וּבְנֹתֶיהָ וּבִיקַּבְצְאֵל וַחֲצֵרֶיהָ׃ - Quant aux bourgades situées dans leurs campagnes, des fils de Yehouda s'établirent à Kiryat-Arba et dans ses dépendances, à Divon et dans ses dépendances, à Yékabtseël et dans ses hameaux.

Après avoir énuméré les habitants de Jérusalem, le texte revient compléter ce qui a été dit plus haut : « et dans les villes de Yehouda, chacun s'établit dans sa propriété ». Les membres de Yehouda s'installèrent dans les villes de Yehouda, et ceux de Binyamin dans les villes de Binyamin. Le texte égrène la liste : à Yéchoua, Molada, Beth-Pélèt, 'Hatsar-Chou'al, Beer-Chéva et ses dépendances, Tsiklag, Mékhona et ses dépendances, Ein-Rimmon, Tsor'a, Yarmouth, Zanoa'h, Adoulam et leurs hameaux, Lakhich et ses campagnes, Azéka et ses dépendances ; ils campèrent depuis Beer-Chéva jusqu'à la vallée de Hinnom.

וּבְנֵי בִנְיָמִן מִגָּבַע מִכְמָשׂ וְעַיָּה וּבֵית־אֵל וּבְנֹתֶיהָ׃ - Et les fils de Binyamin s'établirent depuis Guéva, à Mikhmas, Aya, Beth-El et dans ses dépendances,

Les fils de Binyamin s'établirent à Guéva - c'est-à-dire Guiv'a, où s'est déroulé l'épisode de la concubine de Guiv'a (Piléguech béGuiv'a), car ils appartenaient à la tribu de Binyamin. Et le texte poursuit : Anatoth, Nob, Ananya, 'Hatsor, Rama, Guitaïm, 'Hadid, Tsevoïm, Nevallat, Lod, Ono et la vallée des artisans (Gué Ha'harachim).

וּמִן־הַלְוִיִּם מַחְלְקוֹת יְהוּדָה לְבִנְיָמִין׃ - Et parmi les Lévites, des divisions de Juda furent attribuées à Benjamin.

Les Lévites étaient répartis selon leurs divisions sur les territoires de Juda et de Benjamin. Le Metsoudat David explique qu'ils allaient s'établir çà et là : du territoire de Juda jusqu'à celui de Benjamin, ils s'installèrent dans l'un comme dans l'autre.

En résumé :

Le chapitre 11 enseigne comment Jérusalem fut repeuplée : les chefs du peuple y résidaient déjà, et le reste du peuple tira au sort pour prélever une sorte de dîme humaine - un sur dix - afin de venir habiter dans la Ville sainte ; et l'on bénit les volontaires, car « la vie dans les grandes cités est difficile » en raison du coût de la vie. Ensuite, le texte énumère nommément les enfants de Juda et de Benjamin, les Cohanim, les Lévites, les portiers et les Netinim qui s'établirent à Jérusalem, ainsi que les villes où s'installa le reste du peuple, chacun dans son héritage. Et nous avons appris du Malbim un principe fondamental : les Chroniques (Divré HaYamim), Ezra et Néhémie ont été rédigés pour se compléter mutuellement ; c'est pourquoi les variantes et les noms supplémentaires ne sont pas des contradictions, mais des compléments - et chaque nom consigné ici demeure gravé à jamais, en souvenir des mérites de ces bâtisseurs.