Introduction
Au chapitre 22, le roi Salomon continue de placer devant nous le choix entre le droit chemin et la voie tortueuse. Dans les deux versets qui s'ouvrent à nous, il nous révèle la racine même de tout le service divin - l'humilité - ainsi que le prix du choix des chemins détournés. Nous étudierons ces versets à la lumière des enseignements de Rachi, d'Ibn Ezra, du Ralbag, de Rabbénou Yona, du Gaon de Vilna et du Malbim.
« Ékev anava yirat Hachem » - L'humilité, racine de la crainte
עֵקֶב עֲנָוָה יִרְאַת יְהֹוָה עֹשֶׁר וְכָבוֹד וְחַיִּים׃ (ד) - Le fruit de l'humilité est la crainte de l'Éternel, la richesse, l'honneur et la vie.
Rachi explique le terme « ékev » dans le sens de cause à effet, comme une conséquence directe : une chose découle d'une autre. En d'autres termes, c'est grâce à l'humilité qui réside en l'homme qu'il accède à la crainte de Dieu. On peut considérer cela comme un axiome : celui qui est humble mérite la crainte du Ciel. Mais on peut aussi l'expliquer selon l'ordre naturel des choses, comme le fait le Ralbag : par le trait de caractère de l'humilité, l'homme acquiert tout naturellement la crainte de Dieu.
Et pourquoi en est-il ainsi ? Car lorsqu'on est humble, on se sent insignifiant à ses propres yeux, on n'est rien. Dès lors, on contemple tout ce qui nous entoure avec émerveillement : chacun est grand, tout est splendide, tout est exceptionnel. Le Rambam écrit d'ailleurs que c'est précisément le moyen d'acquérir la crainte de Dieu : que l'homme lève les yeux vers les cieux, contemple les sphères célestes, les étoiles, l'immensité du firmament, et il en tirera la crainte. Il s'ensuit donc que l'homme humble, qui regarde autour de lui avec effacement, prend conscience de la puissance infinie qui a créé tout cet univers, et la crainte pénètre son cœur. En revanche, l'orgueilleux se place toujours au-dessus de tout ; à ses yeux, tout est insignifiant, rien n'a de réelle valeur, et il ne s'émerveille jamais. Un tel homme pourrait-il s'émouvoir devant la beauté de la Création, devant la grandeur du Créateur, et accepter sur lui la crainte de Sa majesté ou la crainte du châtiment ? Absolument pas. Il en résulte que l'humilité conduit tout naturellement l'homme à la crainte de Dieu.
Rachi rapporte une autre explication : « Ékev anava yirat Hachem » signifie que l'humilité est l'essentiel, et que la crainte lui est subordonnée. Comment se représenter cela ? Comme l'enseignent nos Sages : ce que l'humilité a placé sous son talon, la crainte s'en est fait une couronne. Imaginons la crainte comme une stature complète au-dessus de laquelle se dresse l'humilité : ainsi, la tête de la crainte se trouve au niveau des pieds de l'humilité. En d'autres termes, le degré le plus bas de l'humilité est encore plus élevé que le sommet de la crainte. « Ékev anava » : le talon de l'humilité est l'endroit où commence la crainte de Dieu. L'essentiel réside dans l'humilité, et la crainte en est le prolongement, son talon, l'escabeau de ses pieds.
Ibn Ezra explique que ce verset et le suivant - « Des épines et des pièges sont sur la voie du pervers » - sont étroitement liés. « Ékev », la fin et l'aboutissement de l'humilité, mène l'homme à la crainte de Dieu, selon le principe où une mitsva en entraîne une autre : en accomplissant le précepte de l'humilité, on parvient à la crainte de Dieu. Celle-ci procure également à l'homme humble la richesse, l'honneur et l'abondance matérielle, comme il est dit : « la crainte de l'Éternel, la richesse, l'honneur et la vie » - c'est-à-dire la longévité. En revanche, le chemin du pervers est semé d'épines et de pièges, ainsi que nous l'expliquerons au verset suivant.
Rabbénou Yona explique qu'il s'agit ici d'une vertu supérieure à la richesse, à la vaillance et à la sagesse mentionnées précédemment - lesquelles ne peuvent sauver l'homme lorsqu'un décret frappe. Qu'y a-t-il de plus élevé que tout ? L'humilité, « car le fruit de l'humilité est la crainte de l'Éternel ». Son rang est sublime, et c'est par elle que l'homme mérite toutes les réussites matérielles auxquelles il peut aspirer en ce monde : la richesse, l'honneur et la vie.
Rabbénou Yona ajoute qu'on peut aussi interpréter que la richesse elle-même est le partage de l'homme humble. En effet, lorsqu'on parle de richesse, il ne s'agit pas nécessairement du montant sur le compte en banque, mais de ce que disent nos Sages : « Qui est riche ? Celui qui se réjouit de son sort ». Et qui se réjouit véritablement de son sort ? L'homme humble. À l'opposé, celui qui est habité par des ambitions et des désirs sans fin n'est jamais satisfait de ce qu'il a, il en veut toujours plus - tel est l'orgueilleux. Il s'avère donc que l'homme humble se rend compte que ce qu'il possède fait déjà sa richesse. Il ne recherche rien d'autre, et cela constitue en soi sa véritable fortune.
Le Gaon de Vilna explique que l'aboutissement et la récompense de l'humilité sont la crainte de Dieu, la richesse, l'honneur et la vie. Il précise : il existe deux mauvais penchants - l'avidité insatiable (« néfech re'hava ») et l'arrogance (« roua'h gevoha »). L'opposé de l'avidité est le cœur brisé (« daka »), et l'opposé de l'arrogance est l'humilité d'esprit (« chefal roua'h »). Comme il est écrit : « Je réside avec l'homme brisé et humble d'esprit, pour ranimer l'esprit des humbles et faire revivre le cœur des affligés ». L'homme humble, souligne le Gaon, réunit en lui ces deux vertus : il a le cœur brisé et l'esprit modeste. C'est pourquoi sa rétribution comporte également deux bienfaits : la « richesse » en contrepartie de son renoncement - Dieu élargit ses limites et comble son âme ; et « l'honneur » en contrepartie de sa modestie d'esprit - Dieu lui accorde l'honneur, élevant ainsi son esprit. Enfin, en rétribution de la crainte de Dieu qui l'anime, Dieu lui octroie la vie, car il est expressément dit que celui qui acquiert la crainte de Dieu acquiert la vie : « La crainte de l'Éternel mène à la vie ».
Le Malbim explique que la source de l'humilité découle de la perception qu'a l'homme de la grandeur du Créateur. Lorsqu'il mesure la puissance de l'Infini, béni soit-Il, il comprend qu'il n'est lui-même que néant, et s'efface devant cette prise de conscience de la majesté divine. Même si un homme venait à acquérir en ce monde la royauté, la sagesse, la vaillance et de prestigieux mérites, qu'est-il face à l'Infini, béni soit-Il ? Même une fourmi paraîtrait immense en comparaison, et lui-même n'est rien. Cette lucidité fait pénétrer dans son cœur la crainte de Dieu, de sorte qu'il craint d'agir à l'encontre de Sa volonté : si je suis si infime et Dieu si grand, comment oserais-je offenser le Maître du monde ?
Comme l'écrit le Rama dans le tout premier siman du Choul'han Aroukh au sujet du verset « J'ai placé l'Éternel constamment devant moi » : la façon dont un homme se tient en présence d'un roi de chair et de sang n'a rien de comparable avec sa manière d'être au milieu de ses amis et de ses proches, et à plus forte raison lorsqu'il se trouve devant le Roi des rois, le Saint béni soit-Il, qui scrute tous ses actes. Lorsque l'homme ancre dans son cœur la crainte de D.ieu (yirat Hachem), il ne commet naturellement plus aucun mal. Et d'où cela commence-t-il ? De l'humilité : je ne suis rien, Hachem est tout, et dès lors, je Le crains et ne trébuche dans aucune faute. Celui qui acquiert l'humilité, explique le Malbim, méritera également la richesse et l'honneur, car D.ieu élève les humbles. Si l'on fait preuve de modestie et d'humilité, le Saint béni soit-Il nous élève mesure pour mesure, et lui accorde une vie éternelle, aussi bien dans ce monde-ci que dans le monde futur.
« Épines et pièges sont sur la voie tortueuse » - Le prix des chemins détournés
צִנִּים פַּחִים בְּדֶרֶךְ עִקֵּשׁ שׁוֹמֵר נַפְשׁוֹ יִרְחַק מֵהֶם׃ (ה) - Des épines et des pièges sont sur la voie du pervers ; celui qui veille sur son âme s'en écarte.
Le terme tsinim fait l'objet de deux explications. Rachi l'associe à l'expression « des épines à vos côtés » (litsninim betsideikhem), en l'interprétant au sens de bandes armées et de brigands. Ibn Ezra rattache ce mot à la racine tsn'n et cite également ce verset, mais estime qu'il s'agit d'aiguillons, d'épines acérées et douloureuses. Le terme 'ikech désigne celui qui refuse d'emprunter la voie droite et prend des chemins de travers. Dans le langage biblique et rabbinique, ce mot qualifie ce qui n'est pas droit, ce qui est tordu ou recourbé, à l'image de ce que disent nos Sages à propos du renard dont les dents sont « tortueuses », c'est-à-dire crochues.
C'est précisément le sens de notre verset : lorsque l'homme s'engage sur une voie tortueuse, un chemin sinueux qui n'est pas la voie tracée, il se heurte à des épines - des ronces ou des bandits - ainsi qu'à des pièges (pa'him), au sens de filets d'oiseleur et d'embûches semés sur sa route. En revanche, « celui qui veille sur son âme s'en écarte » : quiconque avance sur la route pavée, sur le droit chemin, sans chercher d'itinéraires détournés ni de raccourcis suspects, mais en suivant la voie royale, préserve son âme et sa vie.
Rabbénou Yona explique que lorsqu'un voyageur s'aventure sur un sentier non balisé pour raccourcir son trajet, il y rencontre des épines, précisément parce que personne n'y passe et que le terrain n'est ni défriché ni aplani. « Celui qui veille sur son âme s'en écarte » : l'homme soucieux de sa personne ne subira aucun mal ni dommage, car il s'en tient à la voie droite. Rabbénou Yona en dégage alors la portée allégorique : cet enseignement s'inscrit dans la continuité du verset précédent, « Le fruit de l'humilité, c'est la crainte de l'Éternel, la richesse, l'honneur et la vie ». Voyez comme la droiture procure tous les bienfaits : richesse, honneur et vitalité, sans parler des bienfaits spirituels à venir, le monde futur et la récompense éternelle. Et comment y parvient-on ? Par l'humilité, qui préserve l'homme de tout péché.
Mais certains cherchent à brûler les étapes. On dit souvent à quelqu'un : une bonne réputation se bâtit sur des années ; au début, les affaires ne seront peut-être pas florissantes, mais agis avec fidélité, conduis-toi avec intégrité, et pas à pas, la considération finira par venir, apportant avec elle richesse, respect et sérénité. Mais l'intéressé rétorque : « Je n'ai pas le temps ! Vais-je attendre trente ans dans les affaires avant de commencer à gagner ma vie ? » C'est ainsi qu'il court à sa propre perte. Il fait partie de ceux qui veulent s'enrichir sans effort. Au départ, l'affaire semble prometteuse, puis la réalité le rattrape brutalement : où a-t-il investi ? Comment peut-on promettre dix pour cent de rendement garanti ? Cela n'existe sur aucun marché sérieux. Pourquoi ne pas avoir compris qu'une telle offre cache souvent une chaîne de Ponzi ou une pyramide financière ? Et ce n'est là qu'un exemple parmi d'autres. Les cas les plus graves concernent ceux qui se lancent dans des montages frauduleux, des escroqueries et des combines illicites pour engranger des gains faciles. On a beau leur dire : mon cher, c'est là une voie tortueuse, vous cherchez des chemins détournés, et ils sont truffés d'épines et de pièges.
Telle est, au fond, l'illusion des esprits trop rusés : « Tous les autres avancent tout droit comme un troupeau, mais moi, je suis plus malin, je vais trouver un raccourci et devenir un magnat en un rien de temps. » Arrivé trop vite, on s'effondre tout aussi vite, il n'y a aucun mystère là-dedans. En revanche, celui qui avance pas à pas, avec humilité, sur le chemin emprunté par les gens probes, en agissant avec droiture et intégrité dans ses affaires, finira par atteindre la richesse, l'honneur, une vie pleine, ainsi que la récompense éternelle. Quant à ceux qui convoitent avidement l'honneur et la fortune dans la précipitation, d'où provient leur démarche ? De l'orgueil, souligne Rabbénou Yona : de la soif de pouvoir, de la rapine et de la spoliation. Ils en subiront les préjudices tant dans ce monde-ci que dans le monde futur. On peut suggérer que c'est pour cette raison que le verset redouble les termes « épines et pièges » : les épines représentent les blessures subies ici-bas, et les pièges désignent les embûches et les peines qui les attendent dans l'au-delà. Celui qui entend préserver son âme doit donc fuir tout cela.
« Tout est entre les mains du Ciel, sauf le froid et le chaud »
Le Gaon de Vilna cite l'enseignement de nos Sages à propos de ce verset : « Tout est entre les mains du Ciel, excepté la crainte du Ciel », et nos Sages précisent par ailleurs que le froid et le chaud (tsinim ou-pa'him) relèvent de la responsabilité humaine, selon les termes : « celui qui veille sur son âme s'en écarte ». Cela signifie que si une maladie est décrétée d'En haut sur quelqu'un, cela est entre les mains du Ciel ; s'il lui est décrété de chuter et de se fracturer une jambe, cela relève du Ciel ; d'autres maux encore, que D.ieu préserve, viennent du Ciel. Mais les refroidissements ? Quelqu'un prend froid ; on lui demande : « Comment as-tu attrapé froid ? » et il répond : « J'ai dormi la fenêtre ouverte. » Pourquoi ne pas avoir fermé la fenêtre ? C'est cela, la « voie tortueuse » : s'entêter sottement à laisser une fenêtre ouverte en plein courant d'air. Quant aux pa'him, ils désignent les fortes chaleurs. Comment s'en prémunir ? De nos jours, on allume la climatisation ; à l'époque de la Guémara, tout le monde n'avait pas cette ressource, et nos Sages évoquaient alors une « maison de marbre » (beita dechicha), réputée pour sa fraîcheur, qui constituait la pièce réfrigérée de l'époque. En termes simples, l'idée est claire : il appartient à l'homme d'éviter lui-même de tels préjudices.
Certains affirment que cela se limite strictement à cela : le refroidissement et l'insolation. D'autres estiment que la portée en est bien plus vaste, et telle est la position du Rambam : la majorité des maux qui frappent l'homme sont imputables à sa propre négligence. Cela vaut aussi pour les maladies, dont beaucoup - bien que pas toutes - dépendent de son hygiène de vie. Certes, on a tous connu des personnes qui prenaient le plus grand soin de leur santé et qui ont néanmoins contracté des maladies graves, que D.ieu nous en préserve, avant de quitter ce monde prématurément. On peut penser au cas de cette parente qui s'astreignait rigoureusement à des régimes naturels stricts et qui n'a pourtant pas vécu jusqu'à un âge avancé ; vers la fin de sa vie, s'autorisant enfin à manger du chocolat sans restriction, elle disait : « Je m'en suis privée toute ma vie, et je constate que cela ne m'a pas apporté de bien grand avantage. » Il ne s'agit évidemment pas d'encourager à manger n'importe quoi - l'homme a le devoir formel de préserver sa santé - mais il y a aussi des événements qui relèvent d'une force majeure. Quoi qu'il en soit, selon Maïmonide, la plupart des situations restent entre les mains de l'homme : il lui appartient de prévenir les maladies, de manger sainement, de mener une vie équilibrée et d'éviter ainsi bien des tourments. Dans cette perspective, les « épines et les pièges » ne sont pas seulement le froid et le chaud au sens littéral, mais des illustrations des conduites imprudentes par lesquelles l'homme s'attire lui-même des ennuis, bien que nos Sages aient spécifiquement interprété ces termes comme désignant le froid et la chaleur.
Un guéhinnom de froid et un guéhinnom de chaleur
Le Gaon de Vilna oriente l'explication dans une autre direction, ne retenant des paroles de nos Sages que la traduction littérale des termes : tsinim désigne le froid, et pahim la chaleur. Quel est donc le lien entre « pahim » et la chaleur ? Le Malbim explique : comme dans le verset « pahim, feu et soufre », cela dérive de l'action d'attiser le feu (hafahat ech) - car pour embraser un feu, il faut souffler dessus. Dès lors, « pahim » renvoie à un feu que l'on attise en soufflant, à des braises incandescentes.
Le Gaon de Vilna enseigne : le jugement des impies au Guéhinnom dure douze mois - six mois dans la neige et six mois dans la chaleur. Pourquoi faut-il à la fois un Guéhinnom de froid et un Guéhinnom de chaleur, pourquoi l'un des deux ne suffirait-il pas ? Il est déjà mentionné dans les livres saints que le Guéhinnom de feu et de chaleur est réservé à celui qui s'est enflammé pour commettre un péché, alors que le Guéhinnom de neige et de froid est destiné à celui qui s'est refroidi face à une mitsva - il aurait dû s'enthousiasmer et agir avec ferveur, mais il l'a accomplie avec froideur et réticence ; et de même que son service divin manquait de chaleur, de même il connaît un Guéhinnom glacial. Le Gaon ajoute que cette distinction correspond aux commandements positifs et négatifs : quiconque a négligé un commandement positif est resté froid, figé, sans aller accomplir la mitsva - d'où le Guéhinnom de neige ; tandis que transgresser un commandement négatif requiert une action, de l'énergie, de la chaleur, la personne s'étant empressée de fauter - d'où le Guéhinnom de chaleur.
Dès lors, « des épines [du froid] et des pièges [du feu] jonchent la voie du pervers » : la destinée de l'homme tortueux est de passer douze mois au Guéhinnom, six mois de froid glacial (tsinim) et six mois de chaleur brûlante (pahim), car il a faussé et dévié ses voies en ce monde au lieu de suivre le droit chemin. En revanche, « celui qui garde son âme », marchant dans la voie d'Hachem et observant tant les commandements positifs que négatifs, méritera de s'en éloigner - et n'entrera ni dans le Guéhinnom de froid, ni dans le Guéhinnom de chaleur.
Le Malbim : la voie médiane dans la conduite de l'âme
Le Malbim explique que la voie droite, comme l'écrit le Rambam, consiste pour chaque trait de caractère à adopter le juste milieu. Ceux qui s'égarent dans les extrêmes sont généralement les plus problématiques. Dans chaque trait de caractère, l'homme doit choisir la voie médiane - à l'exception de l'humilité, au sujet de laquelle il est dit : « Sois extrêmement humble d'esprit ». Il en va de même pour la colère : on ne doit pas s'emporter facilement, mais on ne doit pas non plus être un « homme insensible », qui ne ressent rien, impassible face à tout ce qu'on lui fait subir sans que rien ne l'émeuve - cela non plus n'est pas sain. Il convient donc de ne pas être colérique d'un côté, sans devenir totalement apathique de l'autre.
On raconte à ce propos l'histoire de l'un des maîtres d'Israël dont l'épouse lui causait du chagrin et lui tenait des propos blessants. Un disciple qui l'accompagnait assista à la scène : le Rav gardait le silence encore et encore, puis, à un moment donné, lui répondit. Le disciple lui demanda ensuite : « Maître, c'est une étude de Torah et je dois apprendre : j'ai vu que le Rav s'est tu et a patienté longuement, puis a fini par répondre ; quelle était votre intention au début et quelle fut-elle à la fin ? » Le Rav lui expliqua : « En vérité, je n'aurais pas dû lui répondre du tout, mais j'ai constaté que si je persistais à me taire, sa colère continuerait d'enfler au point de lui nuire pour sa santé ; je lui ai donc répondu afin de l'apaiser. » Telle est bien la réalité : lorsque l'on ne répond rien à une personne irritée, son énervement grandit. Il fallait donc lui dire quelques mots pour calmer le jeu et lui éviter d'être submergée par une crise de colère.
Il en va ainsi pour chaque comportement. Tout comme pour la colère, il en est de même pour l'avarice et la générosité : une personne peut se montrer trop généreuse, dilapider ses biens et dépenser sans compter, ayant « un panier percé », comme on dit couramment. À l'inverse, quelqu'un peut trouver cela déplorable et basculer dans l'autre travers : il devient avare, ne donne pas le moindre sou, et lui soutirer une piécette s'avère plus ardu que de faire jaillir de l'eau d'un rocher. Est-ce souhaitable pour autant ? Ici encore, le juste milieu est la voie exemplaire : donner lorsqu'il convient de donner, et s'abstenir quand cela n'est pas nécessaire.
La difficulté réside dans le fait que chacun s'imagine incarner lui-même ce juste milieu. Il existe un dicton yiddish à ce propos : celui qui est plus rigoureux que moi est un « frummer » (un faux dévot zélé à l'excès), et celui qui l'est moins est un « proster » (un homme grossier, sans consistance, à peine religieux). Et quelle serait donc la norme idéale ? Exactement comme moi : moi, je représente la mesure parfaite ! Prenons une illustration concrète : un homme se trouve au milieu de la prière de la Amida, parvient à la bénédiction Mévarekh hachananim, et remarque que son voisin de droite a déjà terminé. Il se dit : « Comment est-ce possible ? Cet homme ne prie pas sérieusement, déjà fini ? Comment articule-t-il les mots ? À quoi pense-t-il ? » Durant tout le reste de sa prière, il ne cesse de ressasser l'attitude de son voisin. Baroukh Hachem, au bout de quatre minutes, il achève lui aussi sa prière ; s'apprêtant à reculer pour 'Oseh chalom, il aperçoit l'avrekh derrière lui qui se balance de toutes ses forces. Il patiente, se retourne encore deux minutes plus tard, et l'autre se balance toujours avec la même vigueur ! Il se demande : « En est-il encore à Maguène Avraham ou bien à Modim ? Où en est-il donc ? » Et l'agacement le gagne : « C'est disproportionné ! Combien de temps faut-il pour prier ? Médite-t-il les kavanot du Rachach ? » Quelle est donc la bonne mesure selon lui ? « Comme moi ! » C'est cela, la moyenne : moins que moi, c'est négligé ; plus que moi, c'est exagéré. Voilà tout le problème : nous éprouvons une réelle difficulté à définir objectivement ce qu'est le juste milieu.
La parabole tirée de la nature : un climat tempéré
Pour récapituler l'explication du Malbim : la voie tempérée dans la conduite de l'âme constitue la juste voie, et l'Écriture en tire une parabole issue de la nature. Quel climat s'avère le plus agréable pour l'être humain - le grand froid ou la chaleur étouffante ? Le printemps. Il est d'ailleurs enseigné qu'à l'époque de Noa'h, avant le Déluge, toute l'année ressemblait au printemps, semblable à la période allant de Pessa'h à Chavou'ot ; il n'existait ni hiver ni été rigoureux, et ce n'est qu'après qu'il fut dit : « Le froid et le chaud, l'été et l'hiver ». Auparavant, tout n'était que printemps, une température constante d'environ vingt-quatre degrés, ni trop chaude ni trop froide. Ce climat modéré est ce qu'il y a de meilleur et de plus sain pour l'homme.
Par ailleurs, cela s'explique parfaitement. Une conférence remarquable du rabbin docteur Avraham Lévy sur le Déluge expose, à la lumière des versets et des midrachim de nos Sages, que le Déluge fut provoqué par deux corps célestes que le Saint, béni soit-Il, déplaça de la constellation des Pléiades (Kima). C'est précisément ce que confirment les scientifiques aujourd'hui : le cataclysme du Déluge découle de l'impact de deux météorites sur la Terre, provoquant la fracturation de la croûte terrestre. Or, que trouve-t-on sous cette croûte ? D'immenses nappes d'eau - « toutes les sources du grand abîme » -, d'où ce jaillissement d'eaux souterraines. Il démontre avec brio que, selon les scientifiques, cet impact plongea la planète dans l'obscurité durant une année entière, en raison des suies, de la chaleur extrême et des vapeurs émanant des profondeurs. Des eaux bouillantes ont d'abord jailli des entrailles de la terre, comme l'enseignent nos Sages, tandis que des eaux froides tombaient d'en haut, générant un voile opaque pendant un an - ce qui concorde avec la parole de nos Sages affirmant que les luminaires célestes n'ont pas fonctionné durant toute cette année-là, le soleil et la lune étant invisibles.
De surcroît, cet impact sur la Terre entraîna une inclinaison de son axe de rotation. La Terre n'est pas droite mais légèrement inclinée, et cette rotation oblique engendre l'alternance des saisons, selon que les hémisphères sont plus ou moins exposés au soleil. Or, avant le Déluge, indiquent les chercheurs, l'axe de rotation était droit et non incliné, de sorte que le climat général s'apparentait à celui des régions tempérées - un climat modéré, conformément aux propos de nos Sages décrivant un printemps perpétuel. En résumé, il aura fallu près de cinq mille ans à la science pour parvenir aux conclusions que nos Sages avaient déjà révélées dans le Talmud il y a deux mille ans.
Revenons à notre sujet. Le climat recommandé pour la vie de l'homme, propice à la santé du corps, est un climat tempéré. De même, en médecine, on parle toujours d'équilibre : qui est l'homme en bonne santé ? C'est celui chez qui tout est équilibré. Il n'a ni excès ni manque de fer, ni trop ni trop peu de globules rouges, ni trop ni trop peu de globules blancs, et ainsi de suite pour chaque élément. Un homme en bonne santé est un homme dont tout le corps est équilibré.
Et quelle est la middah qui exprime l'équilibre dans les saintes Sefirot ? La middah du juste milieu. « 'Hessed dero'a yemina, Guevoura dero'a semala » (le 'Hessed est le bras droit, la Guevoura le bras gauche) - ce sont les extrêmes ; et quel est le centre ? « Tiferet ihou goufa » (Tiferet est le corps lui-même). Le corps correspond à Tiferet, et Tiferet est la voie médiane - « toute voie qui est une parure (tiferet) pour celui qui la pratique et lui attire l'estime (tiferet) des hommes ». Il a déjà été expliqué que Rabbi a formulé cet enseignement parce que sa propre middah était Tiferet, étant une réincarnation (guilgoul) de Yaakov Avinou, qui incarne Tiferet ; celui qui le désire pourra approfondir ce point dans les écrits sur les guilgoulim. Quoi qu'il en soit, Tiferet constitue le juste milieu.
Il en va de même pour les bénédictions de la Amida, où chaque bénédiction correspond à la vocalisation de l'une des Sefirot : « Baroukh Ata Hachem » dans « Maguen Avraham » porte le Pata'h, qui renvoie à 'Hokhma ; « Me'hayé Hametim » porte le Tséré, qui renvoie à Bina ; et ainsi de suite. Dans la bénédiction « Rofé 'holé amo Israël », la vocalisation est le 'Holam, or la middah du 'Holam est Tiferet - car la guérison complète réside véritablement dans Tiferet. Et qu'est-ce que Tiferet ? C'est l'état où l'homme se trouve dans un équilibre parfait : rien n'est en excès, rien n'est en déficit, il n'y a ni trop d'humidité corporelle ni trop peu au point d'assécher, ni surpoids ni maigreur excessive. La middah de Tiferet est la middah même de la santé.
Le Malbim explique donc : l'homme qui penche vers l'excès - dont le corps s'est trop réchauffé jusqu'à atteindre une température élevée - voit son sang brûler, « l'humeur rouge, la sécheresse et le feu prennent le dessus » (dans le langage de nos Sages, on parlait de l'humeur rouge), et c'est ce qu'on appelle « pa'him », des braises ardentes, de la racine qui évoque le souffle attisant le feu. En contrepartie, l'autre extrême n'est pas bon non plus : chez celui qui penche vers le défaut, le froid fige son sang, et c'est ce qu'on appelle « tsinim », en raison d'un froid intense (tsina). Ces deux extrêmes nuisent au corps. Quel doit être l'état du corps ? Ni une température trop haute ni trop basse : trente-sept degrés, et l'équilibre est atteint.
Telle est la parabole : observe ce qui est bon dans la conduite du corps - l'équilibre, ni un extrême ni l'autre, ni trop chaud ni trop froid. Il en va de même pour la conduite des âmes : trop de chaleur ou trop de froideur sont également nuisibles. Un homme au tempérament impulsif et incontrôlable souffre d'un excès de chaleur, ce qui est très mauvais. Mais un homme lourd comme un char d'assaut, que rien ne peut faire bouger, cela n'est pas bon non plus. Qu'est-ce qui est bon alors ? L'équilibre : un homme à la fois prompt et capable de se retenir, qui agit avec réflexion. En toute chose, ni trop chaud ni trop froid, mais la voie médiane. C'est le sens de la parabole : tout comme le froid excessif et les brasiers ardents (« tsinim » et « pa'him ») nuisent au corps, applique cela aux âmes : « celui qui garde son âme s'en éloignera » - il n'imposera à son âme ni trop d'ardeur ni trop de froideur, mais conduira sa vie selon le juste milieu en toutes circonstances.
En conclusion :
Ces deux versets placent devant nous le fondement et la mise en garde. Le fondement : « עֵקֶב עֲנָוָה יִרְאַת ה' » (« Le salaire de l'humilité est la crainte de l'Éternel ») - l'humilité est la racine de tout, car c'est par la conscience de la grandeur du Créateur et l'effacement de soi que la crainte du Ciel pénètre le cœur, et de ce fait l'homme se préserve de tout péché ; mesure pour mesure, Hachem élève les humbles et accorde à l'homme modeste richesse, honneur et vie. Sa véritable richesse découle elle aussi de son humilité, car il se réjouit de son sort. Et la mise en garde : « צִנִּים פַּחִים בְּדֶרֶךְ עִקֵּשׁ » (« Des épines et des pièges sont sur la voie du pervers ») - celui qui cherche des raccourcis et fait fortune par des voies tortueuses par orgueil et soif d'honneurs rencontre épines et embûches sur son chemin dans ce monde-ci, et pour le monde à venir, un Guéhinnom de froid et de feu. Et selon la démarche du Malbim : tout comme le corps n'est sain qu'à une température équilibrée, il en est de même pour l'âme - ni excès de chaleur ni excès de froideur, mais la voie du juste milieu et l'équilibre dans tous les traits de caractère. « Celui qui garde son âme s'en éloignera ».