Le chapitre 10 du deuxième livre des Rois est celui de l'éradication totale : Yéhou ben Nimchi achève l'anéantissement de la maison d'Akh'av, puis entreprend d'extirper le culte du Baal d'Israël. À la fin du chapitre apparaît le revers de la médaille : ce même Yéhou, animé de zèle pour Hachem et destructeur du Baal, n'écarte pas les veaux d'or de Yarov'am, scellant ainsi son destin et celui de sa dynastie. Suivons les versets à la lumière des explications du Malbim, et tirons-en des enseignements moraux qui résonnent encore aujourd'hui.
וַיִּקְבֹּץ יֵהוּא אֶת־כָּל־הָעָם וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם אַחְאָב עָבַד אֶת־הַבַּעַל מְעָט יֵהוּא יַעַבְדֶנּוּ הַרְבֵּה׃ - Yéhou rassembla tout le peuple et leur dit : « Akh'av a peu servi le Baal, Yéhou le servira beaucoup ! »
Yéhou veut à présent châtier également tous les adorateurs du Baal. Il sait pertinemment que s'il les convoque ouvertement pour les mettre à mort, beaucoup d'entre eux ne viendront pas. C'est pourquoi la bonne méthode, à ses yeux, consiste à les convier à une grande célébration, à les tromper et à les prendre ainsi au piège. Remarquez sa formulation : Akh'av est mort, prétend-il, parce que le Baal s'est irrité contre lui, pour ne l'avoir servi que modérément, sans se montrer suffisamment « dévoué » à son culte. Quant à moi, déclare Yéhou, je le servirai comme il se doit.
Observez la précision de ses termes : il ne dit pas « Yéhou servira beaucoup le Baal », mais « Yéhou le servira beaucoup ». Qui donc ? Le Saint, béni soit-Il. Il n'a pas précisé qui il comptait servir. Eux ont cru qu'il faisait référence au Baal, alors que son intention profonde visait le service d'Hachem. Nous verrons par la suite que ce double langage ne jouera pas tout à fait en sa faveur.
וְעַתָּה כָל־נְבִיאֵי הַבַּעַל כָּל־עֹבְדָיו וְכָל־כֹּהֲנָיו קִרְאוּ אֵלַי אִישׁ אַל־יִפָּקֵד כִּי זֶבַח גָּדוֹל לִי לַבַּעַל כֹּל אֲשֶׁר־יִפָּקֵד לֹא יִחְיֶה וְיֵהוּא עָשָׂה בְעָקְבָּה לְמַעַן הַאֲבִיד אֶת־עֹבְדֵי הַבָּעַל׃ - « Maintenant, appelez auprès de moi tous les prophètes du Baal, tous ses fidèles et tous ses prêtres, que nul ne manque, car j'ai un grand sacrifice pour le Baal : quiconque manquera ne vivra point ! » Or Yéhou agissait avec ruse, afin de faire périr les adorateurs du Baal.
Yéhou convoque tout le monde sans exception : les prophètes du Baal, ses adorateurs et ses prêtres. « Que nul ne manque » : personne ne doit s'absenter de ce grand sacrifice, et quiconque fera défaut sera mis à mort. Le texte lui-même nous révèle qu'il s'agissait d'un stratagème : « Or Yéhou agissait avec ruse (be'oqba) », une tournure désignant l'habileté trompeuse, comme dans « Il m'a supplanté (vaya'aqvéni) déjà deux fois », et tout cela dans le dessein d'anéantir les serviteurs du Baal.
Ici encore se cache un double sens. Au sens littéral, il annonce son intention d'offrir un immense sacrifice au Baal. Pourtant, sa pensée profonde est tout autre : un grand sacrifice, un grand abattage m'attend pour le Baal, c'est-à-dire contre les adeptes du Baal. Eux y ont vu une offrande au Baal, alors qu'il songeait à immoler et égorger ses serviteurs ; et c'est exactement ce qu'il accomplit.
וַיֹּאמֶר יֵהוּא קַדְּשׁוּ עֲצָרָה לַבַּעַל וַיִּקְרָאוּ׃ - Yéhou dit : « Sanctifiez une assemblée solennelle pour le Baal ! » Et ils la proclamèrent.
Il ordonne de fixer un jour de fête solennelle, une « atseret » - un jour d'interdiction de travail semblable à un jour de fête - et de le proclamer sur toutes les places publiques : un jour de célébration pour le Baal.
וַיִּשְׁלַח יֵהוּא בְּכָל־יִשְׂרָאֵל וַיָּבֹאוּ כָּל־עֹבְדֵי הַבַּעַל וְלֹא־נִשְׁאַר אִישׁ אֲשֶׁר לֹא־בָא וַיָּבֹאוּ בֵּית הַבַּעַל וַיִּמָּלֵא בֵית־הַבַּעַל פֶּה לָפֶה׃ - Yéhou envoya des messagers dans tout Israël, et tous les adorateurs du Baal vinrent ; il ne resta pas un homme qui ne fût venu. Ils entrèrent dans le temple du Baal, et le temple du Baal se remplit d'un bout à l'autre.
Tout le monde entendit parler d'un tel événement et tous vinrent. « Bouche à bouche » (peh la-peh) - « peh » désigne l'entrée du temple, ce qui signifie que l'édifice se remplit d'une porte à l'autre, jusqu'à la dernière place.
וַיֹּאמֶר לַאֲשֶׁר עַל־הַמֶּלְתָּחָה הוֹצֵא לְבוּשׁ לְכֹל עֹבְדֵי הַבָּעַל וַיֹּצֵא לָהֶם הַמַּלְבּוּשׁ׃ - Et il dit au responsable du vestiaire : « Sors des vêtements pour tous les adorateurs du Baal. » Et il leur sortit les vêtements.
La « meltaha » est l'endroit où l'on dépose les habits, et le Targoum Yonatan traduit : « celui qui est préposé aux vestiaires », c'est-à-dire le garde-robe du temple. Yéhou demande que l'on remette un habit distinctif à tous les fidèles du Baal, et sa raison est évidente : il craignait que de simples curieux ne se soient mêlés à la foule, auquel cas des innocents auraient pu être tués. Grâce à cette tenue uniforme, il connaîtrait exactement leur nombre et s'assurerait également qu'aucun ne puisse s'échapper, car si l'un d'eux fuyait, on le reconnaîtrait aussitôt à son habit.
וַיָּבֹא יֵהוּא וִיהוֹנָדָב בֶּן־רֵכָב בֵּית הַבָּעַל וַיֹּאמֶר לְעֹבְדֵי הַבַּעַל חַפְּשׂוּ וּרְאוּ פֶּן־יֶשׁ פֹּה עִמָּכֶם מֵעַבְדֵי ה' כִּי אִם־עֹבְדֵי הַבַּעַל לְבַדָּם׃ - Yéhou entra dans le temple du Baal avec Yehonadav fils de Rekhav, et il dit aux adorateurs du Baal : « Cherchez et regardez bien, de peur qu'il n'y ait ici parmi vous des serviteurs de l'Éternel, mais uniquement des serviteurs du Baal ! »
En apparence, l'argument est parfaitement compréhensible : je ne veux pas que des serviteurs de l'Éternel soient présents, de peur que le Baal ne s'offusque et que notre offrande ne soit point agréée. C'est pourquoi il leur demande à eux-mêmes de scruter la foule et de démasquer quiconque servirait l'Éternel. Pourtant, sa véritable intention était à l'opposé : veiller à ce qu'aucun juste ne périsse là-bas, à D.ieu ne plaise.
וַיָּבֹאוּ לַעֲשׂוֹת זְבָחִים וְעֹלוֹת וְיֵהוּא שָׂם־לוֹ בַחוּץ שְׁמֹנִים אִישׁ וַיֹּאמֶר הָאִישׁ אֲשֶׁר־יִמָּלֵט מִן־הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר אֲנִי מֵבִיא עַל־יְדֵיכֶם נַפְשׁוֹ תַּחַת נַפְשׁוֹ׃ - Ils entrèrent pour offrir des sacrifices et des holocaustes, et Yéhou avait posté dehors quatre-vingts hommes, et il avait dit : « L'homme qui laissera échapper l'un des hommes que je remets entre vos mains, sa vie répondra pour la sienne ! »
Pourquoi fallait-il qu'ils accomplissent d'abord des sacrifices et des holocaustes ? Parce qu'il fallait un motif absolu et irréfutable pour les mettre à mort. Dès l'instant où ils offrent un holocauste au Baal, leur statut est sans équivoque : quiconque sacrifie à une idole est passible de la peine de mort selon la halakha. Ce n'est qu'après avoir établi que toutes les personnes présentes étaient formellement passibles de mort qu'il ordonna de les frapper conformément à la loi. À l'extérieur, il avait posté quatre-vingts gardes en les avertissant : si l'un des hommes remis entre vos mains s'échappe, la vie du garde répondra de celle du fuyard.
Il y a ici un constat tout à fait remarquable. Combien d'hommes cette salle pouvait-elle contenir ? Mille personnes, ou admettons deux mille au grand maximum. Et c'étaient là l'ensemble des adorateurs du Baal, ses prêtres et ses prophètes, venus de tout Israël, des dix tribus ! En lisant les récits historiques, on s'imagine souvent que tout le peuple d'Israël s'adonnait à l'idolâtrie, et voilà qu'il s'avère que Yéhou les fit tous entrer dans une seule salle, sans qu'il n'en reste un seul dehors. Autre preuve : combien d'hommes fallut-il pour les éliminer ? Quatre-vingts hommes. On ne déploie pas quatre-vingts hommes pour maîtriser trois mille personnes ; quatre-vingts soldats suffisent tout au plus pour quelques centaines d'individus. Certes, des hommes armés peuvent dominer un groupe supérieur en nombre, mais pas des milliers ; des milliers d'hommes auraient certainement réussi à forcer le passage et à s'enfuir. Cela prouve bien que les adorateurs du Baal, ses prophètes et ses prêtres, n'étaient pas si nombreux.
D'un autre côté, une difficulté se pose ici, qui avait été soulevée notamment auprès du rav Neugroschel : n'y a-t-il pas une autre source indiquant au contraire que ceux qui n'avaient pas fléchi le genou devant le Baal étaient très peu nombreux - sept mille seulement, « tous les genoux qui n'ont point fléchi devant le Baal » ? Il apparaît ainsi que d'un côté, sept mille seulement étaient purs de tout culte idolâtre, tandis que de l'autre côté, notre chapitre montre que les adorateurs du Baal n'étaient qu'un millier ou deux tout au plus. Comment concilier ces deux données ?
La réponse est qu'ils « boitaient des deux côtés ». Les sept mille étaient ceux dont le cœur était intègre envers Hachem, qui ne s'étaient jamais agenouillés devant le Baal et chez qui n'avait jamais effleuré la moindre pensée d'avoda zara - les tsaddikim d'Israël. En revanche, ceux que rassembla Yéhou étaient les serviteurs du Baal, ses prêtres et ses prophètes, voués à cent pour cent au Baal, sans la moindre inclination envers Hachem béni soit-Il. Et tout le reste, selon les termes d'Éliyahou au mont Carmel, boitait des deux côtés : quelque part au milieu, tantôt avec le Baal et tantôt avec Hachem, le cœur partagé. Il s'avère donc qu'il n'y a là aucune contradiction, car les deux extrêmes étaient très minoritaires, tandis que l'immense majorité était formée d'égarés.
Et aujourd'hui encore, on peut observer cette même réalité. Les extrémistes qui haïssent la religion sont très peu nombreux ; ils font beaucoup de bruit, mais restent une infime minorité. Ceux qui craignent Hachem et observent scrupuleusement les mitsvot ne sont pas non plus la majorité ; ils se multiplient, baroukh Hachem, mais restent peu nombreux. Le reste de la population se situe quelque part au milieu : plus de quatre-vingt-dix pour cent des Juifs jeûnent à Yom Kippour, mais d'un autre côté, regardez à quoi ressemble le Chabbat - que Hachem ait pitié. Nous sommes nous aussi aujourd'hui dans cette situation où l'on boite des deux côtés, et puisse Hachem nous ramener tous à une téchouva complète, amen.
וַיְהִי כְּכַלֹּתוֹ לַעֲשׂוֹת הָעֹלָה וַיֹּאמֶר יֵהוּא לָרָצִים וְלַשָּׁלִשִׁים בֹּאוּ הַכּוּם אִישׁ אַל־יֵצֵא וַיַּכּוּם לְפִי־חָרֶב וַיַּשְׁלִכוּ הָרָצִים וְהַשָּׁלִשִׁים וַיֵּלְכוּ עַד־עִיר בֵּית־הַבָּעַל׃ - Lorsqu'il eut achevé d'offrir l'holocauste, Yéhou dit aux coureurs et aux officiers : « Entrez, frappez-les, que nul ne sorte ! » Ils les frappèrent au fil de l'épée ; les coureurs et les officiers les jetèrent là, et ils allèrent jusqu'à la ville du temple du Baal.
Dès qu'ils eurent fini d'offrir l'holocauste - car, comme mentionné, il fallait un prétexte suffisant pour les exécuter - Yéhou ordonna aux coureurs et aux officiers, ces gardes chargés d'empêcher toute fuite : « Entrez, frappez-les, que nul ne sorte ». Le chaos s'installa, les gens tentèrent de fuir, et quiconque franchissait l'issue fut abattu. « Et ils jetèrent » - ils jetèrent à terre les cadavres des serviteurs du Baal. Certains tentèrent de s'échapper, et ils les poursuivirent jusqu'à la ville du temple du Baal pour les tuer ; ou bien ils parvinrent jusqu'à la ville du temple du Baal afin d'en briser les stèles.
וַיֹּצִאוּ אֶת־מַצְּבוֹת בֵּית־הַבַּעַל וַיִּשְׂרְפוּהָ׃ - Ils sortirent les stèles du temple du Baal et les brûlèrent.
Le Malbim explique : cette stèle était en bois, c'est pourquoi le moyen le plus simple de la détruire était de la brûler.
וַיִּתְּצוּ אֵת מַצְּבַת הַבָּעַל וַיִּתְּצוּ אֶת־בֵּית הַבַּעַל וַיְשִׂמֻהוּ לְמוֹצָאוֹת עַד־הַיּוֹם׃ - Ils renversèrent la stèle du Baal, démolirent le temple du Baal et en firent des latrines jusqu'à ce jour.
Cette stèle du Baal, explique le Malbim, était en pierre ; la manière appropriée de l'anéantir totalement était donc de la briser en morceaux, tout comme le temple du Baal qui était bâti en pierre. « Et ils en firent » - le texte écrit porte « lamakhra'ot » et la lecture traditionnelle est « lemotsa'ot », ce qui relève d'un tiqoun soferim. « Makhra'ot » fait référence aux excréments, à ce qui sort des orifices corporels, un terme jugé trop cru ; c'est pourquoi la lecture publique prescrite est « lemotsa'ot », qui évoque également les déjections, mais sous une forme plus châtiée. Ils firent ainsi de cet endroit un dépotoir et un lieu de latrines.
La Guémara rapporte que Rabbi Yéhochoua ben Qorkha disait : « Nous prononçons lamakhra'ot » - il désignait délibérément le lieu par ce terme grossier. Et pourquoi ? Car Rav Na'hman a dit : toute raillerie (létsanout) est interdite, excepté la raillerie dirigée contre l'idolâtrie (avoda zara). La raillerie est une tare morale détestable, mais tourner en dérision les futilités de ce monde, l'idolâtrie et tout ce qui relève de la sitra a'hra - cela constitue une excellente dérision.
À ce propos, il convient de rapporter une anecdote : le rav Chalom Schwadron, que la mémoire du tsaddik soit bénie, avait pour habitude, lors de ses discours, de tourner en dérision les transgresseurs ainsi que tout ce qui s'oppose à la Torah et aux mitsvot, en ridiculisant leurs travers. On vint un jour s'en plaindre auprès du 'Hazon Ich : « Il y a là un rav qui donne des sermons en faisant de l'ironie, ce qui n'est pas convenable ; on vient entendre des paroles de moussar, pas des moqueries ! » Le 'Hazon Ich le fit appeler - ainsi que le rav Schwadron le raconta lui-même - et lui demanda de prononcer une allocution comme il en avait l'habitude à Zikhron Moshé à Jérusalem. Le rav Schwadron hésita : « Que puis-je dire devant le Rav ? » Le 'Hazon Ich répondit : « Oui, parlez exactement comme vous en avez l'habitude ». Il s'exprima alors fidèlement à sa manière, avec ses récits imagés et son sens aigu de la satire, tandis que le 'Hazon Ich écoutait, les yeux clos. Lorsqu'il eut terminé, le 'Hazon Ich lui dit : « C'est précisément ainsi qu'il faut s'adresser au public aujourd'hui ». On voit par là que toute raillerie est interdite, hormis celle de l'idolâtrie. Quand un homme contemple un égarement avec fascination, et que vous le tournez en dérision, démontrant qu'il ne s'agit que de vanité et de bêtise en le réduisant plus bas que terre (« afra de'ara ») - c'est là le véritable moyen pour déraciner cette illusion du cœur humain.
וַיַּשְׁמֵד יֵהוּא אֶת־הַבַּעַל מִיִּשְׂרָאֵל׃ רַק חֲטָאֵי יָרָבְעָם בֶּן־נְבָט אֲשֶׁר הֶחֱטִיא אֶת־יִשְׂרָאֵל לֹא־סָר יֵהוּא מֵאַחֲרֵיהֶם עֶגְלֵי הַזָּהָב אֲשֶׁר בֵּית־אֵל וַאֲשֶׁר בְּדָן׃ - Yéhou extermina le Baal du milieu d'Israël. Toutefois, des péchés de Yarov'am, fils de Nevat, qui avait fait fauter Israël, Yéhou ne se détourna point : des veaux d'or qui étaient à Beth-El et à Dan.
Yarov'am ben Nevat avait érigé deux veaux d'or pour remplacer le service du Beth Hamikdach, afin que le peuple n'ait plus besoin de monter en pèlerinage à Jérusalem ; c'était là l'une des institutions les plus difficiles à abolir pour les rois d'Israël. Yéhou parvint à éradiquer le culte de Baal et tua tous ses adeptes, mais il ne supprima pas les veaux érigés par Yarov'am. Pourquoi ? Parce que cette pratique était devenue une habitude enracinée, tenue à leurs yeux pour une chose bonne et droite. Certains expliquent également qu'à l'origine, ils servaient les veaux au nom d'Hachem, et c'est pourquoi persistait en eux le sentiment que cet acte ne comportait ni défaut ni préjudice.
La Guémara dans Sanhédrin 102a pose la question : pourtant Yéhou était un grand tsadik, comment est-il possible qu'il ait laissé subsister les veaux ? D'un côté, il est écrit : « Parce que tu as bien agi en faisant ce qui est droit à Mes yeux », et de l'autre : « Mais Yéhou ne prit pas garde de marcher selon la Torah d'Hachem... il ne se détourna point des péchés de Yarov'am ». Qu'est-ce qui a causé cela ? Abayé répond : une alliance est scellée avec les lèvres, car il est dit : « A'hav a servi le Baal un peu, Yéhou le servira beaucoup ». Tu as dit « je le servirai beaucoup » - tu finiras donc par le servir beaucoup.
On comprend à quel point l'homme doit prendre garde à ne pas prononcer une parole néfaste. Chez Moché Rabbénou lui-même, nous avons constaté ce principe : tout son mérite ne l'a pas protégé sur ce point. Qu'avait dit Moché à Yitro au sujet du premier fils qui naîtrait ? Qu'il serait prêtre d'idolâtrie. Et qui fut le « prêtre » de la statue de Mikha ? Yéhonathan ben Guerchom ben Moché, le petit-fils de Moché Rabbénou. Moché avait dit que son fils serait voué à l'idolâtrie, et comme une alliance est scellée avec les lèvres, la chose s'est accomplie. C'est pourquoi il faut faire extrêmement attention à ne jamais proférer de parole défavorable sur soi-même, ni dire « s'il m'arrive telle ou telle chose ». Même lorsqu'on interprète un rêve, il faut toujours l'interpréter dans un sens favorable. Une personne dit parfois « il me semble qu'il va arriver ceci ou cela », or la Guémara enseigne que cela peut agir « comme une inadvertance émanant du souverain » : la parole a été prononcée, et à Dieu ne plaise, les mots se réalisent et deviennent réalité.
Rava dit : il a vu le sceau d'A'hiya Hachiloni. Comme on s'en souvient, A'hiya Hachiloni avait été trompé par Yarov'am. Lorsqu'A'hiya lui annonça qu'Hachem l'établissait roi, Yarov'am demanda : « Et tout ce que j'ordonnerai, l'accepteront-ils de moi ? » Le prophète répondit : « Oui ». Yarov'am lui dit : « Appose ton sceau là-dessus ». Yarov'am ajouta : « Même si je leur ordonne de servir des idoles ? » Il répondit : « Oui », et lui signa une lettre attestant que le peuple devait lui obéir, même s'il leur ordonnait de servir des idoles. Comment est-il concevable qu'A'hiya Hachiloni ait signé une telle chose ? En réalité, A'hiya s'était dit : un homme aussi éminent que Yarov'am irait-il servir des idoles ?! C'est un homme que le Saint, béni soit-Il, a choisi Lui-même, et au sujet duquel il est dit que tous les sages d'Israël étaient devant lui comme les herbes des champs, un géant parmi les géants. Imaginez que le 'Hafets 'Haïm vienne demander une telle signature : qui soupçonnerait le 'Hafets 'Haïm d'aller commettre de l'idolâtrie ? Or, le 'Hafets 'Haïm n'était rien en comparaison de la stature de Yarov'am ben Nevat. Dès lors, s'était dit A'hiya, je n'ai aucun doute à son sujet ; son intention concerne assurément le service du roi, peut-être une corvée inhabituelle pour le peuple, un dur labeur, et il lui signa le document. Yarov'am prit cette lettre, l'encadra, érigea les veaux d'or et la montra au peuple : « Regardez, A'hiya Hachiloni a écrit que même si je vous ordonne de pratiquer l'idolâtrie, vous devez m'obéir ». Selon Rava, Yéhou vit lui aussi ce sceau et s'égara, estimant qu'il était permis d'induire le peuple en erreur et de maintenir cette idolâtrie.
Dans le Tanna Debé Eliyahou Zouta (chapitre 7), il est rapporté : on a dit de Yéhou ben Nimchi qu'il craignait le Ciel et ne suivait point les veaux d'or faits par Yarov'am ben Nevat ; mais dès lors qu'il parvint à la grandeur et à la royauté, il corrompit ses actions. Voit-on ce qui en fut la cause ? La grandeur et la royauté. Tant qu'un homme reste simple, il lui est aisé de servir Hachem. Mais lorsqu'il accède au pouvoir, qu'on vient le louer, le glorifier et se prosterner devant lui, il en arrive à des égarements qu'il n'aurait jamais atteints s'il avait conservé l'humilité et la modestie. C'est ainsi qu'il en vint à l'idolâtrie et corrompit ses actes.
Et Yéhonadav ben Rekhav, que Yéhou avait rencontré en chemin et qui l'avait aidé à exterminer les impies, en tira la leçon et mit en garde ses enfants pour qu'ils ne trébuchent pas dans ce piège : n'aspirez point à la grandeur, car si vous n'aspirez pas à la grandeur, vous ne vous corromprez pas. C'est ce que rapporte Yirmeyahou au chapitre 35 : « Va vers la maison des Rékhabites » - non point un garage, mais les descendants de Yéhonadav ben Rekhav, la famille de Rekhav - « parle-leur, introduis-les dans la maison d'Hachem, dans l'une des salles, et fais-leur boire du vin ». Yirmeyahou les introduisit dans la salle des fils de 'Hanan, fils de Yigdalyahou, homme de Dieu, plaça devant eux des cratères pleins de vin et des coupes, et leur dit : Buvez du vin. « Mais ils répondirent : Nous ne boirons point de vin, car Yonadav, fils de Rekhav, notre père, nous a donné cet ordre : Vous ne boirez point de vin, ni vous ni vos enfants, à jamais ; vous ne bâtirez point de maisons, vous ne sèmerez point de semence, vous ne planterez point de vigne et vous n'en posséderez point, mais vous habiterez sous des tentes tous vos jours, afin que vous viviez de longs jours sur la face de la terre où vous séjournez ». Et ils témoignent : « Nous avons obéi à la voix de Yéhonadav, fils de Rekhav, notre père, dans tout ce qu'il nous a ordonné... et nous avons habité sous des tentes, nous avons écouté et agi selon tout ce que nous a ordonné Yonadav notre père ».
Cela signifie que Yéhonadav vit ce que la grandeur et l'ambition royale avaient provoqué chez Yéhou, et se dit : je ne permettrai pas que mes enfants se corrompent comme lui. Il les avertit donc de ne point bâtir de maisons, de ne pas planter de vignes et de ne pas boire de vin, car tout cela risque de rapprocher l'homme de la faute. De fait, leurs descendants furent des hommes illustres et vertueux, préservés dans leur sainteté grâce à ce testament. Il est également écrit qu'il savait qu'ils étaient destinés à être exilés du pays et qu'il ne voulait pas que l'exil leur fût trop pénible : lorsqu'un homme doit quitter un lieu bâti, une maison, un champ ou une vigne, il s'attarde parfois jusqu'à ce qu'il soit trop tard, et lorsqu'il veut enfin fuir, il ne le peut plus.
וַיֹּאמֶר ה' אֶל־יֵהוּא יַעַן אֲשֶׁר־הֱטִיבֹתָ לַעֲשׂוֹת הַיָּשָׁר בְּעֵינַי כְּכֹל אֲשֶׁר בִּלְבָבִי עָשִׂיתָ לְבֵית אַחְאָב בְּנֵי רְבִעִים יֵשְׁבוּ לְךָ עַל־כִּסֵּא יִשְׂרָאֵל׃ - L'Éternel dit à Yéhou : « Parce que tu as bien agi en faisant ce qui est droit à Mes yeux, et que tu as fait à la maison d'Ahav tout ce qui était dans Mon cœur, tes descendants jusqu'à la quatrième génération siégeront pour toi sur le trône d'Israël. »
Le Saint, béni soit-Il, lui promet la royauté jusqu'à la quatrième génération, parce qu'il a agi envers la maison d'Ahav exactement selon l'ordre reçu : J'ai ordonné d'anéantir la maison d'Ahav, et tu l'as anéantie comme prescrit.
וְיֵהוּא לֹא שָׁמַר לָלֶכֶת בְּתוֹרַת־ה' אֱלֹהֵי־יִשְׂרָאֵל בְּכָל־לְבָבוֹ לֹא סָר מֵעַל חַטֹּאות יָרָבְעָם אֲשֶׁר הֶחֱטִיא אֶת־יִשְׂרָאֵל׃ - Mais Yéhou ne prit pas garde de suivre de tout son cœur la Torah de l'Éternel, Dieu d'Israël ; il ne s'écarta point des fautes de Yarov'am, qui avait fait pécher Israël.
Il ne suit pas la Torah de l'Éternel de tout son cœur, persiste dans les péchés de Yarov'am et maintient le culte des veaux d'or. Et pour ainsi dire, le Saint, béni soit-Il, Se trouve face à un dilemme : Il ne peut l'anéantir, puisqu'Il lui a déjà promis quatre générations. Mais d'un autre côté, souligne le Malbim, cette promesse même s'est retournée contre lui. En quel sens ? Si la royauté ne t'avait pas été garantie d'avance, tu aurais encore pu trouver une justification : j'ai maintenu les veaux d'or par la même crainte que Yarov'am - de peur que le peuple ne monte en pèlerinage à Jérusalem, que le roi de Yéhouda ne les séduise et qu'ils ne refusent de reconnaître mon autorité. Mais si la royauté t'est assurée pour toi et tes descendants sur quatre générations, quelle crainte pouvait subsister ? Le Saint, béni soit-Il, t'a garanti quatre générations, quel besoin avais-tu alors de conserver ces veaux ? Il s'avère donc que la promesse divine a elle-même alourdi le grief retenu contre lui : en temps ordinaire, il aurait pu plaider la contrainte due à la peur de perdre son trône, mais ici, aucune crainte n'était fondée. C'est pourquoi la colère de l'Éternel s'enflamma contre lui.
בַּיָּמִים הָהֵם הֵחֵל ה' לְקַצּוֹת בְּיִשְׂרָאֵל וַיַּכֵּם חֲזָאֵל בְּכָל־גְּבוּל יִשְׂרָאֵל׃ - En ces jours-là, l'Éternel commença à entamer le territoire d'Israël, et 'Hazaël les frappa sur toute la frontière d'Israël.
Le terme « lekatsot » (לְקַצּוֹת) dérive de l'idée de trancher et d'amputer, comme dans « et tu lui couperas la main » (vekatsota et kapah). Les coups commencèrent ainsi à frapper ceux qui résidaient à l'extrémité de la terre d'Israël, à l'est du Jourdain.
מִן־הַיַּרְדֵּן מִזְרַח הַשֶּׁמֶשׁ אֵת כָּל־אֶרֶץ הַגִּלְעָד הַגָּדִי וְהָראוּבֵנִי וְהַמְנַשִּׁי מֵעֲרֹעֵר אֲשֶׁר־עַל־נַחַל אַרְנֹן וְהַגִּלְעָד וְהַבָּשָׁן׃ - Depuis le Jourdain, vers le levant : tout le pays de Guil'ad, les Gadites, les Réouvenites et les Manassites, depuis Aroër qui se trouve sur la vallée de l'Arnon, ainsi que le Guil'ad et le Bashan.
וְיֶתֶר דִּבְרֵי יֵהוּא וְכָל־אֲשֶׁר עָשָׂה וְכָל־גְּבוּרָתוֹ הֲלוֹא־הֵם כְּתוּבִים עַל־סֵפֶר דִּבְרֵי הַיָּמִים לְמַלְכֵי יִשְׂרָאֵל׃ וַיִּשְׁכַּב יֵהוּא עִם־אֲבֹתָיו וַיִּקְבְּרוּ אֹתוֹ בְּשֹׁמְרוֹן וַיִּמְלֹךְ יְהוֹאָחָז בְּנוֹ תַּחְתָּיו׃ וְהַיָּמִים אֲשֶׁר מָלַךְ יֵהוּא עַל־יִשְׂרָאֵל עֶשְׂרִים וּשְׁמֹנֶה שָׁנָה בְּשֹׁמְרוֹן׃ - Le reste des actes de Yéhou, tout ce qu'il a accompli et toute sa bravoure, tout cela n'est-il pas consigné dans le livre des Chroniques des rois d'Israël ? Yéhou se coucha avec ses pères, et on l'enterra à Shomron ; Yo'a'haz, son fils, régna à sa place. Le temps pendant lequel Yéhou régna sur Israël à Shomron fut de vingt-huit ans.
Une prophétie concernant la maison de Yéhou figure dans le livre d'Hoshea, au premier chapitre : « Parole de l'Éternel qui fut adressée à Hoshea fils de Beéri... Va, prends-toi une femme de prostitution et des enfants de prostitution, car le pays ne fait que se prostituer en se détournant de l'Éternel. Il alla et prit Gomer fille de Divlayim ; elle conçut et lui enfanta un fils. Et l'Éternel lui dit : Donne-lui le nom de Yizre'el, car encore un peu de temps, et Je demanderai compte du sang de Yizre'el à la maison de Yéhou, et Je mettrai fin à la royauté de la maison d'Israël » (les détails de ce passage seront expliqués, avec l'aide de Dieu, lorsque nous y parviendrons).
Qui se trouvait à Yizre'el ? Ahav. Le Saint, béni soit-Il, annonce donc : Je vais demander des comptes à Yéhou pour avoir massacré la maison d'Ahav. Comment une telle chose est-elle concevable ? N'est-ce pas le Saint, béni soit-Il, qui avait ordonné par prophétie d'exterminer la maison d'Ahav, et Yéhou n'a-t-il pas agi fidèlement selon les paroles transmises au prophète Eliyahou ?
L'explication réside dans ceci : si tu avais détruit la maison d'Ahav par droiture, par refus intolérable de voir sévir des idolâtres et dans le but d'accomplir l'ordre de l'Éternel, tu en aurais été récompensé. Mais si tu les as massacrés sous prétexte qu'ils servaient les idoles, et que par la suite tu t'adonnes toi-même à l'idolâtrie, que devient ton acte ? Il s'avère qu'il n'a pas été accompli pour la gloire du Ciel, mais par ambition personnelle pour t'emparer du trône. Si le culte idolâtre te répugnait au point de faire couler le sang, comment as-tu pu ensuite le pratiquer de tes propres mains ? Dès lors, ce qui était tenu pour une mitsva entre dans un tout autre compte. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, déclare : « Et Je demanderai compte du sang de Yizre'el à la maison de Yéhou, et Je mettrai fin à la royauté de la maison d'Israël ».
Le principe fondamental en la matière est le suivant : celui qui poursuit le poursuivant doit être exempt de la faute de ce dernier. Si un homme en poursuit un autre pour le tuer, chacun a le droit de frapper le poursuivant afin de sauver la victime. Mais si celui qui poursuit ce poursuivant porte en lui-même une faute, et qu'il n'agit pas dans le dessein de secourir la victime mais pour régler un vieux compte avec le coupable, trouvant simplement un prétexte halakhique pour assouvir sa vengeance - il n'a plus le statut de sauveur, mais est lui-même considéré comme un poursuivant et un meurtrier. Il en va de même ici. On en tire un enseignement majeur : lorsqu'un homme accomplit une action, il doit impérativement la vouer au Ciel (Lechem Chamayim). Car parfois, même pour un acte requis et légitime, si l'intention n'était pas purement tournée vers le Ciel - l'homme devra un jour rendre des comptes là-Haut pour cet acte même.
Yéhou ouvre ce chapitre par une ruse sacrée : un double langage, « le servira beaucoup » et « j'ai un grand sacrifice pour le Baal », afin de rassembler tous les fidèles du Baal en un même lieu, de les revêtir d'un habit distinctif, d'attendre qu'ils soient passibles de mort par leurs offrandes idolâtres, de les exterminer, d'abattre le temple de Baal et d'en faire un dépotoir d'immondices. Nous avons appris de cet épisode que les extrêmes sont toujours minoritaires tandis que la majorité hésite entre deux voies, et que la raillerie de l'idolâtrie est permise et même souhaitable. Pourtant, malgré toute sa grandeur, Yéhou échoua : il n'écarta pas les veaux de Yarov'am, que ce soit par l'effet de « l'alliance scellée avec les lèvres » issue de ses propres paroles, ou en raison du sceau d'Ahiya Hachiloni, et surtout parce que la grandeur et la royauté corrompirent ses actes - au point que Yehonadav ben Rekhav enjoignit à ses descendants de fuir la grandeur et les biens matériels. La promesse de quatre générations de royauté qui lui avait été faite se mua en chef d'accusation contre lui, et le Saint, béni soit-Il, finit par lui demander des comptes pour le sang de Yizre'el. Cela vient nous enseigner que même l'action la plus juste se mesure à l'aune de l'intention qui l'anime : si elle n'est pas accomplie pour l'amour du Ciel, l'homme finira par devoir en répondre.