Le troisième chapitre du deuxième livre des Rois s'ouvre sur le règne de Yéhoram, fils d'Ahav. Ahav est mort au combat et les chiens ont léché son sang, conformément à la prophétie d'Eliyahou, pour avoir spolié la vigne de Navot de Yizréel, et son fils Yéhoram régna à sa place. Mais une question se pose : pourquoi le texte s'attarde-t-il ici sur les détails du règne de Yéhoram ? La réponse réside dans la demande formulée par Elisha à son maître : « Qu'il y ait donc une double part de ton esprit sur moi », c'est-à-dire le mérite d'accomplir deux fois plus de miracles que son maître. Rachi cite le Midrash au nom des trente-deux règles de Rabbi Eliézer, fils de Rabbi Yossé HaGlili, rappelant que nous trouvons huit miracles chez Eliyahou et seize chez Elisha, réalisant ainsi cette « double part ». À partir d'ici, le texte commence à énumérer ces miracles les uns après les autres.
וִיהוֹרָם בֶּן־אַחְאָב מָלַךְ עַל־יִשְׂרָאֵל בְּשֹׁמְרוֹן בִּשְׁנַת שְׁמֹנֶה עֶשְׂרֵה לִיהוֹשָׁפָט מֶלֶךְ יְהוּדָה וַיִּמְלֹךְ שְׁתֵּים־עֶשְׂרֵה שָׁנָה׃ - Yéhoram, fils d'Ahav, devint roi sur Israël à Samarie la dix-huitième année de Yéhochafat, roi de Juda, et il régna douze ans.
וַיַּעֲשֶׂה הָרַע בְּעֵינֵי יְהֹוָה רַק לֹא כְאָבִיו וּכְאִמּוֹ וַיָּסַר אֶת־מַצְּבַת הַבַּעַל אֲשֶׁר עָשָׂה אָבִיו׃ רַק בְּחַטֹּאות יָרָבְעָם בֶּן־נְבָט אֲשֶׁר־הֶחֱטִיא אֶת־יִשְׂרָאֵל דָּבֵק לֹא־סָר מִמֶּנָּה׃ - Il fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel, mais non comme son père et sa mère : il ôta la stèle de Baal que son père avait faite. Cependant, il resta attaché aux péchés de Yarov'am, fils de Nevat, qui avait fait pécher Israël, et ne s'en écarta point.
Yéhoram fit ce qui est mal aux yeux d'Hachem, mais le texte souligne qu'il ne fut pas comme son père et sa mère. Il y a ici une distinction entre deux sortes de rois : ceux qui s'attachaient au péché de Yarov'am par calcul d'intérêt, et ceux qui s'y attachaient par provocation délibérée. Quel était ce calcul ? Si le roi d'Israël observait les mitsvot, il serait contraint de faire monter le peuple à Jérusalem pour offrir les sacrifices lors des trois fêtes de pèlerinage. Or, dans la cour du Temple (l'Azara), il ne pourrait pas s'asseoir, car seuls les rois de la maison de David ont le privilège de s'y asseoir. Il devrait donc rester debout, et tout le monde se dirait : « Voici le roi de Juda assis et le roi d'Israël debout, ce dernier n'est visiblement pas un véritable souverain », et le peuple se tournerait vers le roi de Juda. C'est de là que tout est parti, tel fut le péché de Yarov'am. Ahav et Izével avaient érigé la stèle de Baal et les idoles par provocation délibérée, tandis que Yéhoram retira la stèle de Baal et ne s'attacha qu'au péché de Yarov'am, par crainte de voir le royaume basculer aux mains des rois de Juda, et non, à Dieu ne plaise, par esprit de rébellion comme son père et sa mère.
וּמֵישַׁע מֶלֶךְ־מוֹאָב הָיָה נֹקֵד וְהֵשִׁיב לְמֶלֶךְ־יִשְׂרָאֵל מֵאָה־אֶלֶף כָּרִים וּמֵאָה אֶלֶף אֵילִים צָמֶר׃ וַיְהִי כְּמוֹת אַחְאָב וַיִּפְשַׁע מֶלֶךְ־מוֹאָב בְּמֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל׃ - Mécha, roi de Moav, était éleveur de troupeaux ; il livrait en tribut au roi d'Israël cent mille agneaux et la laine de cent mille béliers. Mais à la mort d'Ahav, le roi de Moav se révolta contre le roi d'Israël.
Le terme « Noked » désigne un éleveur de petit bétail. Et pourquoi Mécha était-il devenu éleveur d'ovins ? Parce qu'il était assujetti à la couronne d'Israël et tenu de lui verser chaque année un tribut de cent mille agneaux et cent mille béliers avec leur laine - c'est-à-dire porteurs de leur toison, et non des bêtes déjà tondues. Lorsqu'une charge aussi lourde pèse sur un souverain, il n'a d'autre choix que de se consacrer massivement à l'élevage. Dès la mort d'Ahav, Mécha chercha l'occasion de secouer ce fardeau écrasant : c'est pourquoi il est écrit qu'il « se révolta » - il rejeta l'autorité du roi d'Israël.
וַיֵּצֵא הַמֶּלֶךְ יְהוֹרָם בַּיּוֹם הַהוּא מִשֹּׁמְרוֹן וַיִּפְקֹד אֶת־כָּל־יִשְׂרָאֵל׃ - Le roi Yéhoram sortit ce jour-là de Samarie et passa en revue tout Israël.
Aux yeux de Yéhoram, la chose était inadmissible : comment ce vassal osait-il se soustraire à ses obligations ? D'autant que l'économie du royaume reposait en grande partie sur ces tributs. Il sortit donc de Samarie et recensa tout Israël, un tel dénombrement étant entrepris pour les préparatifs de guerre.
וַיֵּלֶךְ וַיִּשְׁלַח אֶל־יְהוֹשָׁפָט מֶלֶךְ־יְהוּדָה לֵאמֹר מֶלֶךְ מוֹאָב פָּשַׁע בִּי הֲתֵלֵךְ אִתִּי אֶל־מוֹאָב לַמִּלְחָמָה וַיֹּאמֶר אֶעֱלֶה כָּמוֹנִי כָמוֹךָ כְּעַמִּי כְעַמֶּךָ כְּסוּסַי כְּסוּסֶיךָ׃ - Il s'en alla et envoya dire à Yéhochafat, roi de Yéhouda : « Le roi de Moav s'est révolté contre moi ; viendras-tu avec moi faire la guerre contre Moav ? » Et il répondit : « J'y monterai ; moi comme toi, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme tes chevaux. »
Yéhoram demande à Yéhochafat de se joindre à lui, et il a de bonnes raisons d'espérer son soutien : rappelons que Yéhochafat et A'hav étaient alliés par mariage. De plus, précise le Malbim, lorsque Moav s'était révolté contre le roi d'Israël, ils s'étaient également ligués avec les Ammonites et certains habitants de Séïr pour attaquer Yéhochafat, et ils avaient essuyé une défaite. Cet épisode n'est pas rapporté ici, mais dans Divré Hayamim II, chapitre 20. Dès lors, lorsqu'une occasion de leur faire payer se présente à lui, Yéhochafat ne la laisse pas passer et déclare : « Moi comme toi, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme tes chevaux » - nous combattrons côte à côte, et je suis prêt à engager les mêmes forces que toi.
וַיֹּאמֶר אֵי־זֶה הַדֶּרֶךְ נַעֲלֶה וַיֹּאמֶר דֶּרֶךְ מִדְבַּר אֱדוֹם׃ - Il dit : « Par quel chemin monterons-nous ? » Et il répondit : « Par le chemin du désert d'Edom. »
Le roi d'Israël demande au roi de Yéhouda par quel chemin faire campagne, et celui-ci répond : par le désert d'Edom. Pourquoi donc ? Parce qu'Edom était soumise à Israël en ces jours, et comme nous le savons, « un gouverneur faisait fonction de roi en Edom ». Yéhochafat souhaitait que le roi d'Edom se joigne également à eux, car en étant trois rois réunis, le combat leur serait d'autant plus aisé.
וַיֵּלֶךְ מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל וּמֶלֶךְ־יְהוּדָה וּמֶלֶךְ אֱדוֹם וַיָּסֹבּוּ דֶּרֶךְ שִׁבְעַת יָמִים וְלֹא־הָיָה מַיִם לַמַּחֲנֶה וְלַבְּהֵמָה אֲשֶׁר בְּרַגְלֵיהֶם׃ - Le roi d'Israël, le roi de Yéhouda et le roi d'Edom partirent donc ; ils firent un détour de sept jours de marche, et il n'y eut point d'eau pour le camp ni pour le bétail qui les suivait.
Le roi d'Edom n'était pas un véritable roi mais un préfet, et le roi d'Israël ainsi que le roi de Yéhouda s'adjoignent effectivement à lui. Mais remarquez bien : ils disposaient d'un chemin direct pour atteindre Moav, car Moav borde Israël de l'autre côté du Jourdain, là où se trouve aujourd'hui la Jordanie. Il suffisait de franchir le Jourdain pour y arriver. Pourquoi donc s'engager dans le désert ? En réalité, ils ont contourné le mont Séïr afin d'entraîner avec eux le roi d'Edom, et ils ont ainsi été contraints de faire un long détour par le désert. C'est précisément ce qui a provoqué leur détresse.
וַיֹּאמֶר מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל אֲהָהּ כִּי־קָרָא יְהֹוָה לִשְׁלֹשֶׁת הַמְּלָכִים הָאֵלֶּה לָתֵת אוֹתָם בְּיַד־מוֹאָב׃ - Le roi d'Israël dit : « Hélas ! Hashem a donc appelé ces trois rois pour les livrer aux mains de Moav ! »
Soudain, ils réalisent que leur initiative d'aller chercher le roi d'Edom s'est retournée contre eux : les voilà maintenant en plein désert, sans eau pour les troupes ni pour les bêtes, et le roi de Moav pourra dès lors les vaincre sans peine. Le roi d'Israël s'écrie : je comprends à présent que si nous avons dévié de la voie droite au mépris de toute logique - qui aurait voulu que l'on traverse le Jourdain pour attaquer directement Moav - et que nous avons préféré rallier Edom, tout cela n'était qu'un dessein de Hashem pour déjouer nos plans et nous livrer aux mains du roi de Moav. Car le bon sens n'aurait jamais dicté une telle conduite : pourquoi faire un détour quand on a une voie directe sous la main ? J'en déduis donc que « Hashem a appelé » : Hashem a arrangé les choses ainsi et a troublé notre jugement pour nous faire agir de manière irrationnelle, dans le seul but de nous livrer au roi de Moav.
וַיֹּאמֶר יְהוֹשָׁפָט הַאֵין פֹּה נָבִיא לַיהֹוָה וְנִדְרְשָׁה אֶת־יְהֹוָה מֵאוֹתוֹ וַיַּעַן אֶחָד מֵעַבְדֵי מֶלֶךְ־יִשְׂרָאֵל וַיֹּאמֶר פֹּה אֱלִישָׁע בֶּן־שָׁפָט אֲשֶׁר־יָצַק מַיִם עַל־יְדֵי אֵלִיָּהוּ׃ - Mais Yéhochafat dit : « N'y a-t-il point ici un prophète de Hashem par qui nous puissions consulter Hashem ? » L'un des serviteurs du roi d'Israël répondit : « Il y a ici Elicha, fils de Chafat, qui versait de l'eau sur les mains d'Eliyahou. »
Yéhochafat était un roi juste, et il comprend que la main de Hashem est à l'œuvre. C'est pourquoi il réclame un prophète, afin d'interroger la volonté divine : quel est ce chemin où nous nous sommes engagés, devons-nous poursuivre, et qu'attend Hashem de nous ? L'un des serviteurs du roi d'Israël lui répond qu'Elicha ben Chafat est là, « qui versait de l'eau sur les mains d'Eliyahou ». Au sens littéral du verset, c'est son disciple : le disciple est qualifié de verseur d'eau sur les mains de son maître, car la voie de l'élève est de servir son maître même dans les tâches les plus élémentaires, comme verser de l'eau sur ses mains, ce qui relève du service d'un serviteur. Bien au contraire, plus le disciple sert humblement son maître, plus il témoigne d'un effacement profond et d'une capacité accrue à intégrer la Torah de son maître.
Mais il existe une autre explication au fait qu'il soit précisément dit « qui versait de l'eau ». Nos Sages enseignent que lorsque Eliyahou se trouvait sur le mont Carmel, il demanda à Élisée de prendre de l'eau et de la verser sur le sacrifice, afin d'écarter tout soupçon quant à la présence d'une matière inflammable. Un miracle se produisit alors, et ses dix doigts devinrent comme des sources d'eau, au point que tout le canal s'en trouva rempli. C'est pourquoi le verset précise « qui versait de l'eau » : non pas simplement « qui le servait » ou « qui étudiait auprès de lui », mais ses mains pour ainsi dire firent jaillir de l'eau devant lui. Et pourquoi l'Écriture mentionne-t-elle ce détail précisément ici ? Le Malbim explique : parce que c'est exactement ce dont ils ont besoin en ce moment, de l'eau. Et qui est la personne la plus indiquée ? « Celui qui versait de l'eau sur les mains d'Eliyahou ». Celui par l'entremise duquel un miracle s'est produit avec de l'eau est tout désigné pour qu'un miracle s'accomplisse à nouveau par son intermédiaire. C'est pourquoi ils affirmèrent : personne n'est plus qualifié qu'Élisée.
וַיֹּאמֶר יְהוֹשָׁפָט יֵשׁ אוֹתוֹ דְּבַר־יְהֹוָה וַיֵּרְדוּ אֵלָיו מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל וִיהוֹשָׁפָט וּמֶלֶךְ אֱדוֹם׃ - Et Yéhochafat dit : « La parole de l'Éternel est avec lui. » Et le roi d'Israël, Yéhochafat et le roi d'Édom descendirent vers lui.
A priori, l'expression la plus naturelle aurait été « yech ito » (יש איתו - la parole est avec lui). Que signifie donc « yech oto » (יש אותו) ? Le Malbim apporte une explication remarquable : Élisée bénéficiait certainement d'une dispense, ou tout au moins d'un sursis ; qu'avait-il à partir avec l'armée, d'autant plus qu'il n'était probablement plus très jeune à cette époque ? De plus, avec qui Yéhochafat part-il en guerre ? Avec le méchant Yéhoram. Qu'avait donc à faire un prophète de l'Éternel dans une telle expédition ? Yéhochafat en déduit donc : « yech oto » - le simple fait que le prophète se trouve là prouve que la parole de l'Éternel est avec lui. Le disciple d'Eliyahou ne se rendrait pas en vain dans un camp militaire sans une mission divine ; s'il est ici, c'est qu'il a une mission à accomplir.
La suite du verset indique : « Et le roi d'Israël, Yéhochafat et le roi d'Édom descendirent vers lui ». Remarquez la nuance : pour Israël et Édom, le texte emploie le terme « roi », mais pas pour Yéhochafat. Nos Sages expliquent que Yéhochafat avait revêtu des habits ordinaires afin de ne point tirer gloire de son rang devant le prophète. C'était un temps de détresse, et ce n'était guère le moment de se présenter devant le prophète avec faste. C'est pourquoi le texte ne le désigne pas dans sa majesté royale, mais comme un homme simple.
וַיֹּאמֶר אֱלִישָׁע אֶל־מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל מַה־לִּי וָלָךְ לֵךְ אֶל־נְבִיאֵי אָבִיךָ וְאֶל־נְבִיאֵי אִמֶּךָ וַיֹּאמֶר לוֹ מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל אַל כִּי־קָרָא יְהֹוָה לִשְׁלֹשֶׁת הַמְּלָכִים הָאֵלֶּה לָתֵת אוֹתָם בְּיַד־מוֹאָב׃ - Et Élisée dit au roi d'Israël : « Qu'y a-t-il entre moi et toi ? Va vers les prophètes de ton père et vers les prophètes de ta mère ! » Mais le roi d'Israël lui dit : « Non, car l'Éternel a appelé ces trois rois pour les livrer entre les mains de Moab. »
Élisée dit au roi d'Israël : que cherches-tu auprès de moi ? Depuis quand suis-je devenu ton recours ? Tu as des prophètes, ceux de ton père et ceux de ta mère, adresse-toi à eux. Le Malbim explique que la prière du prophète n'est salutaire que pour celui qui croit en Hachem et en Ses prophètes. Il faut que l'homme lie son âme à celle du prophète pour que sa prière porte du fruit ; en revanche, pour celui qui ne croit pas en la Providence divine, toutes les prières faites en sa faveur demeurent vaines. C'est pourquoi Élisée lui dit : tu crois aux prophètes de Baal, c'est à eux que tu es attaché ; va vers eux, peut-être t'aideront-ils. Mais moi, en quoi puis-je t'être utile si tu ne te relies pas à moi et si tu ne crois ni en moi ni en Hachem ?
Il convient de souligner ici qu'il en va de même lorsque l'on sollicite la bénédiction d'un Tsaddik. On raconte à ce propos qu'un jour, deux femmes qui n'avaient pas eu d'enfants depuis de longues années vinrent trouver Baba Salé. Il leur demanda de prendre sur elles le respect scrupuleux de la pureté familiale (Taharat Hamichpa'ha). Elles s'y engagèrent et commencèrent à fréquenter le Mikvé. Peu après, l'une d'elles conçut, tandis que l'autre attendait encore. Quelques mois plus tard, elles retournèrent le voir ; la première annonça que, grâce à Dieu, elle attendait un enfant, et la seconde demanda : pourquoi mon amie a-t-elle été exaucée et pas moi ? Le Rav lui fit dire par son serviteur, car il ne s'adressait pas directement aux femmes : dis la vérité, n'est-il pas vrai que lorsque je t'ai bénie, tu n'y croyais pas ? Elle avoua qu'en effet elle n'y croyait guère : elle avait consulté tant de médecins, de spécialistes et de professeurs réputés, comment un vieillard de Netivot pourrait-il régler son cas d'une simple bénédiction ? Le Rav lui répondit : ton amie y a cru, et toi tu n'y as pas cru. Si tu crois en Hachem et si tu as foi en la bénédiction, alors celle-ci fera son effet en toi. C'est précisément ce qu'affirme Élisée : comment puis-je prier en ta faveur si tu n'as pas la foi ?
Le roi d'Israël répond alors : « Non ! » - ne me repousse pas, car le décret ne me concerne pas seul, mais frappe trois rois, parmi lesquels Yéhochafat et le roi d'Édom. On perçoit ici la notion de Providence particulière (Hachga'ha Pratit) : « Car l'Éternel a appelé ces trois rois ». En d'autres termes : il ne s'agit pas d'un contentieux strictement personnel entre toi et moi, il y a ici d'autres personnes en jeu ; agis pour eux, à défaut d'agir pour nous. Même si je n'en suis pas digne, certains ici le méritent, et je reconnais qu'il s'agit d'un dessein providentiel, c'est pourquoi ton intervention est requise.
וַיֹּאמֶר אֱלִישָׁע חַי־יְהֹוָה צְבָאוֹת אֲשֶׁר עָמַדְתִּי לְפָנָיו כִּי לוּלֵי פְּנֵי יְהוֹשָׁפָט מֶלֶךְ־יְהוּדָה אֲנִי נֹשֵׂא אִם־אַבִּיט אֵלֶיךָ וְאִם־אֶרְאֶךָּ׃ - Et Élisée dit : « Par la vie de l'Éternel Tsévaot devant qui je me tiens, si je n'avais égard à Yéhochafat, roi de Juda, je ne ferais pas attention à toi et je ne te regarderais même pas ! »
« Devant qui je me tiens » - j'ai coutume de toujours me tenir devant Lui en prière. Et Élisée déclare : si Yehoshaphat, roi de Juda, n'était pas présent ici, je ne te regarderais même pas et ne te prêterais aucune attention. Quelle est la profondeur de ces paroles ? Le Malbim explique : l'une des conditions pour que l'influx prophétique descende sur le prophète est de se trouver parmi des hommes pieux, intègres et justes, car l'environnement fait partie intégrante des conditions requises pour la prophétie. C'est ce que nous trouvons chez Saül, lorsqu'il arriva auprès de la troupe de prophètes en extase et qu'il lui fut dit « et tu prophétiseras avec eux », ce qui suscita l'étonnement : « Saül est-il aussi parmi les prophètes ? » - lorsque l'on se trouve dans un lieu où Hachem déverse Son influx, on reçoit cet influx même sans avoir atteint le niveau spirituel maximal. En revanche, lorsque le prophète se trouve au milieu de méchants, le Roua'h Hakodesh s'écarte de lui. Et où avons-nous vu cela ? Chez Esther, lorsqu'elle pénétra dans la maison des idoles et s'écria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonnée ? », et nos Sages enseignent qu'en entrant dans ce lieu rempli d'idoles, la Présence divine s'éloigna d'elle.
C'est pourquoi Élisée lui dit : ta simple présence ici fait obstacle à l'influx et m'empêche de prophétiser. Mais il y a un autre aspect : « j'ai égard à Yehoshaphat, roi de Juda » - Yehoshaphat est un juste, et sa présence même favorise la réception de l'influx. La situation est donc en équilibre : d'un côté, il y a une résistance à la réception de l'influx, et de l'autre, un soutien.
וְעַתָּה קְחוּ־לִי מְנַגֵּן וְהָיָה כְּנַגֵּן הַמְנַגֵּן וַתְּהִי עָלָיו יַד־יְהֹוָה׃ - « Et maintenant, amenez-moi un musicien. Et tandis que le musicien jouait, la main de l'Éternel fut sur lui. »
Puisque la situation est en balance - d'un côté un obstacle et de l'autre un appui -, Élisée a besoin d'une action extérieure capable d'éveiller la réception de l'influx. C'est pourquoi il demande un musicien, grâce auquel il parviendra à cette élévation spirituelle par laquelle il pourra recevoir la prophétie. Le Malbim précise : en temps normal, Élisée n'avait nullement besoin d'un musicien, mais parce qu'il y avait ici ces deux forces contradictoires, la musique devint nécessaire pour qu'il reçoive l'esprit d'Hachem.
Nos Sages apportent une autre raison : Élisée ne mérita pas immédiatement que l'esprit divin repose sur lui, car il s'était mis en colère contre le roi d'Israël. Or, quiconque s'emporte, s'il est prophète, sa prophétie le quitte. D'où le savons-nous ? D'Élisée lui-même, qui dut dissiper sa colère grâce au musicien. Selon les propos de nos Sages, le recours au musicien avait pour dessein d'apaiser l'irritation avec laquelle il s'était adressé au roi d'Israël, redevenant ainsi digne que l'esprit d'Hachem vienne sur lui.
וַיֹּאמֶר כֹּה אָמַר יְהֹוָה עָשֹׂה הַנַּחַל הַזֶּה גֵּבִים גֵּבִים׃ כִּי־כֹה אָמַר יְהֹוָה לֹא־תִרְאוּ רוּחַ וְלֹא־תִרְאוּ גֶשֶׁם וְהַנַּחַל הַהוּא יִמָּלֵא מָיִם וּשְׁתִיתֶם אַתֶּם וּמִקְנֵיכֶם וּבְהֶמְתְּכֶם׃ - « Il dit : Ainsi parle l'Éternel : faites dans ce ravin des fossés, des fossés ! Car ainsi parle l'Éternel : vous ne verrez point de vent et vous ne verrez point de pluie, et ce ravin se remplira d'eau, et vous boirez, vous, vos troupeaux et votre bétail. »
« Des fossés » (guevim) signifie creuser des tranchées, des cavités, et l'eau viendra remplir ces fosses. Le Saint, béni soit-Il, promet qu'il n'y aura ni vent ni pluie, et malgré tout, le lit du torrent se remplira d'eau, afin que vous puissiez boire, vous, vos troupeaux et votre bétail.
וְנָקַל זֹאת בְּעֵינֵי יְהֹוָה וְנָתַן אֶת־מוֹאָב בְּיֶדְכֶם׃ - « Mais c'est là peu de chose aux yeux de l'Éternel, et Il livrera Moab entre vos mains. »
Au sens simple du verset : c'est une chose minime aux yeux d'Hachem, et de surcroît, Hachem livrera Moab entre vos mains, ce qui constitue le véritable exploit. Mais le Malbim, fidèle à sa démarche, révèle ici une profondeur singulière. A priori, si l'on nous demandait quel miracle est le plus grand - que le ravin se remplisse sans pluie ni vent, ou qu'il se remplisse par la pluie et le vent -, nous répondrions que le plus grand miracle est que le torrent se remplisse sans pluie. Cependant, il faut savoir que cet endroit était un désert aride où la pluie ne tombe jamais ; par conséquent, si la pluie y était tombée, cela aurait constitué un phénomène totalement en dehors des lois de la nature, et si Hachem y avait fait tomber la pluie tout en remplissant le ravin, cela aurait été un prodige bien plus éclatant encore.
Or, observez ce qui s'est produit ici : la pluie n'est pas tombée dans le désert, mais au pays d'Édom, où les pluies sont régulières et habituelles, et qui n'est pas une contrée privée d'eau. La pluie y est tombée, et les eaux ont ruisselé jusqu'ici, tandis qu'eux-mêmes n'ont vu ni vent ni nuages. Il s'agissait donc d'un miracle mesuré, proche du cours naturel des choses. Et pourquoi Hachem a-t-Il choisi d'accomplir un miracle discret alors qu'Il aurait pu en faire un éclatant ? Le Malbim avance deux raisons. La première est simple : ils ne méritaient pas deux miracles d'envergure, car Yéhoram, un roi impie, se trouvait parmi eux, et ils avaient avant tout besoin du miracle de la délivrance face à Moab ; Hachem a donc minimisé ce miracle-ci afin de donner toute sa portée au salut militaire. La seconde raison est plus profonde : lorsqu'un miracle n'est pas une fin en soi mais seulement un moyen et un instrument, il n'y a pas lieu de lui donner une ampleur démesurée. Et ici, quel était le véritable objectif ? L'eau n'était pas le but de leur expédition, mais bien la victoire sur Moab. Dès lors que l'eau n'était qu'un moyen au service du but principal, il n'y avait aucun motif pour qu'Hachem accomplisse un prodige grandiose en faisant pleuvoir directement.
C'est le sens de "cela est peu de chose aux yeux de l'Eternel". Mais qu'est-ce qui est "difficile" ou "facile" pour le Saint béni soit-Il ? Il n'existe chez Lui ni difficile ni facile, mais lorsqu'on dit qu'il Lui est difficile de bouleverser les lois de la nature, cela signifie que la chose est contraire au schéma qu'Il a fixé dans le monde. Le schéma veut que le monde fonctionne de manière constante selon les lois de la nature, et lorsqu'il faut modifier cela, c'est pour ainsi dire difficile pour Lui, non pas au sens d'une difficulté mais au sens d'une gêne, comme un homme qui dit "il m'est difficile de le lui donner", qui ne veut pas dire que la chose est lourde mais qu'il ne le souhaite pas. C'est pourquoi le prophète dit : le miracle qui vous a été fait avec l'eau est un miracle léger, proche de la nature, car "Il livrera Moab entre vos mains" - le grand miracle restera réservé au but même, la conquête de Moab.
וְהִכִּיתֶם כָּל־עִיר מִבְצָר וְכָל־עִיר מִבְחוֹר וְכָל־עֵץ טוֹב תַּפִּילוּ וְכָל־מַעְיְנֵי־מַיִם תִּסְתֹּמוּ וְכֹל הַחֶלְקָה הַטּוֹבָה תַּכְאִבוּ בָּאֲבָנִים׃ - Vous frapperez toute ville forte et toute ville de choix, vous abattrez tout bon arbre, vous boucherez toutes les sources d'eau et vous gâterez avec des pierres tout bon terrain.
"Toute ville forte" désigne les villes fortifiées ; "toute ville de choix" désigne les villes de premier ordre et d'excellence ; "vous gâterez avec des pierres tout bon terrain" désigne un endroit propice à la culture, où l'on jettera des pierres afin qu'il ne soit plus propre à la culture. On pourrait à première vue objecter : mais cela est-il permis selon la Halakha ? N'est-il pas dit "Quand tu assiégeras une ville pendant de longs jours... tu ne détruiras pas ses arbres en y portant la hache, car l'homme est l'arbre du champ pour se réfugier devant toi dans le siège" ? Et à propos, c'est l'un des versets dont peu connaissent le sens simple : il est formulé avec un point d'interrogation, l'arbre du champ est-il donc un homme, pour que tu lui fasses la guerre dans le siège ? Fais la guerre aux hommes et non aux arbres.
Certains veulent dire que l'interdiction ne vaut précisément que dans le cadre d'un siège, et qu'ici il n'est pas dit qu'ils assiègent la ville, donc il n'y a pas d'interdiction. D'autres distinguent entre les arbres fruitiers et les arbres non fruitiers, mais tel n'est pas le sens ici, car "tout bon arbre" désigne bien des arbres fruitiers à proprement parler. Le Midrach dit plutôt : lorsque le prophète leur dit "vous abattrez tout bon arbre", ils lui dirent : mais Il dit "tu ne détruiras pas ses arbres", et toi tu dis cela ? Il leur dit : cela a été dit au sujet des autres nations, mais cette nation-ci est méprisable et vile aux yeux de l'Eternel, comme il est dit "cela est peu de chose aux yeux de l'Eternel" - une expression signifiant qu'ils sont méprisables et vils aux yeux de l'Eternel. Et il est dit à leur sujet "tu ne rechercheras pas leur paix ni leur bien", et qu'est-ce que "leur bien" ? Ce sont leurs beaux arbres. Il apparaît donc qu'il y eut ici une directive ponctuelle, tout comme il y eut une directive ponctuelle pour le prophète Eliyahou au mont Carmel, d'offrir un sacrifice en dehors du Temple.
וַיְהִי בַבֹּקֶר כַּעֲלוֹת הַמִּנְחָה וְהִנֵּה־מַיִם בָּאִים מִדֶּרֶךְ אֱדוֹם וַתִּמָּלֵא הָאָרֶץ אֶת־הַמָּיִם׃ - Et il advint au matin, à l'heure où l'on offre l'oblation, que voici de l'eau qui venait par le chemin d'Edom, et le pays se remplit d'eau.
"Et il advint au matin, à l'heure où l'on offre l'oblation" semble à première vue contradictoire : soit au matin, soit à l'heure de la Minha. Il y a à ce sujet plusieurs explications. Certains disent que "au matin" signifie vers la fin du matin, lorsque le matin cède la place à l'heure de la Minha. Deuxième explication, celle du Midrach de Rabbi Tanhouma : une averse de pluie tomba à Edom le matin, et l'eau leur parvint à l'heure où l'on offre l'oblation. Et une troisième explication : "et il advint au matin" signifie que la parole d'Elicha eut lieu le matin, et à l'heure où l'on offre l'oblation, voici que de l'eau vint par le chemin d'Edom.
וְכָל־מוֹאָב שָׁמְעוּ כִּי־עָלוּ הַמְּלָכִים לְהִלָּחֶם בָּם וַיִּצָּעֲקוּ מִכֹּל חֹגֵר חֲגֹרָה וָמַעְלָה וַיַּעַמְדוּ עַל־הַגְּבוּל׃ - Et tout Moab entendit que les rois étaient montés pour leur faire la guerre, et ils furent convoqués depuis quiconque ceint une ceinture et au-dessus, et ils se tinrent sur la frontière.
Moab entendit que les rois étaient montés pour leur faire la guerre, et ils procédèrent à une mobilisation générale, ce qu'on appelle un ordre de mobilisation : quiconque possède une ceinture est appelé sous les armes. "Et ils se tinrent sur la frontière" - déjà prêts au combat et à la guerre.
וַיַּשְׁכִּימוּ בַבֹּקֶר וְהַשֶּׁמֶשׁ זָרְחָה עַל־הַמָּיִם וַיִּרְאוּ מוֹאָב מִנֶּגֶד אֶת־הַמַּיִם אֲדֻמִּים כַּדָּם׃ וַיֹּאמְרוּ דָּם זֶה הָחֳרֵב נֶחֶרְבוּ הַמְּלָכִים וַיַּכּוּ אִישׁ אֶת־רֵעֵהוּ וְעַתָּה לַשָּׁלָל מוֹאָב׃ - Ils se levèrent de bon matin, et le soleil se leva sur les eaux, et Moab vit de loin les eaux rouges comme le sang. Ils dirent : c'est du sang, les rois se sont sûrement entredéchirés et se sont frappés l'un l'autre, et maintenant, au butin, Moab !
Moab voit de loin les camps d'Edom, d'Israël et de Yehouda, et y voient de l'eau, alors qu'ils savent qu'il s'agit d'un lieu désertique où il n'y a pas d'eau. Et lorsque le soleil projeta les rayons de sa lumière sur les eaux, celles-ci leur parurent rouges comme du sang, telle une sorte de mirage. Ils dirent : les rois se sont sûrement entredéchirés, ils se sont battus les uns contre les autres, et tout ce que nous voyons est le sang qui a été versé. En bref : notre besogne a été accomplie par d'autres, Edom, Israël et Yehouda se sont sans doute querellés entre eux, et l'Eternel est avec nous. Il ne nous reste donc qu'à nous ruer sur les cadavres et à ramasser le butin.
וַיָּבֹאוּ אֶל־מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל וַיָּקֻמוּ יִשְׂרָאֵל וַיַּכּוּ אֶת־מוֹאָב וַיָּנֻסוּ מִפְּנֵיהֶם וַיַּכּוּ־בָהּ וְהַכּוֹת אֶת־מוֹאָב׃ - Ils arrivèrent au camp d'Israël ; Israël se leva et battit Moav, qui s'enfuit devant eux ; puis ils pénétrèrent dans le pays et continuèrent à frapper Moav.
Ils s'avançaient pleins d'assurance, non pas comme des combattants sur leurs gardes, mais comme des hommes venus ramasser du butin ; et Israël se leva et les surprit. Pourquoi cette répétition : « ויכו את מואב » (ils battirent Moav), puis « ויכו בה והכות את מואב » (ils pénétrèrent dans le pays et continuèrent à frapper Moav) ? Le Malbim explique : dans un premier temps, ils vainquirent les Moabites qui marchaient sur eux ; ensuite, « ויכו בה » - ils poursuivirent leur avancée jusqu'à pénétrer en terre de Moav ; et là, « והכות את מואב » - ils portèrent des coups au cœur même de leur pays.
וְהֶעָרִים יַהֲרֹסוּ וְכָל־חֶלְקָה טוֹבָה יַשְׁלִיכוּ אִישׁ־אַבְנוֹ וּמִלְאוּהָ וְכָל־מַעְיַן־מַיִם יִסְתֹּמוּ וְכָל־עֵץ־טוֹב יַפִּילוּ עַד־הִשְׁאִיר אֲבָנֶיהָ בַּקִּיר חֲרָשֶׂת וַיָּסֹבּוּ הַקַּלָּעִים וַיַּכּוּהָ׃ - Ils détruisirent les villes, jetèrent chacun leur pierre sur chaque bonne parcelle jusqu'à la recouvrir, bouchèrent toutes les sources d'eau et abattirent tous les bons arbres, jusqu'à ne laisser que les pierres de Kir-Haresset ; puis les frondeurs l'encerclèrent et la pilonnèrent.
Tout ce qu'ils firent correspondait exactement aux paroles du prophète : ils détruisirent les villes, recouvrirent de pierres les bonnes parcelles, bouchèrent les sources d'eau et abattirent tous les arbres fertiles. « Jusqu'à ne laisser que les pierres de Kir-Haresset » - il ne restait qu'une seule muraille, celle de la ville de Haresset, une puissante forteresse faite d'immenses pierres que l'armée ne parvenait pas à démolir en raison de la solidité du lieu et de l'édifice. C'est pourquoi « les frondeurs l'encerclèrent et la pilonnèrent » - non pas avec des épées, mais en projetant de grosses pierres avec leurs frondes, ravageant ainsi toutes les cités, à l'exception de cette forteresse qui leur résistait.
וַיַּרְא מֶלֶךְ מוֹאָב כִּי־חָזַק מִמֶּנּוּ הַמִּלְחָמָה וַיִּקַּח אוֹתוֹ שְׁבַע־מֵאוֹת אִישׁ שֹׁלֵף חֶרֶב לְהַבְקִיעַ אֶל־מֶלֶךְ אֱדוֹם וְלֹא יָכֹלוּ׃ - Le roi de Moav vit que le combat était trop rude pour lui ; il prit avec lui sept cents hommes tirant l'épée pour faire une percée vers le roi d'Edom, mais ils n'y parvinrent pas.
Le roi de Moav voit que la bataille tourne à son désavantage ; il rassemble donc sept cents hommes d'élite tirant l'épée pour tenter une percée en direction du roi d'Edom, mais sans succès. Selon l'explication du Malbim, il cherchait une victoire tactique : s'il parvenait à percer jusqu'au secteur du roi d'Edom, qui constituait sans doute le maillon faible de la coalition, et à capturer son fils, il détiendrait un otage décisif pour renverser le cours de la guerre. Une unité réduite suffisait pour une telle manœuvre. L'objectif premier était de tuer le roi d'Edom, mais ils n'y parvinrent pas, et finirent par s'emparer de son fils.
וַיִּקַּח אֶת־בְּנוֹ הַבְּכוֹר אֲשֶׁר־יִמְלֹךְ תַּחְתָּיו וַיַּעֲלֵהוּ עֹלָה עַל־הַחֹמָה וַיְהִי קֶצֶף־גָּדוֹל עַל־יִשְׂרָאֵל וַיִּסְעוּ מֵעָלָיו וַיָּשֻׁבוּ לָאָרֶץ׃ - Il prit alors son fils premier-né, qui devait régner à sa place, et l'offrit en holocauste sur la muraille ; il y eut une grande colère contre Israël, et ils s'éloignèrent de lui et retournèrent dans leur pays.
Selon le sens simple (Pchat), c'est le fils du roi d'Edom qui fut capturé et immolé sur la muraille, ce qui suscita une vive indignation contre Israël : le roi d'Edom leur reprocha violemment de ne pas être intervenus pour sauver son fils des mains du roi de Moav.
Cependant, nos Sages (Hazal) proposent une autre explication bien connue : le roi de Moav se demanda pourquoi ce peuple l'emportait toujours. On lui répondit : « Parce qu'ils ont eu un ancêtre juste nommé Avraham, qui était prêt à ligoter son propre fils pour l'offrir en sacrifice ; c'est pourquoi Hachem accomplit des miracles en leur faveur. » Il se dit alors : « Dans ce cas, j'agirai de même. » Après avoir échoué à percer les lignes du roi d'Edom, il chercha un acte capable d'attirer l'aide divine : il prit alors son propre fils, son premier-né appelé à lui succéder sur le trône, et l'immola sur la muraille, l'offrant pour ainsi dire à Hachem. Deux opinions existent à ce sujet : certains pensent qu'il l'offrit à une idole, d'autres qu'il le dédia à Hachem. Nul ne le lui avait ordonné ; il s'était simplement dit : « Si Avraham a agi ainsi, j'en ferai autant. » C'est à ce propos qu'il est écrit : « Ce que Je n'ai point ordonné, dont Je n'ai point parlé et qui n'est point monté à Mon cœur » ; nos Sages précisent que l'expression « qui n'est point monté à Mon cœur » vise le roi de Moav, car Dieu ne lui avait jamais demandé pareille chose. Il en va de même pour Yiftah et pour Avraham : à propos de chacun d'eux, Hazal rappellent que Dieu « n'avait jamais ordonné ni parlé » d'égorger qui que ce soit.
Selon cette approche, la colère qui s'abattit sur Israël émanait d'Hachem Lui-même : au Ciel, l'accusation s'éleva : « Regardez, ce païen est prêt à sacrifier son propre fils, alors que vous n'êtes pas prêts à vous dévouer pour le service d'Hachem ! » Tel est le sens de : « il y eut une grande colère contre Israël ». Dès lors, « ils s'éloignèrent de lui et retournèrent dans leur pays » - marquant la fin du combat et de la guerre.
Le chapitre qui s'ouvre devant nous inaugure la série des miracles d'Élicha, dans lesquels s'accomplit sa demande : « qu'il y ait une double part de ton esprit sur moi ». Yéhoram, qui, bien qu'ayant fait ce qui est mal, ne fut point comme son père et sa mère, part en guerre contre Mécha, roi de Moav, qui avait rejeté le lourd fardeau du tribut, et s'associe au juste Yéhochafat ainsi qu'au roi d'Édom. Le détour nécessaire pour rallier Édom les conduit dans un désert sans eau, et le roi d'Israël comprend que la providence d'Hachem a déjoué leurs calculs. Yéhochafat réclame un prophète, et Élicha - « qui versait l'eau sur les mains d'Élie », lui qui convenait si bien à ce miracle de l'eau - réprimande le roi d'Israël, lui signifiant que la prière du prophète n'est d'aucun secours à celui qui manque de foi ; ce n'est qu'en considération de Yéhochafat qu'il répond à leur appel, et grâce au joueur d'instrument rendu nécessaire pour dissiper la contrariété et la colère. Le miracle de l'eau s'accomplit de manière simple et proche de la nature, car il ne constitue pas la finalité, mais le moyen du miracle essentiel : la remise de Moav entre leurs mains. Et c'est ainsi que les choses se déroulèrent : les Moabites se méprirent à la vue de ces eaux rougies comme du sang, s'avancèrent avec assurance et tombèrent ; Israël dévasta leur pays par décret temporaire exceptionnel, jusqu'au moment où le roi de Moav offrit son propre fils en holocauste sur la muraille - acte qu'Hachem n'avait point ordonné et qui ne Lui était point venu à l'esprit -, provoquant une grande colère contre Israël.