Nous abordons l'étude du livre d'Ezra. Le livre ne s'ouvre ni sur les paroles d'un prophète, ni sur celles d'un roi d'Israël, mais sur la proclamation d'un roi de Perse qui incite le peuple à monter en terre d'Israël et à reconstruire le Beth Hamikdach. Pour bien comprendre le contexte, il convient d'abord d'établir la succession des rois et le décompte des soixante-dix ans d'exil, avant d'aborder l'ordre des versets.
וּבִשְׁנַת אַחַת לְכוֹרֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס לִכְלוֹת דְּבַר־יְהוָה מִפִּי יִרְמְיָה, הֵעִיר יְהוָה אֶת־רוּחַ כֹּרֶשׁ מֶלֶךְ־פָּרַס וַיַּעֲבֶר־קוֹל בְּכָל־מַלְכוּתוֹ וְגַם־בְּמִכְתָּב לֵאמֹר. - La première année de Cyrus, roi de Perse, afin que s'accomplît la parole de l'Éternel prononcée par la bouche de Jérémie, l'Éternel éveilla l'esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit proclamer dans tout son royaume, de vive voix et par écrit :
Il y eut d'abord Nabuchodonosor (Nevoukhadnetsar), le roi qui exila le peuple d'Israël. Après lui régna son fils Evil-Merodakh, puis Balthazar (Belshatsar), son petit-fils. Il existe d'autres opinions quant à cette généalogie, mais selon notre tradition reçue, il s'agissait bien de son fils et de son petit-fils. Ces trois générations sont précisément celles qui avaient été promises à Nabuchodonosor en récompense des trois pas accomplis en l'honneur du Créateur du monde. Par la suite régnèrent Darius le Mède, puis Cyrus le Perse - le roi dont il est question ici. Après Cyrus vint Assuérus (A'hashvérosh), bien connu par la Méguila d'Esther, suivi de Darius le Perse, fils d'Esther et d'Assuérus.
Une controverse oppose les commentateurs pour savoir à quel livre se rattache le livre d'Ezra. Selon Rachi, l'ouvrage qui le précède est le livre de Daniel, dont Ezra constitue le prolongement direct. Le livre de Daniel se termine sur le désarroi de Daniel, qui ne comprenait pas pourquoi la délivrance tardait alors que les soixante-dix ans s'étaient écoulés depuis l'exil de Yehoyakim ; il eut alors une vision divine dans laquelle Hachem lui expliqua l'enchaînement exact des événements. Dans notre livre, ces étapes sont précisément exposées selon l'ordre chronologique.
Voici l'explication : il y eut tout d'abord l'exil de Yehoyakim, survenu dix-huit ans avant la destruction de Jérusalem. Lors de cette première vague, le roi Yehoyakim et une partie notable du peuple furent exilés, ne laissant sur place que les éléments les plus humbles. Plus tard, lors de sa seconde venue, Nabuchodonosor exila l'ensemble d'Israël et détruisit le Temple : c'est l'exil de Tsidkiyahou (Sédécias). La première déportation est appelée « l'exil », et la seconde « la ruine de Jérusalem », avec un intervalle de dix-huit ans entre les deux. Si l'on compte soixante-dix ans à partir de l'exil de Yehoyakim, on parvient à notre époque - celle de Cyrus, roi de Perse. Mais si l'on commence le décompte à partir de la ruine de Jérusalem, dix-huit ans plus tard, soixante-dix années mènent au règne de Darius le Perse.
Daniel ne savait pas de quelle manière se réaliserait la délivrance : d'un côté, le calcul devait partir du début de l'exil d'Israël, entamé avec Yehoyakim ; de l'autre, une prophétie annonçait que le décompte commençait aux ruines de Jérusalem. Quelle était donc la vérité ? C'est sur cette ambiguïté que butèrent plusieurs rois, notamment Assuérus. Celui-ci crut que la rédemption n'aurait plus lieu : ayant compté à partir de l'exil de Yékhonia et de Yehoyakim, et constatant que les soixante-dix ans étaient passés, il en conclut que les Juifs ne seraient plus jamais rachetés. C'est pour cette raison qu'il sortit tous les ustensiles sacrés du Temple pour y faire servir à boire lors de son banquet.
Comment donc cette contradiction se résout-elle ? La délivrance débuta bel et bien soixante-dix ans après l'exil de Yehoyakim (soit dix-huit ans avant la destruction) : c'est notre époque, sous Cyrus le Perse. Cependant, la rédemption connut une interruption. Comme nous le verrons plus loin, des adversaires malveillants calomnièrent Israël, et Cyrus - ce même roi qui ordonne ici de bâtir - décida d'interrompre et de bloquer la construction du Temple. Les travaux demeurèrent suspendus pendant dix-huit ans. Ensuite, lorsque monta sur le trône Darius le Perse, le fils d'Esther, il permit la reprise des travaux et le Second Temple put être achevé. Il s'avère ainsi que les deux calculs sont justes : soixante-dix ans après l'exil de Yehoyakim marque le début de la délivrance, avec la montée d'une partie du peuple et l'autorisation de bâtir ; et soixante-dix ans après la ruine de Jérusalem marque le rétablissement de ce décret et la reprise effective de la construction sous Darius, parachevant alors la délivrance de cette époque.
Telle est l'approche de Rachi. Mais selon le Malbim, le livre d'Ezra constitue en réalité la suite directe du livre des Chroniques (Divré Hayamim). Ezra est l'auteur de son propre livre tout comme il a rédigé les Chroniques. Or, la fin des Chroniques rapporte : « Il exila à Babylone le reste... jusqu'à l'avènement du royaume de Perse, pour accomplir la parole de l'Éternel par la bouche de Jérémie... pour accomplir soixante-dix ans. Et la première année de Cyrus, roi de Perse, pour accomplir la parole de l'Éternel par la bouche de Jérémie, l'Éternel éveilla l'esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit proclamer dans tout son royaume... » Ce texte-ci est donc la continuation immédiate de ce qu'Ezra avait écrit dans les Chroniques, et non pas la suite du livre de Daniel comme le pense Rachi.
À partir de là, fait remarquer le Malbim, un détail remarquable s'éclaire : comment concevoir qu'un livre commence par la lettre Vav (« Et ») ? Le Vav est une lettre de liaison : que vient-elle relier ici ? Le texte aurait dû débuter simplement par « La première année de Cyrus, roi de Perse », à l'instar de « Et il arriva au temps d'Assuérus ». En réalité, c'est précisément parce qu'il s'agit d'une suite ininterrompue : Ezra venait de clore le livre des Chroniques, et le verset suivant poursuit tout naturellement : « Et la première année de Cyrus... ».
Le Malbim explique qu'il est rapporté dans le Yossiphon que lorsque Daniel interpréta à Belshatsar l'inscription tracée sur le mur du palais - « Mené, Mené, Téqel ou-Farsin » - Belshatsar fut tué cette nuit-même et Darius le Mède reçut la royauté. Cyrus, et après lui Darius le Perse, connaissaient cette histoire, savaient ce qui s'était passé, et c'est pourquoi ils firent le vœu de reconstruire le Beth Hamikdache. Car sinon, pourquoi un roi non-juif viendrait-il soudainement s'intéresser à la reconstruction du Temple ? Qu'avait-il à voir avec le Beth Hamikdache, pour déclarer : « Hachem m'a donné tous les royaumes de la terre, et Il m'a ordonné de Lui bâtir une Maison » ? C'est qu'à partir de cet événement, il comprit qu'Hachem avait été rigoureux sur le fait que l'on ait sorti les ustensiles du Beth Hamikdache pour y boire. De là, il comprit qu'Hachem souhaitait qu'il reconstruise le Beth Hamikdache, et il fit le vœu de le bâtir.
De plus, il existe des versets explicites dans la prophétie de Yéchayahou au sujet de Cyrus lui-même : « C'est lui qui bâtira Ma ville et renverra Mes exilés ». À travers ces paroles, il comprit que le prophète s'adressait à lui - qu'Hachem lui annonçait qu'il rebâtirait Jérusalem et libérerait Ses exilés, en les faisant sortir de l'exil pour les renvoyer en Erets Israël. Il comprit donc qu'il y avait là un message qui lui était directement destiné, et c'est pourquoi il considéra comme un devoir sacré de contribuer à la reconstruction du Beth Hamikdache.
Autre précision dans le verset : « Il fit proclamer à voix haute dans tout son royaume, et aussi par écrit, en ces termes ». S'il a fait proclamer un édit à voix haute, pourquoi fallait-il un écrit ? Le Malbim répond que quiconque a lu la Méguilat Esther n'a aucune question : en effet, « un édit écrit au nom du roi et scellé du sceau royal ne peut être révoqué » - on comprend donc qu'une proclamation orale au nom du roi peut être révoquée, mais qu'un écrit scellé du sceau royal est irrévocable. C'est pourquoi le roi voulut que cet ordre soit absolu : il fit entendre une proclamation pour faire connaître la décision immédiatement, et rédigea un écrit afin qu'elle soit irréversible. Et si l'on objecte qu'en fin de compte, Cyrus a bel et bien interrompu l'ordre et qu'il y a eu un arrêt de dix-huit ans - nous aborderons ce point par la suite et verrons qu'il ne s'agissait pas d'une annulation, mais simplement d'une clarification du premier décret.
כֹּה אָמַר כֹּרֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס: כֹּל מַמְלְכוֹת הָאָרֶץ נָתַן לִי יְהוָה אֱלֹהֵי הַשָּׁמָיִם, וְהוּא־פָקַד עָלַי לִבְנוֹת־לוֹ בַיִת בִּירוּשָׁלִַם אֲשֶׁר בִּיהוּדָה. - Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Hachem, le D.ieu du Ciel, m'a donné tous les royaumes de la terre, et Il m'a ordonné de Lui bâtir une Maison à Jérusalem, qui est en Judée.
Où le lui a-t-Il ordonné ? Rachi cite les versets de Yéchayahou au chapitre 44 : « [Lui] qui dit de Cyrus : Il est Mon berger » - c'est-à-dire le berger d'Hachem - « et il accomplira toute Ma volonté, en disant de Jérusalem : Qu'elle soit rebâtie ! et du Sanctuaire : Qu'il soit fondé ! » ; « Ainsi parle Hachem à Son oint, à Cyrus, que J'ai pris par la main droite pour terrasser devant lui des nations » - pour que les nations s'inclinent devant lui et qu'il puisse régner sur elles - « et délier la ceinture des rois, pour ouvrir devant lui les portes sans qu'aucun battant ne se ferme ». Hachem déclare ainsi que Cyrus accomplira Sa volonté, que Jérusalem sera rebâtie, que le Sanctuaire sera fondé, et qu'Il lui ouvrira portes et battants. C'est ainsi que Cyrus comprit qu'il s'agissait d'un message direct du Créateur du monde, et c'est ce qui lui fit dire : « et Il m'a ordonné de Lui bâtir une Maison à Jérusalem ».
Le Malbim ajoute : remarquez les termes qu'il emploie. Où croit-il qu'Hachem règne ? « Le D.ieu du Ciel ». Et sur la terre ? « Il m'a donné tous les royaumes de la terre » - sur terre, Il a Ses émissaires, et c'est pour cela que je suis là. En d'autres termes : Hachem est le D.ieu du Ciel, et j'ai reçu de Lui cette mission sur la terre ; et Il m'a ordonné de Lui bâtir une Maison à Jérusalem, au lieu qu'Il a désiré pour Sa résidence, dans la province de Judée.
מִי־בָכֶם מִכָּל־עַמּוֹ, יְהִי אֱלֹהָיו עִמּוֹ וְיַעַל לִירוּשָׁלִַם אֲשֶׁר בִּיהוּדָה וְיִבֶן אֶת־בֵּית יְהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל, הוּא הָאֱלֹהִים אֲשֶׁר בִּירוּשָׁלִָם. - Qui parmi vous appartient à tout Son peuple, que son D.ieu soit avec lui, qu'il monte à Jérusalem, qui est en Judée, et qu'il bâtisse la Maison d'Hachem, le D.ieu d'Israël, Il est le D.ieu qui est à Jérusalem.
À qui s'adresse-t-il ici ? Aux nations. « Qui d'entre vous appartient à tout Son peuple » - qui parmi vous, les nations, compte en son sein des membres du peuple d'Hachem, quelle est la nation qui abrite des Juifs en son sein ? Car la reconstruction du Beth Hamikdache ne peut s'accomplir que par Israël ; c'est pourquoi vous, les nations, devez les laisser partir et leur donner la possibilité de monter à Jérusalem. Et moi, je le bénis : « que son D.ieu soit avec lui » - qu'il bénéficie de l'aide divine et d'un éveil spirituel pour partir et bâtir. Et pas seulement pour la montée, mais aussi pour la construction elle-même : « et qu'il bâtisse la Maison d'Hachem, le D.ieu d'Israël » - qu'Hachem leur vienne en aide également dans l'édification du Sanctuaire.
Et pourquoi Cyrus a-t-il employé les expressions « le D.ieu d'Israël » et « le D.ieu qui est à Jérusalem » ? Il est écrit qu'à l'avenir, « car Ma Maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations », mais cela concerne les temps futurs. Pour l'heure, ce temps n'est pas encore venu ; c'est pourquoi il dit qu'Hachem est actuellement le D.ieu d'Israël, et qu'Hachem ne réside pour l'instant qu'à Jérusalem - car c'est là que Sa royauté est reconnue, et non dans le reste du monde. Mais à l'avenir, « Hachem sera Roi sur toute la terre », et Sa Maison deviendra alors une maison de prière pour toutes les nations.
וְכָל־הַנִּשְׁאָר מִכָּל־הַמְּקֹמוֹת אֲשֶׁר הוּא גָר־שָׁם, יְנַשְּׂאוּהוּ אַנְשֵׁי מְקֹמוֹ בְּכֶסֶף וּבְזָהָב וּבִרְכוּשׁ וּבִבְהֵמָה, עִם־הַנְּדָבָה לְבֵית הָאֱלֹהִים אֲשֶׁר בִּירוּשָׁלִָם. - Et quiconque reste, en quelque lieu qu'il réside, que les gens de son lieu lui viennent en aide par de l'argent, de l'or, des biens et du bétail, en plus des offrandes volontaires pour la Maison de Dieu qui est à Jérusalem.
Jusqu'ici, il s'agissait de celui qui s'éveille de lui-même et dit : « Je veux monter à Jérusalem », et à son sujet le texte disait : « Que son Dieu soit avec lui ». Ici, il passe à ceux qui ne se sont pas éveillés. Pourquoi un homme reste-t-il sur place ? Soit parce que son esprit est abattu et qu'il se dit : qui suis-je et que vaux-je, qu'en suis-je capable ? Soit parce qu'il n'a pas d'argent ; soit encore parce qu'il ne veut pas se présenter à la Maison de Hachem les mains vides, sans apporter d'offrande.
C'est pourquoi Cyrus ordonne trois choses. Premièrement, « par de l'argent, de l'or, des biens et du bétail » - qu'on lui donne de l'argent et de l'or pour subvenir à ses besoins, car durant le voyage de la 'Alyah, il ne travaille pas et doit se nourrir ; et du bétail pour pouvoir monter et atteindre Jérusalem, car à cette époque, tout le monde ne possédait pas d'attelage. Deuxièmement, l'expression « Yenaséhou » - au sens de soulever et de relever. Il y a des personnes abattues, et la reconstruction du Beth Hamikdach n'est pas une mince affaire, elle requiert des mérites ; qu'on le relève donc et qu'on l'encourage afin qu'il comprenne quel immense privilège lui échoit. Et troisièmement, « en plus des offrandes volontaires pour la Maison de Dieu » - celui qui n'a pas les moyens d'offrir un don et se dit : « On ne paraîtra pas devant Moi les mains vides », comment irais-je sans rien apporter ? On lui fournira également une offrande qu'il pourra remettre au Sanctuaire.
וַיָּקוּמוּ רָאשֵׁי הָאָבוֹת לִיהוּדָה וּבִנְיָמִן וְהַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם, לְכֹל הֵעִיר הָאֱלֹהִים אֶת־רוּחוֹ לַעֲלוֹת לִבְנוֹת אֶת־בֵּית יְהוָה אֲשֶׁר בִּירוּשָׁלִָם. - Alors se levèrent les chefs de famille de Juda et de Benjamin, les Cohanim et les Léviim, tous ceux dont Dieu avait éveillé l'esprit pour monter bâtir la Maison de l'Éternel qui est à Jérusalem.
« Alors se levèrent » - ce sont ceux qui se sont levés d'eux-mêmes : les chefs de famille de Juda et de Benjamin, les Cohanim et les Léviim, tous se sont éveillés spontanément. Et chaque fois qu'un réveil spirituel est requis, une It'arouta deletata (un éveil d'en bas) doit obligatoirement précéder l'It'arouta de'leéla (l'éveil d'en haut). C'est le sens de : « Ouvrez-moi une ouverture comme le chas d'une aiguille, et Je vous ouvrirai une porte large comme l'entrée d'un vestibule ». Mais avant tout, il faut : « Ouvrez-moi une ouverture », ne serait-ce que comme le chas d'une aiguille.
Et pourquoi précisément une aiguille ? Pourquoi pas une brindille de paille, qui est tout aussi fine ? Parce qu'une aiguille est pointue mais solide. L'ouverture que l'homme crée peut être minime, mais elle doit être solide comme une aiguille et non fragile comme une brindille - petite, mais ferme.
Soit dit en passant, en quelle circonstance Hachem n'a-t-Il pas exigé cette ouverture préalable et a-t-Il agi même sans que nous ouvrions comme le chas d'une aiguille ? Lors de la délivrance d'Égypte. Ce fut l'unique fois où tout s'est produit par un éveil d'en haut ; et s'Il avait attendu qu'il y ait un éveil d'en bas, à Dieu ne plaise, le peuple d'Israël n'aurait jamais été délivré. Et où cela est-il suggéré ? Dans le verset : « Et l'Éternel passera outre sur l'ouverture (Ou'fassa'h Hachem 'al hapeta'h) » - pour une fois, Hachem a passé outre l'exigence de « Ouvrez-moi une ouverture comme le chas d'une aiguille », et Il nous a gratifiés d'un éveil d'en haut sans que nous ayons ouvert la voie. Mais en règle générale, l'impulsion doit toujours provenir de l'homme lui-même.
Et au-delà de ceux qui se sont levés d'eux-mêmes, le texte poursuit : « Tous ceux dont Dieu avait éveillé l'esprit » - il y avait ceux que Hachem a dû pour ainsi dire éveiller, et Il a réveillé leur esprit pour aller bâtir la Maison de Hachem.
וְכָל־סְבִיבֹתֵיהֶם חִזְּקוּ בִידֵיהֶם בִּכְלֵי־כֶסֶף בַּזָּהָב בָּרְכוּשׁ וּבַבְּהֵמָה וּבַמִּגְדָּנוֹת, לְבַד עַל־כָּל־הִתְנַדֵּב. - Et tous leurs voisins leur prêtèrent main-forte avec des objets d'argent, de l'or, des biens, du bétail et des présents précieux, en plus de toutes les offrandes volontaires.
Leur entourage encouragea et soutint ceux qui n'avaient pas eu cet élan spontané, ceux chez qui l'éveil d'en bas n'allait pas de soi. On leur fournit des provisions pour le voyage - vaisselle d'argent, or, biens, bétail et présents précieux - « en plus de toutes les offrandes volontaires », outre les dons personnels qu'ils leur confiaient pour la Maison qui allait être construite à Jérusalem.
וְהַמֶּלֶךְ כּוֹרֶשׁ הוֹצִיא אֶת־כְּלֵי בֵית־יְהוָה אֲשֶׁר הוֹצִיא נְבוּכַדְנֶצַּר מִירוּשָׁלִַם וַיִּתְּנֵם בְּבֵית אֱלֹהָיו. - Le roi Cyrus fit sortir les ustensiles de la Maison de l'Éternel, que Nevoukhadnetsar avait emportés de Jérusalem et placés dans le temple de ses dieux.
Comme on le sait, lorsque Nevoukhadnetsar exila Jérusalem et détruisit le Temple, il emporta avec lui les ustensiles. Ce sont ces mêmes ustensiles avec lesquels Belchatsar but, et ces mêmes récipients qu'Assuérus sortit pour y servir toutes sortes de boissons. Il ne s'agit pas de l'Arche d'Alliance - l'Arche avait été dissimulée à son emplacement même avant la destruction. Nous parlons ici des ustensiles du Temple, des pièces d'argent et d'or, que nous verrons bientôt énumérées par leurs noms.
Et où Nevoukhadnetsar les avait-il placés ? « Dans le temple de ses dieux » - c'était une offrande et un hommage à sa divinité : tu m'as aidé à combattre le Dieu d'Israël, et je t'apporte les ustensiles qui se trouvaient dans Sa Maison, au Beth Hamikdache. À présent, Cyrus souhaite les reprendre et les restituer à la Maison du Dieu d'Israël. Seulement, puisqu'ils ont servi au culte des idoles, comment peut-on les réutiliser dans le Temple ?
וַיּוֹצִיאֵם כּוֹרֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס עַל־יַד מִתְרְדָת הַגִּזְבָּר, וַיִּסְפְּרֵם לְשֵׁשְׁבַּצַּר הַנָּשִׂיא לִיהוּדָה. - Cyrus, roi de Perse, les fit sortir par l'intermédiaire de Mitredath, le trésorier, qui les dénombra à Chechbatsar, le prince de Juda.
C'est pourquoi, explique le Malbim, le texte nous raconte d'abord comment Cyrus les retira du temple idolâtre pour les remettre au trésorier. C'est la première étape, celle de l'annulation de l'idolâtrie (bitoul avoda zara) : un non-juif vient, les extrait de ce lieu et les transmet au trésorier. Une fois sortis de l'emprise du culte païen pour entrer dans le domaine du trésorier royal, ils appartiennent désormais au roi. Le roi ordonne alors à Mitredath le trésorier : compte-les et remets-les précisément entre les mains de Chechbatsar, le prince de Juda.
Nos Sages enseignent que Chechbatsar n'est autre que Daniel, ainsi nommé parce qu'il traversa six épreuves (chèch tsarot). C'est ce qu'énonce la Pesiqta : pourquoi fut-il appelé Chechbatsar ? Parce que six détresses marquèrent son époque : sa propre épreuve dans la fosse aux lions, celle de Hananya et ses compagnons dans la fournaise ardente, le décret de mort visant les sages qui menaça également Daniel et ses proches, l'exil de Yehoyakhin, l'exil de Yehoyaqim et l'exil de Tsidqiya. Six détresses frappèrent Daniel, d'où ce nom de Chechbatsar. De son côté, Ibn Ezra estime que Chechbatsar désigne Zorobabel - personnage que nous retrouverons plus loin - selon son appellation en langue chaldéenne. Toutefois, nous nous conformons généralement aux enseignements de nos Sages, et lorsqu'ils identifient Chechbatsar à Daniel, c'est cette tradition qui prévaut.
וְאֵלֶּה מִסְפָּרָם: אֲגַרְטְלֵי זָהָב שְׁלֹשִׁים, אֲגַרְטְלֵי־כֶסֶף אָלֶף, מַחֲלָפִים תִּשְׁעָה וְעֶשְׂרִים. - Et en voici le dénombrement : trente bassins d'or, mille bassins d'argent, vingt-neuf couteaux.
Les agartalim étaient les récipients dans lesquels on recueillait le sang des sacrifices pour en faire l'aspersion sur l'autel, ce que l'on appelle également un mizraq, bien qu'ils se distinguent des bassins mentionnés dans les versets suivants. Pourquoi les nomme-t-on agartel ? Parce qu'ils recueillent (oger) le sang de l'agneau (talé) - « oger talé ». Trente bassins d'or et mille bassins d'argent : il s'agit du même type d'ustensile, les uns en or et les autres en argent.
Il convient de poser ici un principe essentiel : ces explications proposées pour des termes araméens n'indiquent pas forcément l'étymologie véritable du mot. Il est habituel pour nos Sages de reprendre des mots araméens et de leur donner un sens homilétique adapté à la Langue Sainte, mais il ne faudrait pas en déduire à tort que le mot est d'origine hébraïque. Bien souvent, la racine est proprement araméenne, et nos Sages ne font que lui associer une portée signifiante. C'est ainsi que dans la Guémara, on demande : pourquoi appelle-t-on le voile de la mariée « hinouma » ? Parce que « hei ne'ima » (la voici qui s'assoupit) - le voile reposant sur sa tête, la mariée fatiguée peut somnoler un instant en toute discrétion. Est-ce pour autant la raison première du terme hinouma ? Non. Cette explication symbolise le sommeil de la mariée, mais « hinouma » provient en réalité du grec ou du latin, et non de la Langue Sainte. De même pour « almana » (veuve) : pourquoi est-elle ainsi nommée ? Parce qu'elle n'a droit qu'à un mané. Or, l'institution de la kétouba relève d'un décret rabbinique ; comment la Torah emploierait-elle le mot « veuve » en référence à une somme qui n'existait pas encore à son époque ? Il faut donc comprendre que nos Sages aiment interpréter les versets et les noms d'une façon vivante et parlante, en puisant dans les notions et la langue familières à leur auditoire.
Et que sont les « ma’halafim » ? Des couteaux. C'est d'ailleurs ainsi que l'on nommait le lieu où ils étaient déposés dans le Temple : Beit ha-’Halifot (la chambre des couteaux). Certains s'imaginent à tort qu'il s'agit d'un vestiaire où l'on suspendrait des costumes ; mais Beit ha-Ma’halafot désigne bien les couteaux, et ces couteaux portaient le nom de ma’halafim. Pourquoi les appelait-on ainsi ? Les commentateurs expliquent que ce terme dérive de l'idée de changement ou de passage (ha’hlafa). Ibn Ezra cite le verset « périra entièrement » (kalil ya’halof) et l'expression « enfants du trépas » (bnei ’halof) : l'homme est voué au passage car il est mortel, et la mort est une mutation d'état. Le Metsoudat Tsiyone précise que le couteau fait passer de la vie à la mort : l'animal était vivant un instant plus tôt, et cet instrument fait basculer sa condition de la vie au trépas. Quoi qu'il en soit, ces « vingt-neuf couteaux » étaient ceux qui servaient dans le Temple.
Nous étudions avec le Malbim, telle est notre démarche. Quiconque a étudié le Tanakh avec ses commentateurs sait que lorsqu'on parvient au Malbim, on finit souvent par délaisser le reste pour se concentrer sur lui, l'expérience le montre bien. Loin de déprécier les autres commentaires, chacun a son immense mérite et sa grandeur propre, mais le Malbim offre une explication remarquable qui dévoile la profondeur du texte. Les maîtres d'Israël ont d'ailleurs souligné qu'une telle œuvre n'a pu être conçue qu'avec l'esprit de sainteté (Roua’h ha-Kodesh). On pourrait certes citer de multiples autres gloses : celui qui le désire peut ouvrir le « Me'am Loez » et s'aventurer dans une véritable forêt d'interprétations, au risque de s'y perdre, ce qui n'est guère profitable. La méthode la plus sûre pour étudier le Tanakh consiste à s'attacher à un fil conducteur : si l'on choisit les Metsoudot, qu'on suive les Metsoudot ; si l'on choisit Rachi, qu'on s'en tienne à Rachi. Vouloir embrasser trop de commentateurs à la fois n'engendre souvent que confusion et contradictions apparentes, l'un expliquant d'une certaine façon et le lecteur découvrant ensuite une thèse inverse, issue d'une autre perspective. Il convient de garder une même ligne tout au long du texte. De temps à autre, nous mentionnons d'autres explications, mais la trame fondamentale de notre étude repose sur le Malbim.
כְּפוֹרֵי זָהָב שְׁלֹשִׁים, כְּפוֹרֵי כֶסֶף מִשְׁנִים אַרְבַּע מֵאוֹת וַעֲשָׂרָה, כֵּלִים אֲחֵרִים אָלֶף. - Trente bassins d'or, quatre cent dix bassins d'argent de second ordre, mille autres ustensiles.
Les « keforim » étaient une sorte de bassins d'aspersion (mizrakim). Pourquoi ce nom ? Parce que la racine « lekhafer », en langue sainte, possède aussi le sens d'essuyer ou de nettoyer. C'est ce qui apparaît lorsque l'empereur Hadrien déclara que le Saint, béni soit-Il, voulait détruire Sa propre maison et ensuite « lekhafouri yadeih behahou gavra » (essuyer Ses mains sur cet homme) : Hachem détruit Son sanctuaire, puis Il châtie l'instrument de cette ruine. Ainsi, « lekhafer » exprime l'action de nettoyer : « Car en ce jour, on fera expiation (yekhafer) sur vous » porte le sens de purification, d'effacement et de pardon. De même dans le Talmud : « kaphar yadeih biglima de’havreih », il s'est essuyé les mains sur le vêtement de son compagnon.
À quoi servaient ces récipients ? Lorsque le Cohen recevait le sang du sacrifice dans le bassin, il arrivait que du sang gicle sur sa main. Or tout ce sang devait se trouver à l'intérieur du récipient : le Cohen essuyait alors sa main contre la paroi de l'ustensile. C'est pourquoi on les appelait « keforim », du terme d'essuyage, car on y essuyait ses mains afin de recueillir l'intégralité du sang dans les vases sacrés.
« Des bassins d'argent michnim » : c'est-à-dire d'un second type, d'une autre catégorie, au nombre de quatre cent dix. Puis encore mille autres récipients, que le verset ne détaille pas par leur nom. Le Malbim précise que « michnim » indique ici un rang inférieur, ce qui s'explique aisément : les premiers étaient en or et les seconds en argent, raison pour laquelle les bassins d'argent sont qualifiés de « michnim ». On en trouve une illustration dans le verset : « Saül épargna le meilleur du menu bétail et les michnim » : le meilleur désignant les bêtes de premier choix, et les « michnim » celles qui venaient au second rang, tout comme un vice-roi (michné la-melekh) est subordonné au souverain.
כָּל־כֵּלִים לַזָּהָב וְלַכֶּסֶף חֲמֵשֶׁת אֲלָפִים וְאַרְבַּע מֵאוֹת, הַכֹּל הֶעֱלָה שֵׁשְׁבַּצַּר עִם הֵעָלוֹת הַגּוֹלָה מִבָּבֶל לִירוּשָׁלִָם. - Tous les ustensiles d'or et d'argent étaient au nombre de cinq mille quatre cents ; Chechbatsar fit tout remonter, lors du retour des exilés de Babylone à Jérusalem.
À première vue, en additionnant les objets énumérés dans le détail, on n'atteint nullement le nombre de cinq mille quatre cents. Comment le total général peut-il ainsi dépasser la somme des parties ? Le Malbim répond que Cyrus offrit des ustensiles supplémentaires, en plus de ceux que Nabuchodonosor avait pillés dans le Temple. Dès lors s'éclaire l'expression « tous les ustensiles d'or et d'argent » : le verset englobe également ce que Cyrus a ajouté et remis en surplus de ce qui a été énuméré plus haut, portant ainsi le compte total à cinq mille quatre cents.
Sur ce point, le Ya'arot Devach met en lumière un rapprochement admirable. Il est écrit dans la Meguilat Esther : « Lorsqu'il fit voir la richesse de la gloire de son règne et l'éclat précieux de sa grandeur pendant de nombreux jours, cent quatre-vingts jours ». Pourquoi Assuérus eut-il besoin d'une durée aussi longue, cent quatre-vingts jours ? Nos Sages enseignent qu'Assuérus leur exhiba les ustensiles du Temple, et qu'il leur montrait chaque jour six trésors, et ce durant cent quatre-vingts jours. Or, que représente un « trésor » (otsar) ? La Guémara, dans le traité Chabbat, commente la Michna « on évacue le trésor » en indiquant qu'un trésor équivaut à cinq récipients. Assuérus présentait donc six trésors par jour, soit trente ustensiles quotidiens. Trente ustensiles multipliés par cent quatre-vingts jours donnent très exactement cinq mille quatre cents ustensiles ! C'est précisément le chiffre mentionné dans notre verset : « Tous les ustensiles d'or et d'argent étaient au nombre de cinq mille quatre cents ». Inversement, cinq mille quatre cents ustensiles, à raison de six trésors quotidiens comprenant trente récipients, requièrent très précisément cent quatre-vingts jours. Telle est l'explication magistrale du Ya'arot Devach.
Le premier chapitre d'Ezra amorce la délivrance par un biais tout à fait inattendu : le roi de Perse fait proclamer et promulguer par écrit dans tout son royaume que Hachem l'a chargé de Lui bâtir une Maison à Jérusalem. Nous avons étudié l'ordre de succession des rois et le décompte des soixante-dix ans - soixante-dix ans depuis l'exil de Yehoyakim à l'époque de Koresh, et soixante-dix ans pour les ruines de Jérusalem à l'époque de Daryavech - et vu comment ces deux calculs sont véridiques, le début de la délivrance s'étant accompli sous Koresh et son achèvement sous Daryavech. Nous avons vu que l'éveil de Koresh ne s'est pas produit de lui-même, mais sous l'impact du message de « Mené, Mené, Tékel ou-Farsine » et de la prophétie de Yéchayahou le concernant ; qu'il a appelé les nations à libérer les Juifs résidant en leur sein, et ordonné de soutenir, d'élever et de fournir de l'argent, de l'or, du bétail et des dons volontaires à ceux dont les mains faiblissaient ; que les chefs de famille, les Cohanim et les Léviim se sont levés d'eux-mêmes - accomplissant le « Ouvrez-moi une ouverture comme le chas d'une aiguille » - tandis que d'autres eurent besoin qu'Hachem éveille leur esprit et que leur entourage vienne fortifier leurs mains ; et enfin, que les ustensiles sacrés furent retirés de l'emprise de l'idolâtrie pour être remis au trésorier, puis comptés et confiés à Chechbatsar, qui n'est autre que Daniel ayant surmonté six détresses, totalisant cinq mille quatre cents ustensiles d'or et d'argent qui furent ainsi remontés de Babylone à Jérusalem.