Dans cette partie du chapitre, nous reprenons là où Daniel a vu la petite corne émerger de l'une des quatre cornes et grandir démesurément. À partir d'ici, la vision décrit l'atteinte portée par le royaume de Grèce au peuple d'Israël, la délivrance survenue par le biais des Hasmonéens, la destruction du second Temple par Rome, et enfin le calcul de la fin des temps transmis à Daniel par les anges. Nous suivrons l'ordre des versets en expliquant principalement d'après le Malbim, et en certains passages également d'après Rachi.
וַתִּגְדַּל עַד צְבָא הַשָּׁמָיִם וַתַּפֵּל אַרְצָה מִן הַצָּבָא וּמִן הַכּוֹכָבִים וַתִּרְמְסֵם׃ - Elle grandit jusqu'à l'armée des cieux, fit tomber à terre une partie de cette armée et des étoiles, et les piétina.
La corne s'éleva tellement en puissance qu'elle s'en prit à l'armée des cieux. Le peuple d'Israël est appelé « l'armée des cieux », car il croit en Hachem, béni soit-Il ; de plus, Israël est comparé aux étoiles. Et que cherchait cet impie ? À leur faire abandonner leur foi. C'est une chose qui n'avait jamais existé avec les empires précédents : les royaumes antérieurs voulaient des tributs, de la gloire, de la domination et des esclaves, mais chercher à nous détourner de notre foi ne faisait pas partie de leurs intentions. Lui est venu faire la guerre au peuple d'Israël afin de le détourner de la Torah.
C'est le sens de « fit tomber à terre une partie de cette armée » : il les fit déchoir du ciel vers la terre, afin qu'ils ne soient plus considérés comme l'armée des cieux, serviteurs d'Hachem, mais qu'ils deviennent des êtres rabaissés « à terre » : non plus une nation sainte, mais de simples idolâtres semblables aux autres peuples. « Et des étoiles » : ce sont les Cohanim, les prêtres d'Hachem qu'il a massacrés, eux qui incarnent « ceux qui ont enseigné la justice aux multitudes, brillant comme les étoiles à jamais ». « Et les piétina » : il tua les pieux serviteurs d'Hachem et les écrasa par sa force et sa cruauté. Nos Sages rapportent d'ailleurs des récits terrifiants sur la cruauté et la férocité sanguinaire de cet infâme Antiochus.
וְעַד שַׂר הַצָּבָא הִגְדִּיל וּמִמֶּנּוּ הוּרַם הַתָּמִיד וְהֻשְׁלַךְ מְכוֹן מִקְדָּשׁוֹ׃ - Jusqu'au chef de l'armée elle s'éleva, et de lui fut ôté le sacrifice perpétuel, et le lieu de son sanctuaire fut renversé.
Le Malbim explique : tout cela durera jusqu'à ce que grandisse le chef de l'armée. L'armée, comme nous l'avons expliqué, est le peuple d'Israël, les serviteurs du Ciel ; et le chef de l'armée est Matityahou le Cohen Gadol et ses fils, les Maccabées. Autrement dit, tout cet asservissement persistera jusqu'à ce que s'élève, au sein d'Israël, un chef d'armée pour lui livrer bataille. « Et par lui fut relevé le sacrifice perpétuel » : c'est par lui que le Tamid fut rétabli. En effet, le royaume de Grèce avait profané le sanctuaire et aboli le culte, jusqu'à ce que les Hasmonéens y pénètrent, colmatent les brèches ouvertes par les Grecs, purifient le Temple, allument les lumières de la Ménora et offrent le sacrifice perpétuel. Ainsi, grâce à ce chef d'armée qui a grandi, le Tamid, qui avait été interrompu, a été réinstitué et remis à sa place.
« Et le lieu de son sanctuaire fut renversé » : le Malbim souligne qu'il s'agit déjà d'une autre vision. Après le rétablissement du Tamid et la restauration du Temple, le prophète apprend qu'au bout du compte, la base de Son sanctuaire sera jetée à bas : le royaume impie de Rome viendra et causera la destruction, lors de laquelle le Tamid sera de nouveau aboli.
Rachi, quant à lui, l'interprète dans le sens opposé : « Jusqu'au chef de l'armée elle s'éleva » signifie que la corne a déployé toute son arrogance dans sa guerre contre Israël jusqu'à atteindre le Chef de l'armée. Et qui est le Chef de l'armée d'Israël ? Le Maître du Temple, le Saint, béni soit-Il. L'ennemi n'eut de repos tant qu'il n'eut profané la demeure du Saint, béni soit-Il, Chef des armées d'Israël. Dès lors, « de Lui fut ôté le sacrifice perpétuel » par ses légions ; et le terme « houram » (הורם), selon Rachi, a le sens de « la couronne a été ôtée », signifiant que le Tamid fut supprimé. Nous avons donc deux interprétations opposées : selon Rachi, ce verset évoque le désastre, tandis que pour le Malbim, il annonce la délivrance, jusqu'à ce que grandisse le chef de l'armée, Matityahou, par qui le sacrifice perpétuel sera relevé et restauré.
וְצָבָא תִּנָּתֵן עַל הַתָּמִיד בְּפָשַׁע וְתַשְׁלֵךְ אֱמֶת אַרְצָה וְעָשְׂתָה וְהִצְלִיחָה׃ - Une armée sera livrée avec le sacrifice perpétuel, à cause de la transgression ; elle jettera la vérité à terre, elle agira et prospérera.
Une première explication : Daniel voit dans sa vision que l'armée - le peuple d'Israël - sera livrée avec le sacrifice perpétuel (le Tamid) aux mains d'Antiochus. Et pourquoi ? « À cause de la transgression », en raison des fautes d'Israël. « Elle jettera la vérité à terre » - la Torah, qui est une Torah de vérité, a été jetée à terre. « Elle agira et prospérera » - cette même corne, Antiochus, entreprendra et réussira dans ses desseins.
Une seconde explication : le terme « 'al » signifie ici « avec », à l'image du verset « les hommes vinrent sur les femmes », qui signifie avec les femmes. C'est-à-dire que le peuple d'Israël, en même temps que le sacrifice perpétuel, sera livré aux mains de l'oppresseur, par la transgression - en raison des crimes perpétrés par les renégats de notre propre peuple. Il faut rappeler que tout ce qui lui est révélé ici concerne l'époque du second Temple. Le premier Temple fut détruit par Sennachérib ; la royauté grecque domina environ deux cents ans durant l'époque du second Temple, puis Rome détruisit le Sanctuaire par la suite, l'ensemble de la période du second Temple ayant duré quatre cent vingt ans. Ce sont ces hommes violents, ces hellénistes et ces zélotes de Jérusalem qui refusèrent de se soumettre à l'autorité de Rabban Yohanan ben Zakaï et des Sages, et qui, pendant le siège, allèrent jusqu'à brûler les réserves de blé, d'huile et de bois indispensables à leur subsistance.
Par cette dérive, « elle jettera la vérité à terre » - l'empire romain a jeté à terre la vérité, c'est-à-dire la foi et la Torah d'Israël, promulguant lui aussi des décrets pour empêcher l'accomplissement des mitsvot. De plus, « elle agira et prospérera » - ils connaîtront le succès et leur empire perdurera de longs jours ; non pas comme la domination grecque, dont le triomphe fut limité dans le temps, mais leur hégémonie s'étendra sur une très longue durée.
וָאֶשְׁמְעָה אֶחָד קָדוֹשׁ מְדַבֵּר וַיֹּאמֶר אֶחָד קָדוֹשׁ לַפַּלְמוֹנִי הַמְדַבֵּר עַד מָתַי הֶחָזוֹן הַתָּמִיד וְהַפֶּשַׁע שֹׁמֵם תֵּת וְקֹדֶשׁ וְצָבָא מִרְמָס׃ - Et j'entendis un saint qui parlait, et un saint dit à cet être indéterminé qui parlait : « Jusqu'à quand cette vision du sacrifice perpétuel et de la transgression dévastatrice, livrant le sanctuaire et l'armée pour être foulés aux pieds ? »
Daniel nous décrit ici la manière dont ces paroles lui sont parvenues. Le bélier, le bouc et la petite corne qui s'abattait à terre sur l'armée - tout cela, il l'a contemplé dans sa vision. En revanche, ce qui est dit : « Elle grandit jusqu'au chef de l'armée, et lui ôta le sacrifice perpétuel », il ne l'a pas vu de ses propres yeux, mais l'a entendu de la bouche d'un ange venu le lui révéler par prophétie. Il ne s'agit plus d'une simple vision, mais bien d'une prophétie.
Puis, il entendit un autre ange interroger l'ange supérieur qui lui transmettait la prophétie : « Jusqu'à quand cette vision du sacrifice perpétuel et de la transgression dévastatrice » - combien de temps tout cela va-t-il durer ? Nous avons vu en effet que le sacrifice perpétuel a été rétabli à l'époque des Hasmonéens par le prince de l'armée d'Israël, mais que par la suite, les péchés des renégats de notre peuple causeront la désolation et l'interruption du Tamid lors de la destruction du second Temple, « livrant le sanctuaire et l'armée pour être foulés aux pieds » - le Beth Hamikdach sera piétiné et détruit. Jusqu'à quand se prolongera cette ruine et l'abolition du culte perpétuel ? En des termes simples : quand s'achèvera cet exil ?
Et que signifie le terme « Palmoni » ? C'est la fusion de « Peloni Almoni » (un quidam indéterminé). « Peloni » désigne un individu situé en un lieu précis, comme dans l'expression araméenne « doukh pelan », un lieu déterminé. « Almoni » désigne une personne dissimulée, et parce qu'elle demeure cachée, on l'appelle almoni, un être anonyme. La réunion des deux forme : Palmoni.
וַיֹּאמֶר אֵלַי עַד עֶרֶב בֹּקֶר אַלְפַּיִם וּשְׁלֹשׁ מֵאוֹת וְנִצְדַּק קֹדֶשׁ׃ - Et il me dit : « Jusqu'à deux mille trois cents soirs et matins ; alors le sanctuaire sera justifié. »
Rachi rapporte avoir vu une interprétation attribuée à Rav Saadia Gaon, mais note qu'à son époque déjà, cette échéance était dépassée, car Rav Saadia Gaon calculait depuis le premier Temple, de sorte que ce terme était assurément révolu. C'est pourquoi Rachi propose un autre calcul : « soir et matin » (« 'erev boqer ») représente en valeur numérique (guémâtria) le nombre 574. Ajoutez à cela les 2 300 mentionnés dans le verset, et vous obtenez un total de 2 874. « Alors le sanctuaire sera justifié » signifie que l'iniquité de l'exil d'Israël sera expiée, que les décrets d'oppression seront abolis, et que le peuple d'Israël, reconnu comme un peuple saint, sera rétabli dans sa justice.
Et à quel moment cela correspond-il selon le calcul ? Rachi explique que ce compte s'achève au bout de mille deux cent quatre-vingt-dix ans à compter du jour où le Tamid a été aboli, comme il est explicité à la fin du livre : « Depuis le temps où sera aboli le sacrifice perpétuel et dressée l'abomination du dévastateur, il y aura mille deux cent quatre-vingt-dix jours ». Et voici le calcul : l'exil d'Égypte dura 210 ans ; de là jusqu'à la construction du Premier Temple, 480 ans - soit 690 ; le Premier Temple dura 410 ans - soit 1100 ; soixante-dix ans d'exil de Babylone et quatre cent vingt ans du Second Temple, ce qui fait 490 - soit 1590, marquant la fin du Temple. Ajoutez à cela les 1290 années d'exil précisées à la fin du livre de Daniel - cela donne 2880. Retranchez-en six ans, car le Tamid fut aboli six ans avant la destruction du Second Temple, et le calcul commence dès l'abolition du Tamid et non pas lors de la destruction proprement dite ; il en résulte qu'à compter de la destruction, cela fait 1284 - et au total, le compte s'élève à 2874, ce qui correspond à la valeur numérique de « soir et matin » (ערב ובקר) plus 2300.
D'après cela, cette échéance tombait aux environs de l'an 5123 ou 5112, or nous nous trouvons aujourd'hui en l'an 5769 - nous avons déjà dépassé ce calcul de plus de six cents ans. De plus, Rachi ajoute qu'il reste encore quarante-cinq ans supplémentaires au-delà des 1290, et il explique que le Machia'h doit d'abord se révéler puis se cacher, et que c'est durant ces quarante-cinq années qu'auront lieu cette révélation et cette disparition. Cependant, au regard de la réalité, ce calcul ne s'est manifestement pas vérifié concrètement, car si une telle révélation avait eu lieu, ces quarante-cinq années se seraient déjà écoulées. C'est pourquoi nous disons, comme nous l'avons déjà expliqué à propos du calcul précédent effectué par le Malbim - qui est lui aussi déjà révolu - que le calcul de la fin des temps n'indique pas un moment précis où le Machia'h viendra nécessairement, mais une période propice à la délivrance. C'était l'un des moments propices où le Rédempteur aurait dû venir, mais nous n'étions pas prêts pour cela.
Le Malbim explique : « Jusqu'à un soir, un matin » - jusqu'à ce qu'advienne un temps de soir, le soir symbolisant l'exil et la destruction, c'est-à-dire l'époque de la ruine causée par l'empire romain ; puis viendra le matin, symbole de la délivrance et de la lumière, c'est-à-dire la Guéoula future. Du soir au matin, de la destruction jusqu'à la délivrance : 2300 ans. « Le sanctuaire sera purifié » - le sanctuaire recouvrera sa justice d'antan : le Beth Hamikdach sera rétabli sur son emplacement, et la sainteté d'Israël reviendra à sa place, la faute d'Israël ayant été expiée, car l'exil est la conséquence de la faute.
Si l'on compte à partir de la destruction du Premier Temple, survenue en l'an 3338, cette échéance devait tomber en l'an 5638. Cependant, comme l'ange l'a formulé sans précision supplémentaire et n'a pas stipulé que le calcul débutait à la destruction, il convient d'en déduire que le décompte part du moment où l'ange lui parle - c'est-à-dire la troisième année de Belchatsar, qui correspond à l'an 3388, environ cinquante ans après la destruction du Premier Temple. D'après cela, le terme fixé devait survenir en l'an 5688. À l'époque du Malbim, c'était imminent, mais à notre époque, en 5769, cette date est déjà passée depuis environ quatre-vingts ans.
Le Malbim soulève alors une difficulté : dans le calcul précédent, celui d'« un temps, des temps et la moitié d'un temps », nous étions parvenus à l'an 5673, ce qui laisse un écart de quinze ans entre les deux. Il répond : en 5673, la puissance de la petite corne cessera et sa force sera anéantie, comme nous l'avons vu plus haut, et quinze ans plus tard, en 5688, commencera la reconstruction du Beth Hamikdach. Autre explication : il est écrit qu'à l'époque de la venue du fils de David, il y aura une Chemita (sept ans) marquée par les guerres de Gog et Magog, après quoi viendra le Machia'h - soit quatorze ans de guerres jusqu'à la venue du Machia'h, ce qui résout cet écart. Mais comme nous l'avons dit, ces dates sont également déjà passées : chez Rachi il y a environ six cents ans, et chez le Malbim il y a environ quatre-vingts ans, et nous continuons d'espérer les termes futurs. À la fin du chapitre, avec l'aide de Dieu, nous citerons encore plusieurs autres calculs établis par les maîtres d'Israël à ce sujet.
וַיְהִי בִּרְאֹתִי אֲנִי דָנִיֵּאל אֶת הֶחָזוֹן וָאֲבַקְשָׁה בִינָה וְהִנֵּה עֹמֵד לְנֶגְדִּי כְּמַרְאֵה גָבֶר׃ - Et il advint, tandis que moi, Daniel, je contemplais la vision et cherchais à la comprendre, voici que se tenait devant moi quelqu'un ayant l'apparence d'un homme.
En contemplant la vision, j'ai cherché à méditer et à comprendre ce que l'on m'avait montré. Et que demandait-il exactement ? Le Malbim explique : le passage concernant le chef de l'armée - qui est Matityahou d'après son commentaire - qui grandira et rehaussera le sacrifice perpétuel, après quoi le Beth Hamikdach sera détruit, cela, Daniel l'avait compris par son intellect. Mais la vision qu'il avait vue de ses propres yeux, celle du bélier et du bouc, il ne l'avait pas comprise, et c'est à ce sujet qu'il demanda l'intelligence : ce que tu m'as montré auparavant, c'est cela que je veux comprendre. Et c'est en effet ce que l'ange va lui expliciter.
וָאֶשְׁמַע קוֹל אָדָם בֵּין אוּלָי וַיִּקְרָא וַיֹּאמַר גַּבְרִיאֵל הָבֵן לְהַלָּז אֶת הַמַּרְאֶה׃ - Et j'entendis une voix humaine au milieu de l'Oulaï, qui cria et dit : Gabriel, fais comprendre à cet homme la vision.
« Au milieu de l'Oulaï » - c'est-à-dire dans le fleuve, le cours d'eau d'Oulaï. Et quel est l'ange qui donne cet ordre à Gabriel ? Le Malbim répond : c'est Mikhaël. Nos Sages expliquent que le rang de Mikhaël est plus élevé que celui de Gabriel ; Mikhaël est le prince protecteur d'Israël, comme ils l'ont dit : « Mikhaël en un vol et Gabriel en deux » - Mikhaël passe d'un lieu à un autre en un seul élan et Gabriel en deux. Il ne faut pas prendre cette expression au sens littéral, mais elle illustre l'immense puissance de perception de Mikhaël, qui saisit les choses d'un seul coup, tandis que la capacité de perception de Gabriel lui est inférieure et s'opère en deux temps.
Et qui est cette « voix d'homme » ? C'est ce palmoni qui parlait, mentionné plus haut, à savoir Mikhaël, qui influe sur Gabriel, lequel reçoit de lui. Et parce que Mikhaël relève du domaine du secret et de l'inaccessible (palmoni), Daniel n'eut pas le mérite de le voir, mais seulement d'entendre sa voix de loin, depuis le fleuve ; il n'était pas en son pouvoir d'appréhender Mikhaël, mais il put percevoir Gabriel. Et le fait qu'il soit qualifié précisément de « voix d'homme » vient enseigner que son degré spirituel était plus élevé encore.
וַיָּבֹא אֵצֶל עָמְדִי וּבְבֹאוֹ נִבְעַתִּי וָאֶפְּלָה עַל פָּנָי וַיֹּאמֶר אֵלַי הָבֵן בֶּן אָדָם כִּי לְעֶת קֵץ הֶחָזוֹן׃ - Il vint près du lieu où je me tenais ; à son arrivée, je fus terrifié et je tombai sur ma face. Il me dit : « Comprends, fils d'homme, car la vision est pour le temps de la fin. »
Lorsqu'il s'approcha de moi, je fus saisi d'effroi et d'épouvante. De là, nous apprenons ce que signifie percevoir un ange. L'homme ne peut soutenir une telle vision ; celui qui voit un ange est submergé par une peur et une terreur indicibles. Si la vue d'un démon inspire déjà un effroi si violent que toute force abandonne l'homme, à plus forte raison en est-il ainsi devant un ange. Quant à celui qui prétendrait voir et parler avec Hachem, comment pourrait-on seulement imaginer concevoir ou appréhender une telle réalité ? Il est écrit que lorsqu'un homme se tient face à un ange, toutes ses jointures se relâchent et il sombre dans une défaillance totale. Et il ne s'agit pas ici d'un homme matériel et grossier - car un tel être risquerait d'être consumé en un instant -, mais de Daniel, qui était d'une sainteté suprême ; et pourtant, voyez quelle panique s'empara de lui.
« Comprends, fils d'homme, car la vision est pour le temps de la fin » - L'ange lui dit : Efforce-toi de bien comprendre ces paroles, car elles ont été énoncées pour des époques lointaines et un avenir reculé. Plus une prophétie ou un message s'adresse à un temps éloigné, plus il exige une pénétration et une profondeur d'esprit considérables pour être saisi ; tandis qu'une chose qui concerne une période prochaine peut être comprise en toute simplicité.
וּבְדַבְּרוֹ עִמִּי נִרְדַּמְתִּי עַל פָּנַי אָרְצָה וַיִּגַּע בִּי וַיַּעֲמִידֵנִי עַל עָמְדִי׃ - Pendant qu'il me parlait, je sombrai dans une torpeur, la face contre terre ; il me toucha alors et me remit debout à ma place.
Pendant qu'il s'entretenait avec moi, je sombrai dans une profonde torpeur ; il me toucha alors et me remit debout, me rendant capable de me tenir sur pied comme au début.
וַיֹּאמֶר הִנְנִי מוֹדִיעֲךָ אֵת אֲשֶׁר יִהְיֶה בְּאַחֲרִית הַזָּעַם כִּי לְמוֹעֵד קֵץ׃ - Et il dit : « Voici, je vais te faire connaître ce qui arrivera à la fin de la colère, car il y a une échéance fixée pour la fin. »
« À la fin de la colère » - au terme de la période durant laquelle Hachem sera irrité contre Son peuple Israël. Le Malbim remarque avec précision : au début, l'ange lui a dit « car la vision est pour le temps ('et) de la fin », et ici il affirme « car il y a une échéance fixée (mo'ed) pour la fin ». Quelle est la différence ? Il existe deux formes de temporalité : 'et désigne le temps naturel qui s'écoule de lui-même, tandis que mo'ed est un terme assigné, fixé d'avance pour le but auquel il a été destiné. Dans un premier temps, l'ange lui indiquait que, du point de vue du temps naturel, l'époque de la réparation du monde était venue, et que la fin devait arriver en son temps. À présent, après que l'ange lui a explicité les choses par voie prophétique, il lui dit : « car il y a une échéance fixée pour la fin » - c'est-à-dire que selon les destinées que les prophètes avaient fixées d'avance, le moment est également arrivé. La nuance est de taille : ce qui est requis par le temps naturel, Hachem peut le modifier si nos actions venaient à se détériorer, à D.ieu ne plaise ; en revanche, une promesse favorable annoncée dans la prophétie ne change jamais, car Hachem ne revient jamais sur Ses décrets de bienfaisance.
הָאַיִל אֲשֶׁר רָאִיתָ בַּעַל הַקְּרָנָיִם מַלְכֵי מָדַי וּפָרָס׃ - Le bélier que tu as vu, pourvu de deux cornes, ce sont les rois de Médie et de Perse.
À présent, l'ange lui explicite toute la vision depuis son commencement : le bélier aux deux cornes que tu as vu au début de la vision, ce sont la Médie et la Perse.
וְהַצָּפִיר הַשָּׂעִיר מֶלֶךְ יָוָן וְהַקֶּרֶן הַגְּדוֹלָה אֲשֶׁר בֵּין עֵינָיו הוּא הַמֶּלֶךְ הָרִאשׁוֹן׃ - « Et le bouc velu est le roi de Grèce, et la grande corne entre ses yeux est le premier roi. »
Le bouc venu frapper le bélier est le roi de Grèce, et la grande corne dressée entre ses yeux représente le premier souverain : Alexandre le Grand (Alexandre de Macédoine), le monarque suprême qui exerça son autorité sur l'ensemble du monde.
וְהַנִּשְׁבֶּרֶת וַתַּעֲמֹדְנָה אַרְבַּע תַּחְתֶּיהָ אַרְבַּע מַלְכֻיוֹת מִגּוֹי יַעֲמֹדְנָה וְלֹא בְכֹחוֹ׃ - « Quant à celle qui s'est brisée et aux quatre qui ont surgi à sa place : quatre royaumes s'élèveront de cette nation, mais sans avoir sa force. »
La corne brisée annonce qu'Alexandre sera frappé en plein essor et, comme l'histoire en témoigne, il mourut prématurément à l'âge de trente-deux ans. Quatre rois s'élèveront alors à sa place. Mais l'ange précise : sache que ceux qui prendront la relève ne seront ni ses fils ni des princes héritiers légitimes selon l'ordre dynastique ; ils régneront de leur propre chef. Tel est le sens de « quatre royaumes s'élèveront de cette nation, mais non par sa force » : ils ne tireront point leur puissance de sa propre force, n'étant ni ses descendants ni ses héritiers, mais des généraux s'emparant du pouvoir par leurs propres moyens.
וּבְאַחֲרִית מַלְכוּתָם כְּהָתֵם הַפֹּשְׁעִים יַעֲמֹד מֶלֶךְ עַז פָּנִים וּמֵבִין חִידוֹת׃ - « Et au terme de leur règne, lorsque les pécheurs auront comblé la mesure, s'élèvera un roi au visage audacieux et comprenant les énigmes. »
À la fin de leur règne, lorsque prendront fin les transgresseurs d'Israël - et le texte évoque déjà ici l'époque postérieure à la destruction du Temple -, s'élèvera un roi audacieux. « Au visage audacieux » signifie qu'il ne tirera pas sa puissance de la vaillance militaire ou des armes, mais d'une audace d'apparence et de contenance. « Et comprenant les énigmes » : ce seront des hommes d'une grande subtilité, capables de sonder les mystères des Écritures saintes et versés dans l'interprétation de la Torah. C'est exactement ce que nous avons vu plus haut : « et voici qu'il y avait à cette corne des yeux semblables à des yeux d'homme », indiquant que cette corne serait pourvue d'une acuité intellectuelle humaine, ce dont il est question à présent.
וְעָצַם כֹּחוֹ וְלֹא בְכֹחוֹ וְנִפְלָאוֹת יַשְׁחִית וְהִצְלִיחַ וְעָשָׂה וְהִשְׁחִית עֲצוּמִים וְעַם קְדֹשִׁים׃ - « Sa puissance s'accroîtra, mais non par sa propre force ; il causera d'incroyables destructions, il réussira et agira, et il détruira des puissants et le peuple des saints. »
Il possédera une force considérable, mais non par une vaillance guerrière, comme nous l'avons précisé, mais uniquement par l'emprise de sa parole. « Il détruira des merveilles, réussira et agira » : les véritables merveilles de la sainte Torah, annoncées par nos prophètes, il parviendra à les dénaturer, cherchant pour ainsi dire à anéantir la sainte Torah. « Et il détruira des puissants et le peuple des saints » : il frappera le peuple d'Israël, qualifié de puissant et de saint.
וְעַל שִׂכְלוֹ וְהִצְלִיחַ מִרְמָה בְּיָדוֹ וּבִלְבָבוֹ יַגְדִּיל וּבְשַׁלְוָה יַשְׁחִית רַבִּים וְעַל שַׂר שָׂרִים יַעֲמֹד וּבְאֶפֶס יָד יִשָּׁבֵר׃ - « Par son habileté, il fera prospérer la ruse en sa main ; son cœur s'enorgueillira et, en pleine tranquillité, il en fera périr beaucoup ; il se dressera contre le Prince des princes, mais il sera brisé sans le secours d'aucune main. »
« Par son habileté » : il mènera tout à bien grâce à son intelligence et à ses stratagèmes, car il n'aura aucune bravoure héroïque naturelle, ni prophétie ni esprit de sainteté (Roua'h HaKodesh), mais uniquement l'esprit et la subtilité intellectuelle dont il disposera. Il connaîtra le succès au point que son cœur s'enflera d'orgueil. « Et en pleine tranquillité, il en fera périr beaucoup » : il ne mènera point de guerres ouvertes, mais c'est par les discours de sa bouche qu'il corrompra et égarera les foules. « Il se dressera contre le Prince des princes » : il se maintiendra durant de longs jours au-dessus de tous les dignitaires. Mais sache qu'au bout du compte, « il sera brisé sans le secours d'aucune main » : sa vigueur s'évanouira et son pouvoir s'effondrera de lui-même. Tout cela renvoie à la vision précédente, où il est désormais question de l'empire romain, la domination suivante.
וּמַרְאֵה הָעֶרֶב וְהַבֹּקֶר אֲשֶׁר נֶאֱמַר אֱמֶת הוּא וְאַתָּה סְתֹם הֶחָזוֹן כִּי לְיָמִים רַבִּים׃ - Et la vision du soir et du matin qui a été dite est vérité ; et toi, scelle la vision, car elle est pour des jours lointains.
Ce que tu as vu à la fin de la vision, qu'il y aura encore un soir suivi d'un matin - c'est-à-dire un nouvel exil suivi de la délivrance -, est vérité, et il n'y a pas lieu de l'interpréter autrement qu'au sens littéral : le soir viendra, puis le matin qui le suit, et cela durera 2 300 ans à compter du jour de la vision, comme nous l'avons expliqué. « Et toi, scelle la vision, car elle est pour des jours lointains » - l'ange lui dit : je ne veux pas que tu expliques cela ni que tu révèles la chose. Étant donné que ces paroles concernent un avenir très lointain, il est fort à craindre que si le peuple apprenait qu'il reste encore des milliers d'années jusqu'à la délivrance, il ne se décourage et ne s'effondre. Par conséquent, ne le révèle pas et ne le publie point, afin de ne pas briser le cœur du peuple et d'éviter qu'il ne désespère de la délivrance.
וַאֲנִי דָנִיֵּאל נִהְיֵיתִי וְנֶחֱלֵיתִי יָמִים וָאָקוּם וָאֶעֱשֶׂה אֶת מְלֶאכֶת הַמֶּלֶךְ וָאֶשְׁתּוֹמֵם עַל הַמַּרְאֶה וְאֵין מֵבִין׃ - Et moi, Daniel, je fus épuisé et malade durant des jours ; puis je me levai et fis le travail du roi, et je fus stupéfait de la vision, et personne ne comprenait.
« Nihyéti » (נִהְיֵיתִי) - comme brisé, selon le sens de « son sommeil fut brisé » (שְׁנָתוֹ נִהְיְתָה עָלָיו). Sous l'effet de la peur et de la frayeur causées par la vision, je tombai malade durant des jours. « Puis je me levai » - après m'être rétabli, « et fis le travail du roi » : il s'agit de la tâche que nous avons vue plus tôt, lorsque sur le mur du palais de Belshatsar apparut l'inscription « Mené, Mené, Tékel ou-Pharsin », et que Daniel fut appelé pour déchiffrer l'énigme.
« Et je fus stupéfait de la vision » - je fus saisi d'étonnement devant ce que je voyais : je constatais de mes propres yeux comment se dressait le bélier aux deux cornes ; cette même vision qu'on m'avait montrée, voilà que je la voyais soudain se réaliser concrètement. C'est grâce à cela qu'il put interpréter l'inscription « Mené, Mené, Tékel ou-Pharsin » en annonçant que la royauté serait remise à la Perse - car il avait vu sur le premier bélier deux cornes, une pour la Médie et une pour la Perse, et celle de la Perse était plus grande que celle de Médie, d'où il comprit que le règne de Médie serait court et celui de la Perse prolongé ; et voici qu'on lui montrait à présent comment la royauté passait à la Perse. « Et personne ne comprenait » - il était impossible de saisir la chose, et moi seul la comprenais, car on me l'avait montrée à l'avance ; mais quiconque ne l'avait pas vue d'avance demeurait stupéfait et n'y comprenait rien.
Dans cette partie de la vision, nous avons vu la petite corne grandir jusqu'à l'armée des cieux, venant forcer Israël à renier sa foi - ce qui ne s'était produit sous aucun des empires précédents - ; puis le salut suscité par le chef de l'armée, Matityahou et ses fils, par qui le sacrifice perpétuel fut rétabli, et face à cela, la destruction apportée par Rome en raison des péchés des rebelles de notre peuple. De là, nous sommes passés au calcul du terme fixé : « Jusqu'à deux mille trois cents soirs et matins », que Rachi calcule par la guématria de « soir et matin » additionnée aux 1 290 jours depuis l'abolition du sacrifice perpétuel, tandis que le Malbim le calcule depuis le soir qui figure la destruction jusqu'au matin qui représente la délivrance, à compter du moment où l'ange s'adressa à Daniel. Ces deux échéances sont déjà révolues, et nous en avons déduit que les dates du terme fixé sont des moments propices à la délivrance et non des termes inéluctables. Enfin, nous avons vu l'explication de la vision transmise par Gabriel sur l'ordre de Mikhaël, l'immense effroi suscité par la perception d'un ange, la distinction entre le « temps de la fin » naturel et le « moment fixé de la fin » promis par la prophétie et immuable, ainsi que l'ordre de sceller la vision de peur que le peuple ne perde espoir - et nous continuons d'attendre et d'espérer les temps de la délivrance à venir.