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Chapitre 2 - Le songe de la statue et son interprétation - 2e partie

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Le deuxième chapitre de Daniel s'ouvre sur le rêve de Nabuchodonosor, un songe qui troubla son esprit au point de lui ôter le sommeil. Le roi convoque les mages, les devins, les enchanteurs et les Chaldéens, et exige d'eux une chose inouïe : non seulement interpréter le songe, mais lui révéler d'abord ce qu'il a rêvé. Dans ce passage, nous sommes au cœur des pourparlers entre les sages et le roi : la réponse des Chaldéens, la fureur de Nabuchodonosor et le décret d'exécution, puis l'entrée en scène de Daniel, son conseil judicieux donné à Ariokh, son recueillement avec ses compagnons, et le dévoilement du mystère dans une vision nocturne, suivi de son cantique d'action de grâce.

"Il n'est pas d'homme sur la terre ferme" - Une exigence sans précédent

עֲנוֹ כַשְׂדָּאֵי קֳדָם מַלְכָּא וְאָמְרִין לָא אִיתַי אֱנָשׁ עַל יַבֶּשְׁתָּא דִּי מִלַּת מַלְכָּא יוּכַל לְהַחֲוָיָה, כָּל קֳבֵל דִּי כָל מֶלֶךְ רַב וְשַׁלִּיט מִלָּה כִדְנָה לָא שְׁאֵל לְכָל חַרְטֹם וְאָשַף וְכַשְׂדָּי׃ - Les Chaldéens répondirent devant le roi en disant : "Il n'est pas un homme sur la terre ferme qui puisse révéler la parole du roi, car aucun roi, si grand et puissant soit-il, n'a jamais demandé une telle chose à un quelconque mage, devin ou Chaldéen."

Les Chaldéens viennent et disent au roi : notre maître, ta demande n'est pas raisonnable, et aucun monarque n'a jamais agi ainsi. Il n'est pas un être humain sur terre capable de formuler la parole du roi, c'est-à-dire ce que tu as rêvé durant ton sommeil. Bien plus encore : constate qu'il n'y a aucun précédent dans l'histoire - "aucun roi, si grand et puissant soit-il, n'a jamais demandé une telle chose à un quelconque mage, devin ou Chaldéen". Jamais un roi n'a formulé une telle requête auprès des spécialistes de l'occulte. Comment peux-tu exiger de nous ce qui dépasse nos capacités ? À quelqu'un qui a étudié l'électronique, on ne demandera pas de réparer un véhicule - "je n'ai pas appris cela, cela ne relève pas de mes compétences" - et on ne lui demandera certainement pas de guérir des malades. Tu réclames de nous une chose qu'on n'a jamais exigée d'un mage, d'un devin ou d'un Chaldéen, car leur art ne consiste absolument pas à savoir ce qu'un homme porte en son cœur ni ce qu'il a vu en rêve.

Deux difficultés dans l'exigence royale

וּמִלְּתָא דִי מַלְכָּה שָׁאֵל יַקִּירָה, וְאָחֳרָן לָא אִיתַי דִּי יְחַוִּנַּהּ קֳדָם מַלְכָּא, לָהֵן אֱלָהִין דִּי מְדָרְהוֹן עִם בִּשְׂרָא לָא אִיתוֹהִי׃ - "La chose que le roi demande est difficile, et il n'est personne d'autre qui puisse la faire connaître devant le roi, sinon les dieux dont la demeure n'est pas avec la chair."

La chose que le roi notre maître demande est trop lourde pour nous, "et il n'est personne d'autre qui puisse la faire connaître devant le roi" - nul être au monde ne saurait l'exposer au souverain. Il y a là un argument profond : on s'irrite contre un professionnel qui accomplit mal sa tâche lorsqu'il en existe d'autres capables de la mener à bien, ce qui amène à se demander pourquoi on s'est adressé précisément à lui. Mais si personne sur terre ne peut accomplir ce travail, pourquoi se mettre en colère ? Ce n'est pas seulement nous qui en sommes incapables : aucun être humain au monde ne saurait faire une telle chose. Tu n'as aucun reproche légitime à nous adresser quant à nos compétences ou à notre sagesse, puisque personne ici-bas ne détient un tel savoir.

Et qui donc le pourrait ? "Sinon les dieux dont la demeure n'est pas avec la chair". Cette requête, expliquent-ils au roi, comporte une double difficulté. Premièrement : tu veux que nous te révélions un secret que toi seul connais, ce qui est déjà particulièrement ardu. Deuxièmement, et c'est bien plus grave : tu nous demandes de te révéler une chose que toi-même tu ignores. Si tu demandais un secret connu de toi seul, ce serait difficile ; mais un secret que tu ne connais même pas toi-même est infiniment plus complexe. Pourquoi ? Parce que cette chose n'a encore pris aucune forme dans la réalité. Ce qui existe dans le monde réel, ne serait-ce que dans la pensée de quelqu'un, possède déjà une empreinte ici-bas ; mais cette chose n'existe nulle part, elle n'est même pas dessinée dans ton esprit, puisque tu ne t'en souviens pas.

Deux catégories de divinités - L'explication du Malbim

Le Malbim explique : ils croyaient en l'existence de deux catégories de divinités, comme en témoignent de nombreuses sources antiques. Il y a la divinité suprême, puissante et transcendante, qui réside dans les hauteurs ; et, face à elle, des divinités qui se trouvent ici-bas avec nous, dont "la demeure est avec la chair" - c'est-à-dire qui côtoient les êtres humains, résident dans l'atmosphère à proximité des hommes et transmettent toutes sortes de révélations à ceux qui sont proches d'elles. Celui qui entre en relation avec ces divinités inférieures reçoit des révélations cachées. Mais il existe aussi des divinités supérieures qui n'ont aucun contact avec les mortels.

C'est pourquoi ils disent au roi : connaître les pensées des hommes est à la portée de celui qui est en liaison avec les divinités inférieures résidant auprès des êtres de chair. Mais ce que tu nous demandes est une chose que même ces entités sont incapables de savoir ; seul le dieu supérieur, qui ne se lie pas aux hommes, en a le pouvoir. Or nous, en tant que devins, astrologues et enchanteurs, avec qui entretenons-nous des liens ? Uniquement avec ces divinités inférieures. Nous n'avons aucun accès aux sources de savoir détenues par les puissances supérieures, et par conséquent il nous est totalement impossible de savoir. Et que savent donc ces divinités inférieures ? Ce qui a déjà pris forme dans la pensée, car cela possède une empreinte et une existence dans ce monde ; mais ce qui n'a même pas pris forme dans l'esprit, ce dont toi-même tu n'as aucun souvenir, il n'y a aucune chance qu'elles le sachent.

On comprend dès lors la précision des termes : "Il n'est pas d'homme sur la terre ferme" - nul sur la terre ferme ne peut énoncer une telle chose, car le champ d'action des divinités inférieures est circonscrit au domaine terrestre. Et qui donc peut le savoir ? Uniquement ces divinités qui sont au-dessus du monde terrestre, les puissances supérieures. C'est aussi la raison pour laquelle personne dans l'histoire n'a jamais formulé une telle requête, car chacun comprend qu'il ne faut pas exiger l'impossible. Quant à nous, nous n'avons aucune prise sur les divinités célestes ; comment dès lors nous réclamer une chose qui ne relève pas de notre monde ? C'est ce qu'ils soulignent : "il n'est personne d'autre qui puisse la faire connaître devant le roi, sinon les dieux dont la demeure n'est pas avec la chair" - auprès des divinités qui résident avec la chair, c'est-à-dire les forces inférieures, ce savoir est introuvable ; ces mystères ne sont connus que des puissances suprêmes.

« Ve'a'horane » - « Ve'Aharon » : l'enseignement de nos Sages

Nos Sages enseignent : ne lis pas « ve'a'horane » (d'autre), mais « ve'Aharon » (et Aaron). En d'autres termes, ils viennent dire au roi : il existait un homme capable de savoir cela - Aaron. Grâce aux Ourim véToumim, Aaron pouvait communiquer avec les sphères divines supérieures, et lui aurait pu te révéler ce que tu as rêvé, car il avait accès aux sources célestes d'information. Dès lors, ils lui déclarent : toi qui as détruit le Beth Hamikdach, toi qui as causé le retrait de la Chekhina, tu viens nous demander d'entrer en contact avec le Ciel ? Nous n'avons plus d'Ourim véToumim aujourd'hui, nous sommes impuissants à faire une chose pareille.

Le Midrach Tanhouma rapporte : à cet instant, le roi leur dit - si tant de sagesse résidait dans cette maison, dans le Beth Hamikdach, comment avez-vous pu me conseiller de la détruire ?! Dès qu'il entendit cette réponse, il ordonna de les mettre à mort.

« Malka benass ouktsaf sagui » - une colère aveugle

כָּל קֳבֵל דְּנָה מַלְכָּא בְּנַס וּקְצַף שַׂגִּיא, וַאֲמַר לְהוֹבָדָה לְכֹל חַכִּימֵי בָבֶל׃ - À cause de cela, le roi s'emporta et entra dans une violente fureur, et il ordonna de faire périr tous les sages de Babylone.

« Kol kevel dena » - c'est-à-dire en réaction à cela. Lorsque le roi entendit cette réponse, « malka benass », il s'assombrit d'irritation, selon l'expression employée pour le grand échanson et le grand panetier : « et voici qu'ils étaient sombres (zo'afim) », que le Targoum traduit par « nessissine ». Cette irritation portait sur le rêve lui-même, tandis que « ouktsaf sagui » - sa grande fureur - visait les sages, car il avait le sentiment qu'ils cherchaient à le tromper, à le berner, et qu'ils n'avaient aucune solution à l'angoisse dans laquelle il se trouvait plongé.

Et « les sages de Babylone » englobe tout le monde : les magiciens, les devins, les enchanteurs et les Chaldéens. Tous étaient censés savoir interpréter les songes, et voilà qu'aucun n'y parvient. Remarquons-le bien : il s'emporte contre tous indistinctement, même contre ceux dont ce n'était absolument pas le rôle. L'un est expert en ingénierie, l'autre en sciences naturelles, un autre en politique, et ainsi de suite ; que leur reproche-t-on ? Mais dans son emportement, Nabuchodonosor ne fait plus aucune distinction : pour lui, tous les savants ont failli. Dès lors, il ordonne d'exécuter l'ensemble des sages de Babylone.

Et quels autres sages se trouvaient à Babylone en dehors des Chaldéens ? 'Hanania, Michaël et Azaria, avec Daniel à leur tête. Le roi ignorait totalement la grande aptitude de Daniel à interpréter les songes - bien que nous ayons vu au chapitre précédent que Daniel avait l'intelligence de toute vision et de tout rêve - et c'est pourquoi il n'avait pas ordonné de l'appeler pour tenter d'élucider le songe. À ses yeux, aucun sage ne méritait désormais de vivre, et c'est pourquoi il décréta leur mise à mort collective.

La promulgation du décret

וְדָתָא נֶפְקַת וְחַכִּימַיָּא מִתְקַטְּלִין, וּבְעוֹ דָּנִיֵּאל וְחַבְרוֹהִי לְהִתְקְטָלָה׃ - La sentence fut promulguée et les sages commençaient à être mis à mort ; on chercha aussi Daniel et ses compagnons pour les exécuter.

« Vedata nafkat » - l'édit, le décret royal, fut promulgué, comme dans l'expression « et l'édit (hadat) fut proclamé à Suse ». « Ve'hakimaya mitkatline » - on commença à emmener les sages pour les exécuter. « Ouve'o Daniel ve'havrohi lehitkatala » - on rechercha également Daniel et ses compagnons pour les mettre à mort, car le roi voulait exterminer tous les sages sans exception, et Daniel et ses compagnons comptaient parmi eux.

בֵּאדַיִן דָּנִיֵּאל הֲתִיב עֵטָא וּטְעֵם לְאַרְיוֹךְ רַב טַבָּחַיָּא דִּי מַלְכָּא, דִּי נְפַק לְקַטָּלָה לְחַכִּימֵי בָּבֶל׃ - Alors Daniel répondit avec prudence et discernement à Ariokh, le chef des gardes du roi, qui était sorti pour mettre à mort les sages de Babylone.
עָנֵה וְאָמַר לְאַרְיוֹךְ שַׁלִּיטָא דִי מַלְכָּא, עַל מָה דָתָא מְהַחְצְפָה מִן קֳדָם מַלְכָּא, אֱדַיִן מִלְּתָא הוֹדַע אַרְיוֹךְ לְדָנִיֵּאל׃ - Il prit la parole et dit à Ariokh, l'officier du roi : « Pourquoi ce décret du roi est-il si précipité ? » Alors Ariokh fit connaître la chose à Daniel.

Au sens simple : Daniel répondit avec conseil et discernement à Ariokh, le chef des gardes du roi, qui était sorti pour exécuter les sages de Babylone ; et il lui demanda, à lui, l'officier du roi, pourquoi ce décret émanant du roi était si rigoureux - certains expliquent : si précipité et immédiat - pour mettre tout le monde à mort, pourquoi et dans quel but ? « Alors Ariokh fit connaître la chose à Daniel » - Ariokh raconta à Daniel tout l'enchaînement des événements.

Trois questions sur les versets - et le conseil de Daniel

Dans ces versets, plusieurs points restent difficiles à comprendre. Premièrement, Ariokh est d'abord appelé « chef des gardes » (rav tabaya), puis aussitôt après « officier du roi » (chalita di malka) - tantôt chef des gardes, tantôt haut dignitaire du roi. Deuxièmement, que signifie « il répondit avec conseil et discernement » (hativ eta veta'am) ? Quel conseil et quel discernement y a-t-il ici ? Après tout, il s'est tout au plus contenté de lui demander ce qui se passait. Et troisièmement : Daniel siégeait à la porte du roi ; comment se pourrait-il qu'il n'ait pas été au courant de ce qui s'était déroulé à l'intérieur ? Il ne se trouvait pas dans un autre pays ; tout événement survenant au palais royal était connu de tous les alentours. Il est tout à fait surprenant de supposer que Daniel ignorait le décret, la convocation des sages et le rêve qui avait provoqué une telle agitation au palais.

Le Malbim apporte ici une explication remarquable. Jusqu'à présent, Daniel ne s'était pas manifesté, et à juste titre : on ne m'a pas appelé ni convoqué, il y a peut-être là un danger de mort, et cela ne me concerne pas ; pourquoi irais-je m'attirer des ennuis inutiles ? Mais à présent, alors que le roi avait déjà décrété la mise à mort de tous les sages, si Daniel s'était soudain réveillé en disant : « Un instant, Sire, j'ai une solution », on lui aurait répondu : sur cela même, on devrait te couper la tête ! Tu vois le roi se ronger d'angoisse depuis plusieurs jours, tu le vois dans un tel état de stress, et toi, tu restes assis à l'écart en silence sans intervenir ? Donne ta solution, et ensuite nous t'exécuterons. Voir le roi souffrir autant et ne rien lui dire constitue un crime impardonnable.

Daniel se trouvait donc devant un dilemme : d'un côté, si je me tais, on me tue ; de l'autre, si je parle, on me tue aussi. Comment s'en sortir ? Daniel vint alors trouver le chef des gardes et lui dit : j'ai un conseil pour toi. Disons au roi que je n'ai absolument pas entendu parler de toute cette affaire. N'en ayant rien su, nul ne pourra me reprocher : « Pourquoi n'es-tu pas venu plus tôt, alors que tu voyais le roi souffrir en gardant le silence ? » Je ne savais rien de toute cette histoire, et je ne l'apprends qu'à l'instant. C'est là le sens de « il prit la parole et dit à Ariokh, l'officier du roi : Pourquoi ce décret émanant du roi ? » : comme si Daniel ne savait rien, et que c'était Ariokh lui-même qui venait de lui apprendre qu'il y avait une crise auprès du roi.

Dès lors, on devait obligatoirement lui accorder un délai distinct pour tenter d'interpréter le rêve. Autrement, s'il s'était présenté immédiatement pour l'interpréter, le roi lui aurait dit : le temps est écoulé, j'avais accordé un répit jusqu'au soir en déclarant que si l'on ne m'expliquait pas le songe, je ferais exécuter tout le monde, et voilà que tu te réveilles maintenant ? Chez un roi, pareille excuse n'existe pas : une échéance a été fixée, et quiconque l'a dépassée est mis à mort. C'est pourquoi Daniel devait faire valoir : comprenez bien, Majesté, que ce délai ne me concernait pas, car j'ignorais tout de ce rêve ; à présent que je suis informé, vous devez m'accorder mon propre délai, tout comme vous l'avez accordé aux autres, puisque je ne viens d'en entendre parler qu'à l'instant.

וְדָנִיֵּאל עַל וּבְעָה מִן מַלְכָּא דִּי זְמָן יִנְתִּן לֵהּ, וּפִשְׁרָא לְהַחֲוָיָה לְמַלְכָּא׃ - Et Daniel entra et sollicita du roi qu'il lui accordât du temps, afin de révéler l'interprétation au roi.

Remarquons bien la précision du texte : Daniel entre et demande au roi de lui donner du temps « afin de révéler l'interprétation au roi » - pour lui donner l'explication. Or, que voulait savoir le roi ? Le rêve lui-même ! Pourquoi Daniel lui dit-il seulement : donne-moi du temps pour te donner la solution ? Le roi aurait pourtant pu objecter : je ne t'ai pas demandé d'interprétation ; des interprétations, j'en ai eu bien assez de la part de devins qui essayaient de me tromper ! Mais c'est précisément là tout le point : Daniel vient lui dire : le rêve, je le connais déjà, donne-moi seulement du temps pour son interprétation, à laquelle je travaille actuellement. C'est ainsi que le roi accepta de lui accorder ce délai : alors que tous les autres ignoraient complètement de quoi il s'agissait et ne savaient pas le songe, voici un homme qui affirme : il ne me manque que l'interprétation, car le songe, je le connais déjà.

On trouve également ici la réponse à la première question : pourquoi ce verset ne l'appelle-t-il pas « chef des gardes », mais « officier du roi » ? Daniel vient lui dire en substance : tu sais ce que traverse le roi, tu es un dignitaire du roi - bien au-delà de ton rôle d'exécuteur, pour lequel tu es venu me chercher afin de me mettre à mort. Je ne m'adresse pas à toi en tant que chef des bourreaux, mais en tant qu'officier du roi, qui connaît tous les décrets et tout ce qui se passe à l'intérieur du palais royal. Dès lors, par ce conseil que je te soumets, toi qui sais réellement ce qui se trame à la cour, tu pourras m'aider à obtenir un délai de la part du roi, afin que je paraisse devant lui et lui offre l'interprétation de son songe, évitant ainsi que le roi ne mette immédiatement à mort tous les sages.

Le retour à la maison : isolement et mobilisation des compagnons

אֱדַיִן דָּנִיֵּאל לְבַיְתֵהּ אֲזַל, וְלַחֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה חַבְרוֹהִי מִלְּתָא הוֹדַע׃ - Alors Daniel alla dans sa maison, et fit connaître la chose à Hanania, Michaël et Azaria, ses compagnons.

Daniel se rendit dans sa maison et s'associa avec ses compagnons, 'Hanania, Michaël et 'Azaria, et leur fit part de toute l'affaire. Pourquoi alla-t-il chez lui ? Pour s'isoler dans la méditation (hitbodedout). La voie par laquelle un homme reçoit la prophétie passe par l'isolement et l'union intime avec Hachem, béni soit-Il. C'est pourquoi il en informa également ses compagnons, afin qu'eux aussi s'isolent et s'unissent à Hachem, béni soit-Il, et méritent que l'esprit divin repose sur eux pour connaître l'interprétation.

וְרַחֲמִין לְמִבְעֵא מִן קֳדָם אֱלָהּ שְׁמַיָּא עַל רָזָא דְּנָה, דִּי לָא יְהוֹבְדוּן דָּנִיֵּאל וְחַבְרוֹהִי עִם שְׁאָר חַכִּימֵי בָבֶל׃ - Et d'implorer la miséricorde du Dieu des cieux au sujet de ce mystère, afin que Daniel et ses compagnons ne périssent pas avec le reste des sages de Babylone.

De plus, ils devaient implorer la miséricorde d'Hachem, et l'on ne saurait comparer un individu isolé qui implore la miséricorde à quatre justes qui prient ensemble. C'est pourquoi il voulut les réunir tous, afin qu'eux aussi demandent miséricorde « devant le Dieu des cieux au sujet de ce mystère » - sur ce secret.

Cependant, il convient d'analyser la formulation de la requête : « afin que Daniel et ses compagnons ne périssent pas avec le reste des sages de Babylone ». Daniel se soucierait-il du sort des sages de Babylone ? Pourquoi préciser que Daniel et ses compagnons ne soient pas mis à mort « avec » les autres sages ? Le Malbim explique : il est écrit « Ne réunis pas mon âme avec les pécheurs ». Les justes demandent à ne pas mourir avec les impies et à ne pas être enterrés auprès d'eux, car le simple fait de mourir avec un impie ou d'être enterré à ses côtés constitue une infamie. C'est pourquoi ils supplient : Maître du monde, aie pitié de nous, afin que nous ne périssions pas avec le reste des sages de Babylone, ce qui serait un affront terrible. Nous ne parlons pas ici de la mort des sages babyloniens : que nous importe, ils sont tous idolâtres, sorciers et coupables des pires abominations, et nous ne nous inquiétons pas pour eux. Ce qui nous préoccupe, c'est de ne pas mourir avec eux, car ce serait une immense honte que le juste meure comme l'impie et soit emporté à ses côtés. C'est pour cela que nous implorons : Maître du monde, épargne-nous et ne nous livre pas à une telle ignominie.

« Le mystère fut révélé dans une vision nocturne » - une vision et non un songe

אֱדַיִן לְדָנִיֵּאל בְּחֶזְוָא דִי לֵילְיָא רָזָא גְלִי, אֱדַיִן דָּנִיֵּאל בָּרִךְ לֶאֱלָהּ שְׁמַיָּא׃ - Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision nocturne ; alors Daniel bénit le Dieu des cieux.

Le mystère fut alors dévoilé à Daniel dans une vision nocturne, et Daniel bénit le Dieu des cieux. Pourquoi précisément à Daniel ? Parce que, comme nous l'avons vu plus haut, Daniel était particulièrement doué dans la compréhension des songes et des mystères, ayant reçu le don de « comprendre toute vision et tous songes » ; il possédait une élévation et une préparation spirituelle supérieures à celles de ses compagnons.

Remarquez la précision du texte : « dans une vision nocturne, le mystère fut révélé » - Hachem lui dévoila le secret. Cela signifie que sa vision dépassait de loin ce que Nabuchodonosor avait aperçu : pour Nabuchodonosor, il ne s'agissait que d'un rêve, alors qu'ici, c'est une véritable vision prophétique, où Hachem Se révèle à lui et lui dévoile le mystère. Dès lors, Daniel rend grâce et bénit le Dieu des cieux, et les versets suivants constituent la prière et la louange qu'il adressa à Hachem, le Dieu des cieux, qui révèle Ses secrets et Ses mystères aux justes.

Le chant d'action de grâce : « Car la sagesse et la puissance Lui appartiennent »

עָנֵה דָנִיֵּאל וְאָמַר לֶהֱוֵא שְׁמֵהּ דִּי אֱלָהָא מְבָרַךְ מִן עָלְמָא וְעַד עָלְמָא, דִּי חָכְמְתָא וּגְבוּרְתָא דִּי לֵהּ הִיא׃ - Daniel prit la parole et dit : Béni soit le nom de Dieu d'éternité en éternité, car la sagesse et la puissance Lui appartiennent !

Nous découvrons ici la prière et l'action de grâce de Daniel pour le mystère qu'Hachem lui a confié. L'interprétation du songe en elle-même n'est pas encore mentionnée, car il est inutile de la répéter deux fois : lorsque Daniel se présentera devant le roi, c'est là que sera exposé le sens qu'il a reçu du Ciel. Pour l'heure, le texte nous informe que Daniel a obtenu l'explication, et il remercie et glorifie Hachem, le Dieu des cieux, à qui appartiennent la sagesse et la force.

Prêtons attention à la teneur de cette louange : « Que le nom de Dieu soit béni de siècle en siècle, car la sagesse et la puissance Lui appartiennent ». En d'autres termes, la source de toutes les forces de l'univers est Hachem. Lui, béni soit-Il, renouvelle et maintient l'existence à chaque instant ; la puissance, la sagesse, tout émane de Lui, béni soit-Il, et Il est l'origine même de la sagesse. S'il existe dans le monde une parcelle de sagesse, elle vient de Lui ; et s'il s'y trouve une manifestation de force, tout découle et émane de la Source suprême, bénie soit-Elle.

וְהוּא מְהַשְׁנֵא עִדָּנַיָּא וְזִמְנַיָּא, מְהַעְדֵּה מַלְכִין וּמְהָקֵים מַלְכִין, יָהֵב חָכְמְתָא לְחַכִּימִין וּמַנְדְּעָא לְיָדְעֵי בִינָה׃ - C'est Lui qui change les temps et les époques, qui destitue les rois et établit les rois, qui donne la sagesse aux sages et la science à ceux qui possèdent l'intelligence.

Ce verset détaille la louange précédente. Nous avons vu qu'Hachem règne « d'éternité en éternité », c'est-à-dire pour toujours - et Daniel ajoute à présent qu'Hachem ne Se contente pas de régner éternellement, au sein du cadre temporel, mais qu'Il change également les temps et les époques : tout le fonctionnement du temps et ses variations, le jour et la nuit, et la durée temporelle elle-même qui constitue une création à part entière - tout émane d'Hachem béni soit-Il. Et en écho à ce qu'il a dit, « et la puissance Lui appartient », il explique qu'Hachem établit et destitue les rois, ce qui procède également de Lui, béni soit-Il.

« Donne la sagesse aux sages » - Pourquoi précisément aux sages ?

Et face à ce qu'il disait, « car la sagesse Lui appartient », il précise : « Il donne la sagesse aux sages ». À première vue, cela semble difficile à comprendre : il aurait fallu donner la sagesse aux sots, car ce sont eux qui en ont besoin ; pourquoi donner de la sagesse à ceux qui sont déjà sages ?

Le Zohar répond : si Hachem donnait la sagesse aux sots, ils s'en serviraient pour des futilités et des vanités. À quoi l'insensé emploierait-il sa sagesse ? À inventer une méthode pour gagner au loto - et cela, dans le meilleur des cas. Dans le pire des cas : à concevoir une combine sophistiquée pour voler, par le piratage de cartes bancaires. Il faut certes de l'ingéniosité pour cela, mais est-ce pour une telle fin que l'on reçoit la sagesse ? C'est pourquoi Hachem n'accorde pas de sagesse au sot, car celui-ci la détournerait vers des vanités, vers de faux « traits de génie », ou pour fabriquer des bombes et autres méfaits du même genre.

À qui donc la donne-t-Il ? Aux sages. Et quelle est la définition d'un sage ? Le sage est celui qui recherche la sagesse et en mesure le prix. Il sait ce qu'est la sagesse, il la poursuit et la chérit - et c'est à un tel homme qu'Hachem octroie la sagesse. Le terme « sages » désigne celui qui forge en lui un réceptacle prêt à accueillir la sagesse, qui se rend digne de la recevoir.

‘Hokhma, Bina et Da’at

Le Malbim explique : il existe la ‘Hokhma (la sagesse), la Bina (l'intelligence) et le Da’at (la connaissance) - l'acronyme ‘HaBaD, d'après lequel ce mouvement sacré a été nommé. Qu'est-ce que la ‘Hokhma ? La ‘Hokhma est ce qu'Hachem accorde à l'homme, ce que l'homme reçoit directement d'Hachem, comme le dit le verset : « Car c'est l'Éternel qui donne la sagesse, de Sa bouche sortent la connaissance et l'intelligence » - la sagesse provient directement d'Hachem.

Et qu'est-ce que la Bina ? C'est la capacité d'utiliser la sagesse donnée par Hachem pour déduire une chose à partir d'une autre. Si l'on enseigne un principe donné, une personne dépourvue de discernement ne connaît que ce qu'on lui a enseigné ; si on lui demande : « Et que se passerait-il dans tel autre cas ? », elle répondra : « On ne me l'a pas appris ». Pourtant, l'homme a reçu la Bina, et la Bina permet d'établir des analogies et de distinguer les différences. La Bina consiste à déduire une notion d'une autre : on ne me l'a pas enseigné textuellement, mais j'en tire une conclusion logique - si la règle est telle ici, elle s'applique assurément aussi dans ce cas-là ; ou encore : si tel est le cas ici, c'est à plus forte raison vrai là-bas.

Vient ensuite le Da’at. Quelle est la nature du Da’at ? Le Da’at s'apparente à ce que l'on nomme la science : une connaissance claire et indubitable, tangible comme une perception des sens. Comme nous l'avons expliqué au chapitre précédent, le principe de la science repose sur des axiomes, des postulats fondamentaux. Par exemple, lorsqu'une personne commence des études scientifiques, on lui enseigne la loi de la gravité ; on ne lui dit pas : « Cher monsieur, commencez par expérimenter : prenez une pomme, lancez-la et observez où elle tombe pour constater qu'il existe sans doute une force gravitationnelle ». Il n'est pas nécessaire de réinventer les lois : les lois établies préexistent, transmises par la sagesse reconnue et ancienne reçue des savants des générations précédentes - c'est cela la science : les fondements admis comme certains.

Dès lors, lorsque l'on reçoit la sagesse d'Hachem, que l'on en vient à déduire une chose d'une autre en dressant des parallèles rigoureux, cette connaissance devient aussi limpide et irréfutable qu'une loi scientifique : une certitude absolue que rien ne saurait contester. De même que personne aujourd'hui ne peut réfuter la loi de la gravité universelle, tant elle est évidente et absolue, de même parvient-on, grâce à la Bina et à la déduction logique, à une certitude si concrète et manifeste qu'elle s'impose comme une loi de la nature : une réalité indéniable et inébranlable - telle est l'essence du Da’at.

En résumé :

Dans ce passage, nous avons assisté à la débâcle de la sagesse babylonienne : les Chaldéens reconnaissent qu'aucun homme sur terre ne peut révéler le songe, et que la chose est réservée au D.ieu suprême qui ne réside pas avec la chair - et selon les termes de nos Sages : seul Aharon avec les Ourim véToumim en aurait été capable, or toi-même as détruit le Temple et anéanti cette sagesse. Le roi, dont la fureur ne distingue plus le sage de l'insensé, décrète la mise à mort de tous les sages de Babylone, y compris Daniel et ses compagnons. C'est ici que se révèle la sagesse de Daniel : avec tact et discernement, il s'adresse à Aryokh non pas en tant que chef des exécuteurs, mais en tant qu'officier du roi, afin de pouvoir prétendre qu'il vient seulement d'apprendre la nouvelle et demander un délai ; il prend même soin de demander du temps « pour en donner l'interprétation » - insinuant que le songe lui est déjà connu. De là, il regagne sa maison pour s'isoler, mobilise ses trois compagnons dans la prière et supplie de ne pas périr avec les impies ; c'est alors que le secret lui est dévoilé dans une vision nocturne - à un degré bien supérieur au songe de Nevoukhadnetsar. De là jaillit son hymne de gratitude : toute sagesse et toute puissance viennent de Lui, béni soit-Il, c'est Lui qui change les temps et les époques, destitue les rois et établit les rois, et accorde la sagesse aux sages - à ceux qui recherchent la sagesse, l'estiment à sa juste valeur et se préparent à devenir un réceptacle pour la recevoir, jusqu'à ce que la 'hokhma devienne bina, et que la bina devienne un da'at clair et absolu.