Nous ouvrons l'étude du livre de Daniel. Précisons d'abord la prononciation exacte du nom : c'est « Daniyel » (דָּנִיֵּאל), et non « Dani-el ». En cela, son nom diffère de tous les autres noms bibliques similaires : Michaël, Raphaël, Mehouyaël, Gabriel - dans tous ces noms, le alef porte un tséré et s'entend distinctement à la fin. Mais dans Daniel, c'est le youd qui porte le tséré, et le alef est quiescent, c'est-à-dire qu'il ne s'entend pas du tout dans la lecture. On lit « Daniyel », sans prononcer le alef.
Quelle en est la raison ? On propose à ce sujet une très belle explication : le nom « Daniel » est formé de deux mots - « Dani » (juge-moi) et « El » (Dieu). Si l'on prononçait « Dani-El », cela signifierait pour ainsi dire « que Dieu me juge », or nul ne désire être jugé avec rigueur par le Tout-Puissant. C'est pourquoi nous prononçons « Daniyel », estompant ainsi l'évocation directe du jugement strict (le Din).
Qui a rédigé le livre de Daniel ? L'ouvrage a été consigné par les membres de la Grande Assemblée (Anché Knesset HaGuedola) - Haggaï, Zacharie, Malachie, Zorobabel, Mardochée et leurs compagnons. Ils ont mis par écrit plusieurs livres, résumés par l'acronyme « KaNDaG » : Ézéchiel, les Douze petits prophètes (Trei Assar), Daniel et la Méguilat Esther.
בִּשְׁנַת שָׁלוֹשׁ לְמַלְכוּת יְהוֹיָקִים מֶלֶךְ־יְהוּדָה בָּא נְבוּכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ־בָּבֶל יְרוּשָׁלִַם וַיָּצַר עָלֶיהָ׃ - La troisième année du règne de Yehoyakim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, marcha contre Jérusalem et l'assiégea.
Yehoyakim, comme on le sait, était un roi impie. La troisième année de son règne, Hakadosh Baroukh Hou fit venir contre lui Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui mit le siège devant Jérusalem.
וַיִּתֵּן אֲדֹנָי בְּיָדוֹ אֶת־יְהוֹיָקִים מֶלֶךְ־יְהוּדָה וּמִקְצָת כְּלֵי בֵית־הָאֱלֹהִים וַיְבִיאֵם אֶרֶץ־שִׁנְעָר בֵּית אֱלֹהָיו וְאֶת־הַכֵּלִים הֵבִיא בֵּית אוֹצַר אֱלֹהָיו׃ - Le Seigneur livra entre ses mains Yehoyakim, roi de Juda, ainsi qu'une partie des ustensiles de la Maison de Dieu. Il les emmena au pays de Chinear, dans le temple de son dieu, et déposa les ustensiles dans le trésor de son dieu.
« Le Seigneur le livra entre ses mains » - Hakadosh Baroukh Hou le livra immédiatement en son pouvoir. Qu'on ne pense pas que Nabuchodonosor soit venu dans des dispositions pacifiques et que Yehoyakim soit sorti à sa rencontre pour se soumettre de lui-même. Le texte enseigne qu'il livra bataille et s'empara de lui sans délai, par la force et non par un accord de paix. Car s'il s'était agi d'une reddition pacifique, il ne l'aurait pas emmené en captivité et n'aurait pas pillé les ustensiles du Temple.
Le Malbim explique que cette attitude dérogeait aux coutumes royales de l'époque. De qui s'empare-t-on par la force, au point de piller ses objets sacrés ? De celui qui résiste les armes à la main - c'est lui que l'on humilie. En revanche, lorsqu'un souverain acceptait de se soumettre au conquérant, l'usage voulait qu'on le maintienne sur son trône, moyennant un tribut et des impôts réguliers. Ici, nous constatons qu'Hachem l'a livré entre ses mains et que Nabuchodonosor l'a capturé pour l'exiler avec les ustensiles - signe manifeste qu'il n'y eut aucune capitulation amiable. Yehoyakim n'a pas brandi le drapeau blanc ; il a tenté de combattre, mais Hachem l'a immédiatement livré au pouvoir du roi de Babylone.
Remarquons avec quelle précision le texte s'exprime : les ustensiles ne furent pas déposés dans le trésor royal, mais « dans le trésor de son dieu ». Le verset préfigure ici ce qui adviendra plus tard : ces objets sacrés allaient provoquer un châtiment terrible - Belshatsar, le petit-fils de Nabuchodonosor, sera châtié pour en avoir fait un usage profane. La faute prend racine dès cet instant : au lieu de rendre hommage à Dieu, Nabuchodonosor introduisit ces objets dans le temple de son idole, affirmant ainsi que sa divinité lui avait accordé la victoire. Nous verrons ensuite que ces ustensiles furent traités avec le plus grand mépris, ce qui hâta la chute définitive de la dynastie babylonienne avec son troisième souverain, Belshatsar.
וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לְאַשְׁפְּנַז רַב סָרִיסָיו לְהָבִיא מִבְּנֵי יִשְׂרָאֵל וּמִזֶּרַע הַמְּלוּכָה וּמִן־הַפַּרְתְּמִים׃ - Le roi ordonna à Achpenaz, chef de ses officiers, d'amener d'entre les enfants d'Israël, tant de la descendance royale que des nobles.
Achpenaz est un nom propre, désignant l'homme chargé de superviser tous les officiers du palais. Le roi lui demande d'amener de jeunes gens issus du peuple - c'est le sens de « d'entre les enfants d'Israël » - mais aussi de la descendance royale, issus de la lignée royale et princière.
Et dans quel but a-t-il besoin de ces jeunes gens ? Après tout, il a exilé tout Israël à Babylone, et c'est parmi eux qu'il en réclame. Il poursuit deux desseins : d'abord, pour qu'ils soient attachés au service du palais royal ; ensuite, pour les nommer ultérieurement ministres. À la place de ceux qui régnaient en Judée et refusaient d'obéir à ses volontés, il établira des ministres de son choix, formés et élevés par ses soins, qui lui seront entièrement dévoués. Il pourra alors les envoyer comme gouverneurs en Judée, instruits des usages chaldéens et de leur langue, assurant ainsi une parfaite soumission à son autorité. Et pourquoi fallait-il aussi des jeunes gens issus du peuple, hors de la lignée royale ? Afin de pourvoir aux charges de service plus ordinaires.
Nevoukhadnetsar était un homme particulièrement sage et avisé, comme on le constatera par la suite. Ce n'était pas un souverain inculte que l'on pouvait aisément manœuvrer. Il exige lui-même que l'on instruise ces enfants et qu'on leur enseigne toutes les sciences, car il sait pertinemment que la sagesse par excellence se trouve au sein du peuple d'Israël, comme il est dit : « Car c'est là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples ». C'est pourquoi il désire que des fils de ce peuple, qui produit de si grands esprits, deviennent ses conseillers et les dignitaires de sa cour, afin de conduire son royaume avec clairvoyance. C'était du reste l'usage de nombreux monarques au cours de l'histoire, qui s'entouraient, discrètement ou au grand jour, d'un conseiller juif versé dans la sagesse pour guider les décisions royales.
יְלָדִים אֲשֶׁר אֵין־בָּהֶם כָּל־מאוּם וְטוֹבֵי מַרְאֶה וּמַשְׂכִּלִים בְּכָל־חָכְמָה וְיֹדְעֵי דַעַת וּמְבִינֵי מַדָּע וַאֲשֶׁר כֹּחַ בָּהֶם לַעֲמֹד בְּהֵיכַל הַמֶּלֶךְ וּלְלַמְּדָם סֵפֶר וּלְשׁוֹן כַּשְׂדִּים׃ - Des jeunes gens exempts de tout défaut, beaux d'apparence, doués pour toute sagesse, versés dans la connaissance, aptes à la science et ayant la force de se tenir dans le palais du roi, et à qui l'on enseignerait les écrits et la langue des Chaldéens.
Remarquez cette précision textuelle : le texte s'écrit « méoum » (מאום) et se lit « moum » (מום, défaut). Le Malbim explique : le roi exigeait que ces jeunes gens soient parfaits tant dans la matière que dans la forme. Parfaits dans la matière - sur le plan corporel et physique ; parfaits dans la forme - sur le plan spirituel, intellectuel, dans les sciences, la compréhension et le raisonnement. Quant à l'aspect matériel, le verset précise « exempts de tout méoum ». Il y a en effet une nuance entre un « moum » et un « méoum » : un moum est une infirmité majeure - un membre manquant, une main ou un pied ; tandis que le terme écrit méoum renvoie à la plus petite imperfection. Tel est le sens de la graphie : qu'ils soient dépourvus de la moindre imperfection physique, sans la moindre lésion ni cicatrice - et à plus forte raison sans aucun handicap notable.
Au-delà de cette intégrité corporelle, un homme peut être exempt de toute infirmité sans être agréable à regarder. C'est pourquoi le texte ajoute « et beaux d'apparence » : leur aspect extérieur devait être noble et avenant, ces qualités convenant particulièrement au service du palais royal.
Toutes ces formules désignent des degrés progressifs de l'intelligence. Ibn Ezra explique que « versés dans la connaissance » caractérise une personne qui comprend déjà le fond de votre propos à peine commencez-vous à parler. On connaît bien ces auditeurs qui, durant un cours, terminent la phrase du maître avant même qu'il ne l'ait prononcée : leur vivacité d'esprit est telle qu'ils saisissent immédiatement l'intention de l'orateur. C'est cela « versés dans la connaissance » : discerner la pensée profonde de son interlocuteur au moment où il s'exprime.
« Aptes à la science » est un degré supérieur. Un homme peut être d'une grande finesse d'esprit, mais si on lui demande d'expliquer une idée, personne n'y comprend rien. Il existe d'immenses maîtres de Torah au génie exceptionnel qui, pour autant, n'excellent pas dans la pédagogie. Le véritable talent consiste à savoir exprimer fidèlement ce que l'on conçoit intérieurement. Or, chez certains, c'est précisément la démesure de leur génie qui rend l'expression difficile : leur esprit embrasse des notions si vastes qu'il leur est ardu de les formuler dans un langage accessible. Surtout face à un auditoire ordinaire, un tel penseur tend à expliquer les choses selon son propre niveau d'abstraction et non selon la capacité d'assimilation du public. Le roi précisait donc : je cherche des hommes « aptes à la science », capables de transmettre avec clarté le savoir présent dans leur esprit et leur cœur, et aptes également à saisir mes propres réflexions. Il s'agit d'une faculté bien distincte de la simple érudition.
Le Malbim explique qu'en Lachon Hakodech, il existe une différence fondamentale entre la 'hokhma (sagesse) et le da'at (connaissance). Le « da'at » désigne les choses perceptibles par les sens, des réalités que chacun peut mesurer, vérifier et constater par lui-même, ou encore des notions fondées sur des axiomes évidents. En effet, chaque discipline possède ses manuels d'étude. Celui qui entreprend d'étudier les mathématiques dispose d'un manuel contenant les règles élémentaires du calcul. Ce sont les postulats de base. Il est inconcevable que quelqu'un vienne demain déclarer que la règle apprise à l'école est fausse.
Ce sont là les prémisses de la science mathématique. Le professeur vient ensuite effectuer des calculs complexes et élaborer de nouvelles théories, mais il ne réinvente pas les fondements : il existe des ouvrages où ces bases sont clairement consignées. Il en va de même dans tous les domaines. À celui qui veut apprendre la chimie, on enseigne : il existe tels et tels éléments, et lorsqu'ils se combinent de telle façon, ils réagissent ou se décomposent de telle manière. Il ne recommence pas toutes les expériences depuis le début ; elles ont déjà été faites, et certains principes constituent des axiomes, les fondements incontestables de cette science. C'est ce que l'on appelle le da'at : des données vérifiables menant à une certitude empirique - l'eau bout à cent degrés, gèle à zéro degré, la gravitation, l'inertie. Des faits qu'il n'est nul besoin de réexpérimenter soi-même pour les connaître, et qui constituent le socle des sciences.
La 'hokhma, en revanche, relève de la conduite : savoir se comporter de manière juste, savoir discerner le bien du mal. Cela ne s'obtient pas par des démonstrations scientifiques ni par les lois de la nature. Comment accède-t-on à la 'hokhma ? Par l'intellect, par la réflexion approfondie et l'analyse, grâce auxquelles l'homme apprend à discerner, à rejeter ce qui est néfaste et à adopter ce qui est positif, afin d'agir avec droiture. C'est auprès d'un homme sage que l'on vient chercher conseil, car il possède cette capacité d'analyse pour peser les situations, en extraire le bien, écarter le mal, et indiquer la voie à suivre, la conduite appropriée et le conseil avisé.
Le madda' englobe l'ensemble des connaissances accumulées par les savants au fil des générations, qui forment les fondations d'une science en perpétuelle progression. C'est pourquoi on dit que les scientifiques actuels découvrent des choses ignorées autrefois. Cela signifie-t-il qu'ils sont plus sages ou plus intelligents que leurs prédécesseurs ? Nullement. Ils sont simplement comparables à un nain juché sur les épaules d'un géant : le nain, assis sur le dos du géant, embrasse tout du regard et s'imagine grand, mais on lui dit : « Insensé, tu n'es qu'un nain, et si tu vois si loin, c'est uniquement parce que tu es porté par le géant ! » Le chercheur découvre un élément supplémentaire, mais sur quoi s'appuie-t-il ? Sur le travail de savants qui ont cherché pendant deux ou trois mille ans et établi des postulats de base. Tout cela a déjà été appris, sans qu'il soit nécessaire d'entrer en laboratoire pour tout reprendre depuis le début.
Toutes les données fondamentales étant déjà acquises, on peut dès lors concevoir de nouvelles inventions, de nouveaux composés, de nouvelles perspectives - tel le nain hissé sur les épaules du géant. L'inventeur de l'automobile n'a pas eu besoin de réinventer la roue, d'autres l'avaient fait avant lui. Lorsqu'on entreprend d'innover, on s'appuie déjà sur des bases préexistantes. De même, celui qui a conçu le vaisseau spatial ayant atteint la lune n'a pas eu à tout réinventer de zéro : il s'est appuyé sur les principes de l'aviation établis bien plus tôt par les frères Wright.
Il s'ensuit que celui qui sait, à partir de la science acquise, déduire des conclusions et procéder à des analogies par la force de son discernement est appelé « méviné madda' » (capables de comprendre la science) : il possède les bases, et à partir d'elles, il compare une chose à une autre et tire des conclusions dans des domaines encore inexplorés. Il y a donc ici deux niveaux distincts : les « yod'é da'at », qui maîtrisent les fondements du savoir, et les « méviné madda' », capables de faire des déductions (ledammot milta lemilta) pour parvenir à des découvertes inédites, à de nouvelles combinaisons et à des concepts qui dépassent les règles scientifiques déjà connues et vulgarisées.
Pour parvenir à tout cela, deux conditions préalables sont requises. La première est la vigueur physique. En effet, même si un homme est doué d'une grande sagesse, s'il passe la majeure partie de son temps alité par la maladie, il ne pourra pas fournir les efforts nécessaires pour accomplir de grandes réalisations. Il fallait donc des personnes physiquement robustes.
Nos Sages expliquent le verset « qui avaient la force de se tenir dans le palais du roi » : ils devaient être capables de réfréner leur sommeil, leur envie de rire et leurs besoins naturels. L'homme doit avoir une maîtrise totale de lui-même. Devant une situation comique, l'esprit frivole éclate de rire, tandis que l'homme avisé sait se retenir - c'est certes drôle, mais il se contient. Telle est la force d'un caractère trempé. De même pour les besoins corporels : un homme solide sait patienter et se retenir. Imaginez quelqu'un debout devant le roi, alors que celui-ci s'adresse à lui, lui disant : « Pardonnez-moi, Majesté, je dois aller aux toilettes. » On lui répondrait : « Reste là-bas et ne reparais jamais. » Lorsqu'on se tient devant un monarque, le moindre écart peut coûter la vie.
En pareille situation, l'homme doit être capable d'un contrôle absolu. À l'époque des Guéonim, vivait un personnage dont la lignée familiale portait le nom de « famille de la Mouche », un titre honorifique conféré par le roi lui-même. Pour quelle raison ? Alors que l'ancêtre de cette famille se tenait devant le souverain, une mouche se posa sur son front et le piqua, mais il resta parfaitement impassible, sans esquisser le moindre geste. En temps ordinaire, lorsqu'un insecte pique quelqu'un, celui-ci le chasse aussitôt ; lui demeura immobile au point que le sang se mit à couler. Le roi s'en aperçut et comprit que cet homme s'imposait une telle retenue par respect pour la majesté royale. Il lui accorda alors ce titre d'honneur de « famille de la Mouche », titre prestigieux dans tout le royaume, et il fut honoré et glorifié pour cet exploit.
Et c'est là une véritable grandeur : la force de résistance et la capacité de retenue de l'homme, c'est en elles que se mesure son caractère. À quoi reconnaît-on la valeur du caractère d'un homme ? À sa capacité à se retenir, et ce en toute chose : il a quelque chose à dire, mais il se tait ; il y a un spectacle qu'il désire regarder, mais il ferme les yeux et se maîtrise. C'est à cela que se mesure l'homme. Un homme s'évalue à la puissance de ses freins, et plus ses freins sont puissants, plus cela témoigne d'une force intérieure prodigieuse.
La deuxième condition : « Et pour leur enseigner les écrits et la langue des Chaldéens » - qu'ils aient les aptitudes pour étudier les écrits et pour apprendre une langue, ce qui constitue deux facultés distinctes. La langue relève de l'expression orale. Certains assimilent très vite les langues parlées, mais mettent beaucoup de temps à maîtriser l'écrit ; pour d'autres, c'est l'inverse. Le roi déclare donc : je veux des jeunes gens capables d'assimiler rapidement aussi bien la langue que les livres, car je désire leur enseigner le chaldéen, et la sagesse chaldéenne est consignée par écrit.
Et qu'est-ce que « la langue des Chaldéens » ? Le Malbim explique qu'ils possédaient deux registres de langue. Il y avait la langue parlée, populaire et courante - l'araméen, parlé par le commun du peuple. Et face à elle, une langue plus poétique et lyrique, réservée aux érudits - c'est elle qu'on appelait la langue des Chaldéens. De même, en anglais, il existe deux niveaux : la langue de Shakespeare, infiniment plus châtiée et que beaucoup de gens du peuple ne comprendraient pas du tout, et la langue courante. Il en va de même en hébreu : prenez de nombreux termes du Tanakh et récitez-les à un passant dans la rue, il ne comprendra pas de quoi vous parlez. Une même idée peut s'exprimer par des mots simples, mais il existe une langue plus soutenue, celle des dignitaires et des esprits élevés.
C'est pourquoi le roi précise : je veux qu'ils parlent le chaldéen, la langue des ministres, des notables et des sages, qui savent s'exprimer avec éloquence et style fleuri. Le Malbim ajoute que cela exigeait également une vive imagination, car il n'est pas simple de s'exprimer de manière poétique ou en rimes sans une grande force imaginative. Voilà pourquoi il recherchait des personnes dotées de telles aptitudes.
וַיְמַן לָהֶם הַמֶּלֶךְ דְּבַר־יוֹם בְּיוֹמוֹ מִפַּת־בַּג הַמֶּלֶךְ וּמִיֵּין מִשְׁתָּיו וּלְגַדְּלָם שָׁנִים שָׁלוֹשׁ וּמִקְצָתָם יַעַמְדוּ לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ׃ - Le roi leur assigna une portion quotidienne prélevée sur les mets de la table royale et sur le vin de ses banquets, prévoyant de les élever pendant trois ans, au terme desquels ils se tiendraient au service du roi.
On voit ici à quel point Nevoukhadnetsar prenait la chose au sérieux : il en fit un véritable projet. « Vayeman » (il assigna) vient de la racine mana, la portion, signifiant qu'il leur fixa des rations quotidiennes. Il veilla lui-même à leur nourriture, sans déléguer cette tâche : le roi en personne s'occupa de leur menu.
« Des mets de la table royale » (mipat-bag hamelekh) - de la nourriture servie à la table des rois. Le Malbim explique qu'une alimentation raffinée développe chez l'homme de plus grandes capacités intellectuelles, tandis qu'une nourriture grossière et vile éveille en lui de mauvais penchants et des traits de caractère négatifs.
Par exemple, les poissons que la Torah nous autorise possèdent nageoires et écailles, alors qu'elle a interdit ceux qui en sont dépourvus. Pourquoi ? Quiconque observe attentivement constatera que les poissons sans nageoires ni écailles ne nagent pas librement dans l'eau - selon l'expression de nos Sages, « s'élever et planer » dans l'eau -, mais restent au fond. Or, que trouve-t-on au fond des eaux ? Les impuretés et les déchets. De ce fait, leur constitution biologique est bien plus médiocre : ils baignent dans les détritus et s'en nourrissent, de sorte que celui qui les mange absorbe en réalité ces substances malsaines. Il en va de même pour le porc : où fouille-t-il toute la journée ? Dans les ordures. Ainsi, pour quiconque consomme du porc, cette nourriture exerce sur lui une influence délétère, indépendamment même des ravages spirituels qu'elle engendre.
Il en est ainsi dans notre verset : le roi veut leur procurer les aliments les plus raffinés. Comme l'enseigne la Guémara : « Le vin et les parfums rendent intelligent » ('hamra veré'hané pak'hin). Lorsqu'un homme consomme des mets fins et choisis, ces nourritures lui sont bénéfiques. Certes, tous les mets raffinés ne sont pas nécessairement plus sains pour la santé, mais bien souvent, lorsqu'on consomme des aliments grossiers - du son, des aliments à base d'orge, de la nourriture pour le bétail -, cela transmet des énergies négatives, contrairement aux aliments plus purs et raffinés qui insufflent des forces positives.
Et que signifie l'expression « pat-bag » ? Le pain ou les mets servis à la table du roi. Certains expliquent que le mot bag signifie « nourriture », comme l'écrit Ibn Ezra ; d'autres l'ont traduit par « viande ». En d'autres termes : de la nourriture qui constitue le repas du roi.
En outre, il leur accordait cela 'chaque jour sa portion'. Les médecins établissaient un menu variable pour le roi, selon le climat : en hiver, on consomme des aliments plus réchauffants, en été des mets plus frais, et ainsi de suite. Cela exigeait un discernement précis et une véritable science médicale.
À l'instar du Rambam, qui résidait à la cour du sultan et servait de médecin royal. On dit un jour au souverain : d'où sais-tu que Maïmonide est un médecin si éminent, si brillant et si compétent ? Après tout, il ne t'a jamais guéri ! Le roi demanda alors au Rambam : c'est une excellente question, quelle preuve ai-je de tes compétences ? Voilà quatre ou cinq ans que tu es ici et tu ne m'as jamais soigné d'aucune maladie. Il lui répondit : mon seigneur le roi, qui fixe tes menus et ce que tu manges ? Tu le fais toi-même, tu es mon médecin, répliqua le roi. Le Rambam poursuivit : et comment se fait-il que tu ne sois pas tombé malade durant ces quatre ou cinq ans ? C'est parce que je veille à ce que tu te nourrisses de manière à ne jamais l'être. Tous les autres médecins se prétendent avisés, mais ils n'interviennent que lorsque la maladie est déclarée ; moi, je veille à ce que tu ne tombes pas malade du tout.
Je sais exactement quoi te prescrire : quels aliments sont nocifs et lesquels sont salutaires, quelles combinaisons sont néfastes, ce qui te convient maintenant, en été, ou selon ton état physique du moment. Je t'observe, et c'est en fonction de cela que j'adapte ton régime. Il en allait de même ici : les médecins savaient précisément ce qu'il fallait donner au roi, et c'est pourquoi il est dit 'chaque jour sa portion' - un menu quotidiennement adapté à la météo et aux températures. Et l'on prenait le même soin pour ces jeunes gens : 'des mets délicats du roi et du vin de sa table'.
Combien de temps fallait-il pour parfaire leur formation ? Trois ans. Or nos Sages, de mémoire bénie, enseignent : tout élève qui ne discerne aucun signe de bénédiction dans son étude au bout de trois ans n'en verra plus jamais (une autre version mentionne cinq ans - deux avis existent). Toute cette préparation visait à assurer le succès des enfants dans leur apprentissage, ce qui exigeait trois années d'étude intensive.
'Et qu'à l'issue de cela, ils se tiennent devant le roi' - après avoir été instruits, on choisirait parmi eux les plus doués, les plus perspicaces et les plus avisés, et ce sont eux qui se tiendraient en présence du roi, le serviraient et recevraient de lui des fonctions officielles.
Nous avons ouvert cette étude en précisant le nom exact du livre et ses rédacteurs - les membres de la Grande Assemblée. Nous avons vu comment le Saint, béni soit-Il, livra la troisième année du règne de Yehoyakim le roi et une partie des ustensiles du Temple aux mains de Nabuchodonosor, non par une voie de paix, et comment, dès l'entrée de ces ustensiles dans 'la maison du trésor de son dieu', fut semé le péché qui entraînerait ultimement la perte de sa dynastie à l'époque de Belshatsar. Nous avons ensuite examiné le projet conçu par Nabuchodonosor : sélectionner des enfants de la descendance royale et des grandes familles, parfaits de corps et d'esprit, sans le moindre défaut ni imperfection physique, beaux d'apparence, dotés de savoir et d'intelligence - capables de maîtriser les fondements de la sagesse, d'en déduire de nouvelles notions et de les transmettre à autrui. Nous avons analysé la distinction entre sagesse et discernement, la parabole du nain juché sur les épaules d'un géant, ainsi que la retenue par laquelle se mesure la grandeur d'âme d'un homme et qui valut à la 'famille Mouche' son titre de noblesse. Enfin, nous avons mis en lumière le soin méticuleux apporté à leur nourriture et à leur boisson au jour le jour, selon les règles de la médecine royale, et ces trois années de formation destinées à faire émerger ceux qui seraient dignes de se tenir devant le roi.