Le chapitre 9 vient clore le livre d'Amos. Il s'ouvre sur une rude vision prophétique de destruction et de traque acharnée des fuyards jusque dans leurs plus profondes cachettes, et s'achève sur des prophéties de consolation annonçant le relèvement de la soukka déchue de David ainsi que le retour définitif d'Israël sur sa terre. Nous suivrons l'ordre des versets en examinant d'une part l'approche de Rachi, du Radak, d'Ibn Ezra et du Targoum, et d'autre part la voie originale du Malbim - car à partir du verset 7, le Malbim réoriente l'ensemble du propos, transformant la prophétie de châtiment en paroles de réconfort.
La vision sur l'autel
רָאִיתִי אֶת־אֲדֹנָי נִצָּב עַל־הַמִּזְבֵּחַ וַיֹּאמֶר הַךְ הַכַּפְתּוֹר וְיִרְעֲשׁוּ הַסִּפִּים וּבְצַעַם בְּרֹאשׁ כֻּלָּם וְאַחֲרִיתָם בַּחֶרֶב אֶהֱרֹג לֹא־יָנוּס לָהֶם נָס וְלֹא־יִמָּלֵט לָהֶם פָּלִיט׃ - J'ai vu le Seigneur se tenant sur l'autel, et Il dit : Frappe le chapiteau afin que tremblent les seuils, brise-les sur la tête de tous, et Je tuerai par l'épée le reste d'entre eux ; nul d'entre eux ne parviendra à s'enfuir, nul rescapé n'échappera.
Amos déclare : je vois en vision prophétique Hachem se tenant sur l'autel du Temple. Le Radak explique : je vois Hachem ordonner à un ange de frapper le chapiteau (le kaftor), faisant ainsi trembler les seuils. Qu'est-ce que ce chapiteau ? Dans les portails de l'Antiquité, il y avait les montants latéraux, et la partie supérieure formait une arche couronnée par une clé de voûte qui maintenait l'ensemble pour éviter qu'il ne s'effondre - c'est cela que l'on appelle le kaftor. D'autres expliquent qu'il s'agit des ornements sculptés, car on sculptait des boutons et des fleurs au sommet de la porte. Quoi qu'il en soit, Hachem se tient pour ainsi dire dans le Temple et ordonne à l'ange de frapper le linteau du portail, ce qui ébranle les seuils de la porte, symbolisant la destruction du Sanctuaire. En effet, des actes inconcevables y ont été commis, et dès lors, la Maison doit être détruite.
« Et brise-les sur la tête de tous » - le Radak précise qu'il s'agit d'un ordre, avec l'accent tonique sur l'avant-dernière syllabe (mile'el). Le terme « batsa' » évoque le fait de couper ou de trancher, comme dans l'expression « et qu'il me tranche » ou encore lorsqu'on rompt le pain en morceaux. Et qui doit-il trancher ? Ceux qui sont à la tête de tous : les cohanim. Le Saint, béni soit-Il, déclare : c'est eux aussi que J'ai ordonné à l'ange de retrancher. Ne frappera-t-Il qu'eux ? Non : « et Je tuerai par l'épée le reste d'entre eux » - si les cohanim constituent la tête, le reste du peuple, inférieur à eux en rang, est désigné comme « la suite », et eux aussi périront par le glaive.
« Nul d'entre eux ne parviendra à s'enfuir, nul rescapé n'échappera » - une difficulté se pose à première vue : comment formuler une telle sentence, alors que la promesse divine garantit que le peuple d'Israël ne sera jamais anéanti ? C'est pourquoi le Radak explique que cela vise uniquement ceux qui ont mérité la mort : parmi ceux qui ont été condamnés au châtiment, pas un seul ne pourra fuir. Nul ne pourra se dissimuler devant les ennemis, et ces derniers n'épargneront personne - tous ceux contre qui le décret de mort a été prononcé seront tués.
Le sens homilétique : la spoliation accuse en tête
Le Radak rapporte un enseignement midrachique : « J'ai vu le Seigneur se tenant sur l'autel » - Il se tenait au-dessus de cette génération pour l'immoler, l'autel évoquant ici, à Dieu ne plaise, le sacrifice du peuple. « Frappe le chapiteau » - cela désigne le roi Yochiyahou (Josias), qui en est la partie supérieure, la pierre angulaire et le pilier. « Afin que tremblent les seuils » - ce sont ses conseillers intimes, sa garde et son entourage. « Et brise-les sur la tête de tous » - pour quelle faute ? Rabbi Pin'has dit au nom de Rabbi Yo'hanan : parabole d'une mesure pleine de fautes, qui vient accuser en premier ? Le vol et la spoliation (le guezel). C'est pour cette raison qu'au sujet de la génération du Déluge, il est écrit : « car la terre s'est remplie de violence », et c'est pour ce péché que leur décret fut scellé.
Nous avons déjà expliqué pourquoi la spoliation accuse en tête : chaque transgression commise par l'homme engendre un ange destructeur, dont la nature reflète celle de la faute. Une faute empreinte d'effronterie et d'audace donne naissance à un ange insolent et hardi. Or, le vol est une marque d'effronterie - aller s'emparer du bien d'autrui - si bien que même lorsque tous les autres anges accusateurs restent calmes et silencieux, l'ange de la spoliation surgit et crie le premier. Il y en a de plus redoutables que lui, mais lui, quoique subalterne, s'élance et vocifère avant tous. Et lorsqu'il engage l'accusation, la situation rappelle celle d'une troupe de créanciers : il suffit que l'un commence à se servir pour que tous les autres se précipitent sur les dépouilles afin qu'il ne reste rien. De la même façon, dès que le vol accuse en premier, toutes les autres fautes se mettent à charge. C'est là le sens de « ou-vtsa'em à la tête de tous » - le gain illicite (le betsa') dont ils profitent, comme dans le verset « celui qui fait un gain illicite bénit et outrage Hachem », où le mot renvoie au vol, et ce gain coupable se tient à la tête de toutes les iniquités. Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Yo'hanan : parabole d'hommes coupables à la fois d'idolâtrie, d'immoralité et de meurtre ; le plus grave d'entre eux pèse autant que tous les autres réunis. C'est pourquoi il est dit « à la tête de tous » : non seulement il s'élance en premier, mais il équivaut à lui seul à tous les autres.
Dès lors, que signifie « Frappe le chapiteau » ? Le Targoum Yonatan traduit : « J'ai vu la gloire d'Hachem s'écarter d'entre les Chérubins et se poser sur l'autel » - j'ai vu la présence divine quitter les Chérubins pour résider sur l'autel. Or, la Chekhina réside entre les Chérubins dans le Saint des Saints, lieu vers lequel nous tournons nos regards et nos prières. Et Il a dit : si la maison d'Israël ne revient pas à la Torah, « que s'éteigne le luminaire », ce qui désigne le roi Yochiyahou qui est le candélabre pur, « le roi Yochiyahou sera tué » ; « le Temple sera détruit et les parvis seront dévastés » ; « les artisans et les ustensiles du Sanctuaire partiront en captivité » ; « et le reste d'entre eux, Je les tuerai par l'épée, aucun fuyard ne pourra fuir et aucun rescapé ne sera sauvé » - pas un seul ne trouvera de salut.
L'approche du Malbim : l'autel de Beth-El
Tous les commentateurs expliquent que l'autel mentionné ici est celui du Temple de Jérusalem. Le Malbim suit toutefois une ligne différente. Selon lui, ces paroles se rattachent à ce que nous avons vu plus haut au chapitre 3 : « Car au jour où Je punirai les crimes d'Israël, Je châtierai aussi les autels de Beth-El, et les cornes de l'autel seront brisées ». L'autel dont il est question ici désigne les autels de Baal, les autels de Beth-El, et nous disposons d'un verset explicite à cet égard.
Et il explique cela d'après ce que nous avons déjà rappelé à plusieurs reprises : Hoshéa ben Élah voulut abolir le culte idolâtre des veaux d'or, autorisa le pèlerinage à Jérusalem, supprima les barrages (les prossedaoth) et retira les gardes qui y étaient postés. À la suite de cela, une révolte éclata au sein du peuple, qui se divisa en deux factions : l'une soutenait Hoshéa ben Élah et approuvait sa démarche, tandis que l'autre s'y opposait et refusait catégoriquement qu'il supprime les autels des veaux. Ces opposants allèrent dénoncer Hoshéa auprès du roi d'Assyrie, espérant qu'il le mettrait à mort afin de pouvoir continuer à servir les autels à leur guise. Et le résultat fut : « Et il l'enferma dans une maison de détention », puis « il assiégea Samarie », après quoi il exila tout le monde. Ce qu'ils pensaient diriger contre lui seul leur est revenu comme un boomerang.
Et ici, le prophète décrit que toute cette affaire s'est déroulée sous la Providence divine. Comme si Hachem se tenait au-dessus de cet autel d'idolâtrie à Beth-El et disait : « Frappe le chapiteau » - le linteau surmonté d'une sorte de pommeau - et par cela, « que tremblent les seuils », l'autel lui-même s'est effondré et ses cornes ont été brisées. « Et brise-les à la tête de tous » - par cela, ils ont été fendus et divisés en deux factions, car le terme « bitsoua » évoque la division. Et ce fut là le début de leur chute : cette scission et cette division furent le commencement de leur ruine. « Et le reste d'entre eux, Je le tuerai par l'épée » - l'aboutissement de ce tumulte fut que Je les ferais périr par le glaive du roi d'Assyrie. « Pas un d'entre eux ne s'enfuira » - aucun fuyard n'échappera, et même celui qui échapperait au glaive de l'ennemi serait rattrapé par l'épée plus tard, comme nous le verrons par la suite.
Nulle issue et nul refuge
אִם־יַחְתְּרוּ בִשְׁאוֹל מִשָּׁם יָדִי תִקָּחֵם וְאִם־יַעֲלוּ הַשָּׁמַיִם מִשָּׁם אוֹרִידֵם׃ - S'ils creusent jusqu'au séjour des morts, de là Ma main les saisira ; et s'ils montent aux cieux, de là Je les ferai descendre.
Le prophète explique à présent ce qu'il a dit, à savoir que « pas un d'entre eux ne s'enfuira » : toutes les formes de fuite seront vaines. Même si quelqu'un creusait un souterrain aussi profond que le Shéol pour s'y cacher - c'est de là que Je les prendrai pour les livrer aux mains de l'ennemi. « Et s'ils montent aux cieux » - auraient-ils des avions ou une montgolfière ? Le Malbim explique qu'il s'agit des sommets des hautes montagnes qui touchent le ciel, et c'est de là que Je les ferai descendre pour les livrer entre les mains de l'ennemi.
וְאִם־יֵחָבְאוּ בְּרֹאשׁ הַכַּרְמֶל מִשָּׁם אֲחַפֵּשׂ וּלְקַחְתִּים וְאִם־יִסָּתְרוּ מִנֶּגֶד עֵינַי בְּקַרְקַע הַיָּם מִשָּׁם אֲצַוֶּה אֶת־הַנָּחָשׁ וּנְשָׁכָם׃ - Et s'ils se cachent au sommet du Carmel, c'est là que Je les chercherai et les prendrai ; et s'ils se dérobent à Mes yeux au fond de la mer, là J'ordonnerai au serpent de les mordre.
Au sommet du Carmel, il y avait de nombreux tunnels et de vastes cavernes où les gens avaient l'habitude de se réfugier. Hachem dit : c'est de là que Je chercherai Moi-même, Je les prendrai et les livrerai à l'ennemi - car tout le dessein ici est d'enseigner que tout s'est déroulé selon la Providence. « Et s'ils se dérobent à Mes yeux au fond de la mer » - disposaient-ils de sous-marins ? Il s'agit plutôt d'îles désolées et isolées au milieu de la mer, où nul n'accède d'ordinaire. Et là, J'ordonnerai au serpent ; le Radak explique qu'il s'agit du grand monstre marin, le Léviathan, et dans les lieux où pullulent les serpents, ceux-ci les mordront. Rachi cite le Targoum Yonathan : « des peuples puissants comme des serpents » les cerneront là-bas et s'empareront d'eux.
Remarque : « S'ils se cachent au sommet du Carmel » et la leçon de l'histoire
Au passage, l'expression « et s'ils se cachent au sommet du Carmel » rappelle un fait marquant. Lorsque l'armée de Rommel se trouvait aux portes d'Erets Israël, aux confins de l'Égypte, et que l'on craignait l'arrivée imminente des nazis, il est rapporté que le Yishouv juif prépara un plan d'urgence : se retrancher sur le mont Carmel et reproduire l'acte de Massada, c'est-à-dire, en cas d'échec, recourir au suicide collectif. Or, une telle démarche est en totale contradiction avec la Halakha, et nous avons déjà rappelé à plusieurs reprises que Massada n'est pas mentionnée par nos Sages (Hazal), car cet acte est étranger à l'esprit juif. Un Juif ne se suicide pas. Si une nation ennemie vient pour vous déporter en exil, partez en exil ; on peut aussi accomplir les mitsvot en exil. Il y avait là une fierté nationale qui ne puisait pas sa source dans la sainteté, car la vie humaine est ce qu'il y a de plus précieux.
Cela apporte également une réponse à ceux qui demandent pourquoi les Guedoley Israël n'avaient pas ordonné de monter en terre d'Israël : ceux qui se trouvaient sur place préparaient un suicide collectif sur le mont Carmel, et qui pouvait savoir si la terre était à l'abri du danger ? Bien au contraire, concentrer les Juifs en Erets Israël aurait épargné à Hitler le laborieux travail de les traquer à travers tous les pays d'Europe ; il serait venu ici et aurait concentré toute son énergie là où se trouvaient des millions de Juifs, au lieu de devoir les chercher ailleurs. Et l'on a vu qu'il était déjà tout proche, et que ce n'est qu'au dernier instant qu'Hachem nous a préservé un reste et des rescapés. Poser de telles questions relève donc d'une méconnaissance de l'histoire.
Même en captivité, l'épée les atteindra
וְאִם־יֵלְכוּ בַשְּׁבִי לִפְנֵי אֹיְבֵיהֶם מִשָּׁם אֲצַוֶּה אֶת־הַחֶרֶב וַהֲרָגָתַם וְשַׂמְתִּי עֵינִי עֲלֵיהֶם לְרָעָה וְלֹא לְטוֹבָה׃ - Et s'ils partent en captivité devant leurs ennemis, de là J'ordonnerai à l'épée de les tuer ; et Je fixerai Mon regard sur eux pour le malheur et non pour le bien.
Même ceux qui partent en captivité. Le Radak explique : comme ceux qui sont descendus en Égypte avec Yo'hanan ben Karéa'h, qui s'y sont rendus de leur propre gré, persuadés qu'ils y trouveraient le salut. Jérémie leur avait pourtant affirmé qu'il n'y aurait aucun secours pour eux en Égypte, mais ils ne l'ont pas écouté - et l'on constate que là-bas aussi, l'épée les a rattrapés, conformément à ses paroles.
Le Malbim explique que s'éclaire ici ce qui a été dit précédemment : « nul rescapé parmi eux ne pourra fuir ». Même les rescapés que l'ennemi laissera en vie pour les emmener en captivité n'échapperont pas au glaive, car dans les lieux de leur exil, J'ordonnerai contre eux massacres et persécutions. Et pour que nul ne s'imagine que cela surviendra par hasard, au motif que J'aurais simplement retiré Ma providence et que l'épée ennemie les aurait frappés d'elle-même - il est précisé : « Et Je fixerai Mes yeux sur eux pour le mal et non pour le bien ». Cela aussi relèvera d'une providence, une providence pour le châtiment, afin de les punir de leurs mauvaises actions.
Il touche la terre et elle tremble
וַאדֹנָי יֱהוִה הַצְּבָאוֹת הַנּוֹגֵעַ בָּאָרֶץ וַתָּמוֹג וְאָבְלוּ כָּל־יוֹשְׁבֵי בָהּ וְעָלְתָה כַיְאֹר כֻּלָּהּ וְשָׁקְעָה כִּיאֹר מִצְרָיִם׃ - Le Seigneur, l'Éternel Tsevaot, Il touche la terre et elle tremble, et tous ses habitants sont en deuil ; elle monte tout entière comme le Nil, et s'affaisse comme le fleuve d'Égypte.
Le Targoum traduit « denazif be'ar'a veze'ia » - Hachem réprimande la terre et la terre tremble. « Vatémog » exprime le mouvement : Hachem effleure la terre et elle s'ébranle, signifiant que ce décret vient directement de Lui.
Le Malbim explique que l'expression « Il touche la terre et elle tremble » fait écho à ce qui a été vu plus haut : « La terre ne tremblera-t-elle pas à cause de cela ? » - en raison de leurs mauvaises actions. Le prophète fait ici allusion à la révolte qui a éclaté en leur sein lorsqu'ils se sont rebellés contre Hochéa ben Élah, au point que même la terre, pour ainsi dire, s'en est émue d'elle-même. Et le verset vient enseigner : sache que cela aussi venait d'Hachem. La révolte du peuple venait d'Hachem ; la venue des ennemis qui ont exilé le peuple venait d'Hachem ; tout comme le Nil monte et submerge le pays, tout découle d'Hachem. « J'ai vu le Seigneur se tenir sur l'autel », c'est-à-dire sur l'autel de Baal qu'Hochéa ben Élah a voulu abolir - pour t'enseigner que tout cela venait d'Hachem : qu'Hochéa vienne et abolisse l'autel, que le peuple se rebelle contre lui, et que le roi d'Assyrie vienne pour tous les frapper.
Il bâtit Ses demeures supérieures dans les cieux
הַבּוֹנֶה בַשָּׁמַיִם מַעֲלוֹתָו וַאֲגֻדָּתוֹ עַל־אֶרֶץ יְסָדָהּ הַקֹּרֵא לְמֵי־הַיָּם וַיִּשְׁפְּכֵם עַל־פְּנֵי הָאָרֶץ יְהוָה שְׁמוֹ׃ - Il bâtit Ses étages dans les cieux et a fondé Sa voûte sur la terre ; Il appelle les eaux de la mer et les répand sur la surface de la terre : l'Éternel est Son Nom.
Ibn Ezra explique : pourquoi mentionne-t-on ici la création du monde ? Afin que l'on comprenne qu'Hachem a façonné toute la réalité ; dès lors, où penserait-on pouvoir fuir loin de Lui ? Si Hachem a tout créé, Il connaît tout. Et voici qu'Il touche la terre et elle tremble ; que représente alors l'homme, qui ne constitue même pas un millième de la terre entière, qui n'en est qu'un infime point - peut-il songer à Lui échapper ?
Et le Malbim explique cela à la lumière du Psaume 104 : « Il déploie les cieux comme une tenture, Il charpente Ses étages supérieurs dans les eaux » et « Il a fondé la terre sur ses bases » - comme nous le lisons dans le cantique de « Barkhi Nafchi » le soir de Roch 'Hodech. C'est l'explication déjà étudiée dans Job et ailleurs au sujet de l'œuvre de la Création : à l'origine, le monde entier n'était que de l'eau. Que fit Hachem lorsqu'Il voulut que la terre ferme apparaisse ? « Il déploya les cieux comme une tenture ». Autrefois, on ne comprenait pas le sens de cette expression, car le ciel semblait vide ; mais aujourd'hui, nous savons qu'il existe une atmosphère, ce que le Malbim qualifie de « sphère respirable » : cette enveloppe terrestre qui contient l'oxygène, tandis qu'au-delà - sur la Lune et ailleurs - il n'y a plus d'oxygène. C'est ainsi qu'Hachem a, pour ainsi dire, étendu les cieux comme une enveloppe protectrice autour de la Terre.
À la suite de cela, le Saint, béni soit-Il, fit évaporer les eaux, et l'eau mêlée à l'air est restée contenue dans cette sphère respirable. C'est le sens de « Il charpente Ses étages supérieurs dans les eaux » : Il a placé de l'eau en hauteur, selon la loi naturelle qu'Il a établie, par laquelle les eaux montent et demeurent condensées dans les nuages. En outre, il existe des eaux situées bien plus haut encore ; nos Sages mentionnent les « eaux d'en haut » et les « eaux d'en bas ». Il a déjà été expliqué qu'il existe des corps célestes entièrement constitués de glace ; parfois, des météorites de glace arrivent jusqu'à nous et, lors de leur pénétration dans l'atmosphère terrestre, le frottement intense les fait fondre en eau, formant de la pluie. On peut d'ailleurs approfondir ce point dans l'ouvrage du Rav Zamir Cohen, « La Révolution » (HaMahapekh). Toutefois, il n'est pas question ici de ces eaux-là, mais bien de celles qui se trouvent au sein de la sphère respirable, ces eaux qui sont montées en hauteur et forment les nuages.
C'est par ce mécanisme que « le sol ferme apparut » et que les montagnes semblèrent surgir de l'abîme, « Il a fondé la terre sur ses bases ». De quelle manière ? En bâtissant Ses étages dans les cieux, c'est-à-dire par l'élévation des vapeurs d'eau vers le ciel. Et par là même : « et a fondé Sa voûte (Agoudato) sur la terre » - la terre fut alors liée et unifiée. Et que désigne une « agouda » (assemblage) ? Le Malbim rappelle cette parole de nos Sages : un faisceau ou assemblage ne comprend jamais moins de trois éléments. Ici-bas sur terre, l'élément de la terre est resté uni à l'élément de l'eau et à celui de l'air, et telle est la base de toute la construction matérielle. Il y a eu récemment une terrible tempête aux États-Unis, l'ouragan « Irma » : en hébreu I-R-M-A correspond aux lettres Aleph, Resh, Mem, Aleph pour Ech (feu), Roua'h (air/vent), Mayim (eau), Adama (terre) - l'ensemble des quatre éléments fondamentaux. Et si l'on veut ajouter un Youd - qui orchestre tout cela ? Le Youd, symbole d'Hachem. Tout provient de Lui.
Et parce qu'Hachem a fait monter les eaux vers le ciel, la terre s'est liée à la poussière, et par là Il a fixé une limite à la mer pour qu'elle ne sorte pas du lien qui l'unit à la terre, retenant les eaux pour qu'elles ne recouvrent pas la terre ferme. C'est le sens de « Celui qui appelle les eaux de la mer et les déverse sur la surface de la terre » : Celui qui a élevé les eaux en haut et a contenu la mer en son lieu - quand Il le désire, appelle les cieux et ils font tomber la pluie, appelle la mer et celle-ci recouvre la terre, un petit tsunami et soudain des pays entiers sont rayés de la carte. Hachem, selon Sa volonté, fait descendre l'eau d'en haut et répand la mer sur la terre ferme. « L'Éternel est Son Nom » - Il a le pouvoir d'accomplir tout cela. Dès lors, comment osez-vous désobéir à Sa parole, alors qu'Il a tout ce pouvoir d'agir contre quiconque Lui désobéit ?
« N'êtes-vous pas pour Moi comme les enfants des Kouchites ? »
הֲלוֹא כִבְנֵי כֻשִׁיִּים אַתֶּם לִי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל נְאֻם־יְהוָה הֲלוֹא אֶת־יִשְׂרָאֵל הֶעֱלֵיתִי מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם וּפְלִשְׁתִּיִּים מִכַּפְתּוֹר וַאֲרָם מִקִּיר׃ - N'êtes-vous pas pour Moi comme les enfants des Kouchites, enfants d'Israël ? dit l'Éternel. N'ai-Je pas fait monter Israël du pays d'Égypte, ainsi que les Philistins de Caphtor et Aram de Qir ?
Cette phrase est énigmatique, et les phrases énigmatiques suscitent de nombreuses interprétations. Rachi explique : Pourquoi m'abstiendrais-Je d'exiger des comptes de votre part ? Vous ne faites pas techouva, vous descendez des fils de Noé comme toutes les autres nations, et vous ressemblez aux Kouchites par vos actes - « Un Kouchite peut-il changer sa peau ? », tout comme le Kouchite ne peut changer de peau, vous ne changez ni vos actes ni votre conduite. Et Il leur dit : « N'ai-Je pas fait monter Israël du pays d'Égypte » - Je vous ai fait sortir d'Égypte, en avais-Je vraiment besoin ? Après tout, J'ai aussi fait sortir les Philistins de Caphtor, et Caphtor désigne la Cappadoce selon le Targoum Yonatan, une région en Turquie. Et lorsque les Caphtorites ont attaqué les Avéens - « et les Avéens qui habitaient dans des villages jusqu'à Gaza » - ils ont également soumis les habitants de Gaza et les autres princes des Philistins. Il est bon de savoir que les Caphtorites étaient une petite nation, un peuple de nains de la taille d'un bouton (kaphtor), et pourtant ils les ont conquis. Et Je les ai délivrés de leur main ; les Philistins ont ensuite échappé à leur emprise, et pourtant Je n'en ai pas fait Mon peuple. Quant à vous, livrés aux mains de l'Égypte, Je vous ai tirés de leur emprise pour faire de vous Mon peuple. Il en va de même pour « Aram de Qir » : Je les ferai monter de ce lieu nommé Qir, « et il les exila à Qir », où ils seront exilés par Sennachérib, et Je les en ferai aussi sortir - mais est-ce pour en faire Mon peuple ? C'est vous que J'ai fait monter d'Égypte pour que vous deveniez Mon peuple, alors pourquoi ne suivez-vous pas Mes voies ?
Le Radak rapporte les propos d'Ibn Ezra au nom de Yéfeth : les femmes kouchites vivaient dans la débauche, et les Kouchites étaient réputés pour leurs mœurs dissolues, tout comme les esclaves, si bien que nul ne savait qui était son père ; quant à sa mère, le doute était grand, mais son père, il l'ignorait totalement. Hachem leur dit : vous étiez les enfants d'un père unique, vous n'êtes pas comme les Philistins venus de Caphtor ni comme Aram venu de Qir, qui se sont tous assimilés aux nations parmi lesquelles ils vivaient, au point qu'on ne peut plus savoir aujourd'hui qui est un Philistin d'origine ou qui est un Araméen d'origine. Mais chez vous, il n'en est pas ainsi, car il est notoire que le peuple d'Israël ne s'est pas mêlé aux nations en Égypte. C'est le sens de « N'ai-Je pas fait monter Israël » - c'est la preuve que Je suis votre Père, comme le dit Moché : « N'est-Il pas ton Père qui t'a acquis ? ». Et Ibn Ezra ajoute que la lettre Mem de « mé-erets Mitsrayim » (du pays d'Égypte) s'applique aussi à la suite, c'est-à-dire « et des Philistins et de Caphtor », signifiant que J'ai sauvé et délivré Israël de tous ces lieux.
Une autre explication est celle du père du Radak : « N'êtes-vous pas pour Moi comme les enfants des Kouchites » - la peau du Kouchite ne change jamais durant toute sa vie ; né kouchite, il reste kouchite. De même, vous ne modifiez en rien vos actes et demeurez inchangés.
Le Malbim : à partir d'ici commencent les paroles de consolation
Jusqu'ici les explications des commentateurs, qui considèrent que du verset 7 jusqu'à la fin du livre au verset 15, la réprimande se poursuit. Mais le Malbim affirme qu'à partir d'ici, il ne s'agit plus de réprimandes : Amos souhaite achever son livre sur des paroles de consolation, et désormais les propos deviennent positifs. On constatera donc que là où les autres commentateurs interprètent la suite dans un sens négatif, le Malbim l'explique de manière positive, car selon son approche, les prophéties de malheur s'arrêtent là et les consolations commencent.
« N'êtes-vous pas pour Moi comme les enfants des Kouchites » - vous M'êtes singuliers comme les enfants des Kouchites. Tout comme le Kouchite se distingue toujours, reste reconnaissable et ressemble indubitablement à son père, sans jamais se perdre car il se détache dans le paysage, de même vous êtes reconnaissables et singuliers pour Moi. C'est-à-dire que, bien que dispersés parmi les nations, vous ne vous êtes pas assimilés à elles, vous ne vous êtes pas mariés avec elles ni ne vous êtes liés à elles, et vous M'êtes toujours reconnaissables : « Tous ceux qui les verront reconnaîtront qu'ils sont une race bénie du Seigneur », ils sont les enfants du D.ieu vivant.
La preuve en est : « N'ai-Je pas fait monter Israël du pays d'Égypte ». Bien qu'ils y soient restés de longs jours, asservis en Égypte durant deux cent dix ans, ils ne se sont malgré tout pas assimilés aux Égyptiens. J'ai fait monter Israël distinct des nations, identifiable par son nom et sa généalogie. Il n'y en eut qu'une seule que le verset a rendue publique - Chlomit bat Divri - la seule à avoir été souillée par un Égyptien. Mais pour tous les autres, il est écrit « le Hanokhite », « le Pallouite », et nos Sages disent qu'Hachem a placé Sa lettre Hé au début et Sa lettre Youd à la fin pour témoigner qu'ils sont saints et purs, descendants légitimes de Yaakov, sans aucun mélange avec ceux dont il est dit « leur membre est comme celui des chevaux », sans aucune souillure égyptienne.
En regard de cela, Il leur dit : ai-Je vraiment fait monter les Philistins de Caphtor et Aram de Qir comme Je l'ai fait pour vous ? Les Philistins furent conquis jadis par les Caphtorites, puis ils revinrent en terre des Philistins, mais malgré tout - s'agissait-il encore des « Philistins » ? Ceux qui avaient été exilés à Caphtor étaient déjà devenus mi-philistins, mi-caphtorites, et lorsqu'ils remontèrent, ils n'étaient plus les Philistins d'origine. De même pour Aram, que le roi d'Assyrie exilera à Qir : lorsque Je ferai monter Aram de Qir, s'agira-t-il vraiment d'Aram ? Ce sera un Aram mêlé aux habitants de Qir, non pas l'Aram originel. Car dans l'exil, ils se sont fondus parmi les peuples, et ils ne furent plus de véritables Philistins ou Araméens, mais des Caphtorites et des Qirites, cessant d'être une nation distincte. Il n'en fut pas ainsi pour vous : lorsque Je vous ai fait monter d'Égypte, vous étiez le peuple juif authentique, les enfants d'Avraham, d'Yits'hak et de Yaakov sans aucune altération. Seul le peuple d'Israël ne s'est pas marié ni assimilé avec eux, et leur descendance est demeurée reconnue parmi les nations.
« Je ne détruirai pas entièrement la maison de Yaakov »
הִנֵּה עֵינֵי אֲדֹנָי יֱהוִה בַּמַּמְלָכָה הַחַטָּאָה וְהִשְׁמַדְתִּי אֹתָהּ מֵעַל פְּנֵי הָאֲדָמָה אֶפֶס כִּי לֹא הַשְׁמֵיד אַשְׁמִיד אֶת־בֵּית יַעֲקֹב נְאֻם־יְהוָה׃ - Voici que les yeux du Seigneur, l'Éternel, sont fixés sur le royaume pécheur : Je l'anéantirai de dessus la surface de la terre, mais Je ne détruirai pas totalement la maison de Jacob, parole de l'Éternel.
Selon le Malbim, Hachem tourne Son regard pour punir - remarquez bien - un royaume parmi les nations pour ses fautes, et c'est donc une prophétie favorable : Je punirai le royaume coupable et Je l'anéantirai de la surface de la terre, et il cessera d'exister en tant que peuple. Mais Je ne détruirai pas la maison de Jacob. C'est-à-dire que, bien qu'ils soient punis pour leurs mauvaises actions, il n'y aura pas d'anéantissement total, et Israël restera toujours reconnaissable à ses familles, ses coutumes et ses conduites.
Mais d'après les autres commentateurs, qui y voient une prophétie de malheur, il s'agit du royaume d'Éphraïm, et Rachi précise : la maison de Yéhou. Ces rois étaient mauvais et pécheurs, de Yarov'am ben Nevat jusqu'à Hochéa ben Éla, ils étaient tous impies. Hachem déclare : voici que Mon regard est sur eux, sur le royaume d'Israël, et Je le détruirai. Dès lors, le peuple d'Israël disparaîtrait-il, à D.ieu ne plaise ? C'est pourquoi Il dit : Je détruirai la royauté, mais Je ne détruirai pas la maison de Jacob. En d'autres termes, les rois seront anéantis - ce qui constitue à nouveau une sombre prophétie pour Israël, mais qui vise ses monarques - tandis que la maison de Jacob, la masse du peuple, ne sera pas détruite, si ce n'est qu'ils n'auront plus jamais de roi issu de ces souverains impies.
La bienveillance de Sa dispersion en Israël
כִּי־הִנֵּה אָנֹכִי מְצַוֶּה וַהֲנִעוֹתִי בְכָל־הַגּוֹיִם אֶת־בֵּית יִשְׂרָאֵל כַּאֲשֶׁר יִנּוֹעַ בַּכְּבָרָה וְלֹא־יִפּוֹל צְרוֹר אָרֶץ׃ - Car voici, Je donne l'ordre et Je secouerai la maison d'Israël parmi toutes les nations, comme on secoue dans un crible, sans qu'un grain ne tombe à terre.
Ici encore, le Malbim explique que ces paroles sont prononcées pour le bien. Voyez quelle immense providence : le Saint, béni soit-Il, les secouera parmi toutes les nations, ils seront errants et dispersés parmi les peuples. Selon ceux qui y voient une malédiction, il s'agit de la dispersion parmi les nations. Mais le Malbim l'interprète de manière positive : « la bienveillance de Sa dispersion en Israël », car la dispersion elle-même est un bienfait. En effet, si nous avions été concentrés en un seul lieu, et qu'Hitler avait voulu nous exterminer, que serait-il resté du peuple d'Israël ? Même s'il avait anéanti toute l'Europe - ce qu'il n'a pas pu accomplir grâce aux bontés d'Hachem -, tous les Juifs d'Orient auraient encore subsisté ; s'il s'était tourné vers les pays d'Orient, il restait des Juifs en terre d'Israël ; et s'il était venu ici, il y avait des Juifs en Extrême-Orient. En somme, les Juifs sont dispersés dans le monde entier, et il est impossible de tous les anéantir totalement. Dès lors, cette agitation, ce mouvement de la maison d'Israël ballottée parmi toutes les nations, est précisément ce qui garantit sa survie : ils ne cesseront jamais d'être une nation, et aucun peuple ne parviendra à les faire disparaître, car ils iront d'une nation à l'autre et assureront ainsi leur pérennité.
De plus : « comme on secoue dans un crible ». Le crible est un tamis. On y passait le blé et l'orge en le secouant pour les débarrasser des impuretés. Le déchet est fin et tombe à travers les trous du crible, tandis que le bon grain - les grains pleins qui contiennent la farine - ne tombe pas à terre mais reste dans le crible. Ces exils présentaient un avantage supplémentaire : par la dispersion et les exils, les impies se détacheront et s'assimileront parmi les nations, tandis que les justes, attachés au faisceau de la Torah et des mitsvot, demeurent dans le crible sans tomber à terre, fidèles à leur foi. C'est donc aussi une promesse bienveillante : ces aspects du « Érev Rav » (la multitude mêlée), ces éléments corrompus, s'éloigneront de nous et resteront parmi les nations. Bien plus encore, des membres des nations viendront se convertir ; et le saint Or Ha'haïm écrit que cela fait partie du dessein de l'exil, afin que les étincelles de sainteté tombées parmi les nations reviennent s'unir au peuple d'Israël.
Ceux qui nient la Providence
בַּחֶרֶב יָמוּתוּ כֹּל חַטָּאֵי עַמִּי הָאֹמְרִים לֹא־תַגִּישׁ וְתַקְדִּים בַּעֲדֵינוּ הָרָעָה׃ - Tous les pécheurs de Mon peuple mourront par l'épée, eux qui disent : Le malheur ne s'approchera pas, il ne nous atteindra pas.
Et qu'adviendra-t-il de ceux qui sont comparables aux déchets tombant du crible sur le sol ? « Tous les pécheurs de Mon peuple mourront par l'épée ». Ce sont eux qui disent : « Elle ne s'approchera pas » - prétendant que le malheur qui survient est fortuit, qu'il ne relève pas de la Providence ni de la rétribution de leurs mauvaises actions, comme si le malheur ne s'avançait pas délibérément vers eux pour les châtier. Quelle est la différence entre un malheur qui « s'approche » et un malheur qui arrive soudainement ? S'approcher implique une intention délibérée - comme lorsqu'on dit : « je me suis approché de lui pour lui parler » ; l'approche est un acte prémédité, tandis que le hasard survient de lui-même. Ils prétendent : il y a certes du malheur, mais il n'y a pas d'approche délibérée, ce qui signifie que le malheur ne vient pas d'Hachem, qu'il n'est ni planifié ni guidé par la Providence. Que voulez-vous, il y a eu une tempête, et dans la tempête nous avons nous aussi été frappés. Ils ne comprennent pas qu'il y a là un dessein bien ordonné.
Ils ajoutent : « et il ne nous devancera pas » - car ils ne croient pas que, par leurs actes, ils hâtent la venue du malheur. En vérité, lorsque l'on multiplie les mauvaises actions, le malheur arrive avant son terme, car les fautes le précipitent. Eux affirment que le malheur ne dépend nullement du temps, que tout n'est que hasard, et qu'il ne devance pas son cours pour frapper les impies avant les justes. En agissant ainsi, ils nient purement et simplement le principe du salaire et de la punition.
Je relèverai la souccah déchue de David
בַּיּוֹם הַהוּא אָקִים אֶת־סֻכַּת דָּוִיד הַנֹּפֶלֶת וְגָדַרְתִּי אֶת־פִּרְצֵיהֶן וַהֲרִסֹתָיו אָקִים וּבְנִיתִיהָ כִּימֵי עוֹלָם׃ - En ce jour-là, Je relèverai la souccah tombante de David, J'en réparerai les brèches, Je redresserai ses ruines et Je la rebâtirai comme aux jours d'autrefois.
Au commencement, explique le Malbim, la maison de David était un édifice solide et achevé - une demeure permanente, une dynastie royale se transmettant de génération en génération. Dans un second temps, ce ne fut plus une maison mais une souccah, et ce fut le cas à l'époque du second Temple : la royauté de la maison de David avait cessé et nous n'avions plus de rois issus de sa lignée. Ceux qui régnèrent furent les Hasmonéens, puis Hérode, un serviteur parvenu au pouvoir, mais point de royauté davidique. Pour autant, on ne peut affirmer que la maison avait entièrement disparu ; elle subsistait sous la forme d'une souccah. Et pourquoi une souccah ? Parce qu'il restait des princes (Nessiim) issus de la lignée de David : Hillel descendait de David, Rabbi [Rabbi Yéhouda HaNassi] descendait de David, Rabban Gamliel également. Il n'y avait plus de maison, mais il subsistait une souccah. Un Nassi n'est certes pas un roi, mais il assure une continuité. Puis, dans ce long exil, même les Nessiim disparurent, et nous n'avons plus aujourd'hui de Nassi issu de la maison de David.
Le Saint, béni soit-Il, vient alors promettre : Je relèverai la souccah de David. Dans un premier temps, Je susciterai un descendant de la maison de David qui guidera le peuple à la manière des Nessiim ; la royauté ne reviendra pas d'emblée, mais commencera par cette fonction de patriarche. Le Malbim précise qu'il a déjà été expliqué dans le livre d'Ézéchiel que la lumière promise à la maison de David, lorsqu'elle recommencera à rayonner - « Fais promptement germer le rejeton de David Ton serviteur » -, se déploiera en trois étapes. Comme il apparaît dans l'étude d'Ézéchiel au chapitre 34, où il est dit : « Lui les fera paître et lui sera pour eux un berger », « Et Moi, l'Éternel, Je serai pour eux un Dieu », et « Mon serviteur David sera prince au milieu d'eux » - trois degrés dans le rétablissement de la royauté davidique.
Première étape : cet homme de la maison de David « les fera paître » - il les dirigera et les contraindra à pratiquer la justice et la droiture. C'est par là que la souccah commencera à se relever ; ce n'est pas encore un palais durable, mais la souccah de David, à savoir la fonction de Nassi issue de David, sera restaurée. Cependant, la souccah demeure encore délabrée. Dans la deuxième étape, le peuple d'Israël assume pleinement le joug de la souveraineté divine et accepte son autorité de son plein gré, et c'est le sens de « et lui sera pour eux un berger ». De fait, le verset semble redondant : « Lui les fera paître et lui sera pour eux un berger », n'est-ce pas la même chose ? Non : au départ, « il les fera paître » par la force de l'autorité, puis ils accepteront son autorité de tout cœur : « Je le choisis pour berger ».
Et ce n'est pas encore le stade ultime. C'est à ce propos qu'il est affirmé : « J'en réparerai les brèches » : en colmatant les failles spirituelles de la génération, « et Je redresserai ses ruines ». C'est pourquoi le texte emploie le masculin « ses ruines » (harissotav) et non le féminin, bien qu'il s'agisse de la souccah, car la formule vise David lui-même. Alors la souccah sera intacte et non plus brisée. Et quand parvient-elle à cette plénitude ? Dès lors que le berger est accueilli avec ferveur. Tant qu'on n'accepte pas le berger et qu'il doit gouverner par la contrainte, la souccah demeure en ruine, car l'autorité du dirigeant est vaine si son règne n'est pas librement consenti. Mais lorsque le peuple accepte le Nassi avec élan : « Je redresserai ses ruines », voilà la souccah convenablement dressée. Plus tard encore, la royauté céleste se dévoilera au grand jour : « Et Moi, l'Éternel, Je serai pour eux un Dieu », ce qui amènera l'accomplissement de « Mon serviteur David sera prince au milieu d'eux » - il sera le Roi Machia'h. Dès lors, il ne s'agira plus d'un abri précaire mais d'un édifice permanent, comme l'exprime le verset : « Et Je la rebâtirai comme aux jours d'autrefois » : une royauté fermement bâtie et indestructible, non plus une souccah mais un édifice éternel, la véritable royauté de la maison de David.
« Afin qu'ils possèdent le reste d'Édom »
לְמַעַן יִירְשׁוּ אֶת־שְׁאֵרִית אֱדוֹם וְכָל־הַגּוֹיִם אֲשֶׁר־נִקְרָא שְׁמִי עֲלֵיהֶם נְאֻם־יְהוָה עֹשֶׂה זֹּאת׃ - Afin qu'ils possèdent le reste d'Édom et toutes les nations sur lesquelles Mon nom a été proclamé, oracle de l'Éternel qui accomplit cela.
La réalité sera telle que la majorité des descendants d'Édom périront lors de la guerre de Gog et Magog. Les survivants parmi eux, ainsi que toutes les nations qui subsisteront alors, sont appelés le reste d'Édom. C'est à leur sujet qu'il est dit : « sur lesquelles Mon nom a été proclamé » : ceux qui seront prêts à se soumettre à la royauté de Dieu et à la foi véritable que leur enseignera le Machia'h, jusqu'à ce que le nom de l'Éternel repose sur eux. Car quiconque refusera la souveraineté divine sera anéanti dans la guerre de Gog, tandis que ceux qui l'accepteront porteront le nom divin, et tous ceux-là reviendront en héritage au Machia'h.
Ici, l'explication du Malbim apporte un éclairage singulier. Les commentateurs, comme Ibn Ezra et le Radak, estiment qu'il faut lire le verset de façon inversée : « Afin que ceux sur qui Mon nom a été proclamé possèdent le reste d'Édom » - c'est-à-dire le peuple d'Israël, sur lequel le nom de Dieu est invoqué, héritera du reste d'Édom. En effet, au sens littéral, la syntaxe semblerait désigner le reste d'Édom comme héritier, d'où leur inversion du texte. Mais le Malbim fait valoir que selon l'interprétation exposée, une telle inversion n'est pas requise. Le sens de « afin qu'ils possèdent » est bien : le reste d'Édom désigne ceux sur qui Mon nom sera proclamé, et non pas Israël ; c'est aussi sur le reste d'Édom que Mon nom sera proclamé, et c'est l'ensemble de ces nations dont le Machia'h prendra possession.
Les jours d'abondance
הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם־יְהוָה וְנִגַּשׁ חוֹרֵשׁ בַּקֹּצֵר וְדֹרֵךְ עֲנָבִים בְּמֹשֵׁךְ הַזָּרַע וְהִטִּיפוּ הֶהָרִים עָסִיס וְכָל־הַגְּבָעוֹת תִּתְמוֹגַגְנָה׃ - Voici que des jours viennent, oracle de l'Éternel, où le laboureur touchera de près le moissonneur, et le fouleur de raisins celui qui répand la semence ; les montagnes ruisselleront de moût et toutes les collines en seront dissoutes.
Considérez à quel point ces jours seront emplis de bienfaits : les récoltes et les fruits se multiplieront au point que la moisson s'étendra sur une durée si longue qu'on n'aura pas le temps de l'achever que viendra déjà l'époque des labours. Quand la moisson est chétive, elle est bouclée en deux semaines, et il reste bien du temps avant de labourer. Mais quand l'abondance est au rendez-vous, on moissonne des mois entiers sans relâche, et l'on s'entend déjà dire : « Il est l'heure de labourer la terre pour les semailles de la prochaine saison ! » De même, le foulage du raisin durera jusqu'à la période des semailles, tout cela par l'immense profusion des céréales et de la vigne. C'est précisément ce que mentionne la Torah : « Le battage atteindra pour vous la vendange, et la vendange atteindra les semailles » - vous serez encore occupés à battre le blé que débutera la vendange, et vous vendangerez encore que viendra l'heure de semer.
Et la chose sera si extraordinaire qu'en raison de l'immense abondance et de la qualité exceptionnelle des récoltes, les montagnes ruisselleront de jus nouveau, issu du suc des fruits qui coulera des collines ; Rachi explique qu'« asis » désigne un vin doux et délectable. « Et toutes les collines fondront » : les collines où paissent le gros et le petit bétail ruisselleront d'abondance de lait, comme il est écrit « et les collines ruisselleront de lait ». Même si le mot « lait » n'est pas mentionné explicitement ici, les commentateurs - Ibn Ezra puis le Radak - ont déjà expliqué que le texte s'en remet à l'intelligence du lecteur, comme c'est souvent l'usage dans les Écritures, et le Radak en apporte plusieurs preuves. Et pourquoi devons-nous nécessairement interpréter ainsi ? Parce que cela est explicite ailleurs : « ruisselleront de lait » ; c'est pourquoi ici aussi, il s'agit d'une abondance de lait, car il y aura tant de troupeaux que le lait coulera à flots.
Et Je ramènerai les captifs de Mon peuple Israël
וְשַׁבְתִּי אֶת־שְׁבוּת עַמִּי יִשְׂרָאֵל וּבָנוּ עָרִים נְשַׁמּוֹת וְיָשָׁבוּ וְנָטְעוּ כְרָמִים וְשָׁתוּ אֶת־יֵינָם וְעָשׂוּ גַנּוֹת וְאָכְלוּ אֶת־פְּרִיהֶם׃ - Et Je ramènerai les captifs de Mon peuple Israël ; ils rebâtiront les villes dévastées et les habiteront, ils planteront des vignes et en boiront le vin, ils aménageront des jardins et en mangeront les fruits.
« Et Je ramènerai les captifs de Mon peuple Israël » : Hachem les rétablira dans leur grandeur et leur dignité. Une difficulté se pose ici : il vient d'être dit que « le laboureur atteindra le moissonneur, et celui qui foule le raisin celui qui répand la semence » - et où tout cela se déroule-t-il ? Ici, en Terre sainte. Dès lors, pourquoi ajouter « Et Je ramènerai les captifs de Mon peuple Israël », alors que le peuple se trouve déjà là ? Au regard de la réalité contemporaine, on peut résoudre cela très simplement : c'est précisément ce que nous vivons aujourd'hui. Les fruits de la terre d'Israël figurent parmi les plus productifs au monde et ont déjà remporté de nombreux prix ; les collines ruissellent pour ainsi dire de lait, et pourtant la captivité de Mon peuple Israël n'est pas encore pleinement terminée, car la majeure partie du peuple juif vit encore, hélas, en exil. On peut donc expliquer que cette abondance se manifeste avant même que tous ne soient revenus.
Mais le Malbim explique que « Je ramènerai les captifs de Mon peuple Israël » signifie qu'Hachem les rétablira dans leur éminente stature. En d'autres termes, il ne s'agit pas seulement de revenir sur cette terre et de jouir d'une prospérité économique. Car on peut vivre dans l'abondance matérielle tout en étant bafoué aux yeux des nations : tel ou tel président américain vous dicte si vous avez le droit de construire un balcon à Jérusalem ou non. Quelle est alors votre condition ? L'abondance est là, certes, mais vous demeurez soumis et humilié sous la coupe des nations. Hachem dit alors : Je rétablirai Mon peuple Israël, Je le réinstallerai dans son rang et sa noblesse spirituelle. C'est ainsi qu'« ils rebâtiront les villes dévastées » : nul ne viendra vous dicter où bâtir, ni l'Union européenne, ni l'Amérique, ni le Congrès, et personne ne vous dira « c'est un territoire occupé » - des villes autrefois désolées, vous pourrez les édifier librement. Et le Malbim souligne que ce retour de captivité, qui est une réhabilitation dans leur véritable rang, correspond aux prophéties que l'on trouve dans Jérémie (chapitre 31, verset 18).
Le Radak commente également les expressions « ils boiront leur vin » et « ils mangeront leurs fruits » : il ne suffit pas de bâtir et de planter, car il se pourrait fort bien que des ennemis surviennent et s'emparent de ces richesses. Nous avons souvent constaté que l'abondance économique n'a fait qu'inciter les ennemis à venir piller les récoltes, comme à l'époque de Gédéon, où Israël semait et moissonnait, et où les Madianites venaient tout rafler. C'est pourquoi le verset promet : « ils planteront des vignes et en boiront le vin, ils aménageront des jardins et en mangeront les fruits » - l'étranger ne viendra rien dérober, c'est toi qui planteras et c'est toi qui en jouiras. Lorsque les enfants d'Israël n'accomplissaient pas la volonté d'Hachem, les nations venaient effectivement s'emparer de leurs biens, mais ici, lorsqu'ils feront Sa volonté, s'accomplira la parole d'Isaïe : « Ils bâtiront des maisons et les habiteront, ils planteront des vignes et en mangeront le fruit ».
Conclusion du livre
וּנְטַעְתִּים עַל־אַדְמָתָם וְלֹא יִנָּתְשׁוּ עוֹד מֵעַל אַדְמָתָם אֲשֶׁר נָתַתִּי לָהֶם אָמַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ׃ - Et Je les planterai sur leur sol, et ils ne seront plus jamais déracinés de leur sol que Je leur ai donné, dit l'Éternel, ton D.ieu.
« Et Je les planterai » : à l'image d'un arbre enraciné qui ne quitte plus sa place, Hachem leur promet qu'il n'y aura plus jamais d'exil. Dans cette ère de la Rédemption, ils accompliront constamment la volonté divine, le mauvais penchant n'existera plus - « On ne commettra ni mal ni destruction sur toute Ma montagne sainte » -, et il n'y aura donc plus aucun motif d'exil. « Dit l'Éternel, ton D.ieu » : Hachem s'adresse ici au prophète Amos en lui disant : voilà ce que Je te déclare. Ils ne seront plus arrachés et ne partiront plus jamais en exil. Puisse Hachem nous accorder la Rédemption finale et éternelle. Fin du livre d'Amos.
En résumé :
Le chapitre 9 s'ouvre sur la vision d'Hachem se tenant sur l'autel et sur un décret de destruction auquel nul ne peut échapper - ni dans le Chéol, ni dans les cieux, ni sur le Carmel, ni au fond de la mer, ni en captivité -, enseignant que tout relève de la Providence divine et non du hasard. Les commentateurs traditionnels ont rapporté cet autel à celui du Temple de Jérusalem et ces paroles à des réprimandes et des châtiments, tandis que le Malbim l'associe à l'autel de Béthel, à la révolte contre Hochéa ben Éla et à la division du peuple en deux factions, point de départ de leur chute. À partir du verset 7, le ton change pour apporter des paroles de consolation : Israël demeure singulier et reconnaissable aux yeux d'Hachem à l'instar des Kouchim, sans s'être assimilé aux nations ; le royaume pécheur sera anéanti mais la maison de Jacob ne sera pas détruite, et notre dispersion parmi les nations constitue la garantie même de notre survie - tel le déchet qui tombe à travers le crible tandis que le bon grain est préservé. Enfin, la conclusion annonce le relèvement de la soucca de David en trois étapes - dirigeant par la force, dirigeant par consentement, et royauté perpétuelle comme aux jours d'autrefois -, des temps d'abondance où le laboureur atteindra le moissonneur, le rétablissement d'Israël dans sa noblesse et son rang suprême, et un enracinement sur sa terre d'où il ne sera plus jamais déraciné.