Introduction : La sonnerie du chofar dont nul ne tremble
Dans le chapitre précédent, le prophète a posé plusieurs prémisses, parmi lesquelles : « Si l'on sonne du chofar dans une ville, le peuple ne tremblera-t-il pas ? » - est-il concevable qu'un signal d'alarme annonce un malheur imminent sans que le peuple ne s'effraie ? À présent, explique le Malbim, le prophète vient développer l'application concrète de cette quatrième prémisse. Le Saint, béni soit-Il, a envoyé Ses prophètes ; ils ont sonné du chofar, ils ont fait connaître au peuple ses transgressions et les calamités à venir - et voilà que le peuple ne tremble pas et ne change pas de voie. Le chapitre sous nos yeux est une description méthodique de cinq sonneries de chofar, cinq avertissements que le Saint, béni soit-Il, a adressés au peuple, et chacun d'eux se conclut par le même constat douloureux : « Et vous n'êtes pas revenus vers Moi, dit Hachem ».
« Venez à Beth-El et péchez » - La proclamation des prophètes
בֹּאוּ בֵית אֵל וּפִשְׁעוּ, הַגִּלְגָּל הַרְבּוּ לִפְשֹׁעַ, וְהָבִיאוּ לַבֹּקֶר זִבְחֵיכֶם, לִשְׁלֹשֶׁת יָמִים מַעְשְׂרֹתֵיכֶם. - Venez à Beth-El et commettez des transgressions, au Guilgal multipliez vos fautes ; apportez dès le matin vos sacrifices, et le troisième jour vos dîmes.
וְקַטֵּר מֵחָמֵץ תּוֹדָה, וְקִרְאוּ נְדָבוֹת הַשְׁמִיעוּ, כִּי כֵן אֲהַבְתֶּם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל נְאֻם אֲדֹנָי ה'. - Faites fumer en offrande de reconnaissance du pain levé, proclamez des offrandes volontaires, faites-les entendre ! Car c'est ainsi que vous aimez agir, enfants d'Israël, dit le Seigneur Hachem.
Le Malbim explique le mot « faites entendre » (Hachmi'ou) comme une injonction adressée aux prophètes : allez proclamer à Beth-El, annoncez-y tout ce qu'Hachem a ordonné. Et au Guilgal, ils péchaient plus encore qu'à Beth-El, comme il est dit : « Toute leur méchanceté est au Guilgal », d'où l'expression « au Guilgal multipliez vos fautes ». Proclamez-leur également les règles du culte qu'ils accomplissent : qu'ils apportent des sacrifices chaque matin, des dîmes tous les trois jours, et qu'ils fassent fumer l'offrande de reconnaissance avec du pain levé - à l'image du Temple d'Hachem où le sacrifice de Todah s'accompagnait de pains levés. Dans cette optique, proche de celle du Radak, le sens est : annoncez et publiez ces paroles afin qu'ils fassent téchouva. Vous, les prophètes, aimez le peuple d'Israël - au contraire, rapprochez-les et ramenez-les vers le bien. C'est là le sens de « car c'est ainsi que vous aimez les enfants d'Israël », une interpellation faite aux prophètes qui chérissent Israël.
En revanche, selon le Radak, l'ensemble de ces versets s'adresse directement au peuple lui-même, sur un ton d'ironie amère : allez donc à Beth-El pour pécher, multipliez vos fautes au Guilgal - après tout, n'est-ce pas ce que vous aimez, n'est-ce pas ce que vous désirez ? Continuez dans vos égarements, et vous verrez ce qu'il vous en coûtera ! Et immédiatement après vient le châtiment.
Concernant l'expression « faites fumer en offrande de reconnaissance du pain levé », le Targoum Yonatan propose une autre explication : « Oumgaban mé'onès todéta ». Le Targoum rattache le mot « hametz » à la notion de rapine et de spoliation (hamas), à l'instar de « rendez justice à l'opprimé (achrou 'hamots) » - où il s'agit de punir le spoliateur, « 'hamots » désignant le voleur et l'injuste. Selon cette lecture, l'intention du prophète est la suivante : vous offrez en sacrifice de reconnaissance le fruit de vos extorsions et des vols commis au détriment d'autrui.
« La propreté des dents » - La première sonnerie de chofar
וְגַם אֲנִי נָתַתִּי לָכֶם נִקְיוֹן שִׁנַּיִם בְּכָל עָרֵיכֶם וְחֹסֶר לֶחֶם בְּכֹל מְקוֹמֹתֵיכֶם, וְלֹא שַׁבְתֶּם עָדַי נְאֻם ה'. - Et Moi aussi, Je vous ai donné des dents propres dans toutes vos villes, et le manque de pain dans toutes vos demeures ; et pourtant, vous n'êtes pas revenus vers Moi, dit Hachem.
C'est probablement le seul endroit dans tout le Tanakh où apparaît l'expression « propreté des dents » (nikyone chinayim), et il ne s'agit évidemment ni de brosse ni de dentifrice, mais d'une propreté synonyme de malédiction. Le Radak explique : vous avez retenu les sacrifices et les dîmes sans apporter à Ma Maison ce qui vous incombait - en conséquence, vous manquerez de pain et de viande dans toutes vos villes et dans toutes vos demeures. Quel est donc le rapport avec la propreté des dents ? Lorsqu'un homme mange, des résidus d'aliments restent coincés entre ses dents et il a besoin d'un cure-dent pour les déloger ; mais celui qui est affamé et jeûne a les dents parfaitement propres, car aucun aliment ne s'y loge. C'est dans le même esprit qu'il est dit : « La viande était encore entre leurs dents », image d'abondance ; à l'inverse, lorsqu'il n'y a rien à manger, les dents restent nettes.
Le Targoum Yonatan traduit par « agahayout chinin » - l'agacement ou l'émoussement des dents. En effet, lorsqu'un homme mange, l'usage régulier aiguise pour ainsi dire ses dents, alors que lorsqu'il ne mange pas, ses dents demeurent inactives et perdent leur tranchant. Rachi rapporte ces deux explications : « l'émoussement des dents », et une autre interprétation - l'absence de viande susceptible de se loger entre les dents. Selon Rachi, il n'y a donc pas de redondance dans le verset : « la propreté des dents » se rapporte à la viande, car c'est surtout la viande qui se coince entre les dents, tandis que « le manque de pain » désigne le pain. En revanche, selon le Radak, il s'agit d'une répétition stylistique : la propreté des dents signifie qu'il n'y a rien à manger, et le manque de pain exprime la même réalité. Mais d'après Rachi, le parallélisme avec les versets précédents est parfait : puisque vous avez privé la Maison d'Hachem du sacrifice (zéva'h), qui est la viande, et de l'offrande de farine (hametz), qui est le pain - en rétribution, vous manquerez de viande et de pain.
Le Malbim explique : "Et moi aussi" - moi aussi j'ai sonné du chofar. J'ai décrété contre vous la famine et je vous ai donné la propreté des dents, et voici que vous constatez que ces choses n'ont eu aucun effet. J'ai appelé les prophètes, les prophètes vous ont réprimandés, et après qu'ils vous ont réprimandés, les malheurs sont arrivés concrètement, et malgré tout cela vous n'êtes pas revenus jusqu'à Moi. Se peut-il qu'après tant d'avertissements, personne ne s'inquiète et ne change de voie ? Et sur la répétition de "dans toutes vos villes" et "dans tous vos lieux", le Malbim explique : dans les grandes villes il ne se trouvera aucune nourriture du tout, et c'est pourquoi les dents sont totalement propres ; et dans les lieux, c'est-à-dire les colonies et les petits villages où l'on peut encore trouver toutes sortes de fruits puisque ce sont des lieux de cultures, il y aura "un manque de pain", car le blé dont on fait le pain ne s'y trouvera pas, et même s'il y a d'autres fruits, il n'y aura pas de pain.
"Et moi aussi je vous ai refusé la pluie" - la deuxième sonnerie
וְגַם אָנֹכִי מָנַעְתִּי מִכֶּם אֶת הַגֶּשֶׁם בְּעוֹד שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים לַקָּצִיר, וְהִמְטַרְתִּי עַל עִיר אֶחָת וְעַל עִיר אַחַת לֹא אַמְטִיר, חֶלְקָה אַחַת תִּמָּטֵר וְחֶלְקָה אֲשֶׁר לֹא תַמְטִיר עָלֶיהָ תִּיבָשׁ. - Et moi aussi je vous ai refusé la pluie alors qu'il restait encore trois mois jusqu'à la moisson, et j'ai fait pleuvoir sur une ville et sur une autre ville je n'ai pas fait pleuvoir, une parcelle recevait la pluie et une parcelle sur laquelle il ne pleuvait pas se desséchait.
À partir d'ici, le prophète décrit comment le Saint béni soit-Il a sonné du chofar cinq fois : trois décrets de famine, une fois un décret de peste, et une fois un décret d'épée, et malgré tout cela "et le peuple ne s'inquiète pas". Et voici l'avertissement : je vous ai refusé la pluie alors qu'il restait encore trois mois jusqu'à la moisson, à un moment où la terre a besoin de pluie. Mais je n'ai pas retenu la pluie entièrement, afin que vous sachiez que cela vient de Moi. Car un homme peut voir une sécheresse et ne pas la relier du tout au Maître du monde : tu viens lui parler de la Providence, et il te répond que selon la carte synoptique c'est la prévision pour cette année. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il dit : voyez la Providence de façon tangible, sur une ville il tombera de la pluie et sur sa voisine il n'en tombera pas ; et plus encore, un prodige plus grand que cela, une parcelle recevra la pluie et la parcelle adjacente se desséchera. Y a-t-il à cela une explication naturelle ?
Et le Malbim ajoute qu'il ne s'agit pas simplement d'une preuve d'une Providence générale, mais d'une Providence précise sur les actes : la parcelle même sur laquelle tombe la pluie est la parcelle d'un homme qui est revenu en repentir ou dont les fautes sont peu nombreuses, et la parcelle qui se desséchera est celle de celui qui a commis le mal. Et de même pour les villes : une ville dont les fautes sont nombreuses ne recevra pas de pluie, et une ville dont les fautes sont peu nombreuses en recevra. On pourra voir de ses yeux que cela vient de l'Éternel et par une Providence sur vos actes, et si tel est le cas, pourquoi n'en tirez-vous pas une leçon morale ?
À première vue il y a ici une difficulté : le passage traite du châtiment, alors comment une ville qui a reçu de la pluie a-t-elle reçu de l'abondance ? Selon le Malbim il n'y a pas de difficulté, car ceux qui sont revenus en repentir ont reçu la pluie à juste titre. Mais Rachi apporte une autre solution tirée de la Guemara du traité Taanit : "Le maître a dit : les deux sont pour la malédiction" - celle-ci pourrira et celle-là se desséchera. C'est-à-dire que même la ville sur laquelle il est tombé de la pluie est frappée, car il est tombé sur elle une pluie si violente que par excès d'eau la récolte pourrit. Il en ressort que les deux sont une malédiction. Et selon le Malbim il n'est pas nécessaire d'en arriver là.
Le Malbim explique encore une précision dans le langage : que tu n'ailles pas te tromper en disant que si sur une parcelle il est tombé de la pluie, on pourra en conduire l'eau vers la deuxième parcelle. C'est pourquoi il est dit "une parcelle recevra la pluie", la pluie tombera avec parcimonie, uniquement selon le besoin de cette parcelle seule, et il ne restera pas de surplus ; par conséquent la deuxième parcelle se desséchera complètement.
Et sachez que cela s'est réalisé concrètement. Nous avons appris dans la Michna du traité Taanit, chapitre 3, michna 3 : "De même une ville sur laquelle il n'est pas tombé de pluie, comme il est écrit 'et j'ai fait pleuvoir sur une ville et sur une autre ville je n'ai pas fait pleuvoir, une parcelle recevait la pluie' etc., cette ville jeûne et sonne l'alarme, et tout son voisinage jeûne sans sonner l'alarme ; Rabbi Akiva dit : elles sonnent l'alarme sans jeûner". Cette ville qui est dans une grande détresse jeûne et sonne l'alarme, et celles qui l'entourent jeûnent seulement.
Et la Guemara dans Taanit, page 9, apporte qu'il existe une réalité où la pluie tombe même pour un seul individu, et pas simplement pour un individu mais presque sur commande. "Et même Rech Lakich estime que la pluie tombe pour un individu, car Rech Lakich a dit : d'où sait-on que la pluie tombe pour un individu ? Il est dit 'Demandez à l'Éternel la pluie au temps de la pluie tardive, l'Éternel fait des éclairs et il leur donnera une pluie abondante, à chaque homme de l'herbe dans le champ'. On pourrait penser que c'est pour tous ? La Torah dit 'à chaque homme'". Et il est enseigné : si "à chaque homme", on pourrait penser que c'est pour tous ses champs, la Torah dit "champ", même un seul champ ; on pourrait penser que c'est pour tout le champ, la Torah dit "herbe", même pour une seule herbe. C'est-à-dire que même si tous ses champs sont bien irrigués et que seule une parcelle a besoin d'eau, ou même une seule culture, il lui tombe une pluie ciblée et adressée.
Et ce n'est pas une théorie, car la Guemara dit : "Comme dans le cas de Rav Daniel bar Katina, qui avait un jardin" - ni un champ ni une vallée, mais un jardin. "Chaque jour il allait l'inspecter", chaque jour il sortait inspecter son jardin et disait : ce parterre a besoin d'eau, et ce parterre n'a pas besoin d'eau. "Et la pluie venait et arrosait partout où il avait besoin d'eau" - la pluie venait et arrosait exactement à l'endroit où c'était nécessaire. Voilà pour toi "une parcelle recevra la pluie et une parcelle sur laquelle il ne pleuvra pas se desséchera".
Et concernant la précision du langage il y a à remarquer : "une parcelle recevra la pluie" se comprend, car c'est à la forme passive (nifal) ; mais "et une parcelle sur laquelle il ne fera pas pleuvoir" - il aurait convenu de dire "sur laquelle je ne ferai pas pleuvoir". Le Radak explique qu'il s'agit d'un verbe transitif à la troisième personne. Celui qui parle de lui-même dit "moi je ferai pleuvoir", celui à qui l'on s'adresse "toi tu feras pleuvoir", et l'absent "lui il fera pleuvoir". Et l'intention du verset est : sur laquelle les nuages et la pluie ne feront pas pleuvoir, ou sur laquelle la Présence divine ne fera pas pleuvoir, et cette parcelle se desséchera. Et il y a encore d'autres explications, et cela nous suffit.
וְנָעוּ שְׁתַּיִם שָׁלֹשׁ עָרִים אֶל עִיר אַחַת לִשְׁתּוֹת מַיִם וְלֹא יִשְׂבָּעוּ, וְלֹא שַׁבְתֶּם עָדַי נְאֻם ה'. - Et deux ou trois villes erraient vers une seule ville pour boire de l'eau et ne se rassasiaient pas, et vous n'êtes pas revenus jusqu'à Moi, dit l'Éternel.
Les habitants de deux ou trois villes erreront vers cette ville où la pluie est tombée, pour y boire de l'eau. Il n'y a déjà plus de viande, plus de pain, et maintenant plus d'eau non plus. Et même lorsqu'ils y parviendront, ils ne seront pas rassasiés, car une malédiction frappera leurs entrailles. On peut aussi le comprendre au sens littéral, car nos Sages ont enseigné qu'en temps de famine, l'homme a constamment faim. Quand quelqu'un a son pain dans son panier, il est rassasié et ne ressent pas le besoin de manger ; un homme part au travail avec son sandwich, et pris par le stress et les clients, il ne se rappelle de le manger qu'à deux heures de l'après-midi, sautant même son en-cas de dix heures. Mais le jour où il a oublié son sandwich à la maison, dès neuf heures du matin il a faim, il est angoissé et cherche où acheter quelque chose. Telle est la réalité d'une période de famine : il n'y a pas de pain dans le panier, et l'homme a donc constamment faim. Il en va de même lors d'une sécheresse : ils s'épuiseront en chemin, boiront, mais ne seront pas désaltérés et ne tireront aucun plaisir de ce qu'ils auront bu. Et voilà un nouvel avertissement : « et vous n'êtes point revenus à Moi ».
« Je vous ai frappés par la rouille et par la nielle » - Troisième sonnerie
הִכֵּיתִי אֶתְכֶם בַּשִּׁדָּפוֹן וּבַיֵּרָקוֹן, הַרְבּוֹת גַּנּוֹתֵיכֶם וְכַרְמֵיכֶם וּתְאֵנֵיכֶם וְזֵיתֵיכֶם יֹאכַל הַגָּזָם, וְלֹא שַׁבְתֶּם עָדַי נְאֻם ה'. - Je vous ai frappés par la rouille et par la nielle ; la chenille a dévoré la multitude de vos jardins, de vos vignes, de vos figuiers et de vos oliviers ; et vous n'êtes point revenus à Moi, dit l'Éternel.
Voici une troisième sonnerie, et une famine plus sévère encore : Hachem frappe les récoltes par la rouille et la nielle, et les fruits des arbres qui subsistent encore sont dévorés par la chenille. Ne dites pas que Je ne vous ai pas réprimandés : Je vous ai avertis, mais vos oreilles sont restées sourdes.
Une difficulté se pose ici : plus haut, il était question d'une situation de « propreté des dents » et de pénurie de pain, où rien n'existait du tout ; comment se fait-il qu'ici l'on parle d'une situation où il y a des vignes, des oliviers et des céréales, mais où la rouille, la nielle et la chenille viennent les anéantir ? Le Radak répond : il s'agit d'une autre année, une année où la pluie est effectivement tombée, mais où les fléaux étaient différents. Le pain vous manquera à cause de la rouille et de la nielle sur les céréales, et la chenille dévorera les fruits.
D'ailleurs, la diversité même de ces fléaux vient prouver que tout relève de la Providence. Tout comme plus haut « un champ recevait la pluie » et un autre non, afin de montrer qu'il s'agissait d'une providence particulière, il en va de même ici. Si une seule épreuve avait duré longtemps, l'homme aurait pu dire : l'histoire a connu des périodes de famine, des périodes de peste, et des périodes de fléaux agricoles. Mais lorsque quelqu'un change à chaque fois la cassette et met un autre disque, c'est le signe que Quelqu'un est derrière vous, qu'Il attend quelque chose de vous, qu'Il veut que vous vous réveilliez et preniez conscience. Et malgré tout cela : « vous n'êtes point revenus à Moi ».
« J'ai envoyé contre vous la peste à la manière de l'Égypte » - Quatrième sonnerie
שִׁלַּחְתִּי בָכֶם דֶּבֶר בְּדֶרֶךְ מִצְרַיִם, הָרַגְתִּי בַחֶרֶב בַּחוּרֵיכֶם עִם שְׁבִי סוּסֵיכֶם, וָאַעֲלֶה בְּאֹשׁ מַחֲנֵיכֶם וּבְאַפְּכֶם, וְלֹא שַׁבְתֶּם עָדַי נְאֻם ה'. - J'ai envoyé contre vous la peste à la manière de l'Égypte, j'ai tué vos jeunes gens par le glaive, tout en laissant capturer vos chevaux, et j'ai fait monter à vos narines l'infection de vos camps ; et vous n'êtes point revenus à Moi, dit l'Éternel.
Rachi explique : J'ai envoyé contre vous la peste comme Je l'avais fait dans le désert lors de votre sortie d'Égypte. Il ne s'agit pas d'un événement survenu sur la route vers l'Égypte, mais bien : J'ai envoyé contre vous la peste dans vos lieux d'habitation tout comme Je l'avais envoyée alors, car à plusieurs reprises Hachem déchaîna Sa colère contre eux et une épidémie frappa Israël.
Le Radak propose une explication plus proche du sens littéral : à cause de la famine, ils sont descendus en Égypte chercher de la nourriture, et c'est là que J'ai envoyé contre vous la peste, ainsi que l'épée de l'ennemi sur le chemin - vous êtes partis chercher des solutions naturelles, espérant rapporter du blé d'Égypte, mais vous n'êtes pas revenus vers Moi. « J'ai tué vos jeunes gens par le glaive, tout en laissant capturer vos chevaux » : selon Rachi, les ennemis tuaient aussi les chevaux ; selon le Radak, les émissaires envoyés chercher du blé en Égypte étaient les jeunes hommes, et les ennemis venus à leur rencontre tuaient ces jeunes gens et capturaient leurs montures. « Et j'ai fait monter à vos narines l'infection de vos camps » : ils voyageaient par convois successifs, et lorsque le premier convoi tombait sous le glaive et voyait ses chevaux capturés, le convoi suivant arrivait et les cadavres en décomposition des premiers dégageaient une puanteur infecte qui leur montait au nez. Vous avez respiré vous-mêmes l'odeur des victimes, ce qui aurait dû vous réveiller, et pourtant, vous n'êtes point revenus à Moi.
Le Malbim situe ces événements à l'époque d'Osée, lorsque de nombreux membres des dix tribus sont descendus en Égypte pour fuir la fureur de l'oppresseur ; là-bas, Hachem envoya contre eux la peste, comme il est dit : « L'Égypte les rassemblera, Mof les enterrera » (Mof étant une ville d'Égypte, à l'instar de Nof et Ta’hpanès). Et en chemin, le roi d'Assyrie les frappa par le glaive, comme il est dit : « Lorsqu'ils marcheront, J'étendrai sur eux Mon filet... car leurs chefs tomberont par le glaive ». Ils s'étaient pourtant rendus en Égypte pour obtenir de l'aide contre le royaume d'Assyrie, et ce roi qui les dominait devint leur pire ennemi et marcha contre eux pour les frapper. Du fait qu'ils furent passés au fil de l'épée et leurs chevaux capturés, la puanteur des cadavres d'hommes et de bêtes abandonnés dans les champs s'éleva. Il ne s'agissait pas d'une simple mauvaise odeur : là où les cadavres restent sans sépulture, le risque de contagion est immense, et c'est de cette putréfaction que la peste s'est propagée jusqu'en terre d'Israël. C'était là un quatrième avertissement : « et vous n'êtes point revenus à Moi ».
« Je vous ai bouleversés comme le bouleversement divin » - Cinquième sonnerie
הָפַכְתִּי בָכֶם כְּמַהְפֵּכַת אֱלֹהִים אֶת סְדֹם וְאֶת עֲמֹרָה, וַתִּהְיוּ כְּאוּד מֻצָּל מִשְּׂרֵפָה, וְלֹא שַׁבְתֶּם עָדַי נְאֻם ה' - J'ai causé parmi vous des destructions semblables au bouleversement par Dieu de Sodome et de Gomorrhe, et vous avez été comme un tison sauvé du brasier ; et pourtant vous n'êtes pas revenus à Moi, dit l'Éternel.
Il s'agit ici des exils infligés par le roi d'Assyrie qui ont dévasté la terre d'Israël ; après les deux premiers exils, il ne restait plus que Samarie et ses faubourgs, et vous êtes restés comme un tison sauvé du brasier - tel un morceau de bois dont les deux extrémités ont été consumées par le feu et dont le milieu est calciné, ayant ainsi réchappé à l'incendie. Et si tu en as réchappé ainsi, fais téchouva ! Pourtant, malgré tout, vous n'êtes pas revenus à Moi. Rachi explique que le mot « oud » (tison) évoque la noirceur, l'obscurité et la suie, tandis que le Radak explique que la comparaison avec Sodome et Gomorrhe signifie qu'il n'est resté qu'un très petit nombre, tel un tison sauvé du feu. Et malgré tout cela, vous n'avez pas écouté Ma voix.
« Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, Israël »
לָכֵן כֹּה אֶעֱשֶׂה לְּךָ יִשְׂרָאֵל, עֵקֶב כִּי זֹאת אֶעֱשֶׂה לָּךְ, הִכּוֹן לִקְרַאת אֱלֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל - C'est pourquoi voici comment J'agirai envers toi, Israël ; puisque Je vais te traiter ainsi, prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, Israël.
Après cinq avertissements restés sans effet : puisque vous n'êtes pas revenus à Moi, et que vous entendez les paroles de Mes prophètes sans faire téchouva, J'exercerai contre vous tous les maux dont Je vous ai prévenus. Des termes de Rachi, il ressort que tout ce qui a été mentionné plus haut relevait encore de l'avertissement, et que faute d'avoir écouté, Il sera contraint de le faire venir sur vous ; en revanche, selon le Radak et le Malbim, tous ces malheurs s'étaient déjà concrètement produits : vous avez reçu des gifles, et pourtant vous ne vous êtes pas réveillés.
Et selon le Radak, quel est le sens de « Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, Israël », alors que tous ces malheurs se sont déjà abattus sur eux ? D'après Rachi, le sens est : détourne-toi de ta méchanceté afin qu'ils n'arrivent pas ; d'après le Radak, cela signifie : si tu te détournes de ta méchanceté, Hachem transformera le malheur en bienfait. C'est-à-dire : reviens par la téchouva, et ainsi les choses ne s'aggraveront pas. Et qu'y a-t-il de pire ? L'exil. Vous êtes encore là, vous n'avez pas encore été exilés ; toutes ces épreuves étaient destinées à vous réveiller, et si vous vous éveillez à temps, vous éviterez l'exil.
Le Malbim résume : toute cette description est l'application concrète de « Sonne-t-on du chofar dans une ville sans que le peuple tremble ? » et de « S'il y a un malheur dans une ville, l'Éternel ne l'a-t-Il pas produit ? ». J'ai averti d'avance et le malheur est arrivé, révélant ainsi que tout procède de la Providence divine. Comme nous l'avons vu : « Car le Seigneur Dieu ne fait rien sans révéler Son dessein à Ses serviteurs les prophètes ». Et pourquoi le Saint, béni soit-Il, prévient-Il à l'avance ? Parce que le châtiment n'est pas une fin en soi, mais un moyen d'inciter à la téchouva. Celui qui veut nuire à autrui ne le prévient pas, il cherche l'effet de surprise ; mais celui qui ne désire pas le malheur au contraire, il avertit d'avance. La finalité de l'épreuve est que tu saches que c'est Moi qui agis ainsi envers toi, afin que tu te réveilles. Car lorsqu'un homme est dans la détresse sans savoir à quelle porte frapper, que peut-on attendre de lui ? Mais si Je t'ai prévenu d'avance qu'un malheur allait survenir et t'ai indiqué que Je suis l'adresse, viens frapper à cette adresse pour annuler le décret ! Or, nous avons vu plus haut que non seulement ils ne sont pas venus, mais ils sont allés chercher des secours au loin, en Égypte et ailleurs, pourvu qu'ils ne se tournent pas vers Hachem. C'est pourquoi le verset leur dit : « Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, Israël » - prépare-toi, apaise-Le par la téchouva et les bonnes actions, n'attends pas que le malheur s'abatte sur toi, mais va au-devant de Lui dès à présent.
Deux punitions : « le salaire de la faute est une faute »
Il y a dans le verset une redondance difficile à comprendre : « C'est pourquoi voici comment J'agirai envers toi, Israël ; puisque Je vais te traiter ainsi... ». Le Malbim explique par voie d'allusion : le Saint, béni soit-Il, ne désire pas t'affliger de malheurs, bien au contraire - Sa volonté est de faire le bien et de dispenser la bonté, car Il est la perfection même du bien. Lorsque tu contrains le Saint, béni soit-Il, à faire venir le malheur sur toi, tu forces pour ainsi dire Hachem à agir à l'encontre de Sa volonté. Il s'avère donc que tu affliges la Présence divine (la Chékhina) doublement : d'abord, lorsqu'un Juif souffre, la Chékhina souffre avec lui, « Ma tête est trop lourde, Mon bras est trop lourd », « Je suis avec lui dans la détresse » ; ensuite, parce que tu as contraint la bonté absolue à infliger le mal. C'est là le sens de « le salaire d'une transgression est une transgression » - la punition que tu reçois constitue en soi une faute supplémentaire, car d'où vient cette punition ? De Dieu. Et c'est là « puisque Je vais te traiter ainsi » : du fait que Je suis contraint d'agir ainsi envers toi, tu seras puni pour cette contrainte même - pour M'avoir forcé à être peiné et à t'infliger le mal. D'où la recommandation : prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, Israël.
Remarquez bien la différence entre ces deux explications du Malbim. Selon la première, la répétition indique la finalité : « C'est pourquoi voici comment J'agirai envers toi » - tous ces maux n'ont pas pour but de nuire, mais afin que « puisque Je vais te traiter ainsi », par la prise de conscience que c'est Moi qui en suis l'auteur, « prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, Israël ». Et selon la seconde explication, il y a ici deux châtiments : l'un pour la faute elle-même, et l'autre pour avoir contraint le Saint, béni soit-Il, qui est la bonté parfaite, à infliger le mal, ce qui cause en soi de la peine au Créateur.
« Car voici qu'Il forme les montagnes et crée le vent »
כִּי הִנֵּה יוֹצֵר הָרִים וּבֹרֵא רוּחַ וּמַגִּיד לְאָדָם מַה שֵּׂחוֹ, עֹשֵׂה שַׁחַר עֵיפָה וְדֹרֵךְ עַל בָּמֳתֵי אָרֶץ, ה' אֱלֹהֵי צְבָאוֹת שְׁמוֹ - Car voici qu'Il façonne les montagnes et crée le vent, Il révèle à l'homme quelle est sa pensée, Il transforme l'aube en ténèbres et marche sur les hauteurs de la terre : l'Éternel, Dieu des armées, est Son nom.
Ibn Ezra explique : Hachem forme les montagnes - or les montagnes subsistent pour toujours, ce qui fait allusion à la puissance du Saint, béni soit-Il. Et Il crée le vent - car le vent ne demeure pas immobile comme les montagnes, mais s'agite et se déplace par la volonté divine. Et Il révèle à l'homme quelle est sa pensée (« maguid leadam ma se'ho ») - par là, Hachem fait connaître à l'homme Sa volonté. « Il change l'aube en ténèbres » (« ossé cha'har eïfa ») - Il transforme la lumière en obscurité, car « eïfa » a le sens d'obscurité, comme dans « et voici la détresse, l'obscurité, l'angoisse oppressante » (me'ouf tsouka), ou comme « une terre de ténèbres (éfata)... l'obscurité sera comme le matin » (ta'oufa kaboker tiheyé) - où les ténèbres luiront comme l'aurore. Ibn Ezra explique en outre, au nom de Yéfeth, et le Radak abonde dans ce sens : le verset vient montrer que la puissance d'Hachem est sans limite. Les montagnes sont visibles à l'œil, le souffle à l'intérieur des corps est invisible, et la pensée de l'homme ainsi que les propos de son cœur sont totalement dissimulés - or Hachem règne sur tout cela. Sa puissance dépasse toute force matérielle concevable. Dès lors, Il a également le pouvoir de changer le mal en bien ; tout ce qui a été montré précédemment à travers les malheurs et les catastrophes, Il a le pouvoir de le modifier et de le renverser, car le Saint, béni soit-Il, n'a aucune limite.
Le Malbim apporte ici une autre explication, voyant dans ce verset une preuve de la providence divine (Hachga'ha). Au début de la Création, tout n'était qu'eau : « et le souffle de Dieu planait sur la surface des eaux » - l'élément de l'eau recouvrait l'ensemble du globe terrestre. Dans son commentaire sur le récit de la Création, le Malbim développe longuement qu'à l'origine, l'élément de la terre était mêlé à l'élément de l'eau - c'est-à-dire de la boue, en termes simples - sans qu'il y ait de terre distincte ni d'eau distincte, et c'est là le sens de « et l'obscurité couvrait la surface de l'abîme ». De même, l'élément de l'air (le souffle) était mêlé à l'eau, sans constituer une entité séparée. La seule différence était que l'élément de la terre était mélangé aux eaux dans leur partie inférieure, tandis que l'élément du souffle l'était dans leur partie supérieure - ce qui est logique, l'air étant plus léger que la terre. Ensuite, par la force de l'expansion du souffle et de l'air, et grâce à la lumière, l'élément de l'air s'est séparé de l'élément de l'eau, et les sommets des montagnes sont apparus. Puis le Saint, béni soit-Il, a encore restreint les eaux : « Que les eaux s'amassent... et que le continent paraisse », créant ainsi la distinction entre la terre ferme et la mer.
C'est là le sens de « Il forme les montagnes et crée le vent » : du fait que l'élément de la terre a été séparé pour exister seul, les montagnes sont devenues visibles et la terre s'est manifestée en propre ; et du fait que l'élément du souffle s'est séparé, l'air est devenu une réalité distincte. Tout cela parce qu'Hachem voulait préparer un lieu pour l'habitation humaine, car il est impossible de s'établir là où il n'y a pas de terre. C'est sur ce prodige que nous bénissons chaque jour : « qui étends la terre sur les eaux » - si Hachem n'avait pas étendu la terre sur les eaux, sur quoi nous tiendrions-nous ? Et même en ayant étendu la terre, sans oxygène, comment subsisterions-nous ? Il fallait donc séparer tant la terre que l'air, afin de rendre possible la vie sur terre.
Dès lors, que l'on considère combien la providence du Saint, béni soit-Il, est constante et intime. Si tout cela a été créé pour que l'homme puisse subsister ici-bas, il faut comprendre que cette providence est si minutieuse qu'Il « révèle à l'homme quelle est sa parole (si'ho) ». Et qu'est-ce que ce « sia'h » ? Le Malbim explique qu'il y a une différence entre la parole réfléchie (dibour) et le propos spontané (sia'h) : le « sia'h » désigne les gestes ou les paroles qui échappent à l'homme sous le coup de l'émotion, des manifestations affectives produites sans intention délibérée et sans mesurer ce qui sort de sa bouche - or cela même, le Saint, béni soit-Il, le sait et le révèle à l'homme, car tout Lui est dévoilé. C'est dans ce sens qu'il est dit : « peut-être a-t-il un entretien (sia'h) ou une occupation », propos adressés par Elie aux adorateurs de Baal sur le mont Carmel pour les inciter à crier plus fort.
Et de même que le Saint, béni soit-Il, a fondé par Sa providence absolue la nature et la Création, créant tout pour le bien de l'homme, de même, s'Il le veut, Il peut tout détruire et anéantir en un instant : « Il change l'aube en ténèbres » - Il transformera le moment de la lumière en obscurité et abolira la lumière créée aux origines, grâce à laquelle l'air avait été séparé de l'eau ; dès lors, le souffle retournera s'engloutir dans les eaux, ce qui est l'inverse de « Il crée le vent ». « Et Il marche sur les hauteurs de la terre » - Il enfoncera de nouveau les montagnes vers l'intérieur, ce qui est l'inverse de « Il forme les montagnes », et la terre retournera ainsi se mélanger aux eaux. Celui qui a accompli cela a le pouvoir de tout ramener au néant initial : par Sa volonté Il maintient le monde, et par Sa volonté Il l'anéantit. Par là, l'homme doit comprendre qu'il lui faut réformer ses actes et annuler sa volonté devant celle de son Créateur. Le Malbim ajoute que le mot « eïfa » dérive de l'obscurité et se rattache au terme « af'af » (paupière) - car lorsque l'homme ferme les paupières, il se trouve dans le noir, tout comme dans « poses-tu les yeux sur elle (hata'if eïnékha bo), qu'elle n'est déjà plus », signifiant qu'Hachem occultera la lumière et qu'il fera nuit.
Mentionnons pour conclure les paroles de Rachi, qui cite le Targoum Yonathan : « Car voici qu'Il se révèle, Lui qui a formé les montagnes et créé le vent, pour faire connaître à l'homme ses actions » - Hachem a formé les montagnes et créé le vent afin de dévoiler à l'homme ses actes ; « pour préparer la lumière aux justes comme la lumière du matin » - pour destiner aux tsaddikim une lumière semblable à l'aube ; « et pour amener l'obscurité sur les impies afin de briser les méchants de la terre » - et faire fondre les ténèbres sur les fauteurs pour anéantir les impies de la terre. Hachem a ainsi disposé la lumière et ménagé l'obscurité : la lumière pour les justes, qui correspond au monde futur, et les ténèbres pour les méchants, qui sont l'obscurité du Géhinnom.
« Même un propos futile » - L'enseignement de nos Sages et du Ben Ich 'Haï
On connaît l'enseignement de nos Sages sur ce verset : « "Il forme les montagnes, crée le vent et révèle à l'homme quelle est sa pensée" - même une conversation intime et légère entre un homme et sa femme, on la lui rappelle à l'heure du Jugement ». Le Ben Ich 'Haï pose la question : quel est le rapport entre « Il forme les montagnes et crée le vent » et cette idée ? Il explique : observe bien, les montagnes sont une réalité massive et imposante, et pourtant nos Sages ont affirmé : « Le vent déracine la montagne » - il arrive que le vent brise une montagne ou même l'arrache. Vois ces ouragans effrayants et dévastateurs après lesquels on retrouve soudain un véhicule sur le toit d'une maison, sans que l'on comprenne comment il a atterri là ; le vent soulève des inondations, des tsunamis ou des séismes qui fauchent des centaines de milliers de vies en un instant. Et si l'on te demandait : qu'est-ce que le vent au fond ? Peux-tu le saisir ? C'est une chose totalement insaisissable, un simple souffle d'air. Et malgré tout - le vent déracine la montagne.
À partir de là, dit le Ben Ich 'Haï : comprends quelle est la puissance de la parole. Qu'est-ce que la parole ? Rien d'autre qu'un souffle, un « esprit qui parle » (roua'h memalela). L'homme se dit : « Qu'ai-je donc fait ? Je ne l'ai même pas touché, j'ai seulement parlé ! » Mais c'est ce même souffle qui déracine les montagnes. La parole possède une telle puissance : « car dans leur colère ils ont tué des hommes » - par sa parole, l'homme peut décocher des flèches acérées qui détruisent l'âme. Combien chacun doit veiller à ce qui franchit ses lèvres ! Et tel est le sens de « Il révèle à l'homme quelle est sa pensée » : on dévoile à l'homme la portée réelle de ses propos spontanés - tu pensais n'avoir fait que parler ? Sache qu'un souffle déracine les montagnes.
En conclusion :
Le chapitre expose le sens profond de l'avertissement : « La sonnerie du chofar retentit-elle dans une ville sans que le peuple tremble ? » Hachem a fait résonner cinq sonneries de chofar devant Son peuple - la famine et la propreté des dents, la privation de pluie selon des modalités révélant une providence minutieuse, la rouille, la nielle et les sauterelles, la peste et l'épée sur le chemin d'Egypte, ainsi que le bouleversement semblable à Sodome et Gomorrhe - et chacune d'elles se conclut par le constat douloureux : « et vous n'êtes point revenus jusqu'à Moi ». Les prophètes avaient mission de proclamer ces avertissements pour inciter le peuple à faire techouva, et les épreuves elles-mêmes n'avaient d'autre but que d'éveiller les consciences, car « le Seigneur Dieu n'accomplit rien sans avoir révélé Son secret à Ses serviteurs les prophètes », et Celui qui désire faire le bien avertit toujours au préalable. C'est pourquoi le chapitre s'achève par cet appel : « Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, Israël » - va à Sa rencontre par le repentir et les bonnes actions avant que ne survienne le malheur. Et Celui à la rencontre duquel il faut se préparer est ce même Créateur qui forme les montagnes et crée le vent, qui par Sa volonté soutient le monde et par Sa volonté peut l'anéantir, et qui connaît jusqu'au plus léger propos de l'homme - d'où cet avertissement impérissable sur la portée formidable de la parole, car un simple souffle arrache les montagnes.