Yoma, chapitre huit, michna 6. Dans la continuité de la discussion sur les personnes qui se trouvent en danger si elles ne mangent pas le jour de Kippour, la michna vient enseigner trois lois, dont deux au nom de Rabbi Matia ben Harach, qui traitent du fait de nourrir une personne se trouvant en danger et de l'administration d'un remède à un malade le Chabbath.
"Mi che'ahazo boulmoss" :
Le boulmoss est une sorte de maladie provenant d'un manque de nourriture, et celui qui en est atteint se trouve en danger s'il ne mange pas. C'est pourquoi la michna établit :
"Ma'akhilin oto afilou devarim temeïm" - on le nourrit même avec des aliments qui ne sont pas cachers.
"Ad chéyaorou éïnav" - jusqu'à ce que sa vue lui revienne. Il semble que l'affaiblissement de la vue soit l'un des symptômes de cette maladie.
"Vééïn mamtinim" - on n'attend pas que l'on trouve un aliment casher, mais on lui donne tout ce qui est possible, afin qu'il mange le plus vite possible.
"Mi chénéchakho kélev choté" :
Ici la michna enseigne un sujet semblable, qui n'a pas de lien avec le jour de Kippour mais avec l'interdiction d'un aliment prohibé. Un kélev choté est un chien atteint de la rage. Concernant cette loi il est dit : "Éïn ma'akhilin oto méhatzar kaved chélo" - on ne nourrit pas celui qui a été mordu avec le diaphragme du chien enragé. Certains pensaient qu'il y avait là un remède, et en effet on sait aujourd'hui que la rage provient du chien, et l'on en extrait la substance ; il est donc possible qu'il y ait eu là quelque chose de réel du point de vue médical. Rabbi Matia ben Harach l'autorise et estime que c'est un remède efficace, bien que, selon la conclusion du Talmud, on n'agisse pas ainsi, car ce n'est pas un remède efficace.
"Hachoche bigrono" :
Encore une décision au nom de Rabbi Matia ben Harach : celui qui ressent une certaine douleur à la gorge - "Matilin lo sam betokh piv béChabbath", on introduit dans sa bouche un remède le Chabbath. Et la raison en est : "Mipné chéhou séfek néfachot" - c'est une situation soumise à un doute, dans laquelle il y a une possibilité de danger de mort, "Vékhol séfek néfachot dohé et haChabbath" - tout ce qui comporte une possibilité de danger de mort repousse le Chabbath.
Bien qu'en général on ne donne pas de remèdes le Chabbath, dans une telle situation c'est certainement permis. Et en pratique, il n'est pas nécessaire qu'il y ait un danger de mort réel pour donner un remède : même si la personne est un malade dont tout le corps est atteint (par exemple si elle est obligée de rester alitée), cela suffit pour lui donner un remède. Dans le cas qui nous occupe, il s'agit de quelque chose qui était réellement dangereux.
En résumé : dans cette michna nous avons appris que celui qui est saisi par le boulmoss, on le nourrit même avec des aliments non cachers jusqu'à ce que sa vue lui revienne, et on n'attend pas un aliment casher ; que l'on ne nourrit pas celui qui a été mordu par un chien enragé avec le diaphragme du chien, et que Rabbi Matia ben Harach l'autorise, bien que la loi ne soit pas comme lui ; et que celui qui ressent une douleur à la gorge, on introduit un remède dans sa bouche le Chabbath, car un doute de danger de mort repousse le Chabbath. De là également le principe plus large : même un malade dont tout le corps est atteint, il est permis de lui donner un remède le Chabbath.