Yoma, michna 5. Dans la michna précédente, nous avons traité de la manière dont les enfants commencent à jeûner le jour de Kippour, et du fait qu'avant un certain âge ils ne jeûnent pas du tout. Dans la michna qui nous occupe, nous étudierons les personnes susceptibles de se trouver dans une situation de danger possible, et qui ne peuvent donc pas jeûner.
Une femme enceinte qui a senti une odeur :
La michna établit qu'une femme enceinte qui a senti l'odeur d'un certain aliment, et dont le désir pour cet aliment est si intense que, d'un point de vue médical, si elle n'en mange pas, un danger surgira pour elle et pour le foetus - "maakhilin otah ad chetachiv nafcha" - on la nourrit jusqu'à ce qu'elle recouvre ses esprits et se sente à nouveau elle-même, car il s'agit d'un danger vital pour elle et pour son enfant.
La Guemara enseigne que le traitement de cette situation se fait par étapes :
On lui murmure à l'oreille qu'aujourd'hui c'est le jour de Kippour. Parfois, ce murmure a un effet apaisant, et l'envie disparaît.
Si cela ne suffit pas, de préférence - lorsque c'est possible - on la nourrit par 'chiourim' : moins que la quantité d'une datte pour la nourriture, et moins que la quantité d'une gorgée pleine pour le liquide.
S'il est clair que cette méthode ne suffira pas, ou s'il existe un avis médical qu'elle ne suffira pas, on la nourrit autant que nécessaire.
Un malade - selon les experts :
La michna poursuit : "maakhilin oto al pi bekiin" - un malade, on le nourrit selon l'évaluation d'experts médicaux, capables de déterminer que la personne est en danger et a besoin de manger. Je connais un cardiologue à Saint Louis, que Rav Chakh de la yechiva de Ponievitz avait l'habitude d'appeler avant chaque Kippour pour le consulter et savoir s'il devait jeûner.
Et qu'en est-il lorsqu'il n'y a pas d'experts ? La michna dit : "im ein cham bekiin - maakhilin oto al pi atsmo" - lorsqu'il n'y a pas d'experts médicaux disponibles, on se fie au ressenti du malade lui-même et on le nourrit selon ce qu'il estime, jusqu'à ce qu'il dise que cela lui suffit et qu'il n'a plus besoin.
"Lev yodéa marat nafcho" :
La Guemara explique que l'on peut interpréter la michna avec une indulgence supplémentaire : même lorsqu'il y a des experts, et que des spécialistes disponibles déterminent que le malade n'a pas réellement besoin de manger, si le malade lui-même affirme, à l'encontre de leur avis, qu'il a bien besoin de manger, c'est comme s'il n'y avait ici aucun expert, et on écoute le malade. Le fondement de cela se trouve dans un verset des Michlé : "Lev yodéa marat nafcho" (le coeur connaît l'amertume de son âme) - on se fie à la personne elle-même et on la nourrit selon ses paroles.
En résumé : dans cette michna, nous avons appris deux situations où la sauvegarde de la vie repousse le jeûne : une femme enceinte qui a senti une odeur, que l'on nourrit jusqu'à ce qu'elle recouvre ses esprits - après lui avoir murmuré à l'oreille et de préférence par petites quantités, et si cela ne suffit pas, autant que nécessaire ; et un malade, que l'on nourrit selon l'évaluation d'experts, et en leur absence selon lui-même jusqu'à ce qu'il dise assez. Et nous avons appris de la Guemara que, même en présence d'experts, l'affirmation du malade lui-même est déterminante, car "le coeur connaît l'amertume de son âme".