Traité Taanit, chapitre 4, michna 8 - la dernière michna du traité. Après avoir traité des jours tristes du calendrier juif, la michna se tourne vers deux des jours les plus joyeux : "Lo hayou yamim tovim leYisrael kachamicha assar beAv oukheyom haKippourim" - il n'y eut pas pour Israël de jours de fête comparables au quinze Av et à Yom Kippour.
La michna décrira par la suite comment les filles d'Israël sortaient en ces jours et se présentaient en vue de trouver un conjoint. Il convient de souligner que ce n'est pas là la cause de la joie, mais sa conséquence : puisque ces jours étaient dès le départ des jours de joie, on les a consacrés à l'établissement des shidoukhim. La Guemara énumère plusieurs raisons à la joie du quinze Av.
Les raisons de la joie du quinze Av :
L'annulation de l'interdiction des mariages entre tribus - à partir de l'épisode des filles de Tselofh'ad, qui reçurent la part de leur père en Terre d'Israël, les membres de leur tribu craignaient que, si elles se mariaient dans une autre tribu, les autres tribus n'héritent de leur domaine. C'est pourquoi il fut interdit à la première génération installée en Terre d'Israël de contracter des mariages entre tribus. Cette interdiction ne concernait que cette génération, et elle fut annulée le quinze Av.
La permission de la tribu de Binyamin - à la suite de l'épisode de la concubine de Guive'a, la tribu de Binyamin fut temporairement interdite d'union avec le reste du peuple, et cette interdiction fut levée le quinze Av.
La fin de la mort de la génération du désert - il fut décrété au sujet de ceux qui sortirent d'Égypte qu'ils mourraient dans le désert et n'entreraient pas en Terre d'Israël, et ils descendaient dans des fosses chaque année. Le quinze Av, la mort cessa, et ils comprirent alors que le décret avait pris fin.
L'annulation des postes de garde de Yarovam - Yarovam ben Nevat sépara les dix tribus du reste du peuple d'Israël et voulut établir une capitale distincte ; à cette fin, il plaça des gardes pour empêcher la montée à Jérusalem afin d'y apporter les sacrifices et d'y monter pour les fêtes de pèlerinage. Hochéa ben Ela supprima ces postes de garde le quinze Av.
L'enterrement des morts de Betar - c'est le jour où l'autorisation fut donnée d'enterrer les morts de Betar, et c'est à ce sujet que nous récitons la berachah "Hatov vehametiv", la quatrième berachah du Birkat Hamazon.
L'achèvement de la coupe du bois pour l'autel - chaque année, on achevait ce jour-là la coupe du bois destiné au bûcher sur l'autel, et l'achèvement de ce travail était lui aussi considéré comme une joie.
La joie de Yom Kippour va de soi : c'est le jour où sont pardonnées les fautes d'Israël.
La coutume des filles de Jérusalem :
"Chebahen benot Yerouchalayim yotseot bikhli lavan chéoulin" - en ces jours, elles sortaient vêtues de blanc, et tous ces vêtements étaient empruntés. La raison en est, selon les termes de la michna : "chelo levayech et mi cheéin lo" - afin de ne pas faire honte à celle qui ne possédait pas de tels vêtements ; elles se les empruntaient toutes les unes aux autres, si bien qu'on ne pouvait savoir à qui appartenait tel vêtement ni qui en était le propriétaire, et toutes se trouvaient ainsi égales.
"Kol hakelim teounin tevila" - tous ces vêtements devaient être trempés au mikvé, car on ne savait pas qui était pur et qui ne l'était pas.
"Ouvenot Yerouchalayim yotseot vecholot bakeramim" - elles sortaient et dansaient dans les vignes. Et que disaient-elles ?
"Bahour, sa na éineikha ouré ma ata borer lekha" - lève les yeux et vois qui tu vas choisir pour conjointe.
"Al titen éineikha benoy" - ne porte pas ton attention sur la beauté.
"Ten éineikha bemichpaha" - regarde plutôt le lignage et la famille dont elle est issue.
Et l'appui de cela se trouve dans le verset de Michlei : "Cheker hah'en vehével hayofi, icha yireat Hachem hi tit'halal" - le charme est trompeur et la beauté est vanité, mais la femme qui craint Hachem, c'est elle qui mérite les louanges. De même il est dit : "Tenou la mipri yadeiha vihaleloula bacheorim maasseiha" - ce sont ses actes qui la louent aux portes de la ville.
"Tseéna ouréena benot Tsion bamélekh Chelomo" :
La michna cite un autre verset, tiré du Chir Hachirim, où est contenue une allusion à la joie du Saint béni soit-Il en ces jours : "Tseéna ouréena benot Tsion bamélekh Chelomo baatara chéitera lo imo beyom h'atounato ouveyom simh'at libo". Et voici son explication :
"Mélekh Chelomo" - ce n'est pas une allusion au roi Salomon, mais au Roi à qui appartient la paix (chalom), c'est-à-dire le Saint béni soit-Il.
"Imo" (sa mère) - une allusion à l'ensemble d'Israël.
"Beyom h'atounato" (le jour de son mariage) - c'est le don de la Torah, et une allusion à Yom Kippour, jour où furent données les secondes Tables, qui constituent l'aboutissement du don de la Torah.
"Ouveyom simh'at libo" (le jour de la joie de son cœur) - c'est la construction du Temple, qui fut inauguré un jour de Yom Kippour à l'époque de Salomon.
Qu'il soit reconstruit rapidement de nos jours, amen.
Nous achevons ainsi l'étude du traité Taanit. J'espère que vous nous rejoindrez pour le traité suivant : le traité Meguila.